"Une proportion significative des arbres est en train de mourir", alerte le microbiologiste Francis Martin
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:09OuverteRéponse directe
Quel est le rôle des forêts dans la lutte contre le réchauffement climatique ?
- 1:41OuverteRéponse directe
Comment va la forêt française face aux canicules ?
- 2:58OuverteRéponse directe
Les arbres transpirent comme nous vraiment ?
- 3:32OuverteRéponse directe
Trouvez-vous que les arbres sont particulièrement en danger cette année ?
- 4:21OuverteRéponse directe
La chaleur et la sécheresse modifient aussi la biodiversité. Est-ce que les arbres sont plus menacés par les insectes aujourd'hui ?
- 5:20OuverteRéponse directe
Est-ce que les parasites prolifèrent ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:14InvitéFait
« Elles jouent un rôle qui est assez fondamental pour la captation du carbone et c'est vrai qu'elles ont depuis tout le temps accumulé à la fois du carbone et puis en même temps, elles ont cette capacité à le conserver pendant très très longtemps. »
- 2:16PrésentateurFait
« Et qui avait fait 15 000 morts. »
- 3:04InvitéChiffre
« Un chêne adulte, il va pomper dans le sol, pas loin de 600 à 800 litres. »
- 3:45InvitéFait
« Il y a une proportion significative des arbres qui sont en train de mourir. »
- 4:18InvitéChiffre
« Ça va dix fois plus vite que dans les conditions passées. »
- 8:21PrésentateurChiffre
« Il y a 47 000 hectares qui sont partis en fumée. »
- 10:09PrésentateurChiffre
« Dans 90% des cas, c'est l'homme. »
- 18:42InvitéChiffre
« On est à à peine 2 mètres cubes par hectare et par an. »
- 19:10InvitéChiffre
« Quand je suis arrivé à l'ONF, il y a un peu plus de 20 ans, en forêt de Rambouillet où je travaillais, on était à un accroissement annuel de 4 mètres cubes par hectare et par an. »
- 24:07InvitéChiffre
« aujourd'hui, au moment où je vous parle ici à Nancy, on a eu 10 millimètres d'eau cette année »
Temps de parole
- Invité50 %
- Invité 227 %
- Présentateur18 %
- Présentateur 23 %
- Auditeur2 %
≈ 6,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
France Inter, Christelle Rebière, le 6-9. 7,8 millimètres d'eau au mois de juillet, le mois le plus sec depuis le début des relevés en 1959. Des incendies qui repartent de plus belle, on l'entend dans le Gard, en Gironde, même en Bretagne. Plus de 47 000 hectares ont été ravagés par les flammes depuis le début de l'année. Une troisième vague de canicules, la forêt, est en première ligne face au réchauffement climatique et les arbres souffrent. Comment se protègent-ils ? Peuvent-ils se régénérer ? Va-t-on devoir s'habituer à voir nos paysages disparaître ? On va faire une balade virtuelle en forêt avec nos invités qui sont des scientifiques passionnés et passionnants.
Laurent Tillon, responsable de la biodiversité à l'ONF, l'Office National des Forêts, auteur l'an dernier d'un merveilleux livre « Être un chêne » sur son arbre préféré. Bonjour Laurent Tillon. Bonjour Christelle. Et puis nous sommes en ligne avec Francis Martin, directeur du laboratoire Arbre de l'INRA, l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement. Bonjour M. Martin.
Bonjour.
Et bien sûr, nous comptons sur vos questions au standard au 01 45 24 7000. Appelez-nous dès maintenant. D'abord, quel est le rôle des forêts dans la lutte contre le réchauffement climatique ? On dit que c'est le deuxième plus gros réservoir de carbone de la planète après les océans Laurent Tillon.
Oui, c'est exactement ça. Elles jouent un rôle qui est assez fondamental pour la captation du carbone et c'est vrai qu'elles ont depuis tout le temps accumulé à la fois du carbone et puis en même temps, elles ont cette capacité à le conserver pendant très très longtemps. Donc c'est vrai qu'elles jouent un rôle assez fondamental par rapport à ce qu'on est en train de vivre aujourd'hui.
La France compte près de 17 millions d'hectares de forêts, soit un tiers de son territoire. Comment va-t-elle ?
Elle a soif et elle a chaud en fait. Il y a les deux phénomènes qui jouent, c'est-à-dire qu'elles ont habituellement subi des coups de chaud, habituellement subi des...
