Otages en Iran, dette, énergie... L'entretien en intégralité du Premier ministre François Bayrou
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Oui, c'est une page d'histoire même de BFM Story qui se tourne avec vous ce soir Alain Duhamel et surtout avec le chef du gouvernement, le Premier ministre François Bayrou. Bonsoir Monsieur le Premier ministre. Bonsoir. Merci d'être avec nous. C'est le dernier Face à Duhamel quotidien avec BFM Story.
C'est le dernier Face à Duhamel.
Et Alain, justement vous allez débattre pendant ces trois quarts d'heure avec le Premier ministre François Bayrou. En commençant, on va balayer l'actualité politique mais par quelque chose qui est très préoccupant. C'est le sort des deux otages français en Iran qui sont maintenant quasiment en danger mortel avec le nouveau chef d'inculpation dont on attend la confirmation officielle, Alain Duhamel. Est-ce que le gouvernement français se bouge suffisamment, François Bayrou, le Président de la République ?
Alors, ça n'est pas la première fois qu'il y a des drames qui concernent des otages français. Je n'ai jamais connu, quelles que soient les étiquettes politiques, un gouvernement français indifférent au sort de ces otages. Franchement, je n'ai jamais connu ça. Je sais que dans certains cas, il y a des méthodes qui ont été utilisées et qui pouvaient être blâmables. Je sais que dans d'autres cas, il y a eu des interférences, y compris de citoyens français, qui ont compliqué les choses pour le gouvernement. Mais quand il s'agit d'otages, moi j'ai toujours vu tout le monde se mobiliser.
Mais là, on vient de franchir une étape, François Bayrou, puisque Cécile Collère et Jacques Paris risquent désormais la peine de mort. Que faire ?
Alors, ils ont en effet été notifiés d'inculpations qui sont des inculpations qui, en Iran, vous vous rendez compte de la folie de tout ça ? Ce sont des syndicalistes, enseignants, qui sont en voyage en Iran et qui sont émus par le sort de ceux qui manifestent pour les femmes en Iran. Et on les accuse d'espionnage pour Israël. Ça n'a évidemment aucun sens. On a d'abord eu peur parce qu'il y a eu bombardement de la prison, de la prison d'Evine. Et puis hier, le personnel consulaire a pu avoir une visite avec eux, a pu être autorisé à une visite avec eux. Et donc on garantit qu'ils sont en bonne santé, ce qui est déjà un premier soulagement.
Et il y a un machin qui est tombé là, je ne sais pas quoi. Ce n'est pas grave, il n'ira pas plus bas. Et puis cette inculpation qui, en effet, est inquiétante. Mais je veux croire que toutes les interventions, y compris celles directes du président de la République auprès du président de la République d'Iran, de tous les intermédiaires autorisés qu'on peut trouver, et puis le simple bon sens, la certitude que cette jeune femme est...
Le bon sens avec la République islamique d'Iran, monsieur le Premier ministre. Vous avez raison.
Écoutez ce que disait l'avocate de la famille de Cécile Collère. Elle était notre invitée il y a quelques minutes. Elle vous lance un appel.
Monsieur le Premier ministre, nous vous savons mobiliser aux côtés des familles. Maintenant, il s'agirait de mettre en œuvre tous les moyens. Je dis bien tous les moyens. La seule libération immédiate, ce n'est pas seulement une revendication. S'il faut aller les chercher, il faut aller les chercher. Et je crois qu'on a les moyens physiquement d'aller les chercher en temps, encore une fois, exceptionnel, comme celui, en fait, qui est un temps quasiment de pré-guerre, ou en tout cas d'une guerre potentielle qui menace. Voilà. Donc mettez à disposition tous les moyens que vous avez... Pour récupérer. Pour les récupérer, parce qu'il faut qu'ils rentrent sains et saufs.
Et je précise que les responsabilités, aujourd'hui, eh bien évidemment, c'est celui de l'État ravisseur, mais c'est aussi celui de l'État protecteur.
Tous les moyens, tous les moyens disponibles et tous les moyens utiles, en essayant de comprendre les ressorts qui pourraient faire qu'une libération la plus rapide possible interviendrait. Mais vous savez bien quelle est l'organisation de l'État en Iran, où sont les véritables pouvoirs. Et on vient de voir dans la guerre des 12 jours, quelle était l'organisation et la profondeur du durcissement. Et donc, en tout cas, je dis une chose, tous les moyens, sans exception, sont mobilisés. Et nous avons tous les jours des réunions pour savoir où s'en est.
Alors, M. le Premier ministre, on va passer tous les sujets d'actualité en revue. Et vous allez discuter et débattre avec Alain Duhamel. On sort d'une séquence canicule. On commence à en prévoir une autre, d'ailleurs, peut-être sous 10 jours. Séquence canicule intense qui a touché la quasi-totalité des Français. Le gouvernement a-t-il bien fait les choses ? Prévention et action, Alain Duhamel.
Quand il y a un drame, le gouvernement se mobilise. Et les services publics, qui sont quelquefois irritants en période normale, s'il y a un vrai drame, s'il y a un incendie énorme, s'il y a ce qui se passe en ce moment, s'il y a une tempête, etc., sont souvent, les services publics, dans ces cas-là, exceptionnels. Et je trouve qu'il faut le rappeler, d'autant plus qu'on a pu le constater, une fois de plus.
Maintenant, derrière ça, c'est-à-dire la situation à laquelle ils ont dû faire face et à laquelle le gouvernement aussi a dû faire face, je dirais que moi, ce qui me choque, c'est le comportement de certains politiques qui, au moment où on s'aperçoit des conséquences du réchauffement climatique d'une façon que personne de bon sens ne peut nier. On le voit, on le vit.
À partir du moment où il y a effectivement ce dérèglement qui s'est installé et qui s'accélère, à partir de ce moment-là, prendre du retard, comme c'est le cas, mais comme c'est le cas depuis des années, mais prendre du retard en ce qui concerne la lutte contre le réchauffement et en particulier, parce que c'est ça dont il s'agit, sacrifier des projets ou repousser des projets qui veulent les comporter. – Parce que la droite, elle gouverne avec François Bayrou en ce moment. – Alors, en l'occurrence, je ne parle pas de la droite.
– Bruno Retailleau ? – Je parle de Bruno Retailleau. – Qui est le président des LR, donc.
