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AutreFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 25 avril 2026 35 minMixte

Présidentielle 2027 : 60 millions de candidats ?

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Temps de parole

  • Présentateur38 %
  • Invité31 %
  • Invité 228 %
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0:02
Invité

Il y a donc eu les annonces officielles en une d'un magazine en guise d'offre de service il y a les livres manifestes accompagnés d'interviews percutantes où les confessions inattendues sont là pour briser la glace avec les électeurs vous ne l'aviez peut-être pas vu venir mais les prétendants à l'Elysée se bousculent sur la ligne de départ maintenant que les échéances municipales ont été tranchées à gauche comme à droite, au centre et même au-delà, les ambitions s'affichent tandis que d'autres préfèrent jouer la carte du suspense alimentant les spéculations comment les partis et autres mouvements vont-ils départager tous ces candidats cette multiplication des prétendants est-elle le signe d'une démocratie dynamique ou au contraire celui d'un débat public brouillon en manque de clarté et surtout au-delà des personnalités, quels sont les thèmes qui structurent déjà cette élection dont on ne connaît toujours pas d'ailleurs la date précise elle devrait être fixée prochainement par un décret du gouvernement on va poser toutes ces questions à nos invités avec nous à distance j'accueille Antoine Bristiel, bonjour bonjour, vous êtes docteur en sciences politiques, directeur de l'Observatoire de l'Opinion de la Fondation Jean Jaurès et vous venez de publier Les entrepreneurs de la peur quand les émotions nous gouvernent aux éditions JC Lattès à mes côtés en studio, Eli Michel, bonjour à vous bonjour, vous êtes chercheur à l'université de Lausanne chercheur associé au Cevipof de Sciences Po et vous travaillez notamment sur l'impact des crises sur le comportement électoral alors en préparant cette émission avec Victoria Gérovainement on a listé plus d'une trentaine de noms d'hommes et de femmes politiques qui se sont soit déclarées officiellement, officieusement qui se disent intéressées, qui sont fortement pressenties enfin celles et ceux qui y pensent plus ou moins ouvertement la liste est longue Eli Michel, première réflexion peut-être sur cette question-là qu'est-ce que ça dit de la vie politique française ?

on pourrait se dire que c'est positif ?

1:50
Présentateur

alors vous avez posé la question du dynamisme démocratique peut-être que cette prolifération des candidats est plutôt le symptôme de la crise politique je pense assez profonde que traverse la France une crise qui est double, qui est une crise dans l'opinion on pourrait y revenir, une crise de défiance envers les partis politiques et une crise des partis eux-mêmes les partis politiques, je rappelle, sont quand même des organisations essentielles au fonctionnement politique, au fonctionnement de la démocratie c'est dans la constitution, les partis et les groupements politiques concourent à l'expression du souffrage et ces partis sont en crise profonde, une crise de désaffection mais également des crises internes ils n'arrivent plus à remplir leurs fonctions dont une fonction est la sélection des candidats on voit bien qu'ils sont tout à fait incapables de le faire ces derniers temps

2:32
Invité

Antoine Bristiel, est-ce que vous aussi vous voyez dans cette multiplication des candidats moi j'ai eu l'image effectivement enfin en tout cas le parallèle qui vient rapidement c'est celui de l'absence de majorité à l'Assemblée en tout cas d'une fragmentation de la classe politique Oui alors déjà je suis absolument d'accord avec Elie Michel on ne peut pas analyser cette multiplication des candidatures sans faire le parallèle avec la crise des partis politiques qui est absolument manifeste dans la démocratie française et d'ailleurs dans pas mal de démocraties occidentales donc c'est une des premières causes et puis vous avez aussi le phénomène parallèle d'individualisation du champ politique avec le fait que les personnalités politiques comptent désormais davantage que les structures partisanes avant les représentants politiques c'était seulement les porte-parole d'un mouvement politique d'un parti politique désormais il y a des ambitions personnelles qui s'affranchissent largement du cadre des partis et d'ailleurs ça me fait assez penser à ce qui s'est passé récemment chez Les Républicains avec finalement un vote qui avait été organisé par Bruno Retailleau pour essayer de désigner la façon dont le candidat de LR devrait être mis en avant et que ça a tout de suite été déjugé par un autre membre des Républicains en l'occurrence Laurent Wauquiez donc ça montre bien que même au sein d'un même parti politique on a des opinions complètement divergentes sur le mode de sélection des candidats mais alors qui est responsable peut-être de ces dysfonctionnements des partis politiques on se demande est-ce que c'est j'y vais franchement est-ce que ce sont les françaises et les français qui ne s'intéressent plus à la politique et donc qui n'adhèrent plus à un parti politique et de ce fait là le parti politique perd de sa force et de son intérêt et de ce fait les candidatures se multiplient puisqu'il n'y a plus d'organisation pour gérer tout ça ou est-ce que le problème vient d'ailleurs et il faut prendre le problème à l'envers Elie Michel

