Eva, chanteuse : « Ce n’est pas comme ça que je vois ma vie » (Interview)
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Dans la musique et dans ma carrière et dans ma vie, finalement, j'ai eu l'impression que ça a été une montée, une grande montée énorme où j'ai eu beaucoup de joie. Et puis finalement, quand je me suis rendu compte de ce que j'avais et que moi, ce n'est pas comme ça que je vois ma vie, j'ai eu une grosse redescente. Et je me suis dit, non, ce n'est pas ça que j'aime.
Bonjour. Bonjour. Merci d'être là.
Tu vas bien ? Avec plaisir. Ça va super.
C'est un vrai plaisir de pouvoir te recevoir aujourd'hui. Je voyais dans le chat qu'il y avait une vraie attente pour que tu puisses venir. Ça fait plaisir de te recevoir dans cette émission Mashup pour te présenter, parce que je pense que beaucoup de gens te connaissent.
Mais peut-être pour ceux qui ne te connaissent pas, tu es née le 12 mars 2001 à Nice. Tu as donc 20 ans, bientôt du coup 21. Et tu as déjà sorti trois albums à cet âge-là.
Il y a eu Queen, ton premier album, qui s'est écoulé à plus de 200 000 exemplaires et a été certifié double disque de platine. Félicitations. Merci.
Il y a quelques temps déjà, mais félicitations pour ça déjà. Tu as eu ton deuxième album, Feed, qui est disque d'or. Et donc là, dans la réédition de cet album, ton titre, notamment Coeur Noir, a connu un très, très gros succès.
Je pense que beaucoup t'ont peut-être connu ou en tout cas ont entendu ce son ces dernières années. C'est notamment ces derniers mois. C'est notamment sur YouTube plus de 40 millions de vues sur Spotify.
Je checkais tout à l'heure plus de 40 millions de streams dans ces eaux-là. Donc, c'est assez massif, il faut le dire. Félicitations pour ça aussi.
Là, tu es revenu en 2021 avec un troisième album qui s'appelle Happiness. Et au-delà de ta musique, tu es aussi, je ne sais pas si le terme est le bon, moi je n'aime pas trop l'employer, mais le terme influenceuse. Parce que de fait, tu es très présente sur les réseaux sociaux.
Et je pense qu'on pourra en parler parce que c'est forcément, ça pose plein de questions importantes. Et je pense que partage pas mal de YouTubeurs, Instagrammeurs ou d'autres influenceurs sur les problématiques que ça pose. Le principe de ce format d'interview, moi j'ai l'occasion de te le dire, mais je le dis aussi pour ceux qui le découvrent.
On va revenir sur les points de bascule de ta jeune carrière, c'est-à-dire les moments qui ont fait que tu es là où tu es aujourd'hui. Et c'est à chaque fois l'occasion de pouvoir aborder des vraies questions sur le rapport au succès, sur le rapport à la musique et à cette industrie qui est forcément assez particulière. Je te propose de commencer directement, si tu veux, avec un premier point de bascule majeur.
C'était une sorte de coup de chance, une chose assez particulière qui t'a fait toi rentrer dans le domaine de la musique professionnelle, disons. Une rencontre qui s'est faite notamment, on le commence à une plage, une rencontre avec Ludovic qui deviendra par la suite ton coproducteur. Est-ce que tu veux nous dire un peu comment cette rencontre s'est faite au départ, ce fruit du hasard sur une plage ?
En fait, ça a été très particulier et aussi un peu d'incompréhension pour moi parce que j'étais une genre de micro-influenceuse quand j'étais jeune, du coup quand j'avais genre 16 ans. C'est quoi genre 20-30 000 abonnés ? Voilà, exactement.
Même peut-être un petit peu moins. Et en fait, j'habitais à Cannes et à Cannes, il y a des plages qui travaillent et qui font venir des micro-influenceuses. Et puis genre, fais ta journée, nous on toffe la journée, tu nous partages dans ta story.
Et du coup, moi je faisais ça. Et ce fameux Ludo s'est rendu compte que ça marchait bien, que ça rapportait du monde. Il avait l'impression qu'il y avait quelque chose à faire avec moi qui était différent d'avec les autres filles qui venaient à chaque fois.
Puisque quand je venais, ça rapportait quelque chose. Moi, je ne m'en rendais absolument pas compte et je m'en foutais. Moi, j'étais juste contente de passer une bonne journée à la plage.
