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interviewFrance Inter — Questions politiques· 25 février 2024 54 min

Salon de l’agriculture : "Quel fiasco", réagit Sébastien Chenu après la visite mouvementée d'Emmanuel Macron

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter Bonjour, ravie d'être avec vous ce dimanche dans Question politique, l'émission de politique du dimanche sur France Inter diffusée sur France Info La Télé et en partenariat avec le journal Le Monde. Jamais de mémoire, une ouverture du salon de l'agriculture n'avait été si chahutée, des sifflés ininterrompus, des agriculteurs qui chargent les forces de l'ordre devant le regard médusés des chèvres et des vaches tandis que les familles restent à la porte. Un président obligé, lui, de changer ses plans après l'annulation d'un débat XXL, un échange improvisé en bras de chemise avec quelques représentants syndicaux et une déambulation vaille que vaille sous les huées.

De cette séquence, on retient l'attaque virulente contre le RN, un projet de décroissance et de bêtise, dénonce Emmanuel Macron. Ce matin, Jordan Bardella a arpenté à son tour les allées du salon. Le RN qui, depuis le début de la crise, se revendique porte-voix des campagnes. Mais avec quelles mesures concrètes, quelle vision européenne, quel avenir pour la PAC ? Sébastien Chenu, député du Nord, vice-président du Rassemblement National et notre invité ce dimanche dans Question politique, en direct et jusqu'à 13h.

1:30
Locuteur non identifié

Question politique, Elodie Forêt sur France Inter.

1:37
Présentateur

Bonjour Sébastien Chenu.

1:39
Locuteur non identifié

Bonjour Madame.

1:39
Présentateur

Merci d'avoir accepté notre invitation. A mes côtés, pour vous interroger, Nathalie Saint-Cricq de France Télévisions et Françoise Fressos du journal Le Monde. Bonjour. On va revenir évidemment longuement sur la crise agricole, mais d'abord on commence avec les images de la semaine, ce qui nous a marquées. Sébastien Chenu, à vous, c'est une photo de votre circonscription.

2:00
Invité

Oui, c'est une photo de l'entreprise Valdune, dans ma circonscription, à Trissin-Léger. Valdune, c'est le dernier fabricant de roues de train. Son actionnaire principal chinois a choisi de se faire la malle en portant avec lui les brevets, la technologie, le savoir-faire des ouvriers de Valdune. Et les ouvriers, les employés, ils sont sur deux sites, les Frencouc près de Dunkerque et, je l'ai dit, Trissin-Léger près de Valenciennes, dans ma circonscription, se retrouvent évidemment dans la difficulté. J'ai voulu poser cette photo, d'abord parce que nous sommes dans cette actualité brûlante où il a fallu trouver un repreneur.

Moi, je me suis beaucoup investi, pas le seul, je pense que tous les services de l'État, le gouvernement, se sont investis. Mais ça pose une question. À qui elle sert, cette mondialisation ? À qui elle sert si, à la fin, notre industrie n'est pas protégée ? Notre industrie est laissée entre les mains d'investisseurs qui, une fois qu'ils ont ce qu'ils veulent, repartent et laissent à l'abandon les ouvriers de Valdune. Ça pose la question de cette mondialisation. Ça pose la question de la protection de notre industrie.

À un moment où beaucoup d'entreprises stratégiques ont été d'ailleurs achetées par des puissances étrangères dans notre pays, où on a laissé, le gouvernement a laissé des entreprises stratégiques. Je crois qu'il y en a à peu près 130 dans des secteurs stratégiques qui ont été achetés par des puissances étrangères. À un moment où il y a une faillite d'entreprises record dans notre pays. Oui, à qui sert cette mondialisation ?

3:31
Présentateur

Je me tourne vers Nathalie Saint-Cricq, votre image de la scène, Nathalie.

3:34
Locuteur non identifié

Alors moi, je vais revenir sur l'hommage à Missiac Manouchian. D'abord parce que je trouvais que la cérémonie était assez belle. Ensuite parce que je trouvais que c'était une forme de réparation. C'est rare que j'emploie exactement les mêmes mots que Fabien Roussel, mais il a considéré effectivement que c'était une réparation. Au Mont-Valérien, il n'y a pas de communistes. Enfin, il y en a dans la clairière, il y en a eu dans la clairière des fusillés, mais pas dans le bâtiment. Au Panthéon, il n'y en avait pas. Et puis c'était des juifs apatrides et tout ça.

Et c'était aussi, d'une certaine manière, dans le discours du chef de l'État, non pas un hymne à l'assimilation, mais quand même à l'intégration. Il n'y avait pas du tout d'aveuglement ou d'ingénuité sur ce qui s'est passé. On a reparlé du pacte germano-soviétique, donc on sait très bien que les communistes se sont engagés après. Et puis il y avait aussi cette volonté d'assimilation. Et c'est-à-dire que tous les parallèles avec aujourd'hui peuvent sembler un petit peu fantaisistes parfois. C'était simplement des gens qui adoraient, qui admiraient la France. À cette époque, dans la France qui rayonnait. Et c'était quelque chose qui, pour une fois, faisait plaisir.

Il n'y avait pas une fois qui était agréable à voir parce qu'il y avait des gens jeunes et qui ont accepté de se battre pour un pays dont ils n'avaient même pas la nationalité au nom de la Révolution française, du siècle des Lumières et des valeurs qu'on pouvait porter.

4:48
Présentateur

Sébastien Chenu, vous avez assisté à cette cérémonie aux côtés de Marine Le Pen. Vous étiez à l'aise avec cet hommage à Misak Manouchian, à l'idéal communiste. C'est ce qu'a dit Emmanuel Macron.

4:58
Invité

On peut séparer les choses. Oui, j'ai assisté à cet hommage car évidemment Manouchian, c'est la résistance. C'est la résistance, c'est pas le communisme uniquement. C'est d'ailleurs pas uniquement non plus l'Arménie. C'est la résistance de gens qui se sont reconnus dans ce que la France portait de Kubo et qui l'ont payé de leur vie.

5:16
Sébastien Chenu

Il y a eu un malaise quand même sur votre participation.

5:19
Invité

Non, il n'y a pas de malaise madame.

5:20
Sébastien Chenu

Si, il y a eu un malaise qui a été exprimé sur votre participation parce qu'au fond, ils ont été traqués quand même par la police vichyste. Le Rassemblement National a quand même des origines d'extrême droite. Est-ce que vous les gommez complètement ? En fait, par rapport à votre héritage, où vous situez-vous aujourd'hui ?

5:37
Présentateur

Je précise que le malaise a été exprimé par le comité de soutien.

5:40
Invité

Monsieur Sakoun a dit qu'il respectait non seulement les institutions, que le RN était à ce titre invité et qu'il en respectait la présence. Pour le reste, si vous voulez qu'on parle de la mémoire, alors il faut tout dire madame. Il faut tout dire. Alors, il faut regarder aussi les autres. Alors, il faut, madame Saint-Cricq l'a rappelé, les communistes ne sont entrés... Bien sûr. Non, mais laissez-moi aller jusqu'au bout de mon propos parce que c'est toujours comme ça. C'est-à-dire qu'en fait, nous on nous demande de se justifier, mais donc je vais dire ce que j'ai à dire. Les communistes se sont engagés à partir de 41.

D'ailleurs, les héros communistes ne sont que des héros post-41, c'est-à-dire après 42 en réalité. Je note aussi que plus récemment, pas la semaine dernière, mais il y a 15 jours à l'Assemblée Nationale, les élus communistes se sont abstenus sur une résolution concernant l'Arménie. Donc vous voyez, on peut faire le tri, mais moi je n'ai pas de leçon à recevoir. Je vous le dis simplement. Vous nous dites qu'il y a un héritage. En 72, quand le Front National est créé, il rassemble des gens qui ont fait des choix différents pendant la guerre. Pourquoi est-ce que ces gens se sont mis ensemble en 72 ? Parce que la menace, c'était l'Union soviétique, madame.

Parce que c'était l'URSS communiste, c'était ça. Et que les gens qui n'étaient pas gaullistes à droite, certains avaient fait les mauvais choix pendant la guerre, comme beaucoup de Français, d'autres avaient fait les bons choix, comme Georges Bidault, comme beaucoup de Français. Et beaucoup de Français avaient été attentistes. Et il y avait beaucoup de Français qui, attentistes, s'étaient retrouvés dans le Front National. La menace en 72, c'était l'URSS. Donc vous retrouviez effectivement des gens qui n'avaient pas été résistants, des gens qui l'avaient été, et à parité. Donc aujourd'hui, expliquez que nous n'avons pas soldé un héritage, que Marine Le Pen a soldé de la façon la plus...

