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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 22 septembre 2025 24 min

Reconnaissance de l'État de Palestine, budget 2026... Le "8h30 franceinfo" de Yaël Braun-Pivet

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Info

0:02
Yaël Braun-Pivet

Bonjour Yael Brun-Pivet. Bonjour. Vous qui aviez fait savoir que vous étiez disponible pour Matignon, vous allez nous dire quelles sont vos pistes pour un compromis sur le budget, notamment sur une taxation des plus riches. Mais d'abord, la France va officiellement reconnaître l'état de Palestine aujourd'hui à l'ONU. Écoutez le Président, il a posté un message sur les réseaux sociaux juste avant de décoller pour New York hier.

0:25
Présentateur

Cette reconnaissance, c'est le début d'un chemin. C'est un parcours avec toutes ses conditions, ses exigences pour les parties prenantes.

0:32
Yaël Braun-Pivet

Le début d'un chemin, car c'est une reconnaissance sans conditions préalables. Et vous dites dans Le Parisien hier que vous êtes réservé sur cette initiative du Président. Est-ce que vous la déplorez, Yael Brun-Pivet ?

0:43
Invité

En fait, je comprends quel est l'objectif du Président de la République et en cela, il a raison. Et on voit qu'il a réussi un certain nombre de grandes avancées, notamment cette fameuse déclaration de New York qui a été endossée par plus de 140 pays la semaine dernière. Et moi, j'ai noté dans ces cas-là des grandes avancées, puisque certains pays qui ont endossé la déclaration de New York sont des pays qui ne reconnaissent pas l'existence de deux États et l'existence notamment d'Israël, qui n'avaient pas condamné l'attaque terroriste du 7 octobre et qui n'appelaient pas à la libération des otages. Donc il y a dans cette démarche des choses extrêmement positives.

1:17
Yaël Braun-Pivet

Mais c'est juste une base qui demande à être encore concrétisée sur la reconnaissance sans condition préalable.

1:22
Invité

Et donc la base, la déclaration de New York, pour moi, c'est une grande avancée, c'est extrêmement positif et je l'ai salué. Maintenant, la reconnaissance de l'État de Palestine sans condition et sans les conditions préalables qui avaient été fixées par le Président de la République lui-même, qui était la libération des otages, la sécurité de deux États d'Israël et de la Palestine, le fait qu'on puisse faire rentrer l'aide humanitaire dans Gaza, etc. Pour le moment, ces conditions ne sont pas assurées et c'est la raison pour laquelle j'ai exprimé des réserves.

Moi, ce que je souhaite, c'est qu'aujourd'hui, justement, à New York, on puisse avancer à nouveau et que des pays arabes tels que l'Arabie Saoudite, par exemple, le Qatar, reconnaissent formellement l'existence d'Israël pour que nous puissions avoir vraiment quelque chose d'équilibré, qui permette d'avancer sur un chemin de paix, de sécurité pour deux États. C'est ça que nous visons, c'est ça l'objectif de la France et je sais que c'est l'objectif du Président de la République et c'est ça que nous devons réussir ensemble. Et donc, c'est pour ça que moi, j'ai exprimé des réserves sur une reconnaissance sans condition, unilatérale, indépendante de garantie de sécurité affirmée pour Israël.

Et on voit que plusieurs pays, dont l'Australie, le Canada, le Portugal et le Royaume-Uni, soutiennent l'initiative française, mais je reviens sur ce mot, il est important. Vous regrettez une reconnaissance unilatérale ? Est-ce que vous pouvez être encore plus précis dans ce que vous attendez de la position française ? Mais je crois que je viens de le dire, je suis très précise dans ce que j'ai dit et c'est juste la position qu'avait exprimée le Président de la République avec des conditions qu'il mettait à la reconnaissance d'Israël. Vous êtes aligné avec lui, il n'y a pas de différence.