C'est ce que je voulais dire, ce n'est pas la première fois.
Ce n'est pas la première fois. Le problème, c'est qu'elles se cumulent avec des intensités qui deviennent de plus en plus fortes depuis une vingtaine d'années. On l'a constaté notamment en 2003. C'est vrai que ça nous avait tous marqué cette grosse canicule qui avait marqué la France, qui nous avait effectivement tous affectés.
Et qui avait fait 15 000 morts.
Qui avait fait 15 000 morts. Elle avait aussi affecté les arbres en changeant un petit peu leur manière de réagir. C'est-à-dire qu'on avait vécu presque un automne anticipé avec des arbres qui avaient perdu leurs feuilles dès le mois de juillet.
On commence à le voir d'ailleurs déjà.
Exactement. Il suffit d'ailleurs d'aller dans beaucoup de lisières forestières pour voir des arbres qui ont déjà pris les couleurs brunes. C'est assez typique des arbres qui effectivement à un moment se débarrassent des feuilles. Simplement parce que les feuilles sont la porte d'entrée des échanges entre l'atmosphère et puis l'arbre lui-même. Et que c'est par là aussi que l'arbre évapotranspire, qu'il perd tous ses fluides. Et c'est ça l'un des enjeux forts pour l'arbre. C'est d'arriver à éviter les pertes de fluides.
Ça, ça m'intéresse effectivement. Francis Martin, les arbres transpirent comme nous vraiment ?
Un chêne adulte, il va pomper dans le sol, pas loin de 600 à 800 litres. Certains très vieux chênes, 1000 litres d'eau par jour. Donc c'est une pompe extraordinaire. Ils ont besoin d'avoir des quantités d'eau dans le sol extrêmement importantes. Et c'est ce flux d'eau qui monte vers la cime, qui monte vers les feuilles, qui assure le bon fonctionnement de l'arbre. C'est dans cette eau pompée dans le sol que l'arbre va puiser ses éléments nutritifs, entre autres.
Et vous aussi, vous trouvez que les arbres sont particulièrement en danger cette année ?
Partout où on se promène, dans les Vosges, dans le Jura, dans les Alpes, on constate des dépérissements extrêmement importants. Il y a une proportion significative des arbres qui sont en train de mourir. Donc oui, ils souffrent énormément. Ils ont eu chaud, comme disait Laurent. Ils ont eu ces vagues de chaleur en 2018, 2019, 2020, cette année encore. Une vague de chaleur en mai et puis des sécheresses prolongées en juin, juillet, août. C'est une vraie catastrophe pour ces organismes qui sont pourtant extrêmement résistants et résilients, qui sont sur notre planète depuis quasiment 200 millions d'années. Donc ils en ont vu passer des changements climatiques.
Ils en ont vu d'autres, on a envie de dire.
Ils en ont vu d'autres. Et là, ça va très vite. C'est ça le problème. Ça va dix fois plus vite que dans les conditions passées.
Francis Martin, la chaleur et la sécheresse modifient aussi la biodiversité. Est-ce que les arbres sont plus menacés par les insectes aujourd'hui ?
Évidemment, quand un arbre meurt de soif ou souffre de la sécheresse, ses défenses immunitaires sont affaiblies. Et les insectes, comme les scolites, ont une porte d'entrée extraordinaire. Ils vont pouvoir dévorer les tissus de la plante, l'attaquer. Donc oui, les arbres affaiblissent, comme d'ailleurs les humains. Quand le système immunitaire humain est affaibli, on n'est plus sensible aux attaques de parasites. Les arbres, c'est exactement la même chose. Ils ont un système immunitaire extrêmement sophistiqué, quasiment aussi sophistiqué que le nôtre. Mais il a besoin, ce système immunitaire, pour fonctionner correctement, d'avoir de l'énergie, des éléments nutritifs, de l'eau.
Et quand les arbres en sont privés, leur résistance est affaiblie. Ils sont attaqués par une quantité importante de parasites.
Oui, justement Laurent Tillon, est-ce que les parasites prolifèrent ?
