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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 10 avril 2026 23 min

Négociations au Moyen-Orient, stratégie de la droite pour la présidentielle... Le "8h30 franceinfo" de François-Xavier Bellamy

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour François-Xavier Bellamy. Bonjour. Et bienvenue sur France Info. Merci d'être avec nous. Beaucoup de sujets à voir avec vous ce matin. La crise énergétique évidemment et les réponses du gouvernement. On va parler aussi de politique avec la situation de la droite à l'approche de l'élection présidentielle. Je vois que ça vous fait sourire. Effectivement, il y a beaucoup de choses à dire. Mais d'abord, commençons évidemment avec les dernières actualités. C'est bien sûr au Moyen-Orient qu'elles nous emmènent ces actualités. Troisième jour de cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l'Iran. Et cette situation toujours très fragile au Liban, on va en parler.

Déjà, est-ce que ce cessez-le-feu, ces négociations qui s'annoncent sans doute pour ce week-end au Pakistan, vous y croyez ?

0:43
François-Xavier Bellamy

C'est difficile de penser qu'elles pourront vraiment conduire à une paix durable. D'abord parce que les deux camps négocient manifestement sur des bases qui sont totalement différentes et même contradictoires. Et donc on peine à voir comment un accord est possible. Et surtout parce que ma conviction profonde, c'est que tant que le régime des Mollahs continuera de prendre en otage le peuple iranien, y compris par la répression la plus féroce et la plus sanglante, le monde ne sera pas en paix. Le Moyen-Orient, mais aussi le monde entier.

1:13
Présentateur

Ça veut dire quoi ? Que les Américains, les Israéliens auraient dû continuer à frapper plus fort encore ?

1:17
François-Xavier Bellamy

Non, ça veut dire qu'à un certain moment, seul le peuple iranien le pourra. Mais il faudra qu'il se libère enfin de cette oppression effrayante, effrayante pour lui, pour sa liberté. On connaît malheureusement le prix immense qu'a payé le peuple iranien depuis des années maintenant face à ce régime islamiste qui ne s'impose que par la terreur qu'il tente d'imposer à son peuple.

Mais il faudra aussi que ce régime tombe pour que tous les pays qui l'entourent, on va parler du Liban, mais on pourrait parler bien sûr d'Israël, on pourrait parler bien sûr du peuple palestinien lui-même, tous ces peuples qui sont aujourd'hui piégés par l'agenda de mort dirigé depuis Téhéran, puissent en être enfin libérés et à travers eux, bien sûr, la sécurité du monde.

2:01
Invité

Alors vous le dites, le régime iranien est toujours debout. Téhéran pourrait aussi renforcer son contrôle sur les détroits d'Hormuz. Qu'est-ce que ça veut dire en termes de bilan sur l'intervention américaine en Iran ? Est-ce que c'est une lourde défaite aujourd'hui pour Donald Trump ?

2:17
François-Xavier Bellamy

D'abord, encore une fois, il faut se garder de croire que l'épisode est terminé. Et je ne dis pas cela pour m'en réjouir parce que la guerre est toujours un moment terrible de menaces pour des vies civiles, de menaces pour la sécurité du Moyen-Orient tout entier. Mais le fait est que je ne crois pas que la négociation qui s'engage soit le dernier mot de cet épisode de conflit armé. Et d'ailleurs, d'une certaine façon, nous le voyons bien à travers cette question du détroit d'Hormuz. Si ce régime reste en place, nous serons durablement mis en danger.

Nous serons durablement mis en danger par la menace qui le fait peser sur nos économies, sur le commerce mondial, sur la liberté du monde et en particulier sur la liberté de navigation qui est un principe fondamental du droit international.

3:05
Présentateur

Attendez, c'est important que je vous dise, pardonnez-moi, parce qu'il s'agit quand même de bien comprendre ce dont on parle. On parlait du détroit d'Hormuz et Mathilde vous a interrogé là-dessus. C'est-à-dire que vous imaginez potentiellement que les négociations n'aboutiront peut-être pas à une réouverture de ce détroit et donc que potentiellement ça pourra continuer, ça pourra faire se poursuivre cette guerre.