– Oui, je parle de Laurent Wauquiez, qui est son adversaire juré, mais qui néanmoins sur ses questions prend les mêmes positions. – Et de cette tribune qu'ils ont signé. – Et je parle de la tribune qu'ils ont signée, etc. – Autre oléolien. – Bon, il faut dire les choses clairement. Si on croit, si on conteste la réalité du réchauffement, c'est qu'on est idiot. Si on voit qu'il y a ce réchauffement, et qu'au même moment, on est prêt à rendre plus difficile le combat contre ce réchauffement, c'est qu'on est cynique.
– Vous avez des ministres cyniques, Retailleau, cyniques, monsieur le Président.
– Vous avez lu cette tribune ? – Si je peux éviter la guerre au sein de l'équipe gouvernementale, il y a suffisamment de guerres, il y a suffisamment de gens en embuscade, de groupes en embuscade, suffisamment…
– Il faut tenir votre ministre de l'Intérieur, monsieur le chef du gouvernement.
– Suffisamment de… il ne s'est pas exprimé en tant que ministre de l'Intérieur. – Ah bah c'est fou, mais… – Et donc, mais soyons… je vais dire les choses…
– Mais quelle est la stratégie du gouvernement ? – Je vais dire les choses… – On a Bruno Retailleau qui dit non au photovoltaïque et à l'éolien, et on a votre ministre Agnès Pannier-Renacher qui dit au contraire, il faut y aller.
– Et pas seulement elle, plusieurs ministres se sont exprimés en ce sens, et moi-même je vais vous dire ce que je pense. C'est très simple. Il y a deux questions, mais il y en a deux. Il y a une question de long terme, qui est ce qui vient d'être évoqué par l'indu Hamel, c'est-à-dire la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre qui participe à ce dérèglement climatique, à ce réchauffement accéléré. Et ça, on a besoin de renouvelables comme on a besoin de nucléaires pour faire de la France le pays du monde avec l'hydroélectricité qui produit son électricité avec zéro émission de gaz à effet de serre, ce qui est à portée de la main.
Et on est le seul pays du monde, en dehors des pays scandinaves qui ont de l'hydroélectricité. Vous vous rendez compte, nous sommes le seul pays du monde qui réussit à atteindre cet objectif. Il y a une deuxième chose, qu'à mon sens, dans les années passées, on n'a pas fait assez. C'est s'intéresser à l'adaptation des villes et des logements au changement climatique, pour pouvoir rafraîchir, par exemple, une pièce de l'appartement lorsqu'il y a une personne âgée. Et tout ceci peut se faire, d'abord avec des équipements. Par exemple, j'ai, Alain Duhamel le sait bien, depuis des années plaidé pour la géothermie. Quel est l'avantage de la géothermie ?
Quand il faut chauffer, c'est 80% moins cher. Quand il faut rafraîchir, c'est 90 ou 95% moins cher, parce que la terre, qui est sous nos pieds, ce gisement, c'est un gisement à la fois de calories et une possibilité de rafraîchir. Mais il y a aussi des équipements de proximité, si j'ose dire. – La climatisation ? Vous êtes pour la climatisation ? – Des ventilateurs, je parle là d'une pièce dans un logement pour les quelques jours, qui émet de la fraîcheur, des ventilateurs rafraîchissants, qui sont à des prix accessibles et qui peuvent être une réponse pour toutes les personnes en situation de fragilité. Et vous voyez bien que c'est deux choses.
l'une de long terme, comment on produit de l'électricité sans émettre des gaz à effet de serre, avec du renouvelable et du nucléaire, et une de court terme, comment permettre à des gens en fragilité de se rafraîchir. – Mais il y a quelque chose d'autre qui est inquiétant, en tout cas qui mérite d'avoir des réponses, c'est le fait que, alors que la France a été parmi les pays les plus actifs dans le combat contre le réchauffement. L'accord de Paris, c'était une affaire qui a été stimulée, organisée par la France. Et qu'on avait des résultats qui étaient des résultats non pas satisfaisants, mais honorables en tout cas. Qu'on était parmi les pays qui… – Le pays, le pays le plus.
atteignait des objectifs et faisait en réalité ce qu'il prêchait. Mais on s'aperçoit que depuis plusieurs années, là je ne vise pas spécialement votre gouvernement évidemment, mais c'est de plusieurs années, c'est un fait, on a sacrifié un certain nombre d'avancées, c'est-à-dire qu'on les a en réalité repoussées. Alors il y a certainement des questions budgétaires, je ne les nie pas, on va sûrement en reparler, et qui jouent. Mais enfin c'est un fait que dans les réajustements, dans les tentatives d'économie, etc., c'est l'écologie qui a beaucoup payé.
Et que le fait qu'on ait choisi de faire payer à l'écologie, alors je ne dis pas qu'il fallait le faire sur la défense, par exemple, bien entendu, mais c'est un problème. On était parmi les meilleurs élèves, peut-être le meilleur d'une certaine manière, et là, on s'est rétrogradés nous-mêmes.
– D'accord, mais au-delà de ce problème-là, on voit quand même… – C'est quand même un drôle de problème. – Oui, mais sur l'écologie, mais pas seulement, sur la proportionnelle des impôts, ça part dans tous les sens dans ce gouvernement, chacun y va de ses idées. Est-ce que François Bayrou tient ses troupes ? – Je voulais poser la question à Alain, et puis après vous pourrez répondre.
– Non, excusez-moi, l'expression « tient ses troupes » est complètement inadaptée. – Ah bon ? – Ça n'est pas des troupes, c'est un gouvernement avec des ministres responsables, à qui… – Vous êtes le chef de ce gouvernement ? – Je suis le chef de ce gouvernement, et c'est pourquoi je dis « quand il y a des débats, j'arbitre ». – Mais les débats peuvent être publics ? – Ben écoutez, oui, il se trouve que nous n'avons pas de majorité, ni de majorité absolue, ni de majorité relative, que c'est la première fois dans l'histoire de la Ve République qu'on ait un mode de scrutin majoritaire qui était censé fournir des majorités… – Qui n'en fournit plus.
– Et qui fournit exactement le contraire, une dispersion avec deux surcroît, – Un climat politique qui est désespérant. Je ne sais pas si vous avez suivi les débats de l'Assemblée nationale. Les insultes, les injures, les mises en cause personnelles… – Les députés qui ne viennent pas voter ? – Oui, l'absentéisme, le fait qu'une partie de ces courants cherche à abattre personnellement, à déchirer, à blesser le plus possible. Et on vit dans un climat où l'Assemblée nationale est devenue un lieu d'une extrême violence, alors que le Parlement s'est fait, au contraire, pour que les conflits soient maîtrisés.
