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interviewBFM TV (sur YouTube)· 30 octobre 2025 30 min

Un an après les inondations à Valence, les reporters de BFMTV reviennent sur leur travail

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour et bienvenue sur BFM2. Aujourd'hui, je suis accompagnée de deux journalistes de BFM TV, Rebecca Blancelouche et Morgane Dumont. Merci d'être avec nous.

Avec plaisir. Il y a un an, vous étiez à Valence. On le rappelle le 29 octobre 2024, la région a été frappée par de violentes inondations.

Des inondations avec un bilan très lourd. Plus de 230 morts, des dégâts qui ont été considérables, les habitants qui sont toujours marqués. Euh vous étiez sur place pendant combien de jours exactement ? 5 jours. 5 jours.

Et moi j'y suis retourné 5 jours. Alors vous y êtes allé dès le le 29 octobre. Le lendemain, comment ça s'est passé ? 2 jours après ou 24 heures après ?

Ouais 24h après, il me semble. La rédaction nous dit qu'il y a besoin d'équipe sur place. il nous demande si on est disponible et avec Rebecca, on on est très partenance pour couvrir cette actualité qui est internationale et qui semble importante à couvrir pour nous.

Et à ce moment-là, on sent que il se passe quelque chose de grave. On sent que il y a une résonance déjà nous, entre nous au sein de la rédaction, entre les les journalistes de BFM, on se dit "OK, il y a combien de morts ?" Et le bilan qui ne cesse de s'élever.

Donc à ce moment-là, on se dit "OK, on y va, mais on on mesure pas vraiment encore ce qu'on ce qu'on va voir et ce qu'on va vivre." L'ampleur des dégâts, pas du tout en ce Non, à ce moment-là, pas du tout. Mais on sent que il se passe quelque chose de de grave.

Et quand vous arrivez, alors c'est là où vous constatez immédiatement les dégâts, la détresse des gens ? Non, pas à l'aéroport. Non, non, non, pas à l'aéroport.

En effet, on a fait beaucoup de route, tu te souviens, un peu de nuit, il y avait beaucoup d'embouteillage parce qu'il y a tout était cassé évidemment. Donc dans ce genre de moment, les zones qu'on doit atteindre sont très compliquées à atteindre en fait hein parce que nous aussi du coup on vit évidemment tous les dégâts. Et puis euh et puis en fait ça s'est fait enfin en je parle pour moi après Morgan peut-être que tu as pas ressenti la même chose mais ça s'est fait vraiment petit à petit.

On arrive on voit un premier ça devait être je sais pas une route cassée, une voiture qui était perchée sur un poteau. On se dit OK puis un deuxè puis un troisème. Et il y a eu un moment de bascule.

Hm hm. quand on est rentré dans un certain quartier dont on va parler euh où c'était enfin digne d'un décor de film, puis déjà il y avait plus d'électricité, donc tout est dans le noir, mais malgré tout, on commence à distinguer des cimères des cimetières de voiture qui commencent à jcher la rue un peu partout et ce qui était dans les maisons, quasiment tout est déjà sorti et de la boue absolument partout. Donc c'est au fur et à mesure où on rentre euh dans cette ville où on se dit "OK, il y a il y a vraiment quelque chose de fort qui s'est passé ici." Ben justement, on va regarder euh un de vos plateaux à toutes les deux.

Euh vous étiez donc sur place et vous faisiez un reportage pour BFM TV à l'époque pour constatiez les dégâts dans la région de de Valence en Espagne. Il faut bien comprendre que cela fait déjà 6 jours que ces inondations ont eu lieu et vous le voyez euh le nettoyage est loin d'être terminé puisque c'est un paysage apocalyptique. Les conséquences de ces inondations sont tellement dramatiques qu' qu'avant de pouvoir nettoyer tous ces débris, tous ces parkings qui ont été inondé, toutes ces voitures qui sont détruites, et bien il y a beaucoup de travail, une organisation de la part de du gouvernement pour les déblayeurs pour pouvoir évacuer tous ces débris.

Et l'autre point qui est important de comprendre, ce sont ces nombreux parkings qui sont complètement submergés sous l'eau et depuis 6 jours donc la macération de l'eau fait que forcément euh il commence à y avoir des infections, des bactéries qui se qui s'y déploient. Donc une odeur qui se dégage et qui potentiellement peut infecter les habitants, les bénévoles et toutes les personnes qui travaillent autour. Donc depuis quelques jours avec Morgane Dumont, nous observons que des masques ne sont de plus en plus donnés aux uns et aux autres afin de protéger contre tous ces risques d'infection.