3:26
François-Xavier Bellamy

Je pense que tant que ce régime sera en place, il continuera de survivre, y compris à l'international, par le chantage. Nous sommes tellement heureux que nos compatriotes français aient été récemment libérés d'Iran, Jacques Paris et Cécile Collère. Mais le fait est que cette tactique de négociation qui consiste à utiliser des otages, elle continuera parce que c'est l'assurance vie de ce régime. Et je le dis parce qu'aujourd'hui je vois le grand risque que nos diplomaties occidentales, que notre pays s'engagent dans une forme de résignation, de reprise des relations normales avec un régime qui ne peut pas laisser s'établir aucune forme de normalité.

Notre devoir c'est de continuer à aider le peuple iranien, quoi qu'il arrive à l'issue de cette négociation, de continuer à aider le peuple iranien par tous les moyens possibles à se libérer de ce régime, à se libérer du totalitarisme islamiste qui pèse sur lui et qui pèse sur nous. Hier on a rencontré avec Bruno Retailleau, Reza Pallavi, qui est une figure marquante de l'opposition, qui présente aujourd'hui un plan de transition démocratique.

4:31
Invité

Qui ne fait pas l'unanimité, oui c'est un choix parmi d'autres, mais c'est vrai qu'il ne s'est pas imposé, il ne fait pas l'unanimité aujourd'hui comme une transition politique.

4:37
François-Xavier Bellamy

Mais il ne prétend pas s'imposer, il ne prétend pas s'imposer, et avec beaucoup d'humilité, il dit, aujourd'hui étant l'une des figures la plus connue, la figure la plus connue du peuple iranien en Iran, il dit que sa mission n'est pas de prendre le pouvoir ou de s'imposer, mais de préparer les conditions d'une transition démocratique vers un Iran qui demain, à travers des élections, choisirait ses propres dirigeants. Et je pense que notre devoir c'est de soutenir, Reza Pallavi, de soutenir tous les opposants iraniens, de soutenir tous ceux qui sont prêts à préparer une alternative, et il y a des moyens concrets pour cela.

En tous les cas, je le redis, ne rien faire qui conduirait à faire croire que nous considérons ce régime comme un régime normal, avec lequel des relations normales pourraient reprendre désormais.

5:18
Invité

Alors ce qui s'est passé ces derniers jours, François-Xavier Bellamy, c'est évidemment, ce sont ces frappes israéliennes massives contre le Liban, qui ont visé le Liban, au moins 300 morts civiles, le bilan est très lourd. Est-ce que vous considérez aujourd'hui que le risque que représente le Hezbollah justifie un tel bilan ?

5:37
François-Xavier Bellamy

Le risque que représente le Hezbollah est un risque existentiel pour le Liban et pour son avenir. Et cela nous le disons depuis très longtemps. Et là encore, même quand la France malheureusement cherchait à normaliser le Hezbollah au Liban, le Hezbollah n'est pas une composante normale de la société libanais.

5:52
Présentateur

Pardonnez-moi, ce n'était pas tout à fait la question posée. C'est est-ce que... Justifier les frappes. Justifier, enfin frapper, y compris dans des quartiers qui ne sont pas des quartiers qui sont des fiefs du Hezbollah, frapper et tuer plus de 300 civils, ce qui est quand même énorme à l'échelle du Liban, est-ce que la menace du Hezbollah sur laquelle tout le monde s'accorde justifie cela ? Tout le monde ne s'y accorde pas.

6:14
François-Xavier Bellamy

Rien ne justifie la mort d'un civil innocent. Rien. Jamais. Et ce serait absolument horrible d'imaginer que quoi que ce soit puisse justifier le fait que des innocents ont été tués dans ces frappes. Mais le fait est que, je le redis, le Liban était en paix, même après le début de la guerre en Iran. Le Liban était en paix jusqu'à ce que le Hezbollah décide de l'impliquer dans ce conflit suicidaire avec Israël, en recommençant à frapper le territoire israélien. Et désormais, et je pense que tous les Libanais qui nous écoutent le savent, désormais il est parfaitement clair que le Hezbollah n'est en rien une protection pour le peuple libanais. Le Hezbollah est un danger.