7:21
Sébastien Chenu

Non, c'est pas du tout ça.

7:22
Locuteur non identifié

... tranchée qu'il soit. Comment vous vous situez par rapport à votre héritage ?

7:25
Invité

L'héritage, il a été tranché. Nous sommes un parti totalement républicain. Les Français l'ont tranché. D'ailleurs, finalement, ce sont les Français qui tranchent. Il n'y a personne qui doit donner des brevets. Mais personne ne doit trier les bons et les mauvais élus. Dire qu'un tel et un tel n'est pas légitime, ce qu'a tenté de faire le Président de la République. Les Français, ils ont tranché. Et je vais plus loin. Personne n'a instrumentalisé la Shoah, les épisodes les plus tragiques de notre histoire, au radour sur glane pendant une campagne électorale. Personne n'a à faire ça dans le monde politique.

7:56
Locuteur non identifié

Alors, attendez, juste de petits points. Quand vous dites que les gens qui ont fait les mauvais choix, vous comprenez quand même que ça va peut-être un petit peu plus loin que faire le mauvais choix ? Que soit la collaboration ou d'être dans la milice.

8:07
Invité

Mais madame, c'est un choix tragique. C'est un choix scandaleux. Je n'ai pas de mots assez forts pour le dire, évidemment. Mais c'est un mauvais choix, au sens premier du terme. C'est le plus mauvais des choix. Mais tout le monde n'a pas été, vous savez, pour reprendre, je crois que c'est Aragon qui dit « Je ne veux être ni un exemple, ni une excuse ». Donc, personne n'a à donner des leçons d'exemplarité, ni d'excuses aux uns ou aux autres, et surtout pas le Parti communiste aujourd'hui.

8:32
Locuteur non identifié

Est-ce que puisque vous êtes régulièrement énervé ou exaspéré par cette façon de vous renvoyer au passé, ne serait-il pas souhaitable aujourd'hui de faire ce qu'on appelait un devoir d'inventaire ? Au moment où l'histoire de la Francisque de François Mitterrand est apparue, à un certain nombre de moments dans l'histoire des partis politiques, les gens ont dit « ça, ce n'est pas possible, ce n'est plus nous, ce n'est pas nous ». Moi, quand j'ai commencé à travailler, meeting de Nice, ça devait être en 90, il y a un Waffen-SS, Franz Schoenuber, qui était sur la tribune.

9:02
Invité

Madame, ce que vous exigez de nous, vous l'exigez peu des autres. C'est-à-dire que vous nous demandez un droit d'inventaire, mais moi je suis tout à fait d'accord. Moi, je viens de l'UMP, les Républicains, je n'ai aucun problème avec ça. Mais Marine Le Pen l'a fait. La réalité, c'est que Marine Le Pen, en rompant avec Jean-Marie Le Pen, pour ces raisons-là, pour des propos qui étaient liés à ses commentaires sur la Seconde Guerre mondiale, en rompant, a dit « je ne veux pas supporter, accepter ce discours-là ». Elle a fait la rupture la plus forte, qui soit, je crois, dans un mouvement politique, avec non seulement son fondateur, qui était aussi accessoirement son père.

Donc aujourd'hui, essayer de nous faire porter un chapeau qui est un peu large, et de nous ramener à l'histoire de l'extrême droite de notre pays, c'est évidemment aller largement au-delà de ce qu'est aujourd'hui le Rassemblement national, sa partie républicain, souverainiste. Je crois que personne ne peut nous faire le procès d'avoir des propos qui ne soient pas parfaitement républicains, et ceux qui le font, le font pour de mauvaises raisons, qui sont celles d'instrumentaliser l'histoire de notre pays à des fins politiciennes, comme l'a fait le Président de la République, d'ailleurs, entre les deux tours.

Car moi, voir le Président de la République déambuler à Oradour-sur-Glane, plein de sous-entendus, je trouve que ce sont des méthodes largement contestables dans une démocratie.

10:16
Présentateur

On va passer à ce qui vous a marqué, Françoise Fressos, cette semaine.

10:19
Sébastien Chenu

Alors, c'est évidemment le Salon de l'Agriculture hier, et cette image d'Emmanuel Macron, né à 9h du matin, et il rentre dans une colère par rapport à l'invitation lancée au soulèvement de la terre, au fond, qui a été un peu contactée, malgré tout. Voilà, en fait, l'Élysée lance cette invitation. Lui, il dit, je ne l'ai jamais lancée, on ne saura jamais, mais on sait que cette invitation fait capoter l'initiative de l'Élysée, qui était d'essayer d'organiser un grand débat national au Salon de l'Agriculture. Et à partir de cette colère, en fait, on se demande, comment va se passer la journée, et est-ce qu'il va arriver à faire le Salon de l'Agriculture comme il l'avait fait les autres années.

Et alors, finalement, la journée s'étire, il y a sans arrêt des va-et-vient, des mouvements avec la foule, des manifestations. Il arrive quand même à faire son débat, il arrive à déambuler, il arrive à rester 13 heures, exactement comme l'année dernière, mais il n'arrive pas, en revanche, à désamorcer ce que renvoie l'image, c'est qu'il a été non pas un facteur d'apaisement, mais un facteur, au fond, de colère, de tension dans cette crise.

Et je pense que c'est inquiétant pour lui, vis-à-vis, évidemment, de ses adversaires, parce que c'est cette journée de tension qui reste, mais aussi au sein de son propre camp, c'est-à-dire qu'il y a une autorité présidentielle qui est un peu mise à mal, parce que les dernières initiatives ne contribuent pas à l'apaisement. Alors, il ne faut pas être dupe, on est quand même dans une situation syndicale où tous les syndicats sont en campagne, il y a le dés-européenne, il y a une récupération politique, mais le fait est que le président de la République s'est quand même mis lui-même en difficulté dans cet épisode.

11:56
Locuteur non identifié

C'était donc hier au Salon de l'Agriculture,

12:22
Présentateur

on l'a dit, il y a une ambiance très tendue, et le chef de l'État qui le dit de façon assez claire, plusieurs fois au cours de sa visite, ceux qui ont provoqué ce chahut, cette forte tension, sont liés au RN, portent le projet politique du RN. D'abord, qu'est-ce que vous lui répondez, Sébastien Chenu ?

12:40
Invité

Quel fiasco ! Quel fiasco ! Lorsqu'Emmanuel Macron va quelque part, qu'il oppose les Français les uns aux autres, il l'a fait avec Manou Chiant, il le fait avec les agriculteurs et qu'il n'est pas capable d'unir notre pays.

12:52
Présentateur

Mais d'abord sur son accusation, peut-être, sur le fait que ce soit des gens qui sont en lien avec vous qui ont provoqué ce chahut.

12:59
Invité

Emmanuel Macron n'assume aucune de ses responsabilités, ça devient même un marqueur de sa politique. Il ne les assume pas lorsqu'il s'agit de dire qu'il n'avait pas invité les soulèvements de la terre, un débat à l'Elysée. Pire, il pourrait même se défausser sur ses conseillers, ce qui, à mon avis, est le pire des comportements lorsqu'on est un chef de l'État. Emmanuel Macron n'assume pas ses responsabilités, puisque bientôt, la crise agricole, c'est la faute du Rassemblement national. La guerre en Ukraine, c'est la faute du Rassemblement national. La crise dans l'école, c'est la faute du Rassemblement national.

Préparons-nous à ce que d'éventuels problèmes que nous ne souhaitons pas aux Jeux olympiques soient évidemment de la faute du Rassemblement national. Tout ça montre un président de la République perdu, qui n'assume rien, qui fait de la politique politicienne, qui a utilisé sur le dos des agriculteurs ce salon pour essayer de lancer une campagne européenne. Formal, on l'a vu, ça ne lui a pas porté chance.

13:52
Présentateur

Vous avez des liens quand même avec la coordination rurale, avec ceux qui ont beaucoup été parmi ceux qui ont provoqué le chahut hier ?

13:58
Invité

Madame, nous avons des liens avec toutes les organisations syndicales, agricoles, et c'est notre devoir que d'en avoir. Moi, je ne fais pas le reproche au président de la République d'avoir mis sur sa liste la dernière fois le président des jeunes agriculteurs, M. De Serle. je ne lui dis pas, mais vous avez un lien politique avec des représentants syndicaux. On a des liens.

14:19
Locuteur non identifié

La coordination rurale, on sait, mais ils ont le droit en plus. En fait, c'est totalement... La question est...

