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Podcast / conversationLe Média (sur YouTube)· 24 mai 2020ComplaisantActualité / polémiqueSantéTravail & emploiÉconomie & entreprises

PERSONNELS D’ENTRETIEN : EN LUTTE CONTRE LE COVID, ET LA MISÈRE

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Défensif 100 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15Fait
    « On a tous entendu le président dire « restez chez vous ». Et puis hier matin, on a entendu votre confrère Bruno Le Maire dire « allez travailler ». »
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    « On est obligés de tourner avec une seule soublouse. Tu prends la soublouse, tu rentres dans une chambre COVID, tu ressors, tu te balades dans le couloir. »
  • 0:45Fait
    « On a tous eu les symptômes de COVID, mais on était obligés de travailler. »
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    « On est employés par l'hôpital de Saint-Denis depuis des années en CDD. Je suis à mon quatrième CDD, deux d'un an et deux de six mois. »
  • 1:15Fait
    « On a entendu à la télé qu'il devait avoir des primes, mais il n'y a rien de concret. On n'a encore rien vu. »
  • 1:30Chiffre
    « La prime de 1 000 euros que le gouvernement a instauré à mon chef d'agence, il m'a dit que ce n'est pas la priorité du groupe. »
  • 2:00Fait
    « On ne sait pas où est-ce qu'il est, en fait. Et ça, ça nous arrive des fois de travailler son masque et son gant. »
  • 2:15Fait
    « La société nous demande des choses qui n'existent pas dans le cahier de charge. »
  • 2:30Chiffre
    « Moi, j'ai travaillé déjà 16 heures par jour. Avant le confinement, j'ai 14 heures par jour. »
  • 2:45Fait
    « Je m'y lève à 2h30 du matin. Parce que je travaille dans une entreprise de spécialité pharmaceutique. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

On a tous entendu le président dire « restez chez vous ». Et puis hier matin, on a entendu votre confrère Bruno Le Maire dire « allez travailler ». Vous comprenez que c'est un message contradictoire ?

Aujourd'hui, les hommes sont des chiffres, sont des numéros. Il faut aussi que l'activité économique continue dans des conditions de protection des salariés. Chacun réfléchit chez soi et est en train de comprendre qui il est et ce qu'on lui fait.

Soit t'arrêtes, tu crèves de faim, soit t'arrêtes, soit tu continues, tu risques de crever d'une couronne. C'est là où effectivement la population se rend compte de notre utilité. Sinon, le reste de l'année, nous n'existons pas, nous sommes des invisibles.

On est plusieurs agents de services hospitaliers à l'hôpital Saint-Denis. On dit que l'ASH ne fait que le bionettoyage, mais on sert aussi les patients, on fait des petits déjeuners. On est là avec les aides-soignants et on est avec les infirmiers.

On les aide aussi à installer par exemple les patients, à voir le patient s'il a pris les médicaments ou pas, parce que l'infirmière, elle ne peut pas rester à côté tout le temps. Dans cette période même, notre travail est devenu deux fois plus difficile. Les infirmières, ils ont eu des renforts, les aides-soignants ont eu des renforts, mais nous, les ASH, on n'a pas eu de renforts et pourtant on en avait besoin.

On n'avait qu'un seul repos dans la semaine. Quand on demandait des jours pour se reposer, on nous disait non. Tous les vacances ont sauté.

On est vraiment, vraiment exposés par rapport à cette maladie parce qu'au début, on n'avait pas de moyens de protection. Quand on arrivait le matin, on rentrait dans les chambres, sans les masques, on se plaignait tout le temps, mais on était obligés de rentrer. On est obligés de tourner avec une seule soublouse.

Tu prends la soublouse, tu rentres dans une chambre COVID, tu ressors, tu te balades dans le couloir. C'est ce qui a fait que la maladie s'est vraiment reprendue dans le service. On a tous eu les symptômes de COVID, mais on était obligés de travailler.