Et je crois que ça permet de jeter un regard rétrospectif qui doit être assez sévère sur les errements de notre propre pays à l'égard du Hezbollah au cours des dernières années. Je me souviens avec honte que la France, et je l'avais condamné à l'époque vigoureusement, que la France a soutenu le candidat du Hezbollah pour l'élection présidentielle au Liban. A l'époque, ce candidat avait été reçu à l'Elysée, le candidat de Hassan Nasrallah. Donc maintenant, il faut terminer avec ça. Le Hezbollah est un ennemi du peuple libanais. Et la France, qui a une telle responsabilité au Liban, doit s'engager concrètement pour le désarmement du Hezbollah d'une manière très opérationnelle.

7:35
Invité

On doit soutenir ce qui est en train de se passer. Les frappes israéliennes, vous les justifiez ce matin ?

7:41
François-Xavier Bellamy

Non, on doit soutenir les forces armées libanaises, qui sont les seules forces militaires qui ont le droit de posséder des armes au Liban. Je termine ma phrase. On doit soutenir les forces armées libanaises, dont le gouvernement a enfin, avec beaucoup de courage au Liban, décidé qu'elles devaient procéder au désarmement du Hezbollah. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, elles ne le peuvent pas, parce que le rapport de force est tellement inégal. Le Hezbollah est une milice, c'est à la fois un parti politique et une milice, et ces armes ne sont pas utilisées seulement contre Israël, elles sont utilisées aussi contre tous ceux qui, au Liban, cherchent à se libérer de lui.

Et donc, le rôle de la France, comme de tous les pays européens qui voudront s'impliquer dans cette tâche, c'est de soutenir concrètement les forces armées libanaises pour aller chercher les armes du Hezbollah, désarmer le Hezbollah et l'empêcher désormais de nuire.

8:24
Invité

Sur l'action que mène Israël, est-ce qu'aujourd'hui, vous considérez que ces frappes sont disproportionnées ou pas ?

8:31
François-Xavier Bellamy

Mais encore une fois, je le redis, le grand problème, c'est que, d'ailleurs, le Hezbollah, vous disiez, aujourd'hui, ces frappes, elles sont dirigées vers des populations civiles, mais le Hezbollah en est le responsable, puisque ses dirigeants se cachent dans des quartiers où vivent des populations civiles. Ces forces armées se mêlent aux populations civiles pour s'en servir comme de boucliers humains. Et tous ceux qui parlent en permanence du droit international pour condamner Israël devraient se souvenir que l'utilisation de boucliers humains est prohibée par le droit international. Et donc, ce que fait le Hezbollah aujourd'hui, ce sont des crimes de guerre.

9:05
Invité

Qu'est-ce que fait Israël ?

9:07
François-Xavier Bellamy

Mais Israël, aujourd'hui, se défend. Et je ne dis pas, encore une fois, que les attaques du Hezbollah justifient la mort de quelques civils innocents que ce soit, je viens de le dire sur votre plateau. Mais le fait est qu'aujourd'hui, le Hezbollah est le seul responsable de ce conflit suicidaire dans lequel il a piégé le Liban. Et c'est une grande chance que, pour la première fois, des négociations puissent avoir lieu entre le gouvernement libanais et le gouvernement israélien, parce qu'Israël l'a toujours dit et le gouvernement libanais en place l'a répété lui aussi, il n'y a pas en réalité de conflit entre Israël et le Liban, il y a un conflit entre Israël et le Hezbollah.

Et c'est pour ça qu'il faut sortir le Hezbollah de cette stratégie dangereuse et mortelle qui consiste à impliquer le Liban dans son propre conflit suicidaire avec le peuple israélien.

9:53
Présentateur

François-Xavier Bellamy, venons-en aux conséquences concrètes pour nous en France, et notamment les conséquences économiques qui nous intéressent beaucoup, et qui intéressent beaucoup celles et ceux qui nous écoutent sur les prix des carburants, conséquences de cette guerre, avec l'idée lancée hier par la présidente du Conseil italien de suspendre les règles de déficit, c'est les fameux critères de stabilité, 3% de déficit public, les suspendre si la guerre venait à se prolonger, ce que d'ailleurs vous semblez dire également ce matin. Est-ce qu'elle a raison, la première ministre italienne ?

