Congrès Hlm 2019 : discours de Anne Hidalgo, Maire de Paris
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci beaucoup, monsieur le ministre de la Ville et du Logement, cher Julien Denormandie, monsieur le président de l'USH, cher Jean-Louis Dumont. Merci pour vos propos chaleureux. Je suis heureuse d'être ici. Merci. Permettez-moi de saluer mesdames les ministres qui sont là. J'ai plaisir à retrouver monsieur le conseiller régional et bien sûr tous les élus et un parmi eux qui, à Paris, joue un rôle clé sur cette question du logement social, Yann Brossat. Merci d'être à mes côtés et merci aussi à l'ensemble des bailleurs sociaux parisiens et extra-parisiens. Mais j'ai bien sûr une affection particulière pour nos bailleurs sociaux parisiens avec lesquels nous travaillons si bien.
Nous le savons tous, oui, se loger. Se loger, c'est un droit, c'est une nécessité, c'est la base pour pouvoir vivre dignement. Et se loger, aider nos concitoyens à se loger, c'est un élément essentiel du pacte républicain que vous avez rappelé, monsieur le président. Alors oui, ici à Paris, cet enjeu est crucial pour les parisiennes et les parisiens parce que nous sommes dans une ville en tension. Et c'est la raison pour laquelle c'est l'une de nos priorités. Je refuse de vivre dans une ville où on aurait chassé les classes moyennes et les catégories populaires. Il est de mon devoir de maire de Paris de permettre à toutes et tous de pouvoir se loger dans notre ville.
Les prix de l'immobilier ne doivent pas décider si un étudiant finira ses études dans la capitale. Les prix de l'immobilier ne doivent pas déterminer si un policier, une professeure des écoles, une infirmière, un employé de grand magasin peut ou non vivre à Paris. Et il est essentiel de comprendre que le logement n'est pas un bien comme les autres parce qu'il est cette nécessité pour tous et un droit fondamental de chacun. Cela impose, cela impose bien sûr de se méfier des préjugés de l'époque.
En même temps, quand je regardais le petit film où tout est dit, j'ai l'impression que certains préjugés sont tenaces, mais que notre combativité et notre présence pour défendre ce modèle français du logement social est tout aussi tenace. Donc, cela donne plutôt de l'espoir. Il faut se méfier des préjugés de l'époque. Et pendant plusieurs décennies, on a dit, on a entendu, on nous a dit à Paris qu'il fallait laisser faire les marchés, il fallait laisser la liberté totale au marché, comme si un marché sans entrave et sans régulation, ça faisait le bonheur des peuples. Eh bien, en fait, non. Il faut de la régulation. Il faut de l'intervention humaine.
Il faut effectivement que les élus, qui sont l'émanation de la volonté de nos concitoyens, puissent intervenir, interviennent dans la régulation de ces marchés. Tout le monde était censé trouver son compte dans un marché sans entrave, sans régulation aucune. Et si nous les écoutions, les tenants de cette thèse, nous n'aurions rien fait, nous ne ferions rien. Dès 2001, à Paris, nous nous sommes engagés dans une politique en faveur du logement social déterminée, avec Bertrand Delannoy. Dès 2001, nous avons décidé de mettre les moyens d'investir. Oui, c'est de l'investissement, ce n'est pas de la dette.
D'investir dans le logement social pour permettre aux Parisiens de vivre dans leur ville et en essayant de répartir, de répartir ce logement abordable, ce logement accessible dans tous les arrondissements. A l'époque, nous entendions nos détracteurs nous expliquer qu'il fallait prendre le modèle de Londres. Londres, en 2001, était la grande référence. La ville qui gagnait tous les palmarès internationaux, la ville de la finance, la ville de la city, la ville du marché libre, la ville où les investisseurs et les promoteurs pouvaient se déployer, mais se déployer avec bonheur, délectation, avec tous les architectes du monde qui allaient porter ce dynamisme de Londres.
