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Podcast / conversationyoutube.com· 22 septembre 2026 25 minDivertissementCulture, médias & sport

Alfred Stieglitz – L’homme qui fit entrer la photographie dans l’art moderne

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    « Alfred Stieglitz, l'homme qui fit entrer la photographie dans l'art moderne au tournant du 20e siècle. »
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    « La pluie transforme les pavés en miroirs, les réverbères se reflètent dans les flaques. »
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    « Ils baptisent leur mouvement Photo-Secession. »
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    « Il lui faut désormais un outil capable de diffuser ses idées dans le monde entier. Un magazine. »
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    « Cette revue ne sera pas un catalogue technique, elle ne donnera pas de recettes. »
  • 18:08Chiffre
    « Camera Work coûte une fortune. Chaque numéro demande des mois de préparation. »
  • 18:51Fait
    « Il lui manque encore un lieu où montrer ses œuvres au public. »
  • 19:35Fait
    « Les galeries prestigieuses exposent des tableaux, des sculptures, des gravures, mais certainement pas des photographies. »
  • 20:19Fait
    « Les photographies sont accrochées avec soin, les cadres sont sobres, les œuvres respirent. »
  • 22:32Fait
    « Une œuvre ne doit pas être jugée selon la technique employée. Elle doit être jugée selon l'émotion qu'elle provoque. »

Temps de parole

  • ?100 %

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Alfred Stieglitz, l'homme qui fit entrer la photographie dans l'art moderne au tournant du 20e siècle. La photographie connaît une véritable révolution. Grâce à George Eastman, des millions de personnes découvrent le plaisir de prendre des photographies. L'appareil photo quitte les ateliers des professionnels pour entrer dans les foyers. Photographier devient enfin accessible à tous. Mais une question continue de diviser les artistes. La photographie peut-elle être considérée comme un véritable ? Pour beaucoup, la réponse est non. Une photographie n'est qu'une reproduction mécanique de la réalité, une simple

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prouesse technique. Rien qui puisse rivaliser avec la peinture ou la sculpture. Pourtant, un homme va consacrer toute son existence à démontrer le contraire. Photographe de talent, éditeur passionné, galeriste visionnaire, organisateur d'expositions, critique d'art, infatigable défenseur de la photographie, il va bouleverser durablement notre regard sur cette nouvelle discipline. Son influence sera telle que de nombreux historiens le considèrent aujourd'hui comme le père de la photographie moderne américaine. Son nom, Alfred Stieglitz. Bonjour à tous, bienvenue sur ma chaîne. Installez-vous

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confortablement. Aujourd'hui, je vous propose de remonter le temps pour découvrir l'homme qui a fait entrer la photographie dans les musées. L'histoire commence le 1er janvier 1864. Alfred Stieglitz naît à Hoboken, dans le New Jersey, au sein d'une famille aisée d'origine allemande. Quelques années plus tard, ses parents s'installent à New York où son père fait rapidement fortune dans le commerce. Le jeune Alfred grandit dans un environnement privilégié. Sa famille accorde une grande importance à la culture, aux langues et aux voyages. Son père est convaincu que la meilleure

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éducation se trouve en Europe. En 1881, alors qu'Alfred n'a que 17 ans, toute la famille quitte les États-Unis pour s'installer en Allemagne. Le jeune homme entame des études d'ingénieur à Berlin. Mais très vite, il se découvre une passion bien plus forte que les sciences, la photographie. À cette époque, Berlin est l'un des grands centres de recherche photographique en Europe. Les procédés évoluent rapidement. Les émulsions deviennent plus sensibles. Les objectifs gagnent en qualité. La photographie quitte progressivement le domaine de l'expérimentation pour devenir un véritable moyen d'expression.

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Stieglitz alors les cours d'Hermann Wilhelm Vogel, chimiste de renommée internationale. Vogel n'est pas seulement un professeur, il est l'un des plus grands spécialistes des plaques photographiques au gélatino-bromure d'argent, une innovation majeure qui va profondément transformer la pratique photographique. Sous son enseignement, Alfred découvre toute la rigueur technique nécessaire à la réalisation d'une grande photographie. Mais il découvre également une idée nouvelle, une photographie peut-être bien plus qu'une simple image. Elle peut transmettre une émotion. À cette époque, un courant artistique commence justement à séduire de nombreux