4:32
Présentateur

c'est certainement l'un qui nourrit l'autre je veux dire c'est cette crise de la représentation politique de manière générale cette méfiance politique dans l'opinion qui certainement affaiblit les partis inversement des partis faibles ne nourrissent pas une confiance politique peut-être juste pour revenir sur quelques chiffres la véritable rupture de confiance dans l'opinion aujourd'hui 4 français sur 5 n'ont pas confiance dans la politique et ça ne concerne pas simplement confiance dans les représentants je parle vraiment des institutions 3 français sur 4 pensent que la démocratie fonctionne mal et c'est quand même assez particulier la France c'est 20 ou 30 points de plus que dans les pays voisins qu'en Allemagne, qu'au Royaume-Uni, qu'en Italie donc il y a une spécificité française là de la crise de la représentation politique et de l'intérêt aussi une majorité de français, à peine une majorité de français déclare s'intéresser à la politique ça peut aussi peut-être tordre le cou à cette rengaine qui est souvent donnée par les responsables politiques que les français seraient un peuple politique qui saura se rémobiliser les français aujourd'hui se caractérisent par la méfiance le dégoût et le désintérêt et la conséquence de cela c'est que j'ai envie de dire on a les responsables politiques qu'on mérite s'il n'y a plus d'engagement politique et bien on finit avec des partis qui n'arrivent pas effectivement à remplir leurs fonctions leurs fonctions, on les en a parlé c'est recruter les candidats mais c'est aussi des fonctions programmatiques que les partis politiques français ont à peu près un terrain sur lequel ils ont à peu près cédé je crois et la fonction de mobilisation mobiliser les citoyens les partis aujourd'hui sont en quelque sorte des petites structures ils sont un petit peu des syndicats d'élus et de collaborateurs et je mettrais peut-être une nuance à ce qui a été dit par Antoine Bristel effectivement il y a une crise de la représentation politique générale en Europe elle est particulièrement plus marquée en France elle avait le fonctionnement de partis politiques si vous pensez aux partis politiques allemands qui sont des organisations très bien structurées avec encore relativement plus de membres avec une démocratie interne très importante des processus de démocratie interne et de sélection auxquels les partis sont très attachés vous voyez à la CDU on ne vote pas pour savoir si on va voter pour sélectionner le candidat on vote pour les candidats à tous les niveaux et à tous les niveaux de sélection donc il y a de la démocratie interne la production d'idées chacun des partis allemands est associé à une fondation qui est le but d'alimenter le parti en idées voilà on a nous des partis qui sont plutôt peut-être que syndicats de délus c'est un peu dur mais en réalité c'est un peu ça qu'ils sont devenus

