#RDLS135 : Les leçons de l'Équateur / Vaccins : levez les brevets / Combattre le lawfare
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, c'est la 135e revue de la semaine, et je m'adresse à vous depuis l'Équateur, dans les conditions mentales d'un homme qui encaisse un décalage horaire de 6 heures. Allez, générique ! Je me trouve donc en Amérique latine, j'y suis, à l'invitation de la présidence du gouvernement bolivien et du Parlement andin des nations. Cette invitation, elle fait suite à une initiative que nous avons prise avec l'ex-président Lula, qui était d'engager une campagne internationale en faveur de la licence libre sur les vaccins contre la Covid-19.
Ce n'est pas la seule initiative qui existait dans ce domaine, il y en a eu plusieurs, mais celle-là, disons, a fait son chemin dans les Amériques d'une manière un peu plus poussée. Alors, pour nous, de quoi s'agit-il à chaque fois ? C'est de convaincre le plus de pays possible que c'est la bonne méthode. Et c'est la bonne méthode. Parce que, aussi bien par rapport à la situation actuelle, si on continue sur la pente sur laquelle on est, c'est-à-dire que 80% des vaccins disponibles vont dans les pays dits du Nord, c'est-à-dire en fait vers les pays riches, ça réglera sans doute la question de la mortalité dans ces pays, mais ça ne la réglera pas dans tous les autres.
Et par conséquent, la Terre entière va devenir une sorte de zone bizarre où il y aura des endroits où l'on peut mourir et d'autres où ce n'est plus possible parce que l'immunité collective est arrivée. Certains pourront, dans ces endroits dangereux, se tirer d'affaires parce qu'ils sont vaccinés et pas les autres. Alors, déjà sur le cas de la Covid-19, c'est assez insupportable, mais imaginez-vous que comme tout le monde sait que ces virus mutent, nous devons nous attendre à un travale régulier à ce qu'il y ait des pandémies. Et même, on peut imaginer que, hélas, dans le futur, on vivra quasi en permanence dans des pandémies.
Surtout que la cause première des pandémies n'a été annulée nulle part, c'est-à-dire les élevages d'animaux domestiques concentrés, les fermes des 10 000 vaches, des 50 000 cochons, des 200 000 poules, enfin toutes ces horreurs, qui sont les endroits par lesquels se transmettent à l'homme des maladies qui viennent des animaux, pas seulement ceux qui sont enfermés et traités de cette manière-là, mais les animaux sauvages qui sont expulsés de leurs habitats naturels, se rapprochent de l'habitat des êtres humains et donc des élevages des êtres humains leur transmettent leur virus et ça donne ce qu'on appelle la zoonose, c'est-à-dire des maladies qui se transmettent à l'homme.
C'est comme ça depuis les premières villes, à l'origine de l'histoire, mais évidemment, à l'époque, ça n'avait pas les proportions que ça prend aujourd'hui ou quasi instantanément, la Terre entière tombe malade parce que l'économie est globalisée et que les chaînes d'interdépendance matérielles sont extrêmement longues et que parfois, pour avoir un produit à un endroit, il faut que les pièces les plus diverses aient voyagé à beaucoup d'autres. Bon, vous comprenez, vous connaissez tout ça. Donc, on s'est mis en campagne et pour moi, l'invitation, elle correspond au 22 avril, c'est donc la journée de la Terre, je suis l'invité de ce gouvernement.
Pour moi, c'est une occasion de faire entendre une autre voix de la France parce que pour l'instant, la voix officielle de la France, c'est celle de M. Macron, c'est bien normal, c'est le président de la République, élu de notre pays. Mais lui, il défend, à l'Organisation mondiale du commerce, il a voté contre la licence libre sur les vaccins. Ce qui est une attitude qui est très marquée par l'esprit mercantile, anglo-saxon, étroit et borné, parce que dans le passé, les Français n'agissaient pas comme ça.