Et il travaillait aussi à côté de ça avec un label à Nice. Et un jour, donc il a mon numéro puisqu'on travaille ensemble entre guillemets. Et un jour, il m'appelle et il me dit « Écoute Eva, est-ce que tu es chaud de faire de la musique ? » Et moi, je lui dis « Bah ouais, mais comment tu sais que je chante ? » Parce que moi, je chante et je fais du piano depuis que j'ai cinq ans.
Donc, je suis dans la musique vraiment. Et il me dit « Bah, je ne sais pas, mais vas-y, on va organiser un rendez-vous et tout. » Donc, il ne savait pas à ce moment-là que tu chantais forcément ou que tu avais cette passion à ce point pour la musique ?
Pas du tout. Lui, en fait, dans sa tête, il avait déjà le produit entre guillemets marketing qui était possible de faire. Il avait tout le développement.
Il savait comment faire pour que ça marche. C'est comme ça qu'il m'a parlé la première fois qu'on a fait un rendez-vous. Et toi, comment tu réagis quand il te dit « Est-ce que ça te dirait de faire de la musique ? » Alors que de fait, il n'y a pas de raison qu'il te propose forcément ça.
Comment est-ce que tu le… ? Moi, j'étais très étonnée, mais en même temps super contente. En fait, j'étais comme une enfant, comme si on me dit « Tu vas à Disney ».
Ils me disent en gros « Ouais, on va faire un rendez-vous. On va essayer d'aller en studio. » Donc moi, c'était mon rêve de pouvoir entendre ma voix dans un casque.
C'était incroyable pour moi. J'en ai parlé avec mes parents, mais mes parents qui sont toujours à me tirer vers le haut pour moi. C'est-à-dire qu'ils vont toujours me dire « En fait, t'emballes pas.
On va voir. On va faire les contrats, trucs. C'est pas ça, la vie.
C'est pas des trucs comme ça. Tu penses que tu vas être connue et tout. On s'en fout.
On va voir si ça t'intéresse vraiment, si tu trucs petit à petit, etc. » Ma mère, elle y croyait beaucoup moins que mon père. J'aurais dit que c'était des conneries et tout, parce que ma mère, elle connaît un peu aussi le milieu de la musique.
Elle a fait de la musique aussi. Exactement. Et elle sait qu'il y a beaucoup de gens qui racontent un peu n'importe quoi, qui vont dire « Ouais, en fait, tu vas être comme telle personne. » Voilà, exactement.
Je connais Beyoncé et Shakira. Il y en a beaucoup qui sont dans ce délire-là. Et donc ma mère m'a dit « Ouais, calme-toi, t'inquiète. » Et elle ne me montrait pas en tout cas qu'elle était très intéressée par l'idée ou quoi que ce soit.
Mon père a quand même fait l'effort de venir à ce fameux rendez-vous et tout, mais lui non plus, pas forcément très emballé. On fait le rendez-vous et puis finalement, quand on part du rendez-vous, avec tout ce qu'ils avaient exposé à mon père, ce qu'ils avaient montré, leurs idées et puis aussi leurs relations qu'ils avaient avec Universal, etc. Mon père, en partant, je lui ai dit « Alors, tu en penses quoi ? » Il m'a dit « J'ai peur. » Et je lui ai dit « T'as peur de quoi ? » Il m'a dit « Que ça marche. » Et du coup, quand mon père m'a dit ça, moi j'étais contente.
J'ai dit « T'as peur, moi je suis trop contente. » Pourquoi est-ce qu'il avait peur selon toi à ce moment-là ? Je pense qu'il avait peur parce que c'est quand même de savoir que ta fille, demain, elle peut devenir super connue.
Et puis, il me connaît, mais sauf que j'ai 16 ans à ce moment-là. Il sait comment il m'a élevée, etc. Mais il veut continuer à m'élever dans cette direction-là et de jamais prendre une tête comme ça.
Ça fait peur, on ne sait jamais. Des fois, les gens deviennent connus, ils prennent de la drogue, de l'alcool. Ça peut toujours dégénérer et ça peut changer une personne, ça peut rendre malheureux aussi.
Il sait que le succès, ce n'est pas forcément que du bonheur. Mon père, à son âge, il le sait déjà. Il sait, ma mère a travaillé aussi dans ce milieu-là.
Elle connaît, donc elle sait aussi ce qu'il y a dans ce milieu-là. Donc, ils étaient quand même forcément un peu inquiets de se dire « Est-ce qu'elle a les épaules pour être dans un milieu comme celui-là ? Est-ce qu'elle va vraiment aimer ? » Parce que leur but ultime à eux, c'était que je sois heureuse.
