Carnets d’un anthropologue sur les barricades
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
un ethnologue à l'assemblée dans la silicon valley au pays du luxe marc abélès explore depuis une quarantaine d'années les lieux de pouvoir une observation participante comme il qualifie sa démarche dans son nouvel essai l'anthropologue directeur d'études à le hss passe de l'autre côté des barricades il signe chez odile jacob carnets d'un anthropologue de mai 68 au gilet jaune un essai sur l'esprit de révolte un livre qui lui permet aussi de revenir sur son parcours et de comprendre ce que sa pratique a permis de dévoiler marc abélès bonjour jour ces carnets sont effectivement l'occasion pour vous de regarder un peu dans le rétroviseur de mai 68 et vous y avez participé à l'étude de la démocratie locale dans l'yonne de l'état à l'om c'est de l'assemblée nationale au gilet jaune est ce que vous voyez clairement aujourd'hui la cohérence dans tout ça dans ce parcours que vous avez je pense que il ya une certaine cohérence dans la mesure où je suis un peu tombé dans la dans la politique dans le dans la foulée de mai 68 et qu'il ya un thème qui m'a toujours un peu obsédé c'est la question de la parole en politique et en 68 j'étais découvrir cette chose c'est que finalement tout le monde pouvait peu ou prou prendre la parole et puis progressivement je me suis aperçu que dans la société où je vivais c'était finalement une minorité de gens qui avaient droit réellement à la parole publique et ce décalage entre la parole de tous et la parole d'une minorité same as posé radicalement un problème et je me suis demandé finalement dans quelle mesure on ne vivent pas dans une société qui avait un peu fermé les canaux sur le plan justement d'une parole politique qui serait véritablement engagé est le propre de d'une majorité dans l'absolu est ce que prendre la parole c'est déjà prendre un peu le pouvoir pour vous je pense que en tout cas dans certaines circonstances et je les ai vus en 68 prendre la parole c'était une manière de prendre le pouvoir c'était une manière d'affirmer quelque chose et c'est une parole qui finalement a réussi à ébranler un certain nombre de conformisme un certain nombre de situations acquises même à pouvoir qui était considéré à l'époque comme absolument inexplicable je pense à la république gaullienne telle qu'on la connaissait à ce moment là et en même temps vous dites mai 68 le pouvoirs institués institutionnalisée on n'en voulait pas c'était pas ça le but est en réalité la hausse y avait une sorte de décalage c'est à dire que quand nous dans la rue ou dans les assemblées on se manifestait en réalité la question n'était la question c'était de changer un certain nombre de choses dans la société de modifier des habitudes de renouveler d'émanciper un peu les comportements et pas tellement de prendre le pouvoir la question de prendre le pouvoir était absolument secondaire et c'est pour ça que ce qui nous a beaucoup frappé pour que des gens comme moi c'est que tout à coup le pouvoir qui était en place s'est complètement délité finalement quelques jours on a vu comme ça ce général et tous enfin tout ce qui était bien institué se déliter alors que nous mêmes notre objectif c'était de changer des choses mais que la question de savoir si on allait sont emparés et c'est alors qu'on voyait effectivement gérer des politiciens traditionnels notamment à gauche être très préoccupés de savoir ce qui allait se passer qui allait remplacer le général etc nous c'était vraiment pas notre problème mais vous avez eu cet effet là en tout cas cette parole cette action à cet effet là et c'est ça qui est aussi rétrospectivement assez déroutant où étonnant alors c'est cette parole elle a eu cet effet parce qu'elle avait aussi quelque chose à dire je ne pense pas qu'une parole c'est pas simplement se mettre à parler comme on voit beaucoup aujourd'hui sur le sur les réseaux sociaux par exemple les réseaux sociaux c'est un énorme conglomérat de de parole dénonce et de photos d'imagés etc mais il ya un moment où finalement tout ça nul parce qu'on voit plus très bien quelle est la signification et qui est le sens un peu subversif ou même utopique de de la parole vous dites que mai 68 vous le décrivez en tout cas ce moment comme un moment fondateur mais vous