Jusqu'en 1959, les Français ne permettaient pas qu'il y ait des brevets sur les vaccins et les autres biens sanitaires mondiaux dont tout le monde avait besoin pour faire face à une maladie. Alors, bon, c'est la manière à moi de contribuer aussi à l'image de mon pays, à son audience, bon, que les gens voient dans le monde qu'il n'y a pas qu'une seule façon d'être français ni que la France ne s'exprime pas que pour uniquement servir les intérêts de la puissance. Ça me paraît important de jouer ce rôle, je l'ai déjà fait dans d'autres circonstances par rapport à certains pays africains où je me suis exprimé, ou même par rapport aux pays d'Amérique latine.
Alors, j'en profite d'ailleurs pour revenir sur un point parce que parfois on me moque, on me dit « Ah, mais Mélenchon, il y a toujours fois en Amérique latine. » Non, pas toujours, pas toujours. Par exemple, ici, je suis en Équateur, la dernière fois que je suis venu ici, c'était en 2014, il ne faut quand même pas exagérer, c'était il y a 7 ans. J'aime beaucoup ce pays, je ne veux pas vous le cacher, et je suis très lié à un certain nombre de ces dirigeants politiques de gauche avec lesquels je suis certainement le plus en phase sur ce continent. C'est l'équipe de Raphaël Correa et du candidat qu'il y avait ici pour la dernière élection présidentielle, Andrés Arauz.
Alors, quand on a vu que le deuxième tour de l'élection présidentielle en Équateur tombait pile-poil une semaine avant la Bolivie, j'ai décidé de commencer par passer ici pour y rencontrer les équipes. Alors, si on avait gagné, j'aurais été heureux avec eux et comme on a perdu, j'ai été malheureux avec eux. Et c'est toujours pareil, j'entretiens un lien et je vous prie de comprendre que pour un homme comme moi, ça a beaucoup de sens, ce type de lien, parce que j'appartiens à une tradition où l'internationalisme était quelque chose de permanent et qui aujourd'hui s'est beaucoup perdue.
Par exemple, quand le président de la Bolivie, nouvellement élu, après en putsch, dès le premier tour, il est élu, alors qu'il appartient à notre famille, qu'ils se sont tapés toutes les horreurs qu'on pouvait raconter sur eux, ils ont gagné dès le premier tour. Eh bien, le jour où il est devenu président de la République, la seule délégation française qui était présente ce jour-là, c'était la nôtre, celle des Insoumis, présidée par Mathilde Panot, qui nous représentait ici, mais sinon, il n'y avait pas un seul autre parti français.
Parce que les partis français soient inattentifs ou s'y intéressent plus, ou subissent la pression et ils cèdent, bon, comme souvent, moi non, mais eux, oui, on leur dit, ah, l'Amérique latine, tout ça, c'est loin, bon, alors, vous, vous, je n'ose plus rien dire, bon, pas moi. Je pense que l'Amérique latine reste le lieu où, le seul lieu du monde où la chaîne de la contrainte sous les politiques néolibérales a craqué. Et donc, tout ce qu'ils font m'intéresse, nous intéresse et nous permet d'apprendre. Et là, en particulier, en Équateur, c'était très important pour moi parce que je les ai chopés juste le lendemain matin du jour de la défaite.
Donc, les images sont encore très vives, les enseignements sont très nombreux. On a eu, j'ai donc fait une rencontre avec Andrés Arauz, notre candidat, qui m'a beaucoup impressionné par son sang-froid, parce qu'ils ont quand même fait face à une série d'aventures. Il y en aurait pour une revue de la semaine entière à vous les raconter. On leur a tout fait. les procédures judiciaires contre à peu près tout le monde, tous les cadres du mouvement, dans des conditions complètement extravagantes, mais destinées à terroriser les gens. Je vous donne un exemple. Ils ont trouvé un truc.
Quand un ministre ou un chef d'administration centrale est repéré comme étant un des nôtres, il passait au peigne fin les décisions qui avaient été prises par son ministère. Et quand elle n'est pas exactement conforme à ce qu'ils disent être la légalité administrative, ils font un procès au gars ou à la fille et ils lui demandent de rembourser la somme que l'État a avancée. Vous imaginez ? Bon, imaginez-vous, vous êtes ministre de la Défense en France, tiens, comme l'était M. Le Drian, et puis on lui dit, ah ben voilà, vous avez passé la commande de tel sous-marin, mais bon, ce n'était pas conforme administrativement, donc vous devez rembourser à l'État le prix du sous-marin.