10:29
François-Xavier Bellamy

D'une certaine manière, ça ne nous concerne pas, parce que nous, nous avons déjà une situation...

10:34
Présentateur

On est en procédure pour déficiter, je crois.

10:36
François-Xavier Bellamy

Mais nous, en fait, on est très, très, très, très loin de tenir nos engagements vis-à-vis de nos partenaires européens sur la maîtrise de notre dette. La vérité, c'est que nous sommes déjà totalement dans le rouge, et donc le fait que la règle soit suspendue ne changera pas le fait que nos dirigeants semblent considérer qu'elle l'est depuis très longtemps. Pour nous, notre vrai problème en France, ça n'est pas les règles budgétaires européennes que nous enfreignons depuis des années. Notre vrai problème en France, c'est le danger majeur que représente une crise de la dette.

Et ce qui est très intéressant, c'est qu'on nous a expliqué pendant longtemps que l'argent magique n'était pas un problème, que la dette n'était pas un problème. Aujourd'hui, nous touchons du doigt que ça l'est. Parce que si la France ne peut rien faire pour soutenir les automobilistes, si la France ne peut rien faire pour aider les citoyens qui ont du mal à payer leur carburant, c'est tout simplement qu'elle n'en a pas du tout. Ça veut dire que c'est raisonnable que le gouvernement n'ait pas distribué des chèques à tout va ? C'est même pas que c'est raisonnable, c'est que c'est pas possible autrement. C'est-à-dire qu'on a déjà volé à nos petits-enfants tout ce qu'on pouvait leur prendre.

Et maintenant, le grand risque, c'est pas seulement qu'on continue de commettre cette injustice monstrueuse, mais le grand risque, c'est que si on va plus loin là-dedans, on va ajouter à la crise économique, à la crise des carburants, une crise de la dette qui serait pour le coup l'apocalypse pour les Français. Et le gouvernement le sait.

Et quand des dirigeants politiques, je pense par exemple à la gauche, aux socialistes, je pense au Rassemblement National, promettent qu'on va encore donner des milliards d'euros aux Français, ou qu'en tous les cas, on va conduire l'État en baissant les taxes, parce que c'est de ça qu'on parle, conduire l'État à perdre des milliards d'euros chaque année, à donc aggraver le déficit et la dette, en réalité, on fait des promesses de Gascog. On ment aux Français en leur faisant croire ça.

12:15
Invité

Ça veut dire que Sébastien Lecornu, qui a prévu de s'exprimer en fin de journée pour tirer les leçons de cette crise énergétique, il doit rester sur sa ligne, ne pas annoncer d'aide supplémentaire pour les Français, sur les prix à la pompe.

12:28
François-Xavier Bellamy

Non mais il faut certainement aider de manière ciblée les professionnels qui en ont besoin, les pêcheurs, les agriculteurs. Il faut aider, je pense par exemple aux aides-soignantes qui roulent énormément. Il faut faire des aides ciblées vers les professionnels qui sont dans un besoin existentiel. Mais ensuite, encore une fois, je le redis, dans un pays normal, on devrait pouvoir aider les Français. Dans un pays normal, on devrait pouvoir baisser immédiatement les taxes. Et nous, ce que nous défendons, c'est qu'après une alternance, quand on aura baissé massivement la dépense publique, il faudra bien sûr baisser les impôts qui font que les Français sont asphyxiés aujourd'hui.

Mais le problème, c'est que nous ne sommes plus dans un pays normal. Nous sommes dans un pays surendetté. Et ça, c'est à nos dirigeants d'en rendre compte aujourd'hui devant toute la société.

13:12
Invité

De retour sur France Info ce matin, François-Xavier Bellamy est notre invité, vice-président du parti Les Républicains. On va en parler. Vous êtes aussi chef de file Les Républicains au Parlement européen. On voulait dire un mot avec vous sur ce scrutin qui a lieu dimanche en Hongrie. Le Premier ministre Victor Orban Brigue a un cinquième mandat. À l'époque, quand il faisait encore partie du PPE, du groupe de la droite européenne, vous lui aviez rendu visite. Est-ce que vous espérez qu'il gagne dimanche ?

