Cédric Villani, mathématicien - On n'est pas couché - 22 février 2014 #ONPC
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse directe
Vulgarisez ce théorème pour lequel vous avez eu la médaille Fields.
- 3:23OuverteRéponse directe
Concrètement, qu'est-ce que ça change dans notre vie, cette affaire-là ?
- 4:07ComplaisanteRéponse directe
Vous êtes un peu poète, au fond, pour être mathématicien ?
- 4:35OuverteRéponse directe
Vous racontez que vous êtes pris en auto-stop après un concert. Comment vous êtes-vous retrouvé là ?
- 6:32OuverteRéponse directe
Vous êtes un mathématicien qu'on peut croiser au bord de la route en train de lever le pouce ?
- 7:07OuverteRéponse directe
Elle vous dit « Elle est jolie, votre araignée ». C'est toujours le cas ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:22Invité politiqueFait
« Oui, c'est possible. Et des conférences de vulgarisation, depuis la médaille, j'en ai fait des centaines, littéralement, tous les publics, des scolaires, du grand public, en France, à l'étranger, partout. »
- 1:26Invité politiqueFait
« C'est un enjeu majeur en physique, en technologie. Par exemple, pour ceux qui essaient de dompter la fusion nucléaire, le projet ITER et les choses comme ça, ils doivent travailler sur les plasmas. »
- 2:48Invité politiqueFait
« On a montré que ça s'applique effectivement, y compris pour l'équation non linéaire, la vraie équation des plasmas. »
- 3:40Invité politiqueFait
« La relativité générale d'Einstein, qu'on donne souvent comme exemple de la théorie la plus spectaculaire du XXe siècle, elle n'a rien changé dans votre vie avant qu'apparaissent les GPS, concrètement. »
- 11:09PrésentateurFait
« Et le résultat, c'est que quelques années plus tard, il est Médaille Fields. »
- 12:41Invité politiqueFait
« Quand vous la voyez, vous vous dites « qu'est-ce que c'est ce machin ? » »
- 12:49Invité politiqueFait
« C'est utilisé dans l'aéronautique, c'est utilisé pour ceci. »
- 19:37Invité politiqueFait
« Oui, ça m'inquiète. Pas tant pour le niveau de la recherche, il en restera toujours, que pour le niveau de l'enseignement à culture mathématique d'ensemble. »
- 19:50Invité politiqueChiffre
« Les effectifs d'enseignants en mathématiques, ça chute. »
- 20:31Invité politiqueChiffre
« Des conférences, j'en ai fait des centaines. »
Temps de parole
- Cédric Villani55 %
- Présentateur22 %
- Invité11 %
- Invité 26 %
- ?6 %
≈ 29,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
On
a déjà pas mal, en début d'émission, parlé du contenu de ce livre en racontant que, ben voilà, vous nous expliquiez les affres du chercheur, au fond, parce que c'est long et compliqué pour revenir à ses fins, démontrer un théorème. Alors essayez
de
vulgariser un peu ce théorème pour lequel vous avez été récompensé, pour lequel vous avez eu la médaille fixe. Est-ce que
c'est possible ? Oui, c'est possible. Et des conférences de vulgarisation, depuis la médaille, j'en ai fait des centaines, littéralement, tous les publics, des scolaires, du grand public, en France, à l'étranger, partout. On va essayer, en quelques mots, une petite version raccourcie. C'est un théorème qui parle de physique mathématique, donc il s'agit de comprendre, par le raisonnement logique, un phénomène physique. C'est un théorème qui parle de plasma. Plasma, c'est un état de la matière dans lequel vous avez séparé les électrons des noyaux.
Dans chaque atome, vous avez un noyau qui est chargé positivement, qui est lourd, et puis des électrons qui se baladent, qui, eux, sont chargés négativement et qui sont très légers. Si les conditions sont telles, par exemple, conditions de température extrême qui font que les électrons se sentent plus liés au noyau, ils se baladent. Comme ils sont très légers, ils s'agitent beaucoup plus vite. Et vous vous demandez, qu'est-ce qui leur arrive à ce nuage d'électrons que vous allez décrire de manière statistique, un peu comme une foule qui aura tendance à aller d'un côté ou de l'autre. Il y
a
une équation mathématique qui décrit l'évolution de ce gaz d'électrons, si vous voulez. Et c'est un enjeu majeur en physique, en technologie. Par exemple, pour ceux qui essaient de dompter la fusion nucléaire, le projet ITER et les choses comme ça, ils doivent travailler sur les plasmas. Le plasma est
l
'état le plus abondant de la matière, même s'il a été découvert assez récemment.