C'est ce qui arrive. Alors, les gens sont écrasés, si vous voulez, d'abord de peur, et puis ça vous lamine, et les types, ils tiennent bon ici. Je vais vous donner un exemple de ce genre de demande de remboursement. Trois ministres des gouvernements de Raphaël Correa ont été pris à partie, on leur a dit, ah mais vous n'avez pas autorisé dans des conditions administrativement régulières, M. Assange à être présent à l'ambassade d'Équateur en Angleterre où il s'était réfugié. D'accord ? J'espère que vous avez toute cette histoire à l'esprit. Et alors, comme ce n'était pas conforme, vous devez rembourser.
Et eux, ils ont évalué à 5 milliards le coût de son accueil pendant 3 ans ou 4 ans dans cet ambassade. C'est complètement délirant, on le sait, mais c'est destiné comme ça. Alors, il y en a plein qui sont dans cette situation, vous imaginez, c'est même pas envisageable de rembourser des sommes pareilles. Donc, il y aura des procédures judiciaires. Tout le monde s'y attend, mais les procédures judiciaires, ça coûte beaucoup d'argent. On nous traite de la même manière, mais c'est pour dire qu'ils ont vraiment résisté à tout. Ils n'ont eu l'autorisation d'être candidats à la présidentielle que le 25 décembre.
Et leur champion, qui est Raphaël Correa, qui est l'ancien président qui a sorti de ce pays du néant de la misère, de la corruption, de l'à peu près, de l'incompétence généralisée, vous savez, l'État aux mains des libéraux, il n'y a plus rien qui marche, il n'y a que des gens qui s'enrichissent, enfin bon. Et Raphaël Correa était interdit de candidature à la présidentielle. Il a fait l'objet d'une condamnation sans même qu'il puisse se défendre à 8 ans de prison. Il y a 18 incriminations contre lui. Il aurait été vraiment très fort.
Alors, vous comprenez qu'à la sortie d'une élection comme celle-là, les gens que vous rencontrez, c'est des gens qui ont une force de caractère auprès de laquelle vous n'avez qu'à apprendre. André Sarras n'a que 35 ans, mais je vous garantis que sa capacité à garder le sourire, la bonne humeur dans un contexte pareil, c'est assez remarquable. ça nous donne une bonne leçon de vie pour nous qui souvent, bon, j'émissons, nous plaignons parce que c'est un peu difficile pour nous. Bon, oui, c'est un peu difficile, mais quand on voit dans quelles conditions les libéraux dans pratiquement tous les pays du monde passent à la violence autoritaire.
Ici aussi, il y a eu l'équivalent du mouvement gilet jaune à partir des Indiens et de la population la plus défavorisée du pays. Il y a eu ici aussi, c'est curieux, quand même, c'est curieux, mais ici aussi, il y a eu beaucoup de gens qui ont été éborgnés, ce qui montre que c'est une tactique de police qui s'est généralisée dans le monde parce que mes camarades chiliens me disent que la même chose a eu lieu au Chili, beaucoup de gens éborgnés. Donc, il y a une volonté d'utiliser cette méthode pour terroriser les manifestants.
C'est pour dire, ici, c'est passé comme ça aussi et donc, quand on faisait le bilan d'élection, ils m'ont raconté, moi, je leur ai dit, écoutez, parlez-moi des coups durs. Quels coups durs vous avez reçus et qu'est-ce qu'on fait pour y riposter ? Parce que moi, je vous ai annoncé dans une des interviews que j'ai fait, je crois que c'était pour Ouest-France, je crois, où j'avais dit ce sera sale, la campagne va être sale. Ici, elle a été très sale, très très sale. Ils ont inventé des bobards, vous n'avez pas idée.
Par exemple, à un moment donné, alors évidemment, bon, Cuba, Venezuela, tout ça, tous les jours, ça va de soi, mais à un moment donné, ils ont inventé que notre candidat, André Sarrous, avait été subventionné par un groupe de guérillas, de narcotrafiquants. Nous, ça nous fait rire quand on entend parler, mais ici, ça ne fait rire personne parce que c'est diffusé, les gens se disent « Ah, il n'y a pas de fumée sans feu, il y a peut-être un problème. » Bon, ça est ridicule. La guérilla qui est citée n'existe même plus. Et évidemment, André Sarrous n'a rien à voir ni avec les guérillas ni avec les narcotrafiquants. Mais ils ont quand même tenté de le faire.
