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interviewLCP - Assemblée nationale· 8 avril 2026 75 min

[DIRECT] Valérie Pécresse, présidente du Conseil régional d'Île-de-France | Mardis de l’ESSEC

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Présentateur

Nous remercions également notre partenaire LCP qui diffuse ce débat sur sa chaîne YouTube. Madame Bécresse, vous nous avez manqué. Votre dernière venue date de 2018 et ce retour tombe à point nommé. Vous avez en effet choisi le mardi après Pâques, la résurrection du Christ, fête la plus importante chez les chrétiens pour revenir dans ses fauteuils rouges. Et ce n'est pas un hasard, vous avez expliqué que votre foi est à l'origine de votre engagement politique. On ne vous imaginait pourtant pas grenouille de bénitier. Alors ce soir, chers publics, nous vous invitons à partir en pèlerinage sur les traces d'une sainte encore méconnue de tous, Sainte Valérie.

Au commencement, Dieu créa les cieux, Neuilly-sur-Seine et Valérie-Anne-Émilie-Roux. Comme un présage, vous êtes née le 14 juillet 1967, le jour de la prise de la Bastille, un jour de fête nationale qui annonçait déjà votre destat républicain. Vous grandissez dans une famille modèle, papa et prof de gestion à Dauphine, puis président de Bolloré-Técom, pendant que maman s'occupe des enfants. Une éducation traditionnelle qui vous fera dire plus tard que... Rien de mieux qu'une femme pour faire le ménage. Serre-tête bien ajustée, jupe plissée impeccable, vous entrez chez les bonnes sœurs à Sainte-Marie-de-Neuilly.

Vous y apprenez le russe et partez même en voyage de classe dans un camp de jeunesse communiste. Béni de Dieu, vous accomplissez votre premier miracle. Vous obtenez votre bac à 16 ans. Après la discipline monastique de Ginette, vous séjournez au purgatoire d'HEC Paris. Mais un bisutage digne de l'apocalypse vous a permis de discerner la vérité. Abandonnant les épiciers du temple, vous grimpez les marches du paradis pour rejoindre l'ENA. Là-bas, vos relents communistes vous rattrapent. La fille de bonne famille se rebelle et s'improvise quêteuse d'un soir pour s'opposer au déménagement de l'ENA à Strasbourg. Impensable pour la petite parisienne de s'exiler en province.

Sacré deuxième de promotion, vous entrez au conseil d'État. Mais la solitude pèse à Sainte-Valérie. Le Très-Haut finit par s'émouvoir. Il n'est pas bon que Valérie soit seule. Il lui faut une âme qui lui soit assortie. Surgit alors Saint-Jérôme Pécresse, un pur produit versaillais. Vous accomplissez par votre union la Sainte Trinité de l'élitisme français. X, l'ENA et HEC. En 1991, l'Anchirac apparaît à vous. Viens et suis-moi. En bon apôtre, vous lâchez vos filets et partez vers la terre promise de la politique. 2002 sonne l'heure de votre baptême des urnes. Vous êtes élu député des Yvelines à 35 ans. 5 ans plus tard, la consécration ultime advient.

Vous recevez le sacrement de confirmation en entrant au gouvernement en tant que ministre de l'enseignement supérieur puis du budget sous le gouvernement Fillon. Mais en vérité, je vous le dis, le royaume de Dieu ne suffisait plus à Sainte-Valérie. Vous aviez besoin de votre propre diocèse. Vous vous présentez donc pour la présidence de la région Île-de-France et remportez l'élection. Dieu soit loué. Vous devenez ainsi la première femme à gouverner la région la plus riche d'Europe. En 2017, vous prêchez pour François Fillon. Mais un scandale éclate. L'affaire Pénélope vient troubler l'Église des Républicains. Vous connaissez la fin de l'Évangile. François Fillon termine 3e.

Au sein des Républicains, c'est la tour de Babel. Plus personne ne parle la même langue. Le départ s'impose. Vous quittez les Républicains en juin 2019 et défendez une ligne plus centriste. Ce qui vous vaudra le surnom de Valérie Trétresse. Mais pas de répit pour vous. Entre vos week-ends à la Bôle, votre petit coin de paradis, la messe le dimanche et le conseil régional la semaine, votre emploi du temps est bien chargé. Sous votre nouveau titre de Notre-Dame du RER, vous développez le Grand Paris T'Express et devenez l'idole des métros spotters. Le verbe se fait raille. Que la 14 soit et la 14 fut.

Néanmoins, ce projet du Grand Paris accuse un retard sur son calendrier et échoue encore à résorber les fractures territoriales. Mais votre petit train-train ne vous suffit plus. Vous rêvez de plus grand. Vous voulez devenir la première présidente de la République. En 2021, vous revenez d'Exode, réintégrer comme si de rien n'était les Républicains et vous présenter pour en être le bon berger. Vos prières sont entendues. Vous remportez la primaire de la droite face à Éric Ciotti, Xavier Bertrand et Michel Barnier. Vous voilà fin prête à partir en croisade pour conquérir l'Élysée.

Vous entamez votre campagne à coups de meetings et d'interventions dans les médias, en pariant sur la gourmandise pour séduire les Français. Entre les 246 variétés de fromage, le 4 quart que vous voulez faire bouffer à Madame Le Pen et le foie gras comme symbole de la France, votre campagne a des airs de scène. Malheureusement, de nombreux ratés comme le meeting du « Debout ! » mettent du plomb dans l'aile à votre campagne. Mais que celui qui n'a jamais flop jette la première pierre. On vous reproche également d'avoir signé un pacte avec le diable en vous rapprochant de l'extrême droite, à qui vous empruntez des expressions comme « le grand remplacement » ou « les Français de papier ».

Fin mars 2022, vous passez sous le seuil symbolique des 10% dans les sondages. Mais comme vous le dites, les sondages, c'est comme la queue du chien, ça va et ça vient. Pourtant, le 10 avril 2022, le verdict est sans appel. Saint-Pierre vous refuse l'entrée de l'Élysée, tandis que vos fidèles se convertissent à la religion macroniste. Avec 4,78% des voix, vous êtes éliminés dès le premier tour. C'est le score le plus bas de l'histoire de votre parti à une élection présidentielle. Mais un nouveau chemin de croix débute pour vous. Avec moins de 5% des suffrages, les frais de campagne ne sont pas remboursés.

Endettés personnellement à hauteur de 5 millions d'euros, vous devez rendre à César ce qui est à Valéry et lancer un appel national aux dons. Toutefois, si la Bible assure qu'heureux sont les pauvres, elle ne précise pas comment combler un tel déficit, laissant votre salut entre les mains de ceux qui seront assez miséricordieux pour vous soutenir. Alléluia, alléluia ! Grâce à la générosité de quelques donateurs, vos dettes sont épongées. Mais Sainte-Valérie ne se laisse pas abattre par ses épreuves, car pas cette fois le juste tombe et se relève. Vous retrouvez votre couvent, la présidence de la région Île-de-France. En 2024, vous êtes en première ligne face à la trahison d'Éric Ciotti.

Vous retroussez vos manches et impressionnez le GIGN en délogeant ce nouveau Judas du siège de votre parti. Pas de place pour les traîtres chez les Républicains. La trahison expiée et le temple purifié vous tournez désormais vers l'avenir. À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, vous prenez une primaire de la droite et du centre pour trouver qui parmi les douze sera le nouvel élu qui portera vos couleurs. Cependant, le salut ne se gagne pas seulement par les urnes. Trêve de discours, Sainte-Valérie, l'heure de vérité a sonné. Le silence se fait dans l'Assemblée, les cierges s'allument, les enfants de cœur sont prêts. Madame Pécresse, il est temps de vous confesser.

Nous vous souhaitons à tous, chers publics, chère Madame la Présidente, un excellent débat. Bonsoir Valérie Pécresse. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation au Mardi d'ESSEC. Comme le veut la tradition, vous disposez d'un cours d'ordre de réponse à la présentation qui vient d'être faite par Arthur et Alice.

7:43
Valérie Pécresse

Je crains de ne pas être une aussi bonne catholique que vous le croyez. Malheureusement, j'aimerais bien, mais ça ne me ressemble pas complètement. Mais en même temps, j'assume.

7:58
Présentateur

Merci. Cet échange sera structuré en trois parties. Dans une première partie, nous reviendrons sur vos réalisations en Ile-de-France, en lien avec la Commune de Paris aussi. Dans un second temps, nous élargirons aux grands enjeux nationaux. On abordera la question de la sécurité, du budget. Et enfin, dans une troisième partie, on parlera des perspectives de la France, notamment pour 2027. Nous allons donc commencer par la première partie qui revient sur votre rôle en tant que présidente de la région Ile-de-France. Donc cela fait maintenant 11 ans que vous êtes à la tête de la région. Peut-être parce que votre rôle n'est pas très clair pour tout le monde.

Est-ce que vous pourriez nous expliquer concrètement ce que vous faites en tant que présidente de la région Ile-de-France ?

8:39
Valérie Pécresse

Alors la région Ile-de-France, comme vous l'avez dit, c'est la première région d'Europe en termes financiers, en termes de puissance. Mais en même temps, c'est un territoire qui est extrêmement fracturé. C'est certainement le territoire où il y a le plus d'inégalités en France. Il y a les plus riches et il y a les plus pauvres. Et moi, je suis entrée en politique avec Jacques Chirac, comme vous l'avez dit. Et ce qui m'avait plu et pourquoi je me suis engagée à ses côtés, c'est parce qu'il était le président qui luttait contre les fractures. Et je pense que ma mission en tant que présidente de région, c'est de recoudre les fractures de l'Ile-de-France.

Alors les fractures de l'Ile-de-France, il y en a de toutes sortes. D'abord, entre Paris et la banlieue. Vous avez bien vu que Paris s'enferme et que la banlieue, c'est tout ce qui n'est pas Paris, mais qui ne peut plus rentrer dans Paris. Donc on a un vrai clivage entre Paris et sa banlieue. Puis ensuite, entre les banlieues, il y a des quartiers politiques de la ville, des quartiers extrêmement pauvres, dans lesquels, quand j'étais jeune, j'ai voulu aller travailler. J'avais fait mon premier stage ENA pour l'insertion des travailleurs immigrés et de leurs familles dans les quartiers politiques de la ville. Donc c'est un sujet qui est vraiment très cher à mon cœur.

Et puis, il y a les territoires ruraux. À quelques encablures ici de Cergy, vous avez des territoires complètement ruraux avec des villages, et qui sont parmi les territoires, bizarrement aussi, les plus déshérités d'Île-de-France en termes de services publics. Donc il y a d'énormes fractures. Et puis, il y a des fractures sociales. Et puis, il y a des fractures aussi, j'allais dire identitaires, parce que l'Île-de-France est une région monde. Elle accueille le monde depuis toute éternité.

