1 an après la barbarie policière : le témoignage bouleversant de Michel Zecler
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 5 %Attaque 35 %Défensif 60 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:55OuverteRéponse directe
Comment tu vas ?
- 2:17OuverteRéponse directe
Ton livre trace un parcours de vie avec une bande son des années 90. La musique t'a accompagné toute ta vie ?
- 3:04OuverteRéponse directe
Quelle petite playlist conseille à quelqu'un qui essaye de rester debout ?
- 3:50OuverteRéponse directe
Un policier te dit 'sors, sale nègre'. Qu'est-ce qui demeure le plus douloureux un an après ?
- 6:18OuverteRéponse directe
Le fait que ce registre lexical soit utilisé par des policiers de la République t'inquiète ?
- 8:22OuverteRéponse directe
Le corps et l'esprit ne font qu'un. Comment soignes-tu les séquelles physiques et morales ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:01InvitéFait
« En France, quatre policiers ont été mis en examen et deux d'entre eux écroués dans l'information judiciaire ouverte sur le tabassage du producteur de musique Michel Zéclair. »
- 0:09InvitéFait
« Parmi ces quatre policiers mis en examen par un juge d'instruction, trois l'ont été pour violence volontaire par personne dépositaire de l'autorité publique et faux en écriture publique. »
- 0:18InvitéFait
« En garde à vue face à l'IGPN, la police des polices, les trois principaux mis en cause avaient fini par admettre que les coups portés n'étaient pas justifiés et qu'ils avaient agi principalement sous l'effet de la peur. »
- 0:45InvitéFait
« J'ai un médecin devant moi qui me donne six jours et qui ensuite rencontre les policiers qui m'ont agressé et ce médecin leur donne cinq jours d'ITT. »
- 1:11PrésentateurFait
« Des images d'un homme, d'un homme noir tabassé de manière insensée par des policiers à l'entrée de son studio dans le 17e arrondissement de Paris. »
- 1:23PrésentateurFait
« La diffusion de ces images, alors que se discutait la loi Sécurité globale qui prévoyait l'interdiction de filmer les policiers, a à ce point secoué l'opinion publique nationale qu'Emmanuel Macron avait dû exprimer sa honte. »
- 6:00InvitéFait
« Je ne peux pas m'empêcher de penser à Claude Jean-Pierre, qui s'est fait agresser le même jour que moi et qui, lui, est malheureusement décédé, qui s'est passé en Guadeloupe. »
- 6:10InvitéFait
« Je ne peux pas m'empêcher de penser à Cédric Chouvia. Je ne peux pas m'empêcher de penser à Ibrahim Abba. »
- 7:32InvitéFait
« Moi, je trouve ça particulièrement choquant personnellement, que le fait que certaines personnes aient accès à nos données personnelles, et puissent derrière les divulguer à la presse comme ça, pour pouvoir incriminer une personne. »
- 8:24PrésentateurFait
« Le corps et l'esprit, ils ne font qu'un. Quand on lit ton livre, tu décris les séquelles physiques, le bras gauche que tu n'as pas complètement récupéré, mais aussi des séquelles morales. »
- 10:15PrésentateurFait
« Je lui ai dit peut-être que c'était de la jalousie. »
- 10:47InvitéFait
« J'imagine, au début, voulaient m'interpeller pour le non-port du masque, parce que je n'avais pas de masque, effectivement. »
- 20:19InvitéFait
« C'est extrêmement grave. Ça veut dire que, sans caméra, il ne me restait plus que les UMJ pour constater mes blessures. »
Temps de parole
- Invité72 %
- Présentateur27 %
≈ 1,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
En France, quatre policiers ont été mis en examen et deux d'entre eux écroués dans l'information judiciaire ouverte sur le tabassage du producteur de musique Michel Zéclair. Parmi ces quatre policiers mis en examen par un juge d'instruction, trois l'ont été pour violence volontaire par personne dépositaire de l'autorité publique et faux en écriture publique. En garde à vue face à l'IGPN, la police des polices, les trois principaux mis en cause avaient fini par admettre que les coups portés n'étaient pas justifiés et qu'ils avaient agi principalement sous l'effet de la peur.
Ils étaient trois personnes, ils me tapaient dessus, ils ont lancé une grenade, il y avait des enfants, il y avait des gamins en bas. Quand je repense à tout ça, j'ai le cœur qui bat, j'ai peur, j'ai peur. Parce que j'ai entendu aussi les policiers qui disaient « oui, ça s'est passé comme ça parce que nous avons peur ». Non, moi j'avais peur. Quelque chose de surnaturel. J'ai un médecin devant moi qui me donne six jours et qui ensuite rencontre les policiers qui m'ont agressé et ce médecin leur donne cinq jours d'ITT. Donc, entre l'agresseur et l'agressé, comment la justice fait pour statuer qui a été agressé ? Comment elle fait si jamais je n'ai pas les images ?
