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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 9 juillet 2024 22 min

Yaël Braun-Pivet appelle à une "alliance programmatique" pour travailler sur "cinq sujets"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

La France est-elle ingouvernable ? La question se pose toujours et sans doute plus que jamais, deux jours après les résultats de ces élections législatives, pas comme les autres. Et nous recevons ce matin celle qui fut pendant deux ans la présidente d'une Assemblée nationale déjà inédite. Bonjour Yael Bonne-Pivet. Bonjour. Vous avez été réélu dimanche dans la cinquième circonscription des Yvelines sous l'étiquette Ensemble, c'est-à-dire le camp présidentiel. Comme d'habitude, j'attends les questions, les réactions, les vôtres auditeurs d'Inter au 01 45 24 7000 et sur l'application France Inter.

Yael Bonne-Pivet, je le disais, vous qui avez présidé cette Assemblée déjà quasi ingérable, la situation vous paraît-elle ce matin encore plus compliquée qu'avant ?

0:47
Yaël Braun-Pivet

La situation est très complexe, c'est le choix des Français de ne donner de majorité à personne, à aucun camp, que ce soit le camp du Nouveau Front Populaire, le camp du Rassemblement National ou le Bloc Central. Et donc, ils se sont exprimés en masse aussi. On ne peut pas considérer que cette élection s'est faite sans les Français. Les Français ont été aux urnes. Ils ont désigné cette Assemblée nationale. Et vous savez, en 2022, je disais, maintenant, notre devoir en tant qu'élu, c'est de respecter ce choix et de la faire fonctionner.

Et donc, plus que jamais, je redis cela, notre devoir en tant qu'élu, c'est de respecter le choix des Français tels qu'ils résultent des urnes et de faire fonctionner l'Assemblée et d'avoir un gouvernement pour la France. Les Français nous ont élus pour cela, pour agir et non pas pour avoir des querelles et pour ne rien faire et pour avoir un immobilisme qui serait mortifère.

1:41
Présentateur

Mais tout de même, l'immobilisme, on y est pour combien de temps ? C'est impossible à dire ce matin. Mais Edouard Philippe dit au lieu de clarification, cette dissolution a accouché d'une grande indétermination. Votre ancien homologue, président du Sénat, Gérard Larcher, dit « Emmanuel Macron nous a précipité dans une instabilité politique gravement préjudiciable. » Est-ce que cette opération clarification est un échec ?

2:01
Yaël Braun-Pivet

Vous savez, moi, je ne pense pas comme ça. Je suis une femme de conviction et d'action. Moi, quand je vois une situation, quelle qu'elle soit, je fais avec et j'avance. Parce qu'on peut se lamenter pendant des siècles sur le fait de savoir est-ce que c'était une bonne idée, est-ce qu'il fallait le faire, est-ce que c'était le bon moment, etc. C'est fait. C'est ainsi. L'Assemblée nationale est élue. Et maintenant, il faut aller de l'avant. Il faut agir. À nouveau, nous ne pouvons pas nous permettre de ne rien faire. Donc, à nous de prendre nos responsabilités. Et moi, j'appelle chacun à prendre les siennes. Le blocage n'est pas une solution. Les Français se sont exprimés.

L'Assemblée nationale ne peut plus être dissoute. Donc, c'est l'Assemblée nationale qui va être la nôtre. Pas la mienne. Pas la vôtre. Vous dites, vous aussi, vous partagez ce constat.

2:50
Présentateur

Le cœur de la vie politique française, aujourd'hui, n'est plus à l'Elysée. C'est le Parlement.

2:54
Yaël Braun-Pivet

Alors, vous savez, en 2022, on disait aussi. Maintenant, c'est l'Assemblée nationale qui est au cœur de la vie démocratique. Moi, je l'ai toujours cru. Moi, j'ai toujours plaidé pour une Assemblée nationale qui a des pouvoirs renforcés. J'ai même écrit un rapport plaidoyer pour un Parlement renforcé en 2020 ou 2021.

3:12
Présentateur

Donc, ça y est, on y est peut-être.

