49.3, prix du gaz, Royaume-Uni, traité de la charte de l'énergie... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Pascal Canfin
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Pascal Canfin, tremblement de terre politique chez nos voisins au Royaume-Uni, la première ministre s'en va déjà, Lise Truss, qui est arrivée au pouvoir seulement il y a 44 jours, elle a annoncé hier sa démission. Est-ce qu'elle est finalement la première victime politique de la crise d'énergie, de l'énergie que nous sommes en train de traverser ?
Elle est la victime, je pense, du système dans lequel les conservateurs se sont mis en se radicalisant de manière considérable en votant le Brexit, ce qui fait qu'il n'y a plus personne qui est solidaire des Britanniques. On va parler ensuite du sommet européen où nous nous mettons en place la solidarité européenne. Eux, en gros, ils se débrouillent tout seuls. Et du coup, ils tombent.
Et comme, en plus, la première ministre avait fait des choix, Lise Truss, des choix aberrants d'un point de vue totalement idéologique et déconnecté de la réalité sur le plan budgétaire, sanctionnés immédiatement, y compris par les marchés financiers dont on aurait pu penser que les baisses d'impôts pour les plus riches, ça leur plaise, ben non, puisque c'est totalement insoutenable.
Il y avait baisses d'impôts et aide pour les ménages pour payer leurs factures.
Il y avait les deux, il y avait les deux. Mais ce qui a été, je dirais, le plus déterminant dans l'impopularité qui a mené à sa chute, y compris au sein des partis conservateurs, c'était la partie baisse d'impôts massive pour les très très riches qui, évidemment, dans le contexte actuel, est parfaitement injustifiée, incompréhensible. Donc, ça prouve quoi ? Ben, ça prouve qu'on a raison d'être dans un européen uni et solidaire. Et ça prouve qu'on a besoin d'une force politique centrale qui est stable et qui assure la stabilité dans ce moment complexe de notre histoire en Europe.
Mais ça veut dire besoin de solidarité et en même temps d'une force centrale complexe ? C'est-à-dire que la France n'est pas... La France et l'Europe ne sont pas à l'abri de cette turbulence politique ?
Ben, regardez ce qui s'est passé en Italie, où on a maintenant une première ministre d'extrême droite avec une coalition très à droite. Et donc, quelles conséquences ça aura sur notre capacité à prendre des décisions de solidarité européenne ? On va voir, puisqu'elle n'est pas encore en fonction. Mais elle a déjà dit, et c'est intéressant, qu'elle ne reviendrait pas sur les grandes politiques européennes et qu'au fond...
Sauf sur l'environnement, où son gouvernement a dit, voilà, environnement, oui, mais il y a d'abord le pouvoir d'achat et l'industrie.
Vous m'interrogiez sur l'énergie, sur la solidarité, etc. Donc, je pense qu'on est, au fond, dans un moment où, bien évidemment, nous ne sommes pas à l'abri des risques, des séismes. Je crois que ce serait irresponsable et naïf de ma part de le dire. Notre pays n'est pas une île, donc il n'est pas à l'abri de ces tensions que l'on voit émerger partout, y compris, bien évidemment, sur le plan militaire. On sait que Vladimir Poutine menace en permanence d'utiliser l'arme atomique. Donc, nous sommes dans un moment de tension inédit. On a donc absolument besoin de deux choses. Un, de stabilité. Et c'est pour ça que cette majorité est clé, parce qu'elle est centrale.
Et que vous regardez que si cette majorité s'affaiblissait, ce seraient les extrêmes qui gagneraient. On serait dans un scénario britannique ou italien. Je pense que c'est la dernière chose que je souhaite pour mon pays. Deuxièmement, on a besoin d'agir unis en européens. Et c'est tout le sens du Conseil européen de cette nuit qui a débouché sur des mesures concrètes et opérationnelles.
C'est la crise politique qui fait qu'en France, Elisabeth Borne, la première ministre, je précise que vous êtes d'eurodéputée Renew, donc en essence dans le camp d'Emmanuel Macron, qu'elles doivent activer le 49.3 par la deuxième fois en deux jours.