14:23
Invité

Moi, je n'enferme pas. Non, mais parce que derrière, il y a une espèce de procès qui est fait à la coordination rurale pour délégitimer leur parole. Ah, vous êtes proche du RN, votre discours est proche du RN, donc, quelque part, vous êtes manipulé ou manipulable. La coordination rurale n'est ni manipulée, ni manipulable. Pas plus, pas moins, d'ailleurs, que les autres. Oui, mais il le revendique. Pas plus, pas moins que les autres. La FNSEA, historiquement, a eu des liens avec la droite. Il y a même eu des ministres de l'Agriculture dans les gouvernements de droite.

Le président de la FNSEA, je crois, était, c'est le moins qu'on puisse dire, très proche d'Emmanuel Macron à une certaine époque. Tout ça n'est pas très grave dans une démocratie. On entretient des relations avec les corps intermédiaires, avec les syndicats.

15:06
Sébastien Chenu

Il y a eu, quand même, hier, des groupes qui ont organisé la violence et qui n'étaient pas la majorité des agriculteurs non plus. Donc, il y a quand même eu aussi une mise en scène assez liée à la proximité des élections syndicales et à la proximité des élections européennes. Il y avait quand même aussi une volonté de faire monter la violence et de montrer que le dialogue était impossible, en fait.

15:29
Invité

En tout cas, il y avait une volonté de faire comprendre à Emmanuel Macron que les politiques qui le mènent... Et ça, vous l'avez prouvé.

15:34
Sébastien Chenu

Ça, vous ne le désavouez pas, ça.

15:36
Invité

Qu'est-ce que vous entendez ? Que le RN derrière... Non, pas du tout. Je veux dire qu'il y a eu quand même

15:40
Sébastien Chenu

une mise en scène de la mort et de la violence et de la colère.

15:43
Invité

Les agriculteurs sont des gens libres et indépendants. Ils ont choisi de dire à leur façon ce qu'ils pensent des mensonges d'Emmanuel Macron, des fake news aussi. Car je rappelle, Emmanuel Macron a développé un certain nombre de fake news durant toute la journée. Je vous donne la première, je les ai notées. L'Europe ne peut pas réduire sa production agricole. mais ces élus, les élus d'Emmanuel Macron au Parlement européen ont voté toutes les directives qui réduisent la production agricole, les surfaces d'exploitation agricole ou lorsqu'Emmanuel Macron dit les revenus ont augmenté. Non mais d'accord, ils ont augmenté de 11% et en moyenne, c'est 1800 euros le revenu d'un agriculteur.

Comment voulez-vous que les agriculteurs ne soient pas, bien sûr, mais ne soient pas hérissés en entendant ça ? Résultat, vous avez un président bunkerisé qui termine par des échanges informels très loin des agriculteurs. Oui d'accord, mais il peut passer du temps mais sans voir personne. Léo l'ont été vidé des agriculteurs et des visiteurs. Il a discuté avec ceux qu'il a rencontrés.

16:40
Présentateur

Sur le fond des mesures, il a proposé quand même des choses hier Emmanuel Macron. Commençons par une mesure qui a été un peu la mesure phare hier, c'est les prix planchers.

16:48
Invité

Juste avant, je voudrais juste, vous allez voir, c'est un petit peu décalé, mais avoir un mot puisque avant hier soir c'était les Césars pour Raphaël Quénard qui a rendu un très bel hommage aux agriculteurs dans notre pays et je trouve que ça fait du bien aussi d'entendre ça, d'entendre des gens qui parfois éloignés rendent un très bel hommage. Sur les annonces du gouvernement, il y a beaucoup à dire. D'abord, il y a aussi ce qui n'a pas été fait, ce qui n'a pas été tenu, ce qui hérisse les agriculteurs et puis il y a effectivement les débats d'aujourd'hui et probablement de demain. Les prix planchers en font partie.

17:16
Présentateur

Alors les prix planchers, justement, à l'Assemblée nationale, vous étiez prononcée pour les prix planchers. Qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce que c'est une solution qui est viable ? Est-ce que vous la soutiendrez si ça va au bout ?

17:28
Invité

Alors, les prix planchers, nous, nous avons soutenu et proposé cela il y a déjà fort longtemps, fixer des prix planchers, c'est-à-dire ne pas vendre en dessous du prix de revient. A l'époque, le gouvernement, le ministre de l'Agriculture, n'ont pas eu de mots assez durs pour dire que ceci n'était pas faisable, scandaleux.

17:47
Sébastien Chenu

Si on le rentre dans le fond du sujet, une des contestations sur les prix planchers, c'est de dire qu'au fond, le prix plancher, ça risque aussi de devenir un moment un prix planchers. Bien sûr. Et qu'au fond, il y a aussi le rappel de tout ce qui s'est passé au moment où il y avait des prix planchers et enfin il y avait des quantités de lait, de beurre invendu, absolument. Donc, est-ce que tout ça ne montre pas que les solutions sont extrêmement difficiles ? Il n'y a pas de solution simple, notamment parce qu'on est articulé entre le niveau national et le niveau français, qu'il y a plein de contradictions à résoudre.

Et est-ce qu'au fond, le sujet agricole, ce n'est pas la somme de toutes ces contradictions et que ça mérite plusieurs choses ?

18:25
Présentateur

Et au niveau européen, dans la PAC, les eurodéputés RN n'avaient pas voté ce prix plancher, notamment pour le lait ?

18:30
Invité

Non, les eurodéputés ont voté la PAC sur les prix planchers. Effectivement, il ne faut pas que le prix plancher devienne le prix plafond. Et donc, ça doit se travailler et c'est aussi ce qui nous a été refusé. Que de temps perdu. Enfin, est-ce qu'on se rend compte que ce gouvernement qui est là depuis...

Enfin, ce président qui est là depuis 7 ans, qui insulte ses opposants matin, midi et soir, qui, lorsque nous faisons des propositions, car la démocratie, c'est faire des propositions, eh bien, nous nous faisons renvoyer dans nos cordes en disant, mais enfin, vous êtes des démagos, c'est impossible à mettre en place, c'est scandaleux, qui, donc, ne prend pas en compte les propositions que nous faisons pour y revenir ensuite, quelques temps après. Que de temps perdu. Bien sûr,

19:10
Sébastien Chenu

le contexte européen aussi a été impacté par la guerre en Ukraine, par tout ce qui se passe sur le cours des CERA. Donc, est-ce qu'au fond, il ne faut pas admettre que tout ce sujet est d'une énorme complexité et que l'idée... Alors, sur le grand débat national, c'était peut-être très mal venu parce qu'il y avait un invité trop, mais est-ce qu'il n'y a pas à un moment l'idée qu'il faudrait mettre tous les acteurs autour de la filière, enfin, de la filière autour d'une table et de montrer vers quoi on veut aller collectivement ? Est-ce que ce n'est pas ça la bonne solution ?

19:39
Invité

D'accord, enfin, ça fait 7 ans qu'ils sont en manette. Je veux dire, ils ne l'ont pas fait. Est-ce qu'on peut confier la résolution des problèmes aux gens qui les ont créés ? Mais vous-même, vous avez beaucoup bougé. Vous avez beaucoup bougé au RN. Non, non, mais vous étiez

19:53
Sébastien Chenu

au départ pour la défense d'une agriculture très productiviste et puis maintenant, vous êtes plutôt dans la défense du petit.

19:59
Invité

Ils se sont laissés entraîner. Pire, ils ont encouragé un modèle de décroissance au Parlement européen. Ils ont voté tout ce qui est tourné vers un modèle de décroissance. Alors aujourd'hui, évidemment, ça coince. Mais les prix planchers, ce n'est pas la seule solution. Le contrôle des marges, c'est quand vous vous rendez compte que les industriels, eux, ont été largement bénéficiaires en milliards d'euros ces dernières années. Nous, on a demandé à ce qu'il puisse y avoir non seulement un contrôle des marges, mais probablement une contribution également. L'étiquetage, c'est une autre voie qui n'a pas été explorée par le gouvernement.

20:32
Présentateur

Le gouvernement propose de mettre en place un Originscore qui est justement

20:37
Invité

de situer dans chaque produit alimentaire d'où viennent les différents aliments. Mais pourquoi est-ce que lorsque nous proposons cela, parce que nous n'inventons pas ça dans nos têtes, nous inventons ça parce que nous dialoguons avec les professionnels du secteur et nous considérons qu'il faut aller vers des chemins sur lesquels nous ne sommes pas allés, essayer, trouver des solutions. Pourquoi est-ce que ce gouvernement balaye ça, si ce n'est pour des raisons totalement idéologiques ? Vous le voterez si l'Originscore

20:59
Présentateur

est mis en place ?