3:13
Yaël Braun-Pivet

Je suis constante sur cette ligne. Un Parlement puissant qui représente les Français dans leur diversité. Maintenant, il faut en faire quelque chose de ce Parlement qui représente les Français dans leur diversité. Donc, il faut qu'on le fasse fonctionner. Il faut que nous innovions. Il faut que nous sachions construire des regroupements sur des projets, sur une feuille de route. Et je pense que nous pouvons y arriver. En tout cas, moi, je l'ai fait pendant deux ans à la tête de l'Assemblée nationale, dans cette Assemblée qui n'avait pas de majorité. Et moi, je pense que l'on doit le faire. Ça n'est à nouveau pas une option.

3:46
Présentateur

Alors, vous, vous dites regroupement. Vous dites coalition. Avec qui ? Ça, c'est la grande question. Vous allez pouvoir nous le dire. Mais pourquoi, tout simplement, d'abord, ne pas donner les clés au Nouveau Front Populaire, qui est la première force politique aujourd'hui dans cette nouvelle Assemblée nationale et qui veut gouverner ?

4:01
Yaël Braun-Pivet

Alors, j'entends que le Nouveau Front Populaire veut gouverner. Mais lorsque l'on regarde l'Assemblée nationale, on voit que le Nouveau Front Populaire représente 32% de l'Assemblée nationale. 32% de l'Assemblée nationale. Il est très, très loin de la majorité. On n'est pas, comme par exemple, sous Michel Rocard, avec une majorité relative à quelques sièges.

4:22
Présentateur

Pour avoir la majorité à l'Assemblée nationale, il faut 289 sièges. Donc, on est très, très loin.

4:28
Yaël Braun-Pivet

Il ne représente pas la moitié des Français, pas la moitié de l'Assemblée nationale. Donc, mathématiquement, ils ne peuvent pas prétendre gouverner à eux tous seuls. Mais ce constat, il faut le faire pour le Bloc Central qui, mécaniquement, a également 30% des voix à peu près et ne peut pas gouverner à lui tout seul. Et le Rassemblement national a encore moins que 30% des voix, peut-être un peu moins de 25%. Des sièges. Des sièges. Et donc, ne peut pas gouverner à lui tout seul. Donc, on est face à cette situation où soit chacun se dit, moi, je vais gouverner tout seul en représentant que 30% des gens. Ce qui, d'un point de vue démocratique, est extrêmement problématique.

Soit, nous parvenons à construire une feuille de route commune. Feuille de route commune qui ne veut pas dire que nous sommes d'accord sur tout. Qui ne veut pas dire que c'est insatisfait sur tout ce qui a été fait auparavant. Ça ne veut pas dire qu'on se marie pour les 20 prochaines années. Mais on peut très bien se dire, pour un an, voilà ce que les Français nous ont dit. Pouvoir d'achat, sécurité, organisation d'État, simplification. On prend cinq chantiers et on se dit, ces cinq chantiers, on les traite ensemble.

5:31
Présentateur

Encore une fois, il n'y a pas eu une forme de lecture des institutions à géométrie variable. Vous aviez aussi, vous, qu'en présidentiel, une majorité relative en 2022, même si elle était plus importante que celle dont dispose le nouveau Front populaire aujourd'hui. Et vous avez gouverné en créant des majorités texte par texte. Vous avez réussi à faire passer une soixantaine de textes. Pourquoi ne pas laisser sa chance au nouveau Front populaire s'il dit qu'il peut y arriver ?

5:55
Yaël Braun-Pivet

Il ne vous aura pas échappé, d'une part, que nous avions, nous étions beaucoup plus représentatifs. 250, vous étiez. Effectivement, on était 250, donc beaucoup plus proches.

6:04
Présentateur

Vous étiez quand même un 50 député.

6:06
Yaël Braun-Pivet

Mais on était beaucoup plus proches de la majorité absolue. Et ensuite, nous avions en face de nous des oppositions qui étaient incapables de se coaliser et de représenter une majorité alternative. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Si nous, nous sommes capables, si nous construisons une alliance programmatique sur une année, sur 18 mois, avec les centristes, l'UDI et les Républicains, nous sommes capables de représenter une autre force politique alternative. Donc là, nous ne sommes absolument pas dans la même situation.

