Face à un "empilage de réglementations", Patrick Martin demande "d'urgence" des mesures de simplification
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France Inter. Grand entretien ce matin avec Marion Lourdes. Nous recevons le président du MEDEF. Il était à Matignon hier pour une rencontre avec le nouveau Premier ministre Gabriel Attal. Dans un contexte économique tendu, record d'entreprises défaillantes, croissance à tonne, des taux d'intérêt toujours élevés. Et alors qu'il faut faire face aux compétitions internationales, à des grands défis, notamment technologiques. Chers auditeurs, intervenez au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour Patrick Martin. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue, commençons donc par le rendez-vous d'hier avec le Premier ministre Gabriel Attal.
Vous étiez là pour nourrir le mot et entre guillemets le discours de politique générale qu'il prononcera devant le Parlement le 30 janvier. Et on verra ce jour-là s'il vous a bien entendu. Mais en attendant, que lui avez-vous dit Patrick Martin ?
Je voudrais déjà saluer son écoute. Vous venez de le signaler, c'est bien que le Premier ministre s'inquiète auprès des partenaires sociaux comme des politiques. De leur doléance, de leur analyse de la situation. Ça a l'air de vous étonner. C'est nouveau ? Moi ça n'a pas toujours été le cas. Moi j'ai une bonne relation. Le Medef a une bonne relation avec Gabriel Attal, notamment au titre de ses fonctions précédentes, à l'éducation nationale, où on a engagé des programmes très intéressants. Moi je me suis appliqué à lui parler d'un certain nombre de sujets. La conjoncture, la concurrence internationale, qui je le confirme, se durcit terriblement. L'importance du dialogue social.
Je lui ai parlé de logement, je lui ai parlé d'Europe également, parce qu'on a un énorme enjeu. Et nous on est très pro-européen, mais on veut une Europe beaucoup plus réaliste et combative.
Et vous allez nous dire en quel sens justement ?
Oui, sur l'Europe.
Sur l'Europe, quel discours avez-vous tenu sur l'Europe ? Est-ce que vous avez demandé plus de protectionnisme ? Est-ce que vous avez demandé des plans d'investissement à la hauteur de ce que font les Etats-Unis pour soutenir leurs entreprises et accompagner la transition énergétique par exemple ?
Pas de protectionnisme. Nous on est pour une Europe ouverte, mais pour une Europe puissante, une Europe réaliste. L'Europe a été un peu naïve sur un certain nombre de dispositions qui nous disqualifient progressivement par rapport aux Américains, par rapport aux Chinois, par rapport à d'autres. Mais le MEDEF, les chefs d'entreprise sont très pro-européens. Enfin, 750 milliards d'euros de plans de relance, il n'y aurait pas eu l'Europe. La France serait dans une situation critique.
Et Patrick Martin, vous avez eu un peu plus tôt dans la semaine un message du président de la République dans sa grande conférence de presse. Alors, il s'est peu adressé aux entreprises, mais quand même il a promis de la simplification que vous réclamez, vous les chefs d'entreprise. C'est vrai, le patron de la CPME par exemple parle d'une avalanche de normes. Nous sommes assommés, c'est ce qu'il dit. Le président de la République répond, fin de la France des tracas. On va vers la France du bon sens. La simplification, c'est vraiment la mesure fondamentale aujourd'hui pour que l'économie, les entreprises marchent bien ?
D'abord, c'est un vrai sujet. 320 000 normes qui s'appliquent aux Français, aussi bien aux ménages d'ailleurs qu'aux entreprises, c'est insupportable. Il y en a chaque jour un peu plus.
Mais alors, lesquels il faut supprimer ? Parce qu'il y en a dans l'écologie par exemple, c'est important. Il y en a sur l'accessibilité, c'est important aussi.
Oui, mais il faut savoir jusqu'où ne pas aller trop loin. Enfin, c'est un sujet consensuel. Je pense que tout le monde s'accorde à dire qu'il y a trop de normes. C'est un sujet budgétairement indolore. Ça ne coûte rien. Et il y a quand même 3-4% du PIB français lié à la surréglementation. C'est l'OCDE qui le dit, ce n'est pas le MEDEF. Pour situer les choses, c'est 80 milliards de surcoûts. Donc, c'est une évidence qu'il fallait empoigner ce sujet-là. Ça a été lancé à de nombreuses reprises sans résultat. Je pense que cette fois-ci est la bonne.