C'est le symptôme d'une crise politique ? Non, c'est le symptôme du fonctionnement de nos institutions en contexte de majorité relative. Ce sont les Français qui ont désigné l'Assemblée nationale. Il se trouve que le résultat démocratique voulu par les Français, c'est une majorité relative.
Et pourquoi on ne laisse pas l'Assemblée voter en budget ?
Et à partir du moment où nous sommes dans cette situation, la Constitution prévoit un outil. Et je rappelle que le Premier ministre qui a utilisé le plus cet outil s'appelle Michel Rocard. On ne pense pas que dans la mémoire collective, Michel Rocard soit resté comme un Premier ministre autoritaire, etc. Je vois les adjectifs qui fusent ici ou là. Donc c'est tout simplement la nécessité et heureusement que nous avons cet article dans notre Constitution. Heureusement. Parce que sinon nous serions simplement bloqués. Mais pourquoi ?
Les oppositions vont voter des amendements.
Il y aurait un texte finalement qui aurait pu être voté. Des amendements totalement contradictoires. Des amendements qui nous font totalement déraper sur le plan des finances publiques. Des amendements qui ne portent aucune cohérence politique. Je pense que si vous avez quelqu'un de l'ANU à ma place ou quelqu'un de LR des Républicains ou quelqu'un du FN, il aura du mal à dire que l'ensemble des amendements qui ont été adoptés parfois par la gauche, parfois par la droite, parfois par l'Alliance des deux, parfois par des abstentions, etc. formaient un tout cohérent. Donc on a besoin de stabilité dans un moment historique complexe. Et cette stabilité, elle est apportée en France par le 49-3.
Et je pense que c'est plutôt une chance qu'un problème que nous utilisions ce 49-3 après avoir, et je pense qu'Elisabeth Borne a énormément insisté sur ce point à juste titre, après avoir pris le temps du débat, du dialogue, y compris sur des sujets sur lesquels la majorité n'est pas toujours d'accord, la fameuse taxe sur les super dividendes. Et ce débat a lieu.
D'ailleurs, vous auriez souhaité qu'il soit conservé dans le texte, cet amendement sur les super dividendes ? Moi, je pense que de toute façon... Parce que vous appeliez, je précise, vous, vous avez fait partie de ceux qui ont très tôt appelé à une contribution des groupes qui faisaient des profits pour redistribuer une partie de leurs bénéfices à l'ensemble des Français via ce mécanisme de contribution européenne.
Cet amendement sur les surdividendes, qui n'est pas l'amendement sur les super profits, je précise bien, je vois où vous voulez en venir, est-ce que vous auriez souhaité que, comme le proposent les centristes, vous alliez le modem à l'Assemblée, une entreprise qui distribue trop de dividendes par rapport à la moyenne de ces cinq dernières années puisse être davantage taxée sur ces actions qu'elles distribuent, sur les dividendes qu'elles distribuent ?
Merci pour cette question. Deux choses. Première chose, je me suis effectivement battu pour que nous ayons cet accord européen sur la taxation des super profits, dès le mois de mars. Et nous l'avons eu. Et c'est passé en 15 jours. C'est dans le budget. Et nous l'avons traduit dans le budget. Et ça fait plusieurs milliards, 7 je crois, de recettes supplémentaires pour l'État. Donc on peut dire que ça, c'est extrêmement concret. Et donc tous ceux qui nous reprocheraient de ne pas avoir pris ce cheval à bras-le-corps et de dire vous avez laissé les super profits dérivés. Non, on l'a fait. Simplement, on l'a fait à la bonne échelle, c'est-à-dire au niveau européen.
Maintenant, le sujet de la taxation des super dividendes et des rachats d'actions, c'est encore autre chose. C'est ce que vous versez à vos actionnaires.
C'est le partage de la richesse.
Et donc ça pose la question fondamentale, vous avez parfaitement raison, du partage de la valeur ajoutée et du partage de la richesse. Et je pense, je vous le dis très honnêtement, que ce sujet va revenir. Il va revenir, ne serait-ce que très matériellement, il va revenir lorsque le budget va revenir à l'Assemblée nationale en deuxième lecture, puisque les députés concernés, notamment ceux du Bonnet, mais pas que, ont d'ores et déjà dit qu'ils allaient retravailler cette question.