Et donc, oui, bien sûr, toutes ces tendances qui permettent d'avoir un socle commun, elles s'expriment. J'espère que l'esprit de responsabilité leur permettra de s'exprimer avec un tout petit peu plus de nuance, en tout état de cause… – Le débat public, c'est bon ? – Que je pense, vous faites semblant de ne pas comprendre…
– Non, non, pas du tout, c'est Alain, Alain, le débat. – Est-ce qu'il y a de la solidarité dans ce gouvernement ? Parce que, certes, il y a des tendances différentes, mais il faut une solidarité. – Non, mais il y a une solidarité.
– Ce gouvernement, il me rappelle d'autres gouvernements antérieurs à 1958. – Ceux de la 4e République ? – Dans lesquels, que j'observais, que je regardais, et qui me choquaient, et dans lesquels on entendait sans arrêt des points de vue divergents de la part de ministres appelés à prendre des décisions communes. Ce n'est pas la première fois dans notre histoire, ça s'est passé malheureusement même plus souvent que l'inverse. Là, on est dans une situation qui est quand même complètement particulière. mais autant je comprends qu'on est obligé de constituer un gouvernement avec les appuis dont on dispose et qui sont déjà étroits.
Autant je comprends aussi l'idée selon laquelle, si on veut avoir des fortes personnalités comme ministre et pas simplement des second ou troisième couteaux, il faut leur laisser aussi la possibilité de s'exprimer et de manifester leur originalité, parce qu'ils ont des originalités qu'ils tiennent à les faire savoir. Bon, mais encore faut-il d'une part que ça ne tourne pas à l'hypocrisie. C'est-à-dire que ceux qui ont la double casquette de chefs de parti et de membres du gouvernement… – Comme Bruno Retailleux. – Oui, c'est un grand exemple, puisque c'est sans doute le ministre le plus populaire, donc c'est un grand exemple. Bon, encore faut-il qu'ils n'en rajoutent pas.
– Sinon, ils doivent quitter le gouvernement. – Mais sinon, ils ajoutent de la pagaille au fait d'être ultra minoritaire. Et moi, ce qui me frappe, c'est que parmi les ministres qui ont des responsabilités politiques dans des partis… – Mais est-ce que c'est le gouvernement ? – Il n'y a pas d'autodiscipline. – Est-ce que c'est le gouvernement de la pagaille ? – Il n'y a pas d'autodiscipline. – Est-ce qu'on peut éviter des mots qui sont des mots pour caricaturer ?
– Ce n'est pas la pagaille, c'est le débat.
– Absolument pas. La preuve, c'est que le sujet dont on traite là est un sujet arbitré. Il y aura du renouvelable. Le président de la République l'a dit dans son expression aujourd'hui.
L'article est d'hier. – Et on va subventionner l'éolien parce que c'est ça que Bruno Rotaillot critique, c'est les subventions publiques pour l'éolien.
– Oui, mais vous voyez bien, ce n'est pas ça le sujet. Ça, c'est des adaptations. Le sujet, c'est est-ce qu'un pays comme la France, qui est lancé dans une politique essentielle, d'être le pays du monde qui produit l'électricité avec le moins d'émissions de gaz à effet de serre. Le pays du monde, ce pays-là, il a besoin de nucléaire, c'est essentiel, il a besoin de renouvelable, c'est essentiel aussi parce qu'il se trouve que le nucléaire, c'est continu et que le renouvelable, vent ou soleil, c'est intermittent. Et donc les deux sont complémentaires l'un avec l'autre. Pour le reste, il y a des réglages sur l'incitation, sur le financement.
Mais on a besoin, je dis ça avec certitude, et dans mes fonctions, on a besoin d'avoir du renouvelable
dans notre politique énergétique. – Et le Premier ministre vient de donner un mot-clé là, financement. Il va présenter d'ici quelques jours effectivement les pistes pour le budget. Va-t-il y arriver, François Bayrou ? Ou alors va-t-il sauter sur le budget ? Va-t-il y arriver ?
– En tout cas…
– Avec les 40 milliards d'égros d'économie.
– Je vais essayer de vous répondre. Je pense, et le rapport qu'a présenté hier la Cour des comptes est suffisamment alarmant, ce n'est pas un rapport alarmiste, c'est un rapport alarmant. François Bayrou connaît le sens des mots, ce qui n'est pas le cas de tous les politiques. Donc ce rapport, en fait, signifie qu'on risque, non pas des difficultés, on est plongé dans des difficultés budgétaires, mais qu'on risque une catastrophe s'il n'y a pas réellement un changement brutal de cap. Et la question pour moi, au moment où il va y avoir une clarification dans les deux semaines qui viennent de ce que sont les intentions, c'est qu'il y a deux options possibles.
La première option, qui est l'option éternelle depuis, je dirais, la fin du Covid, et qui est de faire du raccommodage. On reprise, on ne solidifie pas, on ne traite pas, on reprise. Bon, et il y a une autre décision qui exige beaucoup de courage, qui fait braver certainement l'impopularité encore davantage, et qui consiste à dire, la France est dans une situation exceptionnellement dangereuse en matière budgétaire, donc financière, sur le plan international. Et dans ce cas-là, il ne s'agit pas de trouver des accommodements, il faut réellement un énorme changement, c'est-à-dire prendre le taureau par les cornes, et donc prendre ce qui passe forcément par des décisions désagréables.
Et ce qui me frappe déjà, c'est qu'avant même que le projet soit connu, avant même qu'il y ait le choix soit un vrai choc, soit au contraire des accommodements inutiles, stériles, avant même ça, on voit déjà au sein du Parlement, alors sur tous les bancs, là pour le coup, il faut le dire, sur tous les bancs, toutes les propositions possibles pour que rien ne se fasse. Et si rien ne se fasse, c'est une catastrophe pour les Français. – J'ai un désaccord avec Alain Duhamel, il dit qu'il y a deux options. Moi je pense qu'il n'y a pas deux options, je pense qu'il n'y en a qu'une. – J'étais sûr que vous alliez dire ça. – Eh bien c'est bien. – C'est l'option choc ?