Voilà, c'est ça. Il y en a eu beaucoup des lois de simplification quand même au fil des années. Même depuis Pompidou, je crois, jusqu'à récemment la loi Macron en 2015, la loi Pacte en 2019. Qu'est-ce que vous voulez de plus cette fois-ci ?
Déjà qu'avant de normer, on fasse des études d'impact. C'est rarement le cas.
C'était dans les lois précédentes aussi ?
Oui, mais ça n'a pas été fait. Moi, je peux vous citer un certain nombre d'exemples où on a abouti à des décisions absurdes, inspirées par de bonnes intentions, mais elles sont inapplicables ou elles ont des effets pervers insupportables. Je prends par exemple le zéro artificialisation nette ou les zones à faible émission. On partage totalement l'intention environnementale. On voit au moment où ça doit se mettre en œuvre que ça pose des problèmes singulièrement pour les ménages modestes. Il faut le souligner. Comment ?
Parce que ce sont les ménages modestes qui ne peuvent pas du jour au lendemain s'acheter un véhicule électrique, qui ne peuvent pas engager les dépenses de rénovation thermique de leur logement, qui ne peuvent plus accéder au centre-ville, mais c'est vrai aussi des artisans. On aurait dû réfléchir un petit peu plus, écouter d'ailleurs un peu plus les entreprises en amont de l'élaboration de cette norme.
Alors, question de conjoncture, Patrick Martin, record depuis près de 30 ans maintenant, celui du nombre d'entreprises défaillantes. 60 000 procédures en défaillance ont été ouvertes en 2023. C'est un chiffre qui explose par rapport à l'année précédente, qui est bien au-delà de ce qu'on pouvait imaginer au moment du rattrapage Covid. Comment est-ce que vous l'expliquez ? Et est-ce que c'est la conséquence directe de la fin de l'argent magique et du quoi qu'il en coûte pendant la pandémie ?
C'est plus compliqué que ça. Il y a un effet rattrapage, parce que finalement les procédures collectives ont été suspendues pendant un temps, y compris d'ailleurs les poursuites par l'URSSAF quand les cotisations sociales n'étaient pas normalement réglées. Mais il y a quelques secteurs qui sont en souffrance. Et ça correspond véritablement à une dégradation de la conjoncture.
240 000 emplois menacés, vous confirmez ?
Oui. Par ces défaillances ? Oui, bien sûr. Avec un focus particulier sur le logement. Ça fait des mois et des années que le Medef s'émeut, qu'il n'y a pas une politique publique de soutien résolu au logement, qui est un enjeu majeur, sociétal avant tout.
Vous êtes à la tête d'une immense entreprise du bâtiment, notamment Patrick Martin, c'est l'un des leaders du secteur en France. Comment expliquer qu'on ne construise plus en France, ou si peu en tout cas, non seulement des bâtiments publics, mais également des logements ? Il y a la phrase, je ne sais pas ce que vous en pensez, quand le bâtiment va tout va, est-ce qu'elle correspond à la réalité, ou est-ce que c'est uniquement un adage qu'on a l'habitude de citer ?
Non, étant précisé que mon entreprise n'est pas à proprement parler dans le bâtiment, mais vit pour partie du bâtiment.
Elle vit du bâtiment, c'est...
Bon, écoutez, ça rejoint complètement la question précédente. Il y a un empilage de réglementation qui génère des surcoûts, qui génère des délais. Il y a eu un désintéressement des élus locaux à la construction de logements du fait de la suppression de la taxe d'habitation. Et puis, mais c'est vrai dans toute l'Europe, il y a le poids des taux d'intérêt, qui fait que l'investissement dans le logement n'est plus rentable à ce jour. Il faut d'urgence dorénavant que les pouvoirs publics prennent des mesures pour commencer de simplification.
Sur la conjoncture, Patrick Martin, pour 2024, l'INSEE nous dit croissance de 0,5% au premier semestre. Ça rendrait impossibles les prévisions du gouvernement qui a bâti son budget sur 1,4% de croissance. Et le patron de la Cour des comptes, d'ailleurs, il dit il ne faut pas attendre monts et merveilles pour l'activité économique des années à venir. Vous êtes d'accord avec lui ou plutôt optimiste comme le gouvernement ?
