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interviewRMC — Face à Face· 23 novembre 2022 22 min

Face à Face : Fabien Roussel - 23/11

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC. Il est 8h33 sur RMC et BFM TV. Bonjour Fabien Roussel.

0:08
Fabien Roussel

Bonjour Apolline de Malheur.

0:09
Présentateur

Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le secrétaire national du Parti communiste, vous êtes député du Nord. On va revenir sur une situation de tension, peut-être même de colère, colère sociale et inégalité avec l'inflation, avec les réformes qui viennent et auxquelles vous vous opposez. Mais un mot d'abord sur cet hommage qui sera rendu à midi dans toutes les directions départementales des finances. parce que l'un de leurs collègues a été tué, assassiné, ce sont les mots du procureur, prémédité sans doute, alors qu'il venait faire un contrôle fiscal dans le Pas-de-Calais. J'ai reçu ce matin l'une des représentantes du syndicat des agents de services publics.

Elle dit que tout ça c'est dans un contexte d'extrême violence. Il aurait été victime de l'hyperviolence qui règne dans le pays. Est-ce que pour vous la mort de cet agent du fisc, elle dit quelque chose du climat qui règne en France ?

1:01
Fabien Roussel

Ça dit quelque chose du climat qui règne en France et surtout du climat envers les fonctionnaires qui sont souvent pointés du doigt et dénigrés. Je voudrais moi aussi m'associer à ces hommages qui vont être rendus aujourd'hui, à cet agent de la fonction publique, à sa collègue qui l'a accompagné, qui est aussi traumatisé, qui a été séquestré, à adresser toutes mes condoléances bien sûr à la famille de la victime, mais aussi m'adresser à tous ces agents qui sont en première ligne, en contact avec le public.

Ceux de Bercy qui vont chez les gens, mais aussi je pense à ceux de Pôle emploi qui sont eux aussi en première ligne, dont les incivilités, qui subissent des incivilités toujours en hausse. Ça fait d'ailleurs le lien, et ils craignent ça, avec la réforme de l'assurance chômage. Et ils savent que ça va être de plus en plus dur au guichet. Il y a un climat de tension, tension extrême, et où je vois les Français se diviser entre eux avec un climat de tension qui est très dur et qui peut conduire à des situations aussi dramatiques que celles-ci.

2:07
Présentateur

Et à ce drame, dans le Pas-de-Calais, vous parlez des agents de Pôle emploi. Pour vous, ils disent leur inquiétude, ils l'ont dit à partir de l'annonce sur les réformes de l'assurance chômage. Pour vous, cette inquiétude, elle est légitime. Ils seront sans doute face à des tensions.

2:26
Fabien Roussel

D'année en année, les incivilités sont en hausse à Pôle emploi. Ils n'ont pas de moyens supplémentaires pour accueillir les personnes privées d'emploi, pour étudier leur situation, leur formation. Ils ont un portefeuille, comme on dit, c'est-à-dire un nombre de personnes à suivre de plus en plus important. Et il y a une série de réformes successives qui ont diminué les droits des personnes chômeurs, des privées d'emploi. Diminuer leurs droits, diminuer l'indemnisation, diminuer la durée d'indemnisation. Et depuis 2015, on ne peut même plus aller à Pôle emploi pour présenter son dossier. Il faut prendre rendez-vous.

C'est parfois compliqué d'avoir rendez-vous, à tel point que moi, on vient dans ma permanence pour me demander un piston pour avoir un rendez-vous à Pôle emploi. Ce que j'arrive à régler rapidement. Mais enfin, quand même, il y a ce climat de tension qui pèse sur ceux qui, au contraire, devraient être accompagnés le mieux possible pour leur trouver des solutions.

3:22
Présentateur

Est-ce que vous considérez qu'il y a une forme de responsabilité, alors là, avec la réforme de l'assurance chômage, mais plus globalement, une forme de responsabilité de l'État dans ce climat d'hypertension ? C'est-à-dire, est-ce que cette violence dont vous parlez, elle est due au contexte où est-ce que les réductions qui ont été faites sur les services publics ont un impact immédiat direct ?