6:58
Invité

Antoine Bristel est-ce que vous aussi vous êtes pessimiste sur peut-être la première réaction sur les français en tant que peuple politique alors je pense que en termes d'intérêt pour la politique il faut distinguer l'intérêt pour la politique institutionnalisée et l'intérêt pour la vie de la cité et ce que l'on voit et c'est notamment ce que montrent les travaux de Vincent Tibéry par exemple que l'intérêt des jeunes générations pour la vie de la cité est extrêmement important mais néanmoins il y a une mise à distance de la politique institutionnalisée qui se caractérise notamment par une abstention électorale importante en particulier pour toutes les autres élections que l'élection présidentielle donc c'est quand même un point qui est assez structurant néanmoins quand on regarde là à l'heure actuelle notamment avec la nouvelle vague de l'enquête électorale qui a été réalisée par le Célipof et la fondation Jean Jaurès notamment on se rend compte qu'il y a 86% des français qui à l'heure actuelle se disent intéressés par la prochaine élection présidentielle donc c'est quand même un chiffre qui est extrêmement important ce qui montre à mon avis qu'il y a le sentiment que ces précédentes années on a très peu parlé des enjeux de fond que la précédente élection présidentielle elle a été finalement assez tronquée pas eu vraiment de débat de fond et notamment avec la guerre en Ukraine et en l'occurrence finalement l'élection doit être un moment de respiration démocratique et un moment de débat de fond de débat sur des programmes et là la problématique justement pour relier ça avec le début de notre conversation sur la multiplication des candidats c'est qu'on parle seulement de jeu politique on parle peu d'enjeu politique on parle de quel candidat va se présenter quelles sont ses alliances quels sont les mécanismes de sélection des candidats sans même avoir aucune idée de ce que ces candidats proposent concrètement pour les années à venir et sans même qu'on ait l'impression qu'eux-mêmes savent vraiment ce qu'ils proposent pour le pays pour les années à venir et c'est ça qui est quand même assez délétère et qui a même de renforcer cette crise de confiance dans les institutions et dans la démocratie représentative en elle-même alors je vais essayer de rassurer les auditeurs et les auditrices nous aussi on va parler de ce casting de cette façon de désigner et de l'état effectivement comme on a commencé à le faire des partis politiques et dans une seconde partie tout à l'heure on parlera du fond des dossiers de ce qui intéresse des priorités des français mais peut-être d'abord sur ce mode de désignation comment on fait aujourd'hui pour désigner le bon candidat on a dit 30 noms effectivement ils ne seront pas tous candidats au final il y a généralement entre 10 et 15 candidats aux dernières élections présidentielles mais comment on fait pour mettre en place un mode de désignation qui serait démocratique si les partis politiques ne font plus ce travail-là et les Michel on parle souvent de la primaire comme un instrument magique est-ce que ça peut fonctionner dans quel cadre est-ce que ça a déjà fonctionné

10:06
Présentateur

je ne sais pas si la primaire est quelque chose de magique en l'occurrence ça permet effectivement de choisir et de manière claire un candidat remarquez que aux dernières élections parfois vous aussi vous voyez qu'un certain nombre de partis ne respectent pas les résultats des primaires auxquelles ils ont été associés ou certains candidats ou candidates désignés par une primaire finalement se désistent c'est vrai que vous faites un petit peu perdre en valeur et perdre la confiance aux gens qui disaient souhaiteraient participer dans ces primaires aujourd'hui vous avez plusieurs façons de désigner les candidats je pense qu'il faut peut-être quand même mentionner les deux parties ou disons mouvements pour lesquels la sélection des candidats ne pose aucun problème c'est-à-dire des mouvements qui sont construits autour de leur président ou de leur présidente la LFI ou le Rassemblement National où là en l'occurrence la question le Rassemblement National peut-être qu'il y aura une nuance qui sera

10:51
Invité

de l'un ou de l'autre le candidat

10:54
Présentateur

mais en l'occurrence dans ces mouvements-là des mouvements auxquels il n'y a à peu près pas de démocratie interne la sélection du candidat ne pose pas de problème c'est plutôt pour les autres parties que la question se pose et paradoxalement on a vu fleurir dans le débat politique un petit peu cette expression de primaire par sondage où eux-mêmes les candidats se sont dit on va se départager selon les sondages moi je suis un défenseur un fervent défenseur des enquêtes quantitatives pour mesurer l'opinion mais les sondages de prédiction d'une élection à plus d'un an du scrutin sont totalement hasardeux par définition on ne connait pas les candidats on ne connait pas les alliances on ne connait pas les événements qui vont se dérouler d'ici 2027 donc à ce stade de la campagne c'est d'assez mauvais instruments prédictifs et ce qui est paradoxal c'est que les responsables politiques nous disent mais justement on va se départager sur ces sondages eux-mêmes sont tout à fait au courant qui sont de mauvais instruments prédictifs donc prédictifs

11:47
Invité

donc attendez juste pour la primaire par sondage le concept si j'ai bien compris c'est qu'on ne soumet rien au vote on regarde on offre les noms aux françaises et aux français en tout cas à un échantillon et en fonction des résultats de ce sondage on désignerait le candidat ou la candidate

12:04
Présentateur

il semble quand même qu'au sein du ce qu'on appelait le bloc central ou du bloc de centre droit les candidats se sont mis d'accord pour se départager à peu près par cette méthode ils ont décidé qu'ils verront qui est le mieux placé c'est ça que ça veut dire on regardera les sondages qui est le mieux placé à x mois de l'élection il semble que pour la sélection d'un candidat ou de plusieurs d'ailleurs à gauche et au centre gauche ils vont un petit peu choisir cette même stratégie on verra qu'ils disent qui est le mieux placé sans qu'il y ait aucune organisation ni de primaire ou de vote interne même de vote interne au parti

