Après les législatives, la France est-elle ingouvernable ?
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Questions et réponses
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Est-ce que la France, à vos yeux, va être gouvernable durant les cinq prochaines années ?
- 1:26OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça veut dire concrètement, une majorité relative ?
- 2:22OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on peut quand même s'interroger ce matin ? Est-ce que ce n'est pas ça aussi le rôle de l'Assemblée nationale, de revenir à portée de la nuance dans la manière de gouverner ?
- 3:42OuverteRéponse directe
Certains pourraient imaginer que les Républicains refusent de s'allier à Ensemble, de peur d'apparaître comme affiliés au président ?
- 4:39OuverteRéponse directe
Pour vous, qu'est-ce que l'arrivée du RN à l'Assemblée nationale dit de notre société ?
- 5:39OuverteRéponse directe
Il aurait fallu que le RN soit plus fort dès 2017 pour coller au résultat de la présidentielle ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« ce sera compliqué. Il y aura beaucoup d'embûches sur le chemin du gouvernement d'Emmanuel Macron. »
- 1:06InvitéFait
« il faudra rechercher des forces d'appoint pour faire une majorité et faire passer des lois avec plus de 289 voix. »
- 1:52InvitéFait
« la démocratie représentative est une démocratie dans laquelle on doit chercher le consensus, faire des négociations politiques sur des réformes, des programmes, et les faire passer. »
- 2:54InvitéFait
« la coalition de gauche, NUPS et le RN ne joueront certainement pas le jeu de quelques réformes que ce soit, à moins qu'il y ait un intérêt vraiment majeur. »
- 9:25InvitéFait
« Emmanuel Macron, c'est un président sortant qui a été réélu, c'est assez rare, on croit que c'est exceptionnel, et qu'il a eu majorité. »
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. Le grand invité. Il est l'heure de notre grand invité du matin. Et ce matin, on va tâcher de tirer un petit peu les conséquences de ce vote des Français. Que signifie concrètement une majorité relative et les conséquences, les répercussions que cela va avoir sur la marche du gouvernement. Sans oublier le score de la coalition de gauche ou encore la forte percée du Rassemblement National. On va évoquer tout cela en compagnie de William Genies. Bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin dans la matinée à l'ERCEF, chercheur à Sciences Po et membre du CNRS.
William Genies, pour commencer, est-ce qu'on peut quand même s'interroger ce matin ? Est-ce que la France, à vos yeux, va être gouvernable durant les cinq prochaines années ?
Déjà, on peut l'espérer. Mais effectivement, vu les résultats des élections législatives d'hier, ce sera compliqué. Il y aura beaucoup d'embûches sur le chemin du gouvernement d'Emmanuel Macron. Mais surtout, il faudra rechercher des forces d'appoint pour faire une majorité et faire passer des lois avec plus de 289 voix.
Justement, en parlant de faire passer des voix, je le disais il y a quelques instants, on est sur une majorité relative pour le parti ensemble du gouvernement. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement, une majorité relative ? C'est un petit peu un fonctionnement comme celui que l'on peut connaître, par exemple, au Parlement européen, où pour chaque texte, il va falloir aller trouver un petit peu des alliés dans les différents camps politiques ?
Exactement. Il va falloir aller chercher des alliés. Mais moi, ce que je voudrais rappeler, c'est qu'on a oublié, parce qu'en France, on fonctionne comme le monde le sait au fait majoritaire, avec des majorités absolues qui sortent d'élections législatives. Ce qui n'a pas été le cas hier. À partir de là, la démocratie représentative est une démocratie dans laquelle on doit chercher le consensus, faire des négociations politiques sur des réformes, des programmes, et les faire passer. Et c'est ce à quoi va être confronté le gouvernement actuel d'Emmanuel Macron, ou peut-être le nouveau s'il en aura un nouveau.
De toute façon, il faudra rechercher des majorités, alors un petit peu sur l'aile droite ou un petit peu sur l'aile gauche, et faire des compromis, compromis qui certainement, politiquement, se paieront sur le contenu des réformes.
Est-ce qu'on peut malgré tout se dire que c'est une lecture plus juste de la démocratie que l'on va voir se dessiner à l'Assemblée nationale, après tout ? Est-ce que ce n'est pas ça aussi le rôle de l'Assemblée nationale, de revenir à portée de la nuance dans la manière de gouverner que pourra avoir un président de la République et son gouvernement ?