Aujourd'hui, la reconnaissance de la Palestine va se faire du point de vue de la France sans le respect des conditions préalables que le Président avait indiquées puisqu'il avait indiqué un certain nombre de conditions. Et dans cela, moi je suis réservée. Mais il faudra lui demander...

3:14
Yaël Braun-Pivet

Pourquoi est-il abandonné ces conditions, Yael Brunpil ?

3:15
Invité

Je ne suis pas là pour exprimer ce que pense Emmanuel Macron et pourquoi il agit dans tel sens ou dans tel sens. J'ai salué la démarche. Je déplore simplement qu'aujourd'hui, il n'y ait pas d'autres pays qui, s'inscrivant dans cette même démarche, reconnaissent formellement l'existence d'un État d'Israël qui permettrait d'avoir quelque chose d'équilibré. Peut-être qu'il va se passer des choses dans la journée. En tout cas, moi je l'espère. Vous savez, on n'est pas encore ce soir. Et peut-être que... En tout cas, moi j'appelle les États arabes qui ont endossé la déclaration de New York ce soir à franchir le même pas que la France, que le Canada qui vont reconnaître la Palestine.

Je les appelle à franchir ce pas décisif qui est la reconnaissance formelle à l'ONU de l'existence d'Israël. Ils ne l'ont pas fait depuis 1948. Il est temps de le faire si nous voulons sincèrement, collectivement avancer sur une solution à deux États. Puisque moi je souhaite profondément ramener la paix dans la région de façon équilibrée, équitable, que chacun, palestinien et israélien, puisse vivre en paix.

4:13
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, l'ambassadeur d'Israël en France, il était interrogé sur France Info au moment où Emmanuel Macron a annoncé qu'il reconnaîtrait un État palestinien. C'était fin juillet.

4:22
Auditeur

Quel est le message du président Macron avec cette reconnaissance ? Le message est, la violence marche. Utilisez la violence, vous aboutirez à vos fins.

4:30
Yaël Braun-Pivet

Vous entendez ceux qui pensent, comme l'ambassadeur d'Israël en France, mais ce n'est pas le seul, que c'est la consécration des méthodes du Hamas, cette reconnaissance ?

4:37
Invité

J'entends ceux qui disent ça. Moi, je ne le crois pas. Je pense que, et la France a été très claire depuis le début sur la condamnation, sans réserve de ce qu'a fait le Hamas et de ce pogrom du 7 octobre qui a tué plus de 1 000 personnes et dont une cinquantaine de nos compatriotes. Et donc, je ne crois pas que ce soit le cas. En revanche, comme je vous le disais, pour parvenir à une solution de paix négociée, il faut que chaque partie reconnaisse l'existence de l'autre et ce n'est pas le cas aujourd'hui, malheureusement. J'espère que les choses vont évoluer dans les heures qui viennent. Mais il ne va rien se passer ?

5:13
Yaël Braun-Pivet

Il ne va rien se passer ? C'est une reconnaissance symbolique et ça ne va rien changer ? Je ne le souhaite pas.

5:18
Invité

Je souhaite qu'on puisse avancer et que ce soit à chaque fois des pas vers une solution de paix négociée. C'est ce qu'essaye de faire en toute sincérité le président de la République. Donc, ça avance dans le bon sens. Maintenant, le chemin est encore long. Le président a posé comme condition lors d'un entretien sur CBS, hier soir, la chaîne américaine, à l'ouverture d'une ambassade en Palestine. Pourquoi pas à Ramallah ? A-t-il dit la libération des otages détenus par le Hamas. Sur ce point, est-ce que vous êtes d'accord ?

À nouveau, je pense que la libération des otages doit être la priorité de tous et doit être la condition préalable, indispensable, essentielle et première de tout avancer dans la négociation avec l'État de Palestine.