Il y a un an et un mois, le média Loopsider nous donnait à voir des images terribles. Des images d'un homme, d'un homme noir tabassé de manière insensée par des policiers à l'entrée de son studio dans le 17e arrondissement de Paris. Tabassé gratuitement, abreuvé d'un jure raciste. La diffusion de ces images, alors que se discutait la loi Sécurité globale qui prévoyait l'interdiction de filmer les policiers, a à ce point secoué l'opinion publique nationale qu'Emmanuel Macron avait dû exprimer sa honte. L'homme tabassé, quasiment torturé il y a un an et un mois, c'est Michel Zéclair. Il se remet de ses blessures au corps et à l'âme.
Il vient par ailleurs de publier un livre, un livre témoignage sur ce qu'il a vécu, mais pas que. Le titre de ce livre, Restez debout, tout un programme. Bonjour Michel. Bonjour Théophile. Comment tu vas ? On va de mieux en mieux. De mieux en mieux, je pense que ça se voit quand même, il y a quelque chose qui redevient lumineux.
Je dirais que le temps avance et puis que je me soigne aussi en même temps. Donc effectivement, le fait d'être suivi, ça m'aide à aller mieux.
Je voudrais commencer par dire que j'ai lu et apprécié ton livre, qui ne se contente pas de parler de l'affaire dite Michel Zéclair, mais qui trace un parcours de vie avec une sorte de bande son en plus, ce qui est un peu la mémoire durable des années 90, d'ailleurs même fait un peu des années 80. Et donc, c'est la bande son de mon adolescence aussi, parce que j'ai deux ans de plus que toi. Donc voilà, la musique, c'est quand même quelque chose qui est très présent dans ta mémoire.
C'est quelque chose qui m'a accompagné toute ma vie. Et jusqu'à en faire mon métier, oui, la musique, c'est depuis tout le temps, c'est des émotions, la musique, la joie, la tristesse. C'est vrai que depuis ma plus tendre enfance, avec le Zouk avant, et puis dans l'évolution
de le rap, le hip-hop. Quelle petite playlist conseille à quelqu'un qui essaye de rester debout ?
C'est vrai que, je ne vais pas donner de morceaux parce qu'il y en a trop, mais c'est vrai que dans ces années-là, les textes étaient écrits d'une manière assez particulière, sans se connaître, en écoutant les textes de ces rappeurs, Ministère Amer, NTM, IAM, et j'en passe, Oxmo Poutino, tout ça. C'est vrai que c'était comme une bande son de vie. Et ils avaient des textes aussi, justement, dans cette optique-là de rester debout, Ministère Amer, c'était aussi, même si c'était un peu virulent, c'était souvent des textes pour nous motiver à rester debout.
Alors, une phrase qui m'a marqué au début de ton livre, c'est donc un policier qui te parle quand tu es à l'intérieur, tu te réfugies à l'intérieur de ton studio, il te dit « sors, sale nègre ». Et quand j'ai lu ça, c'est toujours des mots, quand on les ressent, qui sont des mots très violents. Alors, tu as subi ce jour-là, ce funeste jour, des violences physiques et des violences verbales. Qu'est-ce qui demeure le plus douloureux un an et un mois après ?
Moi, c'est vrai que je dis souvent que je suis passé dans cette lessiveuse physique et psychique. Les insultes, elles ont été extrêmement dures parce que jamais je ne me serais attendu un jour à me faire insulter de la sorte. Je ne les comprends même pas, en fait, les insultes. J'ai vraiment du mal à, un, les accepter et puis, deux, de les comprendre parce qu'elles viennent comme ça pour que tu… je ne sais pas si on peut se tutoyer, mais pour que tu comprennes, c'est que ce jour-là, moi, j'allais faire de la musique. Je ne m'attendais à rien de particulier et à part d'être agréablement surpris par ce qu'allaient me pondre les artistes.
Et quand ce policier se met sans raison, beaucoup de gens me demandent qu'est-ce qui s'est passé avant tout ça. Rien. Tout a commencé au moment que… enfin, le moment que tout le monde a vu. C'est-à-dire que je rentre dans mon studio et que cette personne rentre derrière moi et tout de suite, très rapidement, c'était très violent. C'est pour ça que je le décris… j'essaye en tout cas d'être particulièrement précis dans le livre. Quand je raconte ça, j'essaie de donner le plus de détails parce que c'est important que les gens comprennent ce par quoi je suis passé. Parce que certes, moi, j'ai vécu toutes ces violences, mais je ne peux pas m'empêcher de penser à tous les autres.
Quand je me souviens de ce jour-là, je ne peux pas m'empêcher de penser à Claude Jean-Pierre, qui s'est fait agresser le même jour que moi et qui, lui, est malheureusement décédé, qui s'est passé en Guadeloupe. Ce sont des choses qui me touchent énormément. Je ne peux pas m'empêcher de penser à Cédric Chouvia. Je ne peux pas m'empêcher de penser à Ibrahim Abba. Tout ça, ça reste en fait, tout ça.