Et donc le sujet, c'est comment est-ce qu'on fait France avec des Franciliens qui viennent d'absolument partout et d'ailleurs de la province, parce qu'ils viennent à Paris étudier, parce qu'ils viennent à Paris travailler, mais aussi du monde entier. Comment est-ce qu'on crée une identité ? Alors pour créer une identité, moi j'ai eu une vision qui était de dire, il n'y a pas un bon ou un mauvais côté du périphérique. On va prendre le siège de la région de France, on va le mettre à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, pour dire, je ne suis plus rue de Babylone dans le 7e, je suis en Seine-Saint-Denis. Alors vous avez parlé de mon enfance à Neuilly-sur-Seine.

Et bien oui, vous voyez, il y a des gens qui ont grandi à Neuilly-sur-Seine, qui s'installent en Seine-Saint-Denis. Il y a aussi des gens qui ont grandi en Seine-Saint-Denis, qui aujourd'hui vivent à Grouet-Malmaison. Donc vous voyez, les deux sont possibles. Mais moi, ce que je veux aujourd'hui, et c'est vraiment très fortement créé chez moi, c'est résoudre ces problèmes de fractures sociales et territoriales. Une autre décision qu'on a prise, alors qu'est-ce que fait la région ? On va y demander ce que fait la région. La région, elle est en charge du développement économique d'un territoire, et elle est aussi en charge de l'aménagement de ce territoire.

Donc la ville de demain, la transition écologique. Moi, ma vision, c'est de faire de l'île de France la première région écologique d'Europe. Et pour ça, on fait la révolution des transports. Pour ça, on finance des énergies décarbonées. Pour ça, on remet du verre dans les villes, etc. Etc. Etc. On développe la filière bio. Ça, c'est l'écologie. L'économie, c'est l'innovation. Moi, je veux aussi faire de l'île de France la première région de l'innovation en Europe, avec l'IA, avec le quantique. Vous savez que les maths, la physique, eh bien, c'est les grandes spécialités de l'île de France. Aujourd'hui, c'est ça qui est le moteur de la création dans le monde entier.

Donc je veux investir massivement dans l'innovation. Je veux qu'on soit une piscine de talent pour le monde. Je veux que tous les plus grands investisseurs mondiaux viennent s'installer chez nous pour créer l'emploi de demain, ici, en Ile-de-France. Et puis le sujet de l'égalité des chances est au cœur de mon engagement. Comme vous l'avez vu, mon père était professeur, vous l'avez dit, et quand j'ai décidé de m'engager en politique, j'ai demandé à travailler sur les lois éducation, les lois recherche. C'est pour ça que j'étais ministre des universités, la ministre qui a porté l'autonomie des universités. Une sacrée réforme, neuf mois de grève étudiante. Super, une belle expérience.

Et l'éducation est le moteur aussi de la région, parce qu'on est la région la plus jeune de France. Donc quand je suis arrivée, j'avais 200 lycées totalement vétustes, et la région est responsable des lycées. C'est pour ça aussi que j'ai fait un plan de 6,6 milliards, uniquement centré sur l'éducation, qui est le plus grand plan éducatif de toute la France. C'est même le plus grand plan tout court d'investissement après le super métro du Grand Paris et les JO.

12:57
Présentateur

Et concrètement, comment est-ce que vous prenez vos décisions ? Quels sont vos interlocuteurs ? Est-ce qu'il y a des décisions aussi que vous regrettiez d'avoir prises et même implantées ?

13:07
Valérie Pécresse

Alors vos petits camarades l'ont dit, ce qui est très sympathique quand on est présidente de région, c'est qu'on a son petit domaine à soi. Et c'est vrai qu'on est responsable de ces décisions, parce que dans une collectivité territoriale... C'est pas comme ça que je prends mes décisions. Dans une collectivité territoriale, évidemment, on est forcément avec une majorité, contrairement au gouvernement qui n'en a pas au Parlement. Mais nous, on a une forte majorité et donc on a une ligne directrice. Et cette ligne directrice, je l'ai dit, c'est de faire la région de tous les possibles et de toutes les excellences. Et c'est aussi de faire la région des 20 minutes.

Alors la région des 20 minutes, c'est quoi ? C'est réussir à mettre partout en Ile-de-France, à moins de 20 minutes de chez vous, tous les services publics qu'on peut avoir au cœur de Paris. Alors comment on prend les décisions ? En concertation tout le temps. Une région, c'est d'abord un orchestre de maires. Je crois qu'il y a la présidente du département de... Bonjour Marie-Christine. Donc la région, c'est un orchestre de départements. Il y a 8 départements dans la région. Marie-Christine, la présidente du Val-d'Oise, est évidemment une partenaire clé pour faire tout ensemble. Et puis il y a tous les maires, 1270 maires. Et les maires, c'est eux qui portent les projets.

Donc moi, ce que je leur donne, c'est des lignes directrices. Comment je vois les choses ? Alors parfois, ils sont d'accord, parfois, ils ne sont pas d'accord. Par exemple, j'ai pris une norme anti-ghetto, qui est controversée. Moi, ce que j'ai dit, quand je suis arrivé, j'ai dit, c'est pas normal qu'il y ait des villes dans lesquelles il y a 70% de logements sociaux et des villes qui sont carencées. Il faut qu'on rééquilibre tout ça. Et j'ai dit, on va financer le logement social dans les villes carencées, mais on va faire aussi autre chose. On va arrêter de financer encore plus de logements sociaux dans des villes qui ont déjà 50 ou 70%.

Parce qu'après, le niveau des écoles baisse, les familles de la classe moyenne s'en vont, les élèves se retrouvent dans des écoles qui sont des écoles de relégation, et il n'y a plus d'ascenseur social qui fonctionne. Et quand il n'y a plus d'ascenseur social qui fonctionne, c'est la fracture sociale. C'est ça, la fracture territoriale. Donc on a, voilà, c'est la région des 20 minutes le projet, et on le fait en concertation avec tout le monde, y compris avec l'État quand même.

Parce que même si je suis indépendant, que j'ai mon budget, etc., il faut quand même que je négocie toujours avec l'État, qui parfois nous met un peu des bâtons dans les roues parce qu'il trouve qu'on est un peu trop indépendant. Quand je décide que la sécurité est une priorité dans la région, c'est la première préoccupation de tous les franciliens. J'ai mon opposition de gauche qui m'attaque au tribunal. J'attends de savoir comment on va juger le tribunal.

Et voilà, l'État m'aide, puisqu'il considère que les 40 millions d'euros que je mets sur les commissariats de police municipale, sur la vidéoprotection, sur des brigades de sécurité dans les lycées, dans les transports, c'est très important. Et donc, en ce moment, le numéro 3117 d'alerte pour les femmes victimes de violences dans les transports, tout ça, ça leur paraît important. Et donc, l'État est en train de m'aider. Ils sont en train de changer la loi. Au cas où le tribunal dit qu'on n'a pas le droit d'aider les police municipales, ils sont en train de changer la loi de police municipale pour dire que si, finalement, ce serait quand même bien que la région puisse aider.

Donc la région, elle fait plein, plein de choses, mais elle le fait forcément toujours en partenariat. Voilà, toujours en partenariat. En ce moment, on prépare les assises de la jeunesse pour savoir quelles vont être les mesures. On vient de finir les 10 ans. On a un bilan des 10 ans. Quelles sont les mesures des 10 prochaines années et notamment pour la jeunesse ? Donc on va le faire avec toutes les associations de jeunesse.

16:28
Présentateur

Justement, vous avez évoqué le sujet des polices municipales. Aujourd'hui, les polices municipales, leurs effectifs ont augmenté de 20% en 4 ans. C'est une préoccupation qui grandit, comme vous venez de le dire. Cependant, la Cour des comptes montre qu'il n'y a pas de corrélation entre la hausse des effectifs de police, l'armement renforcé, justement, des effectifs de police et la baisse de la délinquance. Aujourd'hui, beaucoup de communes, justement, augmentent leur budget avec plus de policiers, des policiers mieux équipés. J'entends par là des policiers municipaux. Quel est votre regard là-dessus ? Est-ce que vous croyez que... Est-ce que vous contredisez d'une certaine manière ?

17:04
Valérie Pécresse

Alors, d'abord, je ne vois absolument pas quelle est l'expertise de la Cour des comptes pour juger de cela, parce qu'en réalité, la Cour des comptes n'est pas sociologue, n'est pas anthropologue et n'est pas non plus agent du ministère de l'Intérieur. Donc moi, je fais beaucoup plus confiance au ministère de l'Intérieur pour me dire si les policiers municipaux sont utiles ou pas. Et tous les préfets que j'ai eus de police de la région Île-de-France m'ont dit deux choses. Ils m'ont dit la vidéoprotection, c'est très important, c'est très dissuasif, c'est très utile pour élucider les crimes. Et puis, les polices municipales, c'est le magnon qui manque dans la chaîne de sécurité.

C'est la police de proximité. Cette police de proximité, elle est indispensable. Alors, elle n'a pas du tout les mêmes missions que la police nationale, mais elle est absolument indispensable. Elle est indispensable parce qu'elle est sur le terrain en permanence. La mission de la police nationale, c'est d'élucider les crimes. La mission de la police nationale, c'est de faire des enquêtes. La mission de la police nationale, c'est de sécuriser, de faire de l'ordre public dans des moments où il y a des émeutes, des manifestations, etc. Ce n'est pas la mission de la police municipale. La police municipale, qu'est-ce qu'elle fait ? Elle fait de l'hyper-proximité.

Et elle regarde aussi les caméras de vidéoprotection. Parce que les caméras de vidéoprotection, on ne va pas payer un policier national pour regarder des caméras. Donc, en fait, on a besoin de cette police de proximité. Moi, j'y crois depuis toujours. Quand j'étais chez Chirac, je bossais sur les questions de sécurité déjà à l'époque. Je suis juge, en fait. Parce que je ne sais pas si vous l'avez dit. Mais mon métier, c'est d'être juge. Moi, je voulais être juge. Je voulais dire le droit. Je voulais rendre la justice. Donc, j'étais au Conseil d'État. J'étais juge pendant 8 ans. Et vraiment, cette question de la violence, de comment on résout le problème de la violence, est très important.

Vous savez, plus on est fragile, plus on a besoin de l'État de droit, plus on a besoin de la protection des forces de l'ordre. Donc, pour moi, les forces de l'ordre, elles sont d'abord là pour nous protéger. Voilà. Et je sais que ce n'est pas forcément la vision qu'il y a tout le monde. Mais aujourd'hui, quand j'entends des maires dire on va désarmer les polices municipales pour finir de répondre à votre question. En fait, il y a des endroits en Ile-de-France où les policiers municipaux n'osent pas aller s'ils ne sont pas armés. C'est ça, la réalité de l'Ile-de-France.

