Narcotrafic, prisons, blanchiment ... Le "8h30 franceinfo" de Bertrand Monnet
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %
Questions et réponses
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- 0:15OuverteRéponse directe
Vous avez fait beaucoup de recherches sur les trafics de drogues internationaux jusqu'à carrément infiltrer des cartels mexicains.
- 0:58OuverteRéponse directe
La loi qui doit être enterrinée cette semaine par les parlementaires vise à créer un parquet national anti-criminalité organisé. Qu'est-ce que ça va changer ?
- 1:37RelanceRéponse directe
Qu'est-ce qui n'est pas possible aujourd'hui, qui va être rendu possible du fait de la création de ce parquet spécialisé ?
- 2:32RelanceRéponse partielle
Il y a un sujet sur les moyens d'enquête parce qu'il n'y a pas de majorité pour, par exemple, obliger les plateformes à donner accès aux messages cryptés des trafiquants. Est-ce que ça veut dire qu'ils peuvent continuer à communiquer tranquillement ?
- 3:55OuverteRéponse directe
C'est une bonne piste, ça, pour la France ? Le statut de repenti qui existe déjà en Italie qui aide aux enquêtes.
- 5:33OuverteRéponse directe
On parle d'un autre projet de Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, qui est de regrouper les 100 plus gros narcotrafiquants du pays dans deux prisons d'ici l'été. C'est une bonne idée, une fausse bonne idée, disent certains.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:29InvitéFait
« Nous vivons un moment historique du point de vue de ce qu'on appelle l'état de la menace. Il est au plus haut. Il n'a jamais été aussi élevé. »
- 0:42InvitéFait
« Une augmentation de la production de drogues et l'accélération de leur circulation en Europe et sur le territoire national. »
- 8:03PrésentateurChiffre
« La Colombie est le principal producteur de cocaïne avec la Bolivie et le Pérou dans une bien moindre mesure. »
- 8:04PrésentateurChiffre
« La Colombie, c'est 2700 tonnes l'année dernière de cocaïne qui ont été produites, c'est entre plus 30 et plus 20% selon les années, ça explose. »
- 10:52PrésentateurChiffre
« C'est rien du tout ça peut être parfois quelques centaines d'euros. »
- 11:21PrésentateurChiffre
« En France 53 tonnes ont été saisies par l'Ofast 21 par les douanes. »
- 12:09PrésentateurChiffre
« 8 villes sur 10 selon le rapport de la cour des comptes sont concernées par le trafic. »
- 12:18PrésentateurChiffre
« Les saisies de cocaïne explosent c'est x10 en un an. »
- 13:21PrésentateurFait
« Quand on parle de cartel c'est des organisations qui comptent des dizaines de milliers de membres. »
- 14:30PrésentateurFait
« Jordan Bardella du Rassemblement National il disait que la France était devenue un narco-état. »
- 15:00InvitéChiffre
« Il y a eu 4 vagues d'interpellations la dernière hier 24 gardes à vue au total ce sont plusieurs dizaines d'interpellations. »
- 21:04PrésentateurFait
« Tous les narcos sur lesquels je travaille ne parlent que de ça ils disent wallet wallet. »
- 23:46PrésentateurChiffre
« La marge du fentanyl c'est 4000%. »
Temps de parole
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Bonjour Bertrand Monnet. Bonjour. Merci d'être sur France Info ce matin. Vous avez fait beaucoup de recherches sur les trafics de drogues internationaux jusqu'à carrément infiltrer des cartels mexicains. On va y revenir. Mais d'abord, les députés examinent en ce moment le texte contre le narcotrafic, le trafic de drogues qui atteint des records dans notre pays. Écoutez le patron de l'OFAS, l'office anti-stup, Dimitri Zoulas, invité de France Info la semaine dernière.
Nous vivons un moment historique du point de vue de ce qu'on appelle l'état de la menace. Il est au plus haut. Il n'a jamais été aussi élevé. Et c'est dû à des phénomènes en amont de la France. Une augmentation de la production de drogues et l'accélération de leur circulation en Europe et sur le territoire national.
