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interviewRFI — Invité politique· 17 juin 2026 8 min

Trump à Versailles: «La France ne se fait pas assez respecter», dénonce le député Emmanuel Maurel, cofondateur du parti Gauche républicaine et socialiste

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Emmanuel Morel.

0:01
Emmanuel Maurel

Bonjour.

0:02
Présentateur

Merci de nous rejoindre sur RFI. Alors que s'achève le G7 déviant, le président américain Donald Trump sera donc reçu en grande pompe ce soir à Versailles, où il pourra d'ailleurs goûter les vins et champagnes français qu'il menace aujourd'hui d'assommer à coups de droits de douane. Cette invitation du président Macron, tous ses égards, tous ses tapis rouges déroulés, est-ce que c'est une erreur, Emmanuel Morel, où cela peut, à l'inverse, servir à désamorcer l'hostilité américaine ?

0:38
Emmanuel Maurel

Écoutez, je ne sais pas si c'est une erreur. En tout cas, je ne crois pas que ça puisse désamorcer, comme vous dites, l'hostilité américaine. Parce que M. Trump est peut-être sensible à la flagornerie et au faste, mais la vérité quand même, c'est qu'il a tenu à l'égard de l'Europe un certain nombre de menaces, et notamment à l'égard de la France, et que sur la taxation du numérique, si nous nous obstinons, je le cite, à vouloir réguler le secteur, il est prêt à augmenter les droits de douane à hauteur de 100%. Je note d'ailleurs qu'au même moment, le Parlement européen a fait l'erreur de voter l'accord qui avait été signé avec Mme von der Leyen sur la taxation des produits européens.

Et on nous avait dit, surtout si on signe cet accord, on n'aura pas de problème avec M. Trump, il y aura une stabilité des relations commerciales avec les États-Unis d'Amérique. On voit qu'il n'en est rien, et c'est tout le problème de Donald Trump, ce n'est pas un partenaire fiable, ce n'est d'ailleurs plus vraiment un allié. Donc on peut toujours le recevoir à Versailles, mais je ne crois pas que ça change grand-chose aux problèmes qui sont posés aujourd'hui aux pays européens.

1:39
Présentateur

Mais quelle stratégie adopter face au président américain ? Certains disent, pour être respecté, il faudrait être ferme avec lui. Pour l'heure, ce ne sont que des mots.

1:51
Emmanuel Maurel

C'est bien le problème, c'est que je trouve que... Alors, le pire est atteint quand même par Mme von der Leyen, qui est allée signer l'an passé sur un terrain de golf, un accord qui était en Écosse, exactement, un accord de capitulation en race campagne. Mais son grand argument, c'était de dire, bon, c'est vrai, c'est un peu humiliant pour l'Europe, mais au moins, on préserve l'essentiel. Puis on se rend compte qu'on n'a rien préservé du tout, et qu'aujourd'hui, il faut remettre l'ouvrage sur le métier, parce que face à M. Trump, la vérité quand même, c'est qu'il serait bon de construire un rapport de force. Or, il se trouve que l'Europe, en réalité, en a le pouvoir.

L'Europe, c'est un grand marché, ça intéresse les entreprises américaines, et normalement, notre devoir, c'est de dire aux Américains, écoutez, bien sûr, vous venez sur le marché européen, mais il faut respecter un certain nombre de règles que nous voulons édicter. Le problème, c'est qu'on a des pays, des États membres qui sont trop faibles, trop peureux, et qui ne semblent pas prendre conscience que M. Trump, il ne comprend que le rapport de force. Et pourtant, on ne cesse de le voir, ça ne cesse d'être prouvé.

C'est pour ça que je regrette, moi, que les Européens soient à ce point faibles, et d'une certaine façon, peureux, là où il faudrait assumer le rapport de force avec des États-Unis qui, en tout cas, avec M. Trump, ne comprennent que ça.

3:10
Présentateur

Alors, vous évoquez ce nécessaire rapport de force face à Donald Trump. On en parlait, ces menaces sur les vins et champagne français, 100% de droits de douane menacent le président américain. Est-ce que la France fait bien, dans ce dossier, de poursuivre le bras de fer, de ne pas renoncer à ses taxes contre les GAFAM américains, les géants numériques ?

3:33
Emmanuel Maurel

On a quand même une situation inédite dans l'histoire du monde. C'est qu'on a cinq grandes entreprises américaines qui concentrent un pouvoir absolument incroyable, et dont la valorisation boursière est égale au PIB de plusieurs États membres européens. Et face à ces entreprises tentaculaires qui, surtout, veulent continuer à vivre dans une sorte de Far West, c'est-à-dire sans règles, sans lois, sans encadrement, on ne peut pas accepter ça, nous, en Europe. Je vous donne un exemple. Aujourd'hui, on a des grandes entreprises d'intelligence artificielle qui pillent allègrement les données des éditeurs de presse, des journalistes, des artistes.