dites aussi que c'était une expérience de l'action en quoi ce qu'on a parlé parole mais est ce que l'action et la parole s'oppose toujours ou est ce qu'elle se complètent plutôt à vos yeux pense que c'est quelque fois une fausse opposition que l'opposé l'action à la parole parce que je pense que une parole est toujours quelque chose qui alimente qui alimente actions qui lui donne un sens qui lui donne une orientation il me semble que par exemple quand on aux abords on a beaucoup réfléchi à beaucoup quand on a beaucoup discuté dans des assemblées comme c'était le cas en 68 on parle toujours des manifestations etc mais il y avait toute cette action qui était aussi une revue de réfléchir et d'essayer de faire des propositions pour transformer certains aspects de la société de l'enseignement de la pédagogie enfin moi c'est ce que j'ai vécu et je pense que là il n'y a pas une coupure disons entre l'action et la parole les choses il peut un peu ça se trame entre entre les deux quand vous parlez marc abélès d'observation participante quoi ce que vous placez l'anthropologue dans ces situations là c'est un porte parole c'est un parmi les autres il est un peu au dessus où il est au milieu je pense que il est toujours par définition quelque peu décalé aussi par rapport à l'action il n'est pas il est à la fois dans l'action immédiate parce que je pense que ça procède d'un engagement moi je dis toujours l'anthropologie c'est un mode de vie c'est pas seulement simplement d'aller sur le terrain comme on dit et puis de revenir de décrire ses notes non c'est pas ça c'est aussi de vivre avec des gens c'est aussi une intrusion dire qu'on se présente on commence à parler avec des gens leur pose des questions etc ils vous ont pas demandées nécessairement d'être là mais voilà on arrive et à ce moment là on est pris disons dans une sorte de dinde intrigue et on en subit aussi les contrecoups les effets plus ou moins positif ou plus ou moins négatif donc on est engagé on est engagé et je dirais même plus tôt on est impliqué on n'est pas engagée au sens on va donner la bonne parole c'est ça la grande différence je pense entre l'ethnologue et certains philosophes qu'on connaît qui était plutôt friande de trouver les tenants et aboutissants et de tirer les leçons comme on dit nous on tire pas des leçons mais par contre on ferait émerger peut-être un certain nombre d'idées qui sont très importants alors vous pratiquez marque une anthropologie du temps présent une anthropologie politique en rupture des vos débuts avec la conception plus classique qui privilégiait l'étude des mondes lointains en même temps vous avez fréquenté des univers qui nous semble familier mais qui ne sont peut-être qu'ils sont peut-être au fond plus énigmatique encore que des mondes lointains escales l'assemblée nationale est-ce qu'à l'organisation mondiale du commerce il vous est arrivé de vous dire mais où suis-je au fond qui sont ces gens quelle langue par le tilt oui sur ce sans cesse c'est une question que je me posais sens sgg souvent éprouvé une pause une impression d'étrangeté disons d'ailleurs certain de me disais à l'assemblée nationale me faisait remarquer que je ne marchais pas comme je ne marchais pas de la même manière je ne marchait plus lentement le marché vite parce que comme c'était des politiques qu'ils avaient toujours des choses à faire des décisions à prendre et c'est donc mon comportement n'était pas exactement qualifiés donc on pouvait reconnaître cette extériorité et puis surtout il m'est arrivé de me poser des questions qui ne rentraient pas dans le cadre c'est à dire que dans ces institutions on a l'habitude d'être toujours entre ses experts ou avec des journalistes qui sont censés être des spécialistes des choses et si quelqu'un vient d'un point de vue qui est celui d'un citoyen parce qu'au fond c'est un peu mon point de vue aussi s'est posé des questions simples sur la manière dont il travaille comment comment ici prennent finalement quotidiennement pour vivre leur lors ils ont leurs actions et que quand on pose ces questions là tout d'un coup il ya une espèce de flottement cercle on nous dit voilà ce que je vais faire voilà mon discours j'ai une réponse pour l'écologie j'ai une réponse pour etc dans leur livre oui d'accord mais vous vous lever le matin vous allez