Mais en fait, ce qui s'est passé en 2001, c'est que nous avons pris un tournant radicalement différent entre Londres et Paris. Londres a effectivement donné toute sa place au marché et Paris a décidé de faire du logement social. Bien sûr, le logement social, ça ne vient pas percuter trop directement le fonctionnement du marché immobilier, mais ça crée quelque chose qui est un autre modèle, un modèle soutenu par la puissance publique. C'est ce que nous avons fait. Et aujourd'hui, 15, 16, 17 ans après, je me dis, heureusement que nous avons fait ce choix. En fait, je vais vous le confier, mon modèle, ça n'était pas Londres du tout. Mon modèle, c'était Vienne.
Vienne, ville européenne, avec une très longue tradition sociale-démocrate d'après-guerre, qui, depuis la fin de la guerre, parce qu'il y a cette permanence, cette durée dans la vision que les élus ont portée pour cette ville, cette ville a permis de faire du logement accessible, du logement abordable, un droit réel et pas simplement un objet de combat. Et ce qui a été fort dans l'exemple de Vienne, c'est la durée dans laquelle ça a pu être fait. Et aujourd'hui, Vienne, y compris pour ceux qui, hier, étaient les tenants d'un modèle très libéral de marché sans entrave, aujourd'hui, j'entends ici et là nous expliquer que Vienne, tant mieux, est le modèle.
En tous les cas, c'est notre modèle à Paris. C'est sur cette dimension-là, sur cette logique-là que nous travaillons. Alors, bien sûr, que pour faire cela, il faut que le logement social, le logement abordable soit une priorité. C'est le premier budget de mon mandat. Vous l'avez dit, M. le Président, depuis 2014, nous avons investi à Paris 3 milliards d'euros pour permettre aux Parisiens de vivre dans leur ville en payant un loyer abordable, un loyer qui corresponde tout simplement à leurs revenus. Alors, il faut savoir qu'avec l'envolée des prix dans le privé, le logement social à Paris concerne aussi les classes moyennes. Nous sommes un territoire en tension.
Et lorsque cela a été dit aussi dans le film précédemment, le logement représente entre 30 et 40 % du revenu d'un ménage, on sait très bien qu'il est difficile de vivre si, d'entrée de jeu, même si vous avez des salaires qui, dans des zones non tendues, seraient extrêmement confortables. Eh bien, à Paris, ça n'est pas possible. Ça n'est pas possible de vivre en ayant, d'entrée de jeu, au début de chaque mois, 30 à 40 % de son revenu qui part sur le logement.
Et donc, oui, nous avons décidé de faire en sorte qu'il y ait un équilibre du logement pour les plus démunis, pour ceux qui vivent des aides sociales, des logements pour les catégories populaires, celles qui travaillent, qui vivent de leur travail. Et la ville n'a aucun intérêt à les voir vivre très, très loin de là où il y a l'activité, pour des raisons, évidemment, de confort, de pouvoir d'achat, mais aussi pour des raisons écologiques et de régulation des déplacements. Et puis, il y a les classes moyennes, les classes moyennes qui, elles aussi, ont besoin d'être accompagnées à Paris sur un marché extrêmement tendu qui ne leur laisse pas la place.
Alors, c'est pour éviter cette ville qui se referme dans l'entre-soi, une ville d'héritiers, ou tout simplement des seuls hyper-gagnants, parce qu'il y a les gagnants, mais il y a les hyper-gagnants de la mondialisation, que nous avons fait des investissements à la hauteur de cet enjeu. Une ville qui ne permet plus à celles et ceux qui y travaillent d'y habiter, c'est une ville qui périclite, qui se déshumanise et finalement qui se meurt. Je le dis sur ce sujet du logement, comme sur tous les autres sujets, dans nos sociétés, si nous ne veillons pas, si notre boussole ne part pas de ceux qui vont moins bien, des plus fragiles, alors nous ratons tout.
C'est parce que nous nous intéressons aux plus fragiles qu'on fait des progrès et qu'on vit tous mieux. C'est parce que nous nous intéressons aux plus fragiles que, par exemple, la médecine progresse parce qu'on s'intéresse aux personnes malades, pas aux bien portants. Il faut que nos sociétés et nos villes, en tous les cas c'est ce que nous portons à Paris, s'intéressent aux plus fragiles et à partir de la place qu'on leur donne dans notre ville, tout le monde ira mieux.
