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interviewLe Figaro· 13 mai 2026 15 min

Chômage à 8,1% : la fin du plein-emploi ? Bertrand Martinot

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

H bonjour Bertrand Martinau, vous êtes économiste, expert associé à l'Institut montagne. Merci d'être en direct avec nous. Euh on va parler chiffre du chômage et puis on va parler un peu aussi retraite.

Vous publiez aujourd'hui même j'ai cotisé j'y a droit mensonge et vérité sur le trait 150 pages. Un sacré défi hein pour répondre à à pour éclairer ce dossier des retraites. Alors les chiffres du chômage, c'est tombé ce matin.

C'est désormais passé au-dessus de 8 %. C'est 8,1 hein, c'est ça pour euh c'est la première fois depuis 5 ans. À quoi euh à quoi cette hausse est d Bertrand Martinau ?

Alors, il faut remettre ça en perspective parce que une hausse sur un trimestre n'a pas de de grande signification en fait. Bon là 02 points, c'est assez sign. Oui, c'est assez significatif mais enfin en même temps c'est assez ératique.

En fait, si vous regardez la chronique, c'est depuis fin 2022 ou début 2023 que le chômage a commencé à remonter. h lentement avec des phases de stagnation notamment l'année 2024 où on a été à peu près à chômage constant mais en fait il y a un mouvement de hausse qui correspond en fait à la fin de la sortie Covid et à la fin du quoi qu'il en coûte et au moment où finalement bah l'économie est un peu rentrée de nouveau dans l'atmosphère avec des des entreprises qui ont été un peu artificiellement gonflées à l'hélium, on va dire par les les aides publiques et puis avec une productivité qui s'était effondrée enfin effondrée qui avait qui avait sensiblement baissé et là les entreprises dans un contexte économique complètement plat où il n'y a plus de croissance, plus de création d'emploi net comme ce qu'on a vu au premier trimestre et ben les entreprises embauchent moins et essayent de rétablir un peu leur marge et le leur productivité. Voilà.

Euh c'est à la fois, est-ce que vous diriez c'est une combinaison à la fois d'un contexte économique et d'une instabilité aussi politique. Bah l'instabilité politique joue un peu à la marche parce que euh les embauches c'est un peu comme en tout cas en CDI, c'est un peu comme de l'investissement en fait. C'est-à-dire que c'est quand même un pari sur l'avenir.

Et c'est sûr que dans beaucoup de secteurs économiques, alors il y a l'instabilité politique, il y a aussi l'instabilité géopolitique aussi. Vous avez des incertitudes sur vos débouchés à l'exportation, vous avez des incertitudes sur le coût des intrans, c'estd notamment l'énergie, tous les produits qui dépendent de la de des des énergies fossiles. Et donc tout cette dans un climat globalement morose, euh bah voilà, vous vous avez pas d'embauche nette, enfin si vous avez des embauches mais il y a pas de création nette d'emploi h et ben le chômage augmente un petit peu.

Voilà. Désormais c'est quoi ? C'est combien de personnes sont inscrites ? 2 6 he c'est ça alors non alors de de personnes au chômage au sens de l'INC c'estàdire au sens de l'enquête emploi de l'INC c'est un petit peu plus de 2 millions 2,6 millions de personnes. les inscrits à à France Travail, c'est plutôt en catégorie A, c'est un peu plus de 3,3 millions, mais ce ne sont pas les mêmes, ce sont pas des chiffres qui sont comparables parce que vous avez des gens à France Travail qui en fait ne sont pas chômeurs véritablement au sens de de l'enquête emploi de l'INC et inversement, vous avez des gens qui sont des chômeurs au sens de l'enquête emploi d'INC mais qui ne s'inscrivent pas à France Travail.

Par exemple, des jeunes bah en fait qui s'inscrivent pas à France Travail parce qu'ils ont pas le droit à l'assurance chômage, donc ils ont pas énormément d'incitations à s'inscrire à France Travail. Ils cherchent tout seul. C'est justement les jeunes qui sont les plus touchés, hein, par euh par euh ce chômage.

C'est ça. Oui. Alors, ça non plus, c'est pas une surprise.

Euh le le chômage des jeunes, il est toujours supérieur au chômage des adultes, tout simplement parce que euh il y a plus de jeunes qui se trouvent par définition en train de chercher du travail puisque il y a tous ceux qui qui rentrent sur marché du travail. Euh donc, il y a une forte proportion de jeunes qui qui cherchent du qui qui spontanément cherchent du travail. Donc les délais d'embauche pour ces jeunes s'allongent et en attendant bah ça fait plus de chômage.