L
'amortissement lambda est un phénomène qui a été imaginé par Lef Landau, le physicien soviétique légendaire qui travaillait là-dessus dans les années 40, sur lequel, dans ce plasma, donc avec toute cette foule d'électrons, si vous envoyez une petite impulsion électrique, il y a quelque chose qui dérange le plasma. Les électrons vont être attirés ou repoussés en fonction du champ électrique. Spontanément, le champ électrique ainsi créé dans le plasma va s'atténuer pour disparaître. Alors qu'il n'y
a
pas de frottement au sein de ce plasma, c'est comme si c'était quelque chose de parfait. Si vous
avez
un matelas, je vais prendre une image toute simple pour analogie, si vous sautez dessus et que vous attendez, le matelas, il va s'arrêter de vibrer. Mais c'est parce qu'il y a des frottements au niveau des ressorts. Dans le plasma, il n
'y a
pas de frottement,
pas
de phénomène irréversible. Et pourtant, ça s'arrête. La perturbation électrique disparaît. Il
y
a un phénomène de stabilité imprévue. C'est ça qu'avait prédit Landau. Landau l'a vérifié
sur
un modèle simplifié de l'équation des plasmas
et
l'équation dite linéarisée. Et c'est ça qui a tenu pendant six décennies, quelque chose comme ça. Et vous,
vous
êtes dit... Et nous, ce qu'on a résolu avec Clément Mouot, c'est donc mon ancien élève et principal collaborateur...
Qui a beaucoup participé à cette
recherche.
C'est
une recherche à 50-50.
Avec des échanges de
mails.
Avec des échanges de mails qui sont décrits. On ne dira jamais laisser l'importance du travail collectif dans la recherche scientifique contemporaine. On a montré que ça s'applique effectivement, y compris pour l'équation non linéaire, la vraie équation des plasmas. Et on a expliqué pourquoi. On a mis le doigt sur quelque chose qu
'on
n'attendait pas, des analogies avec d'autres phénomènes physiques. On a expliqué, donné une nouvelle explication, si vous voulez,
de ce phénomène. Pardon à de poser cette question-là. En dehors de la satisfaction personnelle, et pas seulement, manifestement des autres mathématiciens aussi, puisqu'ils vous ont récompensé de cette fameuse médaille, Fitts. Concrètement, qu'est-ce que ça change dans notre vie, cette affaire-là
?
Mon ami, il y a fort peu de découvertes théoriques qui changent quelque chose dans notre vie.
Tout de suite. Même
la relativité générale d'Einstein, qu'on donne souvent comme exemple de la théorie la plus spectaculaire du XXe siècle, elle n'a rien changé dans votre vie avant qu'apparaissent les GPS, concrètement. Ah
! Quand
même ! Ah ben oui, c'est venu 90 ans après que ça a été découvert. Mais c'est venu, et c'est souvent comme ça, en recherche fondamentale, vous ne pouvez jamais savoir. Vous travaillez pour le futur, avec l'idée que tout ce qui arrive, qui va faire comprendre quelque chose, ça sera utile un jour.
Vous êtes un peu poète, au fond, pour être mathématicien, alors ?
Très bien, ça c'est une citation célèbre d'une grande mathématicienne, une grande mathématicienne russe, qui a dit « Nul ne peut être mathématicien sans avoir l'âme d'un poète
».
Ah oui ! Alors je dois manquer de poésie, moi, au fond, pour effectivement ne pas avoir été suffisamment passionné par les maths à l
'école, et même après.
On en rediscutera, et puis vous verrez que ça vous paraîtra tout de
suite.
Ça peut venir. Vous pensez que même à mon âge, à 51 ans, ça peut encore venir
?
Venez, venez. Je vous donnerai des conférences que je donne, vous verrez.