3:44
Fabien Roussel

D'abord, on a responsabilité collective pour que la violence ne soit jamais, jamais un moyen de régler ces problèmes. Je le dis, on doit tous se le dire. Et là, tout le monde doit y prendre sa part. Pour dire que jamais, la violence, les armes, les agressions sont une solution, quelle que soit la situation.

4:01
Présentateur

Et elles ne sont jamais justifiées, c'est ce que vous dites.

4:03
Fabien Roussel

Elles ne sont jamais justifiées, je les condamne, quelles qu'elles soient, ça ne peut pas passer par là. Mais de l'autre côté, ça fait quand même des années où on stigmatise les agents de la fonction publique, les fonctionnaires, le débat général. Ils sont souvent présentés comme des privilégiés, qui ont la garantie de l'emploi, qui ont des belles situations, et on voit aujourd'hui la réalité de leur travail. Ils prennent des coups, ils subissent des incivilités, et ici, il a ce drame qui intervient. Et ça, dans un climat de tension. Et là, l'État a sa part de responsabilité dans le cas où les Français vivent de plus en plus mal. De plus en plus mal.

Cette réforme de l'assurance chômage, qu'est-ce qu'elle dit ? Elle dit, on va durcir les conditions d'indemnisation pour inciter les sans-emploi à aller au travail. Pour les inciter, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que celui qui est au chômage, c'est un choix. Il préfère rester chez lui, parce qu'il est tranquille au chaud. Et donc, on va l'inciter en lui coupant les vivres. Mais c'est faux, c'est mal connaître la situation du pays.

5:09
Présentateur

Vous vous doutez que ça mette le feu aux poudres ? Est-ce que ça peut être l'étincelle ? Je ne sais pas si ça mettra. Qui, à nouveau, place les gens dans la rue, sur les ronds-points ?

5:17
Fabien Roussel

Je ne sais pas si ça va inciter avec le feu aux poudres. Ce que j'aimerais bien, c'est qu'on soit tous solidaires ensemble pour dire stop, arrêtez. Ce n'est pas ce type de réforme dont nous avons besoin. Vous regardez la carte de France. Il y a 14% de taux de chômage chez moi, dans le bassin minier. Il y en a 5-6% en Mayenne. Ça veut dire quoi ?

5:39
Présentateur

Il aurait fallu, à la limite, si on jouait sur le vert et le rouge, il aurait fallu aussi, c'est-à-dire période verte et période rouge selon le niveau de chômage, plutôt que de le faire du niveau national. Vous auriez envisagé éventuellement quelque chose de plus fin, de géographique ?

5:54
Fabien Roussel

Mais ce n'est même pas ça. C'est que ça montre cette carte du chômage. Ça montre que ce n'est pas une question de choix de rester au chômage. Ça voudrait dire que, dans le Nord, on préférait plus rester au chômage que dans d'autres départements. Le taux de chômage est à 5-6%. Enfin, on voit bien que ce n'est pas la réalité. Chez nous, on a subi désindustrialisation, fermeture d'usines, Bridgestone, Val-Gourec.

6:17
Présentateur

Donc, c'est particulièrement injuste, dans des zones comme chez vous, comme vous dites, d'imposer ce système, de considérer qu'il y a 7,3% de chômage au niveau national ?

6:26
Fabien Roussel

Sans parler de tous ceux, chez moi, comme partout en France, et j'étais encore hier dans les Landes et en Gironde, qui subissent des emplois précaires, des emplois de 20 heures, payés 800-900 euros nets par mois, et qui n'ont pas les moyens de vivre dignement. Et on va continuer de mettre la pression, la pression, la pression.

Toutes ces réformes, cette réforme du chômage, la réforme des lycées professionnels, et même la réforme des retraites à venir, c'est le moyen de faire pression, de faire pression sur les salariés, sans augmenter les salaires, sans améliorer les conditions de travail, sans repenser même le travail, redonner du sens au travail, avec ces démissions cascades, dans un tas de secteurs d'activité. Et redonnons du sens au travail, c'est bien pour ça que je le redis. Non, je ne suis pas en campagne. Oui, je suis en campagne pour le travail. Oui, je suis en campagne pour le travail. Vous êtes en campagne,

7:11
Présentateur

vous êtes reparti même en campagne sur le terrain.

