Caroline Abadie : "La Covid a réveillé une haine anti-asiatique"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 81 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:48OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est encore le cas aujourd'hui, ou ça s'est tassé un an après l'apparition de ce coronavirus, qui a longtemps été présenté comme chinois ?
- 1:02OuverteRéponse directe
Et vous-même, qu'est-ce qui vous est arrivé par exemple ?
- 1:30RelanceRéponse directe
Est-ce que c'est encore le cas aujourd'hui, ou ça s'est tassé un an après l'apparition de ce coronavirus, qui a longtemps été présenté comme chinois ?
- 2:04OuverteRéponse partielle
Et pour autant, est-ce qu'on peut le quantifier ? C'est difficile à mesurer cette aggravation de la situation ?
- 2:54OuverteRéponse directe
Vous dites que ce racisme est sous-estimé. Comment vous l'expliquez ? C'est ça, c'est juste le manque de témoignage, le manque de plainte ?
- 4:13OuverteRéponse directe
Quelles sont vos recommandations, justement, pour changer la donne ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:20PrésentateurChiffre
« Une agression tous les deux jours sur des personnes d'origine asiatique. »
- 4:25Invité politiqueFait
« C'est en ce moment à l'examen au Sénat. »
Temps de parole
- Présentateur42 %
- Caroline Abadie33 %
- Invité25 %
≈ 4,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
C'est la chasse aux asiatiques, aux bridés, les jaunes mangeurs de chiens. Vous n'êtes bon qu'à ramener des maladies. Voilà le genre de propos postés sur les réseaux sociaux depuis un an, depuis l'apparition de l'épidémie de Covid, qui a exacerbé le racisme anti-asiatique. Un premier procès s'est tenu hier à Paris, à l'encontre de cinq personnes accusées d'avoir écrit ce genre de message. Deux invités avec nous ce matin. Caroline Abadie, vous êtes députée La République en marche de l'ISER. Bonjour. Bonjour. Rapporteur d'une mission d'information sur les différentes formes de racisme. Vous avez remis vos conclusions au gouvernement hier et vous y avez assisté. Vous, Son Létane, bonjour.
Bonjour. Vous êtes le porte-parole du comité Sécurité pour tous, qui regroupe 46 associations. Vous-même avez été victime de ce racisme. Est-ce que c'est encore le cas aujourd'hui, ou ça s'est tassé un an après l'apparition de ce coronavirus, qui a longtemps été présenté comme chinois ?
Il y a encore des cas de racisme. J'ai eu hier le témoignage d'une personne qui s'arrêtait au feu rouge, qui avait la fenêtre ouverte parce qu'il commençait à faire beau. Et qui s'est fait cracher dessus en se faisant traiter de salle chinois.
Et vous-même, qu'est-ce qui vous est arrivé par exemple ?
Moi, j'étais dans le métro. C'était à l'apparition du coronavirus. Lorsque je prenais le métro, la personne qui était assise à côté de moi a changé de place, tout simplement.
Carrément, sans vous parler, rien du tout ?
Sans me parler. Je n'ai jamais mis un pied à Wuhan. Je n'ai jamais mis un pied en Chine. Et voilà, sans le savoir, c'était la première fois que ça m'est arrivé. D'un acte aussi violent, parce que j'ai pris ça de manière très violente. Voilà, donc c'est ce qui nous arrive.
Donc avant cette épidémie, vous ne la ressentiez pas, cette xénophobie ?
Elle existait, mais elle n'était pas aussi explicite. C'est-à-dire qu'en fait, c'était des micro-agressions, c'était sous couvert de blagues. Quand on essayait de se dire « mais c'est du racisme », on disait « mais non, mais c'est de l'humour, tu n'as pas d'humour ». Un peu comme on pouvait le dire à des femmes quand il y avait des blagues sexistes. Donc c'était ça en fait, ce que vivaient les Asiatiques. Il y avait des agressions également, mais c'était sous couvert de vols à l'arraché, des choses comme ça. Donc il n'y avait pas forcément un racisme aussi explicite.
Et pour autant, est-ce qu'on peut le quantifier ? C'est difficile à mesurer cette aggravation de la situation ?
C'est difficile à le mesurer. Nous, l'association, en 2019, on avait réussi à donner un chiffre à minima. Une agression tous les deux jours sur des personnes d'origine asiatique.
Agression verbale ou physique ?
Agression physique. Physique, d'accord. En Ile-de-France, on le faisait à partir de la nationalité des victimes et à la consonance de leur nom. En 2020, c'est compliqué parce qu'avec le confinement, c'est difficile d'avoir des chiffres. Et en plus, si vous voulez, les asiatiques ne portaient pas beaucoup plainte. Et c'est le but de notre association, c'est de les convaincre de porter plainte parce qu'à partir du moment où vous portez plainte, vous rentrez dans les chiffres. Et vous êtes pris en compte, en fait. Le racisme se mesure à partir des chiffres des plaintes.
C'est ce que vous dites, Caroline Abadi, dans votre rapport. Vous dites que ce racisme est sous-estimé. Comment vous l'expliquez ? C'est ça, c'est juste le manque de témoignage, le manque de plainte ?
Effectivement, la plainte, c'est le point de départ pour quantifier ce genre d'actes et de propos racistes. Il y a aussi l'explication, c'est que le racisme anti-asiatique est basé sur des préjugés qu'on pourrait qualifier de positifs. On pense que les asiatiques sont dociles, travailleurs. Et c'est ce qui fait qu'ils peuvent être plus souvent agressés parce qu'ils auraient plus d'argent, parce qu'ils travaillent, ils ont des commerces. Ils vivent aussi des discriminations dans certains emplois parce qu'on ne va pas forcément bien les payer. L'orientation scolaire, on va les mettre sur des filières informatiques. Donc tout ça, c'est des préjugés positifs.