Mais il faut dire que vous êtes un type, alors, assez étonnant, assez bizarre. On parlait même pour vos choix musicaux tout à l'heure. Vous racontez, c'est assez marrant d'ailleurs ce passage, comment vous êtes pris en auto-stop en revenant d'un concert, parce que vous allez voir les Tetraids. Tiens, d
'ailleurs, j'ai l'album.
Je ne
sais
pas si vous avez le dernier album. Vous l'avez ou pas ? Ah, je n
'ai
pas celui-ci. Ah ben, c'est tout nouveau. Tout
nouvel album des Tetraids.
Voilà qui est gentil.
Voilà, je vous l'offre,
puisque ça, franchement, on n'imagine pas que vous allez voir un concert des Tetraids. Moi, je suis allé voir déjà un concert des Tetraids. Je les connais très bien, les Tetraids. Pourquoi ? Ça ne correspond pas à votre image ?
Ça
ne correspond pas à mon image des Tetraids. Mais c'est quoi, mon image ? Qu'est-ce que vous allez
achérer ? Je ne sais pas. On
vous imagine écouter de la musique classique,
des grands aires
d'opéra. J
'écoute aussi de la musique classique. Je suis un fan de Prokofiev, de Ligeti. Pour moi, les études pour piano de Ligeti, c'est la plus grande œuvre pour piano du XXe siècle. Je vais, si vous voulez, il
y a
le dernier opéra que je suis allé voir. C'était Einstein on the Beach, le grand chef-d'œuvre de Philippe Glasse. Tout ça, je connais. Mais aussi, les Tetraids. Il ne faut pas faire un ostracisme a priori en fonction de ce qu'on s'imagine d'un individu, de par son apparence ou son sujet de recherche sur les goûts qu'il va avoir.
Et
alors, je recherche le passage, mais vous racontez en tout cas que vous allez à ce concert. Alors, ça m'épate aussi pour un mathématicien. Moi, je pense qu'un mathématicien, il prévoit toujours tout. Non, vous ne prévoyez pas, par exemple, le trajet-retour. Comment vous allez revenir du concert une fois que le concert est terminé ? Ça, vous n'avez pas à réfléchir et à envisager.
Non, mais effectivement, il y avait ce concert que je ne voulais surtout pas louper. C'était un grand concert anniversaire pour les Tetraids. Je l'ai su depuis longtemps. Je les avais vus en concert plusieurs fois déjà en région parisienne. Donc ça, c'est du temps où j'étais lyonnais. Et puis, ils donnaient ce concert à Bourgouin-Jalieu, n'est-ce pas ? Et puis, je voulais absolument y aller. Mais je déteste conduire. Donc, j'y suis allé en train en me disant que je trouverais bien quelqu'un pour me ramener en autostop. En autostop. Donc, vous
êtes un mathématicien qu'on peut croiser au bord de la route en train de lever le pouce et faire du stop. —
Moi, je suis allé... Là, c'était le parking. Comment c
'est
un concert ? Vous êtes déjà allé à des concerts ?
—
Oui, bien
sûr.
— Dans un peu, on va dire, dans un petit village ou dans une ville ou dans la campagne. Il y a tout un... Il va y avoir des parkings. Vous vous mettez à la sortie du parking. Vous vous attendez. Vous demandez. Et puis, vous étiez au même concert. Ça crée tout de suite des liens. Vous avez un sujet de discussion. Vous allez découvrir quelqu'un de nouveau.
— Alors, il y avait du monde à
bord de la voiture. Vous lui expliquez donc à la conductrice. Pour les 20 ans des Tetraids, quand même, je ne pouvais pas louper ça. Je déteste conduire. Vous venez de nous le dire. Alors je suis venu en train. Elle vous répond. Pas de souci. Montez. Moi, je conduisais mon fils. Et puis lui, à côté de vous, c'est son ami. Bonsoir, tout le monde. Moi, je passe quelques lignes. Vous expliquez votre accoutrement. Pardon de parler ainsi de la façon dont vous êtes habillé. Parce qu'elle a l'air un peu surprise, manifestement, l'automobiliste. Et elle vous dit « Elle est jolie, votre araignée ». Oui, j'ai toujours une araignée. C'est mon style. Je l'ai fait sur mesure à Lyon, atelier Libellule.
Ça, c'est toujours le cas ?