6:00
Yaël Braun-Pivet

El Brunpivé, une commission d'enquête indépendante rattachée à l'ONU, mais qui ne s'exprime pas au nom de l'ONU, a pour la première fois accusé Israël de commettre un génocide à Gaza depuis octobre 2023 avec l'intention de détruire les Palestiniens. Peut-on parler de génocide, selon vous ?

6:14
Invité

Écoutez, ce sera aux instances judiciaires de le qualifier. La qualification demande effectivement des faits matériels. Je suis avocate. Et donc, c'est un crime. Et donc, il faut des faits matériels et une intention de commettre ce crime tel qu'il est décrit. Et donc, il y a des instances internationales avec des magistrats qui sont saisis, la Cour internationale de justice. Et donc, nous verrons bien, ce sera à eux de le faire. Ce n'est pas à nous de qualifier ce qui se passe du point de vue juridique. On peut le qualifier d'un point de vue politique, humanitaire, et on voit bien à quel point la situation est absolument dramatique et elle nous bouleverse tous. Et donc, il faut avancer.

Et il faudra aussi que les instances internationales de la justice internationale puissent avancer pour qualifier ce qui est en train de se passer. Est-ce que vous avez regardé la Tour Eiffel cette nuit qui a été pavoisée aux couleurs des drapeaux palestiniens et israéliens avec une petite colombe de la paix au milieu ? On sait qu'Olivier Faure a appelé donc à pavoiser les mairies avec le drapeau palestinien, que Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur, démissionnaire s'y oppose. Dans lequel de ces deux camps vous vous situez, madame la présidente ? Vous savez, moi, je me situe dans un seul camp, le camp de la justesse et le camp du droit.

C'est de la langue de voix, mais non, ce n'est pas de la langue de voix. Moi, je me suis posé la question à l'Assemblée nationale, qu'est-ce qu'on fait ? Et donc, j'ai été regarder, c'est quoi la loi ? C'est quoi les usages ? C'est quoi le passé ? Et donc, ça, ce n'est pas de la langue de voix. C'est juste quand on a des responsabilités politiques, essayer d'être le plus juste possible. Vous savez, non, non, vraiment, ce n'est pas de la langue de voix. Vous savez pourquoi ? Parce que moi, je suis présidente de l'Assemblée nationale et je ne dois pas instrumentaliser l'institution que j'ai l'honneur de présider.

Et donc, quand on doit prendre ce type de décision majeure, eh bien, il faut aller regarder. C'est quoi la loi ? C'est quoi le droit ? C'est quoi les usages ? Et après, ça me permet de prendre une décision la plus juste possible qui n'est pas instrumentalisée en fonction de qu'est-ce qu'a envie de faire Yael Brown-Pivet, mais qu'est-ce qu'il est juste de faire. Et donc, c'est ce que j'ai fait à l'Assemblée nationale et il ressort de cet examen qu'il n'y aura ni drapeau palestinien ni drapeau israélien sur l'Assemblée nationale aujourd'hui parce que telles ne sont pas nos règles et telles ne sont pas nos usages.

Jeudi, je suis allé à la manifestation, vous savez, qui n'était pas du tout qui était plutôt opposée, qui n'était pas liée au drapeau palestinien, mais il y avait énormément de drapeaux palestiniens dans la manifestation du 18 septembre jeudi et les gens, massivement, m'ont dit comment est-il possible qu'il y ait eu autant de drapeaux ukrainiens dans les mairies et pas de drapeaux palestiniens ? Ils trouvent que ça fait deux poids, deux mesures. Qu'est-ce que vous répondez à cet argument qu'on entend beaucoup ? Je comprends cet argument et c'est vrai que les choses parfois ne sont pas complètement claires. Moi, j'ai été regarder.