Et ça reste de la discrimination et ça reste du racisme. Et effectivement, cet épisode Covid a réveillé une haine. Les gens se lâchent complètement. Sur les réseaux sociaux, c'est devenu vraiment n'importe quoi. Et on a pu nous-mêmes, avec le président de la mission, Robin Reda, et quelques autres collègues, dénoncés à l'automne, dans une tribune, ces propos qui se proliféraient sur les réseaux sociaux en toute impunité. Parce que, bien sûr, la clé aussi, c'est la régulation des réseaux sociaux. Donc oui, nous, on demande une meilleure référence pénale. C'est ce que j'allais dire.
Quelles sont vos recommandations, justement, pour changer la donne ?
Nous, entre-temps, on a quand même voté la comparution immédiate pour les propos racistes. C'est en ce moment à l'examen au Sénat. On avait voté aussi, il y a quelques temps, le parquet numérique. On a créé le parquet numérique. Et c'est ce qui fait que, cette semaine, ces jeunes se sont retrouvés devant un tribunal. C'est ce qui fait qu'on aura de plus en plus des personnes qui iront répondre de leurs propos racistes devant les juges. Donc ça, c'est une très bonne chose. Mais il y a encore beaucoup à faire. Moi, je pense qu'il y a une meilleure prise en compte des plaintes, et notamment en ligne. Il faut développer absolument cet outil aussi pour les propos et les actes racistes.
Sur Internet, il y a encore aussi de la prévention à faire. C'est-à-dire qu'il faut qu'on forme. Là, on voit bien, derrière la barre, au tribunal, on n'avait que des jeunes et des mineurs aussi qui seront jugés plus tard. C'est très inquiétant que ce soit un phénomène exclusivement jeune. Moi, je préconise, dès le CM2, former les jeunes à l'usage et au risque qu'ils prennent quand ils sont sur Internet.
Donc une réponse pénale, c'est ce que vous préconisez. Et il y a aussi, vous le dites dans votre rapport, tout un travail autour de la mémoire à faire.
Oui, parce que là, ça concerne effectivement aussi. On parle du racisme anti-asiatique ce matin, mais vous comprenez que ça concerne toutes les formes de racisme. On a vraiment été attaché à une réponse universelle. Il y a la réponse pénale, il y a la réponse mémorielle. On voit avec les manifestations qu'il y a eu et les déboulonnages de statues qu'il faut qu'on fasse ce travail de mémoire, qu'on érige de nouvelles statues, qu'on mette peut-être dans un musée toutes ces histoires un peu polémiques sur la colonisation, sur l'esclavage. Et bien sûr, nos concitoyens d'origine asiatique auront aussi une part dans ces musées-là.
Et vous dites aussi qu'il faut plus de cours d'histoire-géo à l'école. Dites-moi, Son Létane, est-ce que cette réponse vous convient ? C'est ce que vous attendez des pouvoirs publics ?
On entend effectivement une réponse mémorielle. Est-ce que les Français savent qu'il y a eu 140 000 travailleurs chinois qui sont venus participer à l'effort de guerre ? Est-ce qu'on sait qu'il y a eu 20 000 Indochinois qui sont venus de force pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Est-ce qu'on sait qu'il y a une statue d'un travailleur chinois qui est représentant un travailleur chinois en face de la guerre de Lyon ? Effectivement, ce travail-là est important à l'école. Ça commence à l'école. Il n'y a pas seulement que dans les cours. Ça marche aussi dans les cantines, à la cantine. Parce qu'on sait que le racisme anti-asiatique, c'est souvent par rapport à la nourriture.
Donc le fait de proposer des menus de tradition asiatique serait une réponse ? Est-ce que vous savez par exemple que les asiatiques, les menus végétariens, c'est des menus ancestrales en Asie ? On mange végétarien depuis des millénaires, notamment en Inde ou au sud de la Chine. Donc effectivement, il y a ce travail qu'il faut faire. Ce qui me frappe en fait dans l'affaire d'hier, c'est que ces jeunes étaient jeunes, mais ils étaient éduqués. On avait des étudiants en droit, il y a même un des prévenus qui veut être juste d'instruction. Vous vous rendez compte ? Ce n'est pas seulement que des gens qui n'ont pas reçu d'éducation. Donc là, on se rend compte qu'il y a eu de l'insouciance.
J'ai été frappé par l'insouciance des prévenus.
Il y a quelque chose d'autre qui est frappant dans cette histoire de depuis un an, avec ce coronavirus qu'on a beaucoup qualifié de chinois. C'est qu'en fait, on met tout le monde dans le même sac aussi. Un vietnamien, laotien, un chinois, c'est pareil aux yeux des racistes ?
C'est pareil. C'est pareil.
Il n'y a pas de différence.
Est-ce qu'il est très difficile de reconnaître un asiatique d'un autre asiatique ? Donc effectivement, et en plus asiatique, c'est vraiment très global. Les indiens sont des asiatiques. Bien sûr. Les Qataris sont aussi des asiatiques. Donc là, on parle de racisme anti-asiatique de l'Asie de l'Est. Mais nous, on englobe vraiment toute l'Asie.
Son Létane, porte-parole du comité Sécurité pour tous. Merci beaucoup et merci à vous, Caroline Abadie. Vous êtes députée LREM d'ISER et rapporteure d'une mission d'information sur les différentes formes de racisme. Vous étiez les invités du 5-7. Merci.
Merci. Merci.
Caroline Abadie