La loi qui doit être enterrinée cette semaine par les parlementaires vise à créer un parquet national anti-criminalité organisé. Qu'est-ce que ça va changer ? Je pense que ça peut permettre d'avoir des moyens dédiés à la lutte contre ce type de criminalité. C'est nécessaire parce qu'effectivement, c'est une forme de commerce illicite qui est assez spécifique, qui est bien connue depuis très longtemps. Mais ça demande quand même des ressources supplémentaires parce que, comme le disait le patron de l'OFAS, effectivement, on voit qu'il y a de plus en plus de quantités qui arrivent, notamment en France, pas seulement en France d'ailleurs.
Et donc, voilà, ça va permettre d'une part d'avoir des ressources dédiées, notamment judiciaires. Et puis aussi, ça peut permettre d'avoir des ressources spécialisées parce que quand on parle de lutte contre le trafic, il y a aussi toute la dimension financière. Il faut que les magistrats, notamment, qui instruisent ces affaires-là et ces capacités-là.
Qu'est-ce qui n'est pas possible aujourd'hui, qui va être rendu possible du fait de la création de ce parquet spécialisé ?
Alors, je pense que cette allocation de ressources spécialisées et, encore une fois, de ressources très spécifiques au sein du parquet parce que ces réseaux-là sont quand même tout à fait structurés. Ça demande une compréhension de l'amont et ça demande aussi une compréhension technique. Il ne s'agit pas... Il s'agit à la fois des réseaux eux-mêmes parce que le trafic, c'est cinq phases, finalement. C'est la production, c'est le transport, c'est la vente, c'est la consommation et c'est le blanchiment.
Et sur cette partie blanchiment d'argent, il y a une vraie technicité avec l'apparition aussi d'outils, de l'utilisation d'outils, notamment de crypto-monnaies qui font que, voilà, les ressources qui sont dédiées à la lutte, elles doivent aussi être renforcées et à la fois spécialisées.
On va avoir l'occasion de revenir sur le travail, sur la manière dont travaillent ces multinationales du crime. D'abord, toujours sur cette loi. Il y a un sujet sur les moyens d'enquête parce qu'il n'y a pas de majorité pour, par exemple, obliger les plateformes à donner accès aux messages cryptés des trafiquants. Est-ce que ça veut dire qu'ils peuvent continuer à communiquer tranquillement ? Alors, de fait, oui.
Effectivement, ils utilisent beaucoup les messageries cryptées. Alors après, moi, je ne suis pas du tout un trafiquant, mais effectivement, pour mes recherches et ce que je fais avec le monde et mes recherches à l'EDEC, je travaille au contact de ces acteurs-là. Et quand, parfois, je dois échanger avec eux, ce n'est jamais sur une seule messagerie. Donc, même déchiffrer, par exemple, l'accès à WhatsApp ou à Telegram, ce ne serait pas suffisant parce que la façon dont ils communiquent, généralement, c'est un premier message envoyé d'un téléphone sur WhatsApp, une réponse envoyée d'un autre téléphone sur Telegram, une autre réponse envoyée sur Signal. Ils brouillent les pistes, en fait.
Oui, tout à fait. Donc, les enquêteurs, je pense, le savent mieux que moi. Évidemment que ce serait un outil pour détecter et comprendre les conversations de ces gens-là, mais ce n'est pas suffisant. Et de toute façon, c'est des gens qui s'adaptent très, très vite et qui, en plus de cela, parlent très peu. Le trafic de drogue, avant, effectivement, de pouvoir... Une fois qu'on a enquêté, il faut avoir aussi des témoignages, des personnes qui confirment ce qu'on découvre via, par exemple, les messageries cryptées si on y a accès. Il y a l'idée du statut de repenti qui existe déjà en Italie qui aide aux enquêtes. C'est une bonne piste, ça, pour la France ?