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photographes européens, le pictorialisme. Ses défenseurs cherchent à rapprocher la photographie de la peinture. Ils utilisent des flous volontaires, des lumières diffuses, des tirages sophistiqués et des procédés complexes pour produire des images aux allures de gravures ou de ou de tableaux. Le jeune Stieglitz est immédiatement fasciné. Il passe des journées entières à parcourir les campagnes allemandes à attendre une lumière particulière, un brouillard matinal ou une chute de neige capable de transformer un paysage ordinaire en véritable composition artistique. Ses premiers travaux remportent rapidement plusieurs récompenses

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internationales. En 1887, il participe au concours organisé par le magazine britannique The Amateur Photographer. Son image est distinguée parmi des centaines de candidats venus de toute l'Europe. Pour le jeune homme de 23 ans, c'est une révélation. Il comprend que la photographie sera désormais toute sa vie. Mais il ignore encore que son destin ne se construira pas en Europe. C'est à New York que tout va véritablement commencer. Et cette ville en pleine mutation va changer à jamais sa manière de photographier. Lorsque Alfred Stieglitz revient à New York en 1890 il retrouve une ville qu'il reconnaît à peine.

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Pendant près de 10 ans, il a vécu en Europe. Là-bas, il photographiait les les campagnes allemandes, les forêts noyées dans la brume, les chemins silencieux et les paysages baignés d'une lumière douce. New York est tout l'inverse. C'est une ville en pleine explosion. Les immeubles s'élèvent toujours plus haut. Les grues envahissent les chantiers, les tramways sillonnent les avenues, les chevaux tirent encore des fiacres tandis que les premières machines annoncent déjà le monde industriel du 20e siècle. Des milliers d'immigrants arrivent chaque semaine aux portes de New York, apportant avec eux leurs langues, leurs coutumes et leurs rêves d'une vie meilleure. La ville est bruyante,

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rapide, imprévisible. Elle ne ressemble à rien de ce qu'il a connu en Europe et c'est précisément ce qui le fascine. Très vite, Stieglitz comprend qu'il ne peut plus photographier New York comme il photographiait les paysages allemands. La ville impose son propre langage. Il continue d'abord à travailler dans le style pictorialisme qui l'a rendu célèbre. Il attend les jours de pluie, les matinées enneigées, le brouillard, toutes ces conditions atmosphériques qui adoucissent les lignes et enveloppent la ville d'une poésie presque irréelle. Pour lui, la météo devient un véritable outil de composition. La pluie transforme les

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pavés en miroirs, les réverbères se reflètent dans les flaques, la neige efface les détails inutiles et simplifie les formes. Le brouillard fait disparaître les bâtiments les plus lointains, ne laissant apparaître que quelques silhouettes fantomatiques. Chaque phénomène naturel lui permet d'unifier ses images. Ses photographies ne montrent plus seulement une ville, elles traduisent une ambiance, une émotion, une sensation. Parmi ses œuvres les plus célèbres de cette période figure Winter Fifth Avenue, réalisée en 1893. Sous une tempête de neige, un cocher tente de faire avancer son attelage dans la célèbre avenue new-yorkaise. La neige

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efface les contours, les passants deviennent presque des ombres, le temps semble suspendu. Cette photographie évoque davantage une gravure qu'un simple cliché. Quelques années plus tard, il réalise The Terminal. Nous sommes en plein hiver. Des chevaux de fiacre attendent devant un terminus de tramway. Leur souffle se mêle à la vapeur qui s'échappe des véhicules. La lumière est diffuse, l'image paraît presque peinte. Mais derrière cette atmosphère poétique se cache déjà un autre sujet, le progrès. Le cheval partage désormais la rue avec les premières machines. Deux mondes

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cohabitent encore pour peu de temps. Stieglitz comprend que cette transition historique mérite d'être photographiée. Puis vient le Flatiron Building. À peine achevé, cet immeuble devient l'un des symboles du New York moderne. Plutôt que de le montrer avec précision, Stieglitz choisit de le photographier dans une lumière crépusculaire. Les arbres du premier plan filtrent la scène. La brume enveloppe le bâtiment. L'image semble flotter entre réalité et le rêve. C'est probablement l'une des plus belles illustrations du pictorialisme américain. Pourtant, sans qu'il en ait encore pleinement conscience, quelque chose est en train