En plus, sale nègre, tout de suite, l'hostilité est une hostilité à caractère raciste. Le fait que ce registre lexical soit utilisé aussi clairement par des policiers de la République, ça t'inquiète, j'imagine. Est-ce que tu as peur aujourd'hui quand tu marches dans les rues du 17ème ? Je suppose que certains des policiers de cette expédition y sont toujours, ou alors certains de leurs copains ?
J'ai du mal à comprendre quand certains policiers essayent de défendre ces policiers-là, ceux qui ont agi comme ça. À partir du moment où on rentre dans ce corps de métier, on sait que c'est difficile, on sait que c'est un métier qui est difficile. Mais même si on est des amis, à partir du moment où tu dépasses les limites, à partir du moment où tu trahis l'uniforme que tu es en train de porter, on ne peut pas, les collègues normalement ne peuvent pas défendre ce genre de choses. Ils ne peuvent pas agir comme ils agissent. Moi, avec moi, ils ont fait comme ils ont fait avec beaucoup d'autres.
C'est-à-dire qu'il y a une victime de violence policière, on va maintenant, pour pouvoir le placer sur le banc des accusés, on va aller chercher un petit peu à droite, à gauche, essayer de trouver tout et n'importe quoi, même s'il faut en rajouter un petit peu, et puis on va balancer ça. C'est-à-dire que moi, je trouve ça particulièrement choquant personnellement, que le fait que certaines personnes aient accès à nos données personnelles, et puissent derrière les divulguer à la presse comme ça, pour pouvoir incriminer une personne.
Moi, dans mon cas, inventer une histoire qui pourrait tenir la route, compte tenu de mon passé qui date de 20 ans, qui a des années-lumière de ma personne aujourd'hui. Et moi, je trouve ça choquant. Et ce procédé-là, ça fait très longtemps que ça existe. Et ceux qui n'ont pas de caméra aujourd'hui ne peuvent pas faire valoir leurs droits, comme moi j'ai pu le faire par rapport à ces vidéos-là. Tout ce procédé-là, honnêtement, aujourd'hui, c'est ça qui me choque particulièrement.
Le corps et l'esprit, ils ne font qu'un. Quand on lit ton livre, tu décris les séquelles physiques, le bras gauche que tu n'as pas complètement récupéré, mais aussi des séquelles morales, et qui se voient physiquement, notamment un yo-yo pondéral, tu prends du poids, tu en perds, etc. Le corps et l'âme doivent être soignés ensemble.
J'ai pris un petit peu de temps à le comprendre, parce que c'est sans doute la pudeur. C'est sans doute la pudeur qui fait que j'ai pris du temps pour soigner l'esprit, parce que je me disais que j'allais me relever. Moi, mes amis les plus costauds de ce côté-là me disaient déjà d'aller me faire soigner. Certaines personnes qui m'ont dit ça, c'est là aussi, ça m'a déclenché quelque chose, que ce n'est pas dans leurs habitudes. C'est des sportifs avec de gros égaux. Des costauds. Oui, voilà. Et on avait naïvement le concept de dire, bon, ça, ce n'est pas pour nous. Alors qu'en vérité, si je n'avais pas été suivi par un médecin, peut-être qu'aujourd'hui, je serais à terre.
Et là encore, je suis obligé de penser à tous les autres. Tous les autres, comment ils font ? Mais non, comment ils font ? Alors tous les autres qui sont dehors parce que la justice a pu démontrer qu'ils n'étaient pas coupables. Mais ceux qui sont en prison, comment ils font ? Pour dormir avec ça, pour vivre avec ça ? On n'a rien fait. On n'a rien fait. Et on se retrouve tabassés, insultés, humiliés, incarcérés.
Alors je me suis toujours demandé un truc. Je me suis demandé si tes assaillants te connaissaient avant de t'agresser, à ton avis. Je lui ai demandé pourquoi ce sursaut de haine ? Je lui ai dit peut-être que c'était de la jalousie. Est-ce que tu penses qu'ils te connaissaient, qu'ils savaient à qui ils avaient affaire ?
Non. Moi, je ne les connaissais pas. L'interaction que j'ai eue avec eux, je n'ai pas eu l'impression que c'était des gens qui me connaissaient. J'ai eu… Moi, j'ai tout de suite vu beaucoup de haine qui m'a choqué. Autant de haine dans leurs mots, dans les mimiques de leur bouche, quand ils me parlaient. Beaucoup de haine. On n'est pas dans un film. Ce sont des gens qui sont… J'imagine, au début, voulaient m'interpeller pour le non-port du masque, parce que je n'avais pas de masque, effectivement. Mais peut-être qu'ils ont été surpris de me voir rentrer dans ce studio-là.
Ils ont eu l'impression d'avoir perdu un match.
