Mais qui est vraiment Bertrand Cantat ? - 30/11/2017
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Alors que Bertrand Cantat s'apprête à sortir un album solo en son nom, comme le disaient les Un Rocks, qu'il avait mis en une, suscitant une vague d'indignation, voire de dégoût, le magazine Le Point publie une enquête édifiante avec des nouveaux éléments et des témoignages sur son rapport violent avec les femmes. Une enquête signée Anne-Sophie Jeanne, qui est ce soir sur notre plateau. Bonsoir, merci de votre présence. C'est vous qui signez donc cette enquête sur la personnalité de Bertrand Cantat. Vous mettez à jour des éléments édifiants qui éclairent son rapport aux femmes. Vous dressez le portrait d'un homme ultra-violent.
Et ce qu'on retient, c'est que tout le monde savait, mais que tout le monde s'est tue. C'est le silence qui domine autour de Bertrand Cantat. Une omerta. Oui, en fait, l'omerta, elle se joue à trois niveaux. D'abord, il y a les membres de Noir Désir qui savaient, qui décident de se taire sur les violences de Bertrand Cantat. Parce que ce que j'ai appris en parlant avec l'un d'entre eux, c'est que non seulement il avait déjà été violent avant Vilnius, avant le meurtre de Marie Trintignant, mais qu'en plus, il avait déjà frappé Christina Raddy, mais deux autres femmes avant. Et que ça date depuis un certain temps. Et tout s'est joué à Vilnius.
C'est Christina Raddy qui leur demande à tous de se taire. Exactement. Et vous racontez le jour où ils ont tous pris la décision de se taire. Mais c'est là où c'est compliqué. C'est-à-dire que je vois même sur Twitter, toute la journée, il y avait des gens qui disaient « mais c'est dégueulasse, pourquoi ils l'ont couvert, etc. » Mais en même temps, il faut comprendre qu'ils viennent à Vilnius, donc en juillet 2003. Et Christina Raddy leur dit, c'est la mère des enfants de Bertrand Cantat, et elle leur dit « écoutez, on va tous mentir, voilà ce qui va se passer, on ment parce que je veux protéger mes enfants.
» Il déclare d'ailleurs lors du procès, Bertrand n'a jamais levé la main sur quiconque avant le 27 juillet 2003, ni sur moi, ni sur une autre. Il joue un rôle clé dans le jugement de Clémence qui a été rendu à Vilnius, évidemment. Et vous avez recueilli les paroles d'un membre de groupe qui souhaite conserver l'anonymat et qui vous dit « je savais qu'il avait frappé la femme avec qui il était avant Christina, je savais qu'il avait tenté d'étrangler sa petite amie en 1989, je savais qu'il avait frappé Christina, mais nous étions tous sous son emprise et nous pensions qu'il allait se soigner. » Il y avait cet espoir-là, entre guillemets ? Oui, en tout cas, c'est ce qu'il m'a dit.
C'est ce qu'il m'a dit jusqu'à un moment, en fait, jusqu'à... Le problème, c'est quand Christina Raddy est morte. Là, donc cette personne lui en a parlé, évidemment. Et ce qui m'a été rapporté, c'est que Bertrand Cantat lui aurait dit « mais moi, je n'ai pas un problème avec les femmes, c'est les femmes qui ont un problème avec moi. » Et je pense que c'est là... C'était un point de rupture. Oui, ça a été un moment... D'ailleurs, le groupe, en fait, a explosé. Finalement, ils se sont tous écartés de Bertrand. Le groupe n'a jamais vraiment repris, en fait, après Vilnius. En revanche, le moment où vraiment il explose, c'est après la mort de Christina Raddy. Nous étions tous sous son emprise.
Un membre de Noir Désir le décrit comme un vrai pervers narcissique, très charismatique. Quand il entre dans une pièce, il absorbe toute l'énergie. Après, il vous tient. De nombreuses personnes étaient sous son emprise. Oui, mais c'est là où, justement, l'Omerta, elle n'est pas que du côté des membres de Noir Désir. Elle est aussi... Moi, pour cette enquête, j'ai quand même parlé à une quinzaine de personnes, à peu près, qui ne se connaissaient pas forcément, qui ne savaient même pas que je travaillais là-dessus. En fait, c'est une enquête qui a commencé il y a plusieurs mois. Et tous décident de se taire, quand même, dans ses proches, dont...
