Clément Viktorovitch : Nicolas Dupont-Aignan et Jean Lassalle, la rhétorique de la conspiration
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Avec vous Clément, nous nous penchons ce soir sur la rhétorique de Jean Lassalle et Nicolas Dupont-Aignan. Deux candidats aux profils et aux propositions très différentes, mais qui se retrouvent sur un constat, pour eux l'élection serait faussée. Et oui Nicolas, c'est en effet ce qui frappe lorsqu'on écoute les prises de parole de Jean Lassalle et Nicolas Dupont-Aignan. Ces deux candidats sont pour leur crédité d'un faible score dans les sondages d'intention de vote. Contre conséquence, jusque ce lundi en vertu des règles de l'ARCOM, il bénéficiait d'un temps de parole réduit dans les médias. Pour Jean Lassalle, pas de doute, c'est le signe que nous ne sommes plus vraiment en démocratie.
Ce dimanche, sur le plateau de questions politiques pour France Inter et France Info, il en appelait même à la résistance.
Résister au système qui s'est substitué au merveilleux modèle démocratique. Résistant au système, c'est résister contre ce système féroce. Qui est une dictature molle.
La démocratie aurait été remplacée par une dictature molle dirigée par le système. Des mots très forts évidemment. Et pourtant la semaine dernière, dans les 4 vérités sur France 2, Jean Lassalle allait encore plus loin.
La France vit l'une des campagnes les plus dévoyées de son histoire. Pourquoi ? Pourquoi une campagne dévoyée ? Tout est faux. Je pense qu'il y a un certain nombre de nos compatriotes qui ont apprécié que je dise un certain nombre de choses. que je les assume, quitte à me payer le prix cher parce qu'on a 15 jours devant nous. Je peux avoir un contre-scandale pour me mettre plus bas que terre. Ça peut se produire. Celui qui a dit la vérité doit être exécuté.
Toute la campagne serait fausse. C'est Guy Béard ça. Voilà exactement. Ceux qui, comme Jean Lassalle, vous l'entendez, diraient la vérité, risqueraient d'être visés par des affaires afin de les faire taire. Bon vous le voyez, on a quitté le domaine de la dénonciation vague et vaporeuse pour rentrer de plein pied dans le domaine de la machination, voire de la conspiration. Est-ce que Nicolas Dupont-Aignan va aussi loin ? Alors sur la forme, non. Il n'est jamais aussi précis. Sur le fond, en revanche, ce qu'il dit revient à peu près au même. Écoutons-le ce dimanche à nouveau dans Questions politiques et ce matin sur France Info.
Les Français sentent très bien que tout est fait pour étouffer la campagne. C'est une élection truquée. C'est une élection d'une oligarchie. C'est une élection qui vise à faire taire des gens qui pensent différemment. Je demande aux Français d'aller voter, de déjouer le piège de cette élection truquée. C'est à eux de la détruquer. L'élection est truquée. Je dis aux Français de se réveiller. Français, mais réveillez-vous avant qu'il soit trop tard.
Vous avez dit ? L'élection serait truquée par une oligarchie. Il faudrait se réveiller. Nous sommes exactement dans le même type de dénonciation. Les Français seraient en réalité victimes d'une manipulation qui occulterait l'élection. Ce type de discours, je crois, peut difficilement être qualifié autrement que comme une rhétorique de la conspiration. Clément, quel crédit peut-on apporter à ce type de dénonciation ? C'est évidemment la question qu'il faut se poser. Pour y répondre, je crois qu'il faut revenir au procédé principal sur lequel reposent ces discours. L'un comme l'autre pivote sur l'idée qu'il y aurait un système ou une oligarchie qui serait aux commandes.
En science politique, c'est ce que l'on appelle de la réification d'objets sociaux. La réification, c'est le fait de considérer comme une entité concrète et agissante ce qui relève en réalité de l'action séparée et souvent non coordonnée d'un très grand nombre d'individus. Quand on parle du système, on imagine des individus dans l'ombre manipulant efficacement tout l'appareil de l'État. Les réalités sont beaucoup plus diffuses que cela. Il y a en France, c'est vrai, un grand nombre d'acteurs politiques, économiques, administratifs, médiatiques qui ont du pouvoir.
Mais ils l'exercent pour faire prévaloir des intérêts divergents, qu'il s'agisse de leur intérêt personnel ou de leur vision personnelle de l'intérêt général. Le basculement dans le conspirationnisme, c'est le moment où l'on pense qu'il existe un système, un seul coordonné qui tire toutes les ficelles. Et c'est, me semble-t-il, ce qu'insinuent assez clairement Jean Lassalle et Nicolas Dupont-Aignan. Mais attention, ce n'est pas une raison pour ne pas se poser de questions. Par exemple, les règles de l'ARCOM, qui sont assez récentes, elles ont été votées en 2016 sous le gouvernement de François Hollande. En tout cas, elles ont été réformées en 2016.
Et qui limite désormais à deux semaines seulement l'égalité de temps de parole entre les candidats ? Ces règles permettent-elles la tenue d'un débat démocratique équitable ? C'est une question sérieuse que l'on est en droit de poser. Encore faut-il pour cela ne pas utiliser tout son temps de parole pour viliponder une élection prétendument truquée. Clément Victorovitch, c'était Entre les Lignes.
Nicolas Dupont-Aignan