6:39
Présentateur

Vous, c'est ça votre option ? C'est d'aller chercher à la droite et au centre droit ?

6:44
Yaël Braun-Pivet

Et chez les sociodémocrates, donc avec les socialistes et les écologistes. Moi, je reste sur cette option. Mais ce que je voudrais vous dire ce matin, c'est que depuis plusieurs jours, on ne parle que des alliances avec des groupes politiques. Moi, je crois qu'il faut maintenant qu'on change complètement de paradigme et qu'on parle du fond. En fait, est-ce que nous sommes capables de nous entendre sur cinq priorités sur une année ? Cinq priorités qui ressortent de ce que les Français ont exprimé dans les urnes ? Je vous parlais du pouvoir d'achat. On a parlé des salaires.

Beaucoup se sont exprimés sur cette question en disant que les Français avaient des difficultés à boucler les fins de mois et nous le constatons tous. Eh bien, ne serions-nous pas capables, dans une démocratie mature, de nous mettre autour d'une table et de travailler pour améliorer le pouvoir d'achat de nos compatriotes ?

7:34
Présentateur

Par exemple, les salaires, SMIC net à 1600 euros, c'est le programme du nouveau Front populaire. Est-ce que, pour attirer des élus de ce bord politique, vous êtes prêts à reprendre cette mesure ?

7:43
Yaël Braun-Pivet

Moi, je pense qu'il ne s'agit pas de dire « je prends une mesure là, puis là, puis là », mais c'est « comment améliorer le pouvoir d'achat des Français ? » Travaillons ensemble, avec une conférence salariale, avec les syndicats, les forces vives de la nation, et regardons comment nous pouvons concrètement améliorer leur pouvoir d'achat.

8:01
Présentateur

Mais vous voyez bien qu'il y a des blocs aujourd'hui qui ont fait campagne avec un programme. La gauche dit aujourd'hui, d'ailleurs, il y a un certain nombre de mesures. Alors, certains disent « c'est tout le programme et rien que le programme », d'autres sont plus, peut-être, souples en disant « il y a des mesures non négociables », dont ce SMIC à 1600 euros. Vous voyez bien que la situation, là, est bloquée.

8:22
Yaël Braun-Pivet

Mais ce qui est sûr, c'est que si chacun, qui représente 30% des Français, considère que c'est tout son programme, là, on n'y arrivera pas. Mais je ne vois pas ceux qui l'autorisent. Oui, mais vous devez aussi vous tendre la main en reprenant certaines mesures. Mais c'est pour ça que moi, je dis, il faut, par exemple, la question du pouvoir d'achat, elle est essentielle, il faut la traiter. Mettons-nous autour d'une table pour définir un certain nombre de mesures qui pourraient être mises en œuvre dans les mois qui viennent et qui amélioreraient concrètement la vie de nos compatriotes.

Maintenant, moi, je ne vois pas, quand on regarde les résultats des urnes, à un quelconque moment, que les Français aient validé un programme politique à 100%. Sinon, ils auraient donné la majorité à un des camps, ce qu'ils n'ont pas fait. Et il suffit de regarder le résultat des élections.

9:08
Présentateur

La gauche a bénéficié, en effet, en partie, en grande partie, du désistement de vos candidats, en partie en tout cas, mais surtout le camp présidentiel, en fait, qui a profité de ce front républicain. Pourquoi ne pas le reconnaître en tendant la main à la gauche ? Il y a un instant, vous disiez que c'est plutôt vers la droite, vers l'UDI, vers les Républicains que je veux tourner.

9:28
Yaël Braun-Pivet

Non, j'ai dit que je voulais tendre la main à toutes les parties qui souhaitaient que l'on travaille ensemble, des Républicains, à la gauche sociale-démocrate. C'est ce que j'ai toujours dit et je l'ai dit également avant l'élection. Maintenant, ce qui est sûr, c'est que je suis de plus en plus convaincue qu'il faut aujourd'hui changer de système électoral.