Moi, personnellement, j'ai eu tous les signes, mais je venais travailler parce que je n'avais pas le choix. Les collègues étaient en arrêt. La plupart étaient contaminés par le COVID, donc nous qui sommes restés, même si on a été contaminés aussi, mais on était asymptomatiques, donc on était obligés de travailler.

On est employés par l'hôpital de Saint-Denis depuis des années en CDD. Je suis à mon quatrième CDD, deux d'un an et deux de six mois. C'est la direction qui ne reconnaît pas ce qu'on fait.

Sinon, en dehors de l'hôpital, les gens sont reconnaissants. Et même les patients, souvent, quand on rentre dans les chambres et tout, ils disent que, ah, vraiment, ils remercient, c'est encourageant. Ils disent, ah, c'est bien ce qu'on fait.

Moi, je pense qu'on mérite, on mérite aussi bien que les AS, comme les infirmiers, comme tous les soignants, parce qu'on est au même pied d'égalité, même si on dit aujourd'hui que les ASH n'ont pas de diplôme, mais on est tout le temps avec les patients. Et on comprend mieux ce que le patient ressent par rapport aux AS. On a entendu à la télé qu'il devait avoir des primes, mais il n'y a rien de concret.

On n'a encore rien vu. On a peur d'en être exclus. Ce qui nous fait vraiment peur, c'est de peur de nos emplois.

Parce qu'à ce moment, on n'est pas reconnus par la direction et nos cadres et tout. Donc après, quand ils n'auront pas besoin de nous, ils peuvent nous mettre à la porte. Et on est tous des mères de famille.

Donc on tient à avoir ce travail-là. Soigner, c'est aussi donner un environnement correct avec une bonne hygiène. La première geste barrière pour un virus, c'est justement le bionettoyage.

Et du coup, les agents de services hospitaliers font partie du cœur du soin. Ça a fait plaisir à tout le monde de se sentir applaudi et soutenu. Mais au-delà du soutien, c'est vraiment un changement de politique qu'il faut.

Avec vraiment de l'argent qui est donné aussi pour la santé. On a donné du temps, on a donné de l'énergie, on a donné du travail. Mais il y a un moment, il faut aussi qu'on puisse vivre.

Donc les applaudissements, super. Les beaux discours, super. Mais maintenant, il faut des actes.

Si demain, on arrête de travailler, ça veut dire qu'il n'y aura pas de désinfection à l'hôpital. Les patients seront tous contaminés. Pendant le confinement et après le confinement, ça ne va pas changer.

On sera toujours là. On est là justement pour le bien du patient et faire face à l'épidémie, quoi qu'il arrive. Je m'appelle Hicham.

J'ai 28 ans. Je suis agent d'entretien. Je travaille dans un centre de rétention.

Nous, on nettoie tout ce qui est ici, de détention, de rétention, en fait, de les gens qui n'ont pas de papiers, en fait. Ils se retrouvent ici, par exemple, en attendant le jugement, c'est-à-dire soit de partir dans leur pays d'origine ou sinon de rester ici en France. On fait leur chambre, là où ils dorent.

On leur donne leur repas. On leur fait pas mal de choses, en fait. Non, on expose tous les gens au virus.

On ne sait pas où est-ce qu'il est, en fait. Et ça, ça nous arrive des fois de travailler son masque et son gant. On fait les gestes barrières qu'on faisait, c'est-à-dire même entre les policiers et nous, entre les retenus et nous.

Mais on est toujours exposés à ça. Et d'autres maladies aussi, à part le virus, là. Il y a la gale, il y a la tuberculose.

Des fois, quand il y a un cas de gale qui passe, qui va directement à l'infirmerie. Donc, nous, on ne le sait pas tout de suite. On ne sait pas qu'il y a un cas de gale.

Et du coup, nous, on s'expose à faire rentrer dans la chambre alors que le cas de gale est déclaré de jour. Nous, on le sait au bout de le troisième jour, en fait. Donc, nous, on se sent trop stressés.

On ne sait pas qu'est-ce qu'on peut ramener chez nous à la maison. C'est le seul problème. Donc, on sort pour aller travailler.