Il y en a qui ne veulent pas la voir ou peut-être qu'ils la voient très bien et qu'ils savent très bien qu'il y a des endroits de narcotrafic et qu'ils ne veulent pas y envoyer les policiers municipaux. C'est peut-être une autre hypothèse. Mais le sujet aujourd'hui, il est simple. Un policier non armé dans une ville difficile, criminogène, eh bien, il ne peut pas rentrer dans certains territoires. Donc, si on veut que la police puisse aller partout, ça veut dire si on veut que l'État de droit soit partout, si on veut que la protection soit la même partout sur le territoire, il faut des policiers municipaux. Et c'est la décision du maire de les armer ou pas.

Mais dans les lieux de narcotrafic, il faut les armer.

19:48
Présentateur

Et donc, vous trouvez ça irresponsable, par exemple, en Seine-Saint-Denis, qu'on ait un maire qui, justement, milite en faveur d'un désarmement des policiers municipaux, peut-être particulièrement dans un département marqué par le narcotrafic.

20:01
Valérie Pécresse

Ce que j'ai remarqué, c'est que le maire de Saint-Denis, puisque vous le citez, a commencé à rétro-pédaler assez vite en disant, finalement, peut-être que dans certaines circonstances, ils pourront garder l'ensemble. La vérité, la vérité toute crue, je vais vous la dire, c'est qu'à Saint-Denis, si on désarme les policiers, les policiers démissionneront. Voilà. Parce qu'ils ont face à eux un certain nombre de porteurs du narcotrafic, un certain nombre de crimes et de délits qui sont commis dans cette ville, qui font qu'ils ne se sentiront pas en sécurité pour exercer leur métier. C'est ça, la vérité.

Et moi, je plaide pour de l'armement des polices, non pas pour qu'ils s'en servent, mais pour que ce soit dissuasif pour ceux qui en ont. Vous voyez, le problème pour moi, c'est quand on dit, par exemple, ah ben non, les polices municipales ne peuvent pas utiliser des drones, parce que les drones, c'est contraire aux libertés publiques. Mais le problème, c'est que moi, qui sillonne l'Île-de-France toute la journée, dès que j'arrive près d'un four, donc un lieu de narcotrafic, dès que j'arrive près d'un four, j'entends « bzzz ». Donc ça veut dire que les dealers, eux, ils ont les drones. Eux, ils surveillent, ils nous surveillent avec des drones.

Donc moi, je pense que sur les drones, il faut décrire, au contraire, qu'on se mette autour de la table, qu'on décide quand est-ce qu'on a le droit de les utiliser, quand est-ce qu'on n'a pas le droit. Sur la base de Cergy, tout près d'ici, l'île de Loisir, eh bien, figurez-vous que j'ai le droit d'utiliser les drones. J'ai le droit d'utiliser pour surveiller la baignade. Et à quoi ils m'ont servi les drones ? On surveille la baignade, mais en fait, on a aussi prévenu les rixes. Parce qu'il y avait très souvent à l'île de Loisir de Cergy l'été, des personnes un petit peu échaudées par l'été, la chaleur, peut-être d'autres substances, de l'alcool, la gaieté du moment.

Enfin bon, bref, on avait des rixes. Et les caméras, elles m'ont permis de prévenir. Dès que je vois deux bandes qui se rapprochent, j'appelle la police et je leur dis, attention, il y a des bandes qui se rapprochent. Ils peuvent créer une rixe. L'île de France, c'est 80% des rixes de bandes de toute la France. Et ça ne fait qu'augmenter. Et on a des recrudescences d'armes blanches partout, y compris maintenant dans les collèges, dans les lycées. Donc voilà, on ne peut pas être angélique sur cette question de la sécurité. Moi, j'ai mis des brigades régionales de sécurité dans les lycées. Au début, mes opposants disaient, ah, c'est, comment ils appelaient ça ?

Les vigiles de supermarché de Valérie Pécresse. Ce n'était pas très gentil pour eux parce que c'était des vrais professionnels et de la sécurité et de la médiation au milieu scolaire. Mais aujourd'hui, on se les arrache. Tous les proviseurs me les demandent. Ça permet d'éviter les intrusions. Ça permet d'éviter le racket. Ça permet d'éviter les rixes. Ça permet d'éviter aussi les violences sur les enseignants. Parce qu'il y a aussi des violences sur les enseignants. Donc, vous voyez, voilà, c'est ça que je fais. Répondre aux urgences.

22:50
Présentateur

Nous avions une autre question en lien également avec l'insécurité, qui est l'insécurité qui touche les femmes, soit dans l'espace public, mais aussi dans la sphère privée. Nous recevions récemment Sandrine Rousseau, qui appelait un féminisme radical face à l'ampleur des violences qui ne cessent de se produire et l'impunité avec moins de 1% des viols qui sont condamnés. Nous voulions avoir votre vision du féminisme. Est-ce un féminisme aussi radical ? Et quelles actions concrètes mettez-vous en place au quotidien pour répondre à ces violences ?

23:24
Valérie Pécresse

Moi, je me considère comme totalement féministe, mais mon féminisme, il n'est pas contre les hommes. Donc ça, voilà. Alors, je ne sais pas s'il est radical, pas radical, fort, pas fort. Moi, je me sens totalement féministe et je ne fais pas que le dire. Moi, toute ma vie, c'est de donner des preuves parce que les caricatures qu'on fait de moi, toute ma vie, on en a fait. Toute ma vie, on m'a fait mon CV en m'expliquant que j'étais une caricature de ce que je suis. Et ce n'est pas du tout moi. Et donc, qu'est-ce que je fais ? Eh bien, je prouve ce que je suis. Et qu'est-ce que je suis ? Eh bien, je suis ce que j'ai fait pour les femmes et notamment dans les transports.

Parce que quand je suis arrivée, mes opposants, toujours les mêmes, disaient « Ah, il ne faut pas mettre des caméras dans les transports ». Alors, il fallait lutter contre les violences, mais il ne fallait pas mettre de la vidéoprotection. Alors, très bien, on a mis de la vidéoprotection. J'avais même au début, je leur avais dit « Mais attendez, vous ne voulez pas de la vidéoprotection ? » J'avais dit « Non, non, c'est attentatoire aux libertés. Les Français ne veulent pas être filmés. » J'ai dit « Ok. Et pourquoi on ne tenterait pas une expérience ? » On mettrait les caméras dans le premier wagon. À l'époque, il y avait encore des wagons. Maintenant, il n'y en a plus. Les trains sont boas.

Mais à l'époque, il y avait un premier wagon. On mettrait les caméras dans le premier wagon et on laisserait ceux qui veulent choisir le wagon. Et là, ils avaient ironisé en riant. Ils avaient dit « C'est les caméras Pécresse des femmes en détresse ». Voilà. Eh bien, figurez-vous que c'est vrai. Parce que mes 80 000 caméras que j'ai installées sur le réseau, partout, dans les rames, dans les gares, dans les gares routières aussi, parce que sinon, on sort de la gare, on va prendre le bus et on attend le bus. Et c'est là qu'on se fait agresser. Toutes ces caméras, aujourd'hui, il faut que vous sachiez que 30 % des flagrants délits sur le réseau de transport sont faits par vidéopatrouille.

Ça veut dire des gens qui sont dans un grand centre que j'ai construit avec l'État à la préfecture de police. Et dans ce grand centre, il y a les 80 000 caméras qui font un retour. Et il y a des policiers toute la journée qui regardent et qui patrouillent notamment dans les endroits les plus criminogènes du réseau pour regarder ce qui se passe ou dans les rames. Et typiquement, sur les violences sexuelles et sexistes, en fait, on s'est aperçu qu'une bonne partie des femmes qui sont victimes ne s'en rendent même pas compte. Parce qu'elles croient que c'est parce que le métro est ébondé, qu'on se frotte. Mais la personne qui voit, elle, à la caméra, elle voit que c'est une agression.

Donc en réalité, on détecte des actes que même les femmes elles-mêmes ne voient pas. Et par ailleurs, ce que ça a changé la caméra, c'est la preuve. Parce qu'avant, les femmes, elles renonçaient à porter plainte pour les violences sexistes et sexuelles dans les transports. On a toutes été maintes fois victimes. Pourquoi ? Parce qu'on se disait ça sert à rien. C'est ce que je vais dire. Maintenant, on a la preuve. On a le visage de la personne, du harceleur. Et quand la femme dit j'ai été agressée, c'est pas parole contre parole. C'est parole contre preuve.

Et j'ai sauvé le 3117, qui est un numéro d'alerte, pour que toutes les femmes puissent alerter, et que les témoins aussi puissent alerter. À la région, on a ouvert le premier abri. C'est quoi l'abri ? C'est un lieu à Saint-Ouen, 7 jours sur 7 ouvert, 24 heures sur 24, et qui accueille toutes les personnes victimes de violences. Alors ça peut être des violences sexistes et sexuelles. On l'a fait avec le réseau sorority que vous connaissez peut-être. Et on a une psychologue, une juriste. Donc au départ, on est parti sur les violences sexistes et sexuelles, les violences intrafamiliales.

Donc n'importe qui qui est victime dans toute l'Île-de-France peut venir 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, à la région Île-de-France. Il sera reçu, il sera accueilli, il sera orienté et il sera conseillé. Et maintenant, on a décidé d'élargir l'abri, parce que ça marche très bien. On a décidé de l'élargir pour tous les faits de racisme, de discrimination ou d'homophobie. Donc n'importe quelle personne qui est victime en Île-de-France, on va travailler avec France Victime, pourra être accueillie à la région. C'est une safe place absolue et pourra gratuitement être conseillée et accompagnée psychologiquement.

27:13
Présentateur

Est-ce que vous pensez tout de même que la vidéosurveillance, notamment, permettra de dissuader tous les agresseurs qui pourraient au final, malheureusement, commettre toujours des actes en dehors de...

27:24
Valérie Pécresse

Bien sûr que non, bien sûr que non. Mais vous voyez, il y a eu une idée qui a été lancée par certaines qui se disent féministes, et que moi, je ne trouve pas du tout féministes. L'idée est de dire, on va réserver un wagon aux femmes. Alors d'abord, c'est pas connaître du tout les transports, puisque, comme je viens de vous le dire, pratiquement tous les transports sont en train de changer. Ils sont en train de tous devenir boa. Pourquoi boa ? Parce qu'on a décidé que, justement, s'il n'y avait pas de séparation entre les wagons, c'était beaucoup plus sûr. Parce que si quelqu'un est adressé, il peut se rapprocher de quelqu'un d'autre qui pourra venir le protéger.

Donc on a supprimé les wagons. Il y a encore, je vais dire, une petite moitié des trains dans lesquels il y a encore des wagons, mais d'ici dix ans, il n'y aura plus du tout de wagons. Donc déjà, mais l'idée de dire, on réserve un wagon aux femmes, pourquoi ça ne marche pas ? D'abord, parce que ça veut dire qu'on a renoncé, les amis. C'est-à-dire qu'on a renoncé à civiliser les agresseurs. Ça veut dire qu'on dit, les femmes, il va falloir les mettre en cage pour les protéger. Déjà, rien que le principe, c'est hallucinant. Ça veut dire qu'on a baissé les bras, en fait, sur la sécurité des femmes.