Celle-ci, à l'heure des araignées, j'en ai bien 25. Celle-ci, c'est un de mes préférées. Un cadeau du lycée Lyoté à Casablanca, précisément pour une série de conférences. Ils m
'ont
fait faire cette araignée sur mesure. C'est de l'art berbère. Une petite main protectrice de Fatma. Et puis une fibule. J'aime beaucoup ça. En art berbère, un symbole de connexion. La fibule, c'est ce qui maintient votre cap attaché.
Alors elle vous dit, la conductrice, « Mais vous êtes musicien ? Non. Artiste ? » Et là, vous lui répondez « Mathématicien ». Quoi ? Mathématicien ? Oui, oui, ça existe. Vous travaillez sur quoi ? Vous voulez vraiment savoir ? Vous lui demandez.
Et
là, vous lui dites « J'ai développé une notion synthétique de courbure de Ritchie, minorée dans les espaces métriques, mesurée complète et localement compacte.
» Et
là,
elle
tombe d'admiration pour vous. Vous
voyez,
c'est
efficace.
Ça, c'est d'autres travaux.
Ça n
'a
pas à voir avec le plasma dont je vous parlais tout à l'heure. J'ai bien compris quand même. C
'était quelque chose
de différent. J'ai vu que ce n'était pas les mêmes mots.
Mais
vous dites « Grâce à ça, la glace est brisée. C'est parti. J'explique longuement. Je parle. Je démystifie en fait les mathématiques.
»
Et avant de partir, ça, c
'est
mignon, elle vous demande de lui écrire une formule. Parce que certains font des autographes. Vous, vous faites des formules mathématiques
? «
Toujours. Enfin, toujours sur mes autographes, une petite formule mathématique et un petit marsupilami.
»
Ah, parce que ça aussi, c
'est
en livre. Votre surnom, Marsu Villani. C
'est ça ? Oui, c'est ça.
Parce que quand vous faisiez des études, vous sautiez partout. Bon, qui sait pourquoi. J'avais peut-être un caractère un peu sautillant. Et puis ça va bien avec la sonorité.
Il faut dire qu'à un moment donné, vous avez un peu lâché l'affaire. Je crois que vous étiez, on
ne va
pas dire fumiste. Ce n
'est
pas le cas, apparemment. Mais en tout cas, vous aviez un peu décroché. Puis vous occupiez des fêtes des étudiants. J
'étais président de
l
'association des élèves à l'école normale supérieure à Paris. Et je m'occupais de ça à fond. J'avais complètement laissé mes cours et tout.
C
'était intéressant. C'était intéressant. On organisait des balles, des chansons.
Vous étiez
organisateur de boum, en fait. Oh,
c
'est plus...
C
'est
plus... C
'est des grosses boum.
C
'est un
petit... D'orgi. Alors, d'orgi. Le
bal du bicentenaire de l'ENS,
c
'était une grosse affaire.
C
'est en 1994. Et donc, en tout cas, je me plaisais bien là-dedans. Et je ne serais jamais revenu, je pense, dans la recherche s'il n'y
avait
pas eu les enseignants à l'époque pour me faire revenir dans le droit chemin avec carotte et bâton. Le bâton, c'était mon patron de thèse. Au moment des voeux de Nouvel An, il m'envoie une petite carte. Il faudrait se mettre au travail. À bientôt, j'espère.
Ça donne beaucoup
d'espoir à beaucoup de monde quand même. Ça,
c'est le bâton. Même ça, ce n'était pas suffisant. Ce qu'il fallait,
c'était la
carotte. La carotte,
c
'était le directeur des études de l'époque qui m'explique que, vu les thématiques dans lesquelles je suis engagé en mathématiques, vu comment je me suis bien débrouillé à l'agrégation, il se pourrait qu'il
y ait
un poste de professeur agrégé qui soit accessible pour moi si ma thèse démarre bien. Professeur agrégé préparateur, c'était un poste intermédiaire entre les élèves et les professeurs. En
gros, on vous propose d'étudier
à prof. Vous parliez d'organisation des questions d'enseignement. Ça, c'était un poste clé où on faisait le lien. On était jeunes et donc on avait un contact facile avec les élèves. Mais en même temps, on était accepté par les enseignants comme des chercheurs, comme des collègues, parce qu'on avait déjà une activité de recherche. C'était un super boulot. Et vraiment, c'était le métier que je voulais faire le plus au monde. J'ai toujours dit que
c'est
le plus beau métier que j'ai exercé. Il m'a dit ça du jour au lendemain. Je me suis remis au boulot.