Certains parasites prolifèrent en effet. Il faut imaginer que tout ce qui se passe, toute l'énergie qui est nécessaire à la vie de l'arbre, se situe au niveau de la feuille. En fait, la feuille, c'est vraiment le point d'entrée privilégié pour notamment la fabrication, déjà la captation de tous les éléments de l'atmosphère que l'arbre va utiliser, mais aussi le réagencement avec les oligo-éléments qui viennent du sol, via l'eau qui les transporte, pour fabriquer toutes les molécules dont l'arbre a besoin. Celles qui lui permettent de construire des tissus comme le bois, mais aussi celles qui lui permettent de se défendre.
En fait, ce qui se passe, c'est qu'avec les périodes de sécheresse, l'arbre est un peu obligé de fermer les fenêtres. Donc, de limiter les échanges gazeux pour constituer toutes les molécules dont il a besoin, notamment les molécules de défense. Même dans certains cas, on l'évoquait juste avant, les arbres peuvent se débarrasser de certaines feuilles. Donc, ils n'ont plus tout à fait la capacité de se défendre face aux insectes qui sont susceptibles, eux, d'être présents dans le milieu à la même période, c'est-à-dire en ce moment. Le problème, c'est que ces insectes, une fois qu'ils arrivent sur le bois qui n'a plus la possibilité de se défendre, l'insecte va arriver dessus, va pondre.
Ensuite, les larves vont se nourrir du bois à l'intérieur, puis ne vont plus être régulées par le système de défense de l'arbre, voire les prédateurs ou les parasites de ces mêmes insectes. Donc, ils se multiplient. Et puis, de génération en génération, ils deviennent du coup de plus en plus nombreux puisqu'ils ont affaire à moins de résistance de la part du milieu forestier.
Est-ce que vous diriez que l'équilibre est rompu ?
L'équilibre, en ce moment, en tout cas, il est délicat à trouver entre ces phases de défense nécessaires pour la survie des arbres et en même temps, la capacité de la forêt de manière globale à être plus résiliente. Ça va dépendre des écosystèmes forestiers. En gros, les écosystèmes forestiers très simplifiés, par exemple les monocultures, sont beaucoup plus soumises aux chocs liés aux événements climatiques qu'on subit et aux attaques parasitaires associées que les forêts très très riches en biodiversité qui, elles, au contraire, sont capables de compenser la disparition d'un individu par l'émergence d'une régénération naturelle et le remplacement par d'autres espèces.
Francis Martin, vous qui travaillez à l'INRA, est-ce qu'on peut planter des arbres plus résistants à la sécheresse ? Est-ce qu'il y a des essences plus résistantes sur lesquelles on pourrait miser aujourd'hui ?
Dans les écosystèmes méditerranéens en particulier, il y a des espèces d'arbres qui ont la capacité d'envoyer leurs racines très profondément à plusieurs dizaines, voire à plusieurs vingtaines, 30 mètres, 40 mètres dans le sol et donc aller puiser l'eau. Mais ces espèces, ce serait simpliste de vouloir aller chercher dans le pourtour méditerranéen, dans le sud de la France, ces espèces pour les ramener à Paris ou dans le Grand Est. Les écosystèmes sont très compliqués et donc on ne peut pas se faire de la migration d'arbres aussi facilement qu'on peut l'imaginer.
Venons-en aux incendies. Un tiers des forêts est classé sensible au risque d'incendie. Il y a 47 000 hectares qui sont partis en fumée. C'est à peu près 4 fois Paris depuis le début de l'année. Concrètement, ça signifie quoi pour l'ONF, Laurent Tillon ?
Ça signifie une attention de tous les instants, mais qui n'est pas nouvelle. Depuis très longtemps, on a notamment un service de défense des forêts contre les incendies qui fait un travail assez extraordinaire de prévention, de préparation des forêts face au risque d'incendie, en particulier sur le pourtour méditerranéen. Et donc, il y a un tas de dispositifs qui sont préexistants, notamment après pour tout ce qui concerne la lutte s'est organisé par les préfets qui permettent de faire la jonction, notamment avec les services de pompiers départementaux.
Qu'est-ce que vous pouvez faire de manière préventive ?
De manière préventive, en fait, il y a d'abord être très attentif à la manière de gérer les forêts, en tenant compte de la nécessité d'avoir des pare-feux. Ensuite, il y a des dispositifs préexistants qu'il convient absolument de mettre en œuvre, et notamment, ça fait partie du travail de l'ONF, dans certains cas, mais pas seulement de l'ONF, de vérifier notamment que les obligations légales de débroussaillement qui permettent de protéger les habitations sont bien mises en œuvre. Ça, c'est quelque chose d'assez fondamental, mais c'est une vraie lutte de tous les instants.