7:13
Fabien Roussel

Oui, je suis en campagne.

7:15
Présentateur

Comme s'il allait y avoir demain une dissolution, et qu'il fallait se tenir prêt.

7:18
Fabien Roussel

Ah mais on est toujours prêt, oui. Oui, toujours prêt à défendre le travail, et à l'ériger en priorité nationale, pour reconstruire une France du travail, mais en créant des emplois partout où nous en avons besoin, et des emplois de qualité. Et je préfère qu'on travaille tous, mais qu'on travaille mieux, qu'on travaille moins, que l'on n'allonge pas l'âge de départ en retraite, notamment.

7:38
Présentateur

Vous aviez commencé sur ce thème-là, et ça avait mis un peu le feu aux poudres au sein de la gauche, parce que vous disiez qu'en gros, vous étiez plus du côté des travailleurs que des chômeurs, et certains avaient considéré que ce n'était pas une valeur de gauche. Disant même, comme Sandrine Aussaud, que le travail était une valeur de droite.

7:54
Fabien Roussel

C'est un choix de société que je défends, et que j'assume. Je préfère défendre une France du travail, qu'une France des allocations, comme je l'ai dit. Et je parlais, quand je disais ça, de ces revenus de substitution, tels que le RSA et autres, qui s'installent dans la durée. Ça fait 40 ans qu'on a installé le RSA, alors que ça devait être temporaire, pour sortir des gens de la pauvreté. Or, des gens, aujourd'hui, vivent dans la pauvreté pendant des décennies. Reconstruire une France du travail, ça veut dire reconstruire une France où on va créer des emplois partout, là où on en a besoin. C'est porter une grande ambition pour notre pays.

La transition écologique, les services publics, la relocalisation de notre industrie, produire ici ce dont nous avons besoin ici, relancer une politique agricole familiale, avec des exploitations à taille humaine. Enfin, on a une ambition énorme à avoir pour notre pays, en créant des emplois de qualité. Et voilà qu'on a un gouvernement qui préfère taper sur les chômeurs, leur dire accepter ses boulots sous-payés, sinon, on vous ferme le robinet. Eh bien, c'est vraiment une autre conception que j'ai avec eux du travail. Et je souhaite que la gauche reprende ce combat pour le travail, pour tous, dans notre pays, avec un objectif, l'éradication du chômage.

9:09
Présentateur

Et si vous dites le point levé, le doigt levé, est-ce que quand vous dites « je souhaite que la gauche reprenne ce combat », vous considérez qu'elle l'a donc abandonné, ou qu'une partie de la gauche l'a abandonné ?

9:18
Fabien Roussel

Mais parce que, pendant un moment, j'entendais, je voyais, je suivais les déclarations, d'ailleurs, même certains encore aujourd'hui le posent comme ça, que la priorité d'aujourd'hui, c'est d'augmenter, de mettre un RSA, un minimum, un salaire minimum garanti à 1 000 euros. Ce n'est pas la solution. L'urgence aujourd'hui, ce n'est pas ça. L'urgence aujourd'hui, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas d'usine qui ferme, que l'on crée des emplois dans les services hospitaliers, dans l'école, dans la sécurité, que l'on s'attaque à tous ces trafics, justement, d'armes et de drogues qui existent dans notre pays. Enfin, dans la transition écologique, on a des gisements d'emplois énormes.

Eh bien, mettons-y les moyens, consacrons une part de notre PIB, utilisons l'argent de la BCE des investissements à créer des emplois dans notre pays pour que nous créions ces millions d'emplois dont nous avons besoin. Et vous verrez qu'à terme, on pourra sortir des RSA, des minima sociaux, parce qu'en 5 ans, j'ai la conviction que nous pouvons créer les emplois qui permettront à tous nos concitoyens de sortir des minima sociaux.

10:23
Présentateur

Fabien Roussel, je voudrais que vous regardiez ces images. Je vais les commenter, bien sûr, pour ceux qui nous écoutent sur RMC. Des images d'extrême violence, de voitures qui sont retournées, de rues qui sont véritablement mises à feu et à sang. Et ces images, c'est en France. C'est sur l'île de Mayotte. La députée de l'île, Estelle Youssoufa, dit qu'on est au bord de la guerre civile. Elle dénonce le silence de l'État. Elle l'a dit hier à l'Assemblée nationale. Bonjour, c'est Charles Magnin. C'est la rentrée sur RMC. On est de retour en direct dès 4h30 pour Charles Matin. Et grande nouveauté cette saison, on est ensemble jusqu'à 6h30 avec tous vos rendez-vous.