21:01
Invité

Il y a quand même des avancées.

21:02
Présentateur

Juste vous le voterez l'Originscore si ça passe par voie légale ?

21:06
Invité

Je vous donne un autre exemple. Les négociations commerciales avec les industriels, avec l'agroalimentaire ont lieu une fois par an. Est-ce qu'on ne pourrait pas décider que ça puisse avoir lieu, par exemple, vous parliez tout à l'heure de réunir les gens autour d'une table, avoir lieu deux fois par an ou à des dates différentes ? C'est envisagé, effectivement. Non mais c'est envisagé. Mais aujourd'hui, j'ai l'impression qu'ils ont trouvé des solutions pour tout. La réalité, c'est que les agriculteurs ne seraient pas en colère s'ils avaient travaillé sur les pensions de retraite. Ça fait deux ans que les pensions de retraite des agriculteurs doivent entrer en vigueur. Ça fait deux ans.

Il en faut peut-être encore deux, vous me direz, pour que ça arrive sur la taxation, sur les droits de succession pour les agriculteurs. Où en sommes-nous ? Vous allez me dire c'est fait. Non, on ne va rien vous dire. On ne va rien vous dire. C'est prévu. Moi, je vous dis que ce n'est pas fait. On vous dit simplement que les choses qui ont été faites pour l'instant. Le plan d'être fruits et légumes ? Le plan éco-phyto sur lequel on a juste mis les doigts pour quelques jours ? Le plan fruits et légumes ? Il y a je ne sais pas combien de repas ? Non, le plan pause. Attendez,

21:57
Locuteur non identifié

on peut présenter ça aussi comme un plan pause. Mais quand on veut substituer des choses non dangereuses à des choses qui le sont, on peut mettre le plan pause ce qui a été fait. Pour le glyphosate, les néonicotinoïdes, ce n'est pas complètement aberrant. Pour ce qui est des mesures prises pour l'instant, prenons-nous au hasard les saisonniers qui peuvent rentrer dans les secteurs qui sont considérés comme secteurs en tension pour venir aider ceux qui ont du mal à recruter. Le GNR, toutes ces choses... Non, madame. Non, d'accord.

22:23
Invité

Non, mais madame, allons-y. Le GNR, même chose. On a proposé au gouvernement lors de la loi de finances l'hiver dernier... C'est le gasoil non routier. Le gasoil non routier qui bénéficiait d'une exonération fiscale. Nous avons proposé de maintenir cette exonération fiscale. Le gouvernement a dit non. Ils ont voté contre le maintien de cette exonération fiscale. Aujourd'hui, machine arrière, le gouvernement, la majorité est d'accord. Mais écoutez, lorsqu'on propose...

22:49
Locuteur non identifié

Quand il faut quelque chose, vous ne pouvez pas dire qu'ils vous ont copié et que finalement...

22:55
Invité

Non, mais moi, je me réjouis pour les agriculteurs que le GNR bénéficie encore d'une exonération fiscale. Mais enfin, sincèrement, d'abord, ce n'est pas une victoire. C'est toujours ce qui sortira un peu moins de leur poche. Mais ce n'est pas quelque chose qui rentre en plus dans leur poche. Mais si vous voulez, ces gens sont des amateurs, madame. Au mieux, ce sont des amateurs. Au pire, ce sont des gens qui... Vous ne vouliez pas sortir

23:13
Présentateur

la PAC dans le temps ? Monsieur Chenu,

23:15
Invité

et la PAC ? Nous souhaitons qu'elle soit renationalisée, la PAC. C'est-à-dire que nous considérons que 9,5 milliards peuvent être mieux dirigés par filière, par les gouvernements nationaux.

23:23
Présentateur

Mais en baissant la contribution de la France à l'Europe, vous allez aussi baisser les aides de la PAC qui, aujourd'hui, permettent aux agriculteurs de vivre.

23:30
Invité

Non, madame. Parce que nous souhaitons une PAC qui soit renationalisée parce que nous considérons que l'argent qui est utilisé pour la PAC, les mêmes sommes, peuvent être mieux utilisés par les gouvernements nationaux qui peuvent mieux les flécher vers leur filière. Mais vous voyez, sur toutes ces solutions, ils sont responsables depuis 7 ans. Et en réalité, bien avant, puisqu'on retrouvait déjà les mêmes aux commandes bien avant. Vous avez parlé du GNR, nous avons parlé des prix planchers. Mais tout ça, on aurait pu éviter de faire souffrir la profession agricole.

23:58
Sébastien Chenu

Au fond, le monde a bougé aussi. Il y a eu la guerre en Ukraine, il y a eu des tensions sur les cours des trucs. Il y a une difficulté qui, voilà, donc il faut une adaptation en permanence. Et ce qui est quand même très troublant, c'est qu'on n'arrive pas à avoir un débat national un peu apaisé sur la question parce que chacun y va de sa solution et que personne n'arrive à trouver... Non,

24:19
Invité

parce qu'il y a une hypocrisie. Parce que, et je vous donne deux exemples, parce que le président de la République dit qu'il s'opposissait au Mercosur et que le Mercosur continue à être négocié au Parlement européen. Certains négocient,

24:30
Locuteur non identifié

mais pour l'instant,

24:31
Invité

il dit que c'était net et que c'était bloqué. D'accord, enfin, ce n'est pas lui qui décide visiblement puisqu'il a accepté que ce soit la Commission européenne qui négocie pour la France. Il y a même des pays, je pense à l'Allemagne, par exemple, qui poussent pour le Mercosur. Donc, à partir du moment où on accepte de tout laisser, de laisser tous les pouvoirs à la Commission... Vous vous faites quoi ? Je viens sur un autre exemple. On nous dit c'est fini sur les normes, vous allez voir, il y aura beaucoup moins de normes qui vont impacter. Et qu'est-ce qu'on apprend ? Le permis de conduire pour les tracteurs va être instauré pour les agriculteurs.

Est-ce qu'on ne se moque pas des gens à un point qui fait que la confiance s'écroule ? Évidemment que les agriculteurs n'ont pas confiance dans ce gouvernement

25:06
Présentateur

qui vient leur dire... Vous avez déposé des amendements sur ces permis tracteurs parce que les écologistes et les communistes ont vraiment travaillé dessus.

25:13
Invité

Nous nous y opposerons. C'est pour ça qu'il nous faut des députés européens le 9 juin. C'est pour ça qu'il faut qu'avec Jordan Bardella, un maximum de parlementaires à son mouvement national... Vous pouvez voter comme les communistes

25:21
Présentateur

et les écologistes au Parlement européen sur cette histoire de permis tracteurs ?

25:24
Invité

Mais madame, nous on s'opposera au fait qu'il y ait un permis tracteur pour les agriculteurs. Ça a été concocté par les écologistes. Le gouvernement visiblement ne s'y est pas opposé jusqu'à présent.

25:32
Locuteur non identifié

Sur les grands groupes... Les européennes justement... Sur les grands groupes comme la distribution on en a parlé tout à l'heure. Est-ce que vous considérez... Ou alors des entreprises comme Lactalis dont on a vu qu'elles dominent totalement le marché et qu'elles font ce qu'elles veulent. Est-ce que vous pensez qu'il faut rentrer en guerre pour le coup ? C'est-à-dire être assez violent avec la grande distribution et avec tous les intermédiaires qui font qu'au finis les agriculteurs... En tout cas, il soit

25:53
Invité

le plus exigeant sur la transparence. Nous avons demandé qu'il y ait une transparence sur les marges. Ça c'est prévu aussi. Raison pour laquelle... Tout est prévu, formidable. Mais je ne vous dis pas. Raison pour laquelle nous avons utilisé notre droit de tirage d'ailleurs pour une commission d'enquête sur la souveraineté alimentaire française. Savoir qui profite, qui obtient, quelles sont les modalités. Et je pense que tout ça va nous éclairer et nous permettra ensuite d'être très exigeants vis-à-vis de ceux qui, je l'ai dit tout à l'heure, dans l'industrie agroalimentaire par exemple, sont largement bénéficiaires même en période de crise agricole.

26:24
Présentateur

On a bien compris que ce serait le sujet des Européennes, l'agriculture.

26:27
Invité

L'un des sujets.