À moyen terme, je suis plus optimiste que lui. Mais c'est vrai que pour 2024, atteindre 1,4% de croissance paraît à ce jour quasiment impossible. Ce qui nous préoccupe, c'est que ça aura un impact sur les finances publiques. Et là où le gouvernement doit chercher 12 milliards d'euros d'économie, il faudra peut-être qu'il aille en chercher 20. Et moi, je me suis appliqué à dire, avec beaucoup d'insistance au Premier ministre, qu'on ne pouvait pas vouloir tout et son contraire. Il n'y aura pas de création d'emplois, il n'y aura pas de plein emploi, si la dynamique économique n'est pas soutenue.
Donc n'allez pas chercher l'argent chez nous ?
Absolument, il faut prolonger la politique de l'offre. Ce sont quand même bien les entreprises privées qui ces dernières années ont créé 2 millions d'emplois.
Alors où ça ? Parce que c'est aussi les ménages qui consomment et qui font tourner les entreprises ?
Écoutez, à un moment ou à un autre, il faudra quand même bien que la sphère publique, c'est l'État, ce sont les collectivités locales, se penchent sur leurs dépenses courantes.
Est-ce que vous partagez l'idée du Président de la République qui a annoncé lors de sa conférence de presse mardi soir l'idée d'un congé de naissance ? On a longuement parlé sur cette antenne de la baisse majeure de la natalité, taux de naissance qui a baissé de manière radicale et très forte à son plus bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La question démographique, c'est une question économique ? Comment est-ce qu'on y répond ?
C'est absolument une question économique, je crois que ça a été dit par Dominique Seux tout à l'heure. Ça a été dit d'ailleurs dans un excellent éditorial de votre confrère Le Monde hier, enfin Le Monde daté d'aujourd'hui, ça a immanquablement des conséquences, particulièrement en France, où nos régimes sociaux sont assis sur la répartition. Donc si à un moment donné, il n'y a plus de cotisants, en tout cas plus suffisamment de cotisants, il ne faut pas se poser la question, on dégradera les retraites, l'assurance chômage et l'assurance santé.
Mais le patron des patrons et le patron que vous êtes, il est d'accord pour créer un congé de naissance pour répondre notamment à cette chute de la natalité, un congé de 6 mois à la rémunération qui serait bien supérieur au congé actuel de 429 euros aujourd'hui ?
Alors, ça dépasse mes compétences, je ne sais pas quel impact ça pourrait avoir sur la natalité. Moi ce qui m'intéresse en tant que responsable d'entreprise, c'est de savoir qui paiera et de savoir comment on pourrait faire en sorte que ça ne perturbe pas le fonctionnement, en particulier des petites et moyennes entreprises.
Vous parliez à l'instant de l'assurance chômage, c'est une négociation en cours, on va durcir notamment l'indemnisation des seniors, leur régime d'indemnisation serait aligné sur celui des autres indemnisés au chômage. C'est ça la bonne méthode ? C'est durcir l'assurance chômage pour arriver au plein emploi que souhaite l'exécutif ?
Non, alors l'accord qu'on a signé sur l'UNEDIC ne prévoit pas ça, il prévoit simplement pour les seniors le report, je dirais, à du concurrence.
Il y a une négociation avec une réunion mercredi prochain ?
Alors c'est sur l'emploi des seniors, mais à ce jour, on n'a pas intégré cette dimension. Moi je crois, je l'ai dit tout à l'heure, et je l'ai dit au Premier ministre, je crois au dialogue social, mais effectivement, il faut que chacun soit responsable, et que dans l'objectif du plein emploi, dans l'objectif d'un équilibre durable de nos régimes sociaux, il faut qu'on s'interroge sur ces sujets-là. Mais l'accord qu'on a signé sur l'UNEDIC ne prévoit pas d'alignement sur le régime commun du régime senior.
Patrick Martin, président du MEDEF, et l'invité de France Inter ce matin. Bonjour Serge.
Oui, bonjour France Inter.
Merci de participer au grand entretien.
Merci à vous de prendre ma question. Merci à votre invité d'être là. Et moi, ma question, en fait, porte sur l'inflation, et sur, en fait, la volonté très majoritaire et très répandue chez les Français d'indexer les salaires sur l'inflation. Je voudrais avoir le point de vue de votre invité sur ce sujet.