Et puis, ils utilisent une méthode qui s'appelle le « deepfake » parce qu'on parle en anglais maintenant partout, c'est-à-dire la profonde fausse information. Alors voilà comment ça se passe. Vous avez peut-être vu sur TF1, ils font ça comme une émission humoristique où vous voyez quelqu'un qui parle et qui dit des trucs qui n'ont rien à voir avec évidemment sa position personnelle. Mais comme c'est une vidéo, comme les lèvres bougent bien avec le son de la voix, c'est le même, les mots, c'est les mêmes parce que c'est un logiciel qui fait tout ça, mais c'est vraiment très impressionnant. Alors, ils ont fait ça à Andrés, à Raus, puis après tout le reste, attaquer sa famille, enfin bref.
On a beaucoup appris de ce que nos ennemis nous font parce que je pense qu'on va avoir des choses qui vont être très ressemblantes en France. Bon, j'espère que non. Je vais vous dire pourquoi j'espère que non. Parce que là, à peine l'élection est terminée, tous autant qu'on est ici, on s'est adressé au nouveau président pour lui dire écoutez, président, on reconnaît la défaite électorale. C'est rare, je peux vous dire, dans le coin, c'est pas trop l'habitude. on commence par discuter et par contester l'honnêteté du résultat. On l'a reconnu. Et ce qu'on demande, c'est qu'on baisse le niveau de la conflictualité. Et vous voyez, donc il demande ça au nouveau président.
Lequel a l'air d'être enclin à se dire bon, c'est bon, il y en a marre, parce que d'abord, si vous voulez, la justice équatorienne, ça existe, il y a des juges qui croient à ce qu'ils font et qui se sentent déshonorés par le fait que la justice est utilisée pour faire ça, la chasse aux opposants politiques ici, comme dans plein d'autres pays et surtout les opposants de gauche. Donc, il y a toute une série de gens, de juges, bon, c'est pas des... c'est quand même des gens qui appartiennent à la catégorie sociale la plus élevée et qui sont dégoûtés par cette situation qui demande que ça s'arrête.
C'est ce qui s'est produit au Brésil, vous avez peut-être vu que le juge voyou Mouraud avec lequel la justice française avait commencé des échanges de bonnes pratiques, bon, les juges brésiliens, tout ça, on veut plus de ça, quoi, et qui ont déjugé ce juge, cassé tous ses jugements et je pense qu'un jour ou l'autre, il ira lui aussi en jugement pour s'être comporté de cette manière-là.
Donc, le croisement d'une justice, des gens de justice qui disent nous, on ne veut plus faire ce boulot-là, la chasse aux opposants, d'autre part, l'administration Biden qui, au dire des amis, je ne peux pas vous dire, c'est ma conviction, mais j'ai vraiment envie d'y croire, l'administration Biden semble ne plus être d'accord avec ce genre de méthode brutale, violente, qui était plutôt liée à l'ère Trump et au type qui dominait l'ère Trump qui était le plus souvent aux Etats-Unis les plus violents, les plus fascistoïdes, mais les Trumpistes dans le monde entier, avaient des alliés, des bons copains dans les différents pays et je ne veux nommer personne. Bon. Voilà.
Donc, il semble qu'il puisse y avoir un tournant. Et ça, ça m'a fait réfléchir aussi sur la situation de notre pays. On n'a pas intérêt, nous, à faire monter continuellement le niveau de la violence verbale en politique. Parce qu'arrive un moment où on ne sait plus comment rembobiner le film et on ne peut pas gérer nos sociétés dans la situation dans laquelle elles sont exclusivement avec de la, comment dire, une conflictualité absolue entre protagonistes de la scène. Bien sûr, ça ne veut pas dire renoncer au fait qu'on est des opposants. Moi, en France, je ne renoncerai pas à ça.