Et en période de mauvaise conjoncture comme aujourd'hui, la hausse du chômage des jeunes est toujours supérieure à celle des adultes parce que la première décision que prennent les entreprises, c'est pas de licencier ou de se séparer d'une manière ou d'une autre de leurs effectifs des salariés en place, c'est juste de geler les embauches, ce à quoi on assiste et de geler des embauches. Et les premières embauches qu'on gèle, bah c'est les embauches de junior notamment des jeunes. Le le gouvernement a présenté un plan début du du mois de mai, le le 7 mai hein, pour justement lutter contre le chômage des jeunes.

C'est le plan c'est le plan emploi futur. C'est 15 mesures. Vous diriez quoi ? un éème plan où il y avait des mesures qui étaient intéressantes à vos yeux pour il y a en permanence des des choses des mesures qui sont prises plus ou moins efficaces en faveur des jeunes.

Les mesures les plus efficaces ces dernières années, ça a été quand même le le contrat d'engagement jeune qui arrive qui est ciblé sur des jeunes en difficulté pour essayer de leur mettre le pied à l'étrier. Je pense qu'il y a énormément de progrès à faire sur les lycées professionnels pour pas laisser les gamins qui sont juste avant le bac pro ou juste après le bac pro de ne pas les laisser dans la nature. Il y a des choses qui se font mais clairement euh bah oui, on ne pense pas assez l'orientation.

C'est d'abord aussi un problème de formation de d'orientation formation pas adapté, c'est ça ? Au marché du travail. Il faut distinguer vraiment deux choses.

Là aujourd'hui, ce à quoi on assiste, c'est une économie française qui tourne au ralenti, donc peu d'embauche et les jeunes sont touchés, j'allais dire comme tout le monde, plus un peu plus que tout le monde puisque comme je vous disais, il rentrent beaucoup rentrent sur le marché du travail. Donc ils sont plus sensibles à des retournements de conjoncture économique. Donc ça le gouvernement peut pas grand-chose clairement.

Là où il peut agir évidemment c'est sur les sujets de fonds de long terme qui sont la formation initiale qui sont le sas entre l'école et l'entreprise qui sont les questions d'orientation. Il y a beaucoup trop d'échecs à l'orientation c'est-à-dire des gamins qui font en particulier un bac pro ou un BTS et en fait bah au bout de de 6 mois il ils se rendent compte que que en fait ça ne va pas du tout. Il y a aussi des échecs d'orientation dans le supérieur avec parcours sup.

Vous avez une proportion importante de jeunes étudiants qui en fait reviennent dans parcours l'année après parce qu'il y a une erreur d'orientation. Ça fait beaucoup c'est de l'ordre de 30 % c'est quand même important. 30 % c'est beaucoup.

Il y a des il y a des chiffres qui circulent qui sont assez inquiétants effectivement et des des erreurs d'orientation. Voilà. Alors passer sous sous la barre des des 5 % de sur l'objectif hein de la de la campagne d'Emmanuel Macron en en en 2002.

Euh désormais, est-ce qu'on peut dire que le le plein emploi là avec ce taux de qui dépasse les 8 %, c'est vraiment hors de portée là jamais été proche du plein emploi. Le plein emploi, je ne sais pas qui a écrit que c'était 5 % en France. Euh plein emploi dans tous les pays euh occidentaux c'est 3,5 4 %.

Bon donc on en est très très loin, même quand on était à à 7 % qu'on considérait comme un un exploit en France un exploit français. D'une certaine manière, c'était un exploit au regard des années passé. Au regard des années passées.

Voilà. Bon, au regard de ce que sont capables de faire les autres voisins, non, faut pas faire du French bassing. On a du French bessing, on a on a énormément de qualité dans plein de domaines.

Euh mais là, non, on n'est pas parmi les plus performants. Non. Euh est-ce que pour revenir sur le travail des jeunes, euh le l'État a raboté hein les aides concernant l'alternance, l'apprentissage, ça quand même c'était des d'après vous c'était des bons comment dire euh façon de propulser entre guillemets de de lancer les jeunes dans le monde du travail et c'est dommage qu'elle soit l'apprentissage est une voix absolument excellente.

Simplement on a quand même on est quand même allé très très loin dans les aides non discriminé, on est allé trop loin. Oui, probablement. Oui.

Bah, il y a un moment où plus cibler, il faut plus cibler. Ben oui, les aides. Oui, l'apprentissage c'est bien à tous les niveaux, y compris dans le supérieur.