Et c'est une bonne chose qu'ils reviennent.
Et donc moi, je suis favorable à ce que l'on se mette tous autour de la table, puisque même l'auteur de l'amendement, M. Matéi, a reconnu qu'il n'était techniquement pas très bien écrit. Donc on va regarder ça. Moi, je suis favorable à ce que nous regardions ça, qu'on se mette autour de la table et qu'on voit si, oui ou non, il y a un chemin qui concilie la justice, donc un meilleur partage de la valeur ajoutée et, et là, je rejoins Bruno Le Maire, et l'attractivité.
Mais vous ne rejetez pas par principe cet amendement-là ?
Vous avez d'un côté, ceux qui ne regardent que la justice en se disant ce qui compte, c'est la justice, mais que les entreprises s'en aillent, finalement, ce n'est pas notre problème. Or, nous sommes dans un moment où nous sommes vraiment avec un différentiel de prix d'énergie considérable
avec les Etats-Unis,
où nous avons un vrai risque de délocalisation industrielle. Je le dis, avec tout ce que ça veut dire de risque en termes d'emploi sur les territoires, nous sommes dans un moment où nous avons un vrai risque de délocalisation industrielle à cause d'un différentiel du prix d'énergie entre les Etats-Unis et nous. Donc, il faut faire attention quand on rajoute une couche supplémentaire. Mais, il y a une énorme demande de justice sociale qui est parfaitement légitime. Et donc, je pense que c'est mon rôle, ici, aussi, dans cette majorité, d'essayer de trouver le compromis entre les deux.
Et c'est pour ça que je souhaite que, très rapidement, et d'ici les trois prochaines semaines, puisque ça va revenir en deuxième lecture dans quelques semaines, nous puissions trouver un compromis sur ce point fondamental.
Pascal Canfin, eurodéputé Renew, Renaissance, invité du 8h30. On s'interrompt juste le temps du fil info. 8h40. Voici Marie-Maë.
En France, la situation est en nette amélioration. À la pompe, rassure ce matin Elisabeth Borne dans le journal Libération. Les premiers vacanciers partent ce soir. Et la Première ministre l'assure. 90% des stations d'autoroutes fonctionneront normalement dans les prochains jours. Après plusieurs heures de négociations, les dirigeants européens fixent un cap pour faire baisser le prix de l'énergie. Pas de mesures concrètes, mais un accord de principe. Par exemple, pour acheter du gaz en commun ou mettre en place un mécanisme temporaire de plafonnement des prix. Elle n'aura tenu que 44 jours. La Première ministre britannique, Lys Truss, laisse sa place.
Les conservateurs désigneront d'ici vendredi prochain son successeur par vote interne. Parmi les noms évoqués, celui de l'ex-ministre des Finances, Richie Sunak. Et puis en football, ce soir, ouverture de la douzième journée de Ligue 1. Ajaccio, 18ème, au classement, reçoit les premiers. Le Paris Saint-Germain. Hier, les Parisiennes, elles, ont été battues par les Anglaises en Ligue des Champions. Un but à zéro. France Info.
Le 8.30 France Info. Néhile à la trousse. Laurin Sénéchal. Toujours avec Pascal Canfin, président de la Commission Environnement au Parlement européen. Vous êtes eurodéputé Renew. Il y a en ce moment donc un sommet qui se déroule des chefs d'État et de gouvernement, les 27, qui sont parvenus à un accord, accord pour travailler ensemble. C'est ce que dit Charles Michel, le président du Conseil. Qu'est-ce que ça veut dire ? On avance, mais tout doucement.
Ça veut dire que nous sommes en train de reprendre le problème par le bon bout. Je dois vous dire que depuis 15 jours, 3 semaines, l'unité européenne qui avait été la marque de fabrique depuis maintenant plusieurs années, y compris au moment de la réponse du Covid sur le vaccin, sur le plan de relance, sur les sanctions à la Russie. Et y compris au début de la guerre en Ukraine. Exactement. Depuis 15 jours, 3 semaines, je dirais que la mayonnaise prenait moins. Notamment parce qu'il y a, et il y a toujours, mais il y a moins ce matin que hier soir, et c'est la bonne nouvelle, un désaccord franco-allemand. Et c'est ainsi que l'Europe fonctionne.