Et donc, au final, ça se fait. C'est-à-dire que tu commences à travailler avec celui de Vic dont tu parles. Vous commencez rapidement à travailler sur la musique.
Et ce qui est assez ouf, c'est que très rapidement, les sons fonctionnent. Un des premiers, le tout premier fonctionne. Et je crois qu'il y a le disque d'or très rapidement aussi.
Forcément, comment est-ce que toi, tu vis ce succès en l'espace de très peu de temps au final ? Comment est-ce que tu vis ce succès-là ? En fait, je ne m'en suis absolument pas rendue compte sur le coup.
Quand j'ai fait mon premier single qui était « Mood », qui a super bien marché, je ne m'en suis pas forcément rendue compte. Moi, j'étais là, contente. J'ai un million de vues en 48 heures, il me semble, dans ces eaux-là.
Oui, même pas 48 heures, c'était ça. Et puis, en plus, le premier jour, ça avait pris un million. Mais le deuxième jour, ça avait pris deux millions.
Ça avait vraiment augmenté au fur et à mesure. Ça avait fait très rapidement 10 millions de vues. Et je ne m'en rendais pas forcément compte.
Moi, je venais de sortir d'une opération du dos, une grosse opération de la scoliose. Donc, j'ai été alité plus d'un mois et demi. Donc, je ne sortais pas.
Je voyais seulement l'ampleur que ça avait sur les réseaux sociaux. Pendant que le son fonctionnait, tu étais toi à l'hôpital et tu n'étais pas… Voilà, exactement. Et donc, en fait, moi, je ne m'en rends pas vraiment compte.
Je me rends compte que je prends des followers, que je passe de 30 000 abonnés à 150, puis de 150 à 300 000. Donc, je me dis, oui, mais je n'arrive pas à m'en rendre compte parce que ce n'est pas non plus quelque chose qui me fascine de me dire, oui, je vais être connue. J'étais juste contente d'avoir fait de la musique.
Et puis, un jour où mes équipes m'ont appelé, m'ont dit, écoute, demain, tu ne vas pas aller en cours et on va monter à Paris pour faire un feat avec l'artiste. Et eux, d'ailleurs, l'équipe, tu me disais qu'ils ont… eux-mêmes ont été un peu dépassés au début par le succès parce que, de fait, c'est assez imprévisible comme succès aussi rapide. Complètement dépassé.
Tout le monde a été dépassé, mais je pense que, justement, ce qui a fait le succès de mon premier album, c'est le fait qu'on soit vraiment… On soit arrivé comme ça et qu'on ait fait les choses comme on le sentait et sans réfléchir à quoi que ce soit ou à comment ce milieu marchait. On a fait vraiment ça naturellement. Et du coup, même toi, tu dois apprendre, j'imagine, sur le moment et tu… Enfin, il y a forcément des choses que tu n'avais pas forcément… que tu ne connaissais pas.
Je fais pas les notions de top line, de machin, de truc que tu retrouves à apprendre sur le tas alors que tu as déjà des sons qui font des millions de vues. Exactement. Des millions de vues, quoi.
En fait, sur mon premier album, je n'ai pas eu la main. En fait, je n'ai pas vraiment choisi. C'est plus mes équipes qui ont choisi pour moi, qui m'ont dit « Ok, là, on va faire ci, on va faire ça. » Des top liners qui venaient, des mecs qui écrivaient, qui écrivaient.
Et d'ailleurs, top liner, qu'est-ce que c'est pour ceux qui ne connaissent pas forcément le truc ? Une top line, c'est quoi ça ? Une top line, en fait, c'est un yaourt sur la prod.
Donc, la prod, c'est tout ce qui est violon, piano, voilà. Et en fait, par-dessus ça, il y a quelqu'un qui rentre dans la cabine, là où on enregistre, et qui fait un style de yaourt, qui pourrait être du coup la mélodie du son, en gros, c'est ça. Ce que tu pourrais chanter, ou ce que tu pourrais être dans le nom.
Voilà, exactement. Il en fait plusieurs, on découpe, on met ça, c'est le refrain, ça, c'est le pré-refrin, ça, c'est le...
Bref, voilà. Et après, on écrit par-dessus. Et ensuite, on pose.
Et moi, comme je ne connaissais strictement rien, je ne savais même pas qu'on faisait une top line. Donc, il y a des gens qui le faisaient pour moi, etc. Des gens qui écrivaient, je disais un peu ce que j'avais envie de dire.
Mais bon, après, à 17 ans, tu ne connais pas ces trucs, tu vois, pour dire vraiment ce que tu as envie de dire. Donc, voilà, ça a été assez...