Mais je m'inquiète de voir quand, si vous voulez, ça devient cette sorte d'ambiance pourrie où on vous chope un mot. Vous vous rappelez quand il m'avait fait barbare trois jours parce que j'avais dit que dans une conversation privée, il avait chopé un petit bout. J'avais traité de barbare les policiers qui éborgnent les gens. Mais je n'ai pas été le seul à être victime de cette méthode d'autres groupes avec des amalgames. Vous voyez, par exemple, dire que la mairesse de Strasbourg est une alliée des islamistes. Tout ça n'a pas de sens. Tout le monde le sait. Mais ça pourrit l'atmosphère. Ça crée une ambiance de violence permanente. Alors là, c'est pareil. Bon, il y a l'habituel gag.
Les Jeux sortent de France. Vous avez toute la macronique qui sortent de la niche et ils disent « Oh, je te jette sur moi pour aboyer. » Quand je suis allé à la Réunion, ils avaient dit « Ah, il est parti en vacances. » Tu parles de vacances. Le résultat, c'est que le 25 décembre, je n'étais pas en famille. Comme vacances, on fait mieux. Mais c'est pour dire que pareil, il faut monter le ton d'une façon qui est sale. Par exemple, moi, je suis en Amérique latine, je vais ramener le virus brésilien. Ou bien, on dit « Ah, regardez, il le fait exprès, il y a une photo. Je suis photographié sans masque. » Ben oui, quand on fait les photos, on enlève le masque. Alors, ça dure le temps de la photo.
C'est des petits exemples. Bon, ça montre la médiocrité de mes adversaires. Mais si vous voulez, les petites piqûres comme ça répétées créent une ambiance détestable de violences, de surenchères, de mépris. Et ça, bon, moi, je trouve que c'est pas bon. Et ce que je vois ici, c'est que c'est à nous que ça coûte le plus cher parce que les autres s'en foutent. Vous pouvez leur dire ce que vous voulez. Ils ont l'habitude. Souvent, ils sont très riches, très importants. Donc, en réalité, l'opinion des autres, c'est pas vraiment leur souci. Ils s'en foutent. Nous, c'est pas pareil.
Et donc, il faut qu'on y réfléchisse pour qu'on trouve le bon point d'équilibre pour être à la fois dans la conflictualité politique et en même temps dans la capacité à ne pas laisser la situation se dégrader au point que plus personne ne parle à personne et il n'y a plus que des injures en circulation. Voilà. Alors, bon, donc là, moi, je travaille sur le thème du « la offert », c'est-à-dire la guerre judiciaire contre nous. On a monté un forum mondial. On va tenir la deuxième session. Elle va avoir lieu fin avril, je pense. Et, bon, on va se réunir là, par Zoom. D'autres, plusieurs pays du monde, plusieurs grandes organisations, sur plusieurs cas, ils ne sont pas tous de gauche, d'ailleurs.
Quand on a fait la première session du forum, on l'a fait aux Philippines. La femme qui est en prison depuis 4 ans, c'est une centriste, donc plutôt de type libéral sur le plan économique, mais c'est une centriste. et le tirant local, bon, est une ergumène d'extrême droite, dans, vous savez, cette lignée les trumpistes, Orban, en Hongrie, bon, ces gens très agités et très violents. Donc, on l'a fait sur son cas, elle, la deuxième session, on va voir quel cas on sélectionne. Évidemment, maintenant que Lula a été libéré et que les taux se desserrent sur nous dans l'Amérique latine, les affaires vont mieux. C'est plus simple de faire la démonstration.
Prenons l'exemple de Lula, pour le Brésil, bon, vous avez vu, il y a eu plusieurs papiers qui sont parus dans un journal qui n'est pas du tout favorable en France, qui est Le Monde, qui a mis quand même bien du temps, je trouve que c'est bien dommage à se réveiller, pour dire, bon, ok, c'était un coup monté.
Bon, ben, ben, il fallait le dire avant, parce que quand même, mais ce n'est pas grave, on est content qu'ils le disent maintenant, parce que ça donne un signal aussi en France du fait que, bon, tout le monde n'est plus trop d'accord pour que tous les coups soient permis contre l'opposition de gauche et contre moi en particulier, mais pas que moi, il y en a d'autres comme moi qui se font pourchasser judiciairement dans des conditions qui sont complètement extravagantes et absurdes, mais vous savez ce que c'est.