Merci Serge. Patrick Martin ?
Bonjour Monsieur. Je ne sais pas si vous auriez posé la même question au moment où l'inflation était à zéro, alors que les salaires, eux, augmentaient bien au-delà. Pardon de cette provocation.
Bien au-delà, c'est beaucoup dire. Enfin, tous les salaires n'ont pas augmenté bien au-delà.
Non, mais tous les salaires, évidemment, c'est fonction de la situation des entreprises aussi. Premier point. Deuxième point, sur 2023, on a les chiffres dorénavant. En moyenne, effectivement, les entreprises privées ont couvert, en quelque sorte, l'inflation. Et il y a tout lieu de penser que pour 2024, sur la base des négociations engagées et des prévisions d'inflation, il y aura un gain net de pouvoir d'achat, toujours en moyenne, pour les salariés du privé.
Hier, la CGT a demandé au Premier ministre de convoquer les patrons du CAC 40 qui ont distribué des dividendes pour leur réclamer, justement, des hausses de salaire. La CGT qui avait rencontré, comme vous, le Premier ministre. Vos adhérents au MEDEF, ils vont le faire ?
Je crois qu'en particulier, les grandes entreprises ont accordé des augmentations salariales, plus tout ce qui existe singulièrement dans ces grandes entreprises en matière d'intéressement, de participation, qui sont assez au-delà de l'inflation.
Au-dessus de l'inflation ?
Ah oui. Oui, je suis affirmatif. Sauf exception. Par exemple, dans la grande distribution, il y a des entreprises en souffrance qui, évidemment, n'ont pas pu faire ça.
Le forum économique de Davos est en train de se terminer. Tout le gratin de l'économie mondiale y était. Un collectif de 260 millionnaires et milliardaires, issus de 13 pays, a signé une tribune « Proud to pay more », « Fier de payer plus », qui appelle les dirigeants de la planète à mettre en place un impôt sur les plus fortunés. Est-ce que vous auriez signé cet appel ? Vous seriez concerné ?
Non. Non ? Non, parce que je rappelle que la France, en matière de fiscalité, reste championne du monde. 45% en taux marginal sur le revenu, 49% même, et 45% dans la tranche des droits de succession. Il y a eu notamment le témoignage d'une héritière de BASF, ce puissant groupe chimique allemand, qui est autrichienne. Elle a pris le soin quand même de préciser qu'en Autriche, il n'y a pas de droits de succession. En France, elle aurait payé 45%. Ça relativise les choses.
Donc vous dites les millionnaires français ou en tout cas les dirigeants d'entreprises français n'ont pas à être concernés par cette demande formulée par d'autres, notamment aux Etats-Unis.
Écoutez, plus que jamais, vu l'état de nos finances publiques, on a besoin d'investissements privés. Si vous dissuadez l'investissement privé, on ne fera pas face à la décarbonation, on ne créera pas d'emplois, on n'innovera pas. C'est aussi simple que ça.
Patrick Martin, début novembre, vous étiez sorti de votre réserve pour lancer un appel à régulariser des travailleurs sans-papiers dans les métiers en tension. Le texte final de la loi immigration prévoit une régularisation au cas par cas décidée par le préfet. C'est une déception pour les entreprises françaises, en tout cas pour les adhérentes du MEDEF ?
Ça n'est pas ce que j'ai dit. J'ai dit que le sujet de la régularisation des sans-papiers était très sensible et qu'il fallait appréhender le sujet global de l'immigration économique. Je redis ce que j'ai dit tout à l'heure, je vous renvoie à cet excellent éditorial du Monde daté d'aujourd'hui qui dit à peu près mot pour mot ce que j'ai dit à l'époque. L'immigration économique c'est 15% des flux migratoires, premier point.
Deuxième point, ça renvoie au débat sur les naissances, il faut s'interroger sur notre démographie, commençons par faire revenir à l'emploi ceux qui en sont éloignés, commençons d'abord par mieux former nos jeunes pour qu'ils aient des qualifications correspondants aux besoins de l'économie, mais dès à présent, y compris dans des métiers très qualifiés, on sait qu'on a besoin de main d'oeuvre immigrée. Mais ce n'est pas le MEDEF qui décidera à la fin. Moi j'ai voulu poser ce sujet, j'ai voulu poser ce problème.