Alors dans ce reportage, on voit encore des dégâts qui sont considérables, mais c'est votre dernier jour sur place à toutes les deux. Donc ce que vous avez vu en arrivant le premier jour, c'était bien pire que ce qu'on voit sur ces images. C'était à peu près pareil mais là en fait on voit qu'une partie parce que c'était la route à l'extérieur du quartier de Sédavie.

Là c'est une rue et en fait il faut imaginer que c'est ça sur des kilomètres et des kilomètres et des kilomètres sur plein de petites villes différentes. Faut faut imaginer en fait faut se mettre à la place des gens. Imaginez qu'à Paris la la le petit bout d'extrait que vous venez de voir là, voilà, on voit très bien sur voilà, imaginez ça en fait dans Paris et nous bah on y était donc forcément et en effet c'était le dernier jour et je l'ai je l'ai entendu dans le dans le dans le plateau là parce qu'on parlait des infections et en fait on était à J+ 6.

Oui. Et pourquoi on parle d'infection ? parce que en 6 jours, c'est assez dramatique mais il y a eu il y a des corps encore disparus d'ailleurs encore aujourd'hui.

Oui. Mais à ce moment-là le bilan n'était pas n'était pas encore à 230 morts. Donc il y avait encore plein de de cadavres.

Donc 6 jours qui ont masseré dans l'eau, des inondations qui restaient. Donc forcément ça a créé des bactéries et c'était la problématique une semaine après avant évidemment le déblayage et cetera et cetera. des de de la ville.

Donc on voit effectivement euh le le la ville qui est complètement dissimée. Comment est-ce qu'on fait pour travailler dans ces conditions là ? Comment est-ce qu'on fait pour filmer ?

Toi qui est J, journaliste reporter d'images, comment on fait aussi pour recueillir des témoignages, soit des habitants qui peut-être ben n'ont pas envie de parler au médias ou alors bah des forces de l'ordre. Comment est-ce qu'on fait dans ces conditions-là ? Euh au début, les gens ont envie de nous parler.

OK. Il y a de la colère vis-à-vis du gouvernement qui selon eux ne fait absolument rien pour venir les aider. On a des phrases qui nous reviennent, je pense à Stéphanie dans une commune à côté de Valence qui nous dit "On nous a laissé crever comme des chiens." Oui.

Euh donc c'est la colère, ils ont besoin de l'exprimer et ils demandent l'aide. Donc ça permet de créer un contact avec eux et donc pour filmer ça va. Après en tant que J faut faire attention à pas de tomber.

C'est des petites choses auxquelles il faut penser. On repère un petit peu, on essaie de pas trop bouger malgré tout. Euh et après sur le fait d'avoir des interactions avec les gens dans l'ensemble, ça va.

Oui. Et puis je trouve que c'est il y a un truc qui est hyper intéressant à expliquer dans ce genre de de drame. Euh là c'est c'est ça a des proportions énormes parce que on parle de centaines de morts mais même je pense à la tempête d'il y a 8 jours à Ermont, il y a eu un mort et quelques blessés.

Euh dans ce genre de moment, il y a deux choses. Il y a les gens qui sont euh très énervés parce qu'ils se sentent absolument pas aidés. Donc ils se disent à travers les médias, je vais faire rendre compte qu'on est mal dirigé.

Mais il y a aussi et surtout et c'est cette partie moi qui me que j'aime le plus dans mon métier et qui me semble la plus importante. Euh les gens quand ils sont en état de choc et sidération, c'est en formulant les choses qui prennent la mesure de ce qui se passe. Au moment où nous on arrive, ça fait à peine 48 heures, les gens ils comprennent pas en fait ce qui leur arrive.

Ils comprennent pas parce que ils savent pas combien de gens sont morts. Ils savent pas, ils connaissent tous quelqu'un qui connaît quelqu'un qui est décédé ou qui a disparu. Ça c'était assez Ça c'était assez incroyable.

Et en s'exprimant, quand on leur demande "Mais qu'est-ce qui s'est passé ?" C'est en nous en nous répondant qu'ils prennent la mesure de ce qu'il est ce qui est en train de leur arriver. Et ils ont besoin d'extérioriser.