On voit bien que le scrutin majoritaire a fait son temps et que si nous étions sur un scrutin proportionnel, chacune des forces politiques serait représentée à juste proportion sans avoir besoin de faire des alliances contre nature comme le Front Populaire l'a fait au premier tour et sans avoir besoin de faire des désistements qui ont parfois choqué nos compatriotes au deuxième tour. C'est ce qui se passe dans tous les pays européens qui fonctionnent avec un scrutin proportionnel puis des majorités de projets et des coalitions. Il faut que notre pays en vienne à cela. Je crois qu'il en va de l'existence même de notre démocratie. C'est fini un camp qui écrase un autre camp.

Les Français nous enjoignent de nous entendre et maintenant que nous sommes élus, c'est notre responsabilité de le faire.

10:32
Présentateur

Une réforme des institutions avec justement l'introduction du scrutin à la proportionnelle. Alors après, on peut discuter des modalités, mais ça pourrait faire partie d'un programme commun de gouvernement.

10:41
Yaël Braun-Pivet

Tout à fait, ça pourrait également être sur la table. Je pense que ça clarifierait beaucoup les choses et ça permettrait aux Français d'avoir une juste représentation dès le premier tour de leur sensibilité politique.

10:56
Présentateur

Vous dites, on l'entend, que le nouveau Front populaire aujourd'hui n'est pas, selon vous, en mesure de gouverner parce qu'il est trop faible. Emmanuel Macron, lui, a décidé de temporiser en demandant à Gabriel Attal de rester au gouvernement pour gérer les affaires courantes. Est-ce qu'il n'y a pas une forme de cynisme tout de même dans cet attentisme qui consisterait à attendre que la gauche explose pour récupérer les miettes ?

11:19
Yaël Braun-Pivet

Je ne le pense pas. Moi, je pense qu'il faut vraiment qu'aujourd'hui les forces politiques se réunissent pour définir qu'elles pourraient être une plateforme programmatique. Il faut partir du fond, le fond, le fond, parce que c'est ça qui intéresse les Français, c'est ça qui changera leur vie. Les Français, ils se moquent de savoir quelle ou quelle partie sera dans la plateforme de gouvernement. Ce qui les importe, c'est est-ce qu'on va améliorer leur sécurité ? Est-ce qu'on va améliorer l'égalité des chances partout sur le territoire ? Est-ce qu'ils vont avoir un médecin demain qui va leur permettre de se soigner ? C'est ça qui les intéresse. Revenons au fond.

Vraiment, moi, j'en peux plus de ces combinaisons politiques. On ne parle que de ça. Et vraiment, je pense que nous ne sommes pas à la hauteur si nous en restons là.

12:04
Présentateur

On va prendre une question de Marc au standard pour vous, Yael Broun-Pivet. Bonjour Marc, on vous écoute.

12:10
Auditeur

Oui, bonjour. Merci à France Inter de prendre ma question. Et bonjour, Madame la Présidente. Bonjour. Je voulais vous demander si vous comptiez user de votre influence auprès du Président de la République, parce que quand même, vous avez été Président de l'Assemblée nationale, puis vous êtes quand même dans son cœur de réacteur de proximité, pour qu'il puisse enfin sortir de ce pas de son, pas d'image depuis dimanche soir, et faire son boulot. Parce que là, en gros, ce que les Français lui demandent, c'est de faire son boulot, c'est-à-dire de nommer un ou une Première Ministre qui vient du camp qui est arrivé en tête aux élections, c'est-à-dire la gauche.

Et je me réjouis, d'ailleurs, je vous ai entendu il y a quelques minutes, vous aviez l'air de parler de justice sociale, d'égalité, d'accès aux soins, etc. J'avais l'impression d'entendre quelqu'un du Nouveau Front Populaire, donc je me réjouis que vous ayez basculé de la Macronie vers un peu plus de raisons. Mais là, j'allais dire, on a quelqu'un qui est enfermé à l'Elysée, d'ailleurs, depuis sept ans, qui est comme une espèce de forcené arrogant, prétentieux et immature. Non, je ne peux pas vous laisser dire ça. Vous pouvez le dire,

13:04
Yaël Braun-Pivet

mais vraiment, je...