Mais ça s'est fait tellement naturellement, en fait, finalement. Et puis après, sur mon deuxième album, j'ai voulu beaucoup plus prendre la main, parce que j'avais énormément appris. Et j'ai voulu prendre les choses en main et faire moi les choses.
Et justement, ce succès, donc, il arrive très rapidement. On comprend bien que ni toi, ni du coup, j'imagine, tes parents, ni ton équipe ne s'attendaient à ce que ça prenne aussi vite. Forcément, ça peut faire peur aussi d'avoir un tel succès, une telle visibilité aussi rapidement.
Toi, comment est-ce que tu as vécu ce truc-là ? Est-ce que tu as eu cette crainte à un moment que ça aille trop vite et de ce que ça a engendré derrière ? Sur le moment, pas du tout.
Parce qu'en fait, j'étais dans un tourbillon qui n'arrêtait pas. Donc, j'ai avancé. J'ai fait premier single, deuxième single, troisième single, quatrième single, album.
Album, tourner, truc, truc. Et ça ne s'arrêtait jamais. Et puis, des showcases, j'allais tout le temps en showcase.
Tous les week-ends, je n'étais jamais chez moi. Et donc, je n'ai pas eu le temps de vraiment regarder ce que ça devenait et de comprendre, etc. Je dirais que c'est plus en grandissant que c'est effrayant.
J'ai commencé à être un peu effrayée, je dirais, à partir du Covid, quand il y a eu le premier confinement. J'ai commencé à comprendre de l'ampleur des choses que j'étais en train de faire. Et puis, de la relation avec les personnes aussi, avec mes anciens amis, avec les gens, leur façon de me regarder qui était complètement différente.
Je pense que c'est à ce moment-là que je me suis rendue compte que je n'étais plus la même. Et qu'il fallait que j'accepte ça, tout simplement. Parce qu'au début, c'était du bonheur et j'étais trop contente.
Et j'étais dans un monde de fées, dans un conte de fées. J'étais super contente, c'était incroyable ce qui m'est arrivé. Et puis ensuite, il y a le revers de la médaille, qu'on m'a toujours dit.
Et que dès les premiers sons que j'ai faits, on m'a dit, tu sais, Eva, la musique, ce n'est pas toujours facile. Et puis, le succès, ce n'est pas facile non plus. Il y a le revers de la médaille.
Moi, je dis, non, mais tranquille, je sais et tout. En fait, je ne savais rien du tout. Tu parles du regard des gens.
Forcément, tu passes de Eva, une fille, on va dire, lambda, normale, à Cannes. On a Eva, une artiste connue de beaucoup de gens, que beaucoup de gens envient du fait de ta position, de gens qui veulent bosser avec toi, de gens intéressés d'une façon ou d'une autre. Comment est-ce que toi, tu as vécu ce regard des gens ?
Ça t'a rendu méfiante vis-à-vis des gens ? Ça m'a rendu méfiante. Ça m'a beaucoup renfermée sur moi-même parce que je ne sais plus qui est là, pourquoi, en fait, tout simplement.
Et en fait, le problème aussi, c'est que j'ai toujours peur de ce que les autres vont pouvoir penser de moi parce que comme je suis connue et comme j'ai des choses que pas beaucoup de gens ont à mon âge, du coup, j'essaye toujours de rester naturelle. Je n'ai pas envie qu'on me voit différente de ce que j'ai été. Donc, finalement, c'est relou à chaque fois de devoir prouver aux gens qu'on est quelqu'un comme eux.
Donc, des fois aussi, j'en ai marre et donc j'ai envie de rester seule. Et donc, ça m'arrive souvent parce que je n'ai plus envie de me justifier, en fait. Je sais qui je suis.
Je sais que je suis quelqu'un de simple. Je sais que moi, ma vie, elle peut être tout à fait simple. Et c'est limite si je ne la préfère pas, simplement.
Donc, du coup, j'apprends et j'ai appris au fur et à mesure. Au début, je ne faisais pas attention. Puis, j'ai commencé à faire attention.
Puis, j'ai commencé à m'éloigner des gens. Et aujourd'hui, j'en suis au stade où je ne sais pas trop encore comment faire. Et j'apprends encore.
Et puis, je suis très jeune. Et ce qui est particulier, en plus, je pense que dans n'importe quelle carrière où, de fait, tu es visible, c'est que, et moi, je vois en tant que YouTuber, et j'en parle avec d'autres potes qui sont YouTubers ou autres, c'est que ton succès, en fait, toi, tu veux que ton projet grandisse. Parce que, de fait, c'est ta passion.