Et là, il n'y a pas assez de bras pour contrôler, j'imagine.
C'est compliqué. On vit une période un peu difficile, en effet. Donc, c'est un sujet qui est particulièrement important. Et puis, il y a un travail de prévention qui est énorme. En fait, là, actuellement, on a beaucoup de forestiers, sapeurs et des sapeurs-pompiers qui sont sur le terrain, non pas pour gérer les feux actuels, mais pour prévenir, aller au-devant du public, parce qu'en fait, il y a aussi beaucoup de nos comportements qui sont à l'origine des incendies, la plupart des incendies...
Dans 90% des cas, c'est l'homme.
C'est d'origine humaine, des fautes d'inattention. Même, moi, ça m'est arrivé il n'y a pas très longtemps encore de voir quelqu'un, par la fenêtre de sa voiture, jeter un mégot sur le bas-côté d'une autoroute. C'est impensable d'imaginer continuer à avoir ce type de comportement aujourd'hui. Donc, ça, ça fait partie du travail de prévention.
Mais vous avez l'impression qu'il y a quand même une prise de conscience ?
Elle n'est pas si évidente que ça, non. Moi, j'ai quand même le sentiment que les gens entendent parler du changement climatique, beaucoup ne le comprennent pas, n'ont pas vraiment compris exactement ce que ça voulait dire et on ne voit pas forcément beaucoup de changements de comportement. Ceux qui sont déjà sensibles à l'environnement commencent à changer leur comportement. Ce n'est pas le cas de toute la population.
Le problème aussi, c'est que les trois quarts de la forêt appartiennent à des forestiers privés qui n'ont pas forcément les moyens de l'entretenir. Comment faire ?
Alors ça, c'est un sujet qui est aussi très délicat. Alors là, je ne suis pas le mieux placé pour en parler, mais il y a quand même des dispositifs qui sont existants. Toutes les grandes propriétés forestières sont quand même soumises à des plans de gestion, des obligations de les aménager, d'intégrer les différents enjeux propres à ces forêts dans l'organisation de la gestion sur le long terme. Donc, ils ne sont pas non plus totalement sans ressources pour gérer l'ensemble des problématiques liées à la forêt.
On va prendre une première question au standard. Boris nous appelle des Hautes-Alpes. Bonjour Boris. Oui, bonjour. Vous êtes berger ? Oui, moi je suis éleveur berger. Je viens de m'installer avec un petit troupeau de brebis dans les Hautes-Alpes, dans les Baronies Provençales. Oui. Et on a un problème avec la direction de l'ONF qui refuse des conventions de pâturage dans des zones boisées, alors que les techniciens de terrain sont complètement OK avec ça. ce qui pourra notamment réduire les impacts des potentiels incendies qu'il peut y avoir dans ces régions, notamment cette année qui est particulièrement vulnérable à ce sujet.
Et du coup, ma question, c'est pourquoi ce refus dogmatique de la direction de l'ONF du 05 ? Laurent Sillon vous répond.
Alors, c'est un peu délicat parce que je ne suis pas à la place... Vous n'êtes pas patron de l'ONF. Voilà, je ne suis pas le patron de l'ONF, donc ça va être un petit peu compliqué. Tout ce que je peux vous dire, par contre, c'est que dans les différentes décisions qui sont prises quand même par l'ONF, il y a tout un tas d'enjeux qui doivent être pris en compte et probablement que mes collègues qui s'occupent de cette problématique-là sont confrontés aussi à d'autres enjeux qui doivent être intégrés à la réflexion. Mais par ailleurs, de toute façon, on arrive à une période qui va nous inviter à réfléchir et à raisonner peut-être encore différemment la manière de gérer nos forêts.
Encore une fois, par exemple, être très attentif effectivement au risque incendie, ça va devenir un risque prioritaire. D'ailleurs, le Sénat a fait des propositions en ce sens-là il y a encore deux jours seulement. Il a fait des recommandations pour mettre vraiment en avant le risque incendie, d'une part. Et puis, par ailleurs, c'est une démarche qui est engagée depuis déjà plus de 30 ans, mais laisser beaucoup de place aussi à la biodiversité et à la résilience naturelle des écosystèmes forestiers.