– Je trouve que vous me connaissez bien. – Option désagréable. – Si l'on décidait de faire comme on fait non pas depuis 3 ans, mais depuis 50 ans, si l'on décidait d'essayer de trouver des arrangements de manière à faire semblant d'eux, la France se trouverait dans un état si dangereux et si dramatique. – On en est là ? – Oui on en est là. – Oui ? – Oui on en est là, on a vu sur notre continent, on a vu la Grèce. – On peut connaître le sort de la Grèce ? – On peut, on est en situation de danger extrême. Ça ne rend pas populaire de dire ça, c'est pas agréable.
Un très grand nombre de Français l'ont entendu, c'est la première fois depuis Londres, ça fait 20 ans que je mène ce combat, un grand nombre de Français l'ont entendu, mais un grand nombre ne croit pas que ça les concerne. – Donc vous prendrez ces décisions désagréables, laissez-moi, ne veulent pas que ça les concerne. – Ils font un grand effort pour comprendre, mais ils ne veulent pas que ça ne les concerne pas.
Je vais vous dire, pour moi, il n'y a devant une situation aussi dangereuse que celle-là, il n'y a qu'une option, c'est affronter courageusement, sans se laisser détourner du but, la situation telle qu'elle est, et de proposer un chemin sur plusieurs années, je pense à 4 ans, pour revenir, non pas à l'équilibre des finances publiques, qu'on a abandonné depuis 1974, mais à un certain équilibre des finances publiques. Quel est le but qu'il faut atteindre ? C'est qu'on touche le point où la dette n'augmente plus. Là, elle augmente tous les ans. – La dette ne doit plus augmenter. – De centaines de milliards.
On peut y arriver en 2029, mais la première étape de cette année demande un effort considérable, ou plutôt un double effort, qu'on passe l'année 2025 en respectant les engagements qu'on a pris, et on va le faire, en abandonnant des crédits, en cours d'année, en serrant les robinets, en fermant les robinets quand il le faut. Mais la France tiendra, si j'en ai la responsabilité de cette politique gouvernementale, la France tiendra ses engagements. Et pour l'année prochaine, je l'ai dit, le 15 juillet, puisque c'est le 15 juillet que j'annoncerai ces orientations, nous donnerons aux Français les décisions, les grandes orientations qui permettront, pour l'année 2026, de respecter cet engagement.
– Oui, mais Alain Duhamel a posé la question,
est-ce que vous prendre, ce sera désagréable ? C'est le terme que vous avez employé. – Ben oui. – Est-ce que ce sera désagréable ? – Ça ne peut être que désagréable. – Vous dites courageux, est-ce que ce sera désagréable ?
– Mais on peut être désagréablement courageux. – Concrètement, Alain, est-ce que François Bayrou, le 15 juillet, il peut ne pas augmenter les impôts ?
– Bon, moi je pense que, avant même de savoir quelles sont les grandes orientations, dire comme le font beaucoup, y compris dans la majorité, y compris dans le gouvernement, puis quand ils sont chefs de parti, etc., de dire « on s'interdit d'eux », je trouve ça stupide.
– Donc il peut y avoir des augmentations d'impôts ?
– Non, mais il peut y avoir. Moi je pense que dans les circonstances actuelles, les choses sont assez graves pour qu'on ne décide pas à l'avance « ça c'est possible, ça c'est pas possible ». Non, il faut regarder quelles sont les possibilités réelles qui existent.
– Oui, mais les engagements qui ont été pris par Emmanuel Macron, par François Bayrou lui-même, de ne pas augmenter les impôts. Et puis on entend des musiques un peu différentes en fonction des personnes qui sont interrogées.
– Écoutez, si les Français prennent la dimension de ce qui se produit, alors apparemment, ils commencent à effectivement le comprendre, dans ces cas-là, il ne s'agit pas de s'interdire a priori la moitié des moyens. Eh bien oui, s'il y a des augmentations d'impôts, ça n'est pas agréable, ça ne fera plaisir à personne. – Donc il y aura des augmentations d'impôts
dans le pays le plus imposé au monde ?
– Non, c'est moi qui vous dis, il ne faut pas s'interdire… Attendez, j'ai presque fini. Il ne faut pas s'interdire a priori qu'on sait que ce sera… – Mais non, mais il ne faut rien s'interdire. – Ni dans les réductions de dépenses, mais bien sûr, ou alors c'est qu'on ne comprend pas la situation et qu'on ne comprend pas sa gravité. S'il n'y a pas un choc réel, et un choc, ça fait mal, s'il n'y a pas un choc réel, on risque des glissements qui nous amènent sous le dé du Fonds monétaire international.
– Alors est-ce que vous vous interdisez ou non des hausses d'impôts ? Parce que ce n'est pas clair, en fonction des personnes qui parlent, on ne sait pas.
– Eh bien, vous allez… Puisque vous m'avez interviewé, je vais vous dire quelque chose d'assez simple. D'ici au 15 juillet, je ne défleurerai aucune des mesures que nous allons prendre. Parce que, comme Alain Duhamel l'explique, c'est un plan global dont nous avons besoin. Et c'est un plan global encore plus compliqué que ce qui a été évoqué par Alain Duhamel. Parce que nous avons besoin, en effet, de remettre nos comptes en ordre sur une trajectoire de plusieurs années, avec des orientations qui seront clairement expliquées. Et en même temps, nous avons besoin de faire, nous avons besoin de soutenir la production du pays. Parce que d'où vient notre difficulté ?
C'est parce que nous ne produisons pas comme nos voisins produisent, nous ne produisons pas assez. Et nous avons production par Français 15% de moins que nos voisins. Alors, puisqu'on a 15% de moins que nos voisins, ça veut dire que les familles... En particulier parce qu'on travaille moins qu'eux. Les familles ont 15% de moins de revenus. L'État ou la puissance publique a 15% de moins de moyens à disposer. Nous sommes un pays qui s'est engagé par excès de dette et par absence de production dans une situation où nous ne pouvons pas rester. En tout cas, je dis que le gouvernement que je dirige ne l'acceptera pas. Et que donc, en effet, il n'y a aucun moyen interdit...
Donc vous ne exclumez pas d'augmentation d'impôts ? Non mais je... Non mais sans dévoiler votre feuille de route... Il n'y a rien que vous avez envie... Il n'y a rien que vous avez envie de jouer à ce jeu.
Vous étiez plus affirmatif il y a quelques semaines. Vous disiez qu'il n'y aura pas d'augmentation d'impôts. Là, vous dites, attendez le 15h. On peut traduire que finalement, il y aura des augmentations d'impôts.