au bureau comment vous faites vous pour être aussi dans vos circonscriptions et puis enfin toutes ces données j'irai l'élite données matérielles de la vie politique c'est quelque chose d'essentiel est de même pour la vie des institutions les institutions moi j'y peux rien c'est des gens et quand on parle de l'institution moi je pratique une anthropologie des institutions quand on parle des institutions enfin très souvent on a tendance à y voir des espèces de deux grosses machines c'est toujours l'idée de machines qui prévaut alors qu'on voit très bien on voit partout et surtout dans la période actuelle machine en fait elle s'efface beaucoup derrière les problèmes des individus qui sont en train d'essayer de faire fonctionner ces dispositifs c'est il ya aussi une solennité des lieux comme à l'assemblée nationale vous n'avez pas été immobilisé un peu transit par sa flore de la république aussi par cette codification c'est sûr j'ai été très sensible à ces aspects là est un spécialiste un petit peu comme tous les anthropologues des rituels de la ritualisation et c'est vrai que quand je pénétrai dans l'assemblée nationale et que j'assistais par exemple aux séances de l'après midi où on voit le le président venir en grande pompe ouvrir les débats quand on voit aussi toutes les distinctions qui sont faites entre ceux qui font partie du gouvernement ceux qui sont les parlementaires la différence entre exécutif et législatif mais vu justement dans les conduites et dans les codes c'est assez extraordinaire quand on vous fait découvrir aussi ce qu'on appelait à l'assemblée l'armoire aux précédents où on à stocker tous les précédents quand il avait eu des problèmes en séance et tout enfin bref toutes sortes de choses qui sont un peu et puis aussi le décorum au sens propre avec toute cette partie un peu 19e qui qui décorent 7 cette assemblée c'est très frappant en même temps il ya quelque chose d'extrêmement violent dans la vie politique qui est toujours en contraste par rapport à cette codification elle a besoin de cette codification elle a besoin qu'on organise mais il ya quelque chose d'agonie stick qui est déjà mis en scène dans le cadre de l'hémicycle avec les différentes parties en présence la gauche la droite c'est et ça c'est très frappant pour quelqu'un qui est à l'extérieur et a contrario on sent aussi marc abélès que vous avez beaucoup appris à de vos premiers travaux sur les assemblées de la tribu éthiopienne où que vous avez observé après vos études il faut aller où les hommes ont réalisé spontanément certaine expérience pour comprendre l'homme disait claude lévi-strauss qui a théorisé ce regard éloigné que vous connaissez ou que vous avez connu puisqu'il était votre directeur de thèse on écoute ce que nous pouvons probablement en attendre du point attendre de l'ethnologie du point de vue de du salut de notre propre société c'est de nous inspirer une certaine sagesse de nous fournir mais ça c'est la mission la fonction qu'a remplie l'ethnologie depuis rabelais depuis montaigne et avait aussi avec rousseau c'est en nous fournissant le moyen de critiquer nos propres institutions par le spectacle où la considération d'institutions étrangères nous montrer qu'elles ont une valeur toute relative et clown devant donc pas nous halluciné ou être obsédé par elle c'est avoir le sentiment constant que d'autres hommes ont pu vivre et être heureux avec des modes de vie d'organisation sociale de croyance entièrement différents des nôtres voilà clos les listes aux qu'est ce qui vous a appris fondamentalement dans votre pratique comment il vous a influencé de différentes manières la première c'était de me délivrer disons un message très fort sur l'anthropologie et sur la la théorie des sciences sociales que cela impliquait et je pense que pour moi mais aussi pour ma génération la lecture de lévi strauss kahn était quelque chose de complètement fondamental surtout quand on venait disons d'une formation philosophique et c'était à ce moment là une manière de se dire bon ben on va essayer de comprendre plus on va essayer de comprendre de manière rationnelle des phénomènes qu'on a tendance justement à exotiques et à particulariser et c'est un acquis essentiel pour moi deuxième chose c'est aussi la manière justement de se situer par rapport aux sociétés par