En fait, à force d'observer les écosystèmes, on a aujourd'hui au sein de l'ONF des réseaux naturalistes, c'est-à-dire des gens qui sont à la fois forestiers et qui en même temps ont une compétence sur la biodiversité et qui observent ce qui se passe. Et on se rend compte que les forêts qui sont les plus riches en biodiversité, qui sont proches de ce que ferait la nature, ce sont aussi les forêts qui sont les plus résistantes à tous les aléas, que ce soit des aléas climatiques, notamment liées aux sécheresses, notamment liées à des tempêtes par exemple. Elles tiennent plus facilement debout et puis elles ralentissent aussi la propagation des incendies.
Donc, c'est des démarches qu'on a déjà engagées. La difficulté, c'est qu'on est sur des écosystèmes qui mettent du temps à se mettre en place et à s'installer.
Et du temps, on n'en a pas en fait.
Et du temps, le problème, voilà, c'est comme le disait Francis tout à l'heure, en fait, les choses vont très très vite et on est un petit peu pris par le temps.
Francis Martin, la forêt est quand même aussi très résiliente. Les pains par exemple protègent leurs graines dans les pommes de pain, elles ne brûlent pas et c'est ainsi que les arbres peuvent repartir un peu plus loin. C'est assez fascinant quand même.
Oui, il y a plusieurs espèces d'arbres et de plantes pyrophytes qui aiment le feu et qui sont complètement adaptées à ces écosystèmes qui sont parcourus par les incendies régulièrement. Et donc, les pains, effectivement, conservent leurs graines dans leurs cônes et il faut le passage du feu pour favoriser l'explosion de ces cônes. Les graines, ainsi, tombent sur le sol. Les cendres sont un milieu extrêmement riche et donc la germination des plantes, des pains, des pains de ces jeunes pains vont pouvoir se développer. Donc, il y a plusieurs espèces comme ça qui sont adaptées.
Les chênes verts dans le sud de la France, dans la garrigue méditerranéenne, sont également parfaitement adaptées au passage du feu qui fait partie, en fait, du cycle écologique complexe, certes, mais qui fait partie du cycle écologique et qui va favoriser ces plantes. Mais le problème actuellement, c'est qu'on a à la fois une déprise agricole, il y a moins d'éleveurs, comme le berger que nous voulons d'entendre, ils sont de moins en moins nombreux. Et donc, en fait, la garrigue, le maquis s'étend, les villes également s'étendent. Et là, on est dans une zone à très haut risque où les habitations sont au milieu des pilates, les habitations sont au milieu de la garrigue.
Et quand il y a un incendie, c'est une vraie catastrophe.
Laurent Tillon ?
Oui, comme le disait Francis, c'est vrai que les systèmes qui ont été incendiés sont plus résilients qu'on ne pourrait l'imaginer. En fait, on a des surprises, notamment liées à des incendies qui ont lieu dans les années 80-90 et sur lesquelles on a fait des observations naturalistes. Et on s'est rendu compte que beaucoup d'espèces revenaient et qu'il y avait une dynamique d'espèces pionnières qui était très très forte. Et puis, notamment, des semis qui revenaient juste derrière l'incendie dès l'année suivante. Là, ce qui peut être un petit peu différent quand même, c'est qu'on a affaire à des méga-feux sur des surfaces considérables avec une intensité qui a été très très forte.
Donc, probablement que l'humus, que le sol a presque intégralement brûlé. Et là, on se retrouve sur quasiment la roche-mer avec la nécessité pour les plantes de reconstituer l'humus qui est nécessaire
à la continuité forestière.
Eh bien, ça peut prendre très longtemps. On est sur des systèmes forestiers pour certains d'entre eux qui ont mis 150 ans à se mettre en place pour constituer les premiers humus. Donc, ça ne va pas être pour demain. Ça va prendre du temps.
Ça veut dire que ça va prendre du temps, par exemple, toute la forêt qui a brûlé derrière la dune du Pilar ?
Ça veut dire que ça va être très compliqué et qu'il va falloir qu'on réfléchisse collectivement à la forêt qui va succéder à l'incendie. Peut-être que la forêt de Pins va devoir laisser sa place à une forêt plus biodiverse de manière à lui donner plus de résilience à l'avenir.
Francis Martin, vous voulez ajouter quelque chose ?
