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interviewSud Radio· 19 novembre 2025 14 min

David Lisnard : "Les impôts, il y en a trop !"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

En direct du Salon des Mers à Paris, Sud Radio, l'invité politique, Jean-François Aquili. Et votre invité, Jean-François Aquili, c'est David Lysnard, maire de Cannes et président de l'Association des Maires de France et président de Nouvelle Énergie.

0:18
Invité

Bonjour à vous, David Lysnard. Bonjour. Et merci de répondre aux questions de Sud Radio ici au stand de la Confédération des Buralistes. David Lysnard, les Français se sont réveillés avec une nouvelle hausse d'impôts. La taxe foncière va augmenter pour 7 400 000 logements. En clair, les experts de Bercy vont ajouter des mètres carrés en prenant en compte des éléments de confort, raccordement à l'eau, la petite baignoire, le petit WC. C'est 466 millions d'euros d'impôts supplémentaires. Qu'est-ce que vous dites ce matin ?

0:47
David Lisnard

Que les impôts, il y en a trop. C'est pour ça que je les baisse dans ma commune, puisque j'ai baissé le foncier bâti 3,6% cette année, qu'on n'a jamais augmenté les taux et qu'on baisse la dette dans une ville où il y a un taux de pauvreté très élevé, mais parce qu'on a fait des gains de productivité. Je dis que parallèlement, Bercy se prévoit officiellement de prélever 4 400 millions supplémentaires sur les finances des collectivités. Je ne parle pas d'économie, je parle de prélèvement supplémentaire, d'un impôt sur les collectivités, qu'on évalue au moins à 7 milliards et demi. Bref, chaque année, on voit s'amplifier les causes qui produisent les effets du déclassement français.

C'est-à-dire qu'on est à un niveau de prélèvement obligatoire d'impôts et de charges les plus élevés du monde, qui entrave l'activité économique, la prospérité, le pouvoir d'achat, le revenu des Français, l'investissement, et qu'on est dans une spirale infernale qu'il faudra inverser profondément et que parallèlement, des services publics se dégradent. Donc cette spirale, elle est destructrice.

1:48
Invité

David Disnard, ce demi-milliard, ces 466 millions de la taxe foncière, ils vont quand même entrer dans les caisses des communes, des départements ? C'est un peu contradictoire. C'est quand même un bon impôt pour vous, du coup ?

1:59
David Lisnard

Pour moi, je suis un habitant. On n'a rien demandé. C'est un ajustement. Tous les ans, Bercy revoit les bases réévalues des immeubles. Là, ça semble beaucoup plus massif. C'est-à-dire qu'il y a des catégories d'immeubles qui sont la base sur laquelle s'applique un taux. Et le taux, la commune ne décide que du taux. Les bases, c'est l'État. Après, les recettes, elles rentrent, elles rentrent. Mais ce que je veux dire, c'est qu'on le découvre. Peut-être que c'est opportun au moment du Congrès des maires de dire vous aurez une recette supplémentaire. Mais parallèlement... Vous pensez que ça tombe opportunément parce qu'il y a le Congrès des maires ? Peut-être.

Mais en tout cas, le hasard fait bien les choses. Mais il les fait mal pour les contribuables, en tout cas. Mais parallèlement, je le répète, des prélèvements supplémentaires. Par exemple, il va y avoir une augmentation de la taxe générale sur les activités polluantes. Tenez-vous bien. L'État va augmenter cette taxe qu'il perçoit de 60% d'ici 2030, en 5 ans. Cette taxe, elle va être maintenant... Ils augmentent la base. C'est-à-dire que ça va être payé par les unités de traitement des déchets. Les traitements des déchets, c'est une obligation de compétence du bloc communal. Donc ça veut dire quoi ?

Qu'on va devoir digérer cette taxe au moment où on nous dit qu'il faut faire plus d'unités de traitement des déchets pour la fameuse transition écologique. Vous voyez ces injonctions contradictoires. À la fin, elles se font toujours au détriment des contribuables. Et c'est ce qui est en train de flinguer le pays.

3:22
Invité

David Lissnard, est-ce que vous regrettez la taxe d'habitation supprimée par Emmanuel Macron ?

3:28
David Lisnard

Moi, en tant qu'habitant, je ne regrette pas de ne pas la payer. En tant que maire ? Non, mais en tant que citoyen, ce que je constate, c'est que ce qu'avait dit l'AMF à l'époque s'est concrétisé. C'est-à-dire que les impôts ont quand même augmenté. Moins il y a d'impôts locaux, plus il y a d'impôts en France. Pourquoi ? Parce qu'on est en train de... L'État a recentralisé, a fait du centralisme. Il a recentralisé la fiscalité. Si parallèlement à la suppression de la taxe d'habitation, il y avait eu moins de fiscalité, moins de charges, on aurait pu dire au moins que ça sert à quelque chose. Sauf que parallèlement, on atteint 44% de la richesse produite en fiscalité en France.