On a des décisions par rapport au drapeau ukrainien de tribunaux qui ont dit il faut les laisser et d'autres tribunaux qui ont dit il faut les enlever. Et donc, on voit bien qu'il y a hiatus et c'est là qu'il faut revenir à la règle de base. La règle de base, c'est que nos bâtiments publics sont pavoisés avec le drapeau français et parfois le drapeau européen et ça s'arrête là, sauf en cas de visite de chef d'État, etc., ou d'expression, de solidarité, par rapport à quelque chose, ce qui pourrait être le cas aujourd'hui. Mais voilà, on est en siatus, rien n'est clair, mais donc j'entends la position du ministre de l'Intérieur.

Je pense que celle-ci, elle est claire et ses instructions ne font pas débat.

9:26
Yaël Braun-Pivet

Est-ce que vous êtes d'accord avec ceux qui jugent que cette initiative va importer encore plus le conflit et donc alimenter l'antisémitisme dans un contexte où les actes antisémites ont augmenté ?

9:36
Invité

Ce qui est sûr, c'est que depuis le 7 octobre, on voit bien que les actes antisémites ont augmenté dans notre pays, que beaucoup confondent ce qui se passe sur le territoire palestinien avec, quoi qu'ils font, l'amalgame entre Israël, les Juifs, etc. Moi, je trouve que c'est absolument abominable. Il faut arrêter de faire cet amalgame et il faut surtout arrêter de considérer que les Juifs ne seraient pas des Français comme les autres. Moi, vous voyez, je suis assez choquée. Parfois, j'entends des gens dire que les Juifs sont les bienvenus en France. Mais en fait, personne ne demande que les Juifs ne demandent pas être les bienvenus en France. Ils sont chez eux en France.

Et la France, on va célébrer les 120 ans de la loi de 1905 de séparation de l'Église et de l'État. Il faudrait quand même retrouver un peu son sérieux. En France, on ne trie pas les Français selon leur religion, selon d'où qu'ils viennent. Il n'y a qu'une communauté, la communauté nationale et la communauté française. Donc arrêtons de dire et de prendre, de considérer que selon la religion, on va avoir telle ou telle pensée politique, que selon la religion, on va avoir tel ou tel attachement ou telle fidélité. Quelles que soient nos religions, en France, on est Français avant tout. Et donc, cessons ces débats et peut-être retrouvons un peu de collectivité nationale.

Vous savez, moi, je me souviens quand on a, avec le président du Sénat, organisé la marche pour la République et contre l'antisémitisme, nous avions eu une exigence vis-à-vis de tous les manifestants. Nous leur avions demandé de n'entamer qu'un seul champ, la Marseillaise. Et nous leur avons demandé d'arborer qu'un seul drapeau, le drapeau français. Eh bien, j'aimerais que dans toutes nos manifestations, il n'y ait qu'un seul drapeau, le drapeau français.

11:18
Présentateur

Le 830 France Info, Agathe Lambret, Paul Larouturou.

11:24
Yaël Braun-Pivet

Avec vous, Yael Brunpivet, présidente de l'Assemblée nationale. L'exécutif va-t-il se convertir à une taxe sur les riches, Paul ?

11:32
Invité

Le débat sur la fameuse taxe Zuckman est un débat national. Le patrimoine des plus riches agite la classe poétique. Bernard Arnault, le PDG d'LVMH, a qualifié l'économiste de militant d'extrême-gauche, de pseudo-universitaire, comme Thierry Breton, d'ailleurs, à notre micro, qui cherche à mettre à terre l'économie française. Est-ce que vous êtes d'accord avec Bernard Arnault ? Moi, vous savez, je ne parle jamais des gens et de ce qu'ils pensent de cette façon-là. Et donc, je ne vais pas m'y mettre. Je ne vais pas commencer aujourd'hui. En revanche, ce que j'ai toujours dit, c'est que ce budget, qui doit être un budget d'effort, doit être... Cet effort, il doit être partagé par tous.