Il fallait faire un match retour. Voilà. Moi, je l'ai vécu comme ça. Ils sont rentrés chez moi pour me faire sortir, pour me contrôler. Ce n'est pas comme ça. Je vais aller même plus loin. C'est que s'ils m'avaient demandé mes papiers, même si j'étais chez moi, je n'aurais pas… OK, pas de problème. Contre l'indicité, pas de problème. J'aurais donné mes papiers et tout se serait passé, j'espère, normalement. Sauf que là, ils ont été virulents tout de suite. Il y a eu des insultes quasiment instantanément, très rapidement, après leur entrée dans mon studio. Tout de suite, ça a été violent. C'est tout de suite le tutoiement, tout de suite on me tient, on essaie de me sortir.
Mais moi, je préviens. Je dis, vous êtes dans un lieu privé et vous êtes filmé. Je le dis, ça. Il ne calcule pas. OK, c'est une chose. Et puis ensuite, le déferlement de violence que tout le monde a vu. Mais les gens ont vu une vidéo. Moi, je me suis pris tous les coups que ces gens ont vus. Et honnêtement, à mon pyrénées, je ne le souhaite pas, ça. Les coups de matraque dans la tête. Et puis, moi, je me souviens, c'est quelque chose qui est très fort chez moi, c'est que je me souviens que dans ma tête, je me disais, tu ne rends pas les coups. Parce que ça faisait extrêmement mal. Au bout d'un moment, ces coups de matraque, je sentais le choc dans mon corps, dans tout mon corps.
Mais je n'avais plus la douleur. Ça aussi, le médecin m'a expliqué dans quel état j'étais à ce moment-là. Ça aussi, c'est quelque chose que mon corps m'a sauvé à ce moment-là. Parce qu'en vérité, je ne serais peut-être pas ici, moi, aujourd'hui. Hors de question, dans ma tête, de m'allonger. J'ai toutes ces images où je me dis, quand je les vois, c'est malheureux. Mais jamais je me dis que ça peut m'arriver à moi. Jamais. Moi, je ne fais rien aujourd'hui dans la vie pour que je me retrouve dans ce genre de situation. Franchement, ça a été très dur. J'ai eu du mal, au début, à en parler parce que très pudique. Et puis, je me suis fait agresser. Tout le monde a vu ça.
Apporter, ce n'est pas évident, apporter. Et puis, après, me retrouver dans cette situation-là où je me fais agresser par des gens qui portent l'uniforme de la République. Alors que, moi, mon regard sur tout ça a évolué depuis très longtemps. Je m'entraîne avec eux.
Tu fais du craft, ma gueule.
Oui. J'ai été formé par un policier. Effectivement, on n'est pas d'accord sur tout. Mais on arrive à échanger. On arrive à rigoler ensemble. Mais c'est mon ami. J'en ai plein des amis comme ça.
En plus, dans ton livre, tu parles du corps. C'est-à-dire, ton corps passe du corps d'un petit garçon à un corps d'un jeune noir. Donc, il passe d'un corps inoffensif à un corps que la société considère comme dangereux. Et puis, quelque part, tu ne le dis pas, mais quand on prend de l'âge, on se déshabitue à cette violence. Puisque, à 18-20 ans, tu es habitué, en fait, à l'hostilité des policiers. Mais un homme de 40 ans noir, en fait, il n'est quasiment pas agressé par les policiers. Il change de statut. Il est en partie déracisé. Et donc, du coup, la surprise est encore plus grande pour toi par rapport à quelqu'un qui a 20 ans ou 21 ans ou 22 ans.
Bien sûr. Et puis, de toute façon, cette situation, elle crée un décalage, forcément, avec les jeunes que je peux côtoyer. Mais moi, ce décalage-là, je m'en sers comme expérience pour eux. C'est comme un jeune qui va dans un cours de boxe. Et l'entraîneur, ce qu'il lui apprend, c'est aussi à ne pas tomber là où il est tombé. C'est aussi ça, la transmission. C'est-à-dire qu'effectivement, quand on a fait des erreurs et qu'on les a reconnues et qu'on a réussi à surpasser, à dépasser ce stade-là, c'est aussi notre rôle de montrer un autre chemin, d'autres possibilités, d'autres ouvertures, même si c'est par le biais de la musique.
– Alors, je ne vais peut-être pas te demander où en est la procédure judiciaire, peut-être que je ne peux pas trop répondre. – C'est vrai que c'est en instruction et même dans le livre, je donne beaucoup de détails sur les choses qui, pour moi, sont importantes. Mais je fais très attention aussi parce qu'il y a une procédure qui est en cours et que j'aimerais aller au bout de cette procédure normalement et que justice soit rendue.
– Alors, je voudrais qu'on revienne sur un aspect juste qui est si peu abordé, que tu abordes dans ton livre, le traitement dont tu étais l'objet après les violences filmées et qui font penser qu'il y a un système, alors ce n'est pas toi qui le dis, c'est moi, un système qui garantit l'impunité. Tu es marqué par l'indifférence des autres policiers qui n'ont pas été de l'équiper de ceux qui t'ont tabassé, donc par exemple ceux qui t'accompagnent au commissariat, mais ils se tiennent comme à distance de ta souffrance.