Quand ils vous, vous ne savez pas, non, c'est moi qui vous le raconte, ils vous prennent un parti, alors ils disent, vous avez la enquête préliminaire, pou, alors copie la moitié du code pénal, alors ils marquaient, recel, abus, escroquerie, il y en a long comme ça, c'est horrible, alors ceux qui font ce genre d'incrimination, ils savent très bien qu'ils vous pourrissent la réputation et ils mettent toute cette liste pour avoir un prétexte à un moment ou à un autre de vous choper. En tout cas, ça marche, vous êtes des imbéciles sur les réseaux sociaux, il dit, hé, Mélenchon aussi, Mélenchon, moi ou un autre, ou même Mme Le Pen ou M.
Bayrou, moi vous savez, au début, j'étais comme vous autres, comme beaucoup de vous autres. dès qu'ils avaient affaire à la justice, vous vous dire, ouais, il y a sûrement des bonnes raisons, à même pas, je peux vous dire que c'est fini, j'y crois plus. Donc chaque fois que j'entends parler d'une action de justice contre un militant politique, quel qu'il soit, quel qu'il soit, de ce niveau-là, c'est-à-dire où il y a des incriminations, oh, pop, pop, pop, j'attends de savoir, je ferme ma bouche aussi longtemps que je n'ai pas de certitude. Bon, voilà.
Alors, ce séjour-là, ici, à cet instant, en Équateur, je suis entré, je devais voir la préfète, la préfète, c'est gouverneur de la province de Piscinche, Piscinche, c'est l'équivalent de l'île de France, c'est la région capitale, donc très important. Elle, c'est une femme qui a été condamnée, elle aussi, et bon, alors elle est avec un bracelet électronique au pied. Bon, moi, j'estime que cette humiliation ne déshonore que ceux qui la l'ont infligée, parce que, bon, on peut être en désaccord politique avec cette femme, c'est une femme honnête, personne n'a pu établir jamais le moindre fait prouvant qu'elle ne l'ait pas été. Alors, bon, c'est comme ça.
Il y a elle, et puis il y a tous ses copains, j'en ai vu passer hier quelques-uns, qui m'ont raconté comment ça s'était passé, leur incrimination sur des demandes de remboursement ou des choses de cette nature. Donc là, on travaille plutôt sur l'affaire des persécutions judiciaires. Évidemment, si André Sarras avait gagné, on aurait participé au fait de la victoire.
Ce n'est pas le cas, mais il faut être capable d'apprendre des autres, et notamment des latino-américains, de ne pas les traiter comme le font souvent les petits prétentieux en Europe, qui pensent qu'eux, ils savent qu'il est bien, et puis alors tout le reste, ils ont une attitude paternaliste ou un peu hautaine à leur égard, que ce soit à l'égard des latino-américains ou des africains, au lieu de dire j'écoute ce qu'ils me disent, j'apprends, parce que ce qu'ils me disent, ça va se passer chez moi aussi, ou ça peut se passer chez moi, ou comment j'y répondrais si c'est moi qui avais affaire à ce genre de situation.
Moi, je pense qu'il faut tout le temps être en apprentissage et se demander comment ce qu'on voit, ce qu'on voit faire aux autres, apporte pour votre propre pays. Voilà. Bon, alors c'était une petite édition spéciale en voyage. Alors je vous ai dit en commençant depuis l'Équateur. Ça m'amuse de vous parler comme ça parce que l'Équateur porte ce nom à cause d'un Français. Ce Français, c'était un... le chef d'une expédition qui a été envoyé pour savoir si la terre était ronde ou si elle avait la forme d'une patate. Et cette dispute a donné lieu à deux expéditions, une en Laponie et l'autre ici.
Et ici, il était dirigé par un homme qui s'appelait Lacondamine, flanqué d'un autre, s'appelait Jussieu et plusieurs autres. Et Lacondamine, chaque fois qu'il envoyait un rapport à Paris, il disait depuis l'Équateur, mais il parlait de l'Équateur physique. Ce pays n'existait pas. Il était à l'intérieur de la Vise-Royauté et de la province du Pérou. Et donc, depuis l'Équateur, depuis l'Équateur, depuis l'Équateur. Et à force, le pays s'appelait Équateur parce que depuis l'Équateur. Donc, nous autres Français, nous avons à voir avec l'histoire de l'Équateur. D'abord, parce que notre grande révolution ici était très célèbre et très aimée des gens qui avaient l'esprit le plus ouvert.