L'économie avec Emmanuel Lechypre, la story sport. On va aussi rire avec le meilleur d'Arnaud Demanche et de Julien Cazard. La guerre civile à Mayotte, et elle précise qu'il s'agit de bandes de jeunes, parfois de 12 à 13 ans, qui terrorisent. Elle parle de bourreaux, de mineurs bourreaux. La plupart sont étrangers et se promènent par bandes de centaines, centaines de jeunes dans les rues de Mayotte. Que faire ?

11:44
Fabien Roussel

D'abord, forcément, je condamne ces actes de violence et rien ne les justifie. Mais vous dites vous-même, comme je l'entends, ce sont des étrangers, des jeunes étrangers qui viennent à Mayotte. Pour moi, je suis désolé de le dire, mais je connais très bien cette région, ce ne sont pas des étrangers, c'est un peuple. Le peuple comorien, avec Mayotte.

12:06
Présentateur

J'ai repris les mots que disait la députée elle-même.

12:09
Fabien Roussel

C'est pour ça que je connais cette population, avec Mayotte, Anjouan, Moëli, Grande Comore, c'est l'archipel des Comores. Avec ce référendum de 1974, qui a partagé l'île en deux, avec Mayotte qui est restée française et ses trois îles qui ont fait le choix de l'indépendance. Tout le monde avait fait le choix de l'indépendance.

12:31
Présentateur

Je suis un peu étonné quand même de vos propos.

12:32
Fabien Roussel

Mais écoutez-moi, laissez-moi aller jusqu'au bout. Allez-y, allez-y. Et donc, on a un peuple qui a une histoire commune, une culture commune, une langue commune et qui est aujourd'hui partagée en deux avec un territoire qui est département français, avec tout ce qu'un département et la République française apportent à ses concitoyens. Et à côté, trois îles où la population vit dans la grande pauvreté. Ils sont à deux heures de trajet en barque pour rejoindre Mayotte. Et effectivement, beaucoup de ces Comoriens s'en vont sur Mayotte. Et cela crée un climat de tension, de tension terrible, avec des affrontements qui sont injustifiés.

13:11
Présentateur

Mais il faudrait quand même comprendre quelque chose, Fabien Roussel, si je tire le fil de ce que vous êtes en train de dire. Vous dites que ça n'est qu'un seul peuple, elle parle d'étrangers. Mais bon, techniquement, elle dit qu'il y a 80% d'étrangers, c'est le mot qu'elle utilise, parmi ceux qui causent ces violences. En effet, ces étrangers, c'est parce qu'ils n'ont pas la nationalité française, ils sont pour la plupart issus des Comores. Mais quand vous dites que c'est un seul peuple, vous ne respectez pas la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Mayotte a décidé de rester français et les Comores ont décidé de ne pas être français.

13:39
Fabien Roussel

Et donc, on traite d'étrangers ceux qui... Ce sont des familles. Vous savez que ce sont des familles...

13:44
Présentateur

C'est une question technique de nationalité.

13:45
Fabien Roussel

Mais vous savez que ce sont des familles, des familles avec des enfants, des grands-parents qui vivent sur ces deux îles. Mais vous voudriez leur imposer alors d'être français ?

13:52
Présentateur

Ils ont choisi de ne pas être...

13:53
Fabien Roussel

Non, je pense qu'on a besoin d'abord de garantir la sécurité de tous et d'y mettre les moyens pour ça. Mais on a besoin aussi, peut-être, c'est une proposition que je fais, de rassembler l'ensemble des autorités et des élus de cet archipel. Ceux de la Grande Comore, de Moëlie et d'Anjouan avec ceux de Mayotte pour trouver ensemble le moyen de vivre ensemble et de créer des conditions pour qu'il n'y ait plus ce mur, cette séparation qui existe et qui fait qu'aujourd'hui, cela crée des tensions et des privages. Et les inégalités, évidemment, sont immenses entre ceux qui sont restés départements français et les autres.

