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interviewyoutube.com· 12 octobre 2018 16 min

François-Xavier Bellamy, Grand Invité de la Matinale, présente son ouvrage "Demeure"

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

[Musique] vendredi 12 octobre alors qu'on attend toujours le nouveau visage du gouvernement alors que l'opposition se déchaîne pour railler la crise au plus haut sommet de l'état notre grand invité ce matin est un philosophe un de ses hôtels etc tu l qui participe au débat politique un chercheur un intellectuel qui cherche à renouveler la pensée à droite bonjour françois xavier bellamy bonjour merci beaucoup d'être avec nous en avions 2014 vous aviez publié un essai très remarqué les déshérités sur la crise de la transmission à la crise de l'éducation dans notre pays aujourd'hui vous revenez avec un nouvel essai publié chez grasset le titre je trouve très beau s'appelle demeure et ces sous-titrés pour échapper à l'ère du mouvement perpétuel alors dans ce livre vous nous proposez de déconstruire notre fascination pour le mouvement pour le changement et vous plaidez peut-être pour un véritable enracinement pour cela vous naviguez entre les différents courants de la philosophie mais avant d'évoquer ces philosophes j'aurais qu'on s'arrête sur le lancement le l'ouverture de votre livre et saint-exupéry saint-exupéry pour démonter la vitesse c'était une évidence non en fait oui et non c'était une évidence parce qu'en réalité ce texte a précédé dans le travail de l'écriture la conscience que j'avais de l'importance de cette question de cette question de notre passion du mouvement c'est un très beau texte qui est assez méconnu un texte que saint-exupéry voulait envoyer qui n'a jamais envoyé cite une lettre et dans cette lettre qu'il commence par raconter cette passion de la vitesse qui l'avait quand il était jeune et il se demande si au fond cette passion n'a pas été une forme de deux pertes du monde et de la réalité du monde qui l'entourait et il me semble que nous aussi dans le monde contemporain qui est marquée par l'accélération de la technologie par l'accélération de l'actualité nous pouvons avoir peut-être le sentiment de perdre la réalité de ce monde qui est autour de nous de perdre de vue la réalité de nos vies et c'est ce que j'ai tenté de dire dans ce livre qui met en réalité qu'une sorte d'explicitation ou de développement de l'intuition de cette lettre vous citez français vous citez vous citez saint-exupéry et vous citer cette phrase un jeu est mon époque de toutes mes forces les hommes y meurent de soif françois-xavier bellamy est ce que vous êtes à l'aise dans cette seconde du 21e siècle il ya une forme de révolte qui paraît nécessaire quand on regarde l'actualité de notre monde et cette formule elle me semble s'éclairer de manière étonnante avec la crise écologique que nous traversons puisque littéralement dans notre époque des hommes meurent de soif 1 ce que heidegger appelait le le la technicisation du monde et qui correspond à cette intuition là le désert grandi le désert grandissent et c'est un désert matériel aussi c'est le réchauffement de la planète dont nous parlons souvent en tous les cas tout des perturbations de notre équilibre naturel mais le désert grandit aussi sur le terrain intérieur et nous le voyons bien là la vie intérieure elle même est un peu asséchées par cette omniprésence de l'immédiateté notre propre vie intérieure d'abord et celle de ceux qui nous entourent de nos contemporains et donc oui d'une certaine manière l'homme meurt de soif aussi au sens intérieur du terme mais une formule comme celle ci ce n'est pas seulement un acte d'indignation gratuite c'est aussi un appel à notre responsabilité que faire quand un homme meurt de soif pour aller lui donner ce dont il a besoin eh bien nous aussi et c'était la conclusion de saint-exupéry dans ce texte il faut absolument parler aux hommes mais françoise événements mais bellamy je reviens à la phrase de saint-exupéry jeu est mon époque vous vous aimez votre époque vous y êtes à l'aise non j'aime j'aime le jem le monde dans lequel nous vivons j'aime j'aime les la richesse extraordinaire du coeur humain mais c'est vrai que je crois que nous vivons une époque inquiétante par bien des aspects et je ne voudrais pas me résigner à ce que c'était paca de d'inquiétant et à ce qu'elle a effectivement d'assez champ je crois qu'il faut soigneusement distinguée la passion que nous pouvons avoir pour pour le coeur de l'homme la passion que nous pouvons avoir pour l'expérience humaine et la patiente doit pouvoir voir pour le monde qui nous entoure pour cette nature que nous avons reçues et il faut soigneusement le distinguer de de tous les travers qui constituent cette époque qui