Deuxième sujet, c'est que les femmes, ça représente à peu près 50% des personnes dans les transports. Donc un wagon, ça ne suffit pas. Aux heures de pointe, il faudrait leur réserver la moitié des places. Et puis, le deuxième sujet, c'est qu'il n'y a pas que les femmes qui sont agressées. Il y a aussi des jeunes hommes. Et ceux-là, on n'en parle jamais, mais c'est aussi... Les jeunes hommes se font aussi agresser dans les transports en commun. Donc il faut aussi les protéger. Et pourquoi s'arrêter là ? Il n'y a pas une concurrence des victimes. Donc moi, mon sujet aujourd'hui, c'est de dire qu'il y a deux agressions sexuelles et sexistes dans les transports.

Il y a d'abord le frotteur, cas typique. Le frotteur, l'exhibitionniste. Voilà. Et puis, le deuxième, ça, c'est aux heures de pointe. C'est celui qui profite du fait qu'on est tous congestionnés pour avoir... pour violer, agresser, etc. Mais parce qu'il pense que ça ne se voit pas. Et puis, vous avez... Et celui-là, je vous dis, si vous mettez un wagon, ça ne marchera pas puisque le train est plein de femmes. Donc il trouvera des femmes quelque part. Et l'autre cas de figure, celui-là, c'est le plus grave, c'est le violeur, le prédateur. Celui-là, il attend que le train soit vide parce que ce qu'il veut, c'est trouver la femme seule.

Donc imaginez que vous mettiez un wagon pour une femme qui se retrouve toute seule. En fait, vous diriez juste au prédateur où est-ce qu'il faut aller la chercher. Donc pour toutes ces raisons, vous savez, il y a des fausses bonnes idées sur cette question de la sécurité. Moi, j'essaye de faire ce que les policiers me disent qui marche, vous voyez. Et je le fais toujours en lien avec les femmes. Ce qu'on essaye de faire aussi, c'est de former les témoins, de former aux gestes qui sauvent. Vous savez maintenant que quand vous voyez quelqu'un qui se fait agresser, il faut aller lui parler comme si c'était votre ami. C'est ça qui fait fuir l'agresseur. Pas de crier, c'est pas.

C'est d'aller voir l'autre parce que dès qu'elle n'est plus seule, donc on fait de la formation et on continue.

30:17
Présentateur

Vous l'avez déjà un peu évoqué en début d'entretien, mais vous avez parlé d'une vos priorités, l'égalité des chances. En 2024, il y a un rapport qui a été très, très commenté. C'est un rapport de l'inspection générale de l'éducation nationale, rendu public ensuite par Mediapart sur le lycée Stanislas, dans lequel on a des révélations sur des comportements homophobes, sexistes, au sein du lycée. En plus de cela, on le sait, le lycée Stanislas est parmi l'un des lycées avec le taux de mixté sociale le plus faible de France.

Avec ces éléments, qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vous reprochent d'avoir octroyé des subventions facultatives à hauteur de 400 000 à 500 000 euros, en plus des dotations de fonctionnement obligatoire au lycée Stanislas pour des rénovations, entre guillemets, et minimes, quand des lycées de Seine-Saint-Denis peinent à accueillir leurs élèves certains ?

31:10
Valérie Pécresse

Alors, je réponds plein de choses. D'abord, je vous ai dit que j'ai mis 6,5 milliards sur la table pour rénover les 200 lycées totalement vétustes que la gauche m'a légués en Ile-de-France. La gauche m'a légué une dette éducative colossale. 200 lycées où, quand les jeunes arrivaient, ils étaient au bout de leur vie. 200. Et pour rénover 200 lycées, malheureusement, il faut plus de 10 ans. Donc, je n'ai pas terminé le boulot. J'en ai rénové 145. Il m'en reste encore 45 en travaux. Et je peux vous dire que c'est 6,6 milliards. C'est 1 milliard d'euros par an qui est dépensé par la région Ile-de-France. 1 milliard d'euros juste dans les travaux des lycées publics. Alors oui, vous avez raison.

Je donne aussi de l'argent pour les lycées privés. Je donne très exactement la somme astronomique, tous les ans, de 10 millions d'euros par an pour rénover les lycées privés. Mais si quelques-uns d'entre vous ont fait un tout petit peu de mathématiques dans leur enfance, 10 sur 1 000, c'est 1%. Donc, tous ceux qui me reprochent cette astronomique somme de 10 millions, oublient de dire, parce que ça, c'est de la mauvaise foi, que je dépense un milliard par an pour réparer tout ce qu'ils ont cassé. C'est-à-dire ces lycées vétustes dans lesquels on accueillait des gamins, notamment dans les lycées professionnels, notamment en Seine-Saint-Denis, dans des conditions littéralement indignes.

Moi, je suis tombée dans un trou en visitant le lycée de Villeneuve-le-Roy qui avait des trous dans les murs. Je regarde des trous dans les murs, je suis tombée dans un trou dans le sol. C'était ça, les lycées d'Île-de-France. Donc, voilà ce que je réponds. Alors, sur Stanislas, on a donné la subvention facultative, non pas pour faire des travaux minimes, mais pour faire des travaux de mise en accessibilité handicap.

Parce que vous avez raison, le lycée Stanislas n'a pas la mixité sociale qu'on souhaiterait, mais en revanche, dans les lycées catho, ils ont une force, c'est qu'ils ont souvent des classes accessibles et ils font beaucoup de travail sur l'accès des jeunes en situation de handicap dans le lycée. Donc, oui, on a aidé pour l'accessibilité de Stanislas. On l'a fait avant le rapport. Ça aussi, l'opposition ne le dit pas. On l'a fait avant le rapport. Quand le rapport a été publié, la première chose que j'ai fait, c'est convoquer le directeur du Océzain, appeler le directeur du lycée, appeler le ministre de l'Éducation nationale, qui à l'époque n'était plus chargé du dossier.

Donc, j'ai appelé le premier ministre, Gabriel Attal, et je leur ai demandé à tous des explications. Je leur ai demandé si ce rapport était encore d'actualité. Je leur ai demandé si les actions correctrices avaient été envisagées. Et j'ai demandé à Gabriel Attal s'il a envisagé de retirer le contrat à Stanislas. Ils m'ont tous dit oui, on est en train de mettre en oeuvre les trucs du rapport. Les actes homophobes ont été immédiatement sanctionnés. Et la personne a été virée. Ça, c'est du passé. On est en train de se corriger. Et moi, j'ai demandé à avoir tous les actes de correction.

Et on a fait interviewer le directeur du Océzain par la commission éducation, où j'ai toute mon opposition qui siège. Et c'est comme ça qu'on a poursuivi les financements à Stanislas, parce qu'ils nous ont dit oui, OK, on n'était pas dans les clous du tout. Maintenant, on est en train de s'y mettre. Donc, ne nous enlevez pas les financements. Maintenant, on est en train de se corriger. C'est comme ça que ça s'est passé.

34:17
Présentateur

Très bien. Nous allons maintenant passer à une deuxième partie qui aborde des grands thèmes et des défis nationaux. Premièrement, une question sur le budget. On le sait tous, la situation budgétaire en France est préoccupante, avec un déficit important, ainsi qu'une dette importante. Vous avez jugé, justement, le budget de l'État pour 2026 comme étant mauvais, en soulignant des dépenses excessives de l'État. Pouvez-vous préciser quelles dépenses, justement, sont excessives et lesquelles, justement, réduire en priorité ? Alors, en 2022,

34:51
Valérie Pécresse

j'avais dit que l'État avait cramé la caisse. Personne ne m'a écouté, personne ne m'a entendu. La vérité a été révélée quelques années plus tard. L'État a cramé la caisse. Alors, vous me dites, qu'est-ce qui ne va pas ? Moi, maintenant, vu de ma région, je pense qu'il y a un sujet avec l'État. L'État, vous savez, peut voter ses budgets en déficit. Les régions ne peuvent pas. Les départements ne peuvent pas. Les villes ne peuvent pas. Donc, en fait, les collectivités locales sont beaucoup plus vertueuses que l'État. C'est ça, la réalité de la vie de la France. Aujourd'hui, il y a trop de doublons. Tout le monde fait tout et le reste. Moi, je suis en charge des transports, comme vous le savez.

Je fais des pistes cyclables partout en Ile-de-France. Je fais même un grand réseau qui, j'espère, ira bientôt de la Porte-Maillot jusqu'à Sergi-Pontoise à vélo en direct. Bon, il y a encore quelques petits obstacles à passer sur le chemin, mais on finance 350 millions d'euros pour le faire. Je suis en charge des transports, je fais ce plan vélo. Que dit l'État ? Ah bon, on va faire un plan vélo. Mais pourquoi faire ? Donc, il y a des doublons à tous les étages. Moi, ce que je propose, et je pense que... Enfin, pour moi, en 2027, ça devrait être le projet d'un futur président de la République. Je propose une République des régions.

Je propose une République, maintenant, fédérale, où on supprime les agences d'État qui font exactement, en doublant, tout ce que font les régions et tout ce que font les départements et tout ce que font les communes. Par exemple, les départements ont la politique sociale. Ils sont en doublant avec les caisses d'allocations familiales. Ils traitent les mêmes publics, les bénéficiaires du RSA, les familles. C'est les mêmes publics, deux fois, deux administrations. Donc, on a aujourd'hui des doublons à tous les étages. Mais moi, pour moi, aujourd'hui, le mauvais échelon, c'est devenu l'État.

Alors, je sais que je suis complètement révolutionnaire quand je le dis, parce qu'on est en France et en France, l'État, c'est la nounou. L'État, c'est lui qui va tout régler. L'État, c'est celui vers qui on se tourne pour nous inventer le chèque reprisage de chaussettes et le chèque vélo. Mais non, non. Aujourd'hui, si on donnait aux régions et aux collectivités, aux départements pour la politique sociale et aux villes, la possibilité de gérer toutes les politiques du quotidien, eh bien, je vous assure, nous, on ne peut pas voter de déficit. Donc, on résout le problème du déficit. On n'a pas le droit de voter en déficit.

Donc, si vous me dites la transition écologique, parce que moi, je suis en charge de la transition écologique aussi, donc de faire des villes vertes. Donc, j'ai fait une agence, Île-de-France Nature, qui renature les villes. Qu'annonce l'État ? Un plan vert pour financer les espaces verts. Mais il y a deux fois des fonctionnaires à chaque fois. C'est comme ça pour tout. Donc, il faut supprimer un échelon. Et pour moi, l'échelon à supprimer, c'est celui de l'État, celui qui peut voter des déficits. C'est pareil pour la sécurité sociale. La sécurité sociale, aujourd'hui, est en déficit.