Et
le résultat, c'est que quelques années plus tard, il est Médaille Fields. Il publie théorème vivant pour raconter tout ça. Entre autres, ce qu
'il
vient de nous dire, c'est dans le livre. Natacha Polony, qu'est-ce que vous en avez pensé
?
Je l'ai dit tout à l'heure, c'est un livre qui est très intéressant à titre d'objet littéraire et très intéressant sur ce que ça nous raconte des mathématiques. Parce que vous disiez, il
y
a de l'esthétique, il y
a
de la beauté. Il y
a
aussi de la sensualité. Vous citez le mathématicien André Veil qui disait, « Tout mathématicien digne de ce nom a ressenti, même si ce n'est que quelquefois, l'état d'exaltation lucide dans lequel une pensée succède à une autre comme par miracle. Contrairement au plaisir sexuel, ce sentiment peut durer pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours. »
C
'est-à-dire qu'on sent la jubilation absolue qui peut naître de cela. Et alors, il y a aussi des tas de thématiques qui sont abordées. Par exemple, à la fin, il
y
a une très belle scène à Budapest où vous discutez du lien entre langue et mathématiques. Et c'est vrai que c'est une question. Pourquoi certains peuples ont comme ça une vocation mathématique ? La France en fait partie. Et est-ce lié à la structure du cerveau ? Est-ce lié aux langues ? Il y a toutes ces questions-là. Et puis il y a une autre question. Et celle-là, je voulais vous la poser. C'est la question de l'utilité. L
'utilité,
au
moment où je me suis lancé, au moment où j'ai choisi mon sujet, c'était une question importante pour moi. Et vraiment, j'avais demandé à mon patron de thèse. Il m'avait lancé sur l'équation de Boltzmann. L'équation de Boltzmann, je l
'ai
mise au début de l'ouvrage. Quand vous la voyez, vous vous dites « qu'est-ce que c'est ce machin ?
»
Et puis j'avais demandé vraiment « est-ce que c'est utile
?
» Il m'avait expliqué en quoi c'est utile, pourquoi c'est important, c'est utilisé dans l'aéronautique, c'est utilisé pour ceci. Et
je
me disais « bon, c'est important pour moi de faire cette chose-là en sachant que ça a des applications importantes pour les ingénieurs en particulier. » Et puis chemin faisant, au fur et à mesure que j'ai travaillé dedans, je me suis rendu compte que finalement, ce n'était pas ça qui me motivait. Je n'avais plus besoin
de
cette finalité pour être motivé. Et de manière plus émotive, plus sensuelle peut-être, j'étais en quelque sorte tombé amoureux de l'équation en elle-même. L
'art de la recherche,
en fait. L'art de la recherche. Et quelque part, je pense, pour tous les mathématiciens, il
y
a une combinaison entre cette notion esthétique, cette façon de vouloir explorer quelque chose pour soi, et l'idée qu'on va être utile à quelqu'un ou à la société. Et en tout cas, dans mon cas, il y
a
eu un basculement clair quand je suis tombé dans le sujet, où vraiment c'est l'équation en elle-même qui est devenue comme une compagne, une amante.
Quatrième de couverture, il y
a
une remarque.
Ah, on voit, vous vous êtes passé directement à la fin, alors.
Non, même pas, j'y
ai
passé du temps. Mais je trouve qu'il y a un peu de tromperie sur la marchandise.
Le
cancre de l'émission, voilà. À quatrième de couverture,
il est écrit 19... J'ai bien
vivant, je vais commenter un tout petit peu le titre, si vous voulez.