Non, mais c'est très important. C'est très important parce que ça ne marche pas. Le centralisme n'a jamais fonctionné. Aujourd'hui, il y a un excès de centralisme. Ce n'est pas de la baisse de fiscalité. C'est un jeu de bonnes taux. On enlève un impôt local. On dit qu'on va le compenser. L'État s'est mis une balle dans le pied budgétaire de 25 milliards par an. Et en réalité, on augmente d'autres impôts, les CSG, les TVA, etc. C'est ce système-là qui, à mes yeux, est obsolète. L'excès de centralisme crée de la bureaucratie, crée de la déperdition fiscale et fait qu'on nous annonce des baisses d'impôts depuis 10 ans et les impôts augmentent depuis 10 ans globalement.

4:37
Invité

David Disnard, en 2027, qu'est-ce qu'il faut faire ? Est-ce qu'il faut faire de la tronçonneuse comme Milaï ?

4:43
David Lisnard

Il faut réduire les dépenses, évidemment. Ce n'est pas une fin en soi, la réduction des dépenses. Mais c'est la seule façon de recréer des flux économiques positifs qui vont permettre ensuite de réalimenter les services publics. Ce que je dis, ça paraît contre-intuitif, mais la France a le record du monde de la dépense publique. C'est presque 6 euros sur 10 de création de richesses qui partent en dépenses publiques. Et parallèlement, on a des urgences hospitalières publiques qui sont sinistrées, des services... On manque de magistrats, on manque de gardiens de prison, etc. Pourquoi ? Parce qu'on a beaucoup plus de fonctions administrantes qu'ailleurs.

C'est-à-dire que là où, pour ce qui fait tourner la machine administrative, il faut 24% des effectifs en Europe, nous, il en faut 34%. C'est 10 points d'écart, c'est ce qu'on paye en trop d'impôts, c'est ce qu'on paye en trop de dépenses et c'est ce qui se fait au détriment de l'activité économique. Il faut relancer les flux de prospérité. C'est la prospérité, la production qui fera la redistribution. Or, en France, depuis des années, on est dans une société de consommation et de distribution avant la prospérité. C'est pourquoi on perd des parts de marché, on se désindustrialise contrairement à tout ce qu'on nous raconte. On a des commerces en difficulté, des artisans en difficulté, etc.

5:49
Invité

Vous parliez des 4,7 milliards réclamés aux collectivités en 2026. Le budget, David Lissner, il risque de ne pas être voté.

5:56
David Lisnard

Oui, je ne sais pas. Il faut demander aux parlementaires. Et ça, ça ne vous inquiète pas, ça ? Moi, ce qui m'inquiète, c'est de voir la dégradation budgétaire. C'est-à-dire... Les Républicains risquent de ne pas voter le budget. Oui, moi, je ne le voterai pas tel qu'il est, puisque c'est un budget qui est d'inspiration totalement étatiste. Donc, c'est le contraire de ce que je pense. Et je trouve que ce mantra d'espèce de chantage à la stabilité, avec tout le vocable infantilisant, en responsabilité, en responsabilité, si c'est pour voter des trucs auxquels on ne croit pas, enfin, moi, je suis désolé, quoi. La vie politique, c'est aussi des convictions.

Il serait quand même paradoxal de dire, pour que ceux que l'on combat n'arrivent pas au pouvoir, on fait leur politique. Et la politique fiscaliste, qui est absurde. Voilà, donc... Vous voyez bien qu'on est à l'agonie d'un système, que depuis la dissolution, ça a amplifié cette agonie. Tout ce qu'on disait, enfin, tout ce que je disais pour ma part, depuis un an, se confirme. Et qu'on a un jeu politique qui consiste à dire, pour certains, la stabilité, c'est notre stabilité au pouvoir, et accepter toutes les autres instabilités, y compris fiscales, y compris sociales.

Enfin, quand vous voyez que les députés macronistes ont voté avec le Rassemblement National, la suppression de la réforme des retraites, c'est d'une démagogie, c'est un renoncement à tout ce qu'ils nous ont dit pendant des années. Et ça, ça fait beaucoup, beaucoup de mal à la parole publique, mais ça fait beaucoup de mal au pays. Parce qu'on est en train de plomber les actifs actuels et les générations futures, les jeunes. Vous réclamez toujours le départ d'Emmanuel Macron, David Lissnard ? Je ne réclame pas. Je dis que je ne vois pas d'autre solution pour retrouver un cycle sain, électoral, dans l'esprit gaullien de la Vème République, qui aurait été un départ différé.