Moi, je propose qu'on confie une large partie de la sécurité sociale aux partenaires sociaux, mais avec une règle d'or. Vous, vous démerdez, les gars. Vous êtes des gens responsables. Il y a les syndicats d'un côté, le patronat de l'autre. Vous gérez vos cotisations et vous les gérez à l'équilibre. Et c'est vous qui décidez à quel âge on part en retraite, comment on indemnise l'incident de travail, comment on indemnise le chômage. C'est vous, mais simplement pas avec une cagnotte où l'État creuse des déficits tous les ans avec une cagnotte fermée. C'est la cagnotte des cotisants.

Et je vous assure, c'est un projet de totale rupture avec ce qu'on a fait depuis très, très, très longtemps, les années 80. Et le fait de ne plus voter en déficit, ça change tout. Ça oblige à gérer, j'allais dire, de manière responsable, l'argent des contribuables. Et puis ça permettra que vos salaires ne soient pas amputés d'un tiers parce que vous devez payer les déficits des régimes de sécurité sociale de vos parents et de vos grands-parents. À un moment donné, il faut être responsable. Aujourd'hui, les salaires ne payent plus assez en France. C'est ça la réalité. Mais parce qu'on est mal géré. Et puis, j'ajoute une chose, les services publics de proximité sont beaucoup plus efficaces.

Depuis qu'on m'a donné les transports, est-ce qu'il y a un francilien qui pense que c'était mieux géré avant ? Alors, il y en a beaucoup qui gueulent parce que ce n'est pas encore assez bien et parce que j'ai encore beaucoup de boulot à faire. Enfin, la transformation en 10 ans, elle est colossale. Avant, c'était l'État. Tout le monde gueulait. Mais on s'en foutait parce que c'est très loin l'État. C'est très loin. Vous allez hurler contre la SNCF. Bon, ben oui, mais la SNCF, c'est qui ? Qui élit le président de la SNCF ? Personne. Alors que maintenant, je suis sûre que quand vous prenez le RERA et qu'il tombe en panne, vous vous dites, zut, Pécresse encore ?

Et ben voilà, ça s'appelle le rôle de l'élu. Et c'est pour ça que je me démène, moi. Parce que comme je sais que c'est moi qui, de toutes les façons, porterai le blâme, alors que ce n'est pas moi qui fais rouler les trains, c'est la SNCF toujours, mais c'est moi qui organise les choses. Et c'est moi qui suis sur leur dos toute la journée pour faire en sorte que le train arrive à l'heure. C'est pour ça que l'élu local, il est beaucoup plus responsable devant vous. Il vous rend des comptes tout le temps. Et vous pouvez le blâmer beaucoup plus que l'État. C'est loin, l'État. Voilà.

39:47
Présentateur

Il y a aussi la question des retraites. Grosse réforme qui n'a pas abouti finalement. Est-ce que vous auriez fait différemment ? Comment est-ce que vous envisagez une réforme équitable, comme on l'entend souvent, mais finalement, de quoi on parle exactement ?

40:06
Valérie Pécresse

Allez, je vais vous surprendre. Je vais citer Jaurès. Jaurès disait qu'il fallait se méfier des mensonges et qu'il fallait toujours chercher la vérité. Le vrai courage, c'était de chercher la vérité et de ne pas se laisser tromper par les mensonges. Donc les mensonges trompeurs, aujourd'hui, c'est ce qu'on dit aux Français quand on leur dit que, contrairement à, partout dans le monde, on va pouvoir vivre plus longtemps, sans travailler plus longtemps, et en même temps toucher notre retraite. Ça, ça s'appelle un mensonge. Voilà. Alors, je sais que la politique, c'est parfois la démagogie, mais moi, je ne serai pas du côté des démagogues.

Alors, peut-être que quand on n'est pas du côté des démagogues, on fait 5% à la présidentielle, mais moi, je préfère faire 5% à la présidentielle que vous mentir et que vous emmener dans le mur, parce que c'est ça qui est en train de se passer avec le régime des retraites. Moi, j'ai des enfants qui ont votre âge, et certains d'entre eux me disent « Mais à quoi ça sert, un moment de cotiser pour sa retraite ? » C'est une pyramide de Pondy, puisque de toute façon, plus personne ne cotise. C'est sûr que si on continue de partir tôt et d'allonger la vie, il y a un moment où ça ne marchera pas. Voilà.

Donc, le sujet, aujourd'hui, c'est « Est-ce qu'on a encore confiance dans notre régime par répartition ou pas ? » Est-ce qu'on veut le sauver ou pas ? Et moi, je veux le sauver, parce que je pense que le régime par répartition, c'est celui qui protège notamment les plus fragiles. Et c'est pour ça qu'il faut le sauver. Mais pour le sauver, il faut dire la vérité. Cotisants, nombre de cotisants, nombre de retraités, c'est ça l'équation. Et si on vit plus longtemps, il y aura plus de retraites à payer. Et malheureusement, il y a un peu moins de cotisants en France aussi. Donc, le sujet, c'est, si on ne veut pas augmenter les cotisations jusqu'au ciel, c'est de travailler plus longtemps.

Et tous ceux qui vous disent le contraire, vous mentent. Et vous, vous avez suffisamment d'esprit critique, vous êtes à l'ESSEC, vous savez gérer, vous savez compter. Donc, voilà. Ne vous laissez pas berner.

41:54
Présentateur

Et selon le COR, le Conseil d'orientation des retraites, je crois qu'il faudrait aller jusqu'à 65,6 ans compte tenu de la hausse de l'espérance de vie passé 60 ans. Est-ce que pour vous, c'est recevable de dire à un Français qui doit travailler jusqu'à quasiment 66 ans juste, entre guillemets, avec la hausse de l'espérance de vie ou est-ce qu'il faut imaginer autre chose pour cette réforme ?

42:18
Valérie Pécresse

Alors d'abord, je pense que quand on fait une réforme, il faut qu'elle soit juste. Pour qu'elle soit juste, il faut que les métiers pénibles ne soient pas traités de la même façon que les métiers qui ne le sont pas. Et par évidence, un ouvrier du bâtiment qui travaille tous les jours dans un métier hyper dur, hyper pénible, l'idée même qu'il puisse travailler jusqu'à 65 ans est impossible.

En revanche, dire aux Français que eux, seuls en Europe, seuls en Europe, ils vont pouvoir travailler 62 ans alors que les Italiens, les Espagnols, socialistes, sont à 67 ans, les Allemands vont vers 67 ans, les Anglais vont vers 67 ans, les Belges, les Italiens, enfin, je veux dire, quel est le pays en Europe qui fait comme la France, qui dit pas la vérité comme la France ? Alors pourquoi ? Je sais qu'on a toujours raison contre le reste du monde. Nous, la France, on est Français, donc forcément. Mais ne vous étonnez pas, après, qu'on nous dise qu'il n'y a plus d'argent pour l'hôpital, qu'il n'y a plus d'argent pour l'école, qu'il n'y a plus d'argent pour faire des beaux projets d'avenir.

Évidemment, cet argent, on l'a mis ailleurs. On l'a mis à mentir aux Français et à ne pas leur demander d'effort parce que c'est tellement plus populaire de faire des chèques. C'est tellement plus populaire de vous dire à tous, mais allez, ne faisons aucun effort. Vous savez ce que disait Kennedy ? Il disait, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. de temps en temps, à un moment donné, il faut se demander ce qu'on peut faire aussi pour les autres. Vous avez parlé très gentiment de ma foi, qui est un domaine totalement privé.

Moi, je suis une laïque et je défends la laïcité plus que tout parce que je pense que la laïcité, c'est ce qui permet à tout le monde, quelles que soient ses croyances ou non-croyances, de vivre ensemble. Et je pense que le gros sujet de la République française aujourd'hui, c'est de réussir à vivre ensemble malgré nos différences de croyances. C'est ça, ma vraie croyance. Ma vraie croyance, c'est en la laïcité, comme une valeur première et cardinale de la France. Mais c'est vrai que je suis une catholique et je pense vraiment qu'on a besoin de cette générosité, de cette solidarité entre nous. Il n'y a plus de solidarité. Aujourd'hui, l'électeur, il est quoi ? Il est client.

Il est consommateur. C'est « What's in this for me ? » Voilà. On a l'impression que c'est devenu le nouveau mantra de l'électeur. Mais vous êtes dignes de mieux. Vous êtes dignes de plus. Et d'ailleurs, si vous alliez travailler dans un autre pays, vous accepteriez les règles de l'autre pays et vous les trouveriez très bien. Donc, en tant que Français, avec votre esprit critique, vous devez relever ce pays. Vous ne pouvez pas le laisser dans la crise financière et la crise existentielle qui est la sienne. On a une crise existentielle. Pourquoi ? On a une crise existentielle parce qu'on est mal géré. Comme on est mal géré, on est faible. Et comme on est faible, on n'est pas respecté.

Voilà l'équation de la France. Et voilà ce que je ne veux pas pour mon pays.

45:09
Présentateur

Sur ces belles paroles, nous allons maintenant passer au traditionnel petit jeu des mardis. Donc, nous allons vous poser trois questions auxquelles, à chaque fois, il faudra choisir un choix parmi trois choix. Donc, première question. Quel est le meilleur moyen de se remettre d'une défaite présidentielle ? Rien de tel qu'une bonne augmentation du prix du pass Navigo pour se venger, vaquer à d'autres occupations comme faire des travaux sur le RERB pour annuler le concert de Beyoncé, ou enfin, ouvrir une cagnotte litchi pour rembourser ses endettements personnels, la French Tech a du bon. Un B. D'accord, très bien.

45:48
Valérie Pécresse

Mais je n'ai pas annulé le concert de Beyoncé. C'est juste qu'à un moment donné, son producteur a essayé de faire pression sur moi en me lançant sur, comme une meute, tous les fans de Beyoncé pour essayer de faire annuler les travaux du RERB qui étaient programmés depuis deux ans. Depuis, il a compris que ce n'était pas la bonne méthode, donc on se parle.

46:09
Présentateur

Je précise quand même qu'il n'y a pas forcément de bonnes réponses. Deuxième question. Vous vous décrivez comme Thatcher plus Merkel divisé par deux. Quel est le résultat de cette équation ? Une personnalité de gauche. Faire un sitting dans un amphithéâtre de l'ENA pour militer, ça ne trompe personne. La moitié du niveau d'anglais de l'une et la moitié du succès électoral de l'autre. Et enfin, c'est strictement physique, un tailleur bleu marine et une coupe au carré.

46:34
Valérie Pécresse

Alors, dites-moi la réponse B.

46:36
Présentateur

La réponse B, la moitié du niveau d'anglais de l'une et la moitié du succès électoral de l'autre.

46:43
Valérie Pécresse

Allez, B.

46:44
Présentateur

Je n'ai pas bien compris la réponse, mais... Et enfin, dernière question. Pourquoi aimez-vous tant la France ? Parce que la langue française permet des expressions épiques pour haranguer la foule. Because your favorite meal is cheese, baguette and wine. You're very French. Et enfin, parce que c'est un pays qui a presque autant de fromage que de jours dans l'année. Trois. Très bien. Merci, Valérie Pécresse. Nous allons maintenant passer à la dernière partie du débat de notre échange autour de l'actualité politique et avec les présidentielles qui arrivent. Vous parlez souvent du RN et de l'EFI comme étant, et je vous cite, les parties de la faillite et du chaos.