Ah non, ce
n
'est pas ma question, parce
qu'après, j'ai plus de... Alors, je vais poser une
question. Alors, posez-la, votre question. Non, derrière,
il
est dit, avis à tous ceux qui gardent un souvenir cruel de l'étude des fonctions et de la résolution d'équations à plus d'une inconnue. Théorème vivant vous réconciliera avec cette science dont Cédric Villani sait comme personne, par la grâce de la passion, transmettre la magie, la beauté et la poésie. C'est très bien vendu, sauf que ce n
'est
pas vrai du tout. C'est-à-dire que... Il faut s'accrocher, quoi. Ah non, mais c'est ça. Vous êtes évidemment un mathématicien de génie, voilà, de grand talent. Enfin, évidemment, on n
'en
sait rien. Il nous raconte peut-être
n'importe quoi depuis tout à l'heure. En
tout cas, c'est ce que disent ses pères. Parce que nous, effectivement, on
ne
peut pas le vérifier. Et voilà. Mais ce livre est absolument incompréhensible pour le commun des mortels.
Non,
mais il faut quand
même
dire...
Je
veux bien qu
'on... Ah, ça dépend
des passages, comme... Non,
mais justement...
Le passage de l'autostop, vous l'avez compris quand
même. Vous avez trouvé... Non, mais je vais
répondre.
Je vais répondre. Non,
je voudrais... Pardonnez-moi. Parce que, justement, ça pourrait donner une impression trompeuse, évidemment. Mais ça,
c
'est quasiment l'un des seuls passages compréhensibles. C
'est
-à-dire qu'on comprend qu'il monte dans une voiture...
Non, il fait son
marché aussi.
Il fait son marché. De temps en temps, il va boire du thé.
Moi, je suis allé
à l'essentiel, là. Non, mais le problème, c'est que vous avez un peu ramé pour trouver l'un des seuls passages qui étaient compréhensibles. Est-ce que j'ai quelques instants ou pas ? Allez-y. Attendez, je retrouve la page que j'avais...
Ah, ben,
il faudrait savoir où il y a beaucoup de pages, où
il y en a quelques. Non, mais j'ai choisi
un en particulier, parce que sinon, voilà, je peux vous montrer, là, toutes les equations.
Je
ne
sais
pas, je peux vous montrer à la caméra. 10 pages. 10 pages de trucs comme ça. On tourne.
Mais ça, on t'a dit que c'était beau.
Non, mais c'est beau, mais c'est beau, d'accord. Vous
ne comprenez rien
à la poésie. Non, mais sinon, il faut que j'aille en cours... Non, mais on se met dans un cours de maths sup, maths p, et puis on
y prend aussi. Non, non, ça ne suffira pas. Oui, oui.
Alors,
ça suffira pas, il dit. Alors, je peux répondre à ça, je peux répondre à ça aussi. Non, non, je vais finir un
passage, après, je vais se
développer. Il pose des questions, rallonge-lui.
Allez, c'est terminé, Edric. Tous les deux, ce n
'est
pas vos particularités. Éléments
de suspense pour vous. Non, mais les miennes, elles disent quelque chose.
Pour vous, là, pour
l
'instant,
j'ai toujours pas eu la question.
Allez, vite.
Terminé, Edric. Est-ce que je peux lire un bout ?
Oui,
allez. OK. Donc, c'est un élément de suspense du livre. Dialogue entre vous et votre collègue. J'ai bien étudié le Vaninac Gérard, et il y a un gros souci dans les estimations. Il faudra un peu de marge de régularité pour avoir la convergence vers zéro du terme de régularisation. Et en prime, la régularisation pourrait tuer la convergence bi-exponentielle du schéma. Mouais, je n'avais pas fait attention à ça. Tu es sûr qu'on perd le taux de convergence du Newton ? Bon, on va bien trouver. Ah, et les constantes de régularisation dans l'analytique sont monstrueuses
?
Bon, effectivement, c'est inquiétant, ces constantes exponentielles. Bon, on va s'en sortir aussi là. Là, je suis confiant. Non, non, et puis, de toute façon, ces constantes, elles exploseront trop vite pour être tuées par la convergence du schéma de Newton parce qu'il faut régulariser le background pour gérer l'erreur créée par la fonction B. Elle est en l'inverse du temps, mais il
y
a une constante, et cette constante doit permettre de contrôler les normes qui viennent du scattering. Or, ces normes croissent au cours du schéma puisqu'on veut des pertes sommables sur lambda. Bon, effectivement, je suis d'accord qu'on ne voit pas trop encore comment faire. Mais
je
suis confiant. On va s'en sortir.
