Partage de la valeur : " les entreprises vont devoir augmenter les salaires", estime Antoine Foucher, fondateur de Quintet
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Que faut-il penser de ce que l'on vient d'apprendre d'Elisabeth Borne qui va reprendre dans la loi le compromis trouvé par les partenaires sociaux sur le partage de la valeur ?
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Mais là, les gens pensent, les salariés, ils ont envie d'avoir des augmentations de salaire cette année. Geoffroy Roux-de-Bézieux disait que les patrons allaient certainement lâcher du lait sans la matière. C'est vrai ?
- 3:32OuverteRéponse directe
Est-ce que ce raisonnement va tenir si on demande aux gens de rester plus longtemps dans l'emploi, puisque le gouvernement veut aussi repousser l'âge légal de la retraite ?
- 4:58OuverteRéponse directe
Comment vous voyez ce conflit ? À quoi faut-il s'attendre le 7 mars ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« pour les salariés des entreprises de 11 à 50 salariés, ça fait quand même 6 millions de personnes, il y aura, dès qu'il y a un peu de bénéfice, un dispositif d'intéressement au partage de la valeur, soit participation, soit intéressement. »
- 1:39InvitéChiffre
« il y a 19% de ces salariés-là, des entreprises qui sont couvertes. »
- 1:47InvitéChiffre
« ça peut bénéficier à terme, parce que ça va commencer au 1er janvier 2024. À terme, ça va faire du partage de la valeur pour 4 à 5 millions de salariés en plus dans le pays. »
- 2:48InvitéFait
« La population active en France n'augmente plus. Elle a augmenté des années 2000 à 2020. Elle n'augmente plus. Elle ne va plus augmenter. On va rester à 30 millions d'actifs. »
- 3:24InvitéChiffre
« les salaires ont augmenté de plus de 3%. Ça faisait 15 ans qu'on n'avait pas vu ça. »
- 3:32PrésentateurChiffre
« Mais c'est loin encore de l'inflation, on le rappelle, qui était à 6%. »
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« l'unité syndicale a dit, bon, jusqu'à présent, on a fait des manifestations massives, et c'est vrai, c'est factuel, mais on n'a pas été entendus. »
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France Info.
Bonsoir à tous, on parle beaucoup inflation, salaire, partage de la valeur. Intéressement, c'est même le thème de la convention Renaissance, le parti d'Emmanuel Macron qui se tient aujourd'hui. Et pour en parler, Antoine Fouché est notre invité. Vous êtes le fondateur de Quintet, un groupe que vous dirigez, qui fait du conseil en stratégie RH. On rappelle aussi que vous étiez directeur de cabinet de Muriel Pénicaud, l'ancienne ministre du Travail. Et vous êtes aussi passé par de nombreuses entreprises, des grands groupes comme Schneider Electric. Merci d'être avec nous ce soir.
Bonsoir, merci.
Que faut-il penser de ce que l'on vient d'apprendre d'Elisabeth Borne qui va reprendre dans la loi le compromis, l'accord trouvé par les partenaires sociaux, syndicats et patronats sur le partage de la valeur. C'était il y a une dizaine de jours, ils se sont mis d'accord. Et le gouvernement va suivre.
Oui, je pense que la première ministre là-dessus a raison. D'abord, c'est cohérent par rapport à la méthode qu'elle apprenait, c'est-à-dire de la négociation, de la concertation. Et ensuite, le gouvernement reprend la main pour donner un effet légal à ce qui a été négocié. Et il se trouve, ce n'est pas toujours le cas, mais là, il se trouve qu'il y a du contenu dans cet accord. Et il y a notamment le fait que pour les salariés des entreprises de 11 à 50 salariés, ça fait quand même 6 millions de personnes, il y aura, dès qu'il y a un peu de bénéfice, un dispositif d'intéressement au partage de la valeur, soit participation, soit intéressement. Alors qu'aujourd'hui, ça n'est pas le cas.
Pardon, c'est obligatoire uniquement pour les salariés des entreprises de plus de 50 salariés. Donc là, on redescend, on passe de 11 à 49. Pour l'instant, même si c'est optionnel, il y a 19% de ces salariés-là, des entreprises qui sont couvertes. Donc, on peut considérer en ordre de grandeur que ça peut bénéficier à terme, parce que ça va commencer au 1er janvier 2024. À terme, ça va faire du partage de la valeur pour 4 à 5 millions de salariés en plus dans le pays. Donc, c'est quand même une bonne nouvelle. Et politiquement, et pour plein de raisons, la Première Ministre a vraiment, je me sens utile, raison d'annoncer tout de suite qu'elle va reprendre l'accord.
Donc, c'est un petit coup de pouce actuellement, enfin, qui interviendra, vous l'avez dit, en 2024. Mais là, les gens pensent, les salariés, ils ont envie d'avoir des augmentations de salaire cette année. Geoffroy Roux-de-Bézieux, le patron du BNF, hier, disaient que les patrons allaient certainement lâcher du lait sans la matière. C'est vrai ? Vous le constatez ?