Et c'est pas pareil d'extérioriser avec des proches qui sont des covictimes qu' y a des personnes qui sont complètement extérieures et en plus nous, il s'avère qu'on était des journalistes étrangères pour eux. Donc je pense que dans ce genre de moment de détresse, les victimes ont pour la plupart besoin d'extérioriser. Évidemment, il y en a qui ont pas envie de parler au médias, qui ont de la colère, tout le monde ne réagit pas de la même façon mais je trouve que la plupart du temps euh c'est ça qui se passe.

Je suis d'accord avec toi. Et alors, comment on fait justement quand on recueille ces ces témoignages qui doivent être poignants par moment ? la détresse des gens.

Comment on fait pour réussir à garder une certaine neutralité journalistique et de pas être complètement sous l'émotion soi-même ? C'est c'est pas facile, c'est pas simple du tout. Il faut réussir à garder un peu de recul.

Je pense que c'est en en parlant aussi toutes les deux en c'est hyper important quand il y a un témoignage qui où on peut avoir les larmes qui montent pendant qu'on pose les questions ou derrière la caméra. Je pense que c'est en parlant juste après, en extériorisant toutes les deux qu'on se permet aussi de se protéger nous-même parce que quand même au bout de 6 jours euh on a été très touché par par cette mission qui a été très intense émotionnellement et je pense que euh c'était peut-être important aussi de partir à ce moment-là en tout cas de prendre un peu plus de recul parce que on était vraiment à l'intérieur plongé au cœur de ce qui était en train de se passer au jour le jour. On était avec eux, on vivait avec eux l'évolution en fait au cours des jours parce que premier jour c'est constatation.

Oui. OK. Qu'est-ce qui se passe ?

C'est quoi ces cimetières de voiture ? On peut pas imaginer ça avant que ça n'arrive. Un cimetière de voiture, il y en avait plein.

Euh de comprendre qu'il y a des cadavres euh dans les souterrains euh qui ne sont pas encore retrouvés. Donc on on vit l'évolution avec eux et en effet, on a besoin de temps en temps de de prendre du recul. Je je pense qu'on est on est resté très concentré et je pense qu'il faut rester concentré pour pas voilà faut se rappeler pourquoi on est là et rester concentré.

B, on va regarder justement, tu parlais de d'images difficiles, on va regarder un autre reportage que vous avez tourné toutes les deux sur les parking he les parkings étaient quand même au centre de ces recherches parce que c'est des souterrains comme tu l'as dit hein, jusqu'à 5 voire 6 m de profondeur et il y avait beaucoup d'espoir dans ces dans ces parkings de retrouver de retrouver des corps des personnes disparues et mais aussi parfois l'espoir de retrouver des personnes vivantes. Et on va regarder ce plateau que vous avez tourné toutes les deux. Ici dans le quartier de la Toré à Sédavie où nous nous trouvons.

Les recherches se poursuivent. Vous pouvez le voir sur les images de Morgane Dumont. Là, il s'agit d'un parking.

C'est le parking de la place principale de la commune et le parking de la mairie notamment qui abrite 200 300 voitures. Et cela fait à J à J+ 4, cela fait 4 jours que ces inondations dramatiques ont eu lieu et l'eau n'est toujours pas évacuée. Il faut bien s'imaginer qu'il y a 5 m d'eau à l'intérieur de ce parking à deux niveaux et potentiellement des victimes.

On a rencontré des pompiers qui nous disaient qu'il pourrait y avoir beaucoup de corps que qui vont être retrouvés dans les prochaines minutes, dans les prochaines heures et dans les prochains jours quand les évacuations auront lieu, quand ce sera possible pour les pompiers d'accéder à ce parking, de de d'aller dans cette eau qui est très trouble, très très sale. On peut d'ailleurs sentir une très mauvaise odeur qui se dégage avec Morgane Dumont depuis hier soir. Donc voilà, vous voyez, c'est un quartier en deuil, en attente de retrouver ces ces personnes qui sont portées disparues.

Le premier ministre Pedro Sanchez parle de dizaines et de dizaines de personnes qui sont encore portées, disparues et on le rappelle ici à la Toré, ce sont huit corps qui ont été retrouvés encore hier. On voit sur ces images la police comment ça a été de tourner euh plusieurs plateaux par jour parce que on vous a demandé plusieurs plateaux par jour pendant plusieurs jours du côté de BFM TV. Comment ça a été de tourner avec la police toujours autour de vous ?