Mais cette faillite n'est-elle pas aussi d'une certaine manière celle des parties de gouvernement dont elle est l'air, justement, et de leur échec, ou en tout cas de leur échec ressenti par une partie des Français aujourd'hui ?

47:36
Valérie Pécresse

Je comprends tout à fait ça. C'est pour ça que ça me rend très malheureuse parce que moi, j'ai essayé, quand je suis arrivée à la région, de remettre cette région sur pied. Elle était très endettée. Elle avait une date éducative, j'en ai parlé. Elle avait une date transport, vous la connaissez. Elle avait une date écologique puisqu'on était les derniers de la classe en matière écologique, la région la plus polluée, la région où on avait zéro bio. Et pas de plan déchet, rien. Donc j'ai eu le sentiment, en tant que présidente de région depuis 10 ans, d'avoir fait du bon boulot. Alors c'est vrai que les régions sont mal connues.

C'est vrai que les gens n'identifient pas forcément ce que font les régions et sans doute moins en Ile-de-France qu'en province parce qu'en province, il y a une identité régionale en Ile-de-France. Beaucoup de Franciliens ne sont là que pour passer quelques années. Donc effectivement, ça me rend malade. Mais ça fait quand même... Allez, combien d'années que la droite n'est plus au pouvoir ? Ça commence à faire. 14 ans. 14 ans que la droite n'est plus au pouvoir. Regardez ce qu'on a fait dans nos régions, comment on les a gérées. Moi, je pense que les présidents de régions de droite sont plutôt des bons présidents de régions.

Et donc, ça devrait vous donner une idée de ce qu'on pourrait faire de bien si on gérait le pays vraiment. Voilà. Mais je comprends très bien ce que les Français disent. Les Français disent, on ne les a pas essayés, les extrêmes. Mais moi, je suis persuadée que leur programme est calamiteux. On commence par la retraite à 62 ans. On continue avec une vraie guerre civile parce que la vérité, c'est que la LFI et le RN se font la courte échelle aujourd'hui. C'est ça, la vérité. Et ça se voit. C'est-à-dire que la LFI fait des outrances pour que le RN dise qu'elle fait des outrances et le RN fait des outrances pour que la LFI puisse les condamner.

En fait, ils se font la courte échelle pour arriver au pouvoir. Et pour empêcher ça, il faut qu'il y ait un programme de rupture. Je pense de droite parce que je pense que la France a besoin d'ordre. Elle a besoin d'autorité aujourd'hui, mais qui rassemble le centre, c'est-à-dire un programme humaniste. Et je pense que c'est ça, c'est ce mélange-là qui gagne. Mais pour ça, il ne faut qu'un seul candidat. Et aujourd'hui, on a plus de candidats que de... quasiment de militants.

49:40
Présentateur

Et justement, vous venez de parler d'un programme de rupture. Comment est-ce qu'on fait rupture ? Et peut-être qu'on pourra en reparler tout à l'heure, mais vous parliez d'une grande primaire avec la droite, le centre. Comment est-ce qu'on fait rupture avec des figures qui ont servi comme Premier ministre sous Emmanuel Macron ? On peut penser à Gabriel Attal ou à Edouard Philippe.

49:58
Valérie Pécresse

Mais là aussi, c'est une très bonne question. Le sujet, c'est d'abord de mettre le projet au cœur. Les Français, ce qu'ils veulent, c'est des solutions. Des solutions pour le pays, des solutions à leurs problèmes. Ils veulent une vision. Ils veulent une vision crédible. Et cette vision, ça ne peut pas être juste je vais baisser le taux de la TVA ou je vais modifier, je ne sais pas quoi, je ne sais même pas quelle procédure bureaucratique. Il faut arrêter avec ces solutions techniques. Et ce n'est pas non plus des grandes imprécations. Voilà.

Donc le sujet, c'est concrètement comment on se retrousse les manches pour remettre le pays dans le droit chemin et faire de la France ce qu'elle doit être, c'est-à-dire le pays moteur de l'innovation en Europe, le pays moteur des droits de l'homme dans le monde. C'est ça la France. Mais pour qu'on redevienne ça, il faut qu'on soit fort économiquement. Et vous savez, Clinton, il disait un jour à son opposant dans un débat, il disait c'est l'économie stupide. En France, on a l'impression que l'économie, c'est l'économie stupide, sous-entendu, il faut aussi faire de l'économie quand on veut être président de la République. Et on a l'impression qu'en France, l'économie, c'est un grand mot.

C'est-à-dire que quelqu'un qui vous parle de la bonne gestion du pays, en fait, il ne vous parle pas de gestion. Il vous parle de vos services publics. Il vous parle de votre santé. Il vous parle de votre logement. Il vous parle de vos transports. Il vous parle de votre emploi. Il vous parle de votre vie, en fait, quand il parle de bonne gestion. C'est ça, la bonne gestion. La bonne gestion, c'est de faire en sorte que votre argent soit bien dépensé. Et si votre argent est bien dépensé, on va vous rendre beaucoup d'argent. Et donc, on aura des salaires plus attractifs. Et si on a des salaires plus attractifs, on aura plus envie de travailler.

Et si on a plus envie de travailler, tout le pays changera parce qu'il y aura beaucoup plus de cohésion. On le voit bien. Donc, en fait, on a un peu tout mis à l'envers avec tous ces chèques et toute cette tentation de se dire, finalement, le travail n'est plus au cœur de la société. Si, le travail est au cœur de toutes les sociétés qui sont optimistes, en fait. Parce que le travail, l'entrepreneuriat, la création, être artiste, être entrepreneur, être un bon professionnel, s'épanouir dans ce qu'on fait, dans ce qu'on fabrique, c'est ça qui donne un sens à la vie. Et ça, le travail, aujourd'hui, c'est plus une valeur, vraiment. On ne le met plus en valeur.

On estime que c'est plutôt une charge dont il faudrait se débarrasser. Moi, ça m'attriste parce que je pense que ça veut dire qu'on est une société qui est profondément pessimiste, au fond, et profondément individualiste.

52:31
Présentateur

Peut-être récemment, il y a un départ qui a fait beaucoup parler au sein des LR. C'est celui de David Lysniar, maire de Cannes. Justement, vous venez de parler de travail, de faire des choses, d'être entrepreneur. Lui, il en parle beaucoup. Et il a cette phrase « Quand on perd, on perd ». Et aujourd'hui, je crois qu'il y a beaucoup, en tout cas, une bonne partie de la population qui peut-être est fatiguée de voir un peu les mêmes personnalités politiques.

Est-ce que ce départ de David Lysniar et justement cette revendication presque civique de se dire « Moi, je suis différent d'un politique », elle n'est pas aussi révélatrice justement des fractures entre la caste politique d'une certaine manière et aujourd'hui la France civile, on va dire, avec ces gens qui...

53:12
Valérie Pécresse

Je ne sais pas ce qu'il a voulu dire par là. Je trouve que sa phrase est très désespérante parce que moi, je crois à la deuxième chance. Je pense que... Alors, ça ne s'habite pas forcément à la vie politique, mais je crois que quand on trébuche, on a le droit de trébucher dans la vie. Parce que si on ne trébuche pas, c'est qu'on n'a jamais essayé, c'est qu'on n'a jamais osé. Ça fait une France qui a peur, qui se replie. Moi, je ne veux pas d'une France qui a peur, je veux une France qui ose. Et si on trébuche, il faut que quelqu'un soit là pour vous relever. Un entrepreneur qui tente de créer sa boîte, s'il échoue, ce n'est pas grave, il va apprendre de son échec.

Mandela disait « Moi, je ne perds jamais, soit je gagne, soit j'apprends. » Moi, j'ai perdu et j'ai gagné et j'ai beaucoup appris. Et ça a fait de moi une meilleure personne aujourd'hui. Je suis une meilleure personne qu'en 2022. C'est une évidence. Et pourquoi ? Parce que je me suis pris une grande claque. Se prendre des grandes claques dans la vie, ça peut vous rendre meilleur. Donc, la vérité, c'est que ce qu'il faut, c'est que la France soit un pays où on se relève. Et soit un pays où on aide ceux qui sont tombés à se relever. Mais qu'on les aide aussi à entreprendre, où on ne les enferme pas chez eux, en leur disant « Non, ne vous inquiétez pas, tout va venir tout cru.

» Ce n'est pas vrai. Certains m'ont reproché parce que moi, je parlais beaucoup d'ascenseur social. Je disais, il faut réparer l'ascenseur social. Il faut que l'ascenseur social refonctionne en France. Il ne fonctionne plus. Vous savez qu'il faut six générations à un fils d'ouvrier pour devenir cadre en France aujourd'hui. Six générations. Donc, l'ascenseur social ne fonctionne plus. C'est paradoxal dans un pays qui a les meilleures écoles, qui a les meilleurs enseignants, l'école gratuite, etc. Et donc, je me suis dit « Bon, qu'est-ce qui se passe dans ce beau pays ? » Et il y a quelqu'un qui m'a dit « Mais il faut que tu arrêtes de parler de l'ascenseur social.

» Le sujet, ce n'est pas l'ascenseur social. Le sujet, c'est l'escalier social. Parce que si la personne ne veut pas monter, si elle ne veut pas se donner aussi du mal pour réussir, elle n'y arrivera pas. Ça ne marchera pas. L'ascenseur, il ne marche pas tout seul. Il ne suffit pas d'appuyer sur un bouton. C'est l'escalier social. Mais ce qui est important, c'est d'ouvrir les portes de l'escalier social, viennent de chacun d'entre nous.

55:09
Présentateur

Pour revenir à une question centrée sur les élections présidentielles, vous avez récemment fait part de vos inquiétudes quant au processus de désignation du candidat des Républicains qui est lent et peu clair du fait de divisions internes. On a vu avec le départ de David Linard. Comment rebâtir une unité au sein du parti est-elle-même possible ? La vérité, c'est que je pense

55:36
Valérie Pécresse

que ce n'est plus une question de parti. Voilà. Je pense qu'aujourd'hui, l'espace d'un parti unique, la droite et le centre sont morcelés façon puzzle. Parce que vous avez le modem, vous avez Renaissance, vous avez l'UDI, vous avez les LR. Voilà. Donc, vous avez énormément de chapelles. Le parti de David, maintenant, puisqu'il a créé son propre parti. Donc, vous avez énormément de chapelles. Donc, aujourd'hui, on a deux forces très structurées. La LFI et le RM qui ont raté de peu la qualification au deuxième tour, les deux, l'un face à face, en 2017, en 2022. De peu, les deux fois. Est-ce qu'on veut que ça finisse par arriver ?