Alors, moi, encore une fois, je travaille plutôt au contact des narcotrafiquants et, effectivement, ça, ça leur fait peur. Je ne parle pas des narcotrafiquants français, mais je vois ce qui se passe à l'étranger. La crainte essentielle de ces organisations qu'on observe assez peu en France, quand même, des organisations très étanches qu'on peut appeler des mafias, le risque essentiel pour eux, c'est la trahison interne. Voilà. Et donc, effectivement, avoir quelqu'un qui est tenté de trahir parce qu'il a une forme de garantie à vie d'une impunité, oui, effectivement, ça leur fait peur.
Moi, je travaille sur des clans de la Camorra, notamment, une mafia italienne et, effectivement, ça, ça leur fait mal. Mais attention, le statut de repenti, à mon avis, ne sera efficace que s'il est très élargi. Parce que, pour passer du temps avec ces gens, ils n'ont pas du tout des vies comme on peut l'observer dans Netflix, les narcos. C'est des gens qui vivent, voilà, de façon... Enfin, ils sont dans un stress permanent. Certes, ils claquent un peu d'argent, mais, enfin, généralement, en fait, ils se consacrent à leur famille, finalement. Et ils se sacrifient un peu. J'ai aucune admiration pour ça, mais, en tout cas, c'est ce qu'ils disent. Et donc, ne pas protéger leur famille.
Si le statut de repenti ne s'étend pas à la protection, très élargie, attention, c'est des familles, c'est des dizaines de personnes, parfois. Je doute que cela tente beaucoup de narcotrafiquants d'accepter ce statut. C'est-à-dire que, si vraiment, on veut protéger, on veut utiliser ce statut de repenti, il va falloir être capable de l'élargir à beaucoup de gens autour du narcotrafiquant concerné. Et il va falloir que la solidité de ce statut soit réelle, parce qu'il y a un cas récent qui a montré que, finalement, la protection du repenti, en France, en tout cas, il y avait encore des efforts à faire.
Oui, il y a encore eu, notamment des problèmes techniques avec l'apparition d'un visage au cours d'un procès. Il faut parler d'un autre projet de Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, qui est de regrouper les 100 plus gros narcotrafiquants du pays dans deux prisons d'ici l'été. C'est une bonne idée, une fausse bonne idée, disent certains.
Alors, encore une fois, vu du côté des narcotrafiquants, effectivement, ça peut gêner leurs affaires parce que beaucoup de ces business, si vous me passez l'expression, effectivement, sont conduits, sont gérés depuis les prisons. C'est-à-dire que, jusque-là, on le voit... Le trafic continue en prison. Tout à fait. On voit que c'est documenté. On voit qu'il y a des gros bonnets, entre guillemets, qui continuent à trafiquer depuis leur prison, y compris à ordonner des exécutions. Ça a été montré par le passé. Donc, effectivement, étanchéifier ces prisons, ça peut poser problème.
Mais je pense que ceux qui, parmi les narcotrafiquants, sont dans le plus haut du spectre, ont une emprise telle sur leur territoire que même coupée de ces territoires, je pense que certains d'entre eux garderont une influence. Alors, effectivement, il y aura sans doute plus ou moins de liens avec les territoires et les zones qu'ils contrôlent et sur lesquelles ils trafiquent. Mais il y aura une forme, je pense, de rémanence, finalement, de l'influence de ces gros bonnets là où ils travaillent. Une interrogation quand même sur le fait de tous les réunir au même endroit. Alors, ils peuvent être des rivaux, mais aussi des partenaires dans le business, non ? Oui.
Alors, apparemment, il est prévu qu'il y ait très, très peu de contacts entre les détenus. Tous isolés. Nous verrons. Mais oui, je pense que, effectivement, c'est une mesure qui est de nature à les gêner. Ce ne sera absolument pas la résolution du sujet à 100% parce que n'oublions pas que, en fait, tous les gens qui font ces trafics, ils le font motivés par l'argent. Et donc, les principaux chefs étant arrêtés, immédiatement, ce business-là sera repris par d'autres et donc, on risque de devoir incarcérer non pas 100 ou 200 personnes mais très vite 1000 ou 2000. Allons-y sur le trafic. L'ampleur du trafic dont Dimitri Zoulas disait qu'on arrivait à un record.