Enfin, j'en parle dans le point, mais il y a aussi un témoin oculaire. J'ai quand même quelqu'un qui a vu Bertrand, comme ça, être violent. Une scène que vous décrivez, d'ailleurs. Et qui est aussi... Avec le couteau, c'est ça. Exactement, oui.
Et qui sont partis, d'ailleurs, qui ont quitté...
Vous pouvez raconter cette scène, s'il vous plaît, que vous décrivez dans votre... Donc, en fait, c'est un proche qui vient souvent rendre visite au couple et qui entend, donc, régulièrement, Bertrand Cantat hurler sur Christina Raddy, l'acculer au coin de la cuisine avec un couteau dans la main, mais un couteau tourné sur lui-même, en fait. Pas vers elle. Mais manifestement, il y avait quand même une ambiance assez lourde. Et d'après ce témoignage, évidemment... Vous avez contacté des proches du couple, des voisins, tous témoignent des excès de colère, des cris, de la violence. Pourtant, à l'époque, la justice n'a pas recueilli ces témoignages. Vous dites que la police...
Enfin, vous ne dites pas, mais c'est ce que pense un journaliste de Sud-Ouest qui a couvert l'affaire et que vous citez, de façon anonyme aussi dans votre enquête, la police n'a pas fait son travail. Ce n'est pas quelqu'un de Sud-Ouest, c'est juste quelqu'un qui... Voilà, un journaliste local. Mais oui, en tout cas, ce qui m'a étonnée, c'est qu'à chaque fois... Moi, évidemment, j'ai appelé une quinzaine de personnes. J'espérais avoir quelqu'un qui me dise, non, mais c'est n'importe quoi, etc. Mais malheureusement, non. Et à chaque fois, on me disait, bah oui, c'est vrai, et on savait. Donc... L'enquête a été bâclée ? Moi, je ne suis pas là pour juger.
Si je peux me permettre, je crois qu'on ne peut pas dire que l'enquête a été bâclée, parce que c'est la brigade criminelle. Bon, il y a quand même des policiers qui sont assez bons. Et il y a eu plusieurs mois d'enquête qui a été menée. Je parle de l'enquête en France. Vous parlez de l'enquête ou de Christine Arradi ? Non, non, je parle de l'enquête de la crime en France. Oui, mais par rapport à la mort de Christine Arradi ou de Varit Rintinor, parce que là, on parle de Christine Arradi. Ah, d'accord, pardon, excusez-moi. Ah oui, d'accord, oui, non, pardon. Je ne dis pas que l'enquête a été bâclée. Après le suicide de Christine Arradi en 2010, effectivement, il y a eu un non-lieu.
L'affaire a été classée en quelques mois, très vite. Et pour la réouvrir, il faut effectivement des éléments nouveaux. Mais ce qui est étonnant, si je peux me permettre, c'est quand même aussi le traitement médiatique à l'époque. C'est ça. Quand même, il y a une femme. Moi, je ne suis pas là pour porter un jugement de culpabilité, etc. Je n'en sais rien, je ne suis pas la police, je suis journaliste, j'ai posé des questions. Mais ce qui m'étonne, c'est qu'il n'y a quand même aucune femme qui meurt seule dans une maison, qui se pend, avec un homme qui est encore en conditionnel à ce moment-là, pour le meurtre de sa petite amie.
Sa femme est retrouvée pendue chez eux, ils sont seuls dans la maison, c'est le fils qui est découvrira le corps. Et quand on lit les articles de l'époque, c'est quand même... Il n'y a pas vraiment d'enquête.
Mais sur le traitement médiatique, vous dites même que ce journaliste dont vous parlez, ce journaliste qui travaille, qui officie dans le Sud-Ouest, il dit que ça ne se fait pas de dire du mal de Bertrand Cantat à Bordeaux. En fait, on a l'impression que les gens ne voulaient pas entendre que Bertrand Cantat a bénéficié d'une certaine forme de bienveillance, voire d'Omerta, dans le milieu de la musique, où vous dites qu'il n'a jamais été ostracisé, mais aussi dans une certaine presse. Et a fortiori, il a fait la couve des inrocutibles, on en a beaucoup, beaucoup, beaucoup parlé en octobre dernier, où il n'a pas question qu'une seule fois de Christian Radhi.