Et du coup, on ne sait pas est-ce que vraiment on est atteint ou on est malade. Là, on rentre des fois à nous, mes enfants. Donc, je leur dis, vous ne m'approchez pas.

Je n'ai pas fait ma deux jetons. Je n'ai pas enlevé mes affaires à l'extérieur. Donc, voilà.

La société se traitante. Ils ont mis des salariés. Qu'au jour d'aujourd'hui, ils sont là pour nous fliquer tout ce qu'on fait.

La société nous demande des choses qui n'existent pas dans le cahier de charge. La chef de cette société nous met la pression. Et quand vous ne faites pas ce que cette dame-là vous demande, nous crie dessus et nous menace que de bloquer l'accès.

On est maltraités. On subit l'harcèlement moral. La prime de 1 000 euros que le gouvernement a instauré à mon chef d'agence, il m'a dit que ce n'est pas la priorité du groupe.

Du coup, il n'y a pas. Moi, je pense que dans les années qui viennent, le métier de nettoyage, ça dégrade. J'ai l'impression d'être interchangeable.

Et n'importe qui peut faire le travail à ma place. C'est un truc qui me révolte. Moi, je ne pense pas que je vais continuer dans ce métier-là.

Je travaille dans des esclavages modernes, en fait. Moi, je m'appelle Sophia Carvalho. J'ai 43 ans.

Je fais le ménage dans un centre commercial dans la zone parisienne. Le ménage, c'est un travail physique. Et que je n'ai pas de temps assez pour faire mon travail.

Du coup, il faut courir par là, par là, pour nettoyer par terre, pour les petites tables. Bien sûr, j'ai peur, comme tout le monde, de maladie. Je pense qu'il faut se protéger.

Même si moi, je ne le fais pas. Parce que déjà, moi, j'ai l'asthme. Je souffre d'asthme.

Comme j'avais des crises avant, j'ai des problèmes à tenir quelque chose sur le nez pour respirer. Je n'ai même pas essayé le masque. Tout ce qu'on parle au travail, c'est coronavirus, c'est coronavirus.

Et ça arrive un moment où c'est trop. Ça fatigue un peu la tête, on va dire. Moi, j'ai peur de l'attraper, bien sûr.

Tous les gens qui sont malades de n'importe quoi, de grippe, de n'importe quoi qui passe dans un centre commercial. Et que nous, on est obligés à nettoyer. Qu'on ne sait pas les gens qu'ils ont comme maladie.

Alors, on l'attrape. On sait savoir d'où elle vient. J'ai besoin d'avoir un deuxième boulot.

Parce que qu'un boulot de ménage, ça ne me suffit pas. Je suis obligée. Moi, j'ai travaillé déjà 16 heures par jour.

Avant le confinement, j'ai 14 heures par jour. Moi, je ne compte pas le temps que je perds dans la route. Moi, je m'y lève à 2h30 du matin.

Parce que je travaille dans une entreprise de spécialité pharmaceutique. J'ai mon travail de 7 heures, normal. J'ai un temps complet.

Je termine ma journée à 11 heures. Je pars directement au centre commercial. Dans le ménage, même si je n'ai que 2 heures après, ça me fatigue plus que 7 heures de boulot de mon travail.

Si j'ai envie de faire une vie, si j'ai envie de payer mes crédits, mes affaires, je suis obligée de travailler, ne pas avoir qu'un boulot parce qu'on n'est pas assez payé. Moi, je suis une personne, je suis amoureuse de la vie. J'aime bien travailler.

Moi, je peux travailler 7 jours par semaine. Je le fais déjà. Moi, je n'ai pas la honte de dire, moi, je suis une femme de ménage.

Il y a des gens qui ont la honte. Et du coup, il y a beaucoup de gens qui ne veulent pas travailler dans le ménage. Je suis fière de moi parce que, en moi, tout le monde a besoin de personnes de ménage.

Je pense que les gens, les gens qui sont au-dessus de nous, ne donnent pas aussi l'importance à la ménage comme il faut. C'est bien donner la valeur au métier. Je m'appelle Muriel.