Il nous disait qu'il y avait, par exemple, des vols Cayenne-Paris sur lesquels la moitié, voire plus, des passagers étaient des mules. Ça, ça nous semble incroyable mais pour vous, ça ne vous choque pas ? Non. Non, parce que, en fait, le fait que la France comme d'autres pays européens, je pense notamment à la Belgique, aux Pays-Bas, à l'Espagne, au Portugal, il y a une vraie vague blanche pour ne parler que de la cocaïne qui s'explique, pour le comprendre, je pense qu'il faut aller en Colombie. Moi, j'en rentre, j'y retourne là et on voit, je travaille depuis plusieurs années là-bas et je vois l'évolution, la production de cocaïne explose.
La Colombie est le principal producteur de cocaïne avec la Bolivie et le Pérou dans une bien moindre mesure.
La Colombie, c'est 2700 tonnes l'année dernière de cocaïne qui ont été produites, c'est entre plus 30 et plus 20% selon les années, ça explose parce que le gouvernement colombien, voilà, plusieurs années, a décidé de ne plus faire la guerre aux guérillas, aux mouvements armés locaux et ces mouvements armés locaux contrôlent des zones extensives, c'est l'équivalent de plusieurs départements français sur lesquels ils font produire de la coca, la feuille qui permet de faire la cocaïne par des cocaleros, des paysans et ils collaborent avec des narcotrafiquants non seulement colombiens mais aussi mexicains, albanais, russes, européens de plus en plus. Donc c'est un trafic mondial.
C'est un trafic mondial et l'offre de produits explose.
Donc tout s'explique par ça et puis le marché principal qui était jusque-là l'Amérique du Nord commence à être saturé donc tous les narcotrafiquants colombiens et mexicains aujourd'hui n'ont qu'un mot à la bouche, Europe et quand ils détaillent c'est Belgique, France, Espagne parce que c'est le marché de relais absolu pour eux il faut écouler ces marchandises le marché américain encore une fois saturé on va aller en Europe et c'est ce qu'ils font et c'est ce qui explique qu'ils utilisent tous les moyens notamment les vols commerciaux mais aussi beaucoup le transport maritime et le transport terrestre également une fois que c'est arrivé par la mer.
Donc voilà c'est ce qui explique cette vague de coke qui arrive en Europe.
Vous nous parlez là d'un business tout à l'heure vous aviez vous sembliez rechigné à utiliser ce mot mais en fait c'est le travail de multinational classique que vous nous décrivez là.
Ah oui malheureusement ça répond bien bon moi je suis professeur à l'EDEC donc j'ai une approche micro économique du sujet évidemment sans considérer ces entreprises comme des entreprises comparables à une entreprise légale ça va de soi parce qu'elles utilisent la violence et qu'elles vendent de l'interdit c'est évident mais oui c'est un business qui est tristement structuré comme un business légal avec ce qu'on appelle une supply chain une chaîne logistique une consolidation financière c'est effectivement un business mais dont la rentabilité n'a aucune comparaison possible avec l'économie légale. C'est à dire ?
Le trafic de cocaïne selon les routes dégage des marges qui varient entre 3000 et 6000% aucun produit dans l'économie légale ne dégage des marges comme ça et donc ça explique qu'il y aura toujours des trafiquants pour se lancer dans ce business et qu'on peut incarcérer autant de gens que l'on veut Cette marge elle rémunère qui en majorité ?