Oui, c'est ça. Autour de la dune du Pilar, en Aquitaine, c'est compliqué parce que les sols sont extrêmement pauvres. C'est essentiellement des sables. Donc, les gestionnaires forestiers, les forestiers, qu'ils soient privés ou de l'ONF, ont relativement peu de choix. À part les Pins, il n'y a pas grand-chose qui peut pousser sur ces sols extrêmement pauvres. Et puis, finalement, ils ne sont pas si mal adaptés, les Pins qu'on connaît dans cette grande forêt, puisqu'ils peuvent perdre 50% à 70% de leurs aiguilles, de leurs houppiers, de leurs canopées.
On a Stéphane aussi qui vient de nous appeler au standard 0145 24 7000. Bonjour Stéphane.
Oui, bonjour.
Vous avez une question à poser à nos invités. On vous écoute.
Oui, alors je vous appelle de Autrive dans la Drôme. Et ce qui est important, enfin en tout cas à mon sens, c'est ce climat qui change de manière accélérée. comment l'ONF et l'INRAE travaillent ensemble pour adapter la forêt de demain à ce changement climatique accéléré. Moi qui suis ébéniste, ça m'importe de voir avec quel bois les collègues dans 15, 20 ans, 30 ans ou 50 ans vont travailler.
On commence par vous Laurent Tillon.
Oui, j'apporterai deux éléments de réponse. Le premier, c'est qu'on a mis en place depuis les années 80 des dispositifs qui nous permettent de mesurer l'évolution des bois de manière très très fine. L'évolution des arbres. Et ce qu'on a pu constater, c'est que dans beaucoup de forêts, la plupart des essences forestières diminuent leur niveau de productivité annuel depuis les années 2000. En fait, ça fait 20 ans que les arbres poussent moins vite. Donc, on sait que dans... C'est-à-dire qu'on entend beaucoup...
Non mais ça, vous le liez directement au réchauffement climatique ?
C'est lié au réchauffement climatique et à la diminution de la quantité d'eau dont bénéficient les forêts. C'est-à-dire qu'en fait, l'eau est indispensable à la croissance de l'arbre. S'il n'y a pas d'eau, il pousse moins vite.
Comme pour nous.
Exactement. Pour vous donner juste deux chiffres qui sont à comparer, quand je suis arrivé à l'ONF, il y a un peu plus de 20 ans, en forêt de Rambouillet où je travaillais, on était à un accroissement annuel de 4 mètres cubes par hectare et par an. Le chiffre a son importance quand on le compare à aujourd'hui. On est à à peine 2 mètres cubes par hectare et par an. C'est-à-dire qu'en fait, les arbres poussent deux fois moins qu'il y a 20 ans. Donc ça, c'est un premier élément qui est à prendre en compte. On sait qu'à l'avenir, tout miser par exemple sur le bois, ça va poser un problème d'approvisionnement. De toute façon.
Le deuxième élément qui est important, c'est que vous citiez justement le travail collaboratif. Avec l'INRAE, avec la forêt privée et puis donc la forêt publique, on travaille de concert depuis des années pour commencer à préparer justement les forêts à ce qui est en train d'arriver et à l'avenir qui nous attend. Et on a notamment des outils, je vais en citer un, Climessence, qui est un outil qui est accessible d'ailleurs à tout le monde sur Internet et qui permet de prédire à la fois la manière dont vont évoluer avec des scénarios optimistes et des scénarios pessimistes tous nos paysages, c'est-à-dire en gros, quel va être le niveau de sécheresse un petit peu partout en France.
Et face à ça, quelles sont les possibilités, pourquoi pas justement, d'implanter des espèces qui permettront d'assurer l'avenir des forêts de demain ?
Justement, Francis Martin, vous en êtes où à l'INRA pour répondre à la question que posait Stéphane ?
Ce qu'il faut bien rappeler, c'est que l'INRA, l'ONF et puis les gestionnaires de la forêt privée travaillent ensemble depuis une bonne vingtaine d'années. Le laboratoire d'excellence Arbre que j'anime ici à Nancy, c'est bien un consortium de scientifiques et de gestionnaires forestiers qui travaillent ensemble pour essayer de proposer des scénarios afin d'étenuer l'effet du changement climatique.
Et comment on peut l'adapter cette forêt rapidement ?
En sachant que les arbres
poussent deux fois moins vite.