13:05
Auditeur

Voilà, mais je termine rassurément. Donc, moi, je voudrais savoir si vous comptez utiliser de votre influence auprès de lui pour lui demander de faire juste son boulot. Voilà.

13:14
Présentateur

Merci, Marc, pour cette question incisive. Il y a une bonne pivet.

13:17
Yaël Braun-Pivet

Oui, incisive. Écoutez, depuis sept ans, nous travaillons pour plus de justice sociale. Je sais, j'ai l'impression que vous n'en êtes pas convaincus, mais vous savez, lorsque l'on crée deux millions d'emplois, lorsque l'on baisse les impôts, lorsque l'on travaille à réformer l'apprentissage et qu'on réindustrialise la France, on travaille pour les Français, pour faire en sorte qu'ils retrouvent de la dignité dans l'emploi. Maintenant, aujourd'hui, le nouveau Front populaire n'est, à mes yeux, pas en capacité de gouverner puisque, comme je le disais, il a une assise parlementaire beaucoup trop faible.

Et lorsque j'entends certains de ces dirigeants dire qu'ils vont gouverner à coup de 49.3 ou à coup de décret, je suis extrêmement inquiète de cette vision de la démocratie à géométrie variable selon qu'on est dans l'opposition ou qu'on se prétend être dans une certaine majorité. C'est le gouvernement que vous souteniez

14:11
Présentateur

qui a fait adopter la réforme des retraites au 49.3.

14:14
Yaël Braun-Pivet

Non, mais j'entendais Olivier Faure dire qu'il pourrait faire des 49.3. J'en entendais d'autres qui disaient... Pour supprimer, justement, cette réforme des retraites

14:21
Présentateur

adoptée au 49.3.

14:22
Yaël Braun-Pivet

Manifestement, pas seulement et par décret. Je crois qu'aujourd'hui, il faut respecter le Parlement. Si on veut que le Parlement soit renforcé, il faut que le Parlement puisse s'exprimer et donc il faut y trouver une majorité. Le Premier ministre doit être issu de cette majorité. Vous savez, moi, je vais même plus loin. Si nous arrivons et nous devons parvenir à composer un gouvernement, moi, je suis extrêmement favorable à ce que ce gouvernement demande un vote de confiance à l'Assemblée nationale. Vote de confiance, ça veut dire... C'est l'usage, mais ce n'est pas obligatoire.

Ça n'est pas obligatoire, c'est prévu par la Constitution, c'est une faculté, mais je pense que dans les circonstances actuelles, il faudrait que le gouvernement demande ce vote de confiance pour avoir cette légitimité parlementaire que lui conférerait ce vote pour pouvoir gouverner. Et donc, lorsque l'on a moins de 190 députés... la Betteborg ne l'avait pas fait, par exemple. Tout à fait. Mais je pense qu'aujourd'hui, dans le contexte actuel, puisqu'il nous faut gouverner ensemble, il faudrait que nous trouvions une majorité à l'Assemblée nationale et un vote de confiance.

Et aujourd'hui, le nouveau Front populaire, ça ne vous aura pas échappé qu'il n'a pas, absolument pas, le nombre de députés pour avoir un vote de confiance.

15:29
Présentateur

Donc, vous n'irez pas voir Emmanuel Macron à l'Élysée pour lui demander de désigner un Premier ministre issu de la gauche. Désolé, Marc. En tout cas, pas tout de suite. Combien de temps va prendre ce processus ? Peut-être plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois, comme en Belgique, on prend beaucoup cet exemple-là. Vous êtes prête à attendre, enfin, à travailler, en tout cas, le temps qu'il faudra, quitte à ce que le pays soit bloqué pendant tout ce temps ? Alors,

15:53
Yaël Braun-Pivet

le pays n'est pas bloqué. On arrive, on est au mois de juillet. Là, nous avons d'abord des grandes échéances qui sont les Jeux olympiques. Il faut que ce soit une fête pour tout le monde. Il faut qu'il soit réussi. Donc, il ne m'apparaît tout à fait sain que le gouvernement qui est en place puisse assurer la continuité des affaires pour pouvoir gérer ce moment important d'un point de vue sécuritaire avec le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et la ministre des Sports, Amélie Oudea-Castera. Après, vous savez, toutes les grandes démocraties mettent plusieurs semaines pour se mettre d'accord.

