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interviewBLAST· 28 mars 2023 13 min

SOULÈVEMENTS DE LA TERRE : UNE MENACE DE DISSOLUTION TRÈS INQUIÉTANTE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Sur la route qui mène à Sainte-Soline des milliers de manifestants, 6 000 selon les autorités, 30 000 selon les organisateurs. Je précise qu'aujourd'hui à Sainte-Soline, il n'y a rien à détruire. Elle n'est pas construite cette bassine, donc il y a un trou.

Et donc, est-ce qu'il faut faire venir 3 200 gendarmes, 13 hélicoptères et le GIGN pour défendre un trou ? Je n'en suis pas sûre. Avancez, avancez !

Les premiers à déclencher des tirs sont les forces de l'ordre. Non, les gendarmes n'ont pas lancé de LBD en quad. Non, aucune arme de guerre n'a été utilisée par les forces de l'ordre à Sainte-Soline.

Grenade ! Grenade ! Grenade !

Reculez, grenade ! Médics, médics ! Il y a 4 000 grenades qui ont été tirées, ça veut dire environ une par seconde.

À deux reprises au minimum, l'opérateur du SAMU répond qu'il a eu l'ordre du commandement de la gendarmerie de ne pas intervenir. Un manifestant toujours entre la vie et la mort après le rassemblement du week-end dernier à Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres. Bonjour Blast, je m'appelle Basile et je fais partie d'un mouvement qui s'appelle Les soulèvements de la terre.

Et depuis près d'un an et demi, on a décidé un peu de s'organiser avec la Confédération Paysanne, une frange de la Jeunesse Climat et du Mouvement Autonome pour prendre au sérieux la question climatique par des actions de blocage, d'occupation et de désarmement d'infrastructures néfastes. Les bassines, les méga-bassines sont présentées par le complexe agro-industriel et gouvernement comme une solution pour s'adapter au changement climatique. En vérité, il n'en est rien.

L'idée selon laquelle on pourrait pomper de l'eau en hiver pour la redistribuer en été est fausse. On est sur le cadre de sécheresses désormais pluriannuelles. Il y a un déficit structurel des nappes phréatiques.

Et en vérité, l'eau qui est mise à l'extérieur du sol et des nappes phréatiques est à la fois privatisée par le complexe agro-industriel et en même temps mise dans une bâche où elle va s'évaporer. Les meilleures réserves de substitution naturelles, ce sont les zones humides, les tourbières, les marais, qu'il faut justement préserver, défendre contre la bétonisation. Cette manifestation s'inscrit dans une mobilisation qui date d'il y a plusieurs années, qui est portée par le collectif Bassines Non Merci, qui a épuisé l'ensemble des voies légales, recours juridiques, tentatives de concertation, de dialogue avec le gouvernement et à qui on a toujours opposé une fin de non-recevoir.

Depuis septembre 2021, nous réclamons une suspension des travaux et l'entame d'un dialogue sur la question de l'eau, de son partage, de ses justes usages. Il faut savoir qu'en France, un quart de l'eau potable est consommée pour arroser du maïs industriel. La seule réponse à nos demandes réitérées de dialogue sur les usages et le partage de l'eau, c'est de tirer massivement sur la foule à l'arme de guerre.

C'est ce qu'ont constaté les 22 observateurs de la Ligue des droits de l'Homme qui étaient présents samedi dernier. Ils ont constaté, je cite, "un usage immodéré et indiscriminé de la force sur l'ensemble des personnes présentes sur les lieux avec un objectif clair, empêcher l'accès à la bassine quel qu'en soit le coût humain". Et effectivement, le coût humain, il est terrible.

Il faut savoir qu'il y a 4000 grenades qui ont été tirées en deux heures, ce qui fait à peu près 34 grenades toutes les minutes. Il y a 200 personnes blessées, et on ne parle pas ici de blessures légères, on parle principalement de plaies délabrantes où ça va prendre des mois et des mois et des semaines de cicatrisation. Il y a une quarantaine de blessés graves.

Parmi ces blessés graves, il y a de nombreuses personnes dont le pronostic fonctionnel est engagé. Ce que ça veut dire, c'est qu'on ne sait pas si demain et dans quel délai elles pourront marcher, retrouver l'usage d'un membre, s'alimenter correctement. Il y a une personne qui a reçu une grenade dans la mâchoire, retrouver l'usage d'un œil.

