"La France épicentre du terrorisme islamiste en Europe", selon une étude
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Sud Radio, les débats de l'été, 10h-13h, Maxime Liedot. Midi 3 sur Sud Radio, on vous accompagne jusqu'à 13h, 0826 300 300 pour réagir, et une heure désormais qui vous appartient, et on va essayer de la cadrer avec vous, cette heure, Mathéo Lamblot, bonjour. Bonjour Maxime, bonjour à toutes et à tous. Qu'est-ce qui nous attend pour la prochaine heure sur Sud Radio, jusqu'à 13h ?
Et alors, dans un instant, Maxime, vous recevez François Pierard, directeur de l'Observatoire Hexagone, il viendra nous parler de cette étude sur le terrorisme islamiste en Europe, avec des chiffres assez préoccupants, puisque depuis 2012, la France a subi en moyenne 4 attentats par an, elle déplore près de 300 morts, soit 62% des victimes d'attentats islamistes en Europe, ce qui en fait le pays le plus durement touché du continent. Et ensuite, à midi et demi, on vous donne la parole sur Sud Radio, comme vous en avez l'habitude, chers auditeurs, donc venez réagir au 0826 300 300.
Et sur ce sujet, c'est la France au bout du fil, midi 33h, vous avez raison de le dire, vous avez été nombreux à réagir, Mathéo, ce matin, à ce sujet, sur la fin de vie, avec cette décision, un vote déjà qui interviendra dans quelques heures à l'Assemblée nationale, et un Premier ministre qui a décidé de saisir le Conseil constitutionnel. Et la question qu'on posait ce matin, c'est finalement, est-ce qu'on peut mourir dans la dignité ? Est-ce que c'est à l'état de se mêler de ces choses-là ? C'est sur ces sujets qu'on va interroger les auditeurs, notamment. Exactement, Maxime. Et donc, c'est très simple, vous connaissez les réflexes.
Vous avez le site sudradio.fr, vous avez les réseaux sociaux, l'application, bien sûr, et le 0826 300 300, mais pour le moment, midi 5, notre grand entretien. Et on est avec vous, François Pierard, bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous ce midi, vous êtes le directeur de l'Observatoire Hexagone, et ça tombe bien parce que vous venez de publier ce qu'on appelle une enquête, une étude, un rapport sur la France qui est un pays meurtri par le terrorisme islamiste, alors que hier encore, on se remémorait de façon douloureuse ce qui s'était passé il y a 10 ans, en 2016, à Nice, un 14 juillet.
C'est ça aussi qui vous a poussé, j'imagine, à essayer de prendre un peu de hauteur et à essayer de comprendre si c'était la marque de cet anniversaire ? Absolument, ça fait 10 ans que la France a été meurtrie par les attentats de Nice. Il s'agirait de ne pas oublier que la menace terroriste est toujours présente. En tout cas, les Français, eux, ne l'ont pas oublié, puisqu'on a aujourd'hui encore 73% des Français, d'après un sondage qui a été effectué en novembre, qui sont encore inquiets par la menace terroriste. On a même un Français sur dix qui cite encore la menace terroriste comme l'une des trois préoccupations principales à ce stade.
Et donc, il s'agissait de continuer à publier sur cette menace que ressentent encore les Français. Et comment on travaille sur une... Parce que c'est quand même un projet avec, j'imagine, ça demande beaucoup de temps, beaucoup de ressources. C'est toujours important, quand on évoque une étude et un rapport, d'expliquer à la méthodologie comment vous avez travaillé, le temps que ça vous a pris. Alors, c'est une enquête qui est issue principalement de deux sources.
Déjà, il faut savoir qu'en France, il y a une fondation qui s'appelle la Fondapol, la Fondation pour l'innovation politique, qui travaille depuis longtemps sur ces sujets d'islamisme et qui entretient une base de données extraordinaire sur le sujet qui référence des attentats islamistes dans le monde entier, avec leur bilan humain, évidemment le nombre d'attentats par pays. Donc nous, on est reparti de cette base, on l'a actualisé avec des recherches documentaires qui nous ont permis de compléter avec les derniers attentats, les derniers bilans humains, pour les 27 pays de l'Union Européenne, plus le Royaume-Uni.