Eh bien, ne traduisez pas. Restons-en à la situation précise dans laquelle nous sommes. Je dis que le danger pour la France est immense, que nous ne laisserons pas ce danger grandir, s'affirmer et au bout du compte, nuire à notre pays, qu'il y aura un plan global, que ce plan global doit être à la fois principalement un plan d'économie de dépenses publiques, principalement un plan d'économie de dépenses publiques, et deuxièmement, un plan de soutien autant que possible à la production... Est-ce qu'il y a de nouvelles recettes fiscales ? Non, je ne crois pas... Non, mais que doit-il faire, François Bayrou ? J'ajoute une chose. Un plan qui est en effet aussi engageant. Il a besoin de justice.
Et je n'oublie pas cet aspect des choses.
Alors, que doit-il faire, François Bayrou, justement ?
Faire ce qui est désagréable. Non, faire ce qui est courageux. Qu'est-ce qui est désagréable ? On peut être désagréablement courageux. Désagréable, qu'est-ce que... Non, non, mais il y a quand même quelque chose qu'on ne dit pas assez. Il y a des pays qui nous sont proches et qui ont connu des situations comparables à celles que nous connaissons. Ça s'est passé au Canada, ça s'est passé en Suède, ça s'est passé au Portugal, ça s'est passé en Espagne, ça s'est passé en Italie. Et tous, devant une situation de ce genre, on finit, pas instantanément, et pas de guetter cœur, à prendre des décisions drastiques.
Lesquelles ? Rappelez, pour ceux qui nous regardent.
Mais ils ont pris des décisions qui, en France, paraîtraient totalement, non seulement impossibles, mais même inimaginables. Ils ont baissé les retraites. Ils ont baissé des salaires des fonctionnaires, quelquefois même de 20%.
Oui, mais ça, c'est courageux et désagréable, effectivement. C'est désagréablement courageux.
Mais ils ont aussi augmenté des impôts, ils ont aussi... Il y a un modèle, à mes yeux, alors ça, c'est vraiment... Je parle vraiment que pour moi, mais il y a un modèle, c'est Draghi.
Ce qui est... En Italie. Draghi, qui est à la fois... Parce que M. Bayrou est le Draghi français. Ah, mais je rêverais qu'il le soit. Et d'abord... Le sauriez-vous, Mario Draghi... Non, mais il a réussi, Draghi. Oui, mais justement. François Draghi réussit.
Il a tiré l'Italie d'une situation dans laquelle non seulement nous glissons, mais que nous avons dépassée. Et il est arrivé, et ça a été impopulaire. D'ailleurs, il n'est pas resté longtemps. Et ensuite, c'est l'extrême droite italienne qui a gagné. Non, elle n'a pas gagné. Elle a profité des résultats qu'il a obtenus. Oui, mais elle est au pouvoir aujourd'hui. Et maintenant, ils font la révérence devant Draghi, y compris l'extrême droite. Alors, ce qu'Alain Duhamel sait, c'est que Mario Draghi est en effet un homme politique pour qui j'ai beaucoup d'amitié, de respect, d'amitié, que nous appartenons au même grand courant politique. Un mot sur l'extrême droite italienne.
Mme Mélanie a été élue. Elle gouverne l'Italie. Elle fait le contraire de ce qu'elle avait annoncé. Aujourd'hui même, vous vous souvenez, elle avait dit « Jamais plus une régularisation, tout le monde, les immigrés, nous, nous allons les rejeter ». Elle a régularisé 500 000 immigrés. Et ce matin, ils ont annoncé qu'ils allaient accepter 500 000 immigrés de plus.
Un gros point de natalité aussi.
La question était « Serez-vous le Mario Draghi français ? » Je me contenterais d'être ce que je suis sans aller chercher des étiquettes extérieures. Et ce que vous dites, c'est que si Marine Le Pen était au pouvoir,
elle ferait le contraire de ce qu'elle dit ?
Non, je ne dis pas ça, parce que tout le but de la politique que je cherche à construire, c'est qu'on ait une prise de conscience du pays qui ne passe pas par des démagogies, des condamnations, de l'excitation d'une partie des Français contre les autres. Je suis un défenseur de l'unité de notre pays. Et je suis un défenseur de la naissance d'un climat, comment dirais-je, de respect mutuel chez nous. Au lieu d'avoir la guerre des extrêmes les uns contre les autres, je les reconnais, ils sont élus, je travaille à l'Assemblée nationale, mais je n'ai pas envie de favoriser les flambées des extrêmes que vous essayez de mettre en scène.
En ce qui concerne Gérard Mélanie, c'est tout à fait vrai qu'elle a renversé la politique annoncée sur l'immigration dont elle parlait avec trompette et tambour quand même, et depuis des années et des années, mais qu'elle a fait exactement la même chose, et sur ce point en tout cas, il faut s'en féliciter, en ce qui concerne l'Europe. Gérard Mélanie dans l'opposition disait de l'Europe en gros ce que Marine Le Pen disait.
D'accord. Non, mais vous en fichez peut-être. Non, pas du tout. Mais puisque vous parlez de Marine Le Pen...
Mais si, parce que ce qui est intéressant, c'est que des pays connaissant des situations comparables à la nôtre sont arrivés à s'en tirer, et que ceux qui s'en sont tirés l'ont fait non pas en étant démagogique, mais en étant non pas réaliste, courageux. Courageux et désagréable. François Véron va annoncer
le 15 juillet sa feuille de route, après il faut l'appliquer. Est-ce que vous pensez que François Bayrou aura le temps d'appliquer sa méthode et ses recettes, sachant qu'il est toujours menacé d'être censuré ?
Alors, première chose, tout chef du gouvernement, avec la structure de l'Assemblée nationale actuelle, est quelqu'un en sursis. Ce n'est pas la peine de dire le contraire, tout le monde le sait. Ce n'est pas une question de personne, ce n'est pas une question d'étiquette, ce n'est pas une question de sympathie. On a l'Assemblée qu'on a, et dans ces conditions, tout le monde, tout chef de gouvernement est en sursis. Bon, la deuxième chose, c'est que François Bayrou était à peine entré dans la pièce quand on lui disait, vous voyez que la sortie est là. Bon, ça n'est pas très malin, ça n'est pas très efficace.
La troisième chose, qui a les yeux de loin la plus importante, qui nous ramène un peu au sujet d'avant, mais sous l'angle de cette fois-ci politique, c'est qu'au moment où on arrivera au budget, donc fin septembre, puis début octobre, à ce moment-là, la France sera en grande difficulté financière. Et que ceux qui prendraient l'immense responsabilité à ce moment-là d'une motion de censure, ça serait la deuxième année de suite qui aurait motion de censure par refus d'un budget essayant d'améliorer les choses.