Est-ce que ça a été facile ou est-ce que on vous a demandé un peu de prendre vos distances, de respecter les recherches et cetera ? Comment ça s'est passé ? globalement, c'était euh c'était facile.

Il y a eu des événements ponctuels qu'on pourra euh te raconter après, mais globalement euh ça a été euh ça a été facile. Je pense que euh les espagnols, qui soient policiers, pompiers ou civil étaient contents dans tous les cas de de notre de notre présence. Hm hm.

Ouais. On on mangeait même avec les pompiers. Là, on est juste à côté du parking où il y avait donc 5 m en profondeur où il y avait l'eau qui remplissait ce fameux parking. 200 places de de 200 places à l'intérieur, donc 200 voitures certainement.

Et donc, on est resté plusieurs heures à peut-être qu'on contextualise un petit peu l'histoire. Au moment où les inondations commençai, ce genre de phénomène, le la brutalité du phénomène se passe très vite. Euh il y avait beaucoup le parking, c'est le parking de la place principale du quartier de la Torée.

Donc il y a la mairie, c'est le parking de la mairie. OK. Euh la plupart des gens qui résident dans ce parking sont des employés de la maie.

Quand les inondations et la pluie a commencé à tomber très fort, il y a certaines personnes qui ont eu le mauvais réflexe du coup de courir dans les voitures, de courir pour aller chercher leur voiture pour rentrer. Hm h sauf que c'est arrivé, c'est monté tellement vite que il y avait plus d'électricité. Donc certaines sont restées bloquées dans les ascenseurs.

OK. D'ailleurs, on a assisté à au cassage de l'ascenseur pour voir s'il y avait des cadavres dedans et cetera. Certaines sont restées bloquées dans leur voiture, certaines sont restées bloquées sous l'eau en fait.

Et c'était un des parkings qui inquiétait le plus les pompiers parce que il y avait 5 m de profondeur d'eau et parce que il s'était pas attelés tout de suite. C'est avec le temps qu'ils se disent "OK, l'eau ne part pas, elle stagne donc il y a plusieurs étapes. Il faut d'abord vider l'eau." Mais pour vider l'eau d'un parking de je ne sais pas combien de mètres carrés avec 200 voitures, sans savoir quel cadavre, enfin combien de cadavres il y a, il pouvait y en avoir deux comme 100.

Euh ça a été un endroit crucial de de ces de ces inondations et cristalliser aussi la peur des habitants autour de de savoir si leurs proches étaient à l'intérieur. En fait, ils ne savaient pas. Peut-être qu'ils étaient ailleurs, ils avaient pas forcément des nouvelles de leurs proches tout de suite.

Et donc sur ce direct là, nous euh on venait de frapper à la fenêtre de la voiture des policiers, on était nous dans la voiture entre deux entre deux enfin quand on entre deux tournages, on était nous dans la voiture, on savait qu'on allait avoir un duplexe euh dans quelques secondes. la coordination. Donc BFM TV nous appelle pour qu'on se mette en direct et en même temps, il y a euh les policiers qui frappent à la à la fenêtre qui nous disent "Évacuez, évacuez." Enfin, il faut sortir absolument de la voiture, il faut aller euh très vite.

On on essaie de demander des explications tout en gérant euh en espagnol hein. Ouais. Oui, j'imagine.

Euh et en fait, il refuse de nous en donner. Juste, il faut partir le plus vite possible et en fait on est déjà en direct à ce moment-là. Ouais. sans le savoir.

La la la police nous dit "On peut pas vous dire mais il faut partir tout de suite." Et on dit "Mais notre voiture votre voiture vous la laissez là." OK.

Vous partez de cette zone tout de suite. Sauf que nous, ça faisait 3 jours qu'on travaillait sur sur cette place qu'on s'était garé au même endroit et on comprend pas ce qui se passe. Et d'un coup, on voit une armée de gens, de policiers arrivés installer des rues balises, nous demander d'évacuer et de l'autre côté des rues balises, une foule de gens arrivé qui commençaient à hurler.

Et nous, on comprend pas vraiment ce qui se passe à ce moment-là. Et en plus, on se fait prendre en C'est direct à ce moment. On se fait prendre en direct à ce moment.