Mais c'est quoi le chiffrage aujourd'hui, le nombre d'emplois non pourvus qui pourraient être pourvus ou qui sont pourvus par des travailleurs immigrés ?
Écoutez, si on prend l'aide à la personne, mais ça peut être vrai à des médecins, c'est plusieurs centaines de milliers d'emplois.
Il y a une question que pose Lisa sur l'application France Inter. Nous avons trois boulangeries dans le Loiret depuis six ans. Aucun de nos salariés n'est au SMIC. Nous avons fait le choix d'un salaire décent pour tous. Voilà ce que dit Lisa. Et elle continue, malheureusement, ça se fait au détriment de nos rémunérations personnelles et de nos vacances. Nous n'avons pas pris de congés depuis six ans et mon mari travaille sept jours sur sept. Nous réfléchissons à tout arrêter. Le système rend-il un modèle juste, impossible ? Quel est l'avenir de l'artisanat ?
Question de Lisa. Il y a des boulangeries qui ferment, mais il y a des pharmacies qui ferment en ce moment.
Et là, c'est le cas de Lisa et Mickaël qui est assez exemplaire. C'est pour ça,
quand on tient des propos accablants et génériques sur les rémunérations des patrons, il y a beaucoup de patrons qui ne gagnent pas beaucoup d'argent quand ils n'en perdent pas. Donc, ça renvoie à quoi ? Ça renvoie aux charges sociales. Il faut qu'on rééquilibre notre modèle. Ça renvoie au prix de l'énergie. J'ai signalé tout à l'heure que j'en avais parlé au Premier ministre. Et donc, effectivement, et la surréglementation qui en elle-même est un coût. Donc, il y a un certain nombre de chantiers qu'il faut engager sans tarder avec beaucoup de détermination pour encourager l'entrepreneuriat qui, soit dit en passant, quand même, se porte bien en France.
On est relativement le pays au monde où il se crée le plus d'entreprises.
Il y a une autre question un peu sur un sujet connexe sur l'application France Inter. Bonjour, est-on vraiment un sans-papier quand on paye des charges sur son salaire et qu'on paye des impôts ? Ne faudrait-il pas créer un statut carte de séjour à l'embauche pour que les employeurs et employés soient protégés et dans la légalité ?
Bien sûr. Et d'ailleurs, je signale au passage que dans ces sujets de sans-papiers à nouveau très sensibles il y a ce qu'on appelle le sujet des alias c'est-à-dire des immigrés illégaux qui présentent des papiers qui ne sont pas les leurs. Donc les chefs d'entreprise sont eux-mêmes incapables de savoir s'ils emploient quelqu'un légalement ou illégalement. Alors, tel que la loi est prévue à ce jour les préfets ont quand même un pouvoir de décision qui devrait répondre à ces attentes.
Question éminemment politique évidemment, Pierre est au téléphone et au Standard Inter. Bonjour Pierre.
Oui, bonjour.
Vous avez une question pour le patron des patrons ?
Oui, tout à fait. Ma question, elle porte sur les rapports entre le patronat français et l'extrême droite et notamment sur l'arrivée éventuelle de l'extrême droite au pouvoir. Il y a un passé, je dirais même un passif dans ce domaine puisque le patronat français a largement collaboré sous Pétain avec le nazisme.
Je vous rappelle la phrase de De Gaulle recevant les patrons après la guerre mais si j'en ai pas vu beaucoup d'entre vous à Londres et dans la période actuelle on voit que vos confrères en Hongrie, en Italie, en Argentine et il y a peu encore au Brésil s'accommodent très bien de l'extrême droite au pouvoir à partir du moment où celle-ci ne remet pas en cause l'économie de marché et le capitalisme.
Alors Patrick Martin va vous répondre. Je ne peux pas
vous laisser dire ça et puisque vous citez le général De Gaulle citez-le complètement. Le président du patronat de l'époque, M. Villiers lui avait répondu oui mon général vous ne m'avez pas beaucoup vu j'étais dans un camp de concentration. Il faut quand même être objectif, lucide et loyal en toutes choses. Alors, est-ce que nous discutons avec le Rassemblement National ? Le Rassemblement National est un mouvement républicain sauf erreur de ma part il y a des représentants au Parlement en France.
