COUP D'ÉTAT AU NIGER : MACRON A ENCORE MIS DE L'HUILE SUR LE FEU
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
On a appris il y a quelques jours que les exportations d'armes françaises ont battu des records en 2022, notamment grâce à la vente de 80 Rafales aux Émirats Arabes Unis. Mais qu'on se le dise, le pays dit des “Gaulois réfractaires” offre gratuitement au monde entier un autre produit tendance. Les crises d'autorité et les coups de menton d'Emmanuel Macron qui, en quelques mots mal choisis, a réussi à aggraver la situation déjà compliquée de la diplomatie française au Sahel.
Voilà que le Niger, dernier refuge de l'influence française dans la région, vient d'être contaminé par le virus des coups d'État, suivis de manifestations d'hostilité vis-à-vis de la France et d'appels du pied en direction de la Russie. De ce sujet et d'autres, nous parlerons dans cette nouvelle édition de notre bulletin d'info d'été. [Générique] En un week-end, ce qui en réalité ressemblait à une sorte de révolution de palais a pris des allures de face à face ravageur entre la rue nigérienne et le sommet de l'Etat français.
Merci qui ? Merci Macron, Merci Macron, Merci Macron, Merci Macron. On vous explique la situation en commençant par l'enjeu géopolitique.
Le Niger est l'un des cinq pays engagés aux côtés de la France dans le cadre de l'opération Barkhane, opération lancée le 1ᵉʳ août 2014, soit il y a presque exactement 9 ans. Une opération manifestement foireuse. Son objectif était de libérer le Sahel des djihadistes qui s'y étaient infiltrés après la déstabilisation de la Libye et donc de la région, par une intervention militaire de la communauté internationale et en particulier de Nicolas Sarkozy.
Au final, les groupes armés terroristes se sont multipliés comme une sorte de cancer généralisé et l'autorité des Etats sahéliens a commencé à s'effondrer, notamment au Mali et au Burkina Faso, où des coups d'État ont eu lieu. Dans ces deux pays en particulier, les nouveaux dirigeants ont chassé l'armée française, le Mali choisissant même de la remplacer par des mercenaires, les mercenaires russes du groupe Wagner. Les accords militaires signés avec la France ont été dénoncés et c'est au Niger que s'est replié l'opération Barkhane.
Forcément, jeudi dernier, quand le chef de la garde présidentielle prend en otage le président Mohamed Bazoum, allié précieux de Paris, élu démocratiquement il y a deux ans pour l'obliger à démissionner, la France condamne, tout comme le reste de la communauté internationale. Mais le fait est que désormais, dans les anciennes colonies françaises, quand Paris prend une position, une frange de l'opinion publique adopte mécaniquement la position inverse. Comme au Mali et au Burkina Faso précédemment, les activistes sortent dans la rue pour brûler le drapeau français et brandir le drapeau russe.
Mais en réalité, le cœur de la société nigérienne reste circonspect face à ce coup d'État qui peut paraître surprenant. Sauf que voilà, Emmanuel Macron organise un conseil de défense sur le Niger, ce qui n'est pas sans signification politique et irrite une opinion publique qui crie à l'ingérence. [Musique] A la suite de la manifestation monstre à Niamey, qui s'est terminée par quelques dizaines d'ultras qui sont allés devant une ambassade de France superficiellement vandalisée, Emmanuel Macron publie un communiqué au ton martial : [Lecture du texte] Le problème est qu'on parle d'une région marquée par des décennies de colonialisme et de néo-colonialisme et plus récemment par la guerre occidentale, prétendument pour la démocratie qui a détruit la Libye.
Une région qui a subi l'échec de Barkhane dans la lutte contre les terroristes, que certaines populations vivent comme une complicité. Donc ces propos fouettent l'orgueil national et contribuent à pourrir la situation, notamment en donnant une forme de légitimité à des putschistes qui ne sont en réalité peut être que des ambitieux ou des opportunistes. Impossible de comprendre ce qui se passe entre Niamey et Paris sans prendre en compte ce qu'on pourrait appeler l'amertume postcoloniale.
Le Niger est aujourd'hui dans le top dix des pays les plus pauvres du monde. Après avoir pendant longtemps été un des principaux fournisseurs de l'uranium servant aux centrales électriques françaises. C'est en 1957, durant la colonisation, que le Bureau Français de Recherches Géologiques et Minières découvre que ce minerai existe au Niger en cherchant du cuivre.