En Allemagne, trois ou quatre semaines pour établir un programme de gouvernement en Espagne, au Portugal, etc. Donc, il ne faut pas non plus se précipiter. Mais vraiment, c'est une feuille de route. Quelques points à travailler, à définir ensemble. Moi, je trouve que c'est très simple parce qu'on annonce la couleur aussi. On dit, on se met ensemble.

16:46
Présentateur

Vous avez trois points, par exemple, à vous donner ce matin ?

16:48
Yaël Braun-Pivet

Mais c'est ce que je vous les ai déjà donnés, ces points. C'est le pouvoir d'achat.

16:52
Présentateur

Non, mais des mesures concrètes.

16:53
Yaël Braun-Pivet

Mais écoutez, si vous arrivez dans une discussion en disant, c'est ça ou rien, eh bien, vous pouvez terminer la discussion. Ça n'est plus une discussion. Moi, ce que je veux, c'est qu'on ait des objectifs qu'on se définisse ensemble, le pouvoir d'achat des Français, la sécurité, les services publics, par exemple, et qu'après, on puisse se mettre autour d'une table en se disant, voilà, quelles sont les mesures que nous pouvons prendre pour améliorer cela ? Parce que le pouvoir d'achat, c'est beaucoup plus large que simplement le SMIC à 1 600 euros. Ça n'est pas que ça.

Parce que c'est les taxes, c'est le prix des produits de première nécessité, c'est le prix de l'énergie, c'est la question du logement. Donc, en fait, vous voyez bien que ces sujets-là, ils sont très vastes. Et donc, il faut qu'on se mette autour d'une table pour discuter et travailler ensemble. Je pense que c'est assez sain et assez basique.

17:40
Présentateur

Avant d'arriver à cet éventuel rassemblement, cette coalition, cette fédération, quelle que soit la manière dont on l'appelle, il faut peut-être que l'ex-majorité présidentielle soit elle-même unie, ce qui n'est pas du tout garanti à l'heure où l'on se parle. On voit les uns à droite, Gérald Darmanin ou Bruno Le Maire, les autres à gauche, Gabriel Attal ou le président de la commission des lois, Sacha Houlié, commencer à révéler leurs ambitions de plus en plus clairement. Est-ce que vous êtes inquiète de voir votre camp exploser ?

18:13
Yaël Braun-Pivet

Je ne suis pas inquiète parce que j'ai vu aux dernières élections, que ce soit les élections législatives ou aux élections européennes, et ce sont de bons tests, que nous partions ensemble, unis, avec un programme, avec des mesures que nous partageons. Donc moi, je ne suis pas inquiète. Après, qu'il y ait des nuances, qu'il y ait des... C'est plus que des nuances. Mais des prises d'opposition des uns et des autres, c'est bien normal. Et moi-même, j'ai été aussi, en mon temps, l'auteur de prises d'opposition qui n'étaient pas complètement alignées. Oui, vous avez fait ça notamment sur la dissolution. Vous avez fait savoir que ce n'était pas votre choix. sur plein d'autres sujets.

Je pense que c'est ça aussi qu'attendent les Français, des hommes et des femmes politiques qui ont pensé propre. Mais vous vous réclamez encore

18:54
Présentateur

d'Emmanuel Macron aujourd'hui ?