12:36
Invité

Antoine Bristiel sur cette idée de qui est le mieux placé est-ce que c'est la meilleure façon de choisir son candidat voilà je rejoins complètement Elie Michel sur ce point d'utiliser des sondages d'intention de vote à un an de la présidentielle pour déterminer quel serait le meilleur candidat ou la meilleure candidate c'est quand même un moyen tout à fait particulier et de mon point de vue tout à fait mauvais pour sélectionner des candidats sur la question des primaires ce que l'on voit à nouveau dans cette enquête électorale réalisé récemment c'est qu'il y a une volonté d'union que ce soit au sein de l'électorat de gauche ou que ce soit au sein de l'électorat de droite vous avez une très large majorité de l'électorat de gauche qui souhaitent la tenue d'une primaire pour justement sélectionner un candidat unique et une très large majorité de l'électorat de droite qui souhaitent également la mise en place d'une primaire pour sélectionner un candidat unique de la droite et du centre ce qui montre bien que là à l'heure actuelle évidemment le casting est pléthorique mais il se réduira automatiquement d'ici l'élection et puis il y a aussi des aspects beaucoup plus pratiques c'est qu'il faut quand même recueillir 500 signatures pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle et ça mine de rien ça va empêcher certains candidats putatifs de pouvoir se présenter comment on réussit l'union et l'imichel si on n'est pas au sein de la même organisation ou du même parti avec des règles on voit bien que la gauche avait hors LFI annoncé une primaire en octobre prochain avec l'idée d'impliquer les écologistes les députés du groupe L'après du côté de Clémentine Autain ou de François Ruffin le mouvement debout que certains au sein même du parti socialiste ne souhaitent pas ou en tout cas être associés à cette organisation d'une primaire comme on a pu la voir précédemment est-ce que c'est possible de faire l'union sans organisation en quelque sorte

14:45
Présentateur

en réalité au-delà des organisations et des individus et de qui voudra participer à telle ou telle primaire il faut aussi revenir à ce qu'est la structuration de la demande électorale et en France actuellement de la tripolarisation achevée de la vie politique et on a du mal à imaginer qu'on reviendra en arrière on a accusé d'ailleurs les différents mandats d'Emmanuel Macron d'avoir flouté d'avoir cassé l'offre politique en réalité c'est plutôt l'inverse l'offre électorale c'est à peu près aligné sur la demande c'est à dire qu'il y a trois pôles qui structurent les opinions des citoyens un pôle de gauche un pôle de centre-droite peut-être un peu plus à droite et un pôle de droite radicale droite nationaliste cette tripolarisation elle est assez ancienne et dans l'opinion on pouvait la mesurer depuis assez longtemps elle était contenue par le mode de scrutin mais cette période est révolue donc les partis vont de toute façon devoir s'adapter au fait qu'il y a ces trois pôles et pouvoir concourir pour les voix de leurs propres pôles vous voyez bien que trois pôles une élection à deux tours il va falloir sélectionner un candidat qui domine au sein de chacun de ces pôles en réalité les questions d'organisation à un an tous les partis et les différents candidats qui souhaiteraient évidemment diriger être le candidat qui représenterait ce pôle de gauche ou de centre-droite tout s'échappe un petit peu quand il s'agit de dynamique électorale d'ailleurs on voit qu'ils arrivent tout à fait à se réconcilier si vous pensez aux dernières élections législatives de 2022 ou de 2024 la gauche soi-disant est réconciliable quand il s'agit d'organiser sa stratégie électorale elle arrive tout à fait à s'arranger la NUPES le NFP pour former une alliance électorale dont les électeurs de gauche veulent

16:29
Invité

mais après ils ont eu du mal à se mettre ensemble au pouvoir pour voter par exemple on l'a vu aussi à l'Assemblée cette stratégie n'a pas été au bout si je puis dire

16:39
Présentateur

ils en semblent à peu près incapables c'est vrai mais par contre quand il s'agit de concourir aux élections peut-être aussi parce qu'ils ont la connaissance de leurs électeurs et les électeurs de gauche souhaitent une union des partis de gauche donc à ce moment-là ils savent solliciter leur voix