Ou est-ce qu'on veut échapper à ce duel terrifiant, pour moi, LFI et RN, au deuxième tour de la présidentielle ? Si on veut échapper, il n'y a pas de choix. Il faut un candidat unique de la droite et du centre. Et il faut se mettre tous autour d'une table pour engager le processus de sélection. Alors, il y en a qui ne veulent pas de primaire. Ils ne veulent pas de primaire, mais il faut bien un processus de départage. Voilà. Ceux qui ont peur de la primaire, c'est ceux qui ont peur de la perdre. Est-ce qu'on a peur de perdre la primaire quand on veut être président de la République ? Moi, je ne pense pas. Mais enfin, bon, après, chacun ses choix.

La vérité, c'est qu'il faut un processus de départage. Il faut un candidat unique. Et croyez-moi, de l'expérience, il faut un candidat unique très vite. Parce que l'une des choses qui m'a complètement perdue en 2022, c'est que la primaire a été en décembre. Le processus de pré-primaire a pris six mois. Juste avant, j'avais eu les régionales. Je ne me suis pas reposée jusqu'en décembre. Et après, la marche était trop haute. La marche est trop haute. Aujourd'hui, dans le monde dans lequel on vit, qui est un monde en guerre, un candidat présidentiel doit avoir une crédibilité internationale. Il doit avoir fait le tour des capitales internationales.

Ce candidat à la présidentielle, il doit avoir aussi un vrai projet. Aujourd'hui, je ne vois aucun projet de rupture sur la table. Aucun. Il y en aura peut-être un jour. Les Français, ils veulent savoir sur quel projet. Ensuite, il faut rassembler. Si on a la primaire trop tard, on n'arrive pas à rassembler. Croyez-moi, je suis bien placée pour en parler. Je sais exactement comment j'ai vécu ces trois mois de campagne. Donc, la vérité, c'est que tout ça, ça ne se fait pas d'un coup d'un seul. C'est pour ça que moi, je plaide. Alors, je suis peut-être un peu Cassandre, mais vous savez, dans la guerre de Troyes, Cassandre, elle avait raison à la fin. Elle avait raison.

Donc, si on ne veut pas que tout s'écroule, je pense qu'il faut absolument qu'on fasse émerger un candidat qui représentera la droite et le centre. Moi, je pense qu'il lui faut un programme bien à droite parce que je pense que la France, aujourd'hui, elle a besoin des valeurs de la droite. Ça, c'est mon sentiment. Et c'est plutôt un sentiment qui est corroboré par les résultats des élections municipales, globalement. Donc, je pense qu'il faut ce projet pour la France.

58:23
Présentateur

Vous appelez donc à une candidature unique de la droite et du centre. Mais comment rassembler justement des lignes politiques qui sont, en quelque sorte, différentes ? Mais on a toujours fait ça.

58:35
Valérie Pécresse

Mais on a toujours fait ça. À chaque fois qu'on a gagné, à chaque fois que la droite et le centre ont gagné ensemble, ils ont su se rassembler. Moi, j'ai connu un parti dans lequel il y avait Jacques Barrault, qui est le père de Jean-Noël Barrault, secrétaire général du Modem, et un parti dans lequel il y avait Jean-Pierre Raffarin, très proche aujourd'hui d'Emmanuel Macron, et un parti dans lequel il y avait Nicolas Sarkozy et François Fillon. Voilà, il y avait tout le monde. Donc, en réalité, si vous... Et Alain Juppé. Donc, il y avait, en fait, les mentors d'Edouard Philippe, de Gabriel Attal, de... quasiment, et de... je ne sais plus qui, David Lissnard, tout le monde.

Enfin, ils étaient tous là dans ce parti, de Bruno Retaillon. Donc, la vérité, c'est qu'on a plus de choses, je pense, qui nous rassemblent que des choses qui nous divisent. Maintenant, on ne peut plus gouverner avec le en même temps. Le en même temps a fait beaucoup de mal à la France. On a cramé la caisse. On n'a pas su prendre les décisions. On ne peut pas faire un programme, un coup à gauche, un coup à droite. Il faut choisir de tracer un sillon clair pour les Français, droit, où on dise quel est le point de départ, quel est le sens de notre action, quelle est l'arrivée, comment on redresse la France. Et puis, en revanche, il ne faut pas godiller.

Et le problème d'Emmanuel Macron et d'En Marche, c'est qu'ils ont toujours fait de la godille. Et on ne peut pas gouverner en godillant. À la fin, on fait du sur place.

59:56
Présentateur

Est-ce que le fait qu'aujourd'hui, Édouard Philippe soit donné comme seul vainqueur potentiel face à Jordan Bardella, s'il devait y avoir un second tour entre ces deux-là, est-ce que ça suffit à le désigner comme...

1:00:08
Valérie Pécresse

Non, absolument pas. Vous avez mentionné cette belle citation du général de Gaulle que j'avais reprise pendant ma campagne qui vous a fait sourire sur la queue du chien. Mais la vérité, c'est que les sondages à ce stade ne veulent rien dire. Ce qui voudra dire quelque chose, c'est la construction d'une candidature avec un projet auquel les Français adhéreront. Et un projet qui ne va pas forcément leur dire tout ce qu'ils ont envie d'entendre, mais un projet qui leur donnera l'espoir que les efforts qu'on va leur demander seront récompensés.

Et qu'à la fin, s'ils acceptent ces efforts, mais s'ils acceptent aussi le changement total, j'ai parlé de République des régions, République fédérale et sociale, s'ils acceptent un projet de rupture totale, la France se redressera et à la fin, ils seront plus heureux. Et à la fin, on fera France ensemble. Et à la fin, toutes les fractures sociales, territoriales, ethniques, religieuses que connaît notre pays, elles se résoudront. Parce qu'un pays qui est fier de lui-même et un pays qui a envie d'aller ensemble dans la même direction, c'est ça ce que disait Renan. Une nation, c'est des personnes qui regardent, qui ont envie de construire ensemble un avenir commun.

C'est ça qu'il faut faire, refaire nation, faire France ensemble. Mais ça, ça se construit. C'est un projet. C'est d'abord un projet.

1:01:24
Présentateur

Bruno Retailleau

1:01:27
Valérie Pécresse

aujourd'hui, Bruno Retailleau veut légitimement tenter sa chance. Il n'y a pas, pour moi, de problème aujourd'hui avec le fait de dire qu'on est légitime à tenter sa chance. David, Bruno, voilà. À un moment donné, cela dit, il faut qu'il y ait un processus qui entame le choix du candidat. Et moi, ce que je regrette, c'est que Bruno Retailleau a eu au moins le courage au sein des Républicains de dire, voilà, on va commencer à faire le processus de sélection. Il le fait tout seul parce que personne veut faire de primaire ailleurs, mais lui, au moins, il lance. Donc ça, c'est déjà un premier acte vers une démarche de responsabilité. Et par ailleurs, il a lancé des travaux programmatiques.

Donc acceptons-en l'augure et espérons que ça va un peu dépoter. Parce que là aussi, ce que j'ai dit à mes amis républicains, c'est qu'on ne gagnerait pas en 27 avec le programme de 2007 ou le programme de 2012 ou le programme de 2007 ou le programme de 2022. Il en faut un totalement différent parce que la situation du monde n'est plus la même avec Donald Trump qui a créé une instabilité démentielle dans le monde, avec la Chine qui nous mène une guerre économique, avec la Russie, avec toute la naissance de ces empires, j'allais dire, complètement décomplexés qui n'ont qu'une seule envie, c'est de réduire l'Europe à des consommateurs et à des vassaux.

Donc nous, on a besoin absolument de redresser la France. Il n'y a pas de choix. 2027, c'est un peu la dernière sortie de l'autoroute. Voilà.

1:02:55
Présentateur

C'était justement un peu ma question. Est-ce que c'est pas trop tard ? Je veux dire par là que vous parlez de projet de rupture et on croirait presque entendre le discours de reconstruction de la France après 1945 avec le commissariat général au plan, etc. Là, ce discours est un peu semblable mais aujourd'hui, j'ai l'impression que la manière dont l'économie est gérée en fait, elle n'a absolument rien à voir avec cette globalisation, mondialisation, précarisation des emplois qui fait qu'aujourd'hui, beaucoup est déjà joué en Chine avec l'innovation et donc contribue à affaiblir l'Europe.

1:03:28
Valérie Pécresse

Moi, je ne suis pas d'accord avec ça. D'abord, parce que regardez, regardez, je vais vous donner un exemple, la Grèce. Exemple tout récent, la Grèce. Moi, j'ai connu la Grèce en faillite. Quand j'étais ministre du budget, la Grèce faisait faillite, on avait une crise des dettes souveraines, toutes les dettes étaient attaquées, il a fallu faire un plan d'urgence d'économie, etc. Et la Grèce est en faillite. L'Europe l'a sauvée. Et aujourd'hui, la Grèce marche très, très bien. L'Irlande a fait faillite. Aujourd'hui, l'Irlande marche très, très bien. Le Canada a fait faillite. Aujourd'hui, le Canada marche très, très bien. La Suède a fait faillite ou quasi, elle marche très, très bien.

Donc la vérité, c'est que soit on attend la faillite et les mesures seront beaucoup plus douloureuses à prendre, beaucoup plus douloureuses. Et donc, il faut tant qu'on a encore les moyens, faire les démarches. Parce que moins on attend, moins c'est douloureux. Mais un jour, on sera obligé de le faire. Et ce qui m'ennuie, c'est que moi, je pense qu'avec l'IA et avec le quantique, avec la physique, les maths, on a un atout, nous, la France, mais juste colossal aujourd'hui à jouer. Simplement, il faut le jouer. Il faut avoir les moyens financiers de le jouer. Il faut continuer d'attirer. Macron n'a pas tout fait mal. Il a quand même généré une French Tech qui est un vrai succès.

Il a quand même attiré des investissements étrangers sur notre sol. Et cette politique pro-entreprise, elle a créé de l'emploi dans le pays. Donc, ce n'est pas ça qu'il faut abandonner. Mais ce qu'il faut abandonner, c'est, j'allais dire, la tentation de faire des chèques pour à peu près tout et le reste, ce qui ne résout absolument pas les problèmes des gens. Parce que les problèmes des gens, ils sont liés à toute cette superstructure administrative, toute cette bureaucratie, toutes ces normes qui nous paralysent littéralement dès qu'on veut faire quelque chose. On a la moitié de l'administration qui contrôle l'autre. Nous, on est contrôlés toute la journée dès qu'on fait quelque chose.

Mais c'est terrifiant. On a des règles et des normes. Chaque fois qu'on veut porter un projet, il faut une énergie de titan pour réussir à le porter. Et c'est pareil, si vous devenez entrepreneur, vous vous apercevrez de ça aussi. Et ça, Emmanuel Macron en avait conscience et c'est à ça qu'il s'est attaqué. Mais il ne s'est pas attaqué à la sphère publique, malheureusement, à la réduction de la dette, à la réduction du déficit et à la bonne gestion du service public. Et c'est là qu'il a trébuché.