Effectivement, votre analyse sur ce point est très intéressante, parce qu'effectivement, on va être obligé de réintroduire, comme je l'ai dit, du consensus de la négociation. Encore faut-il que les forces politiques en présence acceptent de jouer le jeu. Bien entendu, la coalition de gauche, NUPS et le RN ne joueront certainement pas le jeu de quelques réformes que ce soit, à moins qu'il y ait un intérêt vraiment majeur. Donc ce sera autour de l'aile droite et de l'aile gauche qu'il faudra chercher des alliés. Mais là, il y a un problème.
À la fois, d'une part, il faut trouver des éléments objectifs d'association sur le contenu des réformes, par exemple les retraites, le pouvoir d'achat, etc. Mais d'un autre côté, il y a une dimension politique, j'allais dire politique politicienne de l'accord. Si on fait l'accord sur des mesures de gouvernement, est-ce que le parti qui fait la force d'appoint ne met pas son existence en ce... Donc il y aura des négociations à deux niveaux, d'une part sur le contenu des réformes, mais aussi sur la portée politique des forces partisanes qui porteront ces accords et ces coalitions.
Ça veut dire, William Jeunesse, que si je vous comprends bien, certains... On pourrait imaginer, par exemple, que les Républicains, dans certains cas de figure, refusent de s'allier à Ensemble, de peur d'apparaître comme étant, au fond, un parti affilié au président de la République ?
Si on regarde déjà l'histoire de la constitution de En Marche et de l'ensemble, il y a quand même un certain nombre de transferts entre les Républicains et la majorité présidentielle. Donc l'enjeu pour les Républicains aujourd'hui, c'est de jouer sur cette corde raide, c'est-à-dire à la fois tirer des bénéfices des accords en montrant que c'est un véritable parti de gouvernement, contrairement aux forces qu'on trouve à droite et à gauche sur les politiques aujourd'hui, mais d'un autre côté, jouer son existence, ne serait pas passé pour, comme on disait du Parti communiste à l'époque, les idios utiles du gouvernement.
Parmi les surprises d'hier soir, William Jeunesse, alors, la coalition de gauche, la NUPES, on l'attendait au rendez-vous, on se doutait forcément qu'il serait présent et relativement fortement, ça correspond plus ou moins à ce qu'on imaginait, en revanche, il y a un parti qu'on n'attendait pas forcément, en tout cas que les sondages n'avaient pas vu particulièrement venir, c'est l'arrivée relativement importante du rassemblement national au sein de l'hémicycle. Pour vous, qu'est-ce que cela dit de notre société, de notre pays ?
On peut le voir à deux niveaux, effectivement, la mécanique du scrutin majoritaire et du Front dits républicains faisait que le rassemblement national et en ce moment le Front national étaient sous-représentés à l'Assemblée nationale en termes de siège et de députés. Il faut quand même se rappeler que les deux dernières élections présidentielles, le RN, le FN, puis le RN, est arrivé au second tour. Pour la dernière élection, je me souviens, c'est 47% des voix. Donc quelque part, dans l'opinion politique française, c'est une force politique qui est vraiment constituée. Donc de ce point de vue-là, il n'y a pas une surprise.
La surprise, elle est juste dans le chiffre, mais quelque part, le chiffre reflète une réalité politique qui s'est imposée depuis plusieurs années sur notre scène politique.
Ça veut dire que d'une certaine façon, il y a même cinq ans de cela, lorsqu'Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir et qu'on a vu la République en marche arriver massivement dans l'hémicycle, il aurait déjà fallu qu'en termes de représentativité, le RN soit peut-être déjà un petit peu plus fort pour coller au fond au résultat de la présidentielle de l'époque.
C'est le problème du scrutin majoritaire quand il fonctionne en faveur de la majorité présidentielle sortante. Ce qui a moins été le cas hier et qui donc a laissé un espace politique important et en termes de représentation pour le RN. Mais d'un point de vue de la représentation des citoyens, c'est d'ailleurs ce que revendique régulièrement le RN, c'est d'être sous-représenté en termes de députés et d'élus en raison de la logique même du suffrage majoritaire. Mais là-dessus, moi, je voudrais rajouter une interprétation assez personnelle des élections d'hier.