Et là, je suis persuadé, et ça me paraît dix fois plus important que la question de savoir, excusez-moi, si François Bayrou est renversé ou pas renversé, je suis persuadé que si la deuxième année de suite, on repousse un budget, on déclenche instantanément une spéculation internationale contre nous. Instantanément. François Bayrou ? Je ne peux pas dire mieux. Non, je... Quelle est la question ? Elle est très simple. C'est quel peuple sommes-nous ? La France a vécu des choses beaucoup plus dramatiques que ceux que nous vivons là.
La guerre de 1914, un million et demi de morts, une partie très importante des jeunes hommes, les plus talentueux, les plus brillants, des écrivains, des savants, des physiciens, sont morts. Et le pays tout entier est exposé à ça. La guerre de 1940, c'était pas terrible. La guerre d'Algérie, c'était pas terrible. On s'en est toujours sortis. Est-ce qu'il y a dans ce peuple les ressorts pour s'en sortir ? On va le savoir. Je n'ai aucun doute, moi,
que nous n'avons pas le choix. D'accord, mais ça, vous dites ça aux Français ? Mais est-ce que vous dites ça à vos opposants, à ceux qui peuvent, à tout moment, comme Marine Le Pen, vous censurer ? Mais ils en ont le pouvoir. Parce qu'aujourd'hui, vous dépendez de Marine Le Pen. Mais ceux qui en ont le pouvoir...
Ils en ont la responsabilité. Vous ne dépendez pas de Marine Le Pen ? Non, je dépends de chacun des députés. Le Parti Socialiste, s'il veut censurer, il a essayé hier, avant-hier,
il a essayé de censurer... Il n'avait pas vraiment envie. Attendez, il dépend des députés ou de Marine Le Pen, François Bayrou, Alain Duhamel ? Sa survie politique au gouvernement ?
Je dépends de tous les groupes de l'Assemblée nationale. Ah non. Ben si. De l'un seul en particulier, non. Non, pas du tout. Il y avait un accord de non-censure qui a été déchiré par le Parti Socialiste. Et aujourd'hui, il y a une vulnérabilité accrue que tout gouvernement aurait, mais que ce gouvernement subit, bien entendu.
Et le paradoxe, c'est qu'au moment où ce gouvernement, à la suite de la décision du Parti Socialiste, se trouve en situation de vulnérabilité, si j'ose dire, symétrique, des deux côtés de l'hémicycle, à ce moment-là, on voit, non seulement à l'intérieur du gouvernement, mais dans les groupes parlementaires de ce qui est censé constituer la majorité, des comportements qui sont des comportements qui, pour moi, comme c'est ma dernière séance, si j'ose dire, je le dis comme je le pense, sont non seulement totalement condamnables, mais reviennent même, en réalité, à détruire politiquement ce qui pourrait être construit économiquement.
Ça s'appelle du sabotage. – À l'instant, le président de la République appelle chaque ministre à s'occuper des affaires pour lesquelles il est nommé. Voilà ce que dit le président Macron.
– Mais vous voyez bien… – Il a raison. – Oui, c'est exactement ce que… – Non, vous disiez que tout le monde avait…
Non, tout à l'heure, vous disiez que tout le monde a le droit de parler. – Vous disiez que c'était le débat.
– Non, vous vous trompez sur… Alain Duhamel a dit les choses très justes. Tout à l'heure, vous avez laissé passer sans les reprendre. Alors je vais les reprendre à mon tour. J'ai voulu un gouvernement de poids lourd avec deux anciens premiers ministres, avec des hommes et des femmes qui avaient occupé des responsabilités. Un gouvernement de poids lourd, vous ne le menez pas comme une classe enfantine. Donc vous écoutez ce qu'ils disent. Puis il y a eu des campagnes internes à des mouvements politiques. Ça ne vous a pas totalement échappé. – Non. – Et que donc, c'est un moment de réglementation. Mais il n'y a qu'une politique du gouvernement. – C'est celle que vous définissez.
– Sur tous les sujets. C'est celle que je définis, naturellement, collégialement. – Mais c'est vous qui tranchez à la fin. – C'est moi qui tranche, c'est ma responsabilité. Mais surtout, le moment dans lequel nous sommes, est si lourd, grave, si menaçant, que franchement, aucun des responsables, ni du gouvernement, ni des partis politiques qui appartiennent à la majorité, ni même des partis politiques qui ne sont pas dans la majorité, peut être assez désinvolte pour détruire ce que nous essayons de construire et qui va imposer des efforts à tout le monde. Et donc, il n'y a aucune marge pour les jeux ou pour les pièges des uns contre les autres.
– Mais quelle est l'espérance de vie de M. François Bayrou, du Premier ministre, avec 80% d'impopularité ?
– L'espérance de vie de François Bayrou, comme de ses prédécesseurs, d'ailleurs, avec cette assemblée-là, est ténue. Il ne faut pas dire le contraire, bien entendu. Mais on arrive, et on va arriver au moment du vote du budget, à un moment où il faudra vraiment que chacun prenne ses responsabilités. parce que ça voudra dire… – Il peut passer cet obstacle ? – Pardon ? – Il peut passer cet obstacle ?
– Il peut y avoir des conversions miraculeuses et il peut y avoir des chefs de parti d'autres sensibilités que celles qui sont au gouvernement qui se rendent compte que quand la France est dans un État aussi dangereux que celui qu'on connaîtra au début du mois d'octobre, eh bien, on met provisoirement de côté tout en disant que c'est pour la France et surtout pas pour le gouvernement et sa majorité, etc., etc. Ça peut arriver. On peut avoir des… – Un gauche quand même, il peut y avoir des esprits de responsabilité. D'ailleurs, je suis sûr qu'il y aura des hommes qui prêcheront dans ce… et des femmes, évidemment, qui prêcheront dans ce sens-là.
Mais il faut se rendre compte que si ce budget est courageux… – Et désagréable. – Et donc désagréable. – S'il est repoussé, je répète, deux années de suite, refus de la France devant l'obstacle, crise financière et spéculation, pas spéculation internationale contre le monde entier, spéculation contre nous. – Mais cette impopularité
qui est constatée dans les sondages, 80 %, elle est méritée ou injuste ?