nous est donnée qui a quelque chose de passionnant aussi parce qu'elle nous appelle à la responsabilité françois-xavier bellamy à vous lire on a ce sentiment que notre monde court comme un canard sans tête oui mais c'est c'est pas seulement un mail ir jeu que je crois que en tout cas ce que j'ai essayé de faire dense dans ce petit luxe et de mettre des mots sur ce qui nous préoccupe mais je voudrais pas m'arrêter au seul constat encore une fois il s'agit pas de partager une indignation et je crois que d'une certaine manière rien n'est plus stérile que la seule indignation ce qui compte c'est de faire de tous les maux qui traversent notre monde l'occasion d'une action et d'un engagement c'est aussi d'en faire l'occasion d'une espérance parce que l'espérance ne consiste pas dans une sorte d' optimisme béat qui voudraient croire que tout va bien quand on a toutes les raisons d'être optimiste on n'a pas besoin d'espérance c'est quand au contraire les choses semblent aller mal qu'on a besoin d'espérance et qu'on peut faire une occasion d'espérance dans le temps que l'on traverse c'est quand on est malade c'est quand on vit l'épreuve économies que l'épreuve personnel c'est quand sous toutes ses formes on traverse des situations difficiles que il faut justement faire preuve d'espérance et bien de ce point de vue là notre monde est un un moment magnifique pour l'espérance c'est pas la culture qu'on réussira à retrouver du commun retrouver un sens oui je crois dans ce monde qui est marqué par l'inflation du chiffre et du nombre par le le numérique qui est autour de nous ces délires par le fait qu'au fond tout se transforme en chiffrant big data comme on le dit aujourd'hui je crois que nous avons plus besoin que jamais du mot de du sens des mots du sens de la parole de retrouver le sens aussi d'une parole qui se partagent dans un dialogue authentique et pas seulement dans une sorte de jeu de communication contradictoires on parlait de la vie politique aujourd'hui il semble que les mots et que la parole politique sont malheureusement très fortement dévitalisées et là encore je crois que cette soif que nous partageons aujourd'hui elle est à elle seule un signe intéressant le signe que nous avons besoin d'autre chose que des calculs d'autre chose que des chiffres ils sont utiles bien sûr ils sont utiles comme des outils si nous savons ne pas en devenir en quelque sorte les instruments nous avons besoin de la littérature nous avons besoin de la littérature nous avons besoin de lire de nouveaux deux peut-être justement j'allais dire nous nous avons rêvé à ces sources alors tout ce que je dis paraît peut-être abstrait aux auditeurs mais au fond c'est extrêmement concret revenant sur la sur la question de la vie politique aujourd'hui ceux qui menacent notre vie politique ce n'est pas le l'absence de technicité ou de compétence de ce qui peut être gouvernent notre pays quelle que soit leur sensibilité ce qui nous menace le plus c'est la difficulté à partager une vision collective et cette vision collective elle suppose de se hisser un peu au delà des chiffres et des objectifs de croissance elle suppose de pouvoir dire quelque chose de pouvoir parler aux hommes et aux femmes de ce qui nous rassemble françois-xavier bellamy on va parler de la politique un je vous le promets mais j'aimerais qu'on revienne à cette idée du du commun et de se retrouver de se ressourcer de s'enraciner à nouveau là encore ça passe par la transmission bien sûr et c'est vrai que vous avez été enseignant je n'ai pas dire je vous ai présenté comme philosophe mais vous avez été vous avez été enseignant je suis toujours vous êtes enseignant en classe préparatoire vous avez été aussi enseignant dans des plus jeunes classes on va dire exactement et c'est vrai que ça a été l'occasion pour moi de rencontrer de façon très directe la réalité de la crise éducative que traverse notre pays et là aussi vous faire vous formulez cette phrase de saint-exupéry qui peut nous floquet l'homme y meurent de soif l'homme meurt de soif dans cette époque mais c'est vrai que la réalité la crise éducative qui est d'ailleurs une crise profondément inégalitaire et qui partagent notre pays avec une injustice absolue elle fait que dans notre société aujourd'hui des dizaines de milliers de jeunes français passent des années dans les écoles de notre république sans y recevoir les moyens les plus fondamentaux d'accéder à la culture à la connaissance et au savoir on sait le le la difficulté par exemple dans la maîtrise de la lecture et de l'écriture dans notre pays ce sont des statistiques qui sont parfaitement connus et bien derrière ces statistiques et ces chiffres il ya des personnes et des personnes humaines et des jeunes et des adolescents qui ne