Et quel est le premier bilan, si on devait, on va dire, tirer en quelques mots avant qu'on rentre dans les détails du rapport, de ce que vous a enseigné cette étude et cette enquête ? Alors, chacun sait que le terrorisme islamiste touche la France, mais ce qu'on oublie parfois, c'est à quel point la France est beaucoup plus touchée que les autres pays européens, et dans des proportions considérables. Nous, le nombre de victimes décédées en raison du terrorisme islamiste qu'on retient pour la période 2012 à aujourd'hui, c'est 296 morts en France. Le deuxième pays du continent qui est le plus touché, c'est le Royaume-Uni, avec 53 morts.
Vous voyez bien, il y a des pays qui sont à une cinquantaine de morts, et puis il y a la France, qui est de très loin numéro 1, avec, tristement, un bilan humain de plus de 300 morts. Et ça, on a souhaité l'objectiver en se disant, bon, la France est un pays avec une population plus élevée, est-ce que c'est vrai aussi si on rapporte le nombre de victimes au nombre d'habitants ?
Donc ça, c'est une analyse qu'on a souhaité faire, et qui montre que, pour le coup, c'est vrai qu'on est rattrapé par la Belgique, et lorsqu'on regarde cet indicateur, la France et la Belgique sont les deux pays les plus touchés en termes de nombre de morts par million d'habitants, avec 4 morts par million d'habitants en raison du terrorisme islamiste sur la période de 2012 à aujourd'hui. Et ça, encore une fois, de très loin. Donc là, on se fait peut-être rattraper par la Belgique, mais on est très loin devant les autres pays, puisque c'est à peu près 5 fois pire qu'en Allemagne, par exemple.
Quand on se plonge dans les pages de votre rapport, il y a quand même une expression qui frappe, et peut-être qu'on l'oublie avec les différentes actualités, le contexte économique, le contexte international, c'est la France qui demeure, et c'est le mot que vous employez, encore aujourd'hui, un épicentre aujourd'hui du terrorisme islamiste. Et peut-être qu'on a tendance à oublier. On entend le fait d'avoir que des services, on réussit à déjouer un attentat à telle période de l'année, à tel événement, mais le fait qu'on soit encore aujourd'hui, en 2026, l'un des épicentres aujourd'hui du terrorisme islamiste, il faut le rappeler.
Et effectivement, on est encore l'un des épicentres du terrorisme islamiste, on continue à être l'un des pays les plus ciblés, les plus touchés aussi par le terrorisme islamiste, à tel point qu'on finit par oublier les attentats qui se succèdent. Je pense que beaucoup d'auditeurs ont déjà oublié l'attaque au supermarché d'Apte, qui devait être en 2025, où une personne, au nom de l'islamisme, a sorti un couteau et tenté de poignarder des personnes dans un supermarché, avec un couteau de cuisine.
L'attentat de l'Arc de Triomphe, ou l'attaque de l'Arc de Triomphe, qui s'est produite pourtant il y a quelques mois, en février, est elle aussi déjà oubliée, alors qu'une personne qui a été qualifiée de terroriste islamiste a tenté de poignarder à la gorge, on pourrait autrement dire égorger, un policier qui, heureusement, a été protégé par le col de son manteau. Ça, ce sont des faits qui se sont produits encore il y a quelques mois. Il y a encore des attentats terroristes islamistes qui sont déjoués chaque mois. Là, en juillet, on a des soupçons sur un potentiel attentat qui aurait peut-être pu viser une synagogue à Sarcelles, à la Kalachnikov, et au pistolet.
Bon, à voir, parce que l'enquête est encore en cours, mais on sait qu'en avril, un adolescent avait été arrêté dans le Rhône, avec, là encore, un projet d'attentat islamiste. Et pareil, en mai, un Tunisien de 27 ans avait été arrêté. Il souhaitait mener un attentat à l'explosif au Louvre et également viser des personnes de confession juive dans le 16e arrondissement. Donc ça, ce sont des faits qui continuent à émailler notre quotidien à tel point qu'on finit par l'oublier. Et comme vous le disiez, justement, la France est effectivement l'un, si ce n'est l'épicentre européen du terrorisme islamiste.
Et on en vient à l'oublier parce que, tristement, ça a fini par faire partie de notre quotidien. Et vous évoquiez le sentiment de tristesse. C'est vrai que quand on entend ces chiffres et quand on compare notamment le nombre de victimes par rapport aux habitants, on est là aussi, malheureusement, largement en tête. On est plus précisément le deuxième pays d'Europe. Mais depuis 2012, le terrorisme islamiste a tué, en France, près de 296 personnes. Il suffit qu'on se sonde vers les Etats-Unis, la Belgique ou même l'Allemagne pour réaliser à quel point le chiffre n'est pas un tout petit peu inférieur. Il est largement en dessous.