Et depuis 1971, le groupe Areva, devenu Orano, exploite les mines d'uranium du pays. A plusieurs reprises, le caractère inégal du partage des profits a créé des crises entre Paris et Niamey, qui ont souvent coïncidé avec des coups d'Etat militaires. Cela n'a cessé de nourrir les soupçons vis-à-vis de l'ancienne puissance coloniale.
La France a fermé ces dernières années un certain nombre de mines d'uranium au Niger, laissant derrière elle un désastre environnemental. Regardons un extrait d'une vidéo de la Commission de Recherche et d'Information Indépendante sur la Radioactivité : À Arlit, au Niger, la Cominak, filiale d'Orano, ex Areva, a fermé en mars 2021. Cette entreprise a exploité pendant plus de 40 ans des mines d'uranium.
Et elle laisse derrière elle un héritage empoisonné. Il s'agit de près de 20 millions de tonnes de boue radioactive, les résidus d'extraction de l'uranium. Les analyses qui ont été faites en 2009 par le laboratoire de la Criirad sur ces boues ont révélé une forte radioactivité, plus de 450 000 becquerels par kilogramme.
Il s'agit donc bien de déchets radioactifs. L'entreposage à l'air libre de telles quantités de déchets posent des problèmes sanitaires pour les populations riveraines. D'abord parce que ces déchets produisent en permanence un gaz radioactif, le radon, et ensuite parce que les puissants vents du désert dispersent les poussières qui contiennent des métaux lourds radioactifs dont certains sont très radiotoxiques par inhalation.
Ces déchets vont être radioactifs pendant des centaines de milliers d'années. Ils auraient donc dû être stockés sur un site qui garantit leur confinement à long terme. Aujourd'hui, la France s'est engagée dans une diversification de ses fournisseurs en uranium et se tourne vers d'autres pays comme le Kazakhstan, l'Australie, le Canada, et certains analystes, pour minimiser la dépendance de Paris au Niger expliquent que ce pays ne serait au final qu'un fournisseur secondaire de la France.
Même le président renversé du Niger, Mohamed Bazoum, minimisait l'importance stratégique de son pays, où sont quand même stationnés 1500 militaires hexagonaux. - Au Niger, les entreprises françaises n'existent pratiquement... - Alors on l'a vu... -...On va parler de l'Uranium... - Oui, ça c'était...
Ce que je veux qu'on sache, c'est 2000 tonnes d'uranium d'uranate par an. Ce n'est absolument rien. La France s'approvisionne au Kazakhstan, et s'approvisionne au Canada.
Elle peut se passer de l'uranium du Niger. De fait, on dispose de quelques chiffres, même si, il faut l'avouer, le monde de l'uranium ne se caractérise pas vraiment par sa transparence en termes de statistiques. Alors, selon les données les plus récentes d'Euratom, qui est la Communauté Européenne de l'Energie Atomique, Le Niger était le premier fournisseur de l'Union Européenne en 2021, avec 24,3 % des approvisionnements, juste devant le Kazakhstan avec 23 %.
Et toujours selon Euratom, le Niger représentait 34,7 % des approvisionnements français en 2020. Orano, de son côté, ne publie pas de statistiques précises sur son site internet, mais mentionne que le Niger représenterait aujourd'hui entre 10 et 15 % des besoins en uranium des centrales françaises. Il faut noter en tout cas qu'avec le coup d'État qui vient d'avoir lieu, une cellule de crise a été ouverte justement par le groupe Orano, autrement connu sous le nom d'Areva.
Signe qu'une certaine panique a été provoquée par ce coup d'État. Gérald Darmanin doit-il démissionner de son poste de Ministre de l'Intérieur, alors qu'il vient juste d'être reconduit ? La réponse est oui pour le député France Insoumise Antoine Léaument qui était ce matin sur RMC : - Déjà Gérald Darmanin n'est plus capable de tenir la police, j'avais dit une fois Gérald Darmanin ne tient plus la police, c'est lui qui est tenu par la police.
Il réagissait ainsi aux propos prononcés jeudi dernier par le premier flic de France qui volait au secours d'un directeur général de la Police Nationale, se rebellant contre l'institution judiciaire, en particulier contre le placement en détention provisoire du policier soupçonné d'avoir frappé Hedi, 22 ans, au point de le laisser pour mort à Marseille. Alors, manifestement, Frédéric Veaux semble penser, comme le syndicat de police Alliance, que le problème de la police, c'est la justice. Les derniers défenseurs de l'Etat de droit ont appelé au mieux à son limogeage ou pire, à sa démission.
En fait, non. Le patron de la police restera en poste et obtient le soutien de Gérald Darmanin. Le directeur général de la police nationale est un grand policier, j'allais dire un grand flic. 30 ans de carrière au service de la République.