sont pas bénéficiaires des moyens les plus nécessaires pour accomplir leur propre personnalité et leur propre talent est là aussi il ya une soif qui me paraît réellement révoltante et qui là aussi doit être pour nous tous un appel à l'engagement françois bel ami philosophe enseignant vous êtes aussi un élu politique vous êtes adjoint au maire à la mairie de versailles et vous êtes même le directeur de la mission locale donc vous êtes en première ligne pour voir ces jeunes qui sont déclassées ces jeunes qui n'arrivent pas à s'insérer dans la société là aussi c'est les mots qui leur manque alors je suis effectivement président de la mission locale de ma ville et de deux sons de son environnement pour rappeler aux auditeurs une mission locale c'est une association donc je sais c'est une fonction bénévole mais c'est une association qui comporte des salariés et qui accompagne dans ma ville c'est 2000 jeunes chaque année qui sont en grande difficulté dans leur insertion professionnelle et effectivement c'est l'occasion d'être au contact de ces jeunes qui sont aujourd'hui aux marges de notre société non pas parce que quand on est jeune on n'a pas encore eu l'occasion de deux parfois de faire soi même de mauvais choix mais d'abord parce que notre société n'a pas su aussi les accompagner c'est un travail qui est vraiment décisif et là aussi effectivement on constate qu'en réalité ce qui souvent leur manque le plus pour pouvoir trouver leur place mais c'est justement cette capacité d'apprivoiser un langage et à travers un langage de pouvoir rencontrer l'autre d'une manière qui soit qu'il soit normal qu'ils soient complètes c'est vraiment ce travail de remédiation qui est le premier à faire aujourd'hui françoise et bellamy certains disent de vous que vous avez du mal à choisir entre la philosophie et l'engagement politique je n'ai pas de mal à choisir en ce sens qu'il me semble qu'aujourd'hui l'un et l'autre vont de pair alors l'engagement politique pour ceux qui nous écoutent ça ne sera pas nécessairement le fait de devenir élus un jour et moi je n'avais pas du tout programmé le fait de devenir élus pour d'autres ce sera le fait de rejoindre un parti ce qui n'est pas mon forcément mon cas où donc il ya il ya beaucoup de formes d'engagement politique et d'une certaine manière nous sommes tous engagés en politique parce que nous sommes tous des citoyens que nous sommes tous conduits par nos votes mais aussi par nos actions par nos paroles à transporter à façonner live plus à l'aise dans quel rôle êtes vous le plus à l'aise on vous a beaucoup vu au moment de la manif pour tous vous les avez beaucoup accompagné aujourd'hui vous un petit peu plus en retrait dans donc non non le philosophe dans le professeur ou dans les lieux où le militant politique le en fait il me semble qu encore une fois y'a pas de ya pas de séparation affaires et là aussi nous sommes bien souvent intérieurement divisés mais je crois que ce qui compte c'est de vivre dans une véritable unité personnel les engagements que l'on que l'on éprouve je prends l'exemple que vous évoquez à l'instant celui de la famille dans ce dans ce texte que je viens de publier j'essaye de m'interroger justement sur cette envie de tout changer toujours et cette envie de tout changer elle se traduit aujourd'hui par exemple derrière la promesse du transhumanisme par exemple mais de façon beaucoup plus immédiate derrière la question de la pma de la gpa au fond nous ne voulons pas nous satisfaire de notre condition humaine et les limites qu'elle nous impose nous paraissent insupportable au point qu'il faudrait les défaire par le pouvoir de la technique est bien au fond méditer là dessus en philosophie c'est aussi un acte politique évidemment et s'engager en politique suppose de le faire au nom d'une vision et d'une vision de l'homme qui s'enracine dans une pensée dans une réflexion pour ce qui me concerne en l'occurrence dans la tradition philosophique peut pas séparer tous ces aspects là et nous sommes tous appelés à être à la fois d'aider des personnes de pensée et d'action on voit bien que vous êtes un homme de droite qui tentait en philosophe de renouveler la pensée à droite votre livre s'appelle deux meurt c'est aussi une réflexion sur le conservatisme aujourd'hui le conservatisme a de l'avenir alors d'abord ce qui compte c'est moins de renouveler la pensée à droite que de tenter de partager ensemble des constats et on peut avoir voté à droite ou à gauche et pourtant essayé de de construire ou de reconstruire des diagnostics commun et du coup des engagements communs c'est vrai qu' il ya quelque chose de très stérile dans cette pensée qui vient enfermé en quelque sorte dans des camps déterminer nos débats et nos discussions quant à la question