Tant qu'il n'y a pas d'accord entre la France et l'Allemagne, c'est difficile de prendre des mesures fortes. Ça ne veut pas dire que les autres s'alignent immédiatement. Ensuite, on débiscute avec les Espagnols, les Italiens, les Irlandais, les Polonais, etc. Mais ce qui est certain, c'est que quand il n'y a pas une colonne vertébrale stabilisée entre la France et l'Allemagne, rien n'avance.
Emmanuel Macron a eu raison, pardon, je crois que je fais juste une parenthèse puisque vous en parlez, de mettre sur le devant de la scène ces désaccords, de parler d'isolement de l'Allemagne.
Écoutez, pendant plusieurs semaines, nous avons essayé de discuter de cela sans le mettre sur le devant de la scène. Sans succès. Et donc, à un moment donné, je pense que le président de la République a eu parfaitement raison de prendre ses responsabilités et de dire, puisqu'on n'est pas d'accord, on va dire qu'on n'est pas d'accord. Et on va voir ce qui se passe. Et bien, ce qui se passe, c'est que, évidemment, la France, dans ses principales propositions, à savoir des achats conjoints de prix du gaz pour faire baisser les prix, tout ce que je vais vous dire là n'a qu'un seul objectif, c'est de faire baisser les prix immédiatement très vite.
On va prendre les mesures une par une, si vous le voulez, parce qu'enfin, les achats groupés de gaz, par exemple, on en parle depuis le mois de mars. Ça a été évoqué au mois de mars. Il y a un mécanisme qui a été mis en œuvre. Aucun achat, aucun contrat. C'est exactement ce que je viens de vous dire. Pourquoi c'est si long ? De mars au 21 octobre, il ne se passe rien.
Je crois que la réponse était dans la question précédente. C'est-à-dire qu'il y a un pays qui n'a pas joué le jeu. On ne va pas se cacher derrière son petit doigt. Il y a un pays qui a massivement acheté du gaz partout dans le monde, tout seul. Ce pays s'appelle l'Allemagne. Le ministre qui a fait ça s'appelle Robert Abeck, qui est vert, par ailleurs. Petite parenthèse. Donc, c'est assez intéressant de voir que quand la solidarité européenne ne marche pas, eh bien, tout de suite, et on l'a vu avec les Britanniques qui, eux, sont tout seuls, personne ne les aide et on voit ce que ça donne, eh bien, on voit que ça se grippe. Ça se grippe partout.
Et donc, il fallait qu'on résolve les problèmes les uns après les autres. Et ce qui a été annoncé hier, parce que dans le mécano européen, il y a une autre alliance qui est fondamentale pour la France. C'est l'alliance avec l'Espagne, le Portugal, etc. Et nous avions un point de discorde avec un projet d'infrastructure gazier qui s'appelle MidCat. Avec l'Allemagne encore, d'ailleurs. Et nous avons réglé ce point en transformant ce projet qui était objectivement incompatible avec la neutralité climat. Donc, c'était un gazoduc qui devait traverser les Pyrénées.
Exactement, qui était à la fois avec un gros impact local, mais surtout avec une incompatibilité avec la neutralité climat qui est au cœur de notre action en France et en Europe. Et donc, on l'a transformé en des corridors d'énergie verte. Donc, c'est une sorte de gazoduc, mais pour transporter les gaz, finalement, de l'hydrogène. Pour mieux connecter la planète sud-ibérique, donc l'Espagne et le Portugal, avec le reste du continent, notamment derrière l'Allemagne. Donc, on a réglé ce problème avec l'Espagne. Ce qui fait qu'on peut ressouder notre alliance et donc être objectivement dans une situation où on peut dire aux Allemands, maintenant, il faut jouer le jeu collectif.