Le MEDEF avait invité Jordan Bardella ?
Le MEDEF n'a pas invité Jordan Bardella. Une autre organisation patronale
a invité Une autre organisation patronale ?
Moi mon sujet il n'est pas là. Jusqu'au jour où par hypothèse ce mouvement serait interdit ça ne sera pas la décision du MEDEF. Et donc moi mon propos il est simplement de savoir quel est le programme économique et social du Rassemblement National. A ce jour singulièrement sur le sujet européen nous ne sommes pas alignés c'est le moins qu'on puisse dire. Mais si un jour le Rassemblement National demande à nous rencontrer on le rencontre d'ores et déjà lors d'auditions parlementaires au même titre que la France Insoumise ou toute autre partie représentée à l'Assemblée Nationale ou au Sénat et on ne pourra pas se dérober.
vous dire que ce que vous dites comme quoi le patronat soutiendrait le Rassemblement National est faux. Le patronat ne soutient aucun mouvement le patronat défend les intérêts des entreprises et de leurs salariés.
Vous allez faire un grand oral avec les différents représentants des différents partis avant les élections européennes le RN y est convié également ?
Tous les partis qui présenteront une liste seront conviés comme on l'avait fait d'ailleurs au moment de l'élection présidentielle et c'est normal.
Alors d'autres questions Patrick Martin et là pour le coup ce sont parmi les plus grands défis que nous ayons à faire face dans les années qui viennent il y a un véritable fossé qui se creuse entre les entreprises qui ont recours à l'intelligence artificielle par exemple et celles qui n'en ont pas encore les moyens quel regard regardez-vous sur cette révolution de l'intelligence artificielle et sur ce fossé qui est en train de se creuser entre les entreprises et notamment les entreprises françaises ?
Et entre les pays Et entre les pays Avec une avance qui se creuse au bénéfice des Etats-Unis ça renvoie à ce que je disais tout à l'heure sur la nécessité d'une politique de l'offre très active pour que l'Europe ne décroche pas par rapport aux Etats-Unis et à la Chine Alors on ne voit pas tout à fait clair sur ce sujet je rappelle qu'il y a des grands cabinets internationaux qui pour certains on dit ça détruira des centaines de millions d'emplois qui pour d'autres on dit ça créera des centaines de millions d'emplois Ce qui est certain c'est qu'il y aura des effets d'un secteur et d'une qualification à l'autre énorme
Mais vous avez fait votre religion ?
Alors c'est la raison pour laquelle moi je viens d'installer au MEDEF une vice-présidente prospective et idée qui en toute priorité va nous amener à nous interroger pour qu'on ait une meilleure visibilité sur ces enjeux de l'intelligence artificielle Moi mon pronostic est positif est positif notamment parce que ça sera un élément de réponse au sujet de la démographie et des tensions qu'on a sur les recrutements
Une question sur l'application France Inter de Vial qui fait écho aussi à un article du Figaro paru ce jour sur les congés payés dus aux salariés en longue maladie c'est une directive européenne qui veut ça de 2003 qui vient d'être traduite en fait dans le droit français en gros une entreprise dont le salarié est en congé maladie devrait aussi lui rémunérer ses congés payés et ça serait rétroactif et Vial qui est chef d'entreprise nous explique que l'absence d'un salarié qu'elle a absent dans son entreprise est déjà impactante et qu'elle va devoir effectivement lui payer des mois non travaillés où il n'a rien produit est-ce que c'est un projet est-ce que c'est une directive qui pèse aujourd'hui sur les entreprises lourdes financièrement
c'est une catastrophe c'est une catastrophe puisque ça devrait coûter aux entreprises entre 2 milliards et demi et 3 milliards d'euros par an ça vient rancher
rétroactif
déjà année après année et puis s'il faut reprendre l'antériorité évidemment ça peut coûter beaucoup beaucoup plus cher au même moment où un certain nombre d'entreprises on l'a dit sont en difficulté donc nous on est en discussion permanente avec le gouvernement pour voir comment cette transposition de la directive européenne peut être mise en oeuvre sans que ce soit trop ruineux pour les entreprises ça pose par ailleurs un problème de principe qu'est-ce que vous voulez avoir des congés payés alors qu'on est en arrêt maladie ça interroge quand même
mais on est bien obligé de la transcrire cette directive