Donc Rebecca essaie de d'expliquer ce qui est en train de se passer. On passe une première rue balise qui vient d'être installée, une deuxième et en fait pendant le direct on se fait prendre à parti par les personnes qui sont autour de nous, donc les habitants parce qu'ils sont en colère à ce moment-là, parce que eux ont redoute le fait que il y ait des corps de leurs proches qui sont à l'intérieur du parking. Parce que on comprend donc par la colère de cette cette personne parce que c'est un homme qui nous a voilà qui nous a pris à partie que tout ça se passe se passe en espagnol.

Donc on comprend que eux parlent avec la police en espagnol. On comprend pas tout, mais on suppose donc qu'on nous a demandé d'évacuer si rapidement parce qu'il y avait une sortie de cadavre. D'accord.

Ah fallait pas être et qu'on avait pas le droit de voir ça et qu'on avait pas le droit de filmer ça. On a jamais le droit de filmer les cadavres. Et effectivement, on a vu un plongeur ressortir du parking et un habitant l'arroser avec de l'eau claire pour éviter qu'il y ait des bactéries qui qui soient sur lui.

Sachant que ça faisait de 3 jours peut-être ce direct là, je crois que c'était au bout de tr même peut-être 4 jours de macération dans l'eau, dans le parking. On comprend que la personne qui nous prend à partie, c'est pas contre nous. Oui, c'est parce que il attendait.

Hm hm. Et il avait peur euh qu'il s'agisse de de son Je crois que c'était son conjoint, je ne sais plus sa conjointe. Quelqu'un de proche.

Très très proche de très très proche. Ouais. Il pensait que c'était cette personne qui était en train d'être sortie.

Donc il ne supportait pas l'idée qu'on puisse filmer même si on filmait pas évidemment le cadavre mais qu'on était là en train de faire un direct sauf qu'on pouvait pas arrêter parce qu'on était en direct. OK. Donc et comment on gère alors ce genre de situation en tant que journaliste ?

Parce qu'elle l'être humain que vous êtes d'abord avant d'être journaliste toutes les deux. qui qui doit qui doit parler. On finit le direct et adrénaline.

Ouais, c'est ça. Ouais, adrénaline. Sur le moment, c'était on est boosté par l'adrénaline du direct.

Dans tous les cas, on est en direct. Oui. Donc donc il essaie de on raconte, il essaie de bousculer un peu la caméra, on essaie de maintenir et une fois que le direct se termine, on explique ce qu'on vient de faire et lui de toute manière nous demande ce qu'on est en train de filmer, pourquoi on est en train de filmer, qu'il faut partir un peu plus loin.

Donc on décide d'aller discuter plus loin que juste à côté du parking où les les corps sont en train d'être sortis en fait. Vous avez assisté à des scènes comme ça où vous voyez des malheureusement des corps qui sont évacués, des parkings. Tout à fait.

Et pour revenir sur l'odeur, je pense que c'est si on devait y avoir un mot à une question qui est qu'est-ce qui vous a le plus marqué ? C'est l'odeur. OK.

C'est l'odeur parce que tant qu'on a pas senti l'odeur je pense de de la mort de la mort on peut pas on peut pas la en revanche une fois qu'on l'a senti, on peut pas l'oublier. OK. C'est voilà, on sait que c'est elle, on sait que c'est pas autre chose.

C'est pas Ouais, on sait sans qu'on nous le dise. Et aujourd'hui, vous en parlez comme c'était hier en fait quand j'entends vos vos paroles. Jeess quand même un peu d'émotion.

D'ailleurs, tu l'as dit hein quand on a diffusé un de tes plateaux que ça te faisait quelque chose. Un an plus tard, vous comment est-ce que vous vivez de revoir ces images ? Aujourd'hui, on en a fait beaucoup hein quand même sur ces cet anniversaire de ces inondations meurtrières.

Qu'est-ce que ça ça vous fait de revoir tout ça ? Euh ça fait bizarre et ça donne envie d'y retourner en fait. Ça donne envie d'aller chercher de nouveaux témoignages, de savoir où ils en sont.

Est-ce que est-ce que émotionnellement ça va un peu mieux ? Est-ce que le post-traumatique est passé ou non ? Et en fait on quand on regarde parce qu'on est journaliste, on continue de regarder, on se rend compte que c'est pas du tout qu' continuent de manifester, que l'argent n'est pas venu, que ils ont encore besoin d'énormément d'aide et donc ça donne juste envie, c'est d'y retourner et de d'aller reprendre leur témoignage et de mettre à jour ce sujet qui fait un an maintenant.

