L’émotion de Fabien Roussel face à un mineur du Nord-Pas-de-Calais | INA adn
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Dans le Nord, ça va mal. La surprise, c'est que ça va plus mal qu'ailleurs. En 1967, le chômage a doublé dans la région Nord-Pas-de-Calais. 50 000 travailleurs maintenant. Chiffres officiels, le Nord, c'est 7% des travailleurs de France et 12% des chômeurs de France. C'est une surprise. Comment le Nord, cette région, pilote cette espèce de roure française a-t-il pu en arriver là ? Et bien simplement parce que les trois industries de base qui ont fait la richesse de cette région, le charbon, le textile, la sidérurgie en font maintenant, sinon la pauvreté du moins apporte la menace d'une décadence progressive. Vous étiez au fond avant ? 36 ans de fond.
Bon, alors comment ça se passe maintenant ?
Par acheteur, je me remis, je suis sorti de l'ornir, ça va. Mais j'ai Macho, il vient de partir à l'armée. Quand il va arrêter, qu'est-ce qu'il va retrouver ? Il n'y a rien de prévu pour les gosses. Et qui sait qui est responsable et de tout ça ? C'est mieux de fermer les fosses, mais on aura dû prévenir du boulot pour ces jeunes. On aura dû implanter des usines tout partout. Qu'est-ce qu'on va faire ? Je n'ai qu'au râge 16 ans, il va à l'école. Quand il va avoir l'âge de travailler, il n'y a rien pour lui. C'est ça, ça, ça. Et encore aujourd'hui comme ça ? Il sabotait tout. Et votre fils, il était d'accord pour aller à la mine, lui ? Ben sûrement. On est mineur et père, un fils.
Tout le monde, il y a passé dans le famille. Mais aujourd'hui, on arrive à un point, il n'y a rien. Il n'y a plus rien.
Qu'est-ce qu'il vous inspire, ce mineur qui s'inquiète pour son fils ?
C'est tellement sincère quand il parle et c'est tellement encore comme ça aujourd'hui. Il n'y a plus les mines. Heureusement.
Personne ne peut regretter les mines de charbon, Fabien Roussel.
Non, mais ce que je veux dire, c'est que vous savez, mineurs, ils étaient fiers de leur travail. C'était dur. Ils y laissaient la vie, mais ils étaient fiers. Fiers de leur travail, de vivre de leur travail, et y compris fiers d'avoir chauffé toute la France au lendemain de la guerre. Souvenez-vous que les Français se souviennent que les mineurs, en 1945-1946, ont travaillé gratuitement les dimanches, les jours de congés, pour pouvoir chauffer les hôpitaux, les écoles parisiennes notamment, parce que c'était le lendemain, au lendemain de la guerre, il n'y avait plus rien. Ils l'ont fait, ils étaient fiers de cette histoire-là.
Et pourtant, avec l'ouverture du marché européen, notamment la CECA et compagnie, la sidérurgie a fermé. Les mines ont fermé sans prévoir d'industrie nouvelle, comme on l'a vu sur une des pancartes. Aujourd'hui, on vit la même chose. Quand une usine de Bridgestone à Béthune, c'est le bassin minier, ferme, comme on l'a vu il y a quelques mois, pour 800 hommes et femmes qui travaillent là-dedans, c'est la fin de la vie. Pour eux, le travail, c'est la vie. Il faut comprendre ça. Le travail, c'est la vie. Et quand on prive les gens de leur travail, on les tue. C'est dramatique.
Et c'est pour ça que j'ai fait de ce combat pour l'industrie, pour l'emploi, le cœur de mon combat, parce que ça me touche. Pour moi, l'humanité, elle est là. Cet homme, c'est le genre humain.
Pourquoi le Parti communiste a-t-il perdu ces bastions éprouvées par la crise ?
On n'a pas perdu... D'abord, il n'y a pas de bastions. Il y en a eu. J'aime pas ce terme. Il n'y a pas de bastions, parce que c'est les gens qui nous élisent. Ça ne tombe pas du ciel. Et donc, les maires communistes de ces villes, c'était des anciens mineurs, c'était des anciens sidérurgistes. Ils travaillaient parfois à la fosse, et les habitants les faisaient élire maires quand ils se présentaient, parce qu'ils avaient besoin de quelqu'un qui les représente bien, qui les défende. Et donc, c'était ça qui faisait notre force. Et quand on tue le travail, quand on ferme les usines, ah bah oui, c'est plus dur pour un parti comme nous qui représente justement le travail et les usines.
Mais nous avons montré, lors des dernières élections départementales notamment, que nous pouvions regagner, regagner en défendant le monde du travail, regagner justement en présentant des élus issus du monde du travail, et c'est ce que nous avons fait dans le bassin minier.
Fabien Roussel