Et donc, il n'est pas question d'exonérer telle ou telle catégorie de la population de l'effort partagé. Les Français ne le comprendraient pas. Et donc, à partir du moment où on demande des efforts aux plus fragiles, et notamment, moi, je soutiens le fait qu'on ait un gel de notre budget et donc qu'on n'ait pas de pensions, etc., revalorisées, eh bien, il faut que cet effort, il soit partagé par les plus fortunés d'entre nous. Il faut trouver le bon mécanisme. Il y a plein de mécanismes. Je me suis déjà opposée à la taxe Zuckman telle qu'elle est présentée aujourd'hui. Mais il faut regarder. Il a répondu, Gabriel Zuckman, la fébrilité n'autorise pas la calomnie.

Il appelle Bernard Arnault à respecter la vérité et l'effet. Comment vous vous situez ? Parce que ce débat, on l'a parlé tout le week-end. Je voulais me demander de me situer entre bidule et machin. C'est pas bidule et machin, c'est entre Bernard Arnault, c'est un débat politique noble. qui, devant vous, en tant que président de l'Assemblée nationale et responsable politique, vous dit qu'elle souhaite qu'un effort soit fait par tous aujourd'hui et que cet effort soit partagé et qu'on ait un budget dans lequel les Français se disent on fait tous des efforts et ça sert à quelque chose. Qu'est-ce que vous proposez concrètement pour taxer les riches, Yael Brunpivet ?

Après, il faut qu'on trouve le bon mécanisme. Aujourd'hui, sur votre plateau... Dites-nous quel mécanisme ?

13:14
Yaël Braun-Pivet

Une sorte d'ISF revisité ?

13:16
Invité

Moi, je suis parlementaire avant tout. Les négociations, aujourd'hui, on n'a même pas de gouvernement. Donc, on va peut-être faire les choses dans l'ordre. On va attendre d'avoir un gouvernement, d'avoir un ministre du budget et un ministre de l'économie et des finances qui va entendre l'ensemble des partis politiques, des groupes politiques. Il y a des débats qui vont s'ouvrir à l'Assemblée nationale.

13:34
Yaël Braun-Pivet

Vous pourriez dire oui pour un nouvel ISF qui n'est pas les dépôts du premier ?

13:38
Invité

Mes objectifs et le souhait qui est le mien, le souhait qui est le mien qui est d'avoir quelque chose qui soit partagé et qui apparaisse juste et équitable pour les Français, à nous de trouver collectivement le bon mécanisme. Autrement, on piétine l'Assemblée nationale à toujours faire les débats à côté, sur les réseaux sociaux ou sur des plateaux. Les débats, ils doivent avoir lieu à l'Assemblée nationale. C'est là que siègent les représentants du peuple et donc moi, j'attends des débats à l'Assemblée nationale en commission et dans l'hémicycle que justement, on regarde quels sont les bons mécanismes qui remportent l'adhésion d'une majorité de l'Assemblée nationale.

C'est cela que l'on doit trouver dans les semaines qui viennent. Ce matin. Dans les semaines qui viennent, pas sur votre plateau ce matin. Ce matin, dans le décryptage éco de Fanny Guinochet, le gouvernement travaille selon ces informations à une sorte, on va dire, d'impôt sur la fortune revisité. L'idée serait d'empêcher la suroptimisation fiscale en obligeant les plus riches à payer au moins 20% d'impôt. Que pensez-vous de cette idée du gouvernement ? Il y a plusieurs mois que le gouvernement travaille sur ce sujet. Ce n'est pas nouveau et c'est intéressant de s'attaquer à la suroptimisation.

Moi, je me dis, aujourd'hui, dans le monde tel qu'il est et dans la situation dans laquelle est notre pays, je crois que les Français en ont marre, en fait, moi, de ce que j'appelle les profiteurs. Les profiteurs, ils sont partout. Vous avez des profiteurs qui profitent de certaines allocations, etc., et on le sait bien. Il y en a qui profitent de l'optimisation fiscale pour échapper à l'impôt et on les connaît et on le sait bien aussi. Et donc, il faut s'attaquer, finalement, à toutes ces personnes qui se disent qu'elles ne vont pas participer à l'effort national et qu'elles peuvent, en profitant de telle ou telle règle, de telle ou telle situation, y échapper.