rapport aussi à notre société et cette espèce de relativisme si on peut dire méthodologique a été tout à fait important dans main dans ma formation puis la troisième chose s'il raconte un petit peu dans ce livre dans ses carnets c'est la manière dont mais appris comment il fallait avoir par rapport au phénomène présente vie ricco terrain proprement dit une grande rigueur au niveau des descriptions au niveau de la manière dont pride on traduisait précisément des langages qui n'étaient pas les nôtres et ça c'est une chose qui m'a beaucoup marqué également lors de ce séjour de cette étude de ce temps de vie avec les autres shows lourd en ethiopie qu'est-ce que vous avez ramené comme outil critique pour reprendre les termes de claude lévi strauss dans cet extrait pour comprendre mieux cerner notre modèle démocratique il s'est trouvé que un peu par hasard je suis tombé sur une société qui pratiquait à sa manière la politique et qu'il a pratiqué à travers des assemblées et donc ont passé une grande partie du temps à se réunir et apparaît bien sûr mais aussi à régler des litiges et à prendre des décisions donc la parole et l'action là était complètement lié et ce qui m'a beaucoup frappé c'est que dans cette société il n'y avait pas de chef il n'y avait pas de centralisation du pouvoir et il y avait même tout un système qui s'opposaient qui neutralisait toute forme de centralisation du pouvoir donc on arrive est parfaitement à fonctionner et à prendre donc décidé des décisions sans être obligé de recourir à quelqu'un qui aurait été le représentant ultime c'est à dire que dans cette société on avait effectivement une strate de gens qui étaient des dignitaires mais ces gens là pour obtenir leur titre il dépensait beaucoup il se ruinaient inouïe nourrissait il redistribuer la nourriture à tous les autres et ils obtenaient un certain titre qui était le titre en fait de messages et on les appelait les messagers et le rôle c'était de réunir l'assemblée c'était de l'introduire de faire un certain nombre de bénédictions et puis à la fin de synthétiser au fond le travail de cette assemblée et d'exécuter les desiderata de l'assemblée ça fonctionnait comme ça et puis au bout d'un certain temps d'autres les remplaçait et ainsi de suite c'est bien que l'on n'avait pas du tout le sentiment que d'une nécessité disons de ce pouvoir et de cette représentation tel que nous on la connaît ici par ailleurs notre aspect assez intéressant c'est le fait qu'ils avaient pas de vote on ne votait pas c'est à dire que on prenait on se mettait d'accord et on prenait le temps pour se mettre d'accord sans qu'on comptabilise des individus votants et ça c'est très intéressant je pense pour des gens qui s'occupent de politique c'est à dire comment finalement en prenant son temps on arrive à un consensus et comment on déclare que cette fois on a le consensus ça m'a beaucoup frappé parce que moi j'avais l'habitude toujours de ses résultats de ces sondages de ces pourcentages et c'est ça ça n'existe pas et ça marche il y avait ça marche il y avait effectivement le vous raconter le rôle crucial de la délibération collective dans l'ordre dans leur procès dans leur manière de faire alors aujourd'hui on a beaucoup entendu notamment et on va y revenir plus précisément dans le mouvement des gilets jaunes ses appels à démocratie directe à un pouvoir aussi délibéré de ce qui concerne nos vies notre destin commun est ce que vous dites ça s'éteint un modèle idéal qu'on devrait essayer d'apporter ici à plus grande échelle je pense que on peut pas en vérité un portée purement et simplement je pense que il ya des spécificités culturelles qui sont là je pense pas qu'on puisse du jour au lendemain a transformé nos régimes à la manière des autres lots mais il ya quelque chose qui est important dans ces expériences c'est qu'elles rejoignent des préoccupations que beaucoup de gens aujourd'hui moi ce qui me frappe dans le mouvement et je parle pas seulement des gilets jaunes et de ce qui se passe en france mais je parle du mouvement des places et c'est tout ce qu'on a vu un peu de par le monde ces dernières années c'est qu'il ya effectivement cette idée qu'il faut reprendre un peu de l'initiative du pouvoir si on veut en tout cas une possibilité d'exister politiquement dans des lieux qu'ils soient