26:28
Présentateur

L'un des sujets. Le Parlement européen ou le RN siège dans le groupe Identité et Démocratie aux côtés notamment des Allemands de l'AFD, Alternative for Deutschland, dont des membres, le conseiller notamment d'Alice Weidel, la coprésidente, ont participé à cette fameuse réunion secrète à Postdam pour travailler un plan de remigration d'étrangers et de citoyens non assimilés. Marine Le Pen était très en colère en janvier, elle l'a dit publiquement et pourtant mardi elle a déjeuné avec Alice Weidel. C'est d'ailleurs Alice Weidel elle-même qui en a parlé sur Twitter au début. On a l'impression que vous ne comptiez pas les bruités. Est-ce que vous avez un peu honte de ces alliés allemands ?

27:08
Invité

Non mais pas du tout. D'abord, qu'est-ce que c'est qu'un allié ? Un allié, c'est quelqu'un qui partage avec vous des objectifs à un moment donné dans un cadre donné. Nous partageons des objectifs avec des alliés très différents qui sont les objectifs de voir les nations reprendre leur part de souveraineté dans ce qui concerne les échanges européens, stopper l'immigration extra-européenne. Ça, ce sont des objectifs

27:30
Présentateur

qui sont partagés.

27:32
Invité

Mais il y a des lignes rouges. Il y a des lignes rouges. Et bien justement, parce qu'il y a une ligne rouge que nous ne souhaitons pas franchir, notamment sur la remigration, nous avons Marine Le Pen à exprimer de façon très claire à Alice Weidel qu'elle était tout à fait défavorable en ce qui la concerne à cette politique de remigration. Quand on a des alliés, je vais vous donner un exemple très parlant, on ne cherche pas des clones, on ne cherche pas des gens qui vous ressemblent et qui sont d'accord avec vous, surtout.

Parce que dans les politiques intérieures des pays, on pourrait d'ailleurs regarder avec la Ligue italienne, on n'est pas d'accord, surtout dans les politiques intérieures qu'ils mènent. Mais regardez, Madame Metzola, la présidente du Parlement européen, elle vient des rangs du PPE. Elle a été élue par les socialistes. Elle a été élue par les macronistes. Elle a été élue par les républicains français. Et pourtant, Madame Metzola, non mais je termine ce propos, il est important, elle est hostile à l'avortement. Est-ce qu'on fait porter sur les partis politiques qui ont élu une présidente du Parlement européen ? Non, on ne l'a pas élue, Madame Metzola.

Est-ce qu'on fait porter sur les épaules de ces partis le poids de cet engagement ?

28:32
Présentateur

Si on reste quand même sur cette histoire de remigration, l'AFD, dans le programme européen actuel, il y a cette phrase, la remigration doit être mise en place et développée au niveau national et européen. C'est bien que c'est déjà dans le...

28:42
Invité

Mais nous, nous ne souscrivons pas.

28:43
Présentateur

Donc, vous pouvez vous priver de l'AFD dans votre groupe ?

28:45
Invité

Nous ne souscrivons pas à cette proposition de l'AFD qui est destinée à ses électeurs mais à laquelle, je vous le redis, de façon très claire, très nette, nous ne souscrivons pas à cette proposition.

28:56
Sébastien Chenu

Est-ce que dans le cadre des élections européennes et du prochain scrutin, vous n'auriez pas intérêt à vous rapprocher davantage de Georgia Mélonie, quitter ce groupe où l'AFD est peut-être un partenaire un peu encombrant ? Est-ce que vous allez recomposer vos alliances

29:11
Invité

ou pas ? C'est les Français qui vont recomposer les alliances. Ce sont les Français qui vont envoyer des députés européens et qui vont choisir à qui ils font confiance. Donc, à partir de là, nous verrons effectivement avec qui nous souhaitons travailler.

29:22
Sébastien Chenu

Vous avez opéré un rapprochement avec Georgia Mélonie ou pas ?

29:25
Invité

Non, parce que Georgia Mélonie a souhaité prendre un chemin qui ne nous convient pas tant sur l'immigration que sur une certaine forme de soumission à l'Union européenne. Peut-être le chemin

29:34
Locuteur non identifié

de l'exercice du pouvoir par rapport à la conquête du pouvoir.

29:36
Invité

Non, parce que Georgia Mélonie attend de l'Union européenne un plan de relance de plusieurs dizaines de milliards d'euros et que l'Union européenne lui a dit qu'effectivement elle allait le négocier.

29:45
Sébastien Chenu

On touche là un point très intéressant sur votre comportement parce que pendant très longtemps le Rassemblement national a dit on va sortir de l'Union européenne on va sortir de l'euro on va faire un clash. Et là, vous êtes dans une politique bien plus compliquée où au fond, vous ne la quittez pas mais vous essayez de la dynamiter quand même de l'intérieur et Georgia Mélonie quand elle a essayé de faire ça notamment sur l'immigration elle s'est aperçue que ce n'était pas possible et qu'elle avait intérêt à se protéger derrière l'Europe. Et vous, comment est-ce que vous allez dire à vos électeurs que vous pouvez être à la fois nationaux et dans l'Europe ? On n'arrive pas bien à comprendre.

En fait, on comprend que vous êtes beaucoup moins caricatural qu'avant mais on ne comprend pas non plus la ligne suivie.

30:30
Invité

Vous avez dit tout à l'heure les choses changent l'histoire amène les positions à évoluer et celle de l'Union européenne ne manquera pas d'évoluer. Elle ne manquera pas d'évoluer parce que d'ailleurs elle évolue déjà sur un certain nombre de points et on le voit nous passons nous sommes depuis six mois d'ailleurs enfin depuis deux mois et pour six mois en présidence belge avec des enjeux qui sont excessivement importants. Un enjeu budgétaire. Le coût du soutien à l'Ukraine par exemple est une problématique budgétaire pour l'Union européenne qui doit voir si elle lève ou pas un impôt européen. Le coût l'enjeu migratoire le pacte des migrations l'enjeu environnemental.

Nous avons dit est-ce qu'on va vers une politique de décroissance ? C'est le pacte vert de Mme van der Leyen qui coûte je crois à la fin 650 milliards d'euros à l'Union européenne donc il y a des enjeux sur lesquels il va y avoir des réponses. Est-ce que l'Europe peut maintenir des réponses qui sont il faut toujours moins de souverainisme et redonner nous des pas entiers de votre souveraineté nationale une défense européenne un impôt européen ou est-ce qu'il faut au contraire redonner aux nations des marges de manœuvre ? Nous nous pensons qu'il faut redonner aux nations des marges de manœuvre et nous sommes de plus en plus nombreux à le penser.

Nous sommes de plus en plus nombreux à le penser. Un prétendum

31:39
Sébastien Chenu

pour renationaliser la politique d'immigration. C'est un clash avec l'Europe ça. Je reviens automatiquement.

31:45
Invité

Bien sûr qu'il faut avoir des clashes avec l'Europe pour montrer qu'on n'accepte pas tout. Mais ça veut dire que vous sortez complètement de l'Europe ? Ah non pas du tout. Non mais vous savez que des traités ça se renégocie. Vous savez qu'il y a même des directives qui ne s'appliquent pas. Vous savez qu'il y a aussi des traités qu'on peut renégocier sans sortir de l'Union Européenne. Je pense par exemple à Schengen. Vous savez que je vous donne une directive intéressante qui n'a pas été appliquée. C'était celle par exemple sur le contrôle technique des deux roues. Il y avait une directive qui devait faire en sorte qu'il y ait un contrôle technique des deux roues.

La France a dit sous la pression des deux roues des utilisateurs des deux roues bon ben finalement on ne va pas l'appliquer. Donc on peut avoir effectivement des clashes qui sont parfois des mini-clashes comme celui que je viens de vous donner ou des clashes qui sont plus importants mais sur le Mercosur moi j'aimerais que la France se fasse entendre davantage plutôt qu'être dans une position de soumission permanente.

32:38
Présentateur

Monsieur Chenu je reviens sur vos alliés alors vous ne m'avez pas trop répondu sur le fait que vous siégerez ou pas avec l'AFD. Un autre allié qui est vraiment un ami de Marine Le Pen Matteo Salvini qui est le patron de la Ligue il a fait parler de lui aussi cette semaine après la mort de l'opposant russe Alexei Navalny voici ce qu'il dit c'est aux médecins et aux juges russes de faire la lumière sur sa mort est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?