Et ça aussi, peut-être que c'est une dimension qu'on a totalement oubliée aujourd'hui. Oui, on a tendance à entendre régulièrement dans l'actualité que des attentats touchent aussi d'autres pays. Et c'est vrai, là encore, on finit par les oublier. Je ne sais pas si beaucoup de gens ont encore en tête l'attentat de Mannheim en Allemagne, l'attentat de Bielefeld. Je pense que ce serait intéressant de le savoir. Mais je pense que la plupart des personnes ont oublié ce qui s'est passé. Mais en revanche, ça fait une sorte de cadencement dans l'actualité médiatique qui fait que la population générale comprend que le terrorisme islamiste existe partout.
Alors, peut-être qu'il existe effectivement dans beaucoup de pays européens, mais l'intensité à la fois en termes de fréquence des attentats et en termes de bilan humain est plus forte en France. En France, sur la période depuis 2012, nous, on a compté 58 attentats. C'est à peu près la moitié des attentats qui ont été commis dans l'Union Européenne hors Royaume-Uni sur la période. Quand on dit 58 attentats en France, dans le même temps, on n'en compte qu'une vingtaine en Allemagne. Qu'une vingtaine, même moins d'une vingtaine, plutôt une quinzaine au Royaume-Uni.
Ce qui est aussi intéressant quand on s'intéresse à la question du terrorisme, et vous l'évoquiez tout à l'heure, c'est parfois la sensation que c'est rentré dans notre quotidien au point parfois de ne plus s'en rappeler vivement. C'est peut-être ça aussi, j'imagine, l'utilité d'un tel rapport, de dire qu'aujourd'hui, que ce soit dans nos sols, quand c'est même déjoué, quand c'est simplement des appels sur des réseaux sociaux, c'est une présence avec laquelle, je ne sais pas si c'est positif, mais avec laquelle on a appris à vivre.
On a appris à vivre avec, et aujourd'hui, lorsqu'un attentat à l'explosif est déjoué, très souvent, ça arrive en deuxième, troisième position parmi les titres de la journée, parce que, déjà, le pays vit une situation compliquée aussi sur d'autres plans, et ça joue aussi. Économique, politique, internationale. Et puis aussi parce que la menace terroriste n'est plus une nouveauté en France. Finalement, il y a une certaine accoutumance à cette menace, qui est pourtant aujourd'hui réelle, mais en parallèle, ça peut aussi s'expliquer par le fait que la nature des attentats a évolué.
On n'a plus, aujourd'hui en France, heureusement, jusqu'à présent, il faut espérer que ça dure, d'attentats sous forme de commandos nombreux, organisés depuis l'étranger, avec des tueries de masse. On a davantage des attentats qui sont commis par des individus isolés, souvent avec des moyens rudimentaires, donc beaucoup plus difficiles à anticiper et à déjouer. Et ce qui est intéressant sur ça, c'est aussi à quel point la nature du terrorisme peut-être elle-même a évolué.
C'est-à-dire que maintenant, de plus en plus de spécialistes vous expliquent à quel point l'expression « loup solitaire » ne signifie plus rien, parce que derrière, vous avez tellement de personnes, d'organisations, sur les réseaux sociaux, en coulis, sur la fourniture de matériel, sur la capacité d'endoctrinement, qui est assez exceptionnelle, sans le louer, bien sûr. En revanche, c'est frappant de voir à quel point, en si peu de temps, les Français sont passés presque, je ne sais pas si on peut le dire de cette manière, mais par des nuances de terrorisme.
On est passé, en effet, de ce qu'on avait pu observer avec Mohamed Merah, quelque chose de très violent, de très organisé, avec des voyages à l'estranger, où aujourd'hui, quand on déjoue des attentats, des coulisses où on apprend que ce sont des jeunes femmes ou des jeunes hommes radicalisés via un smartphone dans leur chambre. Et ça, ça peut aussi provoquer un sentiment d'inquiétude et de banalité qui est presque horrible. Oui, parce que, d'une part, et c'est tant mieux, le bilan humain annuel du terrorisme islamiste en France est aujourd'hui plus faible qu'il a pu l'être, fort heureusement, par rapport à la période 2015. Donc, c'est plutôt bien, on a moins de morts liées à l'islamisme.