13:45
François-Xavier Bellamy

Non, parce que malheureusement, Victor Orban a quitté le PPE. Il a quitté notre famille politique de la droite européenne. Et ça aurait été le début d'une forme de dérive qui fait qu'aujourd'hui, malheureusement, je le constate, c'est une immense tristesse pour nous, mais la Hongrie est devenue, c'est un fait, la porte d'entrée de toutes les puissances qui cherchent à fragiliser l'Europe. Je pense à la Russie, bien sûr, avec laquelle manifestement Victor Orban le montre d'ailleurs. Il entretient des relations très proches avec Vladimir Poutine.

La même Russie qui attaque l'Ukraine, la même Russie qui menace l'Europe, la même Russie qui est confrontée si souvent, qui affronte nos propres forces armées françaises, un peu partout en Afrique par exemple. Mais ce n'est pas seulement la Russie, c'est aussi la Chine. Vous avez peut-être vu que sous le gouvernement de Victor Orban, la Chine ouvre une immense usine d'automobiles BYD en Hongrie qui vont déferler sur l'Europe ces automobiles qui auront été fabriquées en Europe, mais en réalité depuis la Chine et au profit de la Chine. C'est aussi la Turquie.

Quand j'ai défendu l'Arménie, par exemple, il y a quelques années, au moment où elle était attaquée par l'Azerbaïdjan, et j'étais en Arménie encore il y a quelques jours pour redire notre soutien au peuple arménien menacé par l'Azerbaïdjan et par la Turquie, eh bien la Hongrie de Victor Orban était le pays qui refusait de condamner cette agression parce que Victor Orban entretient les meilleures relations avec M. Erdogan. Et donc on voit bien qu'il y a malheureusement, à travers la Hongrie, une sorte de cheval de troie de toutes les puissances autoritaires qui menacent aujourd'hui l'Europe.

Et je regrette qu'il faille tirer cette conséquence, mais il me paraît aujourd'hui impossible de soutenir ce gouvernement.

15:23
Invité

de la situation précisément par rapport à l'Ukraine. Est-ce que ce scrutin peut permettre de débloquer les aides à l'Ukraine, ce prêt de 90 milliards d'euros qui est bloqué par le veto hongrois, le veto de Victor Orban ? Est-ce qu'à l'issue de ces élections, soit il faudra que l'Union Européenne mette davantage de pression pour qu'il soit débloqué, ou si Victor Orban devait perdre, que celui qui lui succédera puisse le mettre en place ?

15:52
François-Xavier Bellamy

Ce qui compte, c'est qu'on puisse retrouver une cohérence européenne forte. Et cette cohérence, aujourd'hui, elle est partagée par 26 pays européens sur 27, de toutes les couleurs politiques. Vous avez des gouvernements socialistes comme celui de M. Sanchez, vous avez le gouvernement de Mme Mélanie, qui est de droite. Et on voit bien qu'à la fin, tous ces pays sont d'accord pour s'engager dans une voie commune. Ils ont des divergences, des nuances. Ils sont tous d'accord pour s'engager dans une voie commune.

Et ce que fait souvent Victor Orban, c'est qu'il utilise son veto, qui protège la souveraineté des États membres, mais il l'utilise plutôt comme un levier de négociation, comme un moyen de paralyser la discussion européenne, que comme une manière de défendre la voie de son pays.

16:33
Présentateur

Vous avez le sentiment que son possible successeur, son adversaire en tout cas Peter Magyar, sera sur une autre ligne là-dessus, sur l'Europe ?

16:41
François-Xavier Bellamy

Mais Peter Magyar, il est d'ailleurs sur ce prêt. Nous, nous soutenons l'Ukraine, bien sûr.

16:46
Présentateur

Simplement pour le situer, pour nos auditeurs, il est à peu près sur les idées de société, l'économie à peu près pareille. Il vient d'ailleurs du parti de Victor Orban, mais visiblement, il n'est pas tout à fait sur la même ligne sur les sujets européens, Ukraine, etc.