Et d'ailleurs, je pense que c'est un modèle qui, y compris pour ceux qui n'auraient qu'une seule boussole qui serait celle des indicateurs économiques de croissance, même pour eux, on peut justifier et attester que cette ville-là sera une ville beaucoup plus performante, y compris sur le plan économique, qu'une ville qui ne s'intéresserait qu'à ceux qui vont hyper bien et qui ont hyper gagné. Alors c'est ça le modèle qu'on porte à Paris. C'est ça le modèle avec toute l'équipe qui m'entoure et avec Yann Brossat. C'est un choix politique. C'est un choix politique assumé de consacrer autant d'argent au logement des Parisiens. Et c'est le choix qui protège et qui défend le pouvoir d'achat.
C'est le choix d'avoir une ville accessible aux familles, aux jeunes actifs, comme aux retraités, aux étudiants, aux personnes handicapées, aux classes moyennes, qui ne peuvent pas se loger dans le parc privé, parce que c'est là le sujet. Ils ne peuvent pas se loger dans le parc privé. Et c'est la condition de la mixité sociale dans nos quartiers. C'est aussi à la base de ce pacte républicain que vous avez si bien rappelé, M. le Président. Et c'est ce qui fait depuis si longtemps la vie et l'âme de Paris. Alors à Paris, nous avons, avec cette durée dans l'engagement depuis 2001, franchi un seuil très important à la fin de 2018.
Nous avons financé le 100 000 logement social depuis l'arrivée de cette majorité en 2001. Et nous en serons à la fin de l'année à plus de 110 000 logements abordables créés pour les Parisiens depuis 2001. Le taux de logements sociaux est passé à Paris de 13% en 2001 à 22% aujourd'hui. Oui, nous atteindrons les 25% en 2025. Et c'est un effort phénoménal que beaucoup pensaient impossible. Mais c'est aussi un effort phénoménal pour l'économie et l'attractivité de notre ville. Derrière ces chiffres, ce sont 550 000 personnes, familles modestes ou de la classe moyenne, qui sont protégées des forces du marché et des prix inaccessibles à leurs moyens.
Alors oui, certains nous reprochent toujours encore que c'est trop cher, qu'acquérir des logements déjà existants pour stabiliser des populations de classe moyenne, catégorie populaire, c'est trop cher. Mais nous l'assumons, c'est le juste prix à payer pour garantir la mixité sociale. Et cette politique est aussi, je le disais, un bon investissement pour la collectivité. Je suis heureuse que nous ayons vraiment pris ce chemin depuis 2001. A l'époque, les prix du marché n'atteignaient pas les prix actuels. Et cela explique également pourquoi, à Paris, nous sommes bien sûr opposés, dans ce contexte propre à la capitale, à la vente des logements sociaux.
Nous ne vendrons pas les logements sociaux à Paris. Parce que, évidemment, les logements que nous vendrions, il serait impossible de les remplacer par des logements neufs à l'intérieur de Paris. Alors j'entends souvent certains me dire, mais tout ça devra se résoudre dans le Grand Paris. Oui, je suis d'accord. C'est à l'échelle des 7 millions d'habitants qu'il faut raisonner. Mais vous imaginez la maire de Paris dire à ses collègues de la métropole du Grand Paris, les amis, c'est vous qui allez régler le problème. Nous, on va rester entre nous. Vous imaginez ce message ?
Ce que cela aurait comme vocation à montrer qu'il y a des centres et des marges, alors qu'on est en train de lisser les frontières du centre et des marges. Paris prendra sa part et continuera à prendre sa part, à proposer ses nombreux logements sociaux, faire le choix de la qualité, faire le choix, et vous l'avez très bien dit, monsieur le Président, aussi, de cet engagement dans le changement climatique.
Heureusement, heureusement qu'il y a effectivement cet engagement du logement social dans son ensemble, partout en France, pour porter, justement, la rénovation des bâtiments, la rénovation thermique, faire baisser les factures énergétiques pour ceux qui y vivent, mais aussi faire du bien à la planète en s'engageant dans la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Alors oui, nous allons continuer à demander à nos bailleurs sociaux des constructions avec 100% de logements accessibles aussi aux personnes en situation handicap. D'abord, je pense que, petite réflexion sur ce sujet, c'est vrai qu'on pourrait se dire un pourcentage, non.