Et il y a actuellement deux personnes qui sont entre la vie et la mort. Ce qui s'est passé samedi, c'est la métaphore parfaite de... et très tragique de la politique actuelle du gouvernement.

En fait, le macronisme, c'est toujours le même triptyque. Dans un premier temps, on refuse toute forme de dialogue et de négociation, on passe en force. Dans un deuxième temps, on déploie un déferlement horrible de violences policières sur la foule, sur l'ensemble de la population qui proteste face au passage en force.

Et dans un troisième temps, on justifie ces violences en créant des minorités imaginaires. Donc ce serait l'ultra-gauche, des casseurs, des extrémistes, des factieux. Mais on a bien vu pendant les Gilets jaunes, on voit bien dans les rues cette semaine, et on va le voir encore dans les rues aujourd'hui, on l'a bien vu samedi dernier à Sainte-Soline, ce ne sont pas des minorités, c'est bien le gouvernement qui met, qui n'a plus que la police et qui n'a plus que la violence et la brutalité la plus crue comme seul argument politique, qui a perdu toute notion, toute capacité d'écoute, de dialogue, de compromis.

Et donc il ne faut pas s'étonner qu'en retour, quand on tire sur la foule comme ça depuis 2016, il ne faut pas s'étonner que des personnes s'organisent, se défendent avec des moyens qui sont dérisoires, qu'on ne pourra jamais mettre sur le même plan que les armes de guerre qui sont employées contre eux. Qu'est-ce que c'est être derrière une bâche avec quelques feux d'artifice et trois cailloux face à des armes de guerre ? C'est juste simplement une forme d'autodéfense face à ce qui nous fait front.

Le commandant Vestieu, la procureure [préfète] des Deux-Sèvres, Emmanuelle Dubée, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin et le président Emmanuel Macron sont doublement responsables de la situation des deux personnes qui sont actuellement entre la vie et la mort. D'abord, par ce qu'on a expliqué, l'absence de dialogue et le fait de tirer dans une doctrine du maintien de l'ordre qui est ahurissante, qui n'existe qu'en France, c'est qu'en France qu'on voit ça. En Allemagne, en Angleterre, dans la plupart des pays démocratiques européens, personne, aucune police n'agit comme ça.

Donc il est doublement responsable, il est responsable par sa stratégie de maintien de l'ordre et il est responsable par une entrave aux soins délibérés. Et c'est là, encore une fois, les observateurs de la LDH qui le disent dans un rapport qu'ils vont rendre et qui va être publié ultérieurement, mais dans leur communiqué qui est déjà paru, ils le disent, plusieurs cas d'entrave par les forces de l'ordre à l'intervention des secours. Moi, je vais vous faire le récit des informations qu'on a pu recouper concernant une des personnes qui est actuellement entre la vie et la mort.

Donc elle a été blessée aux alentours de 13h30, aux abords de la bassine. Avec nos équipes médicales de la manifestation, nous l'avons éloignée, évacuée sur une route au sud-ouest de la bassine, à un endroit qui était éloigné des affrontements et parfaitement accessible, puisque c'est là que nous mettions tous les blessés et que nos véhicules et les véhicules personnels des manifestants servaient à les évacuer vers le campement sans rencontrer aucun problème. Il y a eu au moins 7 appels au SAMU et 3 appels au 112 entre 13h35 et 14h50, demandant une intervention du SMUR pour une urgence absolue.

À deux reprises au minimum, et nous pourrons le démontrer, ces appels sont enregistrés, à deux reprises au minimum, l'opérateur du SAMU répond qu'il a ordre du commandant de la gendarmerie de ne pas intervenir. Je suis censé soigner des gens en coopération avec le SAMU, et quand le SAMU est entravé par la préfecture, c'est très compliqué de travailler. Il y a eu des mises en danger vraiment importantes, des retards de prise en charge.

La mise en danger, c'est les armes qu'ils utilisent qui sont juste effrayantes. On a documenté un nombre de blessures incroyables. À 14h, les affrontements cessent face aux nombres importants de blessés.