Parce que quand les Allemands disent qu'on va mettre 200 milliards tout seul, tout seul, pour faire face à l'augmentation des prix de l'énergie pour nos entreprises, pour nos ménages...
Vous dites qu'ils font cavalier seul ?
Sans avoir du tout mis en place un système de solidarité européenne. Alors, en France, nous, on a mis aussi beaucoup d'argent. Donc, on est en dessous de l'Allemagne, mais on a mis beaucoup d'argent. Mais dans d'autres pays européens, je peux vous dire que le taux d'inflation explose. Explose. Je rappelle que nous avons le taux d'inflation le plus faible d'Europe. Évidemment, lorsque vous êtes aujourd'hui dans un supermarché et que vous voyez les prix de l'alimentation qui ont augmenté de 10%, le fait que ça augmente encore plus ailleurs, bon, quelque part, ça ne change pas votre vie. Il faut savoir, quand même, que nous avons mis les dispositifs les plus ambitieux en Europe.
Grâce au mécanisme, notamment, pour juguler la hausse de l'énergie et pour juguler, de fait, l'inflation qui est...
Et donc, on doit le faire maintenant de manière solidaire en Europe.
Sur l'Allemagne. Je reviens sur l'Allemagne.
C'est juste pour finir ma phrase, c'est juste que ce Conseil européen va permettre, parce que clairement, nous avons maintenant donné mandat à la Commission européenne pour mettre en place un mécanisme concret de solidarité financière entre nous, exactement comme nous l'avions fait à l'époque du Covid.
La phrase du président du Conseil européen, une liste de mesures qui vont faire l'objet de plus de travail. Je reviens sur ce que dit l'Allemagne. L'Allemagne dit, les achats groupés de gaz, peut-être pas une bonne idée, je préfère garantir ma sécurité d'approvisionnement tout seul. Plafonner les prix du gaz importés en Europe, pas une bonne idée. Les pays producteurs vont aller vendre ailleurs. C'est quand même un pays fondateur de l'Union européenne qui dit, je ne fais pas confiance à l'Europe pour garantir la sécurité de mes approvisionnements.
Je vous pointais absolument un moment historique.
L'Allemagne qui dit, je n'ai pas confiance dans l'Union européenne.
Ce que nous avons réussi au moment de la crise du Covid, à savoir une réponse européenne intégrée tant sur les achats communs de vaccins, puisqu'on parle des achats communs de gaz, le parallèle est assez frappant. Nous avons réussi à sortir du Covid plus vite que tout le monde parce que nous avons acheté massivement à des prix compétitifs des vaccins qui ont permis de vacciner l'ensemble de la population qu'ils souhaitaient.
C'est exactement au fond ce qu'il faut faire sur le gaz, c'est-à-dire aller voir les vendeurs de gaz ensemble, puisque je le rappelle, nous faisons, nous en Européen, 70% des achats de gaz par gazoduc, ça veut dire qu'on a un rapport de force important, mais si chacun y va de manière séparée, ces 70% deviennent 3, puis 5, puis 2, etc.
Sauf que les producteurs de gaz n'en veulent pas. Premier ministre norvégien aux échos, si l'Europe plafonne le prix du gaz, cela se retournera contre elle. La Norvège qui est notre allié, c'est pas Vladimir Poutine qui parle.
Absolument, et donc on est dans un moment de... Je le dis, j'ai commencé par le dire, nous sommes dans un moment de tension. Ce moment de tension, ça ne sert à rien de le masquer aux Français, c'est pour ça que le Président de la République, après avoir essayé de faire les choses comme il se doit de manière diplomatique, a mis le sujet sur la table. Parce que nous n'avançons pas assez vite sur les achats communs de gaz, nous n'avançons pas assez vite sur le plafonnement du prix du gaz, nous n'avançons pas assez vite sur la négociation avec la Norvège.
C'est la feuille de route que la France pousse depuis des mois et des mois, et je vous rejoins, les mesures opérationnelles, c'est-à-dire que le contrat avec la Norvège n'est toujours pas signé, etc. Donc il faut y aller, mettre plus de rapports de force, plus de pression, et c'est exactement ce que le Président de la République a fait hier, et il a eu raison.