– Oui, j'ai eu l'impression, et c'est ce que je dis aussi, c'est comme si j'étais un peu déshumanisé. C'est-à-dire qu'après m'être fait tabasser à l'intérieur de mes studios, voilà qu'on me lance une grenade, parce que c'est quand même assez grave, on lance une grenade chez moi, moi cette grenade-là, je ne sais pas que c'est une grenade, je ne peux même pas expliquer réellement ce que j'ai cru que c'était, un objet est rentré, qu'est-ce que c'est, et voilà, j'ai voulu regarder. J'aurais mis ma main, ça a explosé très peu de temps après, on le voit dans les images, mais j'aurais mis ma main, j'aurais perdu ma main, ce jour-là.
Ils ont lancé une grenade, il y avait des enfants, il y avait des gamins en bas. Moi, quand je repense à tout ça, j'ai le cœur qui bat, parce que c'est vraiment quelque chose de surnaturel. Je me retrouve dans ce truc-là, j'ai peur, j'ai peur, parce que j'ai entendu aussi les policiers qui disaient « oui, ça s'est passé comme ça parce que nous avons peur ». Non, moi j'avais peur. Ils étaient trois personnes, ils me tapaient dessus, dès qu'ils s'essoufflaient, je ne cessais de leur dire, parce que je pensais peut-être qu'ils s'étaient trompés de personne, ils étaient peut-être après quelqu'un, et ils m'ont confondus. J'étais dans cette naïveté-là.
« Vous vous trompez, monsieur, mais qu'est-ce qui se passe ? » Mais ça continue à me taper et à m'insulter. Ça veut dire que quand les gamins sont montés et les policiers sont sortis, je me suis retrouvé à l'intérieur de mon studio, et que je vois que, à travers la vitre, je vois les nombreuses sirènes, je vois les couleurs bleues, et je vois des policiers qui sortent leur arme, qui me braquent, je suis où en fait, là ? Il se passe quoi ? Donc là, c'est vrai qu'à ce moment-là, je me suis dit, je me suis fait un film, mais très rapide. Peut-être qu'ils viennent me tuer, peut-être que, je ne sais pas, j'ai dû...
Ils me braquent, j'ai mon téléphone, je leur dis, en plus, je me montre, à un moment, j'ai essayé mon téléphone, je n'ai rien fait, je ne comprends pas. Derrière, les policiers qui arrivent. Alors, même là, les collègues les appellent, leur disent, voilà, on s'est fait agresser par une personne. Donc, normal qu'ils arrivent pour pouvoir aider les collègues. Ils arrivent, ils voient du sang partout. Ils se disent, peut-être pas que c'est mon sang, c'est uniquement mon sang.
Et quand ils me sortent du studio, qu'ils me tabassent, qu'ils me mettent des coups de matraque, encore que la personne qui m'a agressé monte encore sur moi, pour toute cette rage qu'il faut qu'ils sortent, quand je vois des jeunes qui sortent derrière, et lui, il saute sur chaque jeune qui sort. Enfin, regardez les vidéos, c'est quand même, on dirait limite une bête enragée. C'est fou. Ça me dérange même de dire ça. Mais c'est ce qu'on voit sur les images. Il est là, il essaie d'attraper les jeunes, de mettre des coups à chaque... – Les jeunes qui n'ont rien à voir avec cette... Mais qui ne sont même pas...
Enfin, quand on ferme la porte et qu'ils me regardent, ils sont étonnés, ils ont peur. Qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi ce truc ? Mais quand ensuite je me retrouve dans cette voiture, et que moi je suis halluciné, j'ai mal au bras, je ne sais pas trop pourquoi, et que j'ai trois policiers qui ne m'ont pas agressé, qui sont devant moi, la première chose que je leur dis, je leur dis, mais messieurs, vous vous rendez compte ce qu'ont fait vos collègues ? – Là, je me rends compte que leur routine a repris. C'est-à-dire que là, j'ai un policier qui a une égratigneur sur la main, moi, l'état dans lequel je suis, et il me demande, est-ce que vous êtes malade ? Ou est-ce que...
Enfin, moi, ce n'est pas grave, en fait. Lui, il est égratigné, comme j'ai du sang...
– C'est pareil, il y a un signe d'égalité.
– En tout cas, à ce moment-là, je comprends que je suis dans un truc pas normal. – Un autre scandale dans le scandale,
c'est les UMJ, les unités médico-judiciaires, qui te donnent six jours d'ITT, alors que tu es complètement ravagé. Et tu décris un médecin, un médecin donc des UMJ, qui là aussi est en retrait, comme indifférent, du côté de la police, en gros.
– C'est extrêmement grave. Ça veut dire que, sans caméra, il ne me restait plus que les UMJ pour constater mes blessures. Mes blessures, la conséquence de ce que j'ai eu, les gens ont vu les images. D'accord ? Et ce médecin, quand il me voit, il me donne six jours d'ITT. Très honnêtement, moi, quand il me donne six jours d'ITT, je ne comprends même pas. Moi, je suis ravagé, je suis devant lui, je lui montre, j'ai un énorme bleu sur le bras, je lui dis, moi j'ai l'impression que c'est un hématome ou un truc, je ne comprends pas cette douleur. J'ai un médecin devant moi qui me donne six jours, et qui ensuite rencontre les policiers qui m'ont agressé, et ce médecin leur donne cinq jours d'ITT.