En revanche, c'est une menace qui est beaucoup plus diffuse sur le territoire et qui est devenue très imprévisible. Parce que, quand on regarde, même en Europe, si on regarde les dernières données d'Europol sur l'année 2025, au total, Europol recense 9 attentats djihadistes qui ont été perpétrés en Europe. Sur les 9, 9, donc 100%, ont été commis par des individus isolés. Et sur ces 9 attentats, 8 ont été commis simplement au couteau et 1 à la voiture bélier. Donc, un couteau, une voiture, il n'y a même pas besoin d'une filière organisée pour se fournir ses armes ou ses armes par destination.
Donc, c'est aujourd'hui quelque chose qui contribue à faire de cette menace quelque chose qui peut frapper à tout moment et qui est assez pesant dans le climat et le quotidien des Français. François Pirard, vous êtes le directeur de l'Observatoire Hexagone. Vous publiez ce rapport, justement, sur le terrorisme. La France, pays meurtri par le terrorisme islamiste. On continue à en parler, bien sûr, sur Sud Radio. Le tout au lendemain de, non pas cette célébration, mais de cette commémoration des 10 ans de l'attentat de Nice. C'était hier, en présence, d'ailleurs, du président de la République. Et on y reviendra aussi frappant. Hier, on était avec l'une des victimes de l'attentat de Nice.
C'était un jeune papa qui avait perdu sa fille d'à peine 12 ans qui disait à quel point l'attentat de Nice avait presque été un peu déconsidéré par rapport à d'autres attentats. Parce que le 14 juillet, parce que Nice, parce que pas à Paris, parce que peut-être beaucoup de rédactions ne sont pas suffisamment mobilisées. Et tout ce qu'on peut ressentir aussi sur des actes qui se passent ailleurs en France, certains trouvent un écho considérable, d'autres moins. Et ça participe, j'imagine, aussi à la vision qu'ont les Français du terrorisme. Et on y revient dans une poignée de secondes sur Sud Radio. A tout de suite.
On poursuit cette conversation sur un rapport qui a été publié par la Fondation Hexagone, la France, pays meurtri par le terrorisme islamiste. Le tout, bien sûr, rapport publié dix ans après les attentats de Nice dont on a parlé largement hier sur cette antenne. François Pierard, vous êtes toujours avec nous, directeur de l'Observatoire Hexagone. Ça fait des mois et des années que vous travaillez sur différentes thématiques économiques, européennes, sociétales, politiques, en essayant de rentrer dans le détail toujours des chiffres. Là, c'est intéressant aussi sur la vision qu'on peut avoir du terrorisme en France.
On l'a dit, pays parmi les plus touchés en Europe, par le terrorisme islamiste, notamment quand on rapporte les victimes de ces attentats par rapport à la population des autres pays. On est hélas largement en tête. Il y a aussi un point sur lequel vous insistez dans le rapport, et je pense que c'est utile là aussi de le préciser sur cette antenne. Il y a souvent, dans certains partis politiques, dans certaines conversations, l'idée qu'il y aurait des attentats d'ultra-droite qui seraient presque plus nombreux que ceux des islamistes. Là aussi, vous posez la réalité, vous prenez le temps d'examiner les chiffres, on est loin de cette déclaration, très loin. Absolument.
Effectivement, il ne s'agit pas de nier le fait qu'il y ait une menace d'ultra-droite. Il y a régulièrement des attentats qui sont déjoués, en tout cas des attaques, qui sont déjouées avec des motivations qui seraient racistes, xénophobes, et potentiellement attribuées à ce qu'on appelle au sens large l'ultra-droite. C'est effectivement quelque chose qui existe. Mais ça existe davantage en tant que menace qu'en tant que bilan humain. Certes, il y a eu des attaques d'ultra-droite, il ne s'agit pas de les nier.
Aujourd'hui, la seule attaque officiellement référencée comme d'ultra-droite ou le parquet national antiterroriste s'est saisi de l'affaire, c'est le meurtre de Puget sur Argens, qui a eu lieu l'année dernière dans le Var, où une personne a tué l'un de ses voisins, et s'en est pris aussi à sa voisine. Avec des motivations clairement hostiles à l'immigration, et des revendications racistes. Donc ça, c'est une attaque, c'est un mort. Et en face, vous avez un peu plus de 50 attaques, près de 60 attaques islamistes, et vous avez 296 morts du terrorisme islamiste. Donc les deux bilans humains sont sans commune mesure.