16:54
Invité

Antoine Bristiel sur cette idée d'union vous l'avez lancée et vous l'avez abordée sur la droite effectivement on veut une candidature unique à droite on veut aussi une candidature unique à gauche de quelle manière y arriver alors déjà le premier point bloquant c'est quelle est la surface de cette union parce que là en l'occurrence vous avez une grande majorité de l'électorat en tout cas des personnes proches du parti socialiste qui souhaitent la mise en place d'une primaire mais sans la France insoumise de la même manière à droite vous avez une incertitude sur jusqu'où devrait s'arrêter cette candidature unique de la droite et du centre et notamment vous avez là en l'occurrence les proches de LR qui sont coupés en deux vous avez une moitié qui souhaitent une primaire avec reconquête et une moitié qui ne souhaitent absolument pas de primaire avec reconquête donc encore une fois cette complexité elle se matérialise sur ne serait-ce que la désignation du périmètre de ce mode de désignation et ce mode des désignations lui-même la primaire n'est pas acceptée par l'ensemble des candidats à l'intérieur même des partis politiques donc c'est encore extrêmement incertain de voir comment ça va se concrétiser j'ai encore deux questions à vous poser d'abord sur le rôle d'Emmanuel Macron il a dit récemment lors d'un déplacement qu'il ne ferait plus de politique lorsqu'il quittera l'Elysée après 2027 après 10 ans de présidence j'ai pas fait de politique avant j'en ferai pas après c'est une manière de laisser le champ libre à cet espace qu'il a créé lui-même d'essayer de ne pas peser en tout cas de ne pas mettre son bilan sur un candidat qui pourrait incarner ce qu'il représente il dit Michel

18:46
Présentateur

alors je sais pas dans la tête d'Emmanuel Macron on sait pas exactement ce qu'il fera après l'élection en tout cas ce qu'on peut voir c'est que tous les présidents au terme de leur mandat qu'ils aient été réélus ou non réélus qu'ils aient pas une élection ont cherché à influencer la vie politique ça c'est une règle assez systématique donc là dessus peut-être qu'il sera différent mais s'il doit suivre la règle de ses prédécesseurs on le voit mal totalement s'éloigner du jeu politique après pour ce qui est de laisser l'espace dans ce bloc central je pense que les candidats qui cherchent à solliciter les voix du bloc central se chargeront bien eux-mêmes d'essayer de l'écarter le plus possible

19:21
Invité

Antoine Brissière sur la question le rôle d'Emmanuel Macron oui j'aurais tendance à dire que les promesses n'engagent que ceux qui y croient en effet on le voit bien que ce soit avec François Hollande que ce soit avec Nicolas Sarkozy avant lui les anciens présidents ont cherché à se à un moment donné à se remettre sur le devant de la scène néanmoins vu que de toute manière lui il ne peut pas enfin qu'Emmanuel Macron ne peut pas se représenter en 2027 ça semble assez logique que dans un premier temps il déclare se mettre plutôt en retrait de la vie politique alors sur le sur le second sur le second aspect de la question si c'est pour laisser le champ libre à ses camarades du centre et du centre droit je pense que ses rapports avec Gabriel Attal et avec Edouard Philippe sont quand même profondément dégradés et je ne suis pas certain qu'il ait non plus très envie de leur faire de cadeaux mais voilà on verra on verra effectivement j'avais une dernière question sur les personnalités qui sont un peu hors du champ politique mais je la garderai pour la seconde partie de cet entretien on va se retrouver juste après le journal de 8h pour poursuivre notre discussion on abordera les thématiques de campagne qui émergent quelles sont les priorités pour les français on a bien compris que pour l'instant ce n'était pas le casting qui était leur priorité on va se retrouver France Culture les matins du samedi Nicolas Herbeau nous poursuivons notre discussion ce matin sur les frémissements de la campagne présidentielle l'élection qui se tient dans un an et à laquelle de nombreux et nombreuses prétendants et prétendantes se préparent on en discute ce matin avec Antoine Bristiel docteur en sciences politiques directeur de l'observatoire de l'opinion de la fondation Jean Jaurès et avec Elie Michel chercheur à l'université de Lausanne chercheur associé également au Cevipof de Senspo s'il y en a un qui pour l'instant n'est candidat à rien c'est le premier ministre Sébastien Lecornu et c'est ainsi qu'il s'exprime le gouvernement il continuera d'agir comme je le fais là parce que de toute façon les circonstances internationales l'exigent le bon sens l'exige si on ne veut pas que la France décroche il faut le faire et c'est ce que veulent les françaises et les français donc moi je continuerai après de temps en temps ce qu'il faut ralentir ce qu'il faut prendre une chicane et remettre de la méthode je l'ai fait sur le 1er mai voilà je le dis comme je le pense après oui il y a une campagne présidentielle qui démarre ou qui peine à démarrer c'est peut-être aussi d'ailleurs parce qu'elle peine à démarrer que c'est peut-être plus difficile parce que le jour on a une vraie campagne présidentielle qui démarre avec un vrai débat d'idées noble avec beaucoup de hauteur de vue ça créera une ambiance noble avec beaucoup d'auteur de vue donc il faut qu'elle démarre le premier ministre Sébastien Lecornu lors d'un déplacement récent à Marseille Elie Michel une ambiance noble pour démarrer une campagne présidentielle ça veut dire que pour l'instant véritablement on n'est pas du tout sur les thèmes de campagne en tout cas sur ce qui intéresse les français