Tu veux que ça grandisse. Mais plus ça grandit, plus ça s'accompagne d'une visibilité importante. Et cette visibilité-là, elle vient aussi avec parfois des problèmes.
Dans mon cas, ce n'est pas le cas parce que ce n'est pas à ce niveau-là. Mais moi, j'ai plein de potes dont, de fait, ces problèmes-là, en termes de vie privée, en termes de tout ça, ça vient occasionner des choses que tu ne peux pas. Exactement.
Et surtout que moi, quand j'ai commencé, j'avais 17 ans. Donc, je n'ai pas calculé, en fait, ce que j'étais en train de divulguer. Ce que je faisais, c'était forcément bien.
Moi, je faisais un truc que j'avais envie de faire. Ça veut dire que, moi, pour moi, m'asseoir sur une Rolls Royce et chanter dessus, c'était trop stylé. J'étais trop contente à 17 ans de pouvoir mettre une grosse montre et de faire comme ça dans ma chanson.
J'étais trop contente. Mais je ne réfléchissais pas forcément à ce que les gens allaient penser, s'ils allaient être contents ou pas contents. Moi, j'étais contente de ce que j'étais en train de faire.
Je m'en foutais. Je me disais, qu'est-ce que je...
Enfin, tu vois ce que je veux dire ? Et puis, finalement, ça m'a quand même donné une image, entre guillemets, de quelqu'un que je ne suis pas du tout. Donc, voilà.
Après, au fur et à mesure, maintenant, j'ai fait des interviews. J'ai grandi. Donc, je montre aussi qui je suis.
J'ai pu m'ouvrir. J'ai pu montrer. Mais oui, c'est vrai que ça m'a...
En fait, le fait d'être aussi naturelle m'a peut-être porté préjudice de kiffer, en fait. Comme j'avais envie de kiffer parce que j'étais jeune. Et voilà.
Mais aujourd'hui, c'est un peu le but de montrer que j'ai changé. Et justement, sur le fait d'être soi-même dans le domaine artistique, il y a des choix. Tu disais au début, forcément, on t'imposait un certain nombre de choses.
Aujourd'hui, tu veux prendre beaucoup plus de place. Et toi, faire ce que tu veux faire réellement. Ça va être dur aussi de ne pas céder à l'envie, que ce soit en termes de visibilité, en termes de buzz, à tenir et à maintenir en termes de rythme.
C'est aussi forcément un vrai défi, je pense, quand tu es artiste. On peut imaginer. Ah bah oui, il ne faut pas faire attention à tout.
Avant, je ne faisais pas attention. Je m'en foutais. Je vivais au jour le jour.
Et puis, je voyais bien ce que ça donnerait. Aujourd'hui, c'est de faire plus attention. Et aussi de savoir que ce que je partage sur les réseaux sociaux peut impacter des gens et peut influencer des gens dans une idée ou dans un mood ou dans quoi que ce soit.
Donc, maintenant, je me sens beaucoup plus responsable qu'avant. Et justement, parmi les points de bascule qui me semblent intéressants à avoir, il y a notamment ton dernier album qui est sorti. Donc, Happiness qui est sorti en 2021.
C'est justement un album qui est différent des deux premiers où tu as voulu tenter des choses. Tu te dis, non, mais je vais aller sur autre chose. C'est forcément une prise de risque d'aller.
Là, on est sur un album qui est en l'occurrence plus urbain, on va dire, peut-être que sur les deux premiers. Mais cette prise de risque, c'est qu'elle soit un choix de se dire, vas-y, cet album-là, je vais faire ça et j'ai envie de le faire, même si ce ne sera peut-être pas la même Eva que celle qu'on a vue lors des premiers albums. C'est jamais évident comme décision.
Non, mais sauf que ce que j'ai compris, en tout cas avec mon premier album, c'est qu'il fallait que je sois moi-même et que je fasse ce que j'aime. Donc, si jamais je ne fais pas 20 000 ventes la première semaine, mais je fais 10 000 ventes la première semaine, si je suis heureuse d'avoir sorti mon projet et que je suis fière de mon projet, je préfère largement que de sortir un projet qui fait beaucoup de ventes, mais dont je ne suis pas fière et dont je ne suis pas heureuse. Donc, j'ai préféré juste faire des sons que j'avais envie et que j'aimais.
J'ai fait beaucoup de sons pour mon dernier album et puis finalement, ce qui est ressorti et ce que moi j'aimais, c'était ceux-là. Donc, j'ai dit, je ne vais pas changer pour que ce soit plus vendeur ou pour que ce soit...