L'ensemble de la manifestation prend du recul par rapport à la bassine, se réunit sur un champ au sud-est de l'édifice. La zone redevient calme. À 14h50, une camarade, médecin urgentiste, demande un hélicoptère pour prendre en charge cette urgence absolue.

Elle fait un diagnostic très précis, vous pourrez retrouver son récit dans Reporterre ou dans Libération. L'ambulance du SMUR arrive à 15h10. La personne est blessée à 13h30, il faut l'imaginer, inconsciente, avec un traumatisme crânien.

L'ambulance du SMUR arrive à 15h10. Son état, qui s'est considérablement dégradé pendant tout ce temps, ne permet pas de le déplacer. La personne est intubée et ventilée.

Il s'est donc déroulé plus d'1h30 entre le premier appel au SAMU et l'arrivée de l'ambulance. Mais ce n'est pas fini. Le SAMU, au lieu de transférer directement cette personne vers le CHU le plus proche, décide de l'amener au poste médical avancé de la police, à La Pommeraie.

Pour aller au CHU le plus proche, il aurait juste fallu 40 à 50 minutes de route. Et du coup, c'est qu'à 17h10 que l'hélicoptère décolle vers Poitiers. Donc il s'est passé en tout 3h40 entre le premier appel au SAMU pour s'initier à l'urgence absolue et l'arrivée de la personne en question au CHU.

Après cette manifestation de samedi dernier à Sainte-Soline, on est partagé entre la tristesse et la colère. La tristesse parce que juste c'est absolument tragique ce qui s'est passé et rien ne justifie. Rien ne justifie une telle violence policière.

Là, ça y est, ça commence à sortir sur BFM comme quoi peut-être une des personnes serait fichée à l'ultra-gauche, etc. Mais de quoi on parle en fait ? Est-ce qu'on veut rétablir la peine de mort dans ce pays ?

C'est ça qui est sous-entendu quand on diffuse des informations sur l'opinion politique d'une personne entre la vie et la mort, c'est que pour ses opinions politiques, elle mériterait ce qui lui est arrivé. Donc ça, ça nous met la rage en fait. Ça nous met la rage et en même temps, on a un espoir.

On a un espoir parce que les dernières fois qu'on a atteint des seuils de mobilisation aussi massifs, avec une foule aussi courageuse, les 30 000 personnes, elles ont fait preuve d'un courage extraordinaire d'aller jusqu'à la bassine, de rester sur les gaz, d'essayer d'y rentrer à tout prix, coûte que coûte, pour faire cesser ce projet. Les gens ne sont pas là pour casser du flic, ils sont là parce qu'il y a une urgence vitale. Il y a une urgence vitale autour de la question de l'eau, de la sécheresse.

À quoi ça va ressembler dans 10 ans si l'eau potable se vend à prix d'or ? À quoi ça va ressembler cet été quand la moitié ou toute une partie des villes de France vont être ravitaillées avec de l'eau minérale en bouteilles venues de je ne sais où ? Donc c'est bien parce qu'il y a une urgence et une nécessité vitale face à la catastrophe climatique que les personnes se mettent en jeu et font preuve d'un tel courage.

Et ce n'est pas la violence de ce dispositif militaire qui vise simplement à nous mutiler, à nous traumatiser, qui va nous dissuader de continuer à nous organiser, à lutter et à agir, parce que les causes profondes pour lesquelles on fait tout ça sont trop graves pour qu'on laisse faire, pour qu'on continue à laisser faire un gouvernement écocidaire comme celui qu'on a en France. Demain, après-demain, le gouvernement ne pourra pas protéger toutes les bassines à construire en Deux-Sèvres. Il ne pourra pas protéger les 30 aussi qu’il planifie en Vienne.

Il ne pourra pas protéger toutes les bassines existantes dans les différents départements de Charente, de Vendée, de Deux-Sèvres ou d'ailleurs. Jusqu'à obtenir la suspension et l'arrêt immédiat des travaux, nous continuerons nos actions par des mobilisations de masse, par la poursuite des recours juridiques, par de la contre-expertise, par des actions en petits groupes, par l'ensemble des moyens qui sont à notre disposition. Nous continuerons à nous battre pour la défense de l'eau comme bien commun.

J'ai donc décidé d'engager la dissolution des soulèvements de la terre que je proposerai après contradictoire à un prochain Conseil des ministres.