Pascal Canfin, l'Espagne et le Portugal ont le droit de plafonner l'achat de gaz qui sert à produire de l'électricité, ce qui permet de faire baisser les coûts de l'électricité dans leur pays. Pourquoi est-ce que ça n'est pas une décision européenne ? Pourquoi finalement il n'y a eu qu'une dérogation pour ces deux pays ?
C'est ce qu'on demande depuis des mois, c'est-à-dire ce qu'on appelle dans un jargon affreusement technique que tout le monde va oublier, le mécanisme ibérique européanisé. Je ferme la parenthèse, c'est-à-dire en gros de faire en Europe ce que les Espagnols et les Portugais font. Pourquoi ils le font ? Ils le font parce qu'ils ont très peu d'interconnexions, c'est précisément le sujet qui leur pose aussi problème pour vendre leur énergie. Nous, c'est l'inverse. Nous, nous avons dix fois, je crois, dix fois plus d'interconnexions que la péninsule ibérique, donc l'Espagne et le Portugal, parce que nous sommes tout simplement au cœur de l'Europe.
Donc si nous mettions en place un tel dispositif, vous aurez tout seul dans notre coin, et c'est pour ça que la France ne l'a pas encore fait, c'est parce que quand on fait l'analyse technique, et la politique c'est certes des idées, mais c'est aussi de la réalité pragmatique, si nous faisions ça tout seul dans notre coin, nous aurions immédiatement des fuites de production chez nous vers l'extérieur, puisque notre prix serait plus faible qu'ailleurs. Le mécanisme vous rappelle, il y a du gaz,
il est vendu sur les marchés, on dit ce gaz-là qui va dans les centrales thermiques, on le vend à un prix, et l'État compense la différence, et donc l'un des risques c'est ça, c'est que l'État paye cette différence pour que l'électricité soit exportée hors de France.
Vous êtes acheteur allemand, vous dites j'achète le gaz sur le marché européen, si tout d'un coup il est beaucoup moins cher en France, je vais l'acheter en France. Mais comme vous venez de le dire, pourquoi il est beaucoup moins cher ? Parce que ce serait l'État qui paierait la différence entre le prix de marché et le prix payé par l'industriel ou par le particulier. Résultat des courses, pour notre budget à nous, ça reviendrait à donner une subvention massive à tous les industriels en Europe. Bon, je pense que c'est assez simple pour expliquer que c'est pour ça qu'on ne le fait pas. Donc on ne le fait pas tout seul. Tout le monde le fasse. Et donc il faut le faire ensemble.
Et c'est précisément ça pour lequel on se bat depuis des mois. Et on a remis une couche. Et j'espère qu'on va gagner cette bataille. Elle est absolument fondamentale pour faire baisser les prix pour tout le monde, y compris pour les ménages. Je pense que tout le monde le voit malheureusement au quotidien. Mais aussi de plus en plus pour les entreprises. Parce que les entreprises ont des contrats de long terme sur le gaz qui arrivent à échéance. Et qui aujourd'hui renégocient des contrats dans des conditions totalement insoutenables sur le plan financier.
Pascal Canfin, euro-député Renew avec nous, on s'interrompt juste le temps du fil.
Une fin amère titre ce matin le quotidien britannique The Guardian. Après la démission hier de la première ministre du Royaume-Uni, Liz Truss part après seulement six semaines au pouvoir. Les conservateurs cherchent désormais son successeur. Le parti travailliste, lui, réclame des élections générales. À l'Assemblée nationale, le 49.3 de nouveau déclenché sur le texte de financement de la sécurité sociale. Après une première utilisation il y a deux jours autour du budget 2023, on a besoin de stabilité dans un moment complexe. Heureusement que nous avons cet article dans notre constitution.
Défond ce matin sur France Info, Pascal Canfin, euro-député Renew et président de la commission environnement du Parlement européen. Au procès en appel des attentats de Charlie Hebdo et de l'hyper-cachère, le principal accusé, Aliriza Polat, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité des 17 assassinats, peine alourdie par rapport à celles prononcées en première instance. Et puis l'Ukraine met en garde contre la menace croissante d'une attaque russe depuis la Biélorussie. Le président Volodymyr Zelensky dénonce également les frappes russes sur le réseau électrique du pays, le transformant, je cite, en champ de bataille. France Info
Le 8.30 France Info, Néil à la trousse, Laurin Sénéchal.