Eh bien, ça, ce n'est plus possible aujourd'hui. Chacun, on est 68 millions de Français, on est une communauté nationale, chacun doit participer à l'effort. Donc, il faut travailler sur, justement, cette chasse aux profiteurs. Donc, on a des textes qui arrivent, lutte contre la fraude fiscale, lutte contre la fraude sociale, et il faut travailler sur la suroptimisation. Moi, ça ne me choque pas du tout, bien au contraire. Je pense que c'est ça qu'attendent les Français, se dire que chacun fait son bout de chemin et produit sa part d'effort.

15:40
Yaël Braun-Pivet

Rapidement, Yael Brunpivet, la gauche réclame aussi une suspension de la réforme des retraites. Est-ce que ça, c'est une ligne rouge pour vous ?

15:46
Invité

Moi, je ne parle pas en ligne rouge, mais je pense qu'il n'est pas de l'intérêt national de revenir sur la réforme des retraites et de suspendre cette réforme. Nous avons adopté une réforme qui est imparfaite, on le sait tous. Certains voulaient la réforme par points, d'autres voulaient une réforme qui soit davantage avantageuse pour les femmes, etc. Et c'est évidemment mon cas et on peut avancer. En revanche, l'âge de la retraite, s'il vous plaît, soyons sérieux, on est à 64 ans, l'ensemble des pays européens est au-delà, 65, 66, 67 ans. On sait tous quel est le déficit de notre système de retraite.

Donc, il faut avancer, améliorer la réforme, éventuellement, remettre tout le monde autour de la table pour travailler sur un autre système avec de la capitalisation, etc. Mais, s'il vous plaît, ne faisons pas. Moi, j'en peux plus de cette politique. Vous savez, on est sur une politique de l'essuie-glace en France. C'est formidable. On fait un truc un jour, le lendemain, on le défait, et puis le gouvernement d'après le défait, le refait, etc. On ne peut pas avancer comme ça. Vous avez des idées

16:44
Yaël Braun-Pivet

sur la méthode ? Vous aviez fait savoir que vous étiez disponible pour Matignon au président. Vous n'êtes pas trop déçue ?

16:50
Invité

Alors, j'avais dit au président que s'il estimait que je pouvais être cette personne qui mène ces discussions et tout ça, que je ne m'accrocherais pas à mon siège et que je n'étais pas à une assise et que je pouvais prendre ce risque-là. Et vous disiez, je prendrais mon risque. Après, je n'étais pas candidate, c'était simplement si je fais partie de la solution, mais je crois que je fais partie aussi de la solution en étant président de l'Assemblée nationale. Aucune déception. Le président vous a préféré, son fidèle Sébastien Lecornu. Est-ce que ça veut dire que maintenant, prendre votre risque, c'est l'Elysée ? Pas du tout.

Vous savez, en fait, je n'arrive pas à penser à la politique en fonction de postes. Je pense la politique en fonction de l'ambition que j'ai pour mon pays et pour les Français. Je crois qu'aujourd'hui, je suis très utile à la place qui est la mienne et que les Français n'en peuvent plus, des gens qui se projettent vers 2027. Ils ont envie qu'on se projette sur le mois d'octobre 2025. Ça serait déjà pas mal. Est-ce qu'on peut travailler ? Forcément, vous y pensez, forcément, c'est demain la présidentielle. Forcément. Mais ce n'est pas demain, justement. Et je peux vous dire que quand je suis sur le territoire et que je vais voir les Français, ils ne me parlent pas de la présidentielle.