des lieux ouverts à tous et qui permettent justement à la fois cette expression et de débouchés aussi sur des sur des actions collectives ça c'est quelque chose de relativement neuf il me semble qu'ils engagent une exigence qui est une exigence très forte je pense une existence justement d'exister peu politique non et pour moi par exemple le mouvement de gilet jaune ça a été en grande partie cette question qui était au coeur au coeur du mouvement avec encore et là et ça ça m'a beaucoup intéressé par rapport justement à ces autres shows l'eau par exemple l'idée que personne n'était là pour confisquer le pouvoir des autres et que si quelqu'un voulait le confisquer si quelqu'un voulait s'érigeait en représentant accrédité ben ça n'allait pas marcher on n'en voulait pas alors on connaît les critiques qui ont surgi notamment de la part des spécialistes de la politique des politologues et c'est qu'ils disent ces gens s'étaient désordonnée ces gens n'avaient mais je pense qu'ils ont fait émerger une très importante question et qu'on va retrouver un peu partout parce que qu'est ce qui se passe si vous voulez dans le monde actuel ce qu'on voit c'est qu'à force de créer de la représentation et de la concentré de la monopolisé on a finalement une telle personnalisation que le moindre caillou dans la chaussure fini par créer un vrai désastre politique on le voit aujourd'hui à paris par exemple parce que voilà ccc des individus qui se trouve tellement pris dans une dans une sphère qui hélas faire séparer de du du monde que ça ne sonne plus ça ne peut plus fonctionner comme ça il ya un moment où justement il ya sans arrêt une tension et moi c'est ça le problème qui me préoccupe beaucoup aujourd'hui c'est la tension qui finit par s'établir entre des gens qui sont un peu au dessus et les gens qui sont à notre niveau de simples citoyens et après l'idée qu'il faut sans arrêt faire chuter ces gens qui va falloir bon il ya quelque chose de la temps quelque chose qui ne va pas et je pense que ces mouvements il exprime beaucoup cette chose là c'est à dire qu' on n'est peut-être pas dans la dans la positivité dans l'avenir radieux mais on est quand même dans un moment où on cherche on cherche à sortir finalement une espèce de mauvaises alternative ou si c'est pas là ça sera l'autre etc et comme s'il y avait en face permet en permanence finalement tell tale strates contre telstra tu es au milieu nous qui serions là pour arbitrer tous les cinq ans et c est là vous raconter cette expérience avec les autres cholot vous l'avez raconté dans un livre par grand spa 118 le lieu du pouvoir du politique et c'est là où c'est intéressant dans vos carnets d'un anthropologue aujourd'hui quand vous revoyez ce moment de votre vie d'anthropologues marc abélès vous raconter que les autres sous l'eau était pour vous quand même comme l'afrique ou de mai 68 au sens de freud c'est à dire que vous avez aussi étudier comment la parole publique politique et dans quels lieux elle se déploie et vous repartez de ces études là pour faire lien avec d'autres situations que vous avez pu connaître par la suite vous avais dit le mot tension appréhender détention contemporaine sans tomber dans la fascination de l'événement ce sont vos mots aussi en ouverture de ces carnets d'un anthropologue cette position elle ne doit pas toujours être facile à tenir surtout pour un enfant de mai 68 comme ou politisé déjà même bien avant puisque vous revenez aussi sur votre histoire familiale oui il se trouve que ma famille la politique joue un rôle important et j'entends des jeux comme je disais comme j'écris dans dans le livre j'étais un peu comme une éponge donc j entendais l'état de mode ne phrase de discussion que dont persée pas toujours les tenants et aboutissants mais ça a été un petit peu effectivement un univers familier mais ce qui m'a frappé en 68 c'est que j'ai compris que à la fois on était en train dénoncer un certain nombre de choses importantes et puis par moments on était aussi complètement à côté de la plaque et qu'en fait tout ce qui était retenu notamment dans les médias mais parler les gens eux mêmes c'était d'essayer de toujours trouver un sens de tout trouvé une espèce d'image qui sera la bonne image de 68 alors là il ya des images concurrentes qui se sont créés avec effectivement des