22:28
Présentateur

on n'y est pas une ambiance noble on peut la souhaiter il a certainement raison de le souhaiter le premier ministre ce qu'il faut quand même rappeler c'est que c'est pas parce que la campagne présidentielle va commencer que cette ambiance noble va s'installer et forcément qu'elle produira un débat d'idées et c'est quand même très simplématique des dernières campagnes nationales en France qui ont été caractérisées par une absence de débat d'idées il faut se rappeler que l'élection présidentielle de 2022 avec une entrée en campagne très tardive d'Emmanuel Macron une campagne qui était marquée par à la fois la sortie du Covid et à 6 semaines du premier tour l'éruption de la guerre en Europe avec le déclenchement de la guerre en Ukraine c'était une campagne marquée par une absence totale de débat d'idées en réalité les élections de 2024 les élections législatives de 2024 qui ont suivi la dissolution ont également été marquées par une absence de débat pas de campagne par définition dissolution quasiment pas de campagne et dont quasiment les deux seules idées des élections de 2024 étaient Jordan premier ministre contre le front républicain donc c'est pas parce qu'une campagne commence nécessairement qu'elle produira un débat cela dit peut-être que le contexte 2027 pourrait produire une campagne qui pourra enclencher une forme de débat d'idées parce qu'il y a plusieurs quand même éléments d'abord le fait que le président sortant ne se représente pas donc la campagne ne va pas se passer sur le bilan nécessairement d'Emmanuel Macron et peut-être aussi des formes de clarification à gauche à droite des différents partis qui amèneront peut-être un peu plus un débat d'idées en tout cas que les précédentes campagnes nationales dont il était totalement absent

24:06
Invité

Antoine Bristiel il y a eu effectivement en 2022 une présidentielle qui s'est jouée autour de la question d'un choix entre deux candidats Marine Le Pen ou Emmanuel Macron comment on fait pour qu'en 2027 on parle du fond Oui c'est vraiment toute la grande question et en effet la précédente présidentielle en particulier et même celle de 2017 dans une moindre mesure se sont jouées sur le rejet davantage que sur l'adhésion à des idées et à des grandes orientations pour le pays et on sent qu'il y a une attente au sein de la population française au sein de l'électorat pour avoir enfin des discussions sur ces débats d'idées dans à nouveau l'enquête que je cite toujours depuis le début de l'émission mais l'enquête électorale du Cevipof et de la fondation Jean Jaurès il y a 75% des français qui souhaitent une transformation de la France soit en profondeur soit même de manière radicale c'est une augmentation de 15 points en l'espace de 3 ans ce qui montre bien ce sentiment que tout est un peu à l'arrêt ces dernières années et notamment depuis le second mandat d'Emmanuel Macron et qu'au contraire il y a besoin de changer de changer le débat et de pouvoir enfin débattre des sujets de fond et il faut espérer justement que cette prochaine élection présidentielle que cette prochaine campagne ce soit l'occasion de ne pas seulement discuter de tel ou tel candidat qui est le mieux placé d'un vote contre de stratégie d'alliance mais enfin de programmes et de grandes orientations parce que c'est finalement ça l'essence même de la démocratie c'est de pouvoir discuter de pouvoir trancher des débats de fond c'est pas l'idée que tout le monde serait d'accord au sein de la population mais c'est justement l'idée de pouvoir avoir un débat serein apaisé mais concret sur les orientations pour le futur Elie Michel vous qui travaillez sur les crises et l'influence des crises sur les comportements électoraux est-ce qu'on peut imaginer que d'ailleurs Sébastien Lecornu y fait référence que la situation j'allais dire internationale et les répercussions en France que ce moment-là qu'on est en train de vivre c'est le bon moment justement pour pouvoir poser ce débat dont parle Antoine Bristiel sur une profonde transformation ou une transformation radicale de la société française