Alors ça dépend des chaînes c'est à dire que il y a des organisations qui sont capables d'avoir de maîtriser toute la chaîne de la production jusqu'à la vente elles sont assez rares c'est ce qu'on appelle des cartels mais en revanche il y a beaucoup beaucoup de trafics qui sont opérés en agrégeant l'action de plusieurs organisations ça peut être 5 ou 6 groupes des groupes colombiens des groupes mexicains des groupes européens et parfois quelques dizaines pour aller jusqu'en Russie pour aller jusqu'en Ukraine Et les mules
dont on parlait qu'on trouve parfois sur des vols Cayenne-Paris la moitié des passagers nous disait Dimitri Zoulas la semaine dernière le patron de l'OFAS elle touche combien ? C'est rien du tout ça peut être
parfois quelques centaines d'euros c'est des gens qui sont désespérés qui font ça qui prennent des risques énormes parce qu'ingérer un préservatif plein de cocaïne ça peut être très très dangereux si malheureusement la membrane du préservatif explose donc c'est des gens qui prennent tous les risques pour ça eux ce sont les c'est les petites mains du trafic c'est ceux qui sont le moins rémunérés qui prennent le plus de risques derrière il y a des gens qui gagnent beaucoup plus et là on parle de millions En parlant de la production 2700 tonnes c'est ce que vous disiez en Colombie c'est ce qu'on produit en termes de cocaïne en 2024 en France 53 tonnes ont été saisies par l'Ofast 21 par les douanes c'est une goutte d'eau en fait oui je pense que c'est pas grand chose au vu du volume du trafic et dans tous les cas alors les saisies ça gêne les trafiquants bien sûr parce que c'est une perte mais quand on revient aux marges que ces trafics dégagent finalement c'est pas très grave voilà c'est pas très grave et c'est déjà intégré dans leur modèle économique ils savent que ils savent qu'ils vont perdre un peu oui voilà mais ça ne les évidemment que ça les dérange mais encore une fois au vu de la rentabilité du trafic c'est pas un problème économique pour eux
mais on arrive à quantifier le marché français parce que là on voit donc les 53 tonnes saisies l'an dernier non je pense qu'on peut
faire des projections évidemment mais par essence c'est un chiffre noir fondamentalement en revanche ce qu'on voit c'est que ce marché se développe et ça c'est tout à fait documenté on voit que désormais 8 villes sur 10 selon le rapport de la cour des comptes sont concernées par le trafic on voit que dans des zones qui ne sont pas de grands centres urbains les saisies de cocaïne explosent c'est x10 en un an donc ce marché s'étend à des consommateurs qui jusque là ne prenaient pas de cocaïne c'est plus seulement une drogue festive une drogue showbiz etc c'est une drogue de jour c'est une drogue du travail pour plein de gens et une drogue dont la teneur d'ailleurs augmente c'est plus seulement c'est plus des dosages à 60-65% comme il y a quelques années aujourd'hui c'est plus proche de 70% pour développer l'addiction donc plus concentré et toujours moins cher voilà exactement et avec une toxicité beaucoup plus forte selon les médecins addictologues le 830 France Info Jérôme Chapuis Salia Braquia toujours avec Bertrand Monnet professeur à l'EDEC et spécialiste de l'économie du crime un rapport sénatorial et plusieurs personnalités politiques parlent de mexicanisation de la France en parlant du trafic de drogue vous qui avez infiltré justement les cartels au Mexique on approche de cette réalité en France ou alors c'est surévalué je pense que le terme est clairement exagéré on ne peut pas parler de mexicanisation si vraiment on renvoie à la réalité criminelle du Mexique heureusement en France on en est encore très loin quand on parle de cartel c'est des organisations qui comptent des dizaines de milliers de membres même ce qu'on appelle la DZ mafia on n'en est pas là de Marseille voilà ensuite quand on parle de cartel comme quand on parle de mafia en général il faut aussi parler d'infiltration de l'économie légale un cartel c'est une entité criminelle qui possède et qui est au capital de centaines d'entreprises dans le monde qui vont lui servir à blanchir on en est encore très loin en France et puis dernier point en matière de violence bien entendu et c'est tout à fait regrettable voilà il y a des dizaines d'assassinats en France qui sont liés au trafic avec beaucoup de victimes