Et la France ne peut pas rester sourde, ne peut pas rester sans voix par rapport à ce qui se passe dans l'archipel des Comores où il y a un processus, normalement, de présidence tournante et où la France ne dit rien, laisse faire. Et là aussi, il y a des tensions sur la Grande Comore. Nous sommes souvent intervenus sur ce sujet, notamment par l'intermédiaire de mon collègue Jean-Paul Lecoq qui rencontre la communauté comorienne régulièrement. Bref, il y a un vrai sujet que l'on ne peut pas traiter, que par l'envoi de gendarmes, et de policiers sur place parce que cette tension, elle existera toujours tant qu'on ne traitera pas le problème de fond.

15:10
Présentateur

Le RAID qui a en effet été envoyé à Mayotte, mais ça, c'est nécessaire. Vous comprenez que le RAID soit envoyé à Mayotte ?

15:15
Fabien Roussel

Oui, mais je comprends que face à l'urgence, il faut y envoyer des moyens, mais ça ne s'arrêtera pas si on ne traite pas le problème de fond.

15:23
Présentateur

Fabien Roussel, cette question aussi de la violence, mais de la violence sociale et des inégalités, on l'a appris aujourd'hui, une inflation des salaires, mais des salaires des grands patrons, puisque la rémunération totale moyenne des patrons du CAC 40 a augmenté de 52% en 2021. Elle atteint un plus haut depuis 15 ans, 7,9 millions d'euros de rémunération, soit plus de 100 fois la rémunération moyenne des salariés. Est-ce qu'il faudrait réduire et comment ? Est-ce que vous demandez à nouveau une forme de taxation, des super profits, des super salaires ?

15:57
Fabien Roussel

D'abord, ce que nous demandons, c'est que par un texte de loi que nous avons déposée, que nous redéposerons, il faut réduire l'écart entre le salaire minimum et le salaire le plus élevé de 1 à 20.

16:07
Présentateur

Dans chaque entreprise ?

16:08
Fabien Roussel

Dans chaque entreprise. Mesures de justice, comment aujourd'hui on peut gagner 400 fois plus que le salaire d'un ouvrier ? On marche sur la tête. Parmi ces records de salaires distribués par les grands patrons, alors que nous sommes en pleine période de crise, la guerre, tout le monde se serre la ceinture, on demande à tout le monde de faire des efforts. Carlos Tavares, le patron de Stellantis, Peugeot, et celui qui gagne le plus, 66 millions d'euros quand on ajoute salaire, action, bonus, etc. 66 millions d'euros en un an de temps.

C'est ce même patron qui a refusé des augmentations de salaire pour les ouvriers, les salariés de Peugeot, il y en a dans ma circonscription, il y en a dans toute la France, ils ont eu le droit à 3,2% d'augmentation en février et une maigre prime de 1 000 euros pour ceux qui sont jusqu'à 2 fois le SMIC. Bref, des miettes, des miettes pour les ouvriers, des miettes pour les petits et la grosse part du gâteau pour les grands patrons.

Eh bien, moi je demande qu'on fasse complètement l'inverse et qu'on fasse en sorte que les profits réalisés dans une entreprise et auxquels les salariés doivent être associés sur la manière dont on les construit, on les réalise ces profits, eh bien que les salariés participent aussi au choix de la distribution de ces profits. Alors qu'ils aient un pouvoir de choix

17:21
Présentateur

mais qu'ils partagent aussi la richesse. Là-dessus, en ce moment, il y a des discussions qui ont été notamment lancées par Bruno Le Maire qui parle d'un dividende salarié. Est-ce que ça vous paraît être une bonne manière de rééquilibrer le gâteau ?

17:34
Fabien Roussel

Pas du tout. Pas du tout. Aujourd'hui, il y a trois manières de répartir la valeur ajoutée. Il y a d'abord le salaire et le salaire, c'est essentiel. Et il y a aussi l'intéressement et la participation. Deux autres moyens. Nous, ce que nous disons, c'est que c'est le salaire qu'il faut augmenter parce que le salaire, on sait ce qui tombe à la fin de chaque mois tout au long d'une année et ça, c'est du solide. L'intéressement, la participation, c'est aléatoire et à chaque fois, c'est le discours du patron qui dit « Allez-y, sakenda » comme on dit dans le Nord, travaillez beaucoup et vous aurez une participation, vous aurez une prime, etc. Non.