Je suis complètement alignée. Tu toi tu m'as dit que tu étais retourné quelques temps après. Moi j'y suis retourné 3 jours après, donc dans la foulée euh pour couvrir une autre zone qui était un une autre parce que malheureusement Valence c'est une région très grande et beaucoup de villages ont été grand ont été touchés et en effet je suis retournée quelques jours après pour pour couvrir les choses d'une façon assez différente avec Morgane.

On on a on a été vraiment 48 heures après ce qui s'est passé. Euh c'était euh à la une de tous les titres dans le monde. Donc on était vraiment au cœur du truc.

Et euh dans la 2è partie de de de Valence pour moi, c'était plus des sujets, on prenait le temps de faire plus des de tournage de et puis on connaissait la zone. Enfin, moi je connaissais la zone donc et en même temps je découvrais encore d'autres zones. Donc c'était c'était différent.

C'était différent. Est-ce que vous avez des gens que vous voyez régulièrement qui acceptaient régulièrement de de communiquer avec vous ou c'était toujours d'autres civils ? On changeait tout le temps.

Tout le temps ? on changeait tout le temps. On a gardé euh contact avec euh deux trois euh deux trois personnes.

Euh il y en a une notamment avec qui on a on a gardé contact et qu'on a fait plusieurs fois en interview déjà parce qu'elle est francophone euh donc forcément ça facilitait les choses mais en plus elle témoignait d'une façon enfin assez incroyable dans un calme absolu euh euh enfin dans dans ce genre de mission et là encore plus à Valence on tombe sur des gens avec qui on a des des affinités des souvenirs, des moments donc Oui oui, on a quelques nouvelles. On a échangé avec elle il y a pas longtemps d'ailleurs. Ouais tout à fait.

On prend des nouvelles, on essaie de savoir comment ça va pour eux. Et alors, qu'est-ce que ça a changé dans votre si ça a changé quelque chose dans votre manière de de travailler en tant que journaliste ou dans votre vie à vous quotidienne hein, si vous voulez en parler bien sûr, parce que il y a des choses très intes aussi. Euh moi ça me fait aimer aimer mon métier plus, ça c'est sûr.

Enfin, il y a un avant après dans le dans la passion du métier pour avoir vécu ça. Ouais, je pense que ça je sais pas comment expliquer mais ça donne envie de en fait sur ces ces momentsl on se sent très utile. des sujets qui sont très importants et donc on à ce moment-là notre métier prend d'autant plus de sens et donc ça donne envie d'aller sur ces sujets plus souvent en fait.

Et moi, je me suis sentie chanceuse, c'est peut-être le mot, euh d'avoir l'opportunité de faire raisonner à l'international, c'est quand même bien sûr même chic à l'international des problématiques si graves et et le travailler en binôme avec Morgan. Évidemment, ça c'est hyper important aussi. Ça fait partie de notre mission.

Ça nous a beaucoup relié de de et c'est très important dans enfin dans dans notre métier de bien s'entendre surtout sur des terrains comme ça. Euh on était très complémentaire mais de pouvoir ensemble mettre en image et donner euh la parole à ces gens-là pour faire ça, pour faire raisonner ça à l'international. Je je l'ai ressenti comme une chance.

Il y a quelque chose où on écrit l'histoire avec Oui. Et alors bah justement là un an après quand on écoute les gens de la région de Valence qui ont l'impression d'être toujours complètement délaissé euh est-ce que ça vous donne envie d'y retourner justement pour leur pour leur redonner la parole ? Qu'est-ce que ça vous fait de voir de voir pour ces gens qui sont toujours dans une détresse ?

On y a souvent pensé, on a envie de soumettre l'idée sinon on se dit qu'on le fera aussi pour nous en fait. Et et après notre manière de faire c'est aussi d'envoyer des messages pour savoir où ils en sont. Mais évidemment qu'on a envie d'y retourner, de prendre de nouveaux témoignage pour savoir où ils en sont.