1:05:45
Présentateur

Nous avons une dernière question pour vous. Donc, les élections présidentielles vont être au cœur de l'actualité politique jusqu'en 2027. Mais les élections régionales arriveront l'année d'après, en 2028. Quelles sont vos ambitions politiques pour la suite ?

1:05:59
Valérie Pécresse

Oh là là, c'est beaucoup trop loin. En vérité, en 2022, après les présidentielles, je me suis dit qu'est-ce que je fais ? Est-ce que j'arrête la politique ou est-ce que je continue ? Et je me suis dit que ce n'était pas dans mon caractère de finir sur une défaite. Voilà. Je n'avais pas fait 20 ans de politique pour finir sur une défaite cuisante. Je voulais remonter sur mon cheval et je voulais laisser un héritage. Dans les héritages, il y avait les JO, bien sûr. Et donc, c'est pour ça que je suis remontée sur mon cheval et on a préparé les JO qui ont quand même été une réussite absolument exceptionnelle. Je rappelle que pendant les JO, on n'avait plus de gouvernement.

Il y a eu la dissolution entre temps. Donc, on a réussi à faire des JO sans gouvernement et on a fait des JO absolument exceptionnelles parce que la France, malgré tout, a des très grands hauts fonctionnaires et des très grands élus qui arrivent à faire des tas de belles choses, même quand ils ne sont pas gouvernés. Vous voyez, ça ne veut pas dire que je prône pour la France de ne pas avoir de gouvernement comme la Belgique. Je ne suis pas sûre que sur le long terme, ce soit une bonne chose.

Au contraire, je pense qu'il faut un Parlement avec une majorité, un État gouverné et un État de droit qui arrête de devenir non plus le trésor que nous chérissons, mais qui est un obstacle à tous ceux qui veulent entreprendre et qui veulent faire quelque chose dans ce pays. Mais donc, pour en revenir à la présidentielle et à mes ambitions, aujourd'hui, si je reste en politique, c'est parce que vraiment les deux extrêmes me font peur. Ils me font peur pour le pays.

et quand je vois Jordan Bardella qui était complètement fasciné par Donald Trump et que je me dis mon Dieu, il a été fasciné par Donald Trump et il pourrait diriger la France ou que je vois que le RN a été financé par Poutine et je me dis oula, des gens qui ont été financés par les Russes pourraient gouverner la France et qu'ils osent dire qu'ils défendent la souveraineté française. Quand je vois Jean-Luc Mélenchon qui fait tous les dérapages que l'on connaît et je me dis oula, il pourrait être au deuxième tour de la présidentielle.

Tout ça m'effraie et je me dis que si les gens courageux quittent le navire au moment où ça tangue, au moment où c'est difficile, on aura le pays qu'on aura mérité d'avoir. Donc voilà, je ne quitte pas le bateau.

1:08:11
Présentateur

Très bien. Merci. C'est la fin de cet échange. Merci beaucoup Valérie Pécresse. Je vous remercie. Nous avons maintenant les questions du public. on va enfin pouvoir parler des bus de Sergi Pontoise.

1:08:32
Invité

Merci. Bonjour Florian, je suis ancien étudiant ESSEC et maintenant je travaille à l'ESSEC. Au tout début du débat, vous avez parlé de fractures et d'inégalités. Quelque chose que nous remarquons en France, partout dans le monde depuis quelques mois, ces quelques années, c'est l'inflation et le conflit au Moyen-Orient actuel risque d'aggraver cet effet d'inflation. Est-ce que vous pensez que c'est le rôle des institutions publiques d'aider les citoyens à contrebalancer ce problème et comment ?

1:09:05
Valérie Pécresse

La réponse, elle est simple. Il n'y a plus un euro dans les caisses. Donc l'État n'a plus les moyens de rien faire. C'est fini. La politique du quoi qu'il en coûte, ça a duré ce que ça a duré. Mais aujourd'hui, avec l'ampleur de la dette de la France, il n'y a plus de possibilité de faire quoi que ce soit. Donc la vérité, c'est qu'en fait, on a dit aux Français qu'on pouvait faire des choses. On a fait des chèques et des chèques et des chèques. Et aujourd'hui, on se retrouve dans une période de crise et on n'a plus d'instruments pour lutter.

Donc vous voyez, c'est pour ça que la bonne gestion, vraiment, vous allez me dire que je ne parle que de ça, mais vous êtes dans une école de gestion, donc j'espère que c'est aussi un peu votre vocation. Mais la bonne gestion est cruciale. Parce que quand on se retrouve avec un choc inflationniste comme celui qu'on a, il faudrait effectivement qu'on mette en place des mesures, typiquement des baisses d'impôts, par exemple, qui permettraient d'amortir le choc de la hausse des prix. Mais comment voulez-vous mettre en place des baisses d'impôts à un moment où on ne sait pas payer les dépenses de l'État ? Donc la réponse est oui.

En fait, l'intérêt de la bonne gestion, c'est quand on est en période de crise, de pouvoir faire des dépenses. C'est Keynes. Mais Keynes a été complètement transformé par, vous allez dire, la gauche et un peu la droite française en, c'est vachement bien de continuer de la dépense publique tout le temps, pour tout le temps soutenir la demande par la consommation. Or, la demande ne doit pas être soutenue que par la consommation. La demande, elle doit être soutenue par l'investissement. Elle doit être soutenue par l'exportation. Depuis quand est-ce qu'on exporte encore en France ? Qu'est-ce qu'on exporte encore à part nos produits agricoles, nos spiritueux et nos biens de luxe ?

Donc aujourd'hui, le sujet, il est là. Investissement, exportation, qu'est-ce qu'on en fait ? Pas que la consommation.

1:10:51
Invité

Bonsoir, Madame Pécresse. Vous avez défendu tout à l'heure le modèle par répartition au niveau des retraites. Pourquoi ne pas oser la capitalisation ?

1:11:00
Valérie Pécresse

Moi, je suis totalement pour. Moi, je suis totalement pour la capitalisation, bien sûr, mais un modèle mixte. Mais pourquoi on ne peut pas uniquement compter sur la capitalisation ? D'ailleurs, le paradoxe de ce beau pays qu'est la France, c'est que les fonctionnaires ont un régime de capitalisation, figurez-vous. Ça s'appelle la pré-fonds. Donc il y a une partie des Français qui ont un régime historique de capitalisation que personne ne leur relèvera jamais parce qu'il y a des syndicats puissants dans la fonction publique. Donc il y a un régime de capitalisation dans la fonction publique, il n'y en a pas pour le privé. Qu'est-ce que c'est que cette absurdité ?

Bien sûr, il faut un régime par capitalisation. D'autant plus, qu'est-ce que ça fera le régime par capitalisation ? Ça fera des fonds souverains, de l'argent à investir dans nos entreprises, de l'argent français dans les entreprises stratégiques. C'est ce que font tous les grands pays du monde. Alors oui, bien sûr, il faut de la capitalisation. Mais pourquoi il faut aussi la répartition ? C'est parce qu'il y a des Français qui n'auront pas les moyens de capitaliser. Des Français qui ont été au chômage, des Français qui ont eu des accidents de la vie, des Français qui ont été malades. Donc il faut la répartition comme socle et il faut la capitalisation en plus.

Et c'est comme ça qu'effectivement, ça fonctionnera et ça fonctionnera mieux. Vous avez raison. Et on le donne aux fonctionnaires et on refuse vos salariés privés. C'est absurde.

1:12:14
Présentateur

Bonsoir, Madame Pécresse. Je m'appelle Mévlana, je suis ancien de l'ESSEC. Je suis entrepreneur et donc je suis en train de mettre en place un jeu vidéo dédié à l'éducation financière. Et j'ai une question du coup sur l'éducation et notamment le soutien aux entrepreneurs de la région. En fait, en France, on a beaucoup d'aides, notamment de la BPI, beaucoup de subventions, etc. Mais en fait, le problème après, c'est les taxes, les normes, les impôts qui font qu'il y a plein de talents qui partent aux Etats-Unis, qui partent en Chine ou ailleurs. Donc, j'ai vu qu'il y a des projets de data center et des projets qui vont dans le bon sens du coup.

Mais qu'est-ce qu'on fait pour les entrepreneurs, pour que les meilleurs talents restent et développent du coup des entreprises et pourquoi pas des licornes et des champions de demain dans la région ?

1:12:54
Valérie Pécresse

Alors, on fait beaucoup de choses. On fait beaucoup de choses et objectivement, je l'ai dit, ça a plutôt été le point fort du gouvernement Macron, en tout cas dans son premier mandat. Ça a été d'assoupir le droit du travail, d'augmenter les incitations à investir, son capital, etc. Donc, il a fait pas mal de mesures pour les entrepreneurs, pour la French Tech. Maintenant, on a un levier français qui est très particulier mais qui existe, qui est la commande publique. Vous avez un jeu vidéo d'éducation financière.

Moi, dans mes lycées, tous les ans, je fais des appels à projets pour des éduc-tech, c'est-à-dire en fait pour faire émerger des startups qui font de la tech éducative pour essayer d'avoir des nouveaux outils dans les lycées qui soient un peu plus innovants et un peu plus imaginatifs que juste les traditionnels manuels scolaires. Et ça, la commande publique est intéressante pour les entrepreneurs en France. Aujourd'hui, la commande publique, ça représente pratiquement, tenez-vous bien, 30% de la commande des entreprises en France. C'est de la commande publique. tellement on est présent, l'État, les régions, les départements, les villes. Donc, c'est très important.

Et l'intérêt d'avoir de la commande publique, et moi, je suis très, très attachée aux made in France, donc je commande quasiment que français. J'ai assumé, il y avait des bus chinois moins chers, j'ai refusé les bus chinois, tout ce qui, voilà, j'assume de faire du local. Et aujourd'hui, avec la commande publique, on donne un espèce de certificat à des entreprises en leur disant qu'elles sont dans les lycées d'Île-de-France, donc vous pouvez leur faire confiance, ça marche, prouvez vos concepts, etc. Donc on essaie de faire ce genre de choses à la région.

Mais on a plein d'aides au développement des entreprises, comme vous le savez, PME, TPE, on fait des prêts pour la décarbonation des PME, on fait plein de choses pour aider les entreprises et on fait aussi beaucoup de formations aussi. Alors je suis désolée, je suis adaptationniste. Adaptationniste, ça veut dire que je fais des formations aux métiers qui recrutent. Bizarrement. Mais à un moment, quand on n'a plus d'argent, il faut savoir ce qu'on veut faire et où est-ce qu'on veut le mettre. Et notamment dans les métiers de la tech et du numérique. La moitié des talents de la tech et du numérique sont en Île-de-France, la moitié des talents français.

1:15:06
Présentateur

Merci beaucoup, madame. Si vous avez d'autres questions, il y a un cocktail à la sortie.

1:15:11
Valérie Pécresse

Et je mets le maximum de mon énergie à corriger le problème des bus de Sergi Pontoise. Je tiens à le dire quand même. Merci beaucoup. Si on ne m'a pas été posé, je vous en remercie. Merci.

1:15:20
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.