33:01
Invité

Je crois que Marine Le Pen a expliqué très clairement elle a dit le pouvoir russe a une responsabilité dans la mort de Navalny je pense que c'est très clair Marine Le Pen l'a dit cette semaine dans les médias le pouvoir russe a une responsabilité elle a même ajouté c'est une faiblesse incroyable pour un pouvoir en place que d'enfermer ses opposants politiques

33:19
Présentateur

et c'est pas un peu léger comme condamnation ça

33:21
Invité

c'est léger comme condamnation de dire que le pouvoir politique

33:24
Locuteur non identifié

parce qu'il pense pas comme vous qu'on l'envoie au diable dans l'Antarctique et qu'on voit qu'il est torturé simplement parce qu'il pense autre chose

33:31
Invité

c'est exactement ce que nous disons c'est tout à fait quand Marine Le Pen dit que le pouvoir russe a une responsabilité dans la mort de Navalny c'est pas qu'il a

33:41
Locuteur non identifié

une responsabilité

33:41
Invité

il a une responsabilité il a une responsabilité dans la mort de Navalny je sais pas si on peut être plus clair

33:47
Présentateur

et pourquoi au Parlement européen vous n'avez pas voté les résolutions qui condamnaient la répression les conditions de détention d'Alexei Navalny à plusieurs reprises vous savez comment fonctionne

33:57
Invité

mais on est j'allais dire on va le répéter très longtemps parce que ce sont des axes qui sont utilisés contre nous que les résolutions du Parlement européen en général ou sont des prétextes pour faire de la politique politicienne ou en général dépassent largement le cadre du titre qui est proposé donc sur Navalny c'était le cas ça dépassait pas vraiment si largement et c'était probablement un prétexte et c'était davantage un prétexte d'utilisation de Navalny pour pouvoir tenir un autre discours mais il n'y a pas d'ambiguïté vis-à-vis de ce pouvoir russe dont on voit chaque jour qu'il s'éloigne Emmanuel Todd je crois disait que c'est une démocratie autoritaire et bien de moins en moins une démocratie de plus en plus autoritaire donc effectivement il n'y a pas d'ambiguïté là-dessus

34:41
Sébastien Chenu

dans ce contexte là soutenir l'Ukraine est-ce que c'est un combat existentiel au-delà du soutien à l'Ukraine un combat existentiel pour les démocraties pour la France et pour l'Union Européenne

34:51
Invité

nous on a toujours soutenu les résolutions pour l'Ukraine je les ai reprises parce que je pense qu'il faut être très clair on a voté la résolution condamnant l'invasion on a voté les résolutions sur l'accueil des réfugiés on a voté les résolutions sur les fonds financiers on n'a pas voté celles sur les fonds financiers sans garantie parce que la cour des comptes européennes nous disait qu'il y avait un problème probablement de corruption mais on a toujours été au rendez-vous lorsqu'il a fallu soutenir l'Ukraine la seule ligne rouge que nous mettons et que nous assumons et on peut avoir un désaccord c'est qu'elle ne vienne pas impacter l'économie française ou la sécurité des français

35:31
Sébastien Chenu

ça veut dire que vous êtes prêts à soutenir dans le futur à condition par exemple qu'il n'y ait pas l'épisode des poulets ukrainiens

35:37
Invité

c'est-à-dire que si vous voulez moi je me souviens de ce que disait je me souviens de ce que disait Bruno Le Maire Bruno Le Maire disait nous allons faire effondrer l'économie russe j'ai regardé les chiffres dernièrement non seulement l'économie russe n'est pas effondrée mais il semblerait qu'elle ne se porte pas si mal que cela donc on voit bien qu'il y a un certain nombre de sanctions qui ne touchent pas leur objectif si l'objectif n'est pas touché et que en conséquence ou en parallèle ce sont les français qui eux voient leur électricité leur agriculture fortement impactée oui on ne va pas accompagner c'est-à-dire qu'on manque

36:09
Sébastien Chenu

il faut arrêter les frais il faut arrêter les livraisons d'armes

36:13
Invité

il faut continuer alors nous avons voté d'ailleurs sur la fabrication des obus nous avons voté la résolution des armes qui soient évidemment défensives c'est bien maintenant que ça ne veut pas dire grand chose défensif si c'est se protéger et nous les avons en tous les cas votés donc nous on est dans un mécanisme qui est celui du soutien à l'Ukraine mais pas contre l'intérêt des français mais projetons-nous au-delà est-ce que l'Ukraine peut gagner une guerre si on reste dans l'état d'esprit d'une guerre sans l'OTAN non est-ce qu'il faut donc que l'OTAN s'engage dans une guerre est-ce qu'il faut donc que l'OTAN s'engage ça veut dire est-ce que la France en réalité doit envoyer des militaires parce qu'à la fin c'est ça il faut dire les choses est-ce qu'à la fin on doit envoyer des militaires français là-bas c'est-à-dire est-ce que des jeunes gens iront tomber sous les balles des russes pour sauver l'Ukraine où est-ce qu'il y a effectivement la nécessité d'une négociation diplomatique et bien moi je crois plutôt en cela je crois en cela en fait vous dites

37:08
Sébastien Chenu

on n'a pas les conditions de faire une guerre à la Russie et qu'il vaut mieux lâcher l'affaire

37:14
Invité

non il ne faut pas lâcher l'affaire je pense qu'à un moment de toute façon tout se termine toujours par une négociation

37:18
Présentateur

toujours à la fin

37:20
Invité

avec la Russie moi je préférerais que ce ne soit pas avec le régime de Vladimir Poutine on verra bien mais j'aimerais aussi que l'Union Européenne au lieu de se donner des accents de grands diplomates laissent les nations gérer aussi leur diplomatie plutôt que de les empêcher ou de les encombrer ça n'empêche pas

37:36
Sébastien Chenu

regardez il y a eu un traité bilatéral entre l'Allemagne et l'Ukraine entre la France et l'Ukraine parce que la France pourrait prendre

37:42
Invité

davantage d'initiatives pour amener les gens autour de la table il y a des tas de pays moi j'ai visité j'ai rencontré des diplomates de pays je pense à l'Inde je pense aux Émirats qui peuvent être des partenaires très intéressants dans le cadre de ce règlement si tenté qu'ils le veuillent eux-mêmes si tenté qu'on leur demande puisqu'ils sont des pays qui dialoguent avec tout le monde l'Inde dialogue et avec la Russie et avec la France et avec l'Europe sans aucune difficulté donc je pense qu'effectivement on pourrait être à l'initiative de ces opérations diplomatiques parce que si c'est pour une guerre de 100 ans qu'on signe moi je n'y soustais pas

38:17
Sébastien Chenu

mais un des objectifs de Vladimir Poutine c'est quand même d'affaiblir l'Union Européenne dans sa substance

38:22
Invité

mais on le sait bien sûr

38:22
Sébastien Chenu

mais est-ce que vous vous participez pas à cet affaiblissement en contestant l'Union Européenne en contestant l'idée qu'il faille une défense européenne en contestant l'idée qu'on pourra soutenir l'Ukraine ad vitam aeternam parce qu'on n'en a pas les moyens ni peut-être la volonté est-ce que c'est pas ça quand même la plus grande difficulté

38:43
Invité

une Union Européenne ne peut être forte que si ses nations sont fortes une Union Européenne faite de nations affaiblies dans leur agriculture dans leur industrie dans leurs économies ne donnera jamais une Union Européenne ni combative ni forte et d'autres le savent bien en particulier les Etats-Unis donc tant que les nations ne peuvent pas ne savent pas se redresser tant qu'on ne protège pas tant qu'on ne protège pas leur industrie leur agriculture vous n'aurez jamais une Union Européenne qui pourra être combative moi je suis pour des nations fortes au sein d'une Union Européenne dans lesquelles ces nations travaillent sur des objectifs communs

39:14
Présentateur

Allez on va passer Allez on va passer à un autre thème phare de cette campagne c'est l'immigration et on va écouter Manuel Valls il était sur France Inter cette semaine

39:22
Locuteur non identifié

la réforme du droit du sol qui a d'ailleurs été déjà modifiée restreint par la loi en 2019 ne réglera pas ces problèmes lourds d'immigration et à travers au fond une communication autour de cette idée de la réforme du droit du sol faisant croire que l'on réglera ces problèmes à travers cette réforme on ouvre une boîte de Pandore qui me paraît extrêmement dangereuse on peut avoir des politiques concernant les migrations extrêmement sévères nécessaires en plus aujourd'hui face à l'afflux de migrations clandestines on peut s'interroger sur le fait est-ce qu'on a besoin ou non d'une migration économique et défendre la conception républicaine du droit du sol

40:10
Présentateur

Gérald Darmanin a promis cette mesure de suppression du droit du sol à Mayotte ferait partie d'un projet de révision constitutionnel déposé avant l'été peut-être une première question est-ce que on entend ce que dit Manuel Valls est-ce que c'est suffisant de supprimer le droit du sol pour arrêter cette immigration massive des Comores à Mayotte