Vous savez, le vieillissement de la population fait que, si on construit des logements totalement accessibles dès aujourd'hui, eh bien, dans les 30, 40, 50 ans qui viennent, avec le vieillissement de la population, avec les difficultés de mobilité, avec la nécessité du maintien à domicile, nous aurons du logement aussi adapté, et nous ne serons pas obligés d'aller vers des structures qui mettent ailleurs de côté ces publics qui ont besoin d'être au cœur de la cité et au cœur de nos vies. Alors oui, nous continuerons à demander aussi à des architectes leur concours pour des programmes de logements sociaux beaux et ambitieux. Je vais vous faire une remarque.
Un jour, j'étais pas très loin de logements sociaux que nous avons inaugurés à la Porte d'Auteuil, six ans de combats devant les tribunaux pour obtenir la possibilité de les construire. Merci à Paris Habitat de nous avoir soutenus. Et une dame vient me voir, elle me dit, mais madame la maire, où sont vos logements sociaux ? Quand est-ce qu'ils vont arriver ? Je lui dis, madame, ils sont là. Ah ! Et donc, effectivement, elle a vu la beauté de ces bâtiments qui, pour elle, n'étaient pas du tout conformes à l'idée qu'on pouvait se faire du logement social.
Oui, nous continuerons à mettre de la beauté, à donner de la beauté, en allant chercher notamment ces architectes pour nous aider à faire quelque chose de beau, de respectueux et de digne. Et bien sûr, je l'ai dit, sur les performances énergétiques également. Bien sûr, ce n'est pas le seul levier, le levier du logement social qui existe à notre disposition. Et pour tous les Parisiens qui ne peuvent pas bénéficier de ces logements sociaux, il faut d'autres leviers pour pouvoir lutter contre, justement, ces prix de l'immobilier.
Je vous remercie, monsieur le ministre, cher Julien, de nous avoir accompagnés, et Jacques Mézard également avant vous, pour qu'on puisse remettre en place l'encadrement des loyers dans une ville en tension comme Paris. Et aujourd'hui, nous pouvons à nouveau nous appuyer sur cette mesure de régulation qui est extrêmement importante. Mais il nous faut aussi lutter contre ce qui fait monter les prix sur le marché de l'immobilier, notamment les plateformes de meublé touristique, qui, à Paris, nous ont fait perdre 26 000 logements, ne serait-ce que dans les arrondissements centraux de la capitale ? Et évidemment, il nous faut une régulation beaucoup plus forte du fait de la loi.
Je le dis ici, je suis favorable à ce qu'il y ait des mesures d'interdiction de Airbnb, de ces plateformes, dans les zones en hypertension, dans le cœur de nos villes, où l'arrivée, finalement, ce sont des plateformes qui viennent se substituer aux hôteliers, qui viennent récupérer des logements qui, autrefois, auraient pu être mis en vente ou en location. Et ces logements échappent complètement au marché locatif, mais font monter les prix et transforment la nature de nos quartiers. Donc, il faut que nous puissions faire en sorte que nous agissions. Et on a besoin de la loi pour cela, M. le ministre, parce que ma conviction est profonde là-dessus.
Et Yann aussi, il a partagé, il l'a écrit, il l'a souvent dit. La véritable dette que nous pourrions laisser à nos enfants serait un pari confisqué, un pari de résidence secondaire et de logement Airbnb. Et cette dette-là, je ne veux pas la laisser à nos enfants. Alors, il nous reste du travail. Nous avons un cap. Nous nous battons tous les jours pour que Paris reste cette ville où chacun ait sa place. Nous sommes à vos côtés, M. le Président. Nous sommes aux côtés de toutes celles et ceux qui portent ce modèle du logement social partout en France.
Vous pourrez compter sur mon engagement, sur celui de notre ville pour défendre le logement social, parce que sans lui, Paris ne serait plus Paris. Je vous remercie. Merci.
Anne Hidalgo