26:41
Présentateur

Alors les périodes de crise internationale sont finalement relativement peu propices au débat d'idées pendant la campagne d'abord parce que généralement les sujets de politique internationale ne sont pas dans les préoccupations principales des électeurs et si elles le deviennent au cours de la campagne par exemple je reviens sur 2022 mais le déclenchement l'invasion de l'Ukraine par la Russie à quelques semaines du premier tour a très certainement influencé les résultats de l'élection présidentielle avec une forme de ralliement de soutien à la stabilité aux présidents expérimentés aux présidents sortants donc je ne suis pas sûr que ça ait changé d'ailleurs l'issue de l'élection et qu'il aurait probablement gagné d'ailleurs sans le déclenchement d'hier mais le contexte disons géopolitique international va venir peut-être plutôt en quelque sorte polluer le débat politique national

27:26
Invité

Il y a quand même des conséquences sur la vie quotidienne des français

27:30
Présentateur

C'est avant tout les conséquences nationales et pratiques et en l'occurrence si on pense au contexte électoral à l'actuel dont la conséquence est vous l'avez mentionné dans le journal l'augmentation du prix du carburant le pouvoir d'achat étant la principale préoccupation des français systématiquement depuis maintenant le fil d'enquête je pense qu'Antoine Bristiel le saura mieux mais depuis au moins une dizaine d'années évidemment là cette crise aura un impact mais un impact indirect par la question du pouvoir d'achat

27:59
Invité

En tout cas ça va faire parler effectivement des priorités des français Antoine Bristiel comment est-ce que vous voulez observer ces priorités et allons-y quelles sont les priorités des français quelles sont les thématiques sur lesquelles les français et les françaises veulent que les choses changent Alors quand on interroge justement la population les électeurs sur les sujets qui seront déterminants ou non dans leur choix de vote au moment d'aller voter l'année prochaine on se rend compte que c'est d'une part la santé et d'autre part les différents enjeux économiques et sociaux notamment le pouvoir d'achat dont parlait Elie Michel Donc à nouveau on peut aussi avoir le sentiment d'une déconnexion entre un débat public qui parle énormément d'enjeux d'insécurité d'enjeux liés à l'immigration également de transformation culturelle etc qui est assez déconnecté des préoccupations et des enjeux déterminants du vote pour les électeurs qui sont sur ces thématiques économiques et sociales donc c'est certainement les partis politiques devraient peut-être prendre en compte la réalité de leur électorat et leurs attentes concrètes sur ces sujets du quotidien Elie Michel

29:14
Présentateur

Oui sur ce point je voulais je suis moi aussi un utilisateur des enquêtes et d'ailleurs souvent de la même il y a quand même la question du problème de l'agrégation de l'agrégation des préférences et des opinions au sein des électorats on note quand même qu'il y a une diversité des enjeux qui sont les plus importants pour l'élection et on voit bien qu'il y a une partie de l'électorat très alignée à droite voire de la droite radicale pour qui les enjeux d'identité et de sécurité sont les plus importants donc en agrégé à l'échelle des français ça n'est pas toujours le problème principal mais pour une partie d'électorat ça l'est une partie et donc poussée par les parties de droite ou de droite radicale cherche à mobiliser les électeurs sur ces enjeux particuliers tout comme à gauche par exemple où l'enjeu environnemental est souvent marqué assez élevé par les électeurs et donc là aussi les parties peuvent se saisir de cette opportunité donc voilà en agrégé

30:09
Invité

les thématiques ne sont pas les mêmes en fonction effectivement des camps partisans en quelque sorte qu'à l'extrême droite on va plus parler de l'immigration et de la sécurité et que les thèmes plus traditionnels santé pouvoir d'achat inégalité voilà c'est sur cette rupture là en tout cas que va se faire le débat

30:29
Présentateur

alors pour ce qui est en tout cas du rassemblement national et notamment de Marine Le Pen je pense qu'elle a très bien saisi qu'à la fois une partie de son électorat est très inquiète des questions d'identité d'immigration très clairement c'est ça leur enjeu principal elle n'a plus tellement besoin de faire campagne dessus puisque son image de marque est établie les gens qui ont la préoccupation de l'immigration savent que savent quelle est la position du rassemblement de Marine Le Pen ce qui lui permet justement de faire une campagne plus axée sur des enjeux économiques ou centraux puisqu'elle a déjà en quelque sorte la compétence elle est perçue comme telle par ses électeurs d'avoir la compétence sur ces enjeux là