collatérales mais au Mexique c'est pas des dizaines c'est des milliers chaque année donc on en est encore très loin même si encore une fois je pense que ce terme est certes exagéré mais il a en tout cas une utilité c'est de sonner le réveil c'est à dire que l'état français s'est réveillé on l'a vu avec la commission sénatoriale Durin qui est à l'origine de ce projet de loi qui a fait un travail extraordinaire l'état de droit en France il est là et encore une fois il y a ce réveil démocratique parlementaire on voit bien que la loi est débattue il y a eu un vote à l'unanimité au Sénat donc c'est quand même un signal très très fort du fait que l'état encore une fois essaie de se doter des moyens adéquats mais on est encore très loin de l'urgence vous dites l'état réagit mais hier Jordan Bardella du Rassemblement National il disait que la France était devenue un narco-état non c'est totalement exagéré on peut évidemment pas dire que la France est un narco-état un narco-état c'est un état dans lequel l'appareil d'état pas seulement des politiques corrompues travaille au profit d'une organisation mafieuse on n'en est évidemment pas là c'est pas ça même s'il y a un problème de l'économie de la narco-économie en France c'est évident on peut absolument pas dire que l'état soit totalement infiltré par des narco-organisations c'est très très exagéré
depuis l'arrestation en Roumanie de Mohamed Hamra il y a eu 4 vagues d'interpellations la dernière hier 24 gardes à vue au total ce sont plusieurs dizaines d'interpellations pour des complicités présumées à des degrés divers des dizaines de personnes ça dit quand même quelque chose de l'étendue de ce réseau pour continuer à parler de l'échelle sans parler de cartel en tout cas c'est un réseau forcément très étendu
organisé oui oui bien entendu encore une fois les narco-organisations françaises si elles n'ont pas atteint et c'est heureux l'échelle de ce qu'on observe en Colombie au Mexique ou en Italie elles sont existantes on peut pas mener ces trafics là sans avoir une structure et sans avoir une empreinte assez large alors là on le voit avec cette vague d'arrestation il y a bien d'autres groupes qui sont structurés de la même façon dont on parle pas parce qu'ils sont discrets mais oui bien entendu en fait toutes ces organisations elles doivent reposer sur des structures humaines qui intègrent à la fois des gens qui sont en charge du business des complicités des gens qui vont comme vous le disiez être aussi en charge d'un volet très très important qui est la corruption la corruption de certaines parties prenantes clés notamment dans les ports pour faire entrer la drogue parfois quelques élus parfois des agents pénitentiaires parfois des gens qui travaillent dans des institutions judiciaires il y a eu des cas de greffier etc encore une fois on n'est pas au stade sud-américain mais oui bien sûr qu'il y a de la corruption et l'organisation de base là dans le cas de Mohamed Hamra il y a un rappeur qui fait partie des complices présumés Kobaladé c'est un ancien co-détenu de Mohamed Hamra ces connexions elles sont fréquentes entre le milieu du rap et le trafic de drogue alors fréquentes non effectivement il y a eu et là ça le prouve encore il y a quelques rappeurs qui effectivement sont liés à des narcotrafiquants en l'occurrence le lien il a eu lieu en prison mais je pense qu'on ne peut pas dire que le rap est fondamentalement lié au narcotrafique même si il faut reconnaître que pour certains groupes et c'est une minorité ils en jouent dans leur clip on voit la mise en scène de la violence etc mais là aussi je pense qu'il s'agit plus pour cette minorité de groupes qui affichent cette violence et qui la romance entre guillemets d'essayer de singer ce qui a pu se faire dans les années 2000 aux Etats-Unis avec là des liens beaucoup plus profonds entre certains gangs et certains rappeurs mais je pense qu'on ne peut pas étendre la comparaison en France même si effectivement il y a des cas
pardon mais il y a une part de marketing quand vous dites les figures du spectacle qui se mettent en scène