Mais voyez que vous le jouez bien, en plus. C'est 20 ans, moi, je trouve. Bien, bien eu, vous voyez. Vous
venez de lui
vendre son livre, là. Je ne
suis
pas sûr. Ah, si, je ne
suis
pas sûr.
Lisez un petit... Il y a un peu longtemps après, juste après, il
y
a une phrase qui commence par « ce jour-là
». Ce
jour-là.
Ah
oui, oui. Je l'ai compris, ces trois mots
-là.
Je vous
l
'écris. Allez-y. Ce jour-là, Clément a dû me prendre pour un optimiste pathologique de ceux dont on dit qu'ils sont fous à lier, qui continuent à espérer contre toute attente, alors qu'aucune issue n'est en vue.
Et en plus, il retient de mémoire par cœur tout son livre, ce qui n
'est
pas le cas de tout le
monde.
Moi, je l'ai écrit, mon ami. Je l'ai retravaillé. Et en plus, en ce moment, je suis en train de travailler avec le traducteur pour la version anglaise. Oh, putain !
Ah,
je
vous le conseille en anglais.
Il
a été traduit en une petite dizaine de langues. En tout cas, en ce moment, c'est la version anglaise. C'est un challenge pour le traducteur. Alors, le traducteur anglais que j
'ai,
il est super bon. Il est super bon, mais je suis assez perfectionniste. C'est la troisième fois que je lui fais réécrire sa copie. Il s'en souviendra. Il s'en souviendra de celui-là. Alors, pour répondre à votre commentaire, d'abord, merci de l'avoir... C'est vraiment... Vous êtes un
excellent lecteur. Vous pourriez jouer le film. Vous êtes un excellent lecteur. Je suis candidat.
Ensuite... J
'ai
l'impression de retour vers le futur, à mon avis. Je vais répondre à tous les éléments de votre question à la fois. Enfin, je vais essayer. Vous avez
dit qu'il s'agit
de faire partager une science. Une science, qu'est-ce que c'est ? On peut le prendre de plusieurs, dans plusieurs exceptions, dans plusieurs sens. On peut dire que c'est l'ensemble des concepts qu'on empile. On peut dire que c'est une attitude d'esprit. On peut dire aussi que c'est une communauté scientifique et les repères, la façon dont elle travaille. Et c'est vraiment ça que vous fait partager Théorème vivant. Il s'agit que le lecteur voit se développer ce théorème, cet être fait de concepts, en le voyant, et on voit des stades différents. Les formules que vous avez montrées, même si on ne les comprend pas, en les regardant, rien que par l'aspect visuel, on comprend que ce n
'est
pas pareil que le stade de brouillon où c'était avant, que
ce
n
'est
pas pareil que le stade d'article publié où ce sera après. On est dans une étape intermédiaire.
C'est comme un documentaire, au fond. On est vraiment au cœur d'un documentaire. Il n
'y a
rien de traduit, au fond. Et c'est exactement tel que c'est.
On sent que votre visée, elle est pédagogique, c'est faire aimer les mathématiques. Aujourd'hui...
Non, non, non, non, non. C'est tout l'inverse. C'est tout l'inverse.
C'est de
l
'entre-soi.
C
'est...
Attendez, je... Non, c'est pas pour nous.
Aujourd'hui, on a un réel problème. Beaucoup de mathématiciens, même des médaillés fils français, disent qu'on a un problème avec la formation en mathématiques. On a de plus en plus de discalculistes,
c'est
-à
-dire
en gros des gamins qui n'ont aucun sens des proportions, des chiffres, etc.
Est-ce que ça vous
inquiète ?
La
réponse... Oui, ça m'inquiète. Pas tant pour le niveau de la recherche, il en restera toujours, que pour le niveau de l'enseignement à culture mathématique d'ensemble. On a un problème, en particulier de formation. Les effectifs d'enseignants en mathématiques, ça chute. On a un problème de popularité et on a un problème, effectivement, de faire aimer la science. Alors, il faut des recettes différentes
pour faire aimer les uns les autres.
Visiblement, le collègue Caron, il n'a pas apprécié celui-ci, mais peut-être qu'il appréciera une conférence de vulgarisation. J'adore.