Nous, ce que nous voulons, la grande révolution que nous voulons faire, c'est la co-gestion dans les entreprises. C'est que les salariés participent au même titre que les actionnaires aux choix industriels de l'entreprise. Comment on produit ? Pour qui on produit ? Qu'est-ce que l'on doit produire ? Est-ce que l'on relocalise la production en France ? Est-ce que l'on investit dans des machines et dans la formation ? Et comment on répartit les bénéfices qui sont les nôtres parce que nous y avons contribué ? C'est comme ça que l'on peut véritablement reconstruire notre industrie et notre pays. C'est en partageant les décisions dans les entreprises.

18:39
Présentateur

Fabien Roussel, à partir de jeudi, les députés des autres groupes que la majorité ont ce qu'on appelle les niches parlementaires. C'est-à-dire que c'est le moment où vous pouvez faire passer des projets de loi, des propositions de loi auxquelles vous comptez. Et il y aura donc, comme les propositions de la NUPES, l'inscription de l'IVG dans la Constitution ou l'interdiction de la Corrida. Est-ce que dans le contexte actuel, ça vous paraît vraiment les deux priorités quand on a une journée à soi, on met ça ?

19:04
Fabien Roussel

Écoutez, ce sont les choix que font les députés de la France Insoumise et que c'est à eux de décider. Mais ça montre bien justement quelles sont les urgences aujourd'hui quand j'écoute tout ce débat autour de la Corrida. Est-ce que la France Insoumise a présenté plein de textes très intéressants, très importants ? Et quel est le niveau d'importance que l'on place dans ces textes ? Est-ce que ce n'est pas plus important de défendre d'abord la constitutionnalisation de l'IVG ? C'est essentiel. Vous voterez pour, donc j'en ai dit ? Bien sûr.

Et il y a d'autres textes que nous soutenons comme le SMIC à 1 600 euros net, comme garantir un statut pour les AESH, les accompagnants des enfants en situation de handicap. Mais c'est aussi un service public de l'eau potable. Bref, il y a plein de propositions défendues par les Insoumis qui doivent être érigées en rang de priorité. Et sincèrement, l'interdiction de la Corrida n'en est pas une aujourd'hui au regard de ce que vivent les Français. Mais c'est à eux d'ériger les priorités. Il y a la réintégration des soignants. Vous ne voterez pas. J'ai oublié un texte important. La réintégration des soignants non vaccinés.

Ça, c'est un texte que nous voulons voter et qui pourrait être présenté justement dans le cadre de cette niche. Donc imaginez que ce texte ne passe pas parce qu'avant, il y aurait la Corrida. Ce serait terrible pour tous ces soignants qui attendent dans la hiérarchie

20:34
Présentateur

des priorités. La Corrida,

20:35
Fabien Roussel

on le comprend bien. Ce n'est pas du tout votre... Je comprends les passions, les débats, les réprobations, tout ce qui se dit autour, mais ça mérite un vrai débat de fond et pas une interdiction. Vous vous abstiendrez

20:47
Présentateur

sur la question de l'interdiction de la Corrida ?

20:49
Fabien Roussel

Non, je voterai contre l'interdiction de la Corrida car, non pas parce que je défends la Corrida, mais parce que je pense que ce qu'il y a derrière la Corrida, c'est le rapport entre l'homme et l'animal, l'homme et la nourriture. Des peintres, des artistes se sont penchés sur cette question. On ne peut pas être traité de barbare quand ceux qui défendent la Corrida, un barbare, c'est celui à qui on ne parle pas. Or, moi, nous considérons qu'on doit parler justement et pouvoir avoir ce beau débat sur cette passion qui existe beaucoup dans le sud de la France plutôt que d'interdire.

21:27
Présentateur

Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste, député du Nord. Merci d'être revenu répondre à mes questions ce matin. Il est 8h54 sur RMC BFM TV.