Plus le temps passe, moins c'est plausible, hélas. Mais après la dissolution, de dire écoutez, dans un an je démissionnerai, ça vous laisse le temps de vous organiser, ça vous laisse le temps de faire une compétition électorale, etc. Mais vous voyez, Jean-François Killy, j'aurais tellement aimé aujourd'hui qu'on parle de ce qui fait 99% de notre quotidien aujourd'hui en tant que maire. De ce que l'on rencontre face à les problèmes de logement. Non mais vous voyez, on est au salon des maires, on est au congrès des maires et on me demande toujours de commenter. Mais c'est pas ça le centre du jeu. Le centre du pays aujourd'hui, c'est ce qu'on vit.

Dans nos commerces, c'est ce qu'on vit dans nos entreprises, c'est ce qu'on vit dans nos communes. Et c'est ce dont on parle ici, au congrès des maires.

8:05
Invité

6 maires sur 10 se représentent, j'ai envie de vous dire, seulement 6 sur 10. Qu'est-ce qu'il y a ? Il y a de l'angoisse, de la lassitude ?

8:12
David Lisnard

Alors, oui, il y a un peu de tout ça. C'est quand même un pourcentage supérieur à il y a 6 ans. Il y a plus de maires qui disent se représenter qu'il y a 6 ans. J'ai comparé les études hier. Mais il faut comprendre que ça arrive après un mandat où il y a eu plus de 40 démissions de maires par mois. C'est-à-dire 4 fois plus qu'il y a 20 ans. Tout simplement parce que la difficulté à agir a augmenté à cause de ce que j'évoquais tout à l'heure. Cette sur-bureaucratie qui coûte cher aux contribuables, qui pénalise les usagers et qui entrave ceux qui servent le public. Les fonctionnaires, les élus, etc.

Donc la spirale infernale de la bureaucratie, de la sur-réglementation, elle produit une crise de la démocratie. C'est-à-dire une crise de l'exécution des choses. Une crise du pouvoir. Et donc, oui, le maire reste la figure de la République de loin la plus populaire. Ça a encore augmenté par rapport aux ministres, aux députés, aux sénateurs. Parce qu'on est des habitants, parmi les habitants, je dis toujours qu'on est des praticiens du quotidien et des urgentistes de la République. On l'a vu, crise du Covid, inflation. Il a fallu gérer les cantines scolaires avec 15% d'inflation sur les produits alimentaires il y a 2 ans. Mais pas de crise de vocation, vous dites ? Je ne pense pas.

Je crois qu'il y a encore un élan civique en France local. On sera fixé dans 3 mois.

9:27
Invité

Vous avez entendu l'appel du père de Mehdi qui est assassiné à Marseille. Il a eu les obsèques hier sous haute protection. Policière éclairée de David Lissnard. Le père qui a dit « Mon fils de 20 ans est parti pour rien. Il y en a marre. Monsieur le Président, il faut travailler ensemble. Qu'est-ce qu'on fait face au narcotrafic ? »

9:45
David Lisnard

Ce père a évidemment raison. Au-delà de sa peine immense et individuelle d'avoir perdu un enfant. C'est ce qu'il y a de pire dans la vie, évidemment. Nous avions alerté depuis des années ici. Vous le savez, vous. Sur le narcotrafic, on ne nous écoutait pas vraiment comme on alertait sur la crise du logement, comme on alerte sur le protoxyde d'azote aujourd'hui. Bref, il y a 6 ans, j'avais dit « Attention, la drogue est en train d'envers les campagnes aussi. La ruralité, c'est une réalité. » Et puis l'année dernière, on a organisé ce grand débat. Il y a exactement un an au Congrès des maires, on a fait venir les ministres. Bruno Rotailleau était venu. Nicolas Daragon aussi.

Et avec les sénateurs Blancs et Étienne Blancs qui avaient tiré la scène d'alarme et Blancs, et il en a découlé, la loi sur les trafics est une bonne loi. Mais comme toujours en France, il faut exécuter les choses. Moi, ce qui me frappe, la différence entre le monde privé d'où je viens et le monde public, il y a de l'intelligence partout, de l'intégrité, etc. Mais c'est le sens de l'exécution des choses. C'est-à-dire comment on concrétise les choses. Il faut que le parquet anti-stupéfiant qui va être mis en œuvre au mois de janvier ait les moyens d'exister. Je pense que c'est une très bonne mesure. Et puis, il faut qu'on nous écoute.