Toujours avec Pascal Canfin, député Rignoux, renaissance au Parlement européen et président de la commission environnement dans ce même Parlement. Vous appelez la France à suivre ce qu'ont fait l'Italie et l'Espagne, ce que s'apprêtent à faire les Pays-Bas, sortir d'un traité, le traité sur la charte de l'énergie. Pourquoi est-ce qu'il faut sortir de ce traité ?
Alors, c'est un traité très peu connu, j'en dis donc 30 secondes, c'est un traité qui date de la fin de l'Union soviétique dans les années 90, qui avait vocation à protéger les investisseurs dans le domaine de l'énergie, notamment les énergies fossiles, le gaz, le pétrole, etc., pour aller dans des pays assez instables à la sortie de la chute de l'Union soviétique. On ne savait pas trop quel serait leur avenir. Et puis, année après année, ce traité s'est étendu dans l'opacité la plus totale.
Et aujourd'hui, nous, Français, comme les Allemands, comme les Suédois, etc., donc État parfaitement démocratique, on se retrouve attaqué en justice dans des tribunaux d'exception qu'on appelle des tribunaux d'arbitrage par des multinationales qui nous empêchent de mener à bien nos politiques climatiques, c'est-à-dire de mettre un peu plus de pression, voire beaucoup plus de pression sur les énergies fossiles pour en sortir plus vite et donc désinvestir, décommissionner des projets, par exemple les centrales à charbon en France, etc. Et vous avez ces entreprises qui disent « Ah mais non, pas du tout. Nous, on a des intérêts financiers dans l'affaire et donc on va vous attaquer. »
Il y a des traités européens qui nous empêchent d'aller vers la décarbonation.
Attention, attention, pas du tout. Je précise, ce n'est absolument pas un traité européen. Absolument pas un traité européen, ça n'a absolument rien à voir. C'est un traité international dont les pays européens sont partis. Eh bien, je pense qu'il faut en sortir. Et c'est d'ailleurs, ça sera, je pense, annoncé prochainement la position de la France, comme la position de l'Espagne, comme la position des Pays-Bas et de quelques autres pays. Et c'est en train de gagner du terrain, tout simplement parce qu'il est insupportable.
Insupportable que des multinationales des énergies fossiles attaquent les États qui mettent en place des politiques climatiques qui sont demandées par tous les citoyens et qui sont une évidence absolue au regard des impacts que nous avons encore vus cet été. Donc cette situation insupportable, il faut la couper à la racine et donc sortir du traité.
Il y a des multinationales qui vous en veulent aussi, celles qui construisent des véhicules automobiles en Europe, les constructeurs automobiles qui vous en veulent pour cette décision d'arrêter les ventes de véhicules à moteur thermique à horizon 2035 en Europe. Carlos Tavares, directeur général de Stellantis, c'était sur France Info mardi. Le combat va être rude parce que l'Union Européenne a déroulé un tapis rouge devant les constructeurs chinois. L'Union Européenne offre aux constructeurs chinois des conditions de mise en concurrence qui sont bien plus favorables en Europe qu'elles ne sont favorables pour les constructeurs occidentaux sur le marché chinois.
Donc il n'y a pas réciprocité des conditions de mise en concurrence. Et donc le combat va être très très rude parce qu'effectivement, il va falloir se battre sur la dimension abordable des produits que nous vendons. Vous avez déroulé le tapis rouge aux constructeurs chinois.
Je ne veux pas polémiquer avec Carlos Tavares, mais il connaît très bien la réalité. Et c'est la décision que nous avons prise, et j'en suis fier, de basculer l'industrie automobile d'ici 2035. Donc en 13 ans, pas demain matin, en 13 ans, c'est-à-dire à un rythme considérablement rapide pour une industrie aussi importante, vers le 100% zéro émission. Le jour même du vote au Parlement européen, nous avons reçu un message de Stellantis, présidé par Carlos Tavares, disant qu'il soutenait cette mesure. Donc aujourd'hui, sur les plateaux, ils disent qu'il est contre, alors que j'ai l'écrit noir sur blanc et c'est public, il a soutenu le jour du vote. Bon, voilà.