Mais enfin, euh le gamin qui est en CAP et qui est en en lycée pro, il a quand même pas les mêmes problématiques d'insertion que le gamin qui est en master en intelligence artificielle quand même ou qui est dans une grande école. Alors, c'est quand même sur ces niveaux supérieurs, très supérieurs, même niveau master, licence pro et master pro et et les grandes écoles où l'apprentissage s'est essentiellement euh développé euh ces dernières années. C'est une excellente chose, mais je vois pas pourquoi les finances publiques contribueraient massivement à ce que, puisque'en fait c'est ça le sujet, que les études de ces gamins soient gratuites et si ils sont de milieu défavorisés, s'ils ont des problèmes, dans ce cas, il y a un système de bourse, mais l'apprentissage n'est pas là pour se substituer à un système de bours.

Donc, il faut mieux cibler, mieux distribuer l'argent public en fait. pas de problème de finances publiques. Je vous dirais qu'il faut tout arroser partout, y compris le sable.

Là, j'ai cru comprendre qu'on avait un problème de finances publique. Donc, il faut faire des choix, il faut faire des arbitrage et c'est toujours pénible à faire un arbitrage. Vous évoquez la l'intelligence artificielle.

Certains redoutent une apocalypse hein dans dans le secteur bah de l'emploi, c'estàd des destructions massives d'emplois. Quel est votre point de vue vous économiste, spécialiste du travail, du chômage sur justement la l'IA qui est déjà dans nos vies et sur l'impact que ça va avoir ? Est-ce que il faut s'attendre à d'ici 5 ans des destructions massives dans dans les Alors, une des rares choses qu'on sait dans ce domaine, c'est que toutes les prévisions sont fausses.

Toutes. Et en particulier, je constate que toutes les scénarios apocalyptiques qui nous ont été décrits, même avant l'intelligence artificielle d'ailleurs mais sur les technologies et bien sûr. Oui, exactement.

Depuis des années 2000, il y a eu mais on a oublié, on a pas souvent pas beaucoup de mémoire, dans les années 90 quand internet s'est développé et il y a eu la la toute la nouvelle économie, la bulle internet et cetera, vous aviez des papiers de journalistes et de gens très sérieux des économistes qui c'était la fin du travail. Il y a eu un bestseller d'un grand auteur américain, la fin du travail. Bon qui succédait lui-même à des bestsellaires des années 80, la fin du travail, l'informatisation dans les années 70, la fin du travail et cetera.

Nous allons tous mourir et cetera. Donc il faut pas se laisser impressionner par ces gourous. Et par ailleurs, il y a un certain nombre de gens dans la la Silicone Vallée en particulier qui ont tout intérêt à nous vendre cette soupe là.

C'est-à-dire regardez acheter mes produits, j'en ai besoin parce que la valorisation de ma boîte est telle que j'ai intérêt à faire du chiffre d'affaires. Donc acheter mes produits, vous allez vous allez faire des gains de productivité infinie, vous allez mettre tout le monde sur le carreau, puis après je verse des larmes de crocodile en disant "Mon dieu, mon dieu, on va détruire beaucoup d'emplois." Bon, en vérité, toutes les prévisions qui ont été faites ces dernières années sur le nombre d'emplois qui allait disparaître, le nombre d'emplois impactés se sont avérés fausses.

Pas plus tard queil y a quelques temps, il y a Entropique qui a sorti des papiers pour dire que dans 5 ans, il y aurait quasiment plus de cadre dans nos économies. Bon, c'est quand même assez risible. Donc oui, il va y avoir de l'automatisation.

Oui, ça va prendre du temps parce que les organisations du travail, les organisations productives, la rentabilité de ces outils, leur efficacité va prendre du temps. C'est comme l'électricité, il a fallu 40 50 ans pour que ça arrive sur les chaînes de production. et que on invente quand même la le travail à la chaîne, c'est pas un petit sujet et le terrorisme et tout ça.

Et donc donc il va y avoir ces mouvement là, mais surtout surtout le travail va se transformer, les compétences vont se transformer et on va créer de nouvelles activités dont ni vous ni moi n'avons la moindre idée. C'est ça qui va se passer. le travail euh c'est aussi euh c'est aussi les cotisations sociales qui servent à euh payer les pensions de retraite.

Les retraites, c'est aussi un de vos sujets. Vous publiez ce livre he qui sort aujourd'hui j'ai cotisé jet droit mensonge et vérité sur les retraites. Le premier des mensonges, c'est ça, c'est j'ai cotisé j'y ai droit.

Alors, c'est un demi-mensonge parce que c'est vrai, vous avez vraiment cotisé et c'est vrai, vous avez accumulé des droits. Heureusement parceors si c'est faux, là, il y a quand même un sujet fondamental. Le problème, c'est que c'est ce n'est qu'en partie vraie.