16:59
François-Xavier Bellamy

Peter Magyar, il a rejoint le PPE, donc il appartient à cette famille politique de la droite. On le qualifierait sans doute en France de conservateur. Mais en même temps, il a une ligne parfaitement européenne. Et je crois qu'aujourd'hui, cette élection, elle va être un moment de vérité, en effet, pas seulement pour la Hongrie, mais pour toute l'Europe.

17:17
Présentateur

Est-ce que ça veut dire, pardonnez-moi, que quand Marine Le Pen va soutenir Victor Orban à Budapest, elle fait fausse route ?

17:23
François-Xavier Bellamy

Moi, je ne comprends pas ce choix, oui, je le dis. Encore une fois, quand on voit la proximité que Victor Orban entretient avec la Russie, qui est confrontée, je le répète, à nos propres forces armées. J'ai eu la chance d'être, il y a quelques jours, avec les équipages de la Marine nationale et d'échanger sur la réalité des menaces que notre pays peut affronter. Aujourd'hui, la Russie est un adversaire de la France. Et elle l'a montré face à nos forces armées françaises sur le terrain en Afrique. Elle le montre sur les mers.

Et donc, voilà, aujourd'hui, quand on regarde la réalité de la politique de Victor Orban qui se fait l'allié de tous ceux qui nous menacent, je crois qu'il est difficile. Et je le dis en ayant moi-même soutenu le fait qu'il devait, il y a quelques années, rester au PPE. Mais aujourd'hui, il faut tirer les conséquences de cette trajectoire et dire que nous ne pouvons pas soutenir une politique qui fait le jeu des puissances qui sont aujourd'hui nos premiers adversaires stratégiques.

18:15
Invité

Venons-en, François-Xavier Bellamy, avec vous au contexte politique national, à la préparation de cette élection présidentielle, à la situation de la droite. Vous êtes accusé, là, au sein des LR, d'être trop complaisant vis-à-vis du rassemblement national. Alors, pour expliquer, pour nos auditeurs, vous siégez donc au Parlement européen et à plusieurs reprises, notamment une motion de censure qui visait Ursula von der Leyen, d'autres votes législatifs sur l'immigration. Vous avez pu voter avec d'autres groupes qui appartiennent à la droite nationaliste, souverainiste, qui se rapprochent notamment du rassemblement national.

Par exemple, Jean-François Copé, qui fait partie des Républicains, que vous connaissez bien, dit que vous incarnez le schisme à droite et donc il met en cause cette porosité que vous alimentez entre la droite républicaine et le RN. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

19:08
François-Xavier Bellamy

Écoutez, je viens de vous expliquer ma divergence avec le RN sur deux sujets d'ailleurs, et c'est incident, mais sur la question diplomatique et la stratégie européenne, sur le sujet de la politique budgétaire. Moi, je ne crois pas qu'on puisse aujourd'hui promettre des chèques aux Français alors que nos comptes sont à sec. Maintenant, je n'éprouve pas le besoin de me justifier. Je serais très heureux d'inviter Jean-François Copé au Parlement européen pour lui montrer comment fonctionne la vie de ce Parlement et lui montrer les victoires que nous gagnons au Parlement européen.

19:37
Invité

Les lignes bougent au Parlement européen.

19:40
François-Xavier Bellamy

Le texte sur l'immigration auquel fait référence Jean-François Copé, c'est un texte que nous avons porté, que j'ai porté au nom de mon propre groupe. C'est un texte qui a été défendu par une commission européenne qui appartient à notre famille politique, qui a été soutenue par tout mon groupe. Et si le RN a voté en faveur de ce texte, en effet, c'est parce que ce texte permet d'apporter enfin des solutions sur les questions migratoires. Ces solutions que tous les Français attendent, que tous les Européens attendent. Et donc, moi, je ne vais pas m'excuser que la ligne que je défends soit aujourd'hui soutenue par d'autres forces politiques qui sont contraintes de se rendre à l'évidence.