oui alors certaines organisations essaient de oui de travailler leur image effectivement on peut parler de marketing je pense que ce ne sont pas les plus dangereuses les organisations les plus dangereuses pour être efficaces économiquement elles doivent passer sous le niveau radar et elles essaient de ne même pas exister pour rencontrer encore une fois ces organisations je pense notamment des clans de la Camorra ils refusent ce qu'on appelle cette mafia Camorra pour eux c'est un terme de civil comme ils disent eux ne se nomment même pas donc on est loin du marketing et si vraiment on doit trouver un mot moi pour mes recherches il faut bien que j'ai un nom et ils me disent si tu veux trouver un nom tu dis il système le système ça veut dire qu'en fait c'est no name il n'y a même pas de nom le plus discret possible voilà parce que ceux-là sont très efficaces et là aussi je ne dis pas que certains ne se mettent pas en scène mais généralement les plus gros narcos que moi j'ai eu l'occasion de rencontrer c'est des gens vous les croisez dans la rue vous ne pouvez même pas deviner que ce sont des gens qui brassent non pas des millions mais des milliards de dollars ils ont des vies tout à fait banales encore une fois ils disent c'est pas la réalité mais ils disent travailler se sacrifier pour les autres notamment pour leur famille il y a toute une mythologie comme ça et donc eux ont une apparence la plus banale possible
il y a un mot que vous prononcez depuis tout à l'heure vous avez dit que c'était l'un des points importants le dernier maillon des cinq étapes dont vous parliez c'est le blanchiment on a souvent du mal à se représenter ce que c'est que le blanchiment savoir comment ça marche et il se trouve que cette semaine il y a une actualité dont on parle aujourd'hui sur France Info c'est l'histoire du Stéphania qui est un yacht à la James Bond hyper luxueux qui est vendu aux enchères après-demain l'ancien propriétaire est un biélorusse qui est soupçonné selon une source proche de l'enquête d'avoir fait fortune dans le trafic de stupéfiants et d'armes et la justice s'appuie sur une disposition du droit la présomption de blanchiment ce qui permet de vendre ce bateau ça c'est une arme efficace contre les trafiquants dans cette dernière étape
oui parce que n'oublions pas qu'ils font tout ça pour l'argent et ça ça leur fait mal effectivement dès qu'on touche en fait au bénéfice de leur crime effectivement ça leur fait mal là on est vraiment dans la dernière étape du blanchiment c'est à dire l'investissement de l'argent blanchi pour acheter des parts dans une entreprise ou un yacht peu importe donc effectivement ça leur fait mal mais on peut je pense être efficace dans des phases amont quand on parle de blanchiment d'argent parce que avant de pouvoir acheter un yacht avec de l'argent il faut transformer du cash qui sent très très fort la drogue en argent placé sur des comptes en banque qui vont permettre d'acheter ce yacht et là il y a beaucoup beaucoup d'étapes qui et c'est pour revenir à ce qu'on disait tout à l'heure c'est là où il faut absolument que des magistrats spécialisés travaillent sur ce sujet parce qu'évidemment les blanchisseurs utilisent des techniques sophistiquées qui sont parfaitement connues des gens qui quoi par exemple précisément alors on va transformer du cash enfin ils vont transformer du cash d'abord en l'injectant dans la trésorerie de commerce qui sont légitimes à utiliser du cash on mélange le cash de la drogue avec le cash fait par le restaurant etc
donc concrètement le consommateur paye sa drogue le trafiquant il va au magasin du coin et il le remet
au commerçant c'est ça alors ça c'est une technique c'est la technique la plus utilisée par les trafiquants j'allais dire du bas du spectre il y a aussi beaucoup beaucoup de transformation de l'argent qui se fait par un système de transfert d'argent informel qu'on appelle le c'est un système c'est comme une chambre de compensation si vous voulez qui vous permet de transférer du cash d'un pays A à un pays B uniquement par un virement à la parole entre des gens qui se font confiance et ça va faire bouger l'argent en quelques secondes de France vers Casablanca vers Shenzhen vers Caracas il n'y a pas de trace aucune trace voilà et ça alors c'est un système de transfert d'argent qui est évidemment illicite mais qui est utilisé de façon traditionnelle depuis des dizaines et des dizaines d'années voire des siècles pour certains par des gens qui tout simplement veulent rapatrier de l'argent dans leur pays d'origine et puis il y a un secteur aussi les