Peut-être
qu'il appréciera... Voilà. Donc, je vous en ferai une ou vous assisterai à l'une d'entre elles. Et là, ça sera autre chose. Je crois qu
'il
va
prendre la tangente. Il y a des gens, c'est le contraire. Ils n'aiment pas la vulgarisation,
mais ils aiment ce genre d'ouvrage, en particulier pour l'aspect un peu littéraire. Elle était bonne. Et puis, il y a comme ça, beaucoup
de...
C'est inquiétant, oui. Mais en même temps, il ne faut pas juste se morfondre. Il faut agir et répandre la bonne parole, en parler. Alors, il n
'y a
pas que le livre. Des conférences, j'en ai fait des centaines. C'est un problème sur lequel je me suis exprimé, sur lequel on parle. Le documentaire, Comment j
'ai
détesté les maths, c'est aussi l'un des enjeux qui sont derrière. Et puis, il y a toute une question sur laquelle je m'étais engagé aussi, la formation des maîtres, bien sûr, dans laquelle je... Enfin, il y aurait beaucoup, beaucoup à dire. C'est un sujet qui touche aux questions politiques aussi. Mais je vois qu'on est extrêmement pressés par le temps. Je vais utiliser ça pour couper court.
On aurait pu parler des performances des
Asiatiques. Oui, mais la prochaine fois, la tâche à Polonie. Pourquoi eux,
ils y arrivent
? Quelques tweets
sur les réseaux sociaux. On a envie aussi de vous poser des questions. Vous êtes sur Twitter,
vous
-même ? Il y a un Cédric Villané sur Twitter, mais c'est pas moi.
Il
y a quelqu'un qui... Qui use votre... Oui, monsieur Trébien.
Je
n
'ai
pas le temps de m'en occuper. C'est très bien que quelqu'un fasse ça pour moi. Je ne
l
'ai jamais rencontré, mais en tout cas, je le remercie.
Ah, Cédric Villani-Biss.
Là,
je
vous demande de choisir entre 6
numéros.
Numéros 6. Le 6. Ah oui. Tu es super relou. Ah oui. C'est Capitaine Relou qui vous pose cette question. Cédric, Jean-Claude Van Damme a dit 1 et 1 égale 11. Là, c'est beau. Maintenant, on va lui dire en face que tu n
'es
pas d'accord. Vous connaissiez cette phrase ? Non, non, non.
Il
l'a vraiment dit.
Bah, bon, on peut en discuter, mais cordialement, quoi.
Allez, un dernier numéro. Pour la route, comme on dit. Allez, le numéro 1, le chat, là. Il a l'air chouette. Le chat. Le petit chaton. Sucré, salé. Cédric Villani, votre livre, Théorème vivant, est sorti en 2012. Mais on n'en parle qu'en 2014. Il faut donc 2 ans pour le comprendre. Non, c'est quelqu'un qui rejoint, Émeric.
Alors, premier commentaire en 10 secondes. Il est déplaisant envers vous, là, je pense, parce que ça veut dire, il sous-entend que vous avez réagi avec retard.
C'est vrai, c'est vrai. C'est à vous
de répondre
et de dire qu'il n'a rien compris. Non, parce que ça
fait un moment qu'on essaie de vous inviter, mais vous étiez... Parce que vous n'êtes pas quand même non plus un permanent des plateaux télé. Vous faites ça, voilà. On va dire, avec parcimonie. Avec parcimonie.
Faites attention,
vous. Avec
un
amateur
éclairé. Alors, vous avez noté qu'il a oublié un aile, le collègue qui a fait le tweet à Villani. Il a mis un soleil. Il a cru comme... Peut-être il s'y inspirait de Colline qui n'a qu'un aile. Alors, pendant qu'il y avait le tweet sur son prénom, il y
a
un jeu de mots complètement relou pour employer le terme, là, qui m'est venu en tête, mais je
me
suis dit, je ne
vais
pas le faire. C'est que Colline, elle montre que même si on n'a pas deux ailes, on peut voler.
Ah, très
bien.
Parfait, joli.
Et
si on n'a pas deux ailes, on peut aussi faire des maths. C'est le cas de Cébric Villani. Théorème vivant, c'est chez Grasset. Merci à vous.
Cédric Villani