Donc, entre l'agresseur et l'agressé, il y a un jour de… Comment la justice fait pour statuer qui a été agressé ? Comment elle fait si jamais je n'ai pas les images ? Comment elle fait ? Donc, les gens qui se sont malheureusement retrouvés dans une situation similaire à la mienne, ou pire, parfois, parce qu'il y a pire, il y a bien pire, et qui n'ont pas de vidéo, et qui passent par ce chemin-là, je dis juste que les UMJ, c'est un maillon essentiel de la chaîne, et s'il y a des complaisances à ce niveau-là, comment un citoyen lambda fait pour pouvoir faire valoir ses droits ? Comment il fait pour que sa version des faits ne soit pas inaudible ? Je ne sais pas.
Alors, finalement, ça a été revu à la hausse, le nombre de jours. Et donc, c'est passé à…
Alors, j'ai fait… C'est passé à 180 jours, mais c'est vrai qu'après la diffusion des images, je suis retourné voir les UMJ, j'ai obtenu 30 jours. Donc, par le même service avant l'opération, j'ai retenu 30 jours, alors que la première fois, c'était 6 jours. Enfin, je dis juste que voilà, il y a quand même une grosse différence, et qui n'est pas normale. J'ai écrit à l'ordre des médecins qui m'ont répondu, bon, en gros, circuler, il n'y a rien à voir.
Alors, il y a aussi des échanges hallucinants, au commissariat, entre les policiers qui t'ont esquinté et toi. Si j'ai bien compris, ce sont eux qui t'ont esquinté. Il y en a un qui se moque, ils sont persuadés de ne rien risquer. Il y en a un qui te dit, tu as 40 ans, j'ai 20 ans, et je vais te niquer.
On est dans le commissariat. Donc, l'encadrement, c'est comment ? C'est-à-dire que comment on peut laisser un policier qui est censé nous protéger, comment on peut le laisser parler ainsi ? Comment on doit agir quand ceux qui sont censés nous protéger décident de se servir de leurs droits pour pouvoir nous tabasser, et ensuite se protéger de nos attaques derrière eux ? Comment on fait ? Comment on doit se comporter ? Parce que c'est vrai que moi, je vois beaucoup les attaques de certains syndicats de police. Je ne sais même pas quoi dire. Comment on fait pour se protéger dans ce cas-là ?
C'est quand, pendant la perquisition, qu'il découvre qu'il y a des caméras de surveillance et qu'il y a enregistré, que le temps de certains commence à changer ?
C'est vrai qu'ils ont fait trois rapports. Enfin, trois rapports. En fait, ce qui s'est passé, c'est qu'ils ont fait un premier rapport qu'ils ont signé à trois. Alors que normalement, c'est à trois policiers, il doit y avoir trois rapports sur la table. Déjà, là, ça pose un problème. C'est-à-dire qu'on essaye de... Unifier les versions. Moi, je dis juste, voilà, moi, ça s'est passé comme ça. J'espère que ce n'est pas quelque chose qui se passe régulièrement comme ça, en fait, parce que c'est extrêmement grave. Bien sûr qu'il faut regarder, il y a forcément un dysfonctionnement, mais encore là, ce n'est pas à moi. Moi, je dis juste, voilà, j'ai vécu ça comme ça, et ça n'est pas normal.
Ils ont fait un premier rapport après avoir dit que j'avais pris leur arme, que je les aurais agressés. Et puis, plein d'autres choses, moi, qui me faisais halluciner quand on me disait tout ça, moi, je suis fracassé. Et derrière, on me dit, oui, mais tu as essayé de prendre leur arme, oui, mais ceci, oui, mais cela. Et puis derrière, comme on essaie de justifier ça, en ressortant mon passé vieux de 20 ans. Et c'est comme ça que, voilà, ça va...
C'est le premier rapport.
Ça, c'est le premier rapport. Le deuxième rapport n'est pas bien plus fameux, de toute façon. Et puis, c'est... Après la diffusion des vidéos, c'est là que les policiers sont mis à avouer. Avouer les coups. Et puis, essayer de les justifier de manière compliquée, mais essayer de les justifier. Et puis, derrière, comme ma caméra ne n'enregistre pas le son, eh bien, on nie les insultes. On nie les insultes que j'ai entendues, qui ont été proférées à l'intérieur de mes studios, qui ont continué aussi au commissariat, que les jeunes ont entendues. Moi, ma version, elle est restée la même depuis le début. Eux, ils ont changé trois fois.
Donc, si moi, j'avais changé trois fois de version, est-ce qu'on m'aurait écouté ? Est-ce qu'on m'aurait cru ? Est-ce que j'aurais été audible ?