– Franchement, je ne crois pas que c'est à cause de ce que François Bayrou a fait, puisque d'un côté, on lui reproche de ne pas faire et que de l'autre côté, on lui reproche de faire. – Donc la réalité, c'est qu'il est arrivé dans une situation où il s'agit d'essayer de raccrocher quelque chose à un moment où tout était en train de se disperser. – Bon, est-ce que je peux répondre
à votre question ? – Oui, sur cette impopularité.
Comment vous la vivez ? – Comment voulez-vous être populaire dans une situation comme celle-là ?
– Ah ben, vous n'avez rien fait encore. Donc, les mesures vont être annoncées. – Est-ce que vous pouvez éviter de dire des bêtises ? – Mais non, monsieur le Premier ministre, les mesures vont être annoncées début juillet. Pour le moment, vous n'avez pas agi sur le budget. – Excusez-moi. – Comment êtes-vous arrivé à 80% d'impopularité sans encore avoir annoncé ce qui va être désagréable ?
– Comment est-ce que vous pouvez faire ce métier de journaliste avec cette désinvolture ? – Mais ce n'est pas de la désinvolture, c'est la réalité. – J'ai été nommé le 13 décembre. – Ben oui. La France n'avait ni majorité, ni budget pour l'action publique, ni budget pour l'action sociale. – Bien sûr. – Nous avons fait adopter un budget pour l'action publique, un budget pour l'action sociale contre tout pronostic. Nous avons fait adopter une grande loi d'orientation agricole. Nous avons fait adopter une grande loi contre le narcotrafic. Nous allons annoncer une loi sur les retraites. J'ai expliqué qu'à la suite… – Du conclap. – Du conclap.
Et tout cela, nous allons le 15 juillet, alors que d'habitude c'est en septembre que nous annoncions les orientations budgétaires. Le 15 juillet, comme je le dis depuis un mois et demi, nous allons avec les Français… – Le moment de vérité. – … et directement devant eux. – Oui. – Mais vous ne pouvez pas être populaire dans une circonstance aussi difficile que celle-là. l'habitude s'est prise d'être démagogue. – Donc on peut tenir en étant impopulaire et on peut agir ? – Oui, mais c'est… Demandez à Winston Churchill, vous voyez, par exemple, ou à Clemenceau, par exemple. – Vous êtes Clemenceau et Winston Churchill
et Mario Draghi, alors.
– Non, je… – Ils étaient impopulaires. – Ce ne sont pas très bonnes références. – Bien sûr. – Mais c'est pour ça que je parle. – Ils ont été impopulaires. – C'est un moment de vérité pour vous. – Ils ont été impopulaires. Et ça n'est pas un problème, la popularité. Ce qui compte, c'est l'estime. Alors ce n'est pas facile dans les temps de dérision où nous sommes, dans les temps où l'habitude est de détruire. Mais ce qui compte, c'est que les gens sachent, et ils sauront à coup sûr le 15 juillet, qu'on fait des choses sérieuses, profondes, lourdes, mobilisatrices pour le pays.
– Mais à ce moment-là, il faudra évidemment regarder comment les oppositions se comportent, quelles sont leurs réactions, s'ils acceptent de prendre la mesure de la situation. Mais il faudra aussi commencer, parce que c'est là que les choses se nouent, comment se comportent, certains ministres et les groupes parlementaires censés constituer la majorité.
Parce que moi qui passe chaque jour à peu près 5 heures à lire les journaux, les rapports, etc., etc., je les vois partir dans tous les sens, faire une véritable compétition de démagogie, prôner des mesures qui savent impossible, annoncer des chiffres qui sont complètement faux, quelquefois du simple au double, quand il s'agit de plusieurs milliards, dire des bêtises, être irresponsable, et de voir ça parmi les groupes de la majorité. Et quelquefois, il faut bien le dire, parmi certains ministres, quand ils enlèvent leur casquette de ministre pour en enfiler une autre, je dirais que la plus grande responsabilité, y compris vis-à-vis des Français, ça sera d'abord eux.
Et les oppositions, qui sont des oppositions, auront à démontrer leur maturité, leur prise de conscience de la vraie situation où on sera à ce moment-là. Alors, ils ne seront certainement pas d'accord sur les décisions qui seront prises, évidemment, on ne leur demande pas ça. Mais ça sera un moment où il faudra réellement que chacun prenne devant les Français, à un moment qui sera dramatique, ses responsabilités. Deux questions. Et dans ce concours d'irresponsabilité, en effet, dont la vie politique donne chaque jour un exemple malheureux, pour ne pas employer de mots plus forts que ça, il y a une fonction qui exige la responsabilité. Et c'est celle dont j'ai la charge. Deux questions.
Et je ne manquerai pas une seule seconde à cette responsabilité et aux engagements que cette responsabilité exige. Et le premier de ces engagements, on vient d'en donner un exemple, c'est la vérité. On ne peut pas, personne ne peut éluder éluder la situation devant laquelle nous sommes. Et il faudra que cette situation trouve des réponses précises. Pas du blabla. Pour que chaque Français se situe comme citoyen en face de tout ça.
Il n'y aura pas de blabla le 15 juillet, c'est ce que vous nous dites. Il y aura des réponses précises. Deux questions liées à l'actualité. Il y a une grève en ce moment qui perturbe grandement les passagers qui veulent prendre un avion, c'est la grève des contrôleurs aériens. Est-ce que cette grève est, selon vous, scandaleuse ?
J'essaie de ne pas employer de mots excessifs, cette grève est choquante. Comme toute grève d'un groupe social qui est indispensable au fonctionnement de la nation, qui est réduit en nombre et qui prend en otage les Français. c'est prendre en otage les Français que de choisir le jour où tout le monde part en vacances pour faire une grève du contrôle aérien. On a vu ça à la SNCF parfois avec des contrôleurs, du même pas du contrôle.
minoritaire, là, c'est un groupe de syndicats minoritaire, là, en plus. Oui. Oui, mais alors, justement... Ce sont quelques unités,
parce qu'on en parle comme si c'était des foules. Ils sont 270 sur plus de 1 000. Oui, justement. Et en plus, il faut voir aussi quel est le motif. Parce que tout ça part du fait qu'il y a eu une fois un risque réel, parce qu'on s'est aperçu après que le nombre officiel d'aiguilleurs n'avait pas été respecté par les aiguilleurs et que, du coup, maintenant, on vérifie systématiquement s'ils sont là ou pas là. Et ils prennent ça pour une persécution. Alors que c'est quand même le minimum de ce à quoi ils doivent être astreints. D'autant plus qu'ils détiennent la sécurité de tous les passagers aériens. C'est eux. C'est bien plus que les pilotes. Ce sont les contrôleurs aériens.