Deuxièmement, là où il a raison, mais on agit, c'est la réciprocité. Ce qu'on appelle la réciprocité, c'est-à-dire appliquer aux Chinois les règles que les Chinois nous appliquent. Évidemment avec les autres pays, mais là en l'occurrence, Carlos Tavares mentionnait la Chine à juste titre. Eh bien, c'est exactement ce que nous avons fait adopter sous présidence française de l'Union européenne, premier semestre de cette année, un changement des règles du jeu pour mettre en place au cœur de nos politiques d'accès au marché public, la réciprocité.
Si une entreprise européenne ne peut pas souscrire à un marché public en Europe, en Chine, pardon, alors une entreprise chinoise ne peut plus souscrire à un marché public en Europe. C'est la nouvelle règle et je pense que Carlos Tavares est suffisamment informé pour le savoir. Troisièmement, nous avons une stratégie industrielle. Cette stratégie industrielle, c'est l'alliance européenne des batteries. Hier, je crois, Roland Lescure, le ministre de l'Industrie, a annoncé le fait que nous allions héberger en France le plus grosse usine en Europe pour un composant des batteries qui va utiliser notamment l'acier zéro carbone que nous sommes capables de produire en France.
Ça, ce sont des nouvelles qui vont créer mille emplois. Donc, nous sommes en train de prendre des normes environnementales et climatiques. C'est fondamental, ce n'est pas moi qui vais vous dire le contraire. Mais en plus, on est en train d'opérer une révolution industrielle verte qui est la seule façon de gagner dans le monde de demain.
Là, vous parlez des emplois créés, mais ça risque aussi de détruire beaucoup d'emplois, le virage vers la voiture électrique. Nous, on a une vision de l'écologie.
Et Elisabeth Borne le reconnaît d'ailleurs. La transition écologique ne se fera pas sans destruction d'emplois.
Tout à fait. Ce matin dans Libération, exactement, et je le dis moi-même, nous avons une vision de la transition écologique qui est l'inverse du saplisme qui est parfois vendu par certains. On sait que c'est complexe. On sait que pour certains, ça ne va jamais assez vite et que pour d'autres, ça va déjà trop vite. On sait que quand vous êtes salarié en faisant des injecteurs d'iesel à Rodez, je ne vais pas vous dire que votre emploi est garanti dans 10 ans parce que ce n'est pas vrai. Tout simplement, je ne vais pas mentir. En revanche, ce qu'on est en train de faire, c'est deux choses. D'une part, développer la capacité de créer les emplois nouveaux.
Je donnais un exemple là avec une annonce qui date d'hier, 1000 emplois. C'est-à-dire reconvertir les ouvriers du thermique vers... Créer les opportunités, faire en sorte qu'elles se localisent en Europe et particulièrement en France. Ça, c'est une stratégie industrielle que nous menons, par exemple, avec Thierry Breton en Europe pour l'autonomie stratégique de l'Europe pour les voitures, mais évidemment pour bien d'autres secteurs. Et en parallèle, mettre en place les dispositifs d'accompagnement.
C'est pour ça qu'en ce moment même au Parlement européen, dans la fameuse négociation sur les standards CO2 des voitures que nous concluons, je me bats, de manière acharnée, avec la Confédération européenne des syndicats qui est présidée par Laurent Berger, pour obtenir un fonds de transition juste pour les salariés des équipementiers automobiles qui seront amenés à bouger dans leurs compétences professionnelles.
Parce qu'encore une fois, quand on passe du thermique...
à l'électrique, c'est ce qui se passe. Et c'est exactement le cœur de notre politique qui est à la fois juste sur le plan climatique et pertinente sur le plan social et industriel. Pascal Canfin, merci beaucoup. Invité de 8.30 ce matin, Eurodéputé Reniou. Merci beaucoup.
Pascal Canfin