À arrêter des voyous à protéger des innocents. Et je vais vous dire, je souhaite à tous ceux qui ont craché sur le Directeur Général de la Police Nationale, qui l'ont insulté la même carrière, le même service au service de la République. Lui dire qu'il n'est pas démocrate, lui dire qu'il n'est pas républicain est une insulte vis-à-vis de la carrière de ce fonctionnaire qui a risqué sa vie, des centaines de fois pour nous protéger.
Donc c'est un excellent Directeur Général, il a parlé comme parle un chef vis-à-vis de ses policiers. Je le soutiens totalement et je suis très fier que ce sont mon collaborateur. Cette prise de parole très commentée a précédé une rencontre avec les syndicats de police au ministère de l'Intérieur.
A la sortie de cet échange, que l'on imagine très cordial, ces derniers exultaient, satisfaits que leur ministre de tutelle ait entendu leur colère et cédé à leurs caprices. - Ce soir je pense qu'on avait plutôt un ministre plutôt à l'écoute, plutôt d'accord avec nos propositions. D'ailleurs il l'a dit aussi de la même façon sur le 19ᵉ arrondissement, avant d'y aller.
Il nous a dit la même chose, il nous a dit qu'il nous soutenait, et nous a dit que l'on pouvait peut-être trouver d'autres solutions...
Il a dit aussi qu'évidemment, il y avait l'indépendance de la justice et il n'a pas terni la justice pour autant, par contre, il a compris que le métier de policier était plus que compliqué. il a compris, il l'a dit lui même qu'on n'était pas au dessus des lois, mais on n'était pas en dessous des lois, et que la parole du policier devait compter, et la présomption d'innocence aussi, et pas la présomption de culpabilité. - La quasi totalité des exigences des syndicats de policiers les plus extrémistes ont été satisfaits par un gouvernement parfaitement soumis et prêt à concéder un régime juridique d'exception aux forces de l'ordre.
Au final, il aura fallu moins d'une semaine de lamentation et de victimisation d'une partie de la profession pour gagner le bras de fer avec le Ministre de l'Intérieur. Il faut dire que l'adversaire était déjà conquis. - Donc ça, ça n'a rien à voir.
Le mécontentement est là, le mécontentement est grandissant, le malaise est aussi bien présent. Maintenant, il y a des pistes de réflexion. C'est plutôt intéressant.
Je pense que le Ministre de l'Intérieur est plutôt de notre côté, même idéologiquement parlant. Je crois qu'il a fait un grand pas aujourd'hui, il montre qu'il est encore proche de ses troupes, il montre qu'il est prêt à évoluer et même légiférer et faire appel peut-être à son parti politique pour faire en sorte d'évoluer sur certains sujets. Donc la balle est dans notre camp et la balle est surtout dans le sien afin qu'on puisse avancer. - Et Hedi dans tout ça ?
Oui Hedi, vous savez, le jeune Français défiguré gratuitement par une patrouille policière et qui, pour l'instant, lutte encore contre de graves séquelles. Celui là même à qui Gérald Darmanin aura consacré moins de neuf secondes. Eh bien, Hedi reste digne et se refuse à toute généralisation. - Je me repose sur la justice pour...
Je sais qu'elle va faire son travail, j'ai confiance en elle. Voilà, donc je pourrai pas me faire justice moi même. Ça, c'est une évidence.
Donc voilà, donc j'y crois. Je sais qu'on a un pays quand même qui est assez bien fait, même si malheureusement, jusqu'à ce jour, j'ai reçu aucun, aucun soutien de l'État, et aucune des autres victimes n'a reçu aucun soutien de l'État. On sait que l'État n'est pas n'est pas, n'est pas la justice, on ne leur demande pas de faire le travail de la justice, mais ça aurait été bien de nous apporter aussi un sentiment de compassion comme ils l'ont apporté aux membres des forces de l'ordre. - En voilà une belle leçon de républicanisme qui manque cruellement à ceux qui tiennent le pays.
La dernière prise de parole du nouveau président du Medef, Patrick Martin, nous donnerait presque envie de le renommer Madame Irma. Et pour cause, il a déclaré aux journaux régionaux du groupe EBRA qu'il pense que la rentrée sera politiquement chaude et socialement assez apaisée. Et pour préciser ce qu'il voit dans sa boule de cristal, il ajoute que les Français reconnaissent que cette réforme contre laquelle ils ont tant manifesté était indispensable.