Ouais, on se dit qu'on a on a un rôage une sorte de responsabilité et c'est d'ailleurs pour ça qu'on est trop contente de pouvoir échanger avec toi là-dessus. Quand on vous entend, on ressent quand même voilà que vous êtes très forte parce que c'est quand même un sujet très difficile, un terrain très difficile autant en terme d'accessibilité que émotionnelle. Mais est-ce qu'il y a eu des moments quand même où vous avez ressenti de la peur, de l'angoisse ou l'émotion a pris le dessus sur votre travail de journaliste ?

Il y a les moments où on doit faire les directs. Donc là, on interview des gens et il y a les moments où on doit faire des images d'illustration pour les sujets. Et à ce moment-là, donc on filme notamment les cimetières de voiture et il est vrai que on fait des plans larges puis des plans moyens puis des plans serrés et à chaque fois qu'on regardait par une fenêtre qui était brisée ou non, on avait peur, c'est vrai, de tomber sur un cadavre.

Et donc ça c'est c'est quelque chose qui nous a marqué en tout cas qui est un peu traumatisant sur de ce côté-là. Ouais. En fait, je me souviens, moi la première journée, je prenais pas la mesure et c'est je pense le lendemain puis le surlendemain qu'en fait on se disait avec Morgan, on marche dans la Torée, donc le quartier de Cédavie de cette ville de Valence.

Euh à tout moment, on va marcher sur une main, sur un pied et sur le moment en fait, c'est tellement fou qu'on peut pas se avoir peur de ça. Mais c'est après coup, moi et évidemment en tombant sur ces cimetières de voiture parce qu'elles étaient toutes empilées, cassées, détruites avec des fenêtres brisées. Donc on les filmait parce que déjà visuellement c'était hyper impressionnant.

Mais en effet, on se disait en fait pourquoi on il y avait pas quelqu'un qui conduisait cette voiture à ce moment-là et peut-être que le conducteur est dedans puis avait pas enfin les pompiers n'avaient pas du tout le temps de checker toutes les voitures en fait. Enfin c'est c'est un travail monstre mais monstrueux de Il y en avait partout sur des kilomètres. C'était vraiment hallucinant.

Donc on a bien compris que pour vous aider au moment de la mission vous parliez beaucoup entre vous. Le fait que vous soyez un binome très proche avec une complicité qu'on ressent là c'est j'imagine que ça aide. Mais en retour d'émission, comment est-ce queon on quand on revient un peu à la vie réelle he finalement, comment est-ce qu'on gère ces ces émotions très fortes qu'on a vécu, voir des des peut-être aussi des moments traumatisants ?

H bah déjà, c'est très rassurant de se dire qu'on a vécu ça ensemble comme bon bah elle sait, je sais, on sait ce qu'on a vécu ensemble, ça c'est très important. Puis a nos autres collègues, on était pas la seule équipe là-bas. H donc on peut échanger sur les expériences, sur ce qu'on a vécu sur le terrain et le fait vraiment d'en parler, c'est c'est ce qu'il y a de mieux pour nous, je pense sur tous les reportages d'ailleurs, c'est ce qui nous aide à tenir.

En parler à des journalistes. Exactement. Parce que c'est vrai que c'est pas pareil et c'est vrai que c'était enfin on était nombreux à BFM à partir en Espagne.

On a tous vécu des expériences différentes mais on sait qu'on a tous vécu des choses qui nous ont marqué. Donc c'est sûr que d'en parler entre nous, nos chefs ont été hyper à l'écoute aussi. Et puis d'avoir des retours, ça nous fait du bien parce qu'on se dit "OK, on fait pas ça pour rien." Il y a eu la résonance qu'on attendait.

Euh et puis euh et puis ça fait quand même relativiser euh quand on rentre en chez nous complètement, on se dit qu'on on a de la chance. Merci. Il devait y avoir une phrase de conclusion par rapport à cette mission que vous avez vécu à Valence sur votre travail journalistique.

Vous aviez dit que vous vous sentiez utile toutes les deux, que c'est ça qui vous donnait encore plus envie de continuer ce métier. Ouais, c'est de se sentir utile, de donner la parole, donner la parole aux gens et puis raconter les histoires. Ouais.

C'est d'un côté donner la parole et de l'autre pouvoir informer ceux qui nous écoutent. C'est et puis aussi que ça toucher l'Espagne en fait c'est comment on fait pour que les Français s'y intéressent parce que c'est des catastrophe climatique qui vont potentiellement nous arriver. Donc imaginez qu'en fait ça arrive à vous en bas de votre fenêtre d'ici de jours en fait.