À la fois, les arbres peuvent, dans certains écosystèmes, pousser moins vite, mais globalement, la forêt s'étend. Et puis surtout, il faut aller vers une, comme Laurent le précisait, il faut aller vers une forêt multimonctionnelle avec des arbres d'âge différent, respecter la biodiversité, favoriser le cortège de micro-organismes, champignons, bactéries qui vivent et qui aident les plantes à survivre et à s'adapter. Donc là, il faut d'abord bien décrire la complexité de ces écosystèmes forestiers. Et une fois qu'on commence à comprendre comment ils fonctionnent, eh bien, c'est de faire des propositions, mais on va aller vers une forêt plutôt diversifiée. Plus qu'aujourd'hui ?
Plus qu'aujourd'hui, oui. C'est-à-dire que, j'espère en tout cas que la politique va se mettre en place de faire disparaître les plantations monospécifiques où il y a une seule espèce d'arbre, tous du même âge, parce que ces dispositifs, ces grandes plantations, c'est quasiment comme des champs de maïs. Ils sont extrêmement sensibles au réchauffement climatique, à la sécheresse, à la chaleur et aux attaques des parasites.
Oui, mais ça, c'est un enjeu important pour toute la filière bois, quand même.
Absolument, oui. Il faut vraiment que les plans de relance pour favoriser la forêt qui sont mis en place par le gouvernement favorisent cette forêt diversifiée qui serait générée naturellement et surtout pas financée de larges plantations toutes identiques.
Laurent Tillon, je vous vois opiner du chef.
Non, mais c'est une réalité. C'est-à-dire qu'en fait, il faut avoir en tête deux éléments. Le premier, c'est que des arbres qui poussaient dans des forêts avec des hauteurs pouvant atteindre 40-45 mètres, ça va probablement être la fin. C'est-à-dire que dans ces forêts-là, les arbres ne pourront plus avoir ces tailles-là. Donc, les paysages forestiers vont changer. C'est évident.
Donc, vous êtes en train de nous expliquer, Laurent Tillon, que les paysages que l'on connaît aujourd'hui vont disparaître.
Ils ne vont pas disparaître. Ils vont changer. C'est-à-dire que possiblement, dans des endroits où vous avez de belles chaînées avec des arbres de 45 mètres, vous aurez toujours du chêne. Mais ils seront moins hauts. Ils feront 20-25 mètres parce qu'ils n'auront plus l'eau qu'il y avait auparavant pour atteindre des hauteurs de 45 mètres. Et le deuxième élément, comme le disait Francis, ce qui est très important, c'est que la biodiversité, au final, on se rend bien compte que c'est le moteur de tout. C'est le moteur de la productivité des arbres. Et qu'il vaut mieux aller vers des forêts très riches en biodiversité.
C'est ça qui va nous permettre d'avoir à nouveau des forêts à l'avenir qui seront encore en capacité de produire du bois, notamment.
À quoi va ressembler donc le paysage demain pour conclure, Francis Martin ?
C'est très difficile de prévoir. En fait, on est en pleine incertitude. On a plusieurs scénarios possibles, mais on imagine, là aujourd'hui, comme ça va beaucoup plus vite qu'on l'imaginait, qu'on le pensait, qu'on va vers une forêt de type méditerranéenne au nord de la Loire. Ce n'est pas impossible que dans 50 à 100 ans, on ait la forêt qui est aujourd'hui le maquis et la garrigue du sud de la France.
Ça me paraît impensable dans 50 ans, mais c'est demain.
Oui, c'est demain. C'est demain, mais il faut bien réaliser qu'aujourd'hui, au moment où je vous parle ici à Nancy, on a eu 10 millimètres d'eau cette année, c'est-à-dire la quantité d'eau qui normalement tombe sur le Var, sur la côte d'Azur.
Voilà, il y aura de la garrigue dans le nord de la France et ce sera le mot de la fin. Merci à vous deux, c'était passionnant. On vous aurait encore gardé un petit quart d'heure si on n'avait pu. Merci Laurent Tillon, auteur de « Être un chêne » chez Actes Sud que je vous recommande vraiment de lire. C'est une déclaration d'amour à un chêne de 240 ans. Et merci à vous, Francis Martin, auteur de « Les arbres aussi font la guerre » aux éditions Humaine Science. Bonne journée à vous deux.
Merci beaucoup. Au revoir.