C'est nous qui apportons les solutions dont les Européens ont besoin. Et permettez-moi de dire une dernière chose. J'ai beaucoup d'estime pour tous ceux qui s'engagent dans ce débat. Et moi, je serai toujours du côté du collectif et je ne passe pas mon temps à attaquer mes propres alliés politiques. Mais le fait est que je pense qu'il faut regarder ce débat avec beaucoup d'humilité. Jean-François Copé, comme ceux qui parfois nous font ce reproche, il a commencé sa carrière politique avec une droite qui était hégémonique dans le pays. Le RPR a eu toutes les responsabilités et lui a exercé toutes les responsabilités, y compris celles de président de cette famille politique.

Quand il a commencé sa vie politique, le Rassemblement National, le Front National à l'époque, était un petit parti. Ça veut dire quoi ? Aujourd'hui, ce parti est à 40% dans certaines enquêtes d'opinion.

20:53
Invité

Donc, il faut travailler avec eux ?

20:55
François-Xavier Bellamy

Non, je ne dis pas du tout ça. Vous dites qu'il n'a pas fait le travail. Je dis qu'il faut peut-être regarder avec un peu plus d'humilité le bilan et quand, de toute évidence, ça n'a pas marché, s'y prendre un peu autrement. Moi, ma conviction profonde,

21:06
Présentateur

c'est que... Ça ne veut dire pas s'y prendre autrement, François-Xavier Bellamy ? Vous nous avez donné vos divergences, mais est-ce que ça veut dire, finalement, si on n'est pas hypocrite, c'est non, jamais, on travaille avec le RN ou, bah oui, il y a quand même des sujets où il faut être lucide, ils ont un poids législatif, ils sont représentés dans des parlements, donc pourquoi pas ? Allons-y.

21:25
François-Xavier Bellamy

Mais non, mais on va avoir une compétition électorale dans un an. Et moi, je crois, ma conviction profonde, que dans cette compétition électorale, notre rôle, c'est d'assumer une ligne claire, la ligne d'une droite qui s'assume. Le RN dit, répète matin, midi et soir, qu'il n'est pas un parti de droite, dont acte ma conviction... C'est pas si vrai. C'est vrai pour Marine Le Pen, c'est moins vrai pour Jordan Bardella. Jusqu'à preuve du contraire, Marine Le Pen est la candidate de ce parti à l'élection présidentielle et a priori, sa figure majeure, je pense que c'est un fait. Mais c'est pas seulement une question d'ailleurs de récit, c'est une question de proposition.

quand le RN propose de continuer avec la politique d'échec qui a ruiné le pays depuis maintenant 15 ans de gouvernance socialiste, avec François Hollande puis Emmanuel Macron. Moi, je pense qu'il faut combattre le socialisme partout, y compris au RN. Et je crois que notre devoir, c'est d'incarner une alternative. Et c'est ce que nous allons faire. Et ma conviction profonde, c'est que quand la droite est fidèle à sa responsabilité, quand elle propose des solutions qui fonctionnent, quand elle a un programme capable de convaincre les Français, alors le RN sera moins fort

22:24
Invité

qu'il ne l'est aujourd'hui. L'alternative de la droite, ça peut être une candidature unique du centre et de la droite. On voit qu'il y a de plus en plus de voix qui se positionnent en faveur d'un rassemblement, y compris chez LR. Qu'est-ce que vous en pensez ?

22:36
François-Xavier Bellamy

Mais moi, je crois au rassemblement de tous les électeurs qui veulent l'alternance pour le pays. Et donc, il faut évidemment rassembler largement. Il faut rassembler largement. Mais rassembler, ça ne veut pas dire se diluer. Et surtout, ça ne veut pas dire se compromettre avec ceux qui ont mis le pays dans la crise où il se trouve aujourd'hui. En 2027, les Français vont chercher une alternance au macronisme et certainement pas une continuation.

22:57
Présentateur

C'est terminé. Merci François-Xavier Védamy,

22:59
François-Xavier Bellamy

eurodéputé Les Républicains d'avoir été avec nous ce matin.

23:01
Présentateur

Merci Mathilde Sirop.