Quand je dis les esprits le plus ouvert, ça ne veut pas dire seulement la gauche. Ça veut dire tous ceux qui croyaient à une société démocratique, républicaine, contre la royauté espagnole et contre l'obscurantisme clérical, ici, l'Équateur a une pratique d'État qui cherche à être laïque. Bien sûr, la religion joue un rôle très grand dans la société, mais par rapport à l'État, il y a une distance parce que les premiers fondateurs de l'État étaient eux-mêmes très laïcs.
Et notre ami Raphaël Correa, du temps où il présidait l'Équateur, a été le premier à faire retirer tous les symboles religieux des édifices publics, tribunaux, écoles, collèges, lycées, où il y avait beaucoup de symboles religieux un peu partout. Alors, ils ont voulu créer et mettre en scène un État laïc, c'est-à-dire qui tient à distance les religions, ne s'en mêlent pas, ne s'en occupent pas, donc ici, la religion dominante est le christianisme et le catholicisme pour être plus précis, mais il y a aussi beaucoup de petites sectes évangélistes qui existent et aucune d'entre elles n'est inquiétée dans ces pratiques religieuses, ils font ce qu'ils veulent. et ils font vraiment beaucoup.
Bon, cette laïcité de l'État, sa racine profonde, elle est dans ce moment singulier de l'histoire des Amériques quand les guerres d'indépendance contre les Espagnols ont été engagées, le plus souvent, au point de départ, on trouvait une connivence, une connexion intellectuelle entre les secteurs laïcs, républicains, ce qui veut dire anti-royalistes et notamment les Français, la déclaration des droits de l'homme.
Je ne dis pas que c'est nous qui avons injecté l'indépendance, ce n'est pas vrai, ni même qui avons eu un rôle, je ne sais pas quoi, d'avant-garde révolutionnaire républicaine, mais les libertadors, ont, c'est-à-dire les hommes et les femmes qui ont participé à la libération des États latino-américains s'inspiraient beaucoup de la déclaration des droits de l'homme et ils vivent beaucoup dans la limite de la Révolution française. Ici, Simon Bolivar est passé, ainsi que le maréchal Sucré qui a, enfin, maréchal, c'était les titres de l'époque, qui ont ici gagné une bataille contre l'Aquito, même, contre l'Empire espagnol.
Et ici est venu aussi Manuela Saenz qui est la seule femme générale de la période de la guerre d'indépendance aux côtés de Simon Bolivar. Bon, moi je me suis beaucoup approprié toute cette histoire parce que j'en connais les connexions avec la France et que ça me touche beaucoup parce que c'est ma patrie et que j'aime que la France ce soit ça, quoi. Pas seulement les marchands de canon qui votent contre les licences libres à l'Organisation mondiale du commerce et toutes ces horreurs.
J'aime que la France ce soit, bon, cet esprit de la liberté, de l'indépendance, de la citoyenneté, la république, enfin, les grandes choses qui font, à mes yeux, l'identité et la culture fondamentale de la France et du peuple français.
Voilà, donc je suis assez heureux quand je me trouve dans ces contextes avec tous ces gens qui regardent aussi avec beaucoup d'intérêt ce que nous nous faisons, nous autres, les Insoumis, parce que nous sommes un cas mondial de forme de résistance déterminée et absolue à un pouvoir néolibéral qui suit la pente de tous les pouvoirs néolibéraux, c'est-à-dire de plus en plus autoritaire, manipulant tous les moyens médiatiques, judiciaires et autres pour essayer d'abattre ses adversaires. C'est un moment un peu pénible. Nous, on le vit moins durement que d'autres. d'autres.