40:30
Invité

non bien sûr que non la fin du droit du sol que nous réclamons portée d'ailleurs par Marine Le Pen en 2018 à travers une proposition de loi immédiatement insultée encore une fois par la majorité je vous rappelle que comme d'habitude ce qui apparaît être une évidence aujourd'hui pour ce gouvernement a été combattu hier lorsque nous l'avons proposé mais la fin du droit du sol n'est qu'un élément je reprends les propos de Gérald Darmanin le droit du sol est un élément d'attractivité de l'immigration ici à Mayotte comme partout sur le territoire national mais évidemment à Mayotte on devrait déclarer l'état d'urgence c'est ce qu'a demandé d'ailleurs Jordan Bardella on devrait arrêter de financer les Comores plusieurs dizaines de millions d'euros par an c'est le minimum si on veut pouvoir reprendre le contrôle à Mayotte que nous demandent d'ailleurs les Maorais maintenant sur la fin du droit du sol à Mayotte je crois que c'est d'abord c'est plutôt une victoire idéologique pour nous puisque nous le demandons depuis longtemps

41:25
Présentateur

en un mot vous voterez cette révision

41:27
Invité

oui puisqu'on a demandé maintenant je pense que le droit du sol devrait être aboli partout ce qui est valable pour les Maorais doit être valable pour les continentaux et puis il y a quand même une menace au dessus de la tête qui fait qu'il faut aller plus loin à travers la réforme de la constitution le référendum que nous proposons c'est qu'à un moment le conseil constitutionnel invalide cette réforme du droit du sol à Mayotte parce que cela rompt avec un principe d'égalité des territoires et des départements dans notre pays alors à propos

42:03
Locuteur non identifié

l'imam Madjoubi a été expulsé grâce notamment à la loi qui a été votée il y a quelque temps vous grisez est-ce que vous reconnaissez quand même que c'est quelque chose de bien ou vous considérez que c'est un gadget

42:18
Invité

vous attribuez des Césars c'est un peu la période à des gens qui ont fort peu de mérite moi je me réjouis que M. Madjoubi ait été expulsé il a été expulsé parce qu'on a retrouvé son passeport donc il n'y avait pas eu besoin effectivement de négocier de laisser passer le consulaire si on ne l'avait pas retrouvé la loi nous aurait montré ses limites avec Schengen M.

Madjoubi et d'ailleurs il le dit lui-même peut revenir dans n'importe quel pays et revenir ensuite en France donc vous voyez qu'on n'est pas à la fin de l'histoire ce que je crois c'est que pas triomphalisme sur un cas enfin je veux dire quand on voit le nombre de lieux de culte qui sont salafisés je reprends l'excellent travail de l'anthropologue Florence Bergeau-Blacler quand on voit le nombre d'étrangers radicalisés en situation d'être expulsés qu'ils ne le sont pas Gérald de Darmanin nous dit j'ai augmenté de 26% les expulsions ça veut dire 9 personnes on se dit qu'on est en train de vider l'océan avec un dé à coudre donc pas de triomphalisme sur ça c'est bien ce que devrait faire Gérald de Darmanin parce que s'il se met à faire des tweets il va finir par avoir mal au doigt vu le nombre de gens qu'il y a à expulser de notre territoire et pour lesquels aujourd'hui rien n'est fait

43:32
Présentateur

en un mot un autre projet de révision constitutionnelle sur la Corse est-ce que vous êtes toujours contre opposé à l'autonomie en Corse

43:41
Invité

nous on est pour que la Corse ait un statut qui prenne en compte ses spécificités c'est une île il y a des spécificités elles sont d'ailleurs aussi économiques on est favorable à ce qu'on puisse développer l'étude de la langue Corse sans qu'elle soit juxtaposée à la langue française sans le bilinguisme mais quand je vois que dans ce texte il y a une reconnaissance de la communauté historique culturelle linguistique je me dis qu'on va vers une reconnaissance du peuple Corse ce qui évidemment n'est pas possible par rapport à l'unité nationale et quand je vois qu'il y a des perspectives de pouvoir normatif on n'est plus très loin de perspectives de pouvoir législatif ce qui effectivement meurte beaucoup la Corse doit rester dans la république on doit développer un système qui permet de traiter les difficultés auxquelles elle est confrontée mais la Corse doit évidemment rester dans la république les Corses l'ont souvent répété d'ailleurs une dernière question

44:39
Locuteur non identifié

au César et à l'intervention de Raphaël Canard parlant de son groupe agriculteur est-ce que vous trouvez que la déferlante si j'ose dire mitou et de dénonciation d'un certain nombre de faits qui finalement n'ont voulu être vus par personne donc c'est une bonne chose ou vous dites oh là là attention la justice c'est la justice ça ne se fait pas ailleurs

44:58
Invité

non moi je crois que c'est bien que les victimes parlent garçons ou filles d'ailleurs s'expriment je pense qu'il y a des gens qui vivent des tragédies intimes qu'il faut mettre dans la lumière en respectant la présomption d'innocence on sait que ces affaires très sensibles qu'elles soient dans le temps ou qu'elles soient dans les situations peuvent aussi impacter des auteurs présumés et donc il faut respecter la présomption d'innocence mais délivrer la parole des hommes et des femmes qui ont subi ça je pense que c'est important

45:24
Présentateur

Merci Sébastien Chenu on accueille maintenant notre deuxième invité pour le livre de la semaine

45:30
Locuteur non identifié

France Inter Question politique Élodie Forêt

45:39
Présentateur

Et nous accueillons Rémi Branco vice-président socialiste du conseil départemental du Lot ancien chef de cabinet du ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll c'était sous François Hollande Vous publiez ce livre Loin des villes Loin du cœur La gauche veut-elle regagner les campagnes aux éditions de l'Aube et avec la fondation Jean Jaurès Bonjour Bonjour Et alors qu'a commencé le salon de l'agriculture hier dans un contexte de colère agricole que Raphaël Glucksmann tête de liste socialiste sera cet après-midi au salon vous décrivez-vous dans ce livre une fracture vraiment profonde entre la campagne et la gauche alors dites-nous est-ce qu'au-delà même des agriculteurs est-ce que la gauche a-t-elle encore quelque chose à dire au monde rural ?

46:24
Locuteur non identifié

Oui si j'écris ce livre c'est parce que ça fait trois ans que je suis désormais un élu local rural dans le Lot et trois ans que je vois progressivement la gauche disparaître de ces territoires ruraux à mesure en fait que cette ruralité disparaît des programmes de la gauche et j'ai voulu adresser à travers ce livre une espèce d'appel au réveil au sursaut pour que la gauche s'intéresse à nouveau à ces territoires à l'agriculture moi je suis content de voir que la gauche sera présente au salon de l'agriculture mais il faut qu'elle y soit massivement et avec des solutions quand même crédibles et qu'elle s'intéresse à nouveau à la ruralité ce fossé il est gigantesque entre pas simplement la gauche les élites politiques aujourd'hui de ce pays si on a ce salon de l'agriculture à feu et à sang hier c'est aussi parce qu'on en arrive à un point de déconnexion très fort entre un pouvoir national et des agriculteurs et le monde rural en général

47:05
Présentateur

Ce qui est marrant dans ce livre c'est que vous datez un petit peu les origines de cette fracture il y a notamment un épisode que vous narrez c'est cette proposition sur le revenu universel qu'avait fait Benoît Hamon en 2017 expliquez-nous pourquoi ça c'est une origine pour vous de cette fracture