crypto-monnaies alors voilà ça aujourd'hui c'est tous les narcos sur lesquels je travaille ne parlent que de ça ils disent wallet wallet c'est-à-dire le portefeuille de crypto aujourd'hui et je crains que si on ne prête pas attention tout le travail qui est fait aujourd'hui sur le blanchiment ne serve à rien dans quelques années parce que de plus en plus les paiements qui sont reçus par les narco-organisations sud-américaines sont reçus en crypto-monnaie c'est-à-dire que leurs gros clients les grossisses qui achètent ces drogues ici les payent en crypto-monnaie la question c'est comment est-ce que ces gens arrivent à acheter des cryptos avec du cash parce que ces gens ici ils sont payés en cash le shit et la cocaïne qu'ils vendent comment ils font la transformation voilà et là il y a des outils qu'ils utilisent et qui sont notamment mais pas seulement les cartes pré-payées c'est-à-dire qu'aujourd'hui vous pouvez aller dans un bureau de tabac et acheter des cartes pré-payées c'est tout à fait légal c'est pas des cartes de crédit ce sont des cartes de paiement que vous chargez avec 200-250 euros alors il y a un nombre limite de cartes que vous pouvez acheter mais exactement comme pour le transport de drogue les narcotrafiquants payent des mules c'est-à-dire des gens qui vont acheter beaucoup de cartes comme ça c'est des centaines de personnes et avec ces cartes pré-payées vous pouvez aller sur des plateformes sur internet qui sont parfaitement légales pour acheter vos crypto-monnaies donc c'est un système qui est utilisé et qui du fait de l'opacité de la technologie des crypto-monnaies qui est fondée sur le blockchain fait que une fois que vous avez vos crypto-monnaies vous n'êtes pas intraçable mais en fait vous êtes quand même très très très très très discret donc ça c'est une technique qui est utilisée et puis dernier point sur le blanchiment qu'il ne faut pas négliger c'est bien connu aussi c'est l'utilisation massive de trous noirs de la finance mondiale que sont les paradis bancaires on parle beaucoup de Dubaï aujourd'hui les narcotrafiquants ils continuent à utiliser Dubaï ils utilisent aussi beaucoup Hong Kong ils utilisent toujours beaucoup le Panama et ça ce sont des outils financiers absolument centraux quand on parle de blanchiment d'argent et ce n'est pas en construisant des prisons de haute sécurité qu'on lutera contre ça là il y a de la diplomatie derrière c'est une action concertée d'Etat en faisant référence aux prisons de haute sécurité les gros gros poissons en fait ils ne sont pas en France alors certains je pense vivent en France mais je pense que les policiers le savent mieux que moi mais beaucoup des gros narcotrafiquants effectivement vivent bien loin du territoire national notamment à Dubaï mais pas seulement on parlait de la consommation des français de cocaïne de cannabis 8 communes sur 10 c'est à dire que ça va jusque dans nos campagnes voilà c'est une ampleur dingue vous avez suivi donc au Mexique et en Colombie notamment des narcotrafiquants qui importent aux Etats-Unis du fentanyl cette nouvelle drogue qui fait des ravages en Amérique du Nord 20 à 40 fois plus puissante que l'héroïne qui est la première cause de mortalité des 18-45 ans aux Etats-Unis et vous dites que le projet de ces narcotrafiquants là encore c'est l'Europe c'est très clair ça je l'ai filmé il y a deux ans j'étais la semaine dernière encore avec eux et ils vous le disent encore ils peuvent de moins en moins vendre aux Etats-Unis c'est un produit la marge du fentanyl c'est 4000% ils ne vont pas arrêter du jour au lendemain leur priorité numéro 1 c'est le Brésil et juste après c'est l'Europe et ils essaient de venir ici en utilisant une forme de consommation de drogue qui est très utilisée pour les drogues de synthèse qui est le cocktail ils essaient de vendre du fentanyl non pas entre guillemets brut comme ils le font aux Etats-Unis mais intégré à des cocktails drogue, drogue plus médicaments extasie etc extasie cocaïne extasie cocaïne peut-être fentanyl un jour et là attention parce que si ça ça arrive effectivement c'est une drogue dont la létalité est terrifiante
Merci beaucoup en tout cas Bertrand Monnet d'avoir été avec nous ce matin je rappelle que vous êtes professeur à l'EDEC spécialiste de l'économie du crime dans un instant les informés Salia Braclia et Renaud Dehi