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interviewBFMBUSINESS· 7 juillet 2026 28 min

Microsoft fait un reset chez Xbox - 07/7

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Tech & Co, la quotidienne. Le débrief de la tech. Le débrief de l'actu tech avec ce soir sur le plateau de Tech & Co, Philippe De Vost. Salut Philippe. Ravie de te retrouver mon cher Philippe. Tu es stratégique advisor chez Jog Capital et président de Phileos et cofondateur de Wanadu, entre autres. Et j'ai rejoint le conseil d'administration de France Deep Tech. Incroyable. Toutes les semaines, Philippe nous rajoute il va avoir une carte de visite. Une étoile sur son... A tes côtés, bien sûr, c'est Frédéric Simotel. Salut Fred. Salut François. Journaliste ABFM Business. Tout va bien ? Et on s'est mis côte à côte parce qu'on est habillé exactement par là. Des frères.

Il n'y a pas la cravate quand même. Mais c'est vrai qu'il y a quelques similitudes. Tiens, et puis c'est Clément David qui est avec nous ce soir. Salut Clément. Comment ça va ? Ça fait longtemps. Mais ça va mon Clème. Président de Théodore Cloud. Ça ne bouge pas. Bientôt les vacances. Exactement. La Turquie, Bodrum.

1:02
Invité

Voilà. S'il y a des fans qui veulent m'enjoindre, je pars en tout cas.

1:04
Présentateur

Je croyais que tu allais dire, s'il y a des fans qui veulent me suivre à Bodrum, carrément, t'es la star de la tech. Il va avec Fred. Vous y allez avec Fred ?

1:11
Invité

Oui. On va bronzer un peu.

1:13
Présentateur

Je viens de l'apprendre. Tu viens de l'apprendre. Tu sais que d'habitude, il va l'île de ré, lui. Donc, ça va le changer un petit peu. Deux salles, deux ambiances. Ah oui, ça c'est clair. Bon, ben voilà. Au moins, vous savez qui part en vacances avec qui et surtout où ils partent. Plus sérieusement, les amis, parce qu'il n'y a pas que des bonnes nouvelles ce soir. Dans l'actu tech, on va commencer par ces coupes sombres dans les effectifs d'un Microsoft. Microsoft l'affirme, supprime immédiatement près de 5000 postes, dont 1600 au sein de la filiale de jeux vidéo Xbox que le groupe restructure. En gros, Xbox, ça ne marche pas comme prévu.

Et ça ne va pas s'arrêter là en cause des résultats décevants. Alexandra Paget nous explique tout ça.

1:54
Invité

1600 postes dès maintenant, 1600 autres en 2027, 3200 en tout à la fin de la prochaine année fiscale, 20% des effectifs d'Xbox. Sa nouvelle dirigeante a décidé d'arrêter l'hémorragie. L'activité ne se porte pas bien. Les marges opérationnelles sont 3 à 10 fois moindres que celles des concurrents. Et les prix des composants des consoles ont flambé, obligeant les fabricants à augmenter les leurs. Microsoft a également décidé de se séparer de 5 studios de développement parmi eux. Arkane, le français, dont le sort est très incertain. Ce studio, derrière la licence Dishonored, travaillait depuis plusieurs années sur un jeu Marvel qui pourrait être annulé.

Asha Sharma, désormais aux commandes donc, a aussi décidé de reprendre sous son autorité directe les studios qui produisent Candy Crush et Minecraft. Cette remise à zéro est la conséquence du mécontentement du PDG de Microsoft. Satya Nadella estime avoir largement investi dans les jeux. Et l'américain fait la course loin derrière ses rivaux japonais, Sony et Nintendo.

2:51
Présentateur

Voilà le marché du jeu vidéo qui est compliqué alors que Microsoft avait investi plusieurs dizaines de milliards de dollars il y a quelques années. C'était en 2023 pour racheter évidemment cet énorme studio de jeux qui visiblement... Enfin voilà, la transformation de cet achat, de cet investissement ne se fait pas. Les consoles ne se vendent pas autant que prévu. Et puis surtout, il n'y a pas de bons jeux qui sortent. Et quand on est sur un business model où vous vendez des consoles et ces consoles sont rentabilisées en vendant des jeux dont vous touchez les licences, et bien c'est un problème. D'où ces licenciements. Clem, alors je sais que tu es un joueur. Je suis au fond du bol.