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de changer. Plus il photographie New York, plus il est attiré par sa géométrie, les lignes verticales, les ponts métalliques, les rails, les fumées d'usine, les structures d'acier. Peu à peu, ces éléments prennent le dessus sur les effets atmosphériques. Son regard évolue. Il ne cherche plus seulement la beauté, il cherche la vérité de son époque. En parallèle, Stieglitz travaille dans l'entreprise familiale de photogravure. Le procédé est complexe. Chaque image doit être gravée avec une précision extrême avant d'être imprimée. Pendant plusieurs années, il perfectionne cette technique jusqu'à en devenir l'un des meilleurs spécialistes américains. Cette maîtrise de la

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photogravure jouera un rôle essentiel quelques années plus tard, car Stieglitz nourrit déjà une idée ambitieuse. Si la photographie mérite d'être considérée comme un art, alors elle mérite aussi des publications capables de reproduire fidèlement toute la richesse de ces images. Cette obsession de la qualité ne le quittera jamais. Mais son tempérament passionné commence également à lui attirer quelques ennemis. À New York, le monde photographique reste très conservateur. Les concours récompensent toujours les mêmes images. Les jurys privilégient les conventions. Les clubs photographiques refusent les idées nouvelles. Stieglitz supporte de moins en moins cette

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immobilité. Il est persuadé que la photographie est entrée dans une nouvelle époque et qu'il faut désormais rompre avec les anciennes règles. Cette conviction va bientôt provoquer une véritable révolution. Une révolution qui portera un : la Photo-Secession. À la fin du 19e siècle, la photographie américaine traverse une étrange période. Jamais autant de personnes n'ont possédé un appareil photo. Jamais autant d'images n'ont été produites. Et pourtant, la photographie continue d'être regardée avec condescendance par le monde des Beaux-Arts. Pour les peintres, elle n'est qu'un procédé mécanique. Pour les critiques, un simple outil de reproduction. Même au sein des

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clubs photographiques, l'innovation semble avoir disparu. On organise des concours, on distribue des médailles, on récompense des images toujours plus sages, toujours plus conventionnelles. Alfred Stieglitz supporte de moins en moins cette situation. Depuis son retour d'Europe, il multiplie les expositions, écrit des articles, défend les jeunes photographes et tente de faire évoluer les mentalités. Pendant plusieurs années, il collabore avec le prestigieux Camera Club de New York. Il prend rapidement la direction de la revue Camera Notes, dont il transforme profondément le contenu. La qualité d'impression devient exceptionnelle. Les photographies sont reproduites avec

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soin, rarement atteint jusque-là. Mais Stieglitz ne veut pas seulement publier de belles images, il veut faire comprendre que la photographie possède son propre langage, qu'elle n'a pas besoin d'imiter la peinture pour devenir un art. Cette vision dérange. Les tensions avec les dirigeants du Camera Club deviennent de plus en plus vives. Stieglitz est jugé trop indépendant, trop exigeant, trop autoritaire. Il l'est probablement. Son caractère entier ne laisse personne indifférent. Il inspire autant l'admiration que l'exaspération. Plutôt que de faire des compromis, il choisit de rompre. En

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1902, il rassemble autour de lui un petit groupe de photographes partageant les mêmes convictions. Parmi eux figurent Edward Steichen, Gertrude Käsebier, Clarence H. White, Alvin Langdon Coburn et quelques autres artistes décidés à changer le destin de la photographie américaine. Ils baptisent leur mouvement Photo-Secession. Le mot Secession n'a pas été choisi au hasard. Il fait directement référence au mouvement artistique apparu quelques années plus tôt à Munich, Berlin et surtout à Vienne. Comme les peintres de la Secession viennoise, ils refusent les

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académismes. Ils veulent rompre avec les anciennes règles, créer un art libre, moderne, audacieux. Pour Stieglitz, la photographie n'a plus à demander la permission d'exister. Elle doit s'imposer. La première exposition de la Photo-Secession est organisée la même année. Le succès est immédiat. Le public découvre une photographie très différente de celles présentées dans les salons traditionnels. Des images plus personnelles, plus expressives, plus ambitieuses. Le mouvement attire rapidement l'attention bien au-delà des États-Unis. Mais Stieglitz voit déjà plus loin. Une exposition ne dure que quelques semaines. Il lui faut désormais

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un outil capable de diffuser ses idées dans le monde entier. Un magazine. Pas un simple journal photographique, mais un véritable objet d'art. Chaque numéro devra être aussi beau que les œuvres qu'il présentera. Chaque reproduction devra respecter la vision du photographe. Chaque page devra convaincre les lecteurs que la photographie mérite enfin sa place parmi les Beaux-Arts. Ce projet va devenir l'œuvre de sa vie. Il portera un nom devenu aujourd'hui : Camera Work. En 1903, Alfred Stieglitz se lance dans une aventure aussi ambitieuse que risquée. Son objectif n'est plus seulement de réaliser de grandes photographies. Il

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veut désormais changer la manière dont elles sont regardées. À cette époque, les revues consacrées à la photographie sont nombreuses, mais elles souffrent toutes du même défaut. Les reproductions sont médiocres. Les images perdent leurs nuances. Les noirs deviennent gris, les détails disparaissent. Pour Stieglitz, c'est inacceptable. Comment convaincre le public que la photographie est un art si les œuvres sont reproduites sans ? Il décide alors de créer une revue entièrement nouvelle. Son nom est : Camera Work. Mais derrière ce titre modeste se cache un projet totalement inédit. Dès le premier numéro, Stieglitz annonce ses ambitions. Cette revue ne sera pas un catalogue

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technique, elle ne donnera pas de recettes, elle ne cherchera pas à vendre du matériel photographique. Elle sera consacrée à la photographie comme forme d'expression artistique et rien ne sera laissé au hasard. Chaque page est imprimée sur un papier d'une qualité exceptionnelle. Les marges sont généreuses, la typographie est élégante, les textes sont composés avec un soin presque maniaque. Mais ce sont surtout les illustrations qui impressionnent. Les photographies ne sont pas reproduites par un procédé industriel ordinaire. Elles sont imprimées en photogravure, une technique exigeante qui permet de restituer toute la

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richesse des demi-teintes, la profondeur des noirs et la délicatesse des lumières. Chaque planche est contrôlée par Stieglitz lui-même. Il refuse la moindre approximation. Lorsque le résultat ne lui convient pas, il recommence, peu importe le coût. Pour lui, une reproduction imparfaite trahirait le travail du photographe. Très vite, Camera Work devient une référence internationale. Les plus grands noms de la photographie y publient leurs œuvres. Edward Steichen, Gertrude Käsebier, Clarence H. White, Alvin Langdon Coburn, mais la revue ne se limite pas à la photographie.

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Stieglitz comprend que toutes les formes d'art modernes sont liées. Il ouvre ses pages aux peintres, aux graveurs, aux sculpteurs et aux écrivains qui participent à cette révolution esthétique. Son ami Edward Steichen dessine la couverture et participe activement à l'identité graphique de la revue. L'ensemble respire l'élégance. Même les publicités sont soigneusement choisies. La qualité de la revue est telle que Kodak accepte d'adapter ses annonces afin qu'elles s'intègrent harmonieusement à sa mise en page. Un fait, presque inimaginable à cette époque. Pourtant, derrière cette réussite artistique, se cache une réalité beaucoup moins brillante.

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Camera Work coûte une fortune. Chaque numéro demande des mois de préparation. Les procédés d'impression sont longs. Le papier est luxueux, les photogravures sont réalisées avec une précision exceptionnelle. Les frais explosent et les abonnés, eux, restent peu nombreux. Lors du lancement, la revue ne compte qu'une soixantaine de souscripteurs. Quelques années plus tard, ils seront à peine plus de 300. Un chiffre dérisoire. À chaque parution, Stieglitz fait pourtant imprimer près d'un millier d'exemplaires. La plupart ne seront jamais vendus. Sur le plan commercial, Camera Work est un échec. Mais sur le plan artistique, c'est une révolution.

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Aujourd'hui encore, chaque numéro est considéré comme une véritable œuvre d'art. Ironie de l'histoire, une grande partie des exemplaires invendus fut détruite après leur publication pour récupérer le papier. Ce qui semblait n'avoir aucune valeur est devenu l'un des trésors les plus recherchés de l'histoire de la photographie. Avec Camera Work, Stieglitz ne publie pas simplement un magazine, il construit les fondations intellectuelles de la photographie moderne. Mais il lui manque encore un lieu où montrer ses œuvres au public. Un espace libre, sans jury, sans académisme. Un lieu où la photographie dialoguerait enfin d'égal à égal avec la

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peinture et la sculpture. Ce lieu existe déjà dans son imagination. Il ouvrira bientôt ses portes au 291 de la 5e avenue. Et il changera, une fois encore, le visage de l'art américain. En novembre 1905, Alfred Stieglitz franchit une nouvelle étape. Après avoir créé un mouvement avec la photo sécession, après avoir fondé Camera Work, il lui manque encore une chose essentielle, un lieu, un espace où les photographies pourraient être vues comme de véritables œuvres d'art. À cette époque, les galeries prestigieuses exposent des tableaux, des sculptures, des gravures, mais

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certainement pas des photographies. Celles-ci restent confinées aux clubs photographiques ou aux salons spécialisés, comme si elles appartenaient à une catégorie à part. Stieglitz refuse cette séparation. Pour lui, une grande photographie mérite exactement le même respect qu'une peinture. Il loue alors quelques pièces au 4e étage d'un immeuble situé au 291 5th Avenue à New York. Au départ, l'endroit porte un nom assez long, The Little Galleries of the Photo-Secession, mais très vite les habitués prennent l'habitude de parler simplement du 291, deux chiffres, une adresse qui va bientôt devenir un symbole. Dès les

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premières expositions, Stieglitz impose ses propres règles. Les photographies sont accrochées avec soin, les cadres sont sobres, les œuvres respirent, l'éclairage est étudié, chaque détail compte. Il ne veut plus que les visiteurs regardent une photographie comme une curiosité technique, il veut qu'il la contemple comme une œuvre d'art. Rapidement, le 291 attire une clientèle nouvelle, des collectionneurs, des écrivains, des critiques, mais aussi de jeunes artistes en quête d'idées nouvelles. L'atmosphère y est très différente des galeries traditionnelles. On y débat, on y échange, on y conteste les règles établies. Le 291 devient un

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véritable laboratoire de la modernité. Puis Stieglitz prend une décision qui surprend tout le monde. Au lieu de n'exposer que des photographes, il ouvre les portes de sa galerie aux peintres et aux sculpteurs européens les plus audacieux. À cette époque, peu d'Américains connaissent encore les noms de Pablo Picasso, Henri Matisse ou Constantin Brancusi. Le cubisme, le fauvisme et les nouvelles formes d'expression artistique sont accueillis avec méfiance. Stieglitz, lui, comprend immédiatement leur importance. Il organise des expositions consacrées à Auguste Rodin, à Henri Matisse, à Paul Cézanne, à Henri

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Rousseau, à Francis Picabia, à Pablo Picasso et à bien d'autres artistes encore. Pour de nombreux visiteurs américains, c'est une véritable révélation. Jamais ils n'avaient vu une peinture aussi libre, jamais ils n'avaient imaginé que l'art puisse prendre des formes aussi radicales. Le 291 devient rapidement le principal point d'entrée de l'avant-garde européenne aux États-Unis. Mais Stieglitz poursuit un objectif plus profond. En exposant côte à côte peinture, sculpture, dessin et photographie, il efface les frontières entre les disciplines. Pour lui, une œuvre ne doit pas être jugée selon la technique employée. Elle doit être jugée selon l'émotion

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qu'elle provoque. Cette idée paraît aujourd'hui évidente, elle était révolutionnaire en 1905. Naturellement, les critiques ne tardent pas. Certains journalistes tournent la galerie en ridicule, d'autres dénoncent un art incompréhensible. On accuse Stieglitz de provoquer le public, de vouloir détruire les traditions. Ces attaques ne font que renforcer sa détermination. Plus les résistances sont fortes, plus il est convaincu d'être sur la bonne voie. autour de lui, une nouvelle génération d'artistes commence à émerger. Parmi eux, un jeune photographe attire particulièrement son attention. Son nom est Paul Strand. Ses images sont d'une netteté saisissante. Elles abandonnent définitivement les

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effets pictorialistes. Avec Strand, Stieglitz comprend que l'avenir de la photographie ne réside plus dans l'imitation de la peinture, il réside dans la photographie elle-même. Une photographie assumée, directe, moderne. Sans le savoir, Alfred Stieglitz est en train de tourner définitivement la page du 19e siècle. La révolution qu'il avait lui-même lancée est en train de le transformer. Et c'est une simple traversée de l'océan Atlantique qui va lui faire réaliser, presque par hasard, la photographie la plus célèbre de toute sa carrière. Merci d'avoir voyagé avec moi à travers cette page de l'histoire de la photographie.

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Euh, ciao, bonsoir.