Je connais bien l'histoire, j'ai enquêté, j'ai interviewé Christian Radhi à Vinus, j'ai rencontré tous ses proches, j'ai suivi le procès de Vinus, etc. Il faut se remettre dans le contexte de l'époque. Je pense effectivement qu'il y avait une vraie, vraie Omerta. Encore une fois, là, pour le bon, c'est la brigade criminelle qui a enquêté, il n'y a pas eu un seul témoignage, comme vous le dites, qui est allé dans le sens de la violence de Bertrand Conta. Vis-à-vis de Christian Radhi ? Non, non, de Christian Radhi et des autres femmes, de ces violences, etc. Et la parole se libère, en quelque sorte, parce que ça a été un choc émotionnel pour les proches.
La mort, le suicide de Christian Radhi a changé beaucoup de choses, parce que les gens se sont dit, elle s'est tuée, elle s'est suicidée. Là, on ne peut plus se taire. Mais ce papier change effectivement beaucoup de choses. Christian Radhi a décidé d'accorder une nouvelle chance après le drame de Vilmus à Bertrand Conta. Mais l'histoire se répète, et vous avez pu consulter un mail qu'elle a envoyé en 2009. Elle y expliquait la jalousie extrême de Bertrand Conta. Il y a aussi le message glaçant qu'elle laisse sur le répondeur de ses parents après une énième dispute. Les mots sont terribles, les mots qu'elle prononce ce jour-là. Elle explique très clairement les violences qu'elle subit.
La justice aurait pu être saisie à ce moment-là ? Oui, le problème, c'est pour ça qu'il faut que quelqu'un aille voir la justice, que ce soit elle. Et ses parents, mais qui n'y sont pas. Et ses parents, voilà. La vraie question, c'est sûr, c'est les parents. Moi, je n'ai pas la réponse, je n'ai pas parlé aux parents. Ils ont voulu protéger les petits-enfants. En fait, j'ai pu voir des correspondances, des lettres des parents après la mort de leur fille. Et en effet, on sent que d'abord, évidemment, ils sont indignés. Ils se disent, mais pourquoi il n'y a pas d'enquête ? Mais tout le monde se fiche de la mort de notre fille, etc.
Et puis, petit à petit, aussi, dans les lettres, on voit, parce qu'ils ont envoyé des lettres manuscrites, qu'on voit qu'ils ont peur pour leurs petits-enfants. Et cette crainte revient souvent. Ils disent, on ne veut pas que nos enfants aient leur folie nard. On a peur de les perdre, etc. Donc, ils finissent par se taire. Et non seulement, en fait, ils ne parlent pas. Mais en plus, ils vont se retourner contre le compagnon de Christina Raddy, François Sobadu, qui lui a essayé de faire ouvrir l'enquête avec une avocate, Yaël Méloul. Et ils ont porté plainte avec Quanta pour diffamation. Vous avez contacté l'avocate Bertrand Quanta, Antonin Lévy. C'est part de sa réaction.
En gros, il remet en cause la véracité, voire même la crédibilité de ses témoignages. Il reste anonyme. Alors, justement, c'est exactement... Ce qui est intéressant, c'est que... Alors, lui, donc, Maddy ne peut pas avoir réussi à joindre Bertrand Quanta. Par contre, ce qu'il dit, c'est que... A priori, il ne pourra pas répondre parce qu'il ne sait pas qui sont les témoins. Sauf que, je ne sais pas, si je vous dis, vous avez frappé votre compagnon... Enfin, quelqu'un dit que vous avez... Vous ne pouvez pas répondre parce que vous ne savez pas qui l'a dit. C'est un peu... La personne est si précise. Et puis, surtout, la question, ce n'est pas qui le dit.
La question, c'est est-ce que c'est vrai ou pas. Est-ce que les faits sont arrivés ou pas. On n'a pas besoin de savoir qui dit quelque chose pour dire si c'est vrai ou faux. Merci beaucoup, Anne-Sophie Jeanne. Votre enquête est à lire dans Le Point, disponible en kiosque cette semaine. Vous restez avec nous. C'est l'heure du 5 sur 5 de Maxime Switek.