C'est-à-dire qu'il y a une déconnexion de plus en plus grande entre ce que ce ce que vous avez cotisé et ce à quoi vous avez droit. D'abord parce que Mais moi je cotise pour ceux qui sont déjà à la retraite. Oui, mais je cise pas pour moi-même.

Tout à fait. juridiquement, non mais juridiquement, vous vous avez raison, vous n'accumulez pas de vrais droits d'une certaine manière, mais enfin politiquement, moralement, en équité, tout ce que vous voulez, vous accumulez quand même des droits. Voilà, le problème c'est que ce que vous cotisez est de plus en plus déconnecté des droits que vous aurez.

Et c'est de plus vous êtes d'une génération jeune et plus vous avez une un écart entre voilà, vous allez cotiser de plus en plus et de plus en plus longtemps pour une retraite qui va être de plus en plus faible par rapport à vos cotisations. Donc ça c'est la premier élément qui qui fait que la phrase est de moins en moins vraie malheureusement. Et le deuxième c'est que en fait les retraites ne sont financées qu'à hauteur des 2 tiers par des cotisations.

Le reste c'est des impôts, des subventions de l'État, de l'assurance familiale, enfin des des caisses d'allocation familiale et cetera. Donc en fait, il y a une il y a une très forte déconnexion qui qui nous interdit en fait ne pas la voir nous interdit de parler sereinement du problème de retraite. Le problème de retraite qui sera forcément un un un un un sujet de débat de la présidentielle 2027 mais obligatoirement c'est un/art de la dépense publique.

Donc c'est le cœur nucléaire du séisme des finances publiques qui nous attend dans les prochaines années. Donc on a pas le choix, il faut le traiter ce sujet. il faut le traiter.

Mais les retraités, c'est 17 millions, c'est ça ? De personnes qui votent. Euh c'est pas un peu la raison de la paralysie parce que qu'est-ce qu'il faudrait ?

Il faudrait peut-être quoi dans un premier temps un peu tout que les pensions soient sous-indexées, qu'on qu'on supprime l'abattement de 10 % par exemple. Mais si on touche à ça, les retraités, ils vont être furieux, non ? Ah mais oui, mais les actifs aussi vont être furieux parce qu'on va leur demander de travailler plus longtemps.

Donc la question les les 17 millions de retraités dont certains pas tous ont une situation relativement enviable d'un point de vue financier, patrimonial et cetera, ne sont pas des citoyens de 2è zone. C'est-à-dire que on va demander aux français dans les prochaines années un effort de redressement des finances publiques comme on n'a pas connu de mémoire humaine, enfin de mémoire d'hommes vivants en tout cas. Bon euh donc ça c'est une certitude.

Tout le monde va devoir y contribuer. Tout le monde va devoir faire un eff via des baisses de person de faire un effort où tout le monde renvoie la balle à D'accord. Mais en fait on n pas véritablement le choix.

Il y a des domaines politiques où on a des choix. Là on parlait par exemple de la la loi sur la fin de vie et l'euthanasie. Là effectivement c'est un il y a il y a des choix de société des choix de moraux et cetera.

Puis là vous avez quand même une contrainte financière. Alors les la finance, ça se rapproche, c'est une discipline qui se rapproche quand même un peu plus des mathématiques que de la magie quand même. Donc il faut arrêter de de raconter n'importe quoi sur le sujet.

Et la vérité, c'est qu'on va à faire face à un redressement collectif. Et la seule question politique à se poser vaut le coup, c'est comment on répartit l'effort. Et moi, je dis compte tenu des chiffres que laaffire répartir exclusivement sur les jeunes va poser un problème politique, un problème d'équité et il y a un problème où les jeunes ne vont plus vouloir jouer le jeu.

Ça veut pas dire qu'il faut taper sur les retraités, ça veut dire qu'il faut trouver les moyens de faire un effort équitablement partagé. les retraiter via effectivement une sous-indexation, revenir sur l'abattement de 10 % et les jeunes, vous inquiétez pas, les jeunes vont prendre leur part parce qu'on va reculer progressivement l'âge de départ qui donnera lieu à un taux plein et les pensions vont certainement également être diminuées progressivement euh et donc tout le monde doit faire une part de l'effort et la la politique doit porter sur ses arbitrages et non pas simplement de dire il faut préserver telle catégorie voilà de de de au motif qui qui voterait beaucoup. Vous voyez ce que je veux dire ?

Merci Bertrand Martinau d'être venu avec nous. Je rappelle le titre de ce livre, de votre dernier livre, hein, 150 pages, hein, pour euh parler des des de ce sujet crucial, évidemment euh les retraites, le régime euh des retraites euh on sera sans doute amené à se revoir, j'imagine. No.