31:02
Invité

Antoine Bristiel sur le lieu dans lequel le cadre en tout cas dans lequel ce débat d'idées va avoir lieu comment est-ce que vous l'imaginez vous parlez dans votre livre qui vient de de paraître les entrepreneurs de la peur quand les émotions nous gouvernent qu'il y a une forme d'instrumentalisation aussi de l'ensemble de ces crises écologiques l'insécurité le déclassement social l'actualité aussi internationale où est-ce que ce débat va avoir lieu puisqu'il n'y a plus les partis qui pouvaient les animer il y a quelques années encore c'est justement une des problématiques que j'essayais de souligner dans le livre c'est que on assiste de par l'importance que prend la peur dans la société qui est liée à des thématiques différentes ça crée finalement une forme de polarisation affective au sein de la société ce qui veut dire que globalement les français ne sont pas plus radicaux idéologiquement qu'ils l'étaient auparavant mais néanmoins ils sont dans une situation où ils détestent de plus en plus les groupes sociaux et politiques qui ne pensent pas la même chose qu'eux et ils se renferment de plus en plus sur des groupes sociaux et politiques qui sont complètement homogènes donc finalement les espaces pour avoir des débats sont de plus en plus compliqués à avoir et notamment en lien avec la transformation du paysage médiatique où d'une part vous avez des chaînes de télévision de plus en plus alignées idéologiquement ce qui fait que vous n'avez pas de vrai débat finalement et également le fonctionnement algorithmique des réseaux sociaux qui vous met en avant uniquement des contenus avec lesquels vous êtes déjà d'accord donc le principe d'un débat c'est de pouvoir justement confronter des idées et là on est dans une situation où c'est assez compliqué de pouvoir confronter ces idées là il y a quand même encore le service public peut-être pour organiser des débats et l'imichel sur le lieu justement on a souvent dit les réseaux sociaux ou internet on fait telle campagne on fait élire tel candidat est-ce que ce débat peut avoir lieu sereinement aujourd'hui encore je rappelle l'idée c'est de changer profondément ou radicalement la société française donc c'est pas un débat léger

33:17
Présentateur

écoutez ce débat en réalité les réseaux sociaux ne sont que le contenu qu'on y met donc les partis pourraient très bien organiser et organiser eux-mêmes sur ces réseaux des discussions des discussions d'idées assez importantes je voudrais on a brossé un portrait quand même assez noir de la situation des partis et du débat d'idées et peut-être en lien avec la question des réseaux sociaux mentionner quand même le cas peut-être plus particulier de la France insoumise qui elle travaille à une action programmatique depuis assez longtemps avec son programme l'avenir en commun qui est une mise à jour et régulièrement établie et qu'elle diffuse assez largement exclusivement d'ailleurs sur ses plateformes ou ses propres réseaux sociaux assez moins sur les médias disons plus mainstream donc il y a d'un côté un parti qui arrive à essayer d'enclencher ces débatés mais effectivement dans cette culture un petit peu de silo en parlant à ses propres électeurs en essayant de mobiliser une base électorale particulière et précise et à la fois ce parti qui est celui qui met en avant plutôt peut-être quand même contribuable davantage au débat d'idées et aussi le parti qui polarise le plus pour revenir à cette question de polarisation effective il y a peut-être un parti effectivement qui met en avant un programme plus cohérent mais qui est celui pour lequel les français ont le moins envie de voter

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Invité

on va s'arrêter là merci à tous les deux d'avoir ce matin ouvert avec nous ce moment qui va être un moment important de la campagne présidentielle effectivement avec peut-être l'espoir qu'on parle le plus rapidement possible effectivement de ces thèmes qui mobilisent et inquiètent et intéressent effectivement les françaises et les français merci beaucoup Elie Michel d'avoir été ce matin avec nous je rappelle que vous êtes chercheur à l'université de Lausanne chercheur associé au Cévi-Pof de Sciences Po merci à vous également Antoine Bristiel je rappelle le titre du livre que vous venez de publier Les entrepreneurs de la peur quand les émotions nous gouvernent aux éditions J.C. Lattès