J'entends que sur les attaques d'ultra-droite, ce n'est pas évident de faire un décompte consensuel. Pourquoi pas évident ? C'est intéressant, une fois plus aux éditeurs, pour expliquer la méthodologie, pourquoi ce ne serait pas évident ? Parce qu'on n'a pas encore la bonne qualification pour ce qu'un attentat d'ultra-droite, par exemple, c'est ça ? Déjà, effectivement, la notion d'ultra-droite est assez floue.
Et puis, il y a une autre attaque que nous, nous avons choisi d'intégrer dans notre décompte, qui est la fusillade de la rue d'Anguin, qui a eu lieu il y a quelques années à Paris, où une personne isolée, n'appartenant à aucune organisation d'ultra-droite, un certain William, de mémoire, s'en est prise à des Kurdes, dans la rue d'Anguin, au fusil, et a fait trois morts. Le parquet national antiterroriste n'a pas suivi l'affaire, au motif que la personne n'appartenait pas à une organisation terroriste, et donc ça n'a pas été jugé, ça ne s'est pas comptabilisé comme une attaque terroriste.
Nous, on a souhaité quand même l'intégrer, parce que le mode opératoire se rapproche fortement des attaques terroristes, et à partir du moment où on intègre des attaques au couteau perpétré au nom de l'islamisme par des loups solitaires, comme certains disent, pourquoi ne pas intégrer aussi l'attaque de la rue d'Anguin ? Nous, on a souhaité l'intégrer, ce qui fait que nous, dans nos chiffres, on tombe sur deux attentats d'ultra-droite, pour un bilan total de quatre morts, alors que sur la même période, on a donc eu 58 attentats islamistes et 296 morts du terrorisme islamiste.
Donc, oui, la menace d'ultra-droite existe, oui, il y a déjà eu des attaques qui ont été commises, oui, il y a déjà eu des morts, et hélas, il risque d'y en avoir d'autres. Cela dit, c'est aujourd'hui une menace qui s'est moins concrétisée que l'islamisme, et ce serait quand même très difficile de prétendre l'inverse. Mais il y a aussi peut-être quelque chose sur lequel il est important de revenir, c'est la perception de tout ça, pourquoi on a eu la sensation de ces dernières années, je ne vais pas dire une compétition ni un concours, mais tout d'un coup, une volonté de faire prévaloir, presque, on a eu l'impression de ça dans le débat public, presque un terrorisme sur un autre.
Là, sur l'ultra-droite, on a toujours eu l'impression qu'on voulait montrer qu'un camp était un peu plus dangereux qu'un autre, alors que factuellement, ce sont deux dangers qu'il faut mettre au même niveau. Le sujet est hautement politisé, et finalement, ce sujet du terrorisme entre aussi dans le jeu des partis politiques, notamment à l'approche des échéances électorales. Quand on regarde les différents sondages, on voit que quand on demande aux Français à quel parti ils font confiance pour lutter contre le terrorisme islamiste, les partis de droite arrivent souvent en tête.
Et quand on regarde les différents sondages aussi, on sent que les Français pressentent qu'il y a peut-être un lien entre la maîtrise des frontières et de l'immigration et le terrorisme islamiste. Et donc, ça fait un sujet fort, potentiellement, de la droite. Ce qui fait qu'à l'inverse, des attentats d'ultra-droite peuvent être utilisés par la gauche pour montrer qu'à la fois, finalement, cette menace terroriste islamiste qui leur est défavorable dans les sondages et relative, et montrer également au passage que du côté de la droite et de l'extrême droite, il existe aussi une menace.
Donc, entre ensuite le fameux jeu des partis politiques qui est normal et qu'on constate sur chacun des sujets d'actualité. Et puis, c'est intéressant quand même sur cette notion aujourd'hui des partis politiques, de la vision des Français. Est-ce que vous pensez, on est dans un contexte de commémoration, ce rapport est sorti, on a parlé de Nice, qui interviendra également des prochaines commémorations dans les prochaines semaines, dans les prochains mois. Est-ce que vous, qui avez sondé d'une certaine manière le cœur des Français, mais aussi, là, surtout, les chiffres, est-ce que c'est un élément encore aujourd'hui qui peut peser sur la campagne présidentielle à venir, cette menace-là ?