C'est-à-dire que le grand paradoxe, c'est qu'on a les forces de partis dits de gouvernement qui se sont réduits, une majorité qui va être difficile à trouver. Et d'un autre côté, on a, et c'est assez paradoxal, et c'est en lien avec ce qu'on veut dire, c'est que ce que j'appelle, moi, les élites anti-élites, c'est-à-dire les élites anti-systèmes ou les partis ou les coalitions partisanes qui développent un discours contre la représentation politique actuelle, contre la classe politique actuelle, se retrouvent en force à l'Assemblée nationale avec d'un côté NUPS et LFI et de l'autre côté le Rassemblement national.
Donc c'est assez paradoxal parce qu'en termes de gouvernabilité, il va y avoir, il y a déjà, puisqu'ils sont élus, un nombre de députés qui rejettent la classe politique. Donc maintenant, ils font partie quand même. Quand le régulant, ils font partie de la classe politique, même si ils sont à la droite radicale ou à la gauche radicale.
Est-ce qu'on peut se dire que d'une certaine façon, ce n'est jamais que l'aboutissement des différentes crises successives, notamment celle des Gilets jaunes, où on a vu la classe politique et notamment la majorité présidentielle être violemment chahutée et remise en cause par les Français ?
C'est vrai qu'il y a des mouvements de contestation des élites et ce que certains appellent les courants populistes, etc., depuis une quinzaine ou une vingtaine d'années, particulièrement en France, mais on l'a vu également aux États-Unis ou dans d'autres pays. Donc là, c'est des phénomènes structurels relativement importants. Effectivement, dans le cas de la France, le président Macron a eu à composer avec des Gilets jaunes.
Mais selon ce qui va se passer par rapport à la Constitution et à la mise en place de la nouvelle Assemblée et du nouveau gouvernement, ça m'a étonné qu'hier soir, je n'ai pas entendu dans les commentaires qu'on allait jouer le troisième tour social, c'est-à-dire sur la réforme des retraites. J'ai pu apercevoir le retour des Gilets jaunes ce week-end dernier sur certains rangs-points dans la région où j'habite. Donc, quelque part, on va rapidement repasser sur les questions sociales et les questions de mobilisation qui étaient très présentes à la première présidence d'Emmanuel Macron.
William Geniès, l'autre grand gagnant de la soirée d'hier, au fond, c'est l'abstention, toujours extrêmement importante. Est-ce qu'il n'y a pas quand même une rupture qui aujourd'hui est clairement consommée entre les Français et leur classe politique ? Et d'une certaine façon, ça rejoint ce que vous nous disiez tout à l'heure de ces élus qui contestent le système et qui se retrouvent élus, au fond, aujourd'hui ?
Si je pousse au fond de mon interprétation, qui n'a quand même pas été sur les statistiques, mais effectivement, les élites anti-élites dont je parle et les partis que les représentent sont les partis les plus mobilisés qui impliquent leurs militants et qui, donc, dans un cadre de forte abstention, ont été certainement plus votés, plus votés ou plus exprimés leur suffrage, qu'on va dire que des électeurs, des partis de gouvernement qui, à la fois, sont déçus par l'offre politique et puis, on peut faire aussi, c'est quand même une hypothèse importante, c'est qu'Emmanuel Macron, c'est un président sortant qui a été réélu, c'est assez rare, on croit que c'est exceptionnel, et qu'il a eu majorité, donc il a eu, quelque part, une érosion de ses soutiens initiaux de 2017 et donc, en plus, si on rajoute à cela le climat, comment dire, la vague de chaleur qu'on a eue, on a un résultat avec une très forte, exceptionnelle abstention, et ça, c'est peut-être un problème parce que, comme vous le disiez, les élites ne sont plus, on adhère moins derrière les élites représentatives que ce qu'on dit par le passé.
En deux mots, William Geniès, et pour terminer, est-ce que vous pensez qu'il va falloir réellement que les partis politiques, demain, se mobilisent, peut-être pour se réinventer et mieux faire face au désir des Français ?
Oui, un peu les partis, et puis je pense que le président Macron pourra peut-être enfin user d'armes dont il a parlé, outre le 49.3, la pratique des référendums, peut-être pour faire passer les réformes, mais on verra si les Français vont voter.
Merci beaucoup, William Geniès, d'avoir été avec nous ce matin, chercheur à Sciences Po et membre du CNRS.