J'ai juste envie d'être heureuse en fait. Et d'aimer et de pouvoir défendre ce que je fais avec passion. C'est une envie de se dire, vas-y, en fait, en plus maintenant que tu es dans cette position-là où de fait, tu as des gens qui te suivent, des gens qui aiment ce que tu fais, tu veux dire, vas-y, je fais ce qui me plaît vraiment et je me permets de le faire et on verra après comment c'est reçu.
Exactement. Et comme j'ai une très grosse communauté aussi, je me suis aussi dit que c'était mieux que ce soit un album qui soit fait vraiment avec mes décisions à moi et avec mes envies à moi, etc. Pour que eux, ils sentent quand même que c'est ce que je leur offre moi et que c'est ma manière de les remercier, entre guillemets, pour tout le soutien qu'ils m'apportent tout le temps.
Je fais un album en fait et c'est moi et je me livre à vous, en gros. Tu disais d'ailleurs sur cet album-là qu'il y a tout un déroulé ou le début de l'album, il y a un album qui est très solaire, très positif, on peut dire d'une certaine façon. Oui.
Et au fur et à mesure de l'album, ça devient de plus en plus sombre d'une certaine façon. Exactement. Pourquoi ce choix et est-ce que ça reflète ton côté d'une personnalité ?
Pourquoi ce choix ? Parce que déjà, ça représente beaucoup ma personnalité que je n'avais pas du tout avant parce que j'ai toujours été quelqu'un de très heureuse. Je suis tout le temps avec le sourire, etc.
Mais sauf que dans la musique et dans ma carrière et dans ma vie, finalement, j'ai eu l'impression que ça a été une montée, une grande montée énorme où j'ai eu beaucoup de joie. Et puis finalement, quand je me suis rendu compte de ce que j'avais et que moi, ce n'est pas comme ça que je vois ma vie, j'ai eu une grosse redescente. Et je me suis dit en fait, non, ce n'est pas ça que j'aime.
J'ai l'impression que je suis heureuse dans du fake. Et ce n'est pas ça en fait. Moi, je ne suis pas heureuse comme ça.
Ce n'est pas moi. Donc du coup, j'ai eu cette redescente-là et dans laquelle je suis encore un petit peu parce que je n'arrive pas à trouver mon bonheur à travers les choses qui ne sont finalement pas réelles, on va dire. Je me dis, est-ce que vraiment, ça te rend vraiment heureuse au plus profond de toi de gagner un Oscar ou de faire 10 millions de vues sur Instagram ou de faire 100 millions de streams ?
T'es fière de toi parce que c'est ton projet, mais ce n'est pas ça la vie en gros. C'est ça que je veux dire. Tu en parles d'ailleurs dans tes sondes.
Il y a cette question de ce rapport aux réseaux sociaux notamment qui est forcément présent parce qu'on le disait, tu as commencé toi-même en étant une certaine façon influenceuse sur Instagram. Aujourd'hui, comment tu vis ça, cette pression des réseaux sociaux ou cette forme de besoin de poster en tant qu'artiste ou en tant qu'influenceuse aussi ? Comment tu le vis toi aujourd'hui personnellement ?
Tu ressens ça comme une pression ? En fait, j'ai ressenti ça comme une pression pendant longtemps, comme pour mes albums, comme pour tout. Sauf que j'ai remarqué que lorsque je vais poster quelque chose parce qu'il faut que je le poste, ça ne marchera pas.
Alors que si j'ai envie de le poster et que ça se ressent, le public le ressent comme une musique. Si j'ai envie de la sortir, je la sors, elle marche. Que j'ai vraiment l'envie, la conviction.
Et si je n'ai pas forcément l'envie, ça ne marche pas. Donc j'ai compris qu'il fallait juste que je sois moi-même et que j'aime ce que je fais et que je le fasse quand j'en ai envie et comme j'en ai envie. Et pas de suivre un moule où on te dit « Ouais, il faut un album tous les temps. » Et si tu ne fais pas un son de suite, ça ne marche pas.
Et si tu ne postes pas une photo comme si, ça ne marche pas. En fait, j'ai juste envie d'être moi-même et de faire les choses comme j'en ai envie. Après, j'avoue que la pression des réseaux sociaux, elle est grosse parce qu'aujourd'hui, on voit tout le monde sur les réseaux sociaux.
Et tu as l'impression que si l'autre, il fait mieux que toi, en fait, moi, je n'ai pas fait mon taf. Donc c'est comme ça. Et je parle beaucoup des réseaux sociaux et ça me touche beaucoup.