Là, on sort peut-être de simplement l'objectif et on rentre peut-être davantage dans une analyse plus subjective que je vois des différents baromètres d'opinion. L'impression que j'ai, c'est que ce qui préoccupe grandement les Français, c'est l'insécurité au sens large. Le terrorisme en est l'une des composantes, sans doute pas la plus importante. Mais ça n'est plus prédominant. Ça n'est plus prédominant. On a quand même encore aujourd'hui un Français sur dix qui place le terrorisme comme l'un de ses trois sujets de préoccupation principaux, ce qui est quand même élevé, mais on sent qu'il y a une préoccupation grandissante vis-à-vis de l'insécurité au sens plus large.
La criminalité, la délinquance, le narcotrafic, les différents baromètres montrent qu'on a un taux très important de Français qui estiment que la violence a augmenté ces dernières années. Un sondage que j'ai en tête, c'est un sondage d'il y a un an, je crois, ou deux, qui montrait qu'on avait 92% des Français qui estiment que la violence a augmenté ces dernières années en France. Et quand ils disent ça, parlent-ils vraiment du terrorisme islamiste ou d'un climat de violence au sens plus large, que ce soit des violences scolaires, des violences dans la rue, des violences gratuits, des violences sexuelles ? C'est la question mérite d'être posée.
Et je pense que les Français ressentent davantage un climat d'insécurité général. Et on parle des Français, vous les, j'imagine, côtoyez aussi, vous les parlez, vous les interrogez, que ce soit pour vos enquêtes ou pour vos activités par l'intermédiaire de votre institut, l'Hexagone, les politiques, est-ce qu'ils ont, eux, encore conscience de cette menace ? Ou là aussi, le temps, hélas, a fait une partie de son œuvre et donc la menace islamiste qui est encore très importante, on peut lire dans votre rapport, n'est plus aujourd'hui au centre de certaines préoccupations ? Alors, la menace islamiste est moins présente dans les discours des politiques et je pense pour deux raisons.
La première, c'est que cette menace est de moins en moins une menace qui est sous contrôle du politique. Je m'explique. En 2015, on avait donc des attentats qui étaient organisés depuis l'étranger, depuis la Syrie, depuis l'État islamique, en quelque sorte. Et donc, il y avait un double enjeu politique qui était celui, en politique étrangère, de lutter contre l'État islamique sur ses bases à l'étranger et un autre enjeu politique qui était de maîtriser les frontières pour éviter que des djihadistes entrent en France et commettent des attentats.
Aujourd'hui, on a une menace qui est beaucoup plus diffuse, des individus qui passent à l'acte eux-mêmes en s'étant radicalisés sur les réseaux sociaux. Le contrôle du politique est moins important en quelque sorte sur la maîtrise de la menace. Ce sont des attentats qui sont de plus en plus difficiles à anticiper et ça, ça contribue aussi au fait que les politiques en parlent moins dans leurs discours parce que c'est une menace qui échappe de plus en plus à l'autorité politique.
Merci beaucoup, François Pierrat, d'avoir été avec nous, directeur de l'Observatoire Hexagone, ce rapport, si on veut le consulter, on le retrouve bien sûr sur votre site internet et le nom précis de ce rapport, c'est la France, pays meurtri par le terrorisme islamiste. Dialogue qui était intéressant à avoir, qui busait le lendemain de ces commémorations qui marquaient les dix ans de l'attentat à Nice, le président de la République. Il était hier en présence du nouveau maire de la ville, Eric Sauti. Merci beaucoup d'avoir été avec nous pour cette échange.
François Pierrat, dans un instant, avec vous, mon cher Mathieu Lambelot, on va s'interroger à la voix des auditeurs, comme d'habitude sur Sud Radio, au 0826 300 300. Oui, on va parler donc, réagissez au 0826 300 300. Avec cette question, est-ce possible de mourir dans la dignité ? Exactement, alors que dans quelques heures aura lieu à l'Assemblée nationale à nouveau un vote de part pour les députés sur cette fameuse loi très controversée de part et d'autre sur la fin de vie et un Premier ministre qui a annoncé hier qu'il allait saisir le Conseil constitutionnel.
Est-ce à l'État de se mêler de ces questions et comme l'a dit à l'instant Mathieu, est-ce que oui, on peut vraiment mourir dans la dignité ? 0826 300 300 La France au bout du film, 10h30, 13h. A tout de suite. Sud Radio.