Autrement dit, c'est un comportement infantile dans des fonctions qui sont essentielles.
La deuxième question d'actualité...
Ce sont des fonctions essentielles pour la sécurité. Et on a raison de vérifier que cette sécurité est assurée par ceux qui en ont la charge.
Dernière question. Le rapport Betaram, qui a été rendu public hier, l'un des deux rapporteurs, le député Vanier, vous accuse de ne pas avoir dit la vérité. Le député LFI. Que lui répondez-vous ?
Excusez-moi. Quand on donne une information, il faut donner la vérité de l'information. Le député LFI, c'est une stratégie de LFI que tout le monde connaît, a essayé tout ce qu'il pouvait pour abattre au travers d'une affaire avec laquelle... Excusez-moi. Le dernier de mes fils qui a quitté cet établissement, il était élève, c'était il y a 25 ans. Et ma fille aînée l'a quittée il y a 40 ans. Il se trouve que j'ai pu faire la preuve dans une séance qui a duré plus de 5 heures devant la commission. Que chacune des accusations était fausse et j'ai apporté les preuves écrites.
Et c'est tellement vrai que ce député a essayé d'entraîner la commission dans sa demande de plainte, que la commission a refusé de le suivre, que la présidente socialiste de la commission a refusé d'être le relais de cette plainte, et que la présidente de l'Assemblée nationale a refusé hier de prendre une seconde cette plainte en considération. C'est une manœuvre politique. Si vos auditeurs, téléspectateurs, si ça les intéresse, ils vont sur le site bayrou.fr et j'ai mis toutes les preuves écrites en ligne. Donc vous avez dit la vérité. Ça devait déranger beaucoup de monde parce qu'on a eu trois jours de cyberattaques qui ont rendu impossible la publication des documents.
Maintenant, il suffit d'aller voir. Vous faites bayrou.fr et puis vous cliquez sur le site quand vous y êtes. Tous les documents sont là. Non seulement j'ai dit la vérité, mais je suis le seul ministre à être intervenu pour susciter des inspections qui vérifient ce qu'était la vie.
Vous avez la conscience tranquille.
Ce n'est pas que j'ai la conscience tranquille. Je dis la vérité. J'affirme que tout ce qui... Il y a eu 25 ans sans plainte. Est-ce que quelqu'un savait ? Est-ce que des avocats savaient ? Est-ce que des magistrats savaient ? En tout cas, moi, j'étais... Je n'avais jamais eu aucune autre information que ce qui était dans le journal.
Alain Duhamel, pour ce dernier face à Duhamel, vous étiez donc avec le Premier ministre François Bayrou, satisfait de ce dialogue, de cet échange, de ce que vous avez entendu ?
Écoutez, j'espère en tout cas qu'on ne nous aura pas trouvés superficiels ou hypocrites, c'est-à-dire faisant semblant de trouver admirable une situation détestable et trouvant, et fainéant, de trouver normaux des comportements politiques qui ne le sont pas. Et je dirais qu'ils le sont d'autant moins qu'ils s'approchent davantage de celui qui est à la tête du gouvernement. Ils sont d'autant plus inexcusables qu'ils sont politiquement proches et qu'ils sont censés travailler en commun. Et alors, moi, qui suis de loin le plus âgé ici, mais qui est, heureusement, jusqu'à présent, une bonne mémoire, je me rappelle exactement les dernières années de la Quatrième République et c'était ça.
Ça m'a fini. On a changé de la République. C'est bien ce que je dis. Mais c'est bien ce que je dis. C'est pas une plaisanterie que je fais. C'est ce que je dis. C'est-à-dire que quand on se... Ce ne serait pas le dernier Premier ministre de la Quatrième République. Quand on se comporte tellement mal, eh bien on a les résultats qu'il y a eu. C'est-à-dire que dans ce cas-là, on passe de la crise politique et de la crise financière à la crise de régime. Et après, on peut toujours demander un mouchoir pour pleurer.
Pourquoi vous avez accepté de venir débattre face à Alain Duhamel ?
Ça tombe bien. Parce que je voulais non pas changer de sujet mais dire pourquoi j'avais accepté l'invitation d'Alain Duhamel. Parce qu'il n'y a pas beaucoup de grands journalistes en France. Et qu'est-ce que c'est un grand journaliste ? C'est quelqu'un qui a non seulement de la science mais de la conscience. Et j'ai observé Alain Duhamel depuis longtemps. J'ai partagé avec lui des soucis sur la France et parfois des enthousiasmes. Mais j'ai toujours noté le scrupule qui était le sien. À partir de la vérité pour arriver à l'intérêt général.
et cette personnalité-là elle est suffisamment riche pour qu'on puisse honorer ensemble les années passées à défendre une certaine éthique du journalisme et qu'on aura, j'espère, beaucoup d'autres occasions de retrouver et d'écouter dans d'autres formats.
– Monsieur le Premier ministre, – Merci d'être venu. – Merci d'être venu. Merci Alain Duhamel, ça a été un plaisir pour Olivier et pour moi aussi. – Et un honneur. – Et un honneur de vous avoir avec.
– Et c'était réciproque même si vous étiez quelquefois pas très sage.
– Merci. Et puis toute votre carrière elle est en podcast bien évidemment sur le site BFM TV. Vous pouvez les retrouver et on va passer la parole maintenant
à Benjamin Duhamel. – Oui, bah tiens, on peut peut-être profiter que Benjamin soit là et on ne lui a jamais demandé pour dire un mot sur son oncle Alain Duhamel.
– On aurait pu faire des faces hauts Duhamel. – C'est vrai, des faces hauts Duhamel, ça va peut-être donner des idées à quelques-uns. Moi juste avant de faire mon sommaire comme tous les soirs, je vais vous dire, je vais te dire Alain, puisqu'on se tutoie, que j'ai beaucoup appris en t'écoutant, en te regardant et que je souhaite à tous les journalistes de France et que je me souhaite à moi aussi d'avoir autant d'énergie, d'acuité et d'envie dans quelques dizaines d'années et qu'on se retrouvera ici aussi. Donc bon vent et de toute façon, j'ai cru comprendre que ça ne s'arrêtait pas tout à fait et tant mieux. – Sous-titrage Société Radio-Canada –
François Bayrou