Dans une pirouette étonnante, Patrick Martin vante les mérites de ce texte, tout en reconnaissant que cette réforme des retraites a été douloureuse. Il évoque juste après, avec une certaine malhonnêteté, le chiffre de 1,4 million de manifestants sur 28 millions d'actifs. Et dans la suite de ses nombreuses contradictions, le patron des patrons s'inquiète du fort potentiel d'explosivité des débats politiques.
Et comme si ce diagnostic erroné ne suffisait pas, il ajoute une déclaration infantilisante en expliquant que le grand public ne s'intéresse pas à ce qui se passe à l'Assemblée Nationale. Au bout de sa critique stéréotypée de droite, le président du Medef dit, je cite : "Cette déconnexion entre la politique, le débat politique et la réalité sociale est très préoccupante." Ce qui est préoccupant au hasard, c'est peut être la déconnexion entre les élites et le reste de la population.
Patrick Martin, qui au passage refuse de révéler son salaire, défend qu'il est important de remettre en perspective la rémunération des chefs d'entreprise. D'une part, seule une minorité d'entreprises toucheraient des salaires très importants et d'autre part, il faut pouvoir être attractif pour les "top managers", comme il aime les appeler. Ceux-là qui risqueraient de partir ailleurs si leur salaire était plafonné, les pauvres.
Et après les grands patrons, Il se fait le défenseur des élus politiques, en affirmant qu'ils ne sont pas rémunérés à la hauteur de leur charge de travail, de leur exposition médiatique et des risques réputationnels et juridiques qu'ils encourent. Rappelons tout de même que Patrick Martin est actionnaire majoritaire de Martin Belaysoud, groupe de 3000 salariés, spécialisé dans la distribution professionnelle pour les secteurs du bâtiment et de l'industrie, et qui dépasse le milliard d'euros de chiffre d'affaire annuel. En résumé, pour sa première sortie médiatique, le président du Medef justifie les hauts salaires de patrons et demande une augmentation pour les valeureux travailleurs des députés, tout en faisant l'éloge de la réforme des retraites.
Une sortie classique pour un président du Medef, au final. Et terminons ce bulletin d'infos par une nouvelle qui est tombée hier : Dans la suite de la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron. le Gouvernement, dans son panache et une pointe de lâcheté, a publié en toute discrétion et en plein cœur des vacances, les premiers décrets d'application de la fin des certains régimes spéciaux.
Alors, je dis bien certains parce que ce ne sont pour l'instant que les agents de la RATP, les industries électriques et gazières, les clerc de notaire et la Banque de France qui sont concernés. Les régimes spéciaux demeurent pour, surprise, les intouchables piliers du gouvernement, plus communément appelés les policiers, ainsi que pour les parlementaires qui se tuent le dos à la tâche pour nous représenter au mieux lors des longues séances de débats défendant l'usage démocratique de la Constitution. De quoi attirer toujours plus de monde dans ces filières et moins dans les domaines nécessaires au bon fonctionnement d'une société.
Ironie du sort, en octobre 2019, Emmanuel Macron expliquait qu'il ne ferait pas de compromis et que tous les régimes devaient sauter, souvenez-vous : - Voilà une promesse non tenue parmi tant d'autres. Alors, pour revenir sur les spécificités de ces décrets, ils ne s'appliqueront pas aux salariés embauchés avant le 1ᵉʳ septembre 2023. Tous ceux ayant rejoint les corps de métiers concernés avant cette date pourront donc encore bénéficier d'un régime spécial de retraite.
En revanche, ce à quoi personne n'échappera, c'est le report de l'âge d'ouverture aux droits, le fameux passage de l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans. De même pour avoir sa retraite à taux plein. Seulement, ces changements là n'interviendront pas avant le 1ᵉʳ janvier 2025.
Alors d'ici là, peut être que d'autres mouvements sociaux verront le jour, et que ces paramètres seront à nouveau modifiés. Et voilà, c'est la fin de ce bulletin d'infos quotidien qui entre dans notre programmation d'été. Et comme à chaque fin de saison, nous réduisons quelque peu la voilure, avec notamment la mise en pause de nos directs.
Mais l'actualité ne s'arrête pas, alors nous non plus. Nous continuons à vous fournir dans ces moments importants nos reportages, enquêtes, entretiens, plateaux d'analyses, de débats et de décryptages au quotidien. Vous le savez, l'intégrité de notre projet éditorial unique dans le PAF dépend toujours de votre soutien et surtout de vos abonnements, qui sont notre source de financement la plus pérenne.
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Quant à moi, je vous remercie de votre attention et vous donne rendez vous pour une prochaine émission sur Le Média.
Emmanuel Macron