Je n'ai pas un Français qui, lors des différents déplacements que j'ai faits, j'en fais quasiment toutes les semaines, ne m'a parlé de l'élection présidentielle. Vous ne vous y préparez pas. Comment ? Que pour me dire mais en fait, la présidentielle, elle pourrit tout. C'est à cause de la présidentielle que les gens, aujourd'hui, ne peuvent pas se mettre autour de la table pour discuter et trouver des compromis. Et ça, c'est problématique.

18:14
Yaël Braun-Pivet

En parlant de la présidentielle et de Matignon, lui, il a déjà occupé Matignon et il voit plus loin aussi. Maintenant, c'est Gabriel Attal. Écoutez-le. Devant les troupes de Renaissance, c'était hier à Arras.

18:25
Locuteur non identifié

L'origine première de cette instabilité, c'est la décision de dissoudre l'Assemblée nationale. Je m'y étais opposée. Je sais combien cette décision a été pour beaucoup d'entre vous, beaucoup d'entre nous, une forme de rupture, de cassure.

18:38
Yaël Braun-Pivet

Gabriel Attal cible clairement le président en taclant notamment la dissolution qui a engendré le chaos, selon lui. Est-ce qu'il crache dans la soupe ?

18:47
Invité

Alors, sur la dissolution, on est plusieurs. On est très nombreux à avoir dit que nous étions en désaccord et je l'avais exprimé et au président de la République et publiquement. Moi, je fais partie de ceux qui pensent qu'une fois que quelque chose est fait, il faut tourner la page, il faut avancer. La dissolution, on ne va pas en parler pendant dix ans, elle a eu lieu, elle a donné ce qu'elle a donné, une Assemblée nationale fragmentée mais qui représente les Français. Maintenant, il faut aller de l'avant avec cette Assemblée nationale, on ne va pas passer notre vie à regretter une décision qui a eu lieu.

Après, cracher dans la soupe, moi je considère, et je fais partie de ceux-là, moi je viens de la société civile, je ne faisais pas de politique avant 2017, je suis venue en politique dans cet grand élan de renouveau démocratique qu'a porté et qu'a voulu Emmanuel Macron. Emmanuel Macron a voulu que des femmes s'engagent. Grâce à lui, on a eu un groupe majoritaire paritaire et donc, moi je ne cracherai jamais dans la soupe, moi je sais ce que je dois au Président de la République, je lui loue ma vie politique et je pense que là-dessus, le Président de la République a eu une formidable intuition.

Les Français ne voulaient plus de politique professionnelle, ils voulaient du changement, ils voulaient du changement de méthode, ils voulaient des changements de visage. Et vous le savez, moi j'ai été très critique sur la méthode, considérant qu'on n'avait pas changé complètement de méthode. Contrairement à Gabriel Attal. Non, je n'ai pas dit ça, ça c'est vous qui le dites, mais en tout cas moi, je ne le fais pas parce que moi, j'ai cette reconnaissance-là envers le Président de la République, envers Emmanuel Macron qui a fait ce que je suis.

Après tout le monde sait que j'ai pris mes distances, que je me suis opposée au Président de la République, mais vous voyez, c'est l'équilibre que j'essaye de trouver, la justesse dans les prises d'opposition qui sont les miennes et je crois que c'est important dans la vie d'être juste et équilibré. Contrairement à vous, Gabriel Attal verbalise très fortement 2027. Qu'est-ce que vous pensez de sa démarche ? Est-ce qu'il part en solo ? En fait, moi ce qui m'a gênée hier, c'est quand il a utilisé l'expression « il faut renverser la table ». Vous n'avez pas aimé ça ? Je n'ai pas aimé pour deux raisons. La première, c'est que pour moi, le temps, il n'est pas à renverser la table.