47:20
Locuteur non identifié

C'est vrai que c'est une proposition qui a beaucoup intéressé dans les milieux urbains qui a créé de la curiosité un peu en milieu rural mais dans la ruralité quand on est petit artisan agriculteur petit commerçant et qu'on vit de son travail et que c'est compliqué que c'est pas simple on attend de la gauche qu'elle soit en appui en soutien des gens qui travaillent et là cette proposition elle donne l'impression si vous voulez que que vous soyez agriculteur que vous fassiez rien de vos journées ou que vous soyez juste en pause professionnelle vous allez toucher la même chose et que quelque part à quoi bon être agriculteur à quoi bon être commerçant si c'est pour toucher finalement un revenu que j'aurai quoi qu'il arrive et quand on est dans des territoires comme le mien qui vieillissent ou on manque de bains d'oeuvres pour travailler pas simplement en agriculture mais demain pour être médecin pour être commerçant quand on a une forme de désertification ben on est inquiet de voir que la gauche ben quelque part elle pousse à la paresse quoi et derrière Sandrine Rousseau ça a été quelque part avec son droit à la paresse le prolongement un peu de cette vision de la gauche un peu en décalage avec la réalité de nos territoires est-ce que c'est pas toute la gauche enfin une espèce d'esprit de gauche général qui est quand il y a le débat entre assurance, assistance avec un certain nombre de lignes qui doivent bouger c'est-à-dire on vous aidera si vous en avez vraiment besoin mais il faut travailler est-ce que finalement ça touche les agriculteurs la ruralité mais ça touche tout le monde c'est un courant qui a complètement submergé la gauche ça et posez-vous la question pourquoi les gilets jaunes en 2018 ils n'ont pas été heureux de retrouver la gauche sur les ronds-points c'est parce que pour eux la gauche n'était pas la réponse à leur question alors qu'au final ils veulent quoi les habitants des territoires ruraux ils veulent un hôpital qui ne s'écroule pas ils veulent des transports fiables ils veulent des médecins qui soient présents ils veulent des écoles qui restent ouvertes et ça c'est ce que Puy-Lévesque dans mon village exige mais c'est ce que Verdun exige c'est ce que Chalonne-sur-Loire exige tous les territoires ruraux aujourd'hui soit en attente d'égalité des territoires ça avait été une des propositions de François Hollande ça a même été le nom d'un ministère en 2012 l'égalité des territoires outre que ça a finalement déçu parce qu'on a loupé quelques virages je pense à la désertification médicale ça prouve qu'il y avait vraiment une attente très forte et elle existe encore aujourd'hui

49:12
Sébastien Chenu

alors la difficulté c'est que le Rassemblement National a très bien compris tout ce que vous dites et ils sont à l'offensive sur tous ces terrains-là et c'est d'ailleurs

49:19
Présentateur

l'objet de votre livre c'est que le RN

49:21
Sébastien Chenu

quand on est un homme de gauche on essaye de récupérer et est-ce que la bataille

49:24
Locuteur non identifié

est encore jouable ?

Pour moi elle est plus que jamais jouable pour deux raisons la première c'est que sans faire offense aux dirigeants du RN moi je croise peu de gens dans mon territoire qui me disent sur les déserts médicaux Marine Le Pen elle a complètement raison Bardella il a tout compris au vieillissement de la population sur l'agriculture on est fan de leurs propositions je ne dis pas que personne n'est d'accord mais moi j'ai personne qui me disent ils ont les solutions il faut absolument qu'ils arrivent au pouvoir par contre ce qu'ils me disent c'est qu'aujourd'hui la gauche ne leur donne pas de solution et le macronisme j'en parle même pas et en fait plus la gauche s'emparera de ces sujets plus elle fera des propositions plus ce sera crédible plus elle aura des chances demain d'empêcher le RN d'arriver au pouvoir tant qu'elle dit rien tant qu'elle est absente de ces débats oui effectivement on votera il y aura déjà beaucoup d'abstention et il y aura du vote RN pour dire secouez-vous bougez-vous vous ne vous intéressez pas c'est qui la gauche votre gauche ?

moi je suis une gauche qu'on a connue pendant longtemps qui était à la fois implantée dans des territoires et qui portait un discours national aujourd'hui vous avez deux gauches vous avez la gauche NUPES nationale qui a des débats très urbains et moi je ne suis pas dans un débat pro-anti-NUPES mais qui a des débats qui intéressent franchement la question des SUV à Paris la question de savoir s'il faut être woke ou anti-woke moi personne ne me la pose chez moi moi c'est quand est-ce que le prix du carburant il baisse quand est-ce que je peux payer les pas d'un mes parents parce que ça coûte un bras maintenant et donc il y a la gauche après locale dont je fais partie et moi je me retrouve avec des gens qui me disent mais toi on vote pour toi toi ça va toi avec ton président Serge Rigal Delga à la région vous vous battez mais par contre au national désolé mais on ne suit pas parce qu'on ne se reconnaît pas dans ce qu'on entend dans ce que donne avoir la gauche au niveau national

50:50
Présentateur

et votre thèse en fait dans ce livre c'est de dire que si la gauche délaisse complètement le monde rural c'est la porte ouverte à une victoire en fait du RN au second tour qui va capter ces voix vous en pensez quoi vous Sébastien Chenu ?

51:03
Invité

d'abord je pense que et moi je suis élu dans un territoire dont je suis le premier député qui ne soit pas de gauche depuis 1958 donc je crois que lorsque la gauche est au pouvoir elle a beaucoup déçu c'est ce que me disent mes électeurs qui toute leur vie probablement ont voté à gauche et qui aujourd'hui n'incarnent pas un espoir parce qu'en fait elle n'est pas en rapport avec les valeurs que défendent les habitants elle n'est pas au rendez-vous du mérite elle n'est pas au rendez-vous du travail elle n'est pas au rendez-vous d'une certaine forme d'autorité elle n'est pas au rendez-vous de la défense du drapeau et on est dans des délires les ZFU on est dans le wokisme etc et c'est vrai qu'il y a beaucoup de gens qui disent mais en fait ce ne sont pas nos préoccupations moi je suis en désaccord avec vous quand vous dites les gens ne sont pas d'accord avec le rassemblement national et en tout cas ne l'expriment pas ils l'expriment dans les bulletins de vote vous allez dans votre secteur à Sainte-Gabelle fief historique de Lionel Jospin Marine Le Pen est aujourd'hui majoritaire donc vous êtes bien obligés de comprendre qu'il y a une adhésion à ce que nous défendons et quand je vous entends d'ailleurs dire il faut des services publics il faut des transports dans nos campagnes dans la ruralité c'est ce que nous défendons c'est ce que nous portons et on le fait avec des propositions qui sont en général extrêmement concrètes extrêmement chiffrées on peut avoir des désaccords et c'est bien normal et on en aura probablement mais les électeurs ont raison dans leur façon de s'exprimer à travers leur bulletin de vote ils ne peuvent plus faire confiance en une gauche qui n'existe plus pardonnez-moi vous avez perdu la partie dans votre famille politique vous avez perdu la partie peut-être qu'un jour les cartes seront redistribuées ils ont gagné ils vous ont tué M.

Branco

52:31
Présentateur

Votre réponse Rémi Branco est-ce que déjà on peut avoir un point de bascule est-ce qu'on peut repartir en arrière

52:36
Locuteur non identifié

je pense qu'aujourd'hui ils nous ont tué dans l'image que donne la gauche au niveau national c'est vrai que moi mes voisins ils n'ont pas l'impression que c'est ma gauche qui dirige le niveau national simplement on est quand même dans les territoires pardon de le dire vous citez Sainte-Gabel mais moi chez moi à Puy-Lévesque dans mon canton et dans le lot il n'y a pas un LURN donc on n'a pas perdu la bataille avec le reste de la gauche ou avec y compris le rassemblement national par contre on a perdu aujourd'hui la bataille des idées et de l'incarnation on n'incarne plus aujourd'hui pour ces territoires une solution il manque une figure

53:02
Présentateur

un José Bové il manque vraiment une figure qui représente la ruralité à gauche aujourd'hui

53:06
Locuteur non identifié

mais sans même aller jusqu'à des caricatures parce que là on parle d'un agriculteur mais François Mitterrand il était élu de la Nièvre les habitants de la Nièvre ils se sentaient représentés par François Mitterrand prenez Lionel Jospin puisque vous parlez de Sainte-Gabel Lionel Jospin quand il était le mercredi après-midi à l'Assemblée il avait dans son oreille il savait que les habitants de Sainte-Gabel l'écoutaient donc il parlait différemment d'un élu qui est pardon mais un peu hors sol ou un peu urbain François Hollande il a été élu en 2012 par beaucoup d'habitants des territoires ruraux qui se disaient après Sarkozy qui avait démoli beaucoup de services publics il va dire qu'Anne Hidalgo ne faisait pas l'affaire par exemple et Raphaël Glucksmann est-ce qu'il va faire l'affaire ?

Malheureusement pour elle Anne Hidalgo elle incarnait l'urbanité tournait à son maximum et Raphaël Glucksmann vous verrez ce qu'il dira cet après-midi au salon de l'agriculture on serait étonné parce qu'il travaille beaucoup sur les sujets

53:50
Présentateur

On l'écoutera avec attention merci beaucoup à nos invités Sébastien Chenu Rémi Branco je répète votre livre c'est loin des villes loin du coeur la gauche veut-elle regagner les campagnes merci à toute l'équipe de questions politiques Corentin Bémol Fabienne Lemoyle la semaine prochaine Karine Bécart sera de retour aux manettes d'ici là très bon dimanche et très bonne semaine