Alors, tu dis, en parlant des images, je leur dois beaucoup, sans elles, je serais en prison, voire pire. Oui. Et c'est important, parce qu'en gros, il y a une sorte de bataille juridique qui n'est pas finie, et dont les meneurs entendent empêcher de filmer la police. Alors que, justement, finalement, les vues M&J, les systèmes de rapports policiers sont défaillants, et en réalité, tout ce qui t'a sauvé, c'est quelque chose qui était, finalement, extra-policier.
Oui. Et c'est pour ça que, franchement, dès qu'on me parle de mes vidéos, je suis obligé de penser aux autres, de penser comment ils font pour vivre ça. Moi, je vois la difficulté que j'ai. Et là, je suis vivant. Alors, les familles qui ont perdu un être cher, comment elles font ? C'est extrêmement dur, en vérité. C'est-à-dire qu'on ne peut pas... Enfin, ces gens souffrent, expriment leur souffrance, et de l'autre côté, on essaye de mettre celui qui est décédé sur le banc d'un accusé. Enfin, c'est fou. Essayer de trouver... ce qui l'a bien pu faire dans sa jeunesse.
Ou, s'il n'y a rien, essayer de regarder autour, dans sa famille, s'il n'y a pas quelqu'un qui a un petit truc, et puis, voilà, dire, voilà, la personne qui est décédée, c'est ça aussi. Franchement, c'est choquant, quand même, comme procédé.
Oui, tout à fait. Finalement, l'affaire est médiatisée, et le premier réflexe d'un certain nombre d'activistes, de syndicats policiers, de chercher et de trouver des infos permettant de semer le doute sur toi. Alors, moi, je me rappelle de Noam à Noir qui arrive ici en trombe à la rédaction pour dénoncer le procédé, avant qu'il ne soit fructueux, même si, finalement, la majorité des médias a refusé d'entrer dans le jeu. Alors, finalement, tu retournes leur arme contre eux en sortant ce livre. Tu mets tout sur la table et on sort un beau récit sur un itinéraire de vie qui aurait pu mal tourner, qui a commencé à mal tourner. Et c'est ça, je trouve, qui est fort.
Finalement, tu dis, vous voulez parler de ça ? On va en parler. Et en en parlant, finalement, tu nous fais réfléchir sur comment, en fait, on peut arrêter la spirale folle de l'effondrement d'une vie. Et c'est quelque chose qui nous apporte des choses. Parce qu'en fait, à 17 ans, tu vas en prison à 17 ans, à l'âge où, en fait, on devient, on n'est même pas un adulte, on se prépare à devenir un adulte. Tu es un élève décrocheur, tu es en sport-études, tu as une sorte d'intersection. Il y a à gauche, il y a le rap, l'art, qui t'appelle Ediams, qui est la star qui va bientôt arriver, qui est ton ami, tu fais sa connaissance, vous êtes des confidents. Donc, ça, c'est à gauche.
Et à droite, il y a la délinquance et les braquages à main armée. Tu suis les deux itinéraires, en fait, en n'avouant pas aux uns ce que tu fais de l'autre côté. Puis, finalement, le mal te rattrape, tu vas en prison. Et il y a des belles pages sur ton séjour en prison, elles sont fortes, sans auto-apitoiement. Qu'est-ce que tu penses de notre système carcéral ? Parce que, moi, en tout cas, quand j'ai lu, j'ai l'impression que, quelque part, qu'ils le veulent ou non, quand on prend des jeunes, aussi jeunes, qu'on les envoie au trou comme ça, ce n'est pas pour les corriger, mais c'est vraiment pour les réprimer, c'est la répression.
Et que la prison, elle forme des délinquants et des bruts endurcis. Pas que. Mais, moi, j'ai… Naturellement, en tout cas, qu'elles n'aident pas à corriger, pas assez, en tout cas. Parce que, quand on a 17 ans, même si on a commis un braquage, on a encore des dizaines d'années à vivre. Donc, la société a intérêt à essayer de nous récupérer.
Moi, c'est une période que j'ai vécue… C'était très dur. J'ai vécu cette période difficile de ma vie. D'ailleurs, quand j'en suis sorti, j'ai tout de suite mis tout ça sous le tapis parce que je n'avais pas envie de donner cet exemple-là ou de laisser cet exemple-là. Ça m'a aussi… De cette période-là, j'ai beaucoup lu. J'ai essayé de m'instruire. Par exemple, j'en ai parlé dans le livre parce que j'ai été obligé d'en parler. C'est quelque chose qui a été… Se remueurait tout ça. Bon, ça a été un travail beaucoup plus structuré. Mais c'était quelque chose de très difficile pour moi à sortir parce que j'en suis pas fier. J'en suis pas fier par rapport à mes parents.
J'avais pas envie que ma mère qui m'a tout donné et moi, je lui fais subir cette honte. C'est comme ça que je l'ai vécu, moi.
C'est ta grand-mère, en fait, qui t'a élevé en Martigny que finalement, quand tu la vois, elle est déjà morte.