on est obligé de la transcrire c'est la cour de cassation d'ailleurs qui a rendu une décision dans ce sens je vous cache pas que ça crée un vent de panique dans les entreprises
et c'est notamment ce que dit la CPEM la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises c'est elle qui avait reçu Jordan Bardella et vous avez bien fait de me reprendre encore une question Patrick Martin c'est une question grand angle mais pour le coup le patron d'Amazon Jeff Bezos s'est demandé dans un entretien cette semaine pourquoi on lui posait toujours la question de savoir ce qui allait changer dans 10 ans et pas de ce qui au contraire ne changerait pas dans les 10 prochaines années est-ce que vous comprenez la démarche intellectuelle de Jeff Bezos et est-ce que vous avez vous aussi des certitudes sur ce qui ne changera pas ce sur quoi on peut fonder à la fois son épargne ses investissements et sa confiance
ce qui ne changera pas je dirais que ça s'améliorera ou ça s'amplifiera c'est la confiance qu'ont les français dans l'entreprise et qui se vérifie sondage après sondage et qui se vérifie d'ailleurs à travers le climat social dans l'entreprise après moi je suis très optimiste parce que je pense que tel que nous l'appréhendons le sujet de la transition environnementale est porteur il crée des opportunités il crée des manasses enfin on a parlé d'intelligence artificielle moi je pense que les conditions de travail mais l'organisation du travail et les outils de travail vont profondément évoluer et je sais que les entreprises parce qu'elles sont agiles et qu'elles sont lucides et qu'elles ont le sens du temps long sauront s'adapter pour faire face à ça et en tirer parti
Patrick Martin à ce micro ce matin à 8h20 on avait un représentant des céréaliers qui craint un manque à gagner de 500 millions d'euros pour la profession à cause de la circulation qui va être coupée sur la scène pendant les Jeux Olympiques est-ce qu'il y a beaucoup d'autres effets pervers des Jeux Olympiques pour les grandes entreprises françaises est-ce que l'effet finalement est plutôt positif ou plutôt négatif sur l'écho
d'abord c'est formidable pour la France qu'on ait les Jeux Olympiques et Paralympiques moi je suis très motivé
vous avez raison
donc voyons le vert au 4-5ème plein après effectivement il y aura localement en Ile-de-France ça n'est pas rien des effets pervers comme vous dites pour un certain nombre de secteurs on est en négociation quotidienne en particulier avec la préfecture de police c'est le président du MADEF Ile-de-France qui est à la manœuvre pour essayer de trouver des solutions y compris pour des établissements qui administrativement devraient fermer du fait des mesures de sécurité ou de circulation
lesquelles par exemple ?
certaines grandes surfaces par exemple à proximité immédiate du stade de France seront tenues de fermer il y a parce que la circulation sera interdite des hôtels des restaurants qui auront beaucoup de mal à tourner donc on est en train de voir comment en termes d'organisation du travail le cas échéant en termes d'indemnisation ces établissements pourraient être pris en compte mais ça n'enlève rien à ce que j'ai dit ça va y compris sur le plan économique être un booster extraordinaire et puis il faut être fier de la France
Il y a une question qui concerne beaucoup beaucoup de stagiaires de secondes c'était une grande promesse de Gabriel Attal qui était d'en accueillir un très grand nombre dans les entreprises il veut aller encore plus loin est-ce que vous allez suivre ?
Non seulement on va suivre mais je l'avais convié il a donné suite à mon invitation à s'exprimer devant l'assemblée permanente du MEDEF c'était la première fois qu'un ministre de l'éducation nationale intervenait chez nous dans ce format et de la même manière que sur les lycées professionnels magnifiques indispensables réformes moi je me suis engagé pour le compte des 190 000 entreprises qui composent le MEDEF à ce qu'effectivement on accueille les stagiaires de secondes il faut qu'on soit nous-mêmes cohérents on ne peut pas dire qu'on a des problèmes de recrutement il y a des sujets d'orientation il peut y avoir chez les jeunes en particulier un sujet d'attractivité et d'image des entreprises et en retour ne pas les accueillir avec beaucoup de bienveillance
Merci Patrick Martin président du MEDEF d'avoir été l'invité de France Inter à suivre la revue de presse