du conservatisme moi il me semble que le conservatisme n'est peut-être pas une réponse suffisante aux défis que nous rencontrons aujourd'hui nous sommes dans un monde marqué par ce mouvement perpétuel par cette obsession du changement et dans ce monde là certains voudraient peut-être par réaction tentez de figer les choses d'arrêter le mouvement d'interrompre toute action c'est profondément c'est que il faut redonner un sens à l'action et notamment il faut redonner un sens à l'action politique les politiques nous parle toujours de réforme de transformation de disruption l'innovation est devenue aussi dans le monde de l'entreprise une sorte de valeur en soi moi ce que je dis c'est que l'innovation est la réforme ne sont pas des valeurs en soi mais il ne faut pas non plus interdire de changer ce qui doit l'être et au contraire si nous voulons demeurer c'est ce qu'il ya de magnifiques dans ce mot si nous voulons que notre notre société demeure une société unie si nous voulons continuer de rester un peuple qui se connaît lui-même et qui sait se projeter dans l'avenir eh bien nous avons beaucoup de travail à faire et nous avons beaucoup de choses à faire évoluer dans notre vie collective au jour oui toute personne qui a une demeure un appartement une maison c'est combien il faut d'énergie et d'efforts pour pouvoir faire vivre cette demeure toute personne qui fait vivre une famille c'est que la demeure familiale c'est un travail de chaque jour eh bien je crois de la même manière qu'eux on ne peut pas opposées d'un côté et ça me parait mortifère ceux qui voudraient changer et ceux qui ne voudraient rien changé ce qui compte c'est de redonner un sens à notre travail de redonner un sens à notre effort en le dirigeant de nouveau vers des buts il s'agit pas de figer le mouvement il s'agit de le sauver paradoxalement françois-xavier bellamy le maquereau nisme voilà l'ennemi non l'ennemi non mais le maquereau nice mais voilà le symptôme je dirais plutôt le symptôme d'un mal qui nous qui nous traverse est sans doute assez profondément qui est l'idée qu'effectivement le mouvement peut devenir un but mais cette cette intuition qui me paraît d'une incroyable pauvreté elle a traversé la vie politique française pendant 50 ans toutes sensibilités confondues toutes les élections des dernières du dd du dernier demi siècle se sont fait autour de l'idée de changement c'est la fascination pour la nouveauté mais ce qui est fascinant dans en marche effectivement c'est ce slogan magnifique du tout en fait de problèmes que j'ai essayé de toucher du doigt depuis quelques années c'est à dire qu'être en marche être en marche est devenu un but or ça n'a littéralement aucun sens être en marche c'est une chose merveilleuse si vous avancez vers le but de votre voyage vers le but de votre pèlerinage être en marche à peu d'avoir un sens magnifique mais si vous êtes au bord d'un précipice être en marche est vraiment la dernière des bonnes idées donc il faut surtout tenter de redéfinir nos buts plutôt que d'affirmer que la marche est en soi un but dire que la marche est en soi un but c'est la priver de tout sens parce que ce qui compte dans la marche c'est le moment où elle pourra s'arrêter où nous pourrons nous dire voilà nous sommes arrivés et honnêtement la droite aujourd'hui en france elle se porte mieux non c'est tout le champ politique je lisais qui a été traversée par cette espèce de passion de du mouvement qui lui a fait paradoxalement perdre un sens et c'est vrai qu'il ya ce qui est mal et le maquereau a parfaitement vu c'est que le clivage politique qui partageait la droite à la gauche était un peu épuisés qu'ils n'avaient plus beaucoup de signification non plus vous ne croyez plus au clivage gauche droite je crois que la démocratie vie de clivages et quel vide pluralisme et ce serait mon principal point de désaccord avec emmanuel macron qui est persuadé au fond c'est la dialectique il est en train d'installer pour les élections européennes qui aurait d'un côté les progressistes et de l'autre côté les populistes c'est-à-dire soient les gentils soit les méchants ceux qui veulent aller de l'avant ou ce qu'ils veulent revenir en arrière je ne me reconnais absolument pas dans cette dialectique désastreuse il n'y a pas des gens qui veulent aller vers l'avant et d'autres qui veulent aller vers l'arrière il ya seulement une divergence légitime sur l'endroit où il faut aller et cette divergence elle est nécessaire parce que la démocratie suppose le pluralisme elle suppose donc les clivages mais ce qui compte c'est que ce soit des clivages intelligent et non pas à la répétition mimétique de de contradictions stérile merci beaucoup françois-xavier bellamy j'appelle votre livre publié chez grasset s'appelle demeure