Hier, j'ai rencontré une femme tout à fait extraordinaire qui elle-même est la fille d'un autre homme lui aussi extraordinaire dans son pays, la Colombie et qui nous racontait évidemment les larmes aux yeux que vous savez que les guérillas colombiennes ont décidé de désarmer, de reprendre part à un processus démocratique. Mais l'extrême droite et les paramilitaires, eux, ils n'ont renoncé à rien du tout et continuent à tuer les gens et en particulier les nôtres.
Et la semaine dernière, ils ont tué 12 dirigeants de la jeunesse de Colombia Humana qui est le mouvement en quelque sorte, bon, je ne sais pas comment on peut dire, avec lequel nous sommes liés et nous autres les insoumis dont le porte-parole Gustavo Petro a été très très très loin dans l'élection présidentielle dernière fois jusqu'au deuxième tour dans des conditions assez comparables à celles qui ont été celles d'Andrés Arao Sissi. C'est-à-dire que tous les autres se sont mis contre lui, tous sans exception pour l'empêcher d'y arriver.
Et là, à chaque fois, on a un cas qui est un peu difficile, c'est que les partis qui sont liés à la gauche traditionnelle que nous ne connaissons, mais surtout à la social-démocratie mondiale ou au mouvement écologiste mondiaux ne jouent pas le jeu au deuxième tour. C'est-à-dire qu'ils n'aident pas nos candidats à y arriver même quand on est loin devant eux. Ça a été le cas aussi bien en Colombie que ce fut le cas ici pour André Sarraos.
Alors pour moi, c'est un événement que je n'ai jamais connu parce que j'ai eu la chance de vivre une longue période politique où le camp progressiste ou la gauche traditionnelle, aussi violent qu'aient été les polémiques, à la fin, se retrouvait, était capable de se retrouver. Et je m'inquiète de voir que ce ne soit plus le cas dans des situations comme celle-ci, quoi, où ce qui est en jeu quand même à chaque fois, c'est pas seulement de la politique économique, c'est aussi le droit de vivre, tout simplement, la possibilité de survivre à un pouvoir.
Donc ça, ça m'inquiète parce que je redoute que cette forme de sectarisme ne finisse par contaminer tous les peuples du monde et au pire moment parce que le moment que nous vivons, c'est à la fois un moment de décadence libérale de la civilisation humaine, un moment d'extrême tension et un moment où il faut plus que jamais mettre en avant les méthodes collectives de résistance, notamment aux désastres qui seront opérés par le changement climatique. Si vous ne voulez pas entendre parler de questions sociales, au moins tenez compte de ça. La question sociale, évidemment, elle est partout dans le monde.
Plus les sociétés sont inégalitaires, moins bien elles résistent aux épreuves qui lui sont infligées, que ce soit la pandémie ou que ce soit le changement climatique. Je ne vais pas terminer sur une note qui vous paraisse pessimiste. Je vous retrouverai parce que quand je vais être en Bolivie, il y aura toute une série d'événements, je pense, qui vous intéresseront. À vous qui suivez régulièrement ces revues de la semaine, il faut que j'arrive en même temps à boucler le poste par écrit. Il y a beaucoup de boulot. Il ne faut pas croire qu'on se repose ici. Et devinez qui est derrière la caméra à cet instant. Antoine, qui a fait le voyage avec moi et qui donc fait les interviews.
Alors, il y a Antoine qui est là. Il y a pour le mouvement lui-même et les relations internationales Christian Rodrigues et pour le site Le Monde en Commun sur lequel je vous renvoie Sophia Chikirou qui réalise plusieurs interviews en profondeur ici. Qui nous aide bien pour comprendre ce qui se passe. On a une notamment avec le juge Garçon dont vous connaissez le nom puisque c'est l'homme qui a failli coincer Pinochet alors qu'il était en Angleterre. Mais ce n'est pas son seul titre. C'est un homme assez impressionnant. Vous le verrez dans cette interview sur le site Le Monde en Commun. Voilà, je vous dis à bientôt, à très bientôt et merci d'avoir été là une fois de plus.
Si ça vous a plu, vous mettez des petits pouces bleus. Si vous arrivez là par hasard et que vous voudriez bien connaître la suite des événements, vous vous abonnez. C'est gratuit. Ça le restera toujours. On est plus de 500 000 abonnés sur cette chaîne. C'est la première et je ne sais toujours pas pourquoi.