C'est un sujet qui me tient vraiment à cœur parce qu'en fait, aujourd'hui, malheureusement, avant, les artistes, ils avaient une pression médiatique. C'était vraiment les médias qui leur mettaient la pression. Il y a des articles, des trucs.
Voilà, via des articles, des machins, des trucs. Aujourd'hui, ça nous a apporté quand même parce qu'on sait quand même tenir, entre guillemets, les informations qu'on veut divulguer, etc. Sauf qu'aujourd'hui, les réseaux sociaux, tout le monde y a accès, dont les jeunes, dont les enfants, etc.
Et ne postent pas forcément des trucs, des fois, qui pensent que dans cinq ans, ça va leur porter préjudice ou font des choses qui peuvent leur porter préjudice. Et je trouve que ça, du coup, c'est un truc qui est mis dans les mains des jeunes et qui, aujourd'hui, est en train de devenir un peu n'importe quoi. Et j'ai envie quand même de...
Je n'ai pas envie de participer à ce truc-là où, en gros, plus personne ne fait attention à ce qu'ils postent. Et puis, je trouve que ça devient un peu n'importe quoi. Et justement, on en vient à un autre point de bascule majeur, je pense, sur lequel je voulais revenir sur ce même sujet.
C'est un moment marquant, le premier zénith de ta tournée, lorsque tu as chanté ton titre « Maman, j'ai mal ». On voit sur ces vidéos-là beaucoup d'émotions. Tu as les larmes aux yeux, tu ne peux pas retenir ces larmes qui montent.
Pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là ? Et de quoi parle cette musique-là ?
En fait, cette musique-là parle des réseaux sociaux, de ce que notre génération est en train de devenir. Donc, que les gens pensent forcément qu'à l'argent, en pensant que c'est le bonheur. Parce qu'à travers les réseaux sociaux, tous les gens riches ont l'impression d'être heureux, alors que pas du tout.
Qu'il faut avoir une image, qu'il faut rentrer dans un moule, que si tu n'es pas belle comme Kim Kardashian, tu n'es pas belle, tout simplement. Tous ces trucs-là. Et quand j'étais sur scène et que j'ai chanté cette musique, déjà, j'avais beaucoup d'émotions de pouvoir partager ça avec mon public, puisque mon album n'était pas encore sorti, et que je partageais ça pour la première fois avec mon public.
Et cette façon de penser que j'ai, et qui me tient énormément à cœur. Et quand je chante cette musique, je vois une maman et sa fille devant moi, vraiment au premier rang, et la petite commence à pleurer, et sa mère la prend dans ses bras. À ce moment-là, je me suis rendue compte, et ça m'a fait pleurer, parce que je me suis rendue compte, en fait, que ma parole peut avoir un impact sur les gens, et ma parole peut aider des gens.
Et donc, quand j'ai chanté et que je me suis rendue compte que la chanson que j'avais écrite, parce que c'est l'une des premières chansons que j'ai écrites et top-linées entièrement toute seule, je me suis dit, en fait, tu peux servir à quelque chose, tu ne sers pas à rien. Tu as un impact sur ce que tu fais. Et je me suis dit, je ne fais pas seulement de la musique, je suis aussi une personne qui peut aider aussi des gens, etc.
Et donc, tu te sens beaucoup moins inutile que si c'était de la simple musique. Et sur les réseaux sociaux, ce qui est assez particulier aussi dans ton cas, mais même dans mon cas, comme tous ceux qui sont sur les réseaux sociaux, c'est qu'à la fois, on voit à quel point ça peut nous faire du mal en tant que personne, à quel point ça peut affecter et nous, et ceux qui nous suivent, et tout ça. Et en même temps, on en dépend aussi un petit peu, parce que de fait, notre travail, il est dessus, quoi.
Et à titre personnel, j'ai ce truc où j'ai tous les réseaux sociaux installés sur mon téléphone. Je sais que je passe trop de temps dessus. Je sais que je passe parfois trop de temps à lire les réactions, les trucs à ce qu'on fait.
Et en même temps, je me le justifie en me disant, non, mais c'est bon, c'est mon taf, je dois le faire. Sauf que je sais que ça a aussi un impact parfois négatif. Donc, c'est une sorte de...
C'est complexe à gérer pour toi aussi, j'imagine, ce genre de choses. Mais de toute façon, les réseaux sociaux, c'est fait, c'est créé par des êtres humains. qui calculent ce que nous, on va penser et comment on va pouvoir devenir accro.