Je pense que le patron du BNF a raison. Ce n'est pas courant, là aussi, que le patron du BNF dit que les entreprises vont être obligées d'augmenter les salaires. Il a raison. C'est une analyse très réaliste de la situation. Le rapport de force entre les salariés au niveau macroéconomique, après, il faut regarder territoire par territoire, mais au niveau macroéconomique, le rapport de force entre les salariés et les entreprises est en train de s'inverser durablement pour une raison toute bête, mais très forte, qui est la démographie. La population active en France n'augmente plus. Elle a augmenté des années 2000 à 2020. Elle n'augmente plus. Elle ne va plus augmenter.
On va rester à 30 millions d'actifs. On était 27 millions en 2000. Il y avait plus de 100 000 personnes chaque année en plus sur le marché du travail. Du coup, ça faisait de la main-d'oeuvre pour les entreprises. Ça permettait de dire, si vous n'êtes pas d'accord, écoutez, allez voir ailleurs. Là, ce n'est plus possible, parce qu'il n'y a pas assez de main-d'oeuvre par rapport aux besoins des entreprises. Et donc, l'une des manières, pas la seule, mais l'une des manières de retenir les gens, de retenir les salariés, c'est d'augmenter les salaires. Et d'ailleurs, on a commencé à le voir, parce qu'en moyenne, les salaires ont augmenté de plus de 3%. Ça faisait 15 ans qu'on n'avait pas vu ça.
Mais c'est loin encore de l'inflation, on le rappelle, qui était à 6%.
Exactement.
Est-ce que ce raisonnement va tenir si on demande aux gens de rester plus longtemps dans l'emploi, puisqu'on voit bien que le gouvernement veut aussi repousser l'âge légal de la retraite et donc maintenir un certain nombre de seniors plus longtemps sur le marché du travail ?
Pour le maintien dans l'emploi, il me semble que c'est plus une question de conditions de travail que de salaire. Et là-dessus, nous Français, notamment sur les fins de carrière, on n'est pas bons, pour le dire très simplement, parce qu'on ne donne pas la liberté suffisante, pour le dire de façon très simple, aux seniors de dialoguer avec leur entreprise pour aménager leur fin de carrière et pour être très concret, de travailler moins tout en gardant leur droit à la retraite calculé sur un salaire à temps plein. Les pays du Nord qui ont des taux d'emploi des seniors plus forts que nous, certes, ils ont aussi un âge de départ légal plus âgé que nous, mais ils ont ce type de dispositif.
Donc, ils travaillent plus longtemps.
Et en même temps, les employeurs français sont assez frileux ?
Ils sont assez frileux, mais c'est systémique. C'est-à-dire, il n'y a pas non plus de dispositif public qui incitent les entreprises à pousser ou qui permettent, pour être plus clair, qui permettent aux gens d'avoir un droit de diminution de leur temps de travail sans diminuer leur droit à la retraite. C'est ce qui se passe dans les pays du Nord. Et si on avait ça, je pense que les gens, beaucoup de gens en tout cas, accepteraient de travailler plus longtemps parce que les cinq ou les dix dernières années de sa vie active, c'est peut-être un sujet
qui va être porté aujourd'hui puisque Renaissance tient sa convention. Il y a la bataille de la réforme des retraites qui se tient. Vous connaissez bien les syndicats. Comment vous voyez ce conflit ? À quoi faut-il s'attendre le 7 mars ?
Il va y avoir... Ça va être un tournant, je pense, parce que l'unité syndicale a dit, bon, jusqu'à présent, on a fait des manifestations massives, et c'est vrai, c'est factuel, mais on n'a pas été entendus. Donc, on monte d'un cran, on va à l'arrêt pour reprendre leur expression. Ça, ça sera le 7. Ça, ça sera le 7. Et donc, la question, ce qui va se passer après, c'est qu'il va y avoir, me semble-t-il, deux possibilités qui pourraient fissurer l'unité syndicale. Une première option qui est une option de pression morale en disant, on continue de manifester pacifiquement, dignement, pour reprendre...
Ça, c'est la position de la CFDT.
Plus la proposition, me semble-t-il, la ligne de la CFDT. Laurent Berger a redit ce matin, on continuera d'être digne en référence implicite au débat pas très honorable qu'il y a eu à l'Assemblée nationale. Et puis, la ligne de la pression morale, celle de la CFDT. Et puis, vous avez la ligne du blocage qui est plus portée, me semble-t-il, par la CGT, même si derrière, même si pour l'instant, il y a une unité et qui dit, de toute façon, manifester, c'est sympa, mais ils ne nous écoutent pas. Il faut qu'on bloque, sinon le projet de loi va passer. Et c'est ça, la discussion qu'ils vont avoir à partir du 7. La tension qui va y avoir
au mois de mars, en tout cas, entre le 7 et puis peut-être la fin de l'examen de ce projet de loi au Sénat, c'est celle-ci. C'est le risque de fissure, vous nous dites, du bloc syndical. Merci beaucoup d'être venu avec nous. Antoine Fouché, vous étiez l'invité ce soir de France Info. Sous-titrage MFP.