commandes y rajouter des représentants justement on a parlé cohn-bendit et des gens comme ça enfin tout a été construit un certain moment mais en fait la question qui me paraissait essentiel dans ce que j'avais vécu c'était de savoir comment on comment on s'y prenait justement pour prendre la parole quand je suis arrivé à auch cholot j'ai été complètement repris par par cette préoccupation puisque je voyais des gens qui avait même inventé une certaine rhétorique pourparlers qui avaient codifié aussi un certain langage et qui à partir de là pouvait justement avancer dans les argumentations dans les débats et ça c'était quelque chose que auquel je n'avais pas vraiment réfléchi et qui est devenu pour moi important c'est à dire c'est pas tellement le contenu du discours qu'on commente à n'en plus finir mais c'est la manière dont on parle et cette question de la manière dont on parle je vais retrouver ensuite dans d'autres contextes et notamment l'assemblée nationale dont vous parliez ou même des ans dirige des enceintes ou la question devient beaucoup plus complexe à savoir l'assemblée européenne d'une part parlement européen et de l'autre l'om sait qui est aussi une assemblée qui est aussi et donc dans lequel on trouve à la fois une pluralité linguistique est une très forte technicité et quand vous ajoutez aux paramètres disons du discours politique normale entre guillemets qui est le discours politique nationale où l'on connaît à peu près tous les référents on sait on connaît le contexte est tout quand vous rajouter d'une part cette internationalisation et cette pluralité des langues comme c'est le cas au parlement européen par exemple là vous voyez que vous entrez dans une l'excité incroyable parce que les gens peuvent parler et se comprendre par le truchement d'un interprète par exemple mais à la fois il ya des tas de choses qui ne comprennent pas parce qu'ils n'ont pas justement tout c'est tous ces contextes et là il ya des décalages qui s'opère et là il ya presque parfois des situations comiques puisque on ne sait plus très bien qui que veut dire quelqu'un qui a priori parle de politique mais qui parle en fonction de parti de deux stratégies nationales qui ne sont pas du tout celles de votre pays alors alors là vous voyez c'est un moment intéressant parce que ça m'a appris quelque chose ça m'a appris quelque chose ça m'a appris que peut-être il fallait regarder aussi au delà de chez soi justement je parle dans par rapport à désassembler qui sont des assemblées parlementaires et réfléchir sur des situations auxquelles on aurait de plus en plus à faire puisque les problèmes dont il est question je pense par exemple où on parle beaucoup d'écologie et tout et on sait très bien que ça se passe évidemment au niveau planétaire et là évidemment et on va être confronté avec des gens qui viennent d'horizons différents et qui parlent pas la même langue et qui n'ont pas les mêmes référents et c'est ça qui me qui m'a complètement intéressé invités jusqu'à 13h30 l'anthropologue marc abélès à l'occasion de la parution chez odile jacob de ses carnets d'un anthropologue de mai 68 au gilet jaune france culture il est 13 heures 19 france culture la grande table olivia gesbert marc abélès vous avez expérimenté toutes les échelles on l'évoquait de l'amphithéâtre de mai 68 à l'arbre à palabres en ethiopie des autres cholot de l'assemblée nationale du rond point avec les gilet jaune de la place avec nuit debout à l'échelle locale unc on n'a pas à citer après votre expérience et youtube tiennent quand vous allez étudier comment se fait la politique aussi au niveau départemental à quarré les tombes vous avez expérimenté ces échelles est-ce que de là vous diriez que l'espace le lieu conditionne plus qu'on imagine la parole l'expression de la parole oui c'est un des points qui me paraît assez singulier finalement quand on quand on y réfléchit c'est que quand on quand on parle on parle quelque part et en fonction du lieu dans lequel on se trouve on a une certaine manière de s'exprimer je veux dire par là que quand vous êtes par exemple à l'assemblée nationale quand le président est en haut dominent les débats que les que les parlementaires s'exprime vont à la tribune ou ne vont pas à la tribune que etc il ya toutes sortes de choses qui s'opère et qui font qu'on