Ouais, parce que… Ben voilà, c'est… J'ai passé toutes ces années incarcérées. Et vous savez, lorsqu'on est à l'intérieur, le temps, limite, il s'arrête. Mais il continue à avancer. Des fois, on a même l'impression qu'il avance plus vite pour les gens qui viennent visiter. Et c'est là qu'on se rend compte que c'est pas ça que je voulais. Donc je suis vite passé à autre chose. Une fois que je suis sorti de là, j'ai tout de suite voulu faire des choses. J'ai tout de suite voulu construire des choses. parce qu'au final, j'ai…
Tu en as construit des choses.
J'ai essayé en tout cas. Et j'ai rencontré des bonnes personnes.
T'es devenu un tourneur, un tourneur célèbre, avec ton ami Valérie Atlan, dont tu parles, qui est comme une sorte de bonne fée qui apparaît à plusieurs reprises dans ta vie. Vous avez fait de belles entreprises. Vous avez aussi essayé de faire… Vous avez aussi fait une émission… Ouais, on a fait… Parce qu'elle était une journaliste radicale… Exactement.
Elle a dirigé les plus gros magazines hip-hop. Moi, quand je faisais de la musique, c'est ça qui est étonnant. C'est-à-dire que c'est une grande dame que j'ai connue, grande dame, qui est encore… Et quand elle a chroniqué nos musiques, elle a chroniqué aussi les artistes les plus lourds du moment, foudistes, tout ça, les Américains, les plus grands rappeurs. Et c'est vrai que le fait qu'elle ait cette vision, c'est-à-dire artistique, où elle regardait les plus grands et puis elle regardait aussi ce qui arrivait derrière, parce que moi, j'évolais dans un collectif et de ce collectif-là, il y a Saint-Soupakou qui sont sortis, il y a Yannick, il y a Diams.
Et c'est vrai que le fait que quelqu'un qui ne vient pas forcément d'où l'on vient et qui apprécie notre travail, ça donne un peu d'espoir, ça donne un peu ce truc de se dire « Ok, il faut que je continue, il faut que j'avance, il faut que je fasse mieux encore pour la prochaine fois. »
C'est aussi ça que tous ces policiers qui fouillent dans le passé piétinent. Ce travail, ce travail quasi spirituel qui consiste à ne pas retomber, replonger.
Oui, et c'est assez particulier que ce soit après la rencontre de ces trois personnes-là que tout ce passé revienne et qu'on essaye de le mettre pour me définir. Alors qu'encore une fois, je suis à des années-lumière de ce que j'étais il y a 20 ans.
Sortir de prison, quand on est entré à 17 ans, on est à 24, « Tu écris un trou de 7 ans dans mon CV, aucun logement, pas d'aide sociale, comment pourrais-je me réinsérer ? Quelles sont mes chances ? Ce n'est pas un hasard s'il y a de la récidive. » Ça, c'est vraiment un message quasi politique que tu adresses à ceux qui entendent nous gouverner à partir de 2022. C'est vrai que c'est un problème de fond. Et ce n'est même pas un problème qui se pose seulement aux jeunes prisonniers.
C'est sorti de prison, en tout cas, c'est aussi les jeunes qui sortent de l'ASE, qui sortent comme ça, comme si, en fait, finalement, il n'avait pas d'importance parce que même si tu sors de prison, tu devrais au moins avoir au moins le RSA, quelque chose qui te permet de te tenir chaud et de ne pas vouloir replonger.
Dans ce livre, j'ai essayé de me confier, j'ai essayé d'aller un petit peu plus loin, de prendre le temps, d'expliquer un petit peu ce que j'ai vécu, comment je l'ai vécu et aussi les difficultés que j'ai pu rencontrer à toutes ces étapes de ma vie. Ce n'était pas… Je ne l'ai pas fait en attaque. Je l'ai fait vraiment afin de trouver des réponses, finalement. Et dans ce livre, c'est les questions que je pose, c'est réellement des questions que je me pose et au final que je partage avec les gens. Et c'est vraiment… Et j'attends vraiment des réponses à ça.
Tu écris aussi que j'ai grandi à Bagneux. Aujourd'hui, je travaille dans le 17e arrondissement. J'étais presque devenu un modèle de mérite, voire de réussite, un transfuge de classe, un miraculeux, mais en fin de compte, peut-être, étant toujours attrapé par le rôle que la société nous a signé. Quand je lis ça, je trouve que c'est très triste d'en arriver à penser ça. Parce que ça ne devrait pas être comme ça.
Je suis totalement d'accord. Mais comment je dois penser, au vu de ce que j'ai vécu, comment les policiers m'ont décrit, comment aussi facilement ils m'ont tutoyé sans me connaître. C'est l'essence.
C'est-à-dire, en fait, tu es un nègre, tu dois rester à ta place. Je ne voulais pas le dire, mais oui. Merci beaucoup. En tout cas, Michel, c'est un livre passionnant. Michel Zéclair, restez debout, paru aux éditions Plon. Merci, Michel. C'est moi qui vous remercie. Merci.
Merci. Merci.