18:55
Yaël Braun-Pivet

Bien sûr. Moi, je suis toujours dans la majorité présidentielle, en tout cas dans le camp présidentiel. Moi, je crois plus que jamais au dépassement. Maintenant, je suis dans le temps 2, plutôt le temps du rassemblement. Je crois plus que jamais au renouveau démocratique. Je crois plus que jamais aussi à la féminisation de la vie politique. Oui, il y a moins de femmes qu'avant que lors de la précédente législature à l'Assemblée. En 2017, nous avions beaucoup de femmes. En 2022, nous en avions perdu. Nous en avons encore perdu aujourd'hui en 2024.

Et c'est aussi une des raisons pour laquelle, moi, j'aimerais bien retourner au perchoir parce que les femmes m'ont dit à quel point c'était important que nous brisions ce plafond de verre et j'en avais brisé un sacré en devenant présidente de l'Assemblée nationale.

19:38
Présentateur

Vous parlez de...

19:39
Yaël Braun-Pivet

Il faut aussi penser à la place des femmes dans la société, que ce soit dans le monde politique, dans le monde économique, dans notre vie de tous les jours. On voit bien que les femmes ont encore aujourd'hui de grandes inégalités de salaire, de grandes inégalités dans le monde du pouvoir. Et donc, pensons à cette égalité entre les hommes et les femmes.

19:56
Présentateur

Et les électeurs du Rassemblement national et de ses alliés, 10 millions tout de même, qui envoient 143 députés à l'Assemblée nationale. Quoi qu'on en dise, c'est du jamais vu. Qu'est-ce que vous faites pour leur parler ?

20:07
Yaël Braun-Pivet

Justement, je crois que ce qu'ils ont exprimé pendant les élections doit être considérablement entendu. Donc, ça doit être entendu sur le fond et sur la forme. Sur le fond, c'est les sujets dont je parlais. Je ne les ai pas pris par hasard lorsque je parle de services publics, lorsque je parle de sécurité, lorsque je parle de pouvoir d'achat, de la valeur travail. Tout cela, c'est des sujets que les électeurs du Front national mettent au rang 1 de leurs priorités. Donc, entendons-les. Et d'autre part, nous avons entendu qu'il y avait une forme d'exercice du pouvoir qui était à remettre en question.

Et c'est pour ça que moi, je plaide aussi depuis longtemps pour un pouvoir plus horizontal, plus participatif, plus intégrateur, et des citoyens, et des corps intermédiaires, et des différentes forces politiques. Si vous ne les entendez pas,

20:55
Présentateur

c'est que la victoire du Rassemblement national, comme le dit Marine Le Pen, ne soit que différée ?

20:59
Yaël Braun-Pivet

Mais c'est surtout si nous ne les entendons pas que nous ne remplirons pas notre mission d'homme ou de femme politique puisque notre mission, c'est de changer l'avis des gens et d'apporter des réponses très concrètes aux problèmes qu'ils éprouvent aujourd'hui.

21:13
Présentateur

La nouvelle assemblée va se réunir le 18 juillet. Est-ce que vous serez candidate, si le paysage vous le permet, à votre succession comme présidente ?

21:22
Yaël Braun-Pivet

Alors, c'est mon souhait, il faut évidemment que j'en discute avec mon groupe politique, avec les partenaires de la majorité, mais c'est mon souhait. J'ai été la première femme présidente de l'Assemblée nationale à un moment où la place des femmes recule encore en politique. Je pense que si cette fonction était à nouveau confiée à un homme, ça serait un très mauvais signal pour les femmes.

21:42
Présentateur

Donc pas forcément un président ou une présidente de gauche. Ça plaît de vous.

21:46
Yaël Braun-Pivet

J'ai été surtout la présidente d'une assemblée qui était sans majorité. Je l'ai faite fonctionner pendant deux ans. J'ai fait des innovations démocratiques et j'ai surtout ouverte l'Assemblée aux citoyens en doublant le nombre de visiteurs. Et ça, je crois que c'est important. Les citoyens aussi nous ont exprimé cela. Ils ont envie de retrouver leurs institutions et c'est ce que j'ai essayé de faire pendant deux ans.

22:05
Présentateur

Merci beaucoup Yael Broun-Pivet, députée Renaissance des Yvelines et présidente sortante de l'Assemblée nationale. Il est 8h43, la revue de presse à suivre.