crée une sorte de pré séance ont créé tout un codage finalement de l'activité de de parole et c'était pareil tout à fait dans le cadre dans lequel les autres shows où on pouvait parler par exemple un cas précis et qui dit tout sur une société à ocz l'eau les femmes ne pouvaient pas entrer sur la place elle pouvait parler à l'assemblée mais elle devait parler de l'extérieur de la place n'a l'air de rien mais c'est en fait déjà cette notion qu'on a souvent et qu'on a tendance souvent parfois enfin soient occultées c'est à dire l'idée qu'au fond quand on crée un groupe il ya toujours une exclusive et c'est quelque chose que les anthropologues remarque souvent et qu'on ne dit pas toujours si on parle toujours de rassembler en fin politique c'est le grand mot le grand mot mais rassembler ça n'existe pas en réalité puisque rassembler c'est toujours rassemblés par rapport à sa demande de gens qui ne vont pas être dans le rassemblement donc bon jeu ce sont des potées ddd des choses assez triviale mais qui nous disent beaucoup sur la notion aussi du lieu politique le lieu politique c'est c'est non seulement un lieu matériel mais c'est aussi comme on disait dans le temps le lieu le lieu de l'ont pas c'est à dire à partir de quel dispositif symbolique on s'exprime et ça c'est eux c'est un des aspects qui me paraît important dans cette dans cette activité dans cette activité de parole le problème du lieu c'est aussi la question de la territorialisation de l'activité politique et vous faisiez allusion à des travaux que j'avais fait dans une région française en bourgogne et dans cette région et je m'étais aperçu à quel point le territoire était marquée était aussi symboliser exactement de la même manière dont les 28 des autres lots connaissait par coeur les limites de leur territoire et effectuer des sacrifices à ce différend entre droit alors que les gens par exemple dans cette région de bourgogne faisait des commémorations des vingt d'honneur etc enfin lyonnais toute une série de rituels et il y avait une sorte de parallélisme en fait entre cette manière de se promener dans le territoire en marquant chaque fois ce qui constituait aussi une forme de cohésion marc abélès sur 7 cette cohésion ce passage en tout cas entre vos différentes expériences de mai 68 à aujourd'hui mai 68 je le disais pour vous ce moment fondateur aux révoltes contemporaine les indignés les occuper wall street mais debout gilet jaune on sent que vous retrouvez le même besoin chez chacun de faire entendre sa voix parce qu'ils ne se sentent pas entendu chacun veut réinventer autre chose ce sont vos mots sens en effet de répétition chaque mouvement à sa singularité on a entendu l'an passé des voix s'élever et on a vu aussi un président tenté d'organiser cette parole qui avait besoin de s'exprimer peut-être au risque de la récupérer dans un grand débat qui a été somme toute assez critique et on va écouter là les mots de trois mères la mère de blanquefort-sur-briolance celle de chanteloup les vignes et le maire de nancy il s'exprimait sur public sénat au sujet de cette initiative le grand débat ça me met en colère parce qu'ils font des discours is bien travaillé la bonne prose là les bons éléments de langage une comme metop les habitants ils sont pragmatiques ils ont raison de l'être ils veulent débattre lorsque ils sont sûrs d'être écoutés ils sont sûrs que leurs propos influence la politique à venir ce grand débat est terré artificielle sur des sujets qui n'étaient pas les leurs basses et les appâts mobilisés ça veut bien dire une chose c'est que ce n'était pas leur sujet je pense que si les élus croient qu'on peut continuer avec la démocratie représentative seulement comme ça toujours été depuis la révolution comme si de rien n'était je pense qu'ils se foutent le doigt dans l'oeil jusqu'au coude quoi la défiance de nos concitoyens elle est immense alors faut pas seulement le constater il faut y remédier et vous montrer si marc abélès comment l'avènement d'internet des réseaux sociaux a montré les failles la fragilité de notre démocratie représentatif cette expérience tout ce qu'on a vécu l'année dernière qu'est ce que ça nous dit de l'état de notre démocratie représentative et de la manière dont il faudrait peut-être là la repenser voir la régénérer à vos yeux je pense qu une