Donc ça c'est important aussi pour nous de le faire et c'est en ça que c'est utile aussi je complètement sachant qu'il y en a de plus en plus en France. Donc au-delà de raconter ce qui se passe au momenté, c'est aussi une sorte de de prévention. Du coup, c'est ce que vous vous êtes en train de me dire toutes les deux par rapport à ce changement climatique et aux intempéries qu'il y a de plus en plus même en France.

C'est pas parce que ça vous touche pas vous aujourd'hui là que ça ne va pas arriver. Donc prenez juste conscience de de ce qui se passe et de rentrer en empathie aussi avec ce qui se passe ailleurs parce qu'il y a souvent la loi de la proximité partout dans le monde et donc on est moins touché par ce qui se passe plus loin et bah malheureusement les changements climatiques ça nous touchera tous à un moment donné et certains ont déjà été touchés en France par des tempêtes on parlait tout à l'heure et et peut-être ce sera demain donc faisons attention tous ensemble et prenons les uns des autres aussi. H Je suis totalement [rires] alignée.

Je peux absolument pas dire mieux. C'est et puis c'est c'est très vrai la loi de la proximité. Souvent, est-ce que vous pouvez nous rappeler un peu ce que c'est la loi de la proximité ?

Parce que c'est vrai que nous entre journalistes, on se comprend mais bah en école de journalisme, on nous dit que un mort en bas de chez toi t'intéresse plus que 500 morts à des milliers de kilomètres. Voilà. Exactement.

Et et c'est là où l'Espagne cétait un peu l'entre deux finalement parce que c'est pas c'est nos voisins, c'est pas la France mais c'est quand même très très proche. La culture espagnole et la culture française se ressemble et euh et les quartiers de Valence pourrait être des quartiers je sais pas de la province de de la France. Enfin voilà, c'est c'est on on se projette tellement en Espagne et il y a aussi des Français qui sont venus en aide aux habitants de Valence dans la province de Valence.

Donc qui ont fait le déplacement pour venir apporter des packs d'eau pour qu'ils puissent boire de l'eau potale qui n'av chaîne de solidarité incroyable. Il y a il y a une image où on voit des centaines et des centaines de gens marcher au début, on se dit mais qu'est-ce que c'est ? Et en fait on voit en se rapprochant qu'ils ont tous un pâ d'eau, soit un balai euh à marcher, à marcher, à venir.

Et quand on leur a demandé qui êtes-vous, on dit bah à votre avis genre on se fait engueuler quoi, on vient aider en fait. Et c'était fou comment c'était d'un naturel de d'une volonté profonde de venir aider. Ça c'était très très émouvant.

Ça ça vous a marqué durant les bénévolats, les gens qui viennent porter mains fortes même aider à la survie en fait hein de des gens parce qu'ils avaient plus rien plus d'électricité plus de maison plus de voiture rien. Plus d'au potable que des de zones infectées. Donc à la fin c'était le premier plateau qu'on a vu tout à l'heure à la fin c'était distribution de masques FFP2. les gens arrivés en bénévole pour amener des masques FFP2 pour pas se faire infecter et pour pas qu'on sente trop l'odeur aussi qui monte à la tête et la nourriture en fait ils ont plus de nourriture donc il faut il faut pouvoir manger, il faut pouvoir déblayer donc les outils tous les outils qui ont été balayés par les inondations, bah il faut en retrouver d'autres donc tout ça c'est des milliers et des milliers de personnes qui débarquent pour aider et il y avait c'était aussi fort parce que c'était des civils en fait qui venaient aider alors que il demandait l'aide du gouvernement donc des militaires qui en fait n'arrivaient pas dans les différentes villes autour de de Valence.

H merci beaucoup Rebecca et Morgane pour votre témoignage très précieux. Bien du coup, on va peut-être vous revoir à Valence. C'est quoi votre prochaine émission là ?

Bonne question. Bonne question. On verra.

Aucune idée. Aucune idée. Bon, au jour le jour.

Au jour le jour d'habitude. [rires] Merci beaucoup pour votre témoignage et nous on se retrouve très bientôt pour un nouveau direct sur BFM. M.

Un an après les inondations à Valence, les reporters de BFMTV reviennent sur leur travail — Françoise Dumont · Pourquijevote