Quand on alerte sur le fait que dans une rue, dans une ville, tout d'un coup, on a 10 barbeurs qui ouvrent, 10 pizzerias vides qui déclarent du chiffre d'affaires, alors qu'il n'y a personne dedans. Et qu'on dit, attention, c'est du blanchiment. C'est là qu'il faut aller frapper le narcotrafic. C'est le blanchiment. C'est aussi les familles. Moi, je le dis, il y a entre 220... D'après le rapport parlementaire, il y a entre 220 000 et 250 000 personnes qui vivent des stupéfiants en France. C'est-à-dire que c'est plus que tous les effectifs de la police nationale et de la gendarmerie réunis. Le narcotrafic, c'est au moins 7 milliards de chiffre d'affaires.

Je pense que c'est nettement sous-évalué. C'est quasiment le budget de la justice. Donc, il faut s'attaquer aux familles aussi qui sont complices. Il n'y a pas toutes, mais plein de familles sont complices des gamins dealers. Elles font du chouf, du recel, etc. Il faut libérer... Il faut que la société arrête de subventionner le trafic. Mais bien sûr, quand on donne des logements sociaux aux trafiquants, c'est débile. C'est la réalité. J'ai obtenu du parquet et de la CAF qu'on enlève les allocations familiales aux délinquants récidivistes et aux trafiquants récidivistes dans la commune. J'attends une évaluation de cela. Ce n'est pas ça qui va régler le problème.

Mais au moins, qu'il y ait une culture... Que la société ait une culture de la lutte contre le narcotrafic. Et puis, il y a bien sûr tous les réseaux internationaux. Tout le cannabis qui vient du Maroc, la cocaïne qui vient d'Amérique latine, le fentamine, les drogues de synthèse qui sont produites en France, mais aussi du Benelux. Donc, il y a un travail diplomatique. Et enfin, les consommateurs. Frapper les consommateurs. Bien sûr. Tous les mecs qui se la jouent mondain, je les vois bien, y compris pendant des grands événements dans ma commune, qui... Maintenant, dès qu'on arrête un dealer, l'APM arrête un dealer, avant, il n'y avait que du shit, il n'y avait que du cannabis.

Maintenant, il y a toujours de la cocaïne. Et que ces gens-là, quand ils prennent de la cocaïne, ils se disent qu'ils sont co-responsables de la mort de ce jeune homme, qu'ils sont co-responsables de la mort de ce gamin de 12 ans. Enfin, mince, quoi. C'est plus possible. Et ça, ça dépend d'une vraie acculturation. Et puis, il faut bien comprendre que si ces mafias se développent, c'est parce que l'État est faible, a été faible, a été absent. Que l'État arrête de s'occuper de toutes nos vies. Que l'État arrête de vouloir tutéliser nos communes et nos vies privées et nos entreprises. Et qu'il s'occupe de ce pourquoi il a été inventé, c'est-à-dire l'ordre, la justice, la sécurité.

Quant à Emmanuel Macron, je rappelle qu'il n'a plus de majorité. Et qu'aujourd'hui, on a une succession de postures. Mais j'arrêterai là ce propos.

13:08
Invité

Appel lancé. Merci à vous, David Lissnard.

13:09
David Lisnard

Merci beaucoup de cet accueil. Et merci de la présence sur le salon des maires, sur le salon de la France, du pays réel.

13:14
Présentateur

Voilà, c'est une bonne conclusion. Merci Jean-François Aquili, David Lissnard. Jean-François Aquili, on vous retrouvera tout à l'heure justement en direct du salon du pays réel, comme l'a dit David Lissnard, avec le maire de Montpellier qui sera invité tout à l'heure à 9h. Ensuite, nous entendons les buralistes sur cette histoire de trafic, c'est-à-dire un paquet de cigarettes sur cinq aujourd'hui et beaucoup plus, même par endroit, est vendu sur le marché de la contrebande. On va réagir dans un instant sur ce qui a été dit. Il faut remettre de l'ordre la justice, il faut traquer les consommateurs de cocaïne, etc., a dit David Lissnard. Qu'est-ce que vous en pensez ?

J'aimerais vous entendre. Et puis, on va revenir aussi avec Elisabeth Lévy, Éric Revelle, sur d'autres sujets qui sont dans l'air en fait aujourd'hui. Emmanuel Macron qui veut s'attaquer aux réseaux sociaux. Il y a une semaine, tous les mercredis maintenant, il fait un petit détour en France. Il était à Toulouse la semaine dernière, il va à Arras aujourd'hui. Il veut s'attaquer aux réseaux sociaux qui sont une menace pour la démocratie. Qu'est-ce que vous en pensez ? Vous êtes d'accord ? Ou alors, vous estimez qu'on veut baïonner ? J'aimerais vous entendre sur ce sujet. Il y en a bien d'autres.