expression que dans ce qui a été dit c'est l'expression éléments de langage pour moi l'élément de langage c'est une chose dont on parle souvent vrai qu'on évoque souvent dans l'est dans les milieux politiques le fait que certains aient des éléments de langage et s'adressent à d'autres ça ça devrait déjà complètement disparaître qu'est ce que ça veut dire éléments de langage et qu'est ce que ça veut dire qu'il ya des gens qui ne pourraient pas avoir accès finalement une parole de débats qui ne soit pas tout de suite comment dirais-je banalisée uniformiser par ces fameux éléments de langage avec jets réponse à tout et peut-être ce qui a particulièrement agacé les gens ce qui se crée aussi une certaine défiance c'est cette idée que quelqu'un et plus on monte dans la hiérarchie a réponse à tout parce qu'il a ses fameuses et éléments de langage moi je pense que une des questions c'est effectivement de libérer de libérer cette parole est de donner des moyens d'expression collectif à ceux qui en ont besoin parce qu'il s'agit pas seulement encore une fois de parler pour le plaisir ou pour parler pour ne rien dire mais on voit très bien que ce qui a été exprimé dans c'est par exemple sur les ronds-points je prends le cas des rompois sur les ronds-points il ya des choses qui sont dites qu'ils sont dit qu'ils avaient trait à la vie quotidienne des gens qui avait trait aux fins de mois qui avait trait à la fin du monde qui avait trait à beaucoup de choses mais qui exprimait une situation de manière beaucoup plus réaliste peut-être que ces fameux éléments de langage censé résoudre tous les problèmes et on retrouve le même question sur les retraites c'est incroyable décalage qui s'est créée entre je dirais une parole officielle et puis ce que les gens attendent réellement et ce qu'ils essayent d'exprimer en se cherchant justement ces lieux et c'est ce que j'appelle cette démocratie du tout un chacun c'est à dire ou laisser régularité s'exprime dans des lieux choisis et détermine un certain nombre de priorités collectives là encore je crois que on a souvent essayé de et ça c'est beaucoup dans les médias on a souvent essayé de te ridiculiser un peu des mouvements comme celui du dd gilet jaune en disant qu'ils savaient pas ce qu'ils voulaient qu'ils avaient trente six revendications en réalité quand on regarde de près il a tout récemment il beaucoup d'études qui ont été sortis on s'aperçoit qu'il y avait des thèmes qui revenez y avait des priorités et que les choses peuvent très bien ces énoncés peuvent pourraient devraient pouvoir un certain moment être réellement négocier avec ceux qui occupaient les pouvoirs encore une fois il s'agit pas de prendre le pouvoir de s'emparer etc gratuitement de quoi que ce soit pour recommencer avec d'autres éléments de langage il s'agit de donner à penser et agir à partir de ce travail ce travail qui est un travail de l'assemblée qui est un travail de la parole et qui est aussi un travail je dirais de la pensée voilà il ya eu et on a entendu toute cette année une remise en cause de la verticalité du pouvoir a voulu aussi marc abélès emmanuel macron qui a sous-estimé le local dans quelques semaines on aura des élections municipales avec peut-être le retour de cette expression dans les urnes d'une parole citoyenne des élections des rituels pour matérialiser écrivez vous quand même la permanence d'une appartenance commune merci beaucoup à vous ils sont riches vos carnets d'un anthropologue de mai 68 au gilet jaune on n'aura pas pu y aborder tous les sujets que vous y traiter mais je vous invite chaudement à aller lire à vous qui nous écoutent et marc abélès c'est chez odile jacob merci un grand merci à toute l'équipe de la grande table aujourd'hui à la réalisation c'était anna holveck à la préparation programmation merci à bruno baradat avec l'aura du teich perez pour la grande table des idées à oriane de la croix avec henri leblanc pour la grande table culture à philomène viard et à marceau vassy pour leur aide précieuse merci aussi à ambre minier qui nous a accompagnés toute cette semaine je vous souhaite un très beau week end à tous sur france culture et je vous dis à dans une semaine puisque à partir de lundi c'est raphaël bourgois qui prendra le relais à ce micro pour une semaine entière de grandes tables
Christian Jacob