Donc, forcément, même si moi, j'ai envie de ne pas être sur les réseaux sociaux et que je suis à l'encontre de ça, malheureusement, on est pris dans un engrenage. On n'arrive pas à s'en détacher. Clairement, on n'y arrive pas.
On n'y arrive pas. En fait, le truc, c'est que je vais me dire, ok, je vais rentrer chez moi, j'enlève mes réseaux sociaux. Il y a le mode nuit sur le téléphone, mode repos, où tu ne peux mettre qu'une seule page.
Tu peux mettre qu'une seule page, donc tu mets tes trucs de base et tu ne mets pas les réseaux sociaux. Sauf qu'après, tu rentres chez toi, tu t'assoies comme ça. Ok, vas-y, je vais regarder une série.
Ok, vas-y, je vais regarder ma série. J'ai grave envie de regarder un truc sur Insta, regarder ce qui se passe. Je ne sais pas, même des trucs débiles.
Et en fait, on est accro à ce truc-là. Et même ce nouveau truc de TikTok et même des reels de faire comme ça et de défiler les choses. Et en fait, on voit tellement d'images à la seconde.
On en dépend, on en dépend clairement. Mais après, tu peux en dépendre, mais savoir être sûr de tes convictions et avoir tes propres principes et tes propres valeurs et ne pas avoir envie de faire comme tout le monde, forcément. Moi, j'en dépends et je tourne mes trucs et tout.
Mais ce n'est pas pour autant que je suis d'accord que de plein de choses qu'il y a sur les réseaux sociaux. Si on parle forcément de la suite pour toi, ta carrière est ultra courte parce que de fait, ça s'est fait en très peu de temps. Tu es encore super jeune, mais tu as déjà sorti beaucoup de choses.
Et ton succès, on le voit, même pour ceux qui ne te connaissaient peut-être pas forcément au début de l'interview. Il y en a peut-être quelques-uns. Maintenant, je pense qu'ils arrivent à voir l'évolution de ton parcours très rapide.
Quand tu as cet âge-là, quand tu as la vingtaine, que tu es déjà à ce niveau de succès, que tu as aussi ces réflexions qu'on a pu évoquer sur le rapport au succès, sur les risques que ça engendre et tout, comment est-ce que toi, tu vois la suite et les prochaines années pour toi en tant qu'artiste ? Est-ce que tu arrives déjà à te projeter ? Est-ce que tu y penses ?
Est-ce que tu te dis genre, chaque jour son temps, on va rester sur année après année ? Comment est-ce que tu vois la suite ? Je n'arrive pas forcément à voir la suite.
Je ne sais pas exactement ce que je vais faire, où je vais aller et qu'est-ce que je vais avoir envie de faire plus tard. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que je me mets dans ma tête que si quelque chose, je n'aime pas, je n'aime plus, je n'ai plus envie, ça ne me rend pas heureuse, j'arrête, je fais autre chose. Je ne veux pas me forcer à faire quelque chose.
Après, je suis très jeune, je vais avoir 21 ans. Mais c'est vrai que j'ai beaucoup, et puis depuis toute petite, j'ai toujours voulu avoir ma famille, être tranquille dans ma vie, avoir une vie assez simple. Et donc, ce que je veux en tout cas réussir, c'est réussir à avoir un bon équilibre entre les deux et pouvoir aussi penser à ma vie privée plus qu'à ma carrière.
Je vais mettre ma vie privée avant ma carrière et penser à mon bonheur personnel, à moi. Sachant que tu vas continuer en parallèle à ça, ta tournée. Là, c'est le 26 mars, il me semble, que tu reprends la seconde partie de ta tournée des Zeniths.
Bravo pour ça. C'est pareil, les Zeniths, c'est forcément massive. On le voit, ça s'affiche à l'écran pour les prochaines dates.
Et puis donc, cet album, Happiness, qu'on a eu l'occasion de pas mal évoquer. C'était super intéressant de pouvoir échanger avec toi, en tout cas. Merci beaucoup, Eva, pour ta présence.
Merci à vous. On a beaucoup parlé, notamment des réseaux sociaux, forcément, aujourd'hui et de l'impact que ça peut avoir. C'est parti de ces sujets qui, au final, toi, te touchent en tant qu'artiste, mais touchent aussi tous ceux qui peuvent aussi nous regarder.
C'est pour ça que c'est passionnant de pouvoir en parler avec toi. Et je suis sûr que ça aura permis aussi de faire connaître sûrement ta musique à pas mal de personnes, sur Twitch notamment, qui ne connaissent pas forcément tout ça. Merci encore du coup, Eva, pour ta présence.
Thierry Mariani