Je cherche pour une agence bancaire un personnel de nettoyage d'à peu près 50 personnes sur 11 sites. On doit participer à l'action de nettoyage pour de simples raisons que les collaborateurs de l'agence bancaire soient encore présents sur ces sites-là. Les salariés des entreprises de nettoyage doivent venir travailler pour pouvoir désinfecter, par exemple, des zones infectées par des gens qui sont porteurs du Covid.

Ce sont des symptômes qui apparaissent du jour au lendemain. Et si le collaborateur est venu la veille, forcément, il a dû côtoyer pas mal de monde. Il faut désinfecter ces zones-là.

Bien sûr que mes équipes s'exposent à ce virus. Et nous, on a fait en sorte de déployer beaucoup plus de matériel, même de les fournir pour qu'ils puissent rentrer chez eux dans de bonnes conditions, parce que pour la majorité, si demain, ils sont porteurs du Covid, c'est pas forcément qu'ils l'ont attrapé sur le site. Et c'est surtout qu'ils viennent en transport.

Pour la majorité, même, ils prennent des RER, donc ils habitent pas forcément tous sur Paris. Et leur crainte, quand moi, je discutais avec eux, c'était beaucoup plus les transports que le travail sur site. Avec le temps, les sociétés de nettoyage passent sur un travail en journée.

On n'est plus sur un métier où les gens sont complètement invisibles, c'est-à-dire qu'ils viennent travailler que le matin ou que le soir. On travaille en présence des collaborateurs. Je vous laisse imaginer quand on a un agent qui doit faire peut-être deux étages remplis de peut-être 300 personnes.

La probabilité qu'elle faute le virus, c'est travailler en journée, c'est travailler en présence des collaborateurs, des personnes qui occupent les bureaux, afin qu'ils puissent mettre un nom, un visage sur les personnes qui nettoient leurs bureaux. Parce que souvent, quand ils croissent personne, pour eux, le travail n'est jamais fait. Quelqu'un qui travaille de 6h à 9h, ou qui va travailler de 17h à 20h, il faut se dire que c'est une personne comme tout le monde, qui a certainement une cramie.

Elle fait ce métier, pas forcément par envie, mais plutôt par obligation. Et je pense que si elle avait le choix de faire un autre métier, elle aurait fait autre chose, et elle aurait travaillé sur d'autres places d'horaires. Les personnes ne prennent pas conscience que l'agent de nettoyage permet, pas d'éradiquer, mais de ralentir la propagation du virus, à part quand ils sont directement confrontés à la présence de quelqu'un qui est porteur.

Là, oui, on va demander une intervention en urgence pour une désinfection. Ah oui, là, oui, l'agent, là, il est important. Il faut qu'il vienne tout de suite.

Pour un métier comme éboueur, c'est visible directement. Je vous retire les déchets que vous avez produits et qui sont peut-être infectés. Alors que quelqu'un qui est sur un bureau qui potentiellement n'est pas malade, etc., oui, bon, la prestation est toujours effectuée.

Aujourd'hui, personne ne soucie des agents de nettoyage et personne ne sait peut-être qu'il y a encore des équipes qui travaillent encore sur site pendant le confinement. Et on a même du mal à se dire pourquoi ils vont travailler au final parce qu'on parle d'un métier indispensable. Mais pour moi, les nettoyer, oui, une banque pendant le confinement, non, ce n'est pas forcément indispensable.

Je ne connais pas un autre secteur où les gens sont plus humains que le nettoyage. Moi, mes équipes, c'est un plaisir de travailler avec eux. J'aimerais remercier l'ensemble des personnes qui ont fait acte de bravoure pendant ces périodes de confinement, que ce soit par obligation, que ce soit par contrainte ou même par plaisir et d'entraide.

Je leur tiens mon chapeau parce que c'est quelque chose qui n'est pas facile.

PERSONNELS D’ENTRETIEN : EN LUTTE CONTRE LE COVID, ET LA MISÈRE — Nathalie Da Conceicao Carvalho · Pourquijevote