4:13
Présentateur

Et c'est un beau combat à l'Assemblée, oui.

4:15
Emmanuel Maurel

Oui, c'est un combat, parce que je trouve incroyable que nous sommes toujours pronds à condamner le vol et le pillage. Alors là, on a un vol et un pillage au niveau mondial, avec une menace sur des secteurs entiers, le secteur de la presse écrite, le secteur de la création. Et face à ça, on reste inerte, là où il faudrait être offensif. Vous savez, moi, je me souviens, quand j'étais député européen, on nous avait dit, surtout, surtout, n'essayez pas de mettre des règles pour Disney, Netflix et Amazon, parce qu'ils ne viendront pas en Europe. On a été un certain nombre à dire, si, au contraire, on va leur imposer des obligations d'investissement, par exemple, dans la création audiovisuelle.

Résultat, ils sont installés en Europe et ils obéissent aux obligations d'investissement qu'on leur avait données. Donc, vous voyez, je pense que, quand je disais rapport de force tout à l'heure, le marché européen, c'est un marché important, mais il faut se faire respecter. Je crois que c'est le principal problème, aujourd'hui, face à Donald Trump, c'est que les Européens, et même la France, d'une certaine façon, ne se fait pas assez respecter.

5:14
Présentateur

Un mot, Emmanuel Morel, sur la course à l'Elysée, à moins d'un an, maintenant, de l'élection présidentielle. Qu'est-ce que vous inspire, cette multiplication de candidatures à gauche ? Vous, qui avez quitté le PS, il y a quelques années, maintenant, pour créer votre parti, la gauche républicaine et socialiste. Vous avez, depuis, rejoint les bancs des élus communistes à l'Assemblée. Cette gauche façon puzzle, ça vous inspire quoi ?

5:40
Emmanuel Maurel

Vous savez, moi, je pense qu'il y a une forme de crétinisme présidentialiste, quoi. C'est-à-dire que... Crétinisme, oui. Oui, ben, c'est... C'est bon. On a des... Chaque matin, on a un nouveau candidat qui se réveille et qui, tout d'un coup, imagine qu'il est le sauveur suprême. Je pense qu'il faut se désintoxiquer des institutions de la Ve République et qu'il faut partir du principe que le plus important, déjà, c'est répondre aux aspirations des gens et être capable de faire un programme. Et là, on met systématiquement la charrue avant les bœufs. Vous avez des gens qui, tous les matins, se déclarent candidats, qui ont le sentiment d'avoir un rapport particulier avec le peuple français.

Moi, je pense que le mieux, c'est de parler des problèmes, essayer de trouver des solutions. Et à la fin, il y aura une incarnation. Et on prend le problème totalement au sens inverse.

6:25
Présentateur

14 candidatures à gauche pour challenger celle de l'insoumis Jean-Luc Mélenchon, à laquelle va peut-être, sans doute, bientôt s'ajouter la candidature de Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste.

6:38
Emmanuel Maurel

Alors, je ne sais pas, parce qu'il y a des débats, il y a un congrès du Parti communiste qui est en train de se dérouler.

6:43
Présentateur

S'il allait jusqu'au bout, vous soutiendriez sa candidature comme vous l'aviez fait en 2022 ?

6:49
Emmanuel Maurel

Moi, je pense que le mieux, c'est quand même l'arrivée à une candidature commune à gauche. Il n'y a pas d'autre choix. Jean-Luc Mélenchon est parti tout seul, donc lui, il ne nous a pas demandé notre avis. Mais pour le reste, je pense que ça serait mieux si on arrivait à une candidature commune, évidemment.

7:03
Présentateur

Sinon, ça va se terminer avec la 4 voix pour l'extrême droite, pour le RN, qui est déjà donné finaliste au Lama ?

7:10
Emmanuel Maurel

De toute façon, je pense que chacun a bien pris conscience qu'aujourd'hui, le risque n'a jamais été aussi important dans notre pays de voir un candidat d'extrême droite l'emporter. Bon, mais après...

7:20
Présentateur

Ça suffira à réveiller la gauche ?

7:22
Emmanuel Maurel

Je me souviens du sursaut de 2024, quand j'étais candidat aux législatives. Entre les deux tours, il y a eu un sursaut formidable des gens qui n'étaient pas forcément de gauche, d'ailleurs, mais qui étaient des républicains, qui ne voulaient pas voir leur pays dirigé par l'extrême droite. J'espère qu'il en sera ainsi à nouveau, mais pour ça, il faut qu'on se prépare correctement et dans la dignité.

7:40
Présentateur

Appel au sursaut, il reste 11 mois. Merci Emmanuel Morel.

7:44
Emmanuel Maurel

Merci à vous.

7:44
Présentateur

Bonne journée.

7:46
Emmanuel Maurel

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