Le temps, il est à se mettre ensemble autour de la table pour discuter et faire avancer notre pays. Et donc, je crois qu'aujourd'hui, on est plutôt dans un temps où essayons de dialoguer, de concilier, d'être ensemble. Cette fameuse communauté nationale pour avancer, c'est ce qu'attendent de nous les Français. Ils craignent pas la soupe et ils ne devraient pas renverser la table. qu'on renverse la table. Puis le renversement de la table, c'est toujours cette fameuse politique des essuie-glaces dont je parlais. On fait un truc et puis on fait l'inverse et je crois que les Français en ont marre de ça. Il n'est pas très cohérent. Après, renverser la table, ça veut dire quoi ?

Ça fait dix ans, huit ans qu'on est aux responsabilités et on va être en rupture franche avec ce qu'on a fait. Moi, je ne suis pas d'accord. Je suis fière de notre bilan. Je suis fière qu'on ait créé deux millions d'emplois. Je suis fière qu'on ait fait rentrer les femmes en politique. Je suis fière de ce que l'on a fait sur la réindustrialisation pour notre jeunesse. Je suis fière de ce qu'on a fait aussi dans l'univers social. Évidemment, on n'a pas tout réussi et je le dis, je suis la première à le dire. On a des grands échecs mais on a des grandes réussites. Et en tout cas, moi, je m'inscris dans cette continuité. On entend ce que vous dites et en preuve, vous appelez Gabriel Attal

21:55
Yaël Braun-Pivet

à se rappeler aussi d'où il vient. Comme tous les jours, c'est le moment, il y a le brunepivé, de la question qui a retrouvé sur les réseaux sociaux de France Info. Aujourd'hui, la question qui jette de l'huile sur le feu. Un livre, pas les bourbiers, chronique d'une France ingouvernable chez Robert Laffont, révèle qu'entre les deux tours des législatives l'année dernière, Emmanuel Macron a secrètement tenté de faire échouer le front républicain contre le Rassemblement National. Le président défendait le nini au point de passer des coups de fil à des candidats du Bloc Central pour leur demander de se maintenir dans des triangulaires face au RN et au NFP.

Est-ce que vous, Yael Brunepivé, vous étiez au courant ?

22:31
Invité

Non, je n'étais pas au courant. Je ne sais pas ce qu'il en est. C'est un excellent livre mais après, vous savez comment sont ces livres-là. Donc, je ne sais pas quelle est la vérité mais en tout cas, ce que je suis sûre, moi, c'est que farouchement, je lutte contre les extrêmes et que ça me choque d'imaginer que cela ait pu être le cas et en tout cas, dans les échanges que j'ai pu avoir avec le président de la République, à aucun moment, j'ai senti qu'il n'était pas dans ce front républicain et dans cette lutte farouche contre le Rassemblement National, c'est le combat de sa vie.

Il a battu à deux reprises Marine Le Pen et donc, pour moi, comme pour toute notre famille politique, nous continuons à lutter et nous avons toujours lutté farouchement contre le Rassemblement National et ses élus. Il ne calcule pas Emmanuel Macron ? Écoutez, à nouveau, vous lui demanderez, en tout cas moi, je ne calcule pas. Vous le voyez plus que nous.

23:20
Yaël Braun-Pivet

Je ne sais pas. Le président voulait une majorité RN, dit l'un de ses proches dans son livre. Est-ce que ça vous parle ? Est-ce qu'il a joué avec le feu ?

23:29
Invité

Je crois que vraiment, ce n'était pas le souhait. En tout cas, moi, pour avoir été témoin d'un certain nombre de combats que nous avons menés pendant cette campagne législative, je peux vous assurer qu'on était matin, midi et soir sur le front pour battre le Rassemblement National, pour battre la France Insoumise et nous avons réussi à faire en sorte que ni l'un ni l'autre n'ait de majorité à l'Assemblée Nationale. Je ne veux pas d'extrême au pouvoir dans mon pays.

23:52
Yaël Braun-Pivet

Merci, Aïlle Brunfivé, d'avoir répondu aux questions de France Info. L'entretien à retrouver comme tous les matins sur YouTube.