Tu es au fond du bol ? Oui, parce que dans les...

3:33
Invité

Tu es plutôt PlayStation ou Xbox toi ? Alors moi je suis complètement PlayStation. Ah d'accord. Mais il se trouve que la dynamique de Microsoft a été de racheter ces dernières années énormément de studios. Évidemment. Notamment post-Covid. Parce que ce qu'on voit là, c'est juste la énième phase du marché du jeu vidéo qui, comme certains autres marchés, a explosé au moment du Covid. Oui. A reçu énormément d'investissements, a recruté en masse, et finalement se retrouve dans une période d'attrition où on paie les pots cassés de cette croissance un peu artificielle.

Et le fait est que Microsoft, dans cette dynamique, avait racheté énormément de studios et avait plutôt une dynamique de on va racheter des studios, on va faire des licences exclusives comme ça, Sony ne pourra pas avoir les jeux que nous on sortira avec nos studios etc. Oui, c'est ça. En fait, on bloque l'adversaire. Exactement.

Et la vérité, c'est que dans une période où d'une, il y a moins d'argent, le jeu vidéo ne va pas bien, et en plus où les investissements sont redirigés sur l'IA, on a analysé entre guillemets, on, pas moi, mais Satya a analysé, on a analysé le centre de coût et a dit maintenant, on va arrêter de se dire c'est le futur, c'est génial, c'est le gaming, c'est du soft power, c'est machin, on va prendre comme d'habitude, comme on analyse toutes les autres parties de Microsoft, on va regarder le ROI, qu'est-ce qu'on fait ? On va dégager, là parce que tu as dit 1600, 1600 c'est tout de suite, l'interne c'est 3200 sur, attends je l'avais noté, sur 4800 postes qui sautent.

Donc c'est l'immense majorité des postes qui sont supprimés, c'est chez eux, c'est 20% de la division gaming. Donc l'idée c'est de dire, tous les petits studios qui font des trucs, on citait Dishonored, le studio français, qui sont des succès d'estime, un peu niche, mais pas non plus ce qu'on appelle des AAA, des énormes licences. Ils sont à Lyon je crois. Comment ? Ils sont à Lyon je crois. Oui c'est ça, qui est moi, être un de mes jeux préférés, finit au pipeau. Et donc là en fait ils vont se recentrer uniquement sur les grosses licences qui sont ultra connues, qui cartonnent, les Elder Scrolls, etc. Les surefire qui de toute façon ne vont pas se planter sur le papier.

5:21
Présentateur

Oui, 69 milliards ils avaient investi dans Activision Blizzard en 2023. C'est bon. Vous vous rendez compte ? C'est... Voilà, évidemment la transformation de tout ce business tarde à se faire.

5:32
Invité

Oui, puis tu l'as dit, puis Blizzard quand ils l'ont racheté, ils sont passés de cette division-là de 10 000 personnes à 29 000 personnes. On ne gère pas pareil ces gens-là. Et autre chose, un ADN complètement différent aussi, parce que ce n'était pas les mêmes... Bien sûr. Voilà, Activision Blizzard s'était monté aussi de plein de petits studios. Microsoft c'était le rouleau compresseur Microsoft avec la partie matérielle. Et ça aussi, ça a eu un peu de mal à prendre. En plus, il faut voir qu'il y a quand même pas mal de changements, puisque c'était Phil Spencer qui était le patron de cette division pendant très longtemps et Xbox.

Et en début 2026, pardon, ils sont allés chercher la nouvelle, la Hacharma. Hacharma, c'est une personne qui a vécu pendant 5... Elle a été Microsoft, mais elle a été pendant 4-5 ans chez Instacart, pour acquérir des utilisateurs, tout ça, dans cette expérience-là. Et donc du coup, elle est arrivée chez Microsoft, elle était dans la partie Core AI, et puis là, elle a basculé dans la division jeux vidéo. Alors un peu sous les feux des critiques, parce qu'il y avait une numéro 2 de Spencer qui s'appelait Sarah Bond, et tout le monde pensait que c'était la personne qui allait lui succéder. Et pas du tout, donc elle est arrivée.

Et elle, son rôle, elle était très critiquée au départ, parce qu'on dirait qu'elle ne connaît rien aux jeux vidéo, etc. Mais elle, elle était surtout venue pour engranger des utilisateurs, enfin vraiment avoir ses abonnés. Donc ça a plutôt marché. Par contre, comme on l'a dit, derrière, il y a quand même des structures de coût. Et là, Microsoft, voilà, est-ce qu'ils laissent un peu filer le hardware ? Ils ne peuvent pas tenir sur toutes ces formes-là. Et comme en plus, Microsoft, le groupe, fait d'énormes investissements dans l'IA, les jeux, ça reste une division importante. Mais un chouïa prioritaire qu'à Nintendo, qu'à Sony, où là, vraiment, c'est le core business.

7:17
Présentateur

Et puis, il faut rappeler quand même que la bataille que se mènent Sony et Microsoft, elle est gagnée depuis longtemps par Sony. C'est-à-dire que voilà, aujourd'hui, Microsoft revendique avoir perdu cette bataille de la console entre la Xbox et la PlayStation 5.

7:31
Invité

Ils ne sont même pas sûrs de faire, ils devaient annoncer pour cette année une nouvelle version de la Xbox. C'est très rare. Normalement, tu laisses une certaine forme de flou sur le fait que tu vas la sortir ou pas, même si ce n'est pas le cas. Ça prend un peu de retard. En général, c'est tous les 7 ans, les nouvelles consoles. Là, ils ont assumé clairement, ils ont commencé à parler à des fabriques entières, etc. En disant, ok, on s'interroge, il y a un monde où on ne la sort pas.

7:50
Présentateur

C'est très étrange. Ça ne ressemble pas à ce qu'on a vécu ces 10 dernières années. En plus, le moment est mal tombé. Tous les composants, enfin, le prix des composants explose. Sur le hardware, tout est infirmé.

8:01
Invité

Il faut voir aussi que l'IA change sans doute pas mal de choses dans le collège. Et puis, quand on licencie 15-20% de ses effectifs, ce n'est pas les lignes du bas qu'on licencie. C'est tout le middle management où là, on se dit, c'est un peu lourd tout ça. Et là aussi, c'est ce qui se passe dans cette division. Philippe, et après tu reviens. Philippe. Moi, je ne suis pas gamer du tout, donc j'ai beaucoup de mal à... Même pas un petit Tetris de temps en temps. Un petit Scrabble en ligne ? Tetris, ça date un peu quand même. Non ? Tetris, ça date un peu quand même. Non, j'ai du... Ce n'est pas ma tasse de thé. En revanche, ce qui est intéressant, c'est de voir la bagarre en cours.

Alors, c'est vrai que les 69 milliards d'investissements dans Activision Blizzard... On pourrait se dire, aujourd'hui, ce n'est rien par rapport aux investissements colossaux qui sont en train d'être consentis sur de la fourniture d'énergie convertie en token, donc de l'IA. Et ça, c'est clair. Oui, mais enfin, c'est quand même 69 milliards, quoi. Oui, oui, c'est quand même 69 milliards. Et surtout, moi, ce dont je n'étais pas conscient en préparant ce plateau ce soir, c'était de la faiblesse des marges des studios de jeux vidéo comparées aux marges auxquelles on est habitués dans le monde du logiciel et aux marges hypothétiques auxquelles on peut s'attendre ou pas dans le monde de l'IA.

Mais je trouve ça assez étonnant, quand même, comme revirement, de se dire, voilà, ils achètent un château formidable, un énorme truc, et là, ils commencent à revendre les chambres pour financer l'IA. C'est pour ça.

9:35
Présentateur

Mais on a l'impression aussi que Satya Nadella, qui est véritablement, qui tourne ça, on voit Microsoft prendre un virage B2B, n'a pas l'air d'assumer véritablement cet investissement d'Activision bizarre, j'ai l'impression, et que finalement, avec le départ de Phil Spencer et l'arrivée de Asha Sharma, on est dans une autre stratégie. Finalement, voilà, le jeu vidéo, ce n'est peut-être pas finalement ce qu'il y a de plus évident pour Microsoft. On va se concentrer sur ce qu'on sait faire.

10:07
Invité

Après, le fait de faire venir Asha, c'était déjà assumé que...

10:11
Présentateur

Elle n'est pas fossoyeur de Xbox, mais ça ne sent pas très bon. D'ailleurs, elle le dit à tous ses collaborateurs. Xbox, ça ne crache pas comme ça devrait cracher, on ne gagne pas assez d'argent, on perd de l'argent, et voilà. Après, ça fait quand même un moment qu'ils sont dans le jeu vidéo.

10:24
Invité

C'est quand même un gros acteur du jeu vidéo. Oui, mais regarde comme ça. Moi, j'ai compris qu'ils avaient augmenté leur abonnement, leur passe de 10 dollars par mois, et ils ont été obligés de rebaisser les prix et de perdre les clients. Moi, du coup, la question que j'ai en écoutant ce sujet, et qui est une question pour toi, Clément, c'est... Au pétard. En parallèle de ce qui est en train de se passer, on voit Microsoft qui investit à son tour dans ce qu'ils appellent leur Frontier Company, qui déploie... C'est quoi ? C'est 2 milliards et demi de dollars pour aller rentrer chez les clients.

Et je me posais la question, justement, avec ta casquette Théodo, quand le fournisseur devient conseil, qu'est-ce qu'il reste comme place pour écouter la voix du client ?

11:02
Présentateur

T'as un quart d'heure, hein ?

11:03
Invité

Waouh ! Non, non, non, je plaisante. T'as 30 secondes. Refais-moi le lien avec... Non, mais ce que je veux dire, c'est que quand des éditeurs aussi puissants commencent à déployer ce qu'ils appellent les Frontier Company, qui vont aller elles-mêmes conseiller les clients sur l'installation des différents... Quelle place il reste aujourd'hui aux ESN, aussi pointues soient-elles ? Et Dieu sait si j'ai du respect pour Théodore en termes de compétences techniques, François Belligan, si tu nous entends, mais sur ce move... D'abord, est-ce que Microsoft est encore une boîte qui fait du jeu vidéo ? C'est une question qu'on peut se poser ce soir.

11:37
Présentateur

Sur le papier, oui, mais jusqu'à quand ?

11:38
Invité

Non, mais en fait, ça va rester un acteur... En fait, il y a un peu de question à la question. Ça va rester un acteur du jeu vidéo. La vérité, c'est qu'ils ont ramené... En gros, Microsoft est trois fois moins rentable que ses concurrents. Voilà. Pour plein de raisons. Ils ont ramené Hachat, ils lui ont donné le carchar dont Nicolas Sarkozy rêvait. Et puis, ils lui ont dit, voilà, c'est le ménage, elle dégage du monde, on change la stratégie, on se remet sur les blockbusters. Ce serait un peu comme un studio de cinéma qui a racheté 50 minutes de studio ultra créatif et qui, tout à coup, dit, en fait, on va faire que des Marvel.

Spoiler, c'est ce qui s'est passé avec les grandes licences, etc. Donc, ensuite, il y a une vraie question qui est... C'est vrai que toutes les entreprises de la tech aujourd'hui se rêvent en société de conseil, se rêvent le fait de faire leur propre conseil, etc. Il y a beaucoup de rachats en ce moment, il y a beaucoup de fusions. Ce qu'on a vu, c'est l'exact modèle de Microsoft avec Havanad, où le fait d'avoir en interne une capacité à faire du conseil ne les a jamais empêchés d'aller en chercher à l'extérieur, simplement, c'est une question de volume. Et qu'en fait, tu peux apporter sur certains sujets clés de l'expertise interne.

En revanche, le marché est tellement gigantesque que tu ne pourras jamais le phagocyter. En tout cas, pour moi, c'est une réponse en volume.

12:43
Présentateur

Donc, on ne peut pas faire Game Over chez Xbox, quoi. Ni chez Théodaux. Ah non, ni chez Théodaux. Pas, pas, pas. Bien sûr. Bon, alors, ça, c'est la première mauvaise nouvelle. En parlant de licenciement. En parlant de licenciement, les amis. Tiens, vous êtes tous virés. Voilà, il n'y a que moi qui reste. Ça, c'était la petite... On a changé la... Qu'est-ce qu'il se passe ? On a changé le design de... Tout va bien, Clément ? Qu'est-ce qu'il se passe ? On a changé le design du... Le design de quoi ? Bien sûr.

13:08
Invité

Du fil d'Ariane. Tout à fait. Personne ne m'a demandé mon avis.

13:11
Présentateur

Voilà. Mais qu'est-ce que tu en penses ? Alors, toi qui es un esthète. Ça dépend. Tu trouves que notre nouvel habillage et la nouvelle typo de BFM Business est jolie ou pas ? Est-ce que c'est Fred qui l'a fait ? Non, ce n'est pas Fred. Eh bien, c'est magnifique. On a des vrais spécialistes. Eh bien, j'adore. Des gens talentueux qui le font. Non, en vrai, c'est assez épuré, c'est stylé. Voilà. Alors, si vous êtes à la radio, vous vous dites de quoi il parle. Il faut aller voir la télé. Vous comprendrez. C'est vrai qu'on a changé il y a quelques jours, Fred. Oui, oui. Je veux dire, l'habillage, plutôt la... Comment dirais-je ? Oui, tout ce qui est typo. Oui, la charte graphique.

La charte graphique, voilà. C'est ça, de BFM Business, qui est plutôt jolie. On se prépare pour la rentrée, c'est pour ça. Je vous le dis, ça va dépoter à la rentrée. En revanche, bon, alors, on l'a vu, ça ne dépote pas chez Microsoft, mais ça ne dépote pas non plus chez Nokia. Parce que Nokia annonce aussi une nouvelle vague de suppression de postes en France. La direction de l'équipe Mentier Télécom attend pour la fin de la semaine la signature par les syndicats d'une rupture conventionnelle collective qui menace quand même 195 emplois. Et c'est vrai que depuis le rachat d'Alcatel, il y a 10 ans, Nokia enchaîne les réductions d'effectifs. Mathieu Pechberti nous explique tout ça.

14:17
Invité

Nokia vient de boucler fin juin une rupture conventionnelle collective et enchaîne déjà sur une autre. Le groupe finlandais veut se séparer de 195 postes en France, après en avoir déjà supprimé 300 depuis le début de l'année. Les salariés subissent la huitième vague de départ depuis 2017 et le rachat d'Alcatel un an plus tôt. Après quatre plans de départ et quatre ruptures conventionnelles collectives, Nokia comptera l'an prochain moins de 2000 emplois en France contre 4200 il y a 10 ans. Le groupe justifie ses nouvelles mesures sociales par son virage vers l'équipement des data centers avec des logiciels d'intelligence artificielle, notamment depuis que Nvidia est entré à son capital.

En France, Nokia travaille essentiellement sur les réseaux mobiles pour les quatre opérateurs français, sauf qu'ils ne seront bientôt plus que trois après le rachat de SFR par ses concurrents. La consolidation du secteur n'est pas une bonne nouvelle pour Nokia, qui mise toutefois sur l'essor de la 6G d'ici à 2030 pour enrayer son déclin.

15:12
Présentateur

– Eh bien voilà, encore une pépite. Alors peut-être que je vais donner la parole à Philippe parce que je pense que tu dois bien connaître quand même Nokia qui, à la grande époque, était un acteur incontournable, à la fois dans la téléphonie mobile, dans l'équipement réseau. – Voilà, corps de réseau, Nokia. – C'est un réseau optique. – Bien sûr. Voilà, pépite européenne, rappelons-le, des télécoms, et là, c'est la déliquescence.

15:39
Invité

– Non, mais j'ai l'impression plus d'une… Je pense que Nokia devient un marronnier parce que le 24 juin dernier, on était en train de parler probablement du plan précédent. Là, c'est le huitième.

15:49
Présentateur

– Non, c'était le 24 juin, là ? – 24 juin. – C'est le même, en fait. – C'était l'annonce. – C'est le même, mais si tu veux, on a un peu plus d'informations, d'où le reportage de Mathieu.

15:56
Invité

– Mais cela étant, c'est le huitième, mais le septième avait été bouclé juste à la fin de l'année dernière, est en cours de résolution. Et non, moi, je trouve ça juste immensément triste et complètement paradoxal parce que Nokia d'un côté… Alors, il y a Nokia et puis il y a le sujet Nokia France. Le sujet Nokia, il faut juste se souvenir qu'avant l'arrivée de l'iPhone, pour ceux qui se souviennent de leur cours de MBA et des matrices du BCG, quand vous étiez numéro un sur un marché en croissance à deux chiffres et que votre part de marché, accrochez-vous, était le double du suivant, donc que vous écrasiez tout, vous étiez normalement inexpugnable. Vous étiez la star. – C'est la vache allée.

– C'était, voilà.

16:39
Présentateur

– C'était le cas de Nokia avec les 3210, les téléphones, enfin voilà.

16:43
Invité

– Nokia avait 20% du marché, avait des usines partout dans le monde, avait une gamme de téléphones qui écrasait tout. En moins d'une décennie, une génération d'iPhone, c'était terminé. Alors on ne va pas revenir sur le Nokia racheté par Stephen Ellope, la Burning Platform, etc. Enfin, l'histoire de Nokia mérite qu'on s'y arrête parce que c'est incroyable. – C'est incroyable, c'est le Kodak des télécoms quasiment. – Oui, et c'est un effort en beaucoup plus rapide. En beaucoup plus rapide, parce que la descente aux enfers de Kodak, elle a peut-être pris deux décennies. Là, Nokia, c'est 7 ans.

– Alors c'était un monde industriel qui s'est créé, mais au fil des années, c'est le caoutchouc, le papier. – Oui, Nokia au départ, c'est des bottes. – Oui, c'est ça, c'est le caoutchouc. – Ils font du caoutchouc, puis ils font du papier. – Ils font du papier, ils font des téléviseurs. – C'est comment ça fait, les téléviseurs, et ils entrent dans la tech.

17:31
Présentateur

– C'est vrai qu'il y avait des téléviseurs Nokia. – Absolument.

17:34
Invité

– Incroyable. – Et tout le début, ça démarre avec du caoutchouc. C'est vraiment l'industrie qui s'est développée, développée. – Et qui a su se réinventer. Et puis là, pouf, qui est en panne. Et puis alors, il y a après la question de Nokia France, et ça, c'est encore plus triste, parce que la question de Nokia France, en fait, c'est la question, tout ce dont on parle, c'est l'Agnon. – Donc c'est quoi ? C'est de la recherche ? – L'Agnon, c'est le berceau de télécoms français. – Incroyable. – C'est là qu'il y avait le CNET, c'est là qu'il y avait tout le creuset des réseaux et des architectures de réseaux en France, c'est France Télécom, L'Agnon, avec tout l'écosystème autour.

– Et peut-être que l'Agnon Air France qui faisait spécialement Paris-L'Agnon tous les jours. – Absolument. – Oui, il n'y avait que des gens. – C'est vrai ? – Sur une espèce de frangeur. – Air Inter, à l'époque, qui faisait Paris-L'Agnon tous les jours et qui emmenait les gens à l'héros.

18:16
Présentateur

– En fait, il y avait tellement de potentiel.

18:18
Invité

– Sans cesse, c'était dingue. – C'est là qu'on a inventé. L'Agnon a perdu, il reste un septième aujourd'hui des effectifs qu'il y avait encore à L'Agnon il y a une petite dizaine d'années. – Et puis tout l'écosystème de start-up

18:30
Présentateur

– On est d'accord que c'est d'une tristesse. – C'est d'une tristesse, cette histoire-là. – C'est-à-dire qu'on avait un berceau. – Et c'est une promesse pas tenue. – On avait un réservoir de talents télécom là-bas. – De brevets. – De brevets qui est en train de disparaître.

18:45
Invité

– Et là, on est en train de parler de la 6G, mais sur la 6G, qu'est-ce qu'il reste en Europe ? Il reste deux équipementiers qui chacun y vont de leur plan social l'un après l'autre, histoire de faire un peu équilibrer. Face à Huawei, alors que la bataille… – Il y a quoi ? En Europe, il reste Ericsson ? – Il reste Ericsson. – Et Nokia. – Et Nokia, c'est tout. – Puisque Siemens a été fusionné. Mais il y a eu une époque où Siemens était très puissant. Et tout ça, toute l'histoire de Nokia France, en fait, c'est l'histoire d'Alcatel.

Et c'est le désastre d'Alcatel-Lucent, sur lequel on va pas revenir, mais il y a un bouquin à lire, enfin, il y a un bouquin à écrire là-dessus, avec toutes les responsabilités, les non-décisions, c'est Churuc, la France sans usine, la fusion avec Lucent, où ils se permettent pendant deux ans de se faire la gueule avec Patricia Russo, les deux côtés de l'Atlantique, pour pas prendre de décisions. – De siège, il fusionne l'Alcatel et Lucent, mais chacun reste en France et aux États-Unis. – Voilà, puis ça commence à aller mal.

Là, on fait venir un bébé breton, qui est Michel Combe, qui vient appliquer la méthode breton, appliquer avec le succès qu'on sait à France Télécom, vient l'appliquer chez Alcatel-Lucent, donc arrête tous les investissements, fait remonter la marge brute, et donc ravit les marchés. – Mais pendant ce temps-là, on… – Organise le rachat par Nokia avec des promesses partout, que bien entendu, on ne toucherait pas à l'emploi, etc., etc. et voilà ce qu'il reste.

On nous bassine depuis 15 ans maintenant sur l'histoire de souveraineté, en ayant oublié un truc, et ça, moi, je le dis avec ma nouvelle casquette de membre du bord de France Dipthèque, la souveraineté, c'est d'abord une souveraineté de compétence, c'est-à-dire la capacité à continuer de former, à maintenir et de permettre de se développer des ingénieurs, des talents, des chercheurs, et un docteur, ça ne se décrète pas en 15 jours. Il faut 7 ans pour le former. Donc voilà, on est au fond du trou, et malheureusement, avec…

Donc on a probablement des dirigeants publics qui vont s'émouvoir de cette réduction, mais qui ne voient pas que l'horizon sur lequel il faut raisonner, c'est 15-20 ans, et que les décisions courageuses sont aujourd'hui, et ce n'est pas eux qui les récolteront.

20:53
Présentateur

– Ce qui est effrayant, et je me trompe peut-être, et j'espère me tromper, c'est que j'ai l'impression qu'il y a 20 ans, on était plus une terre d'innovation qu'on l'est aujourd'hui, d'une manière générale.

21:02
Invité

– Dans ce domaine, oui, en plus. – Mais pas que dans les télécoms, il y a d'autres sujets. – Dans le nucléaire, on en reparlera. – Tu parlais aussi du BCG, tous ces analystes qui expliquent un peu, je vous conseille des excellentes émissions BFM Stratégie, on parle de tout ça, mais qu'est-ce qui s'est passé pour Nokia Erikson ? C'est que pendant des années, ils voyaient le marché des opérateurs, ils se sont dit, on se concentre, ce marché des opérateurs, c'est ce qu'il va nous rapporter, on est en train de développer des réseaux.

Seulement, ce qu'ils n'ont pas vu, c'est le jour où ces opérateurs disent, on va un peu serrer la vis parce qu'on est trop haut, parce qu'il y a la concurrence qui est forte dans différents domaines, parce que les technologies, ça vient de partout. Maintenant, nos concurrents, ce n'est pas d'autres opérateurs, ça peut être des acteurs du cloud, ça peut être des ESN, eh bien, eux ont continué à se concentrer beaucoup trop sur ces opérateurs, et du coup, ils ont un peu laissé filer le marché entre entreprises. Alors, ils ont essayé de l'avoir avec Alcatel Lussane, mais…

Tu as raison, avec un tout petit bémol, c'est qu'ils ont tous été pris de vitesse, Nokia y compris, par un accident industriel majeur, un accident de régulation et industriel majeur qui s'appelle la bulle de la 3G, dans laquelle les enchères pour la 3G ont ruiné les opérateurs, soit par acquisition de licence, soit par rachat entre eux, et quand ils sont arrivés au bord du gouffre, et ça, c'est la seule décision rationnelle qui est prise Breton quand il est arrivé chez France Télécom, qui a été de dire, je ne peux faire survivre la boîte que si je coupe tout, y compris vis-à-vis des équipements entiers.

Il leur a fait le chantage du faible au fou en leur disant, soit vous me faites 30% tout de suite, soit vous n'êtes pas sûr que je vous régle à la fin de l'année, je ne serai peut-être plus là. Et donc, c'est suite à cet accident de la 3G et des enchères que toute la valeur du marché s'est effondrée, a baissé de 30%, et c'est là que Huawei est arrivé en disant, moi, je peux faire dans ces prix-là. On leur a dit, mais vous êtes qui ? Vous n'avez pas de référence ? Si, si, j'ai 70 millions de clients qui tournent. Ah bon, et où ça ? On ne les a pas vus. Ils sont au seul endroit où vous n'avez jamais voulu aller regarder, qui est en Afrique.

Et Huawei avait des cœurs de réseau qui tournaient en Afrique impeccablement, donc il avait la masse critique.

23:00
Présentateur

Clem, sur ce sujet. Oui. Parce que là, tu as deux experts télécoms.

23:04
Invité

Oui, mais je ne peux que boire leur parole. Non, mais ça me fait marrer. Il y a comme ça des maraudes de temps en temps. On se dit, on va faire parier les opérateurs, les grandes entreprises sur des trucs qui, finalement, n'ont aucun sens économique. Ils sont en 3G. Ça me rappelle les numéros de téléphone sur lesquels ils ont fait des enchères pour rappeler les pages jaunes. Je te rappelle où, en fait, tous les services ont fait fermé en deux ans. La seule chose dont on se souvient, c'est le 118 de 118. C'était censé être une super mine d'or. Pas du tout. C'était 10 euros, l'appel, aussi.

23:32
Présentateur

Donc, c'était un peu violent, quand même. Ou à vous de Frédéric Simotel. Oui.

23:37
Invité

Non, mais il y a un élément, quand même,

23:38
Présentateur

qui est marrant. C'est acheté toute l'île de Ré, grâce à l'118 de 118. Pardon. Vas-y, Clem. J'en peux plus.

23:45
Invité

Non, mais il y a quand même un élément dont on oublie. C'est que Lundmark, le CEO de Nokia, depuis 2020, en 2023, il arrive à Chouz-France, il serre la main de Manu et il lui dit, Manu, je fais faire 500 emplois de R&D chez toi. Trois ans après, on est, on licencie 200 personnes, les 500 emplois, on n'a pas vu la couleur. Ça pose aussi une vraie question en filigrane sur la naïveté qu'on a quand on fait des deals. C'est un peu comme l'usine 6G de Huawei en Alsace. C'est derrière les effets d'annonce, notamment de Chouz-France, il y a quand même beaucoup d'écrans de fumée.

Et à ça de dire que Chouz-France, en termes d'écrans de fumée, c'est le nouveau Next 40, mais on ne va pas se faire que des copains.

24:26
Présentateur

Ce qui est étonnant, juste une chose, c'est qu'après, il y a eu le contexte géopolitique, parce que c'est vrai que Huawei est arrivé sur le marché français et européen, c'était au début de la 5G, en gros, et puis d'un coup, il y a eu ce coup de refroidissement, parce qu'il y a eu les Américains qui s'en sont mêlés, qui ont dit, on ne veut plus travailler avec Huawei, on nous a fait comprendre, nous, Européens, qu'il n'était pas bon aussi de travailler avec Huawei. Donc ça nous a redonné, en quelque sorte, la possibilité pour Nokia et pour Ericsson de rattraper un petit peu leur retard et de gagner des parts de marché. Visiblement, ça n'a pas suffi, en plus.

24:59
Invité

Moi, pour rebondir sur ce que tu disais, pour moi, il y a deux points auxquels il faut être très sensible. Le premier, c'est quand on dit, effectivement, je vais créer 500 emplois. D'abord, si c'était le rôle du président de la République de favoriser la création de 500 emplois, alors que le nombre de personnes qui cherchent du travail se compte plutôt en millions, il y a un problème d'ordre de grandeur. Mais surtout, qu'est-ce que ça veut dire ? Je vais créer 500 emplois en R&D, ça veut dire une chose que tout le monde sait mais que personne ne dit, qui est que le rapport qualité-prix du chercheur français est le meilleur du monde en raison du crédit impôt recherche.

Et que tant qu'on favorisera, pour de bonnes raisons, l'implantation de labos étrangers qui ensuite font sortir la propriété intellectuelle et les cerveaux, les remontent dans la maison mère outre-Atlantique, on aura... Enfin, voilà, le crédit impôt recherche, c'est un truc qui est fondamental, mais à mon avis, qu'il va falloir utiliser avec beaucoup, beaucoup plus de précision. Et après, la question qui va rester pour Nokia et pour l'Agnon, c'est, on s'est aperçu que les câbles sous-marins étaient une infrastructure vitale, on les a renationalisés.

On s'est aperçu il n'y a pas longtemps que le calculo de performance était quelque chose de vital, bulle est repassé à 100% dans le giron de l'agence des participations de l'État. La question va être, est-ce que les cœurs de réseau ou le savoir-faire radio va être considéré ou pas ? C'est une bonne nouvelle. Est-ce que quand tu prends une industrie critique et que tu la mets dans le giron de l'État, tu penses que c'est une vraie question ? On revient aux années 70, ça ? Non, non, je pose juste un constat. Je ne suis pas sûr que ça soit comme il gère le budget national, s'il gère le budget de bulle. Dans tout ça, pour Nokia aussi, je continue à penser cette histoire d'erreurs stratégiques.

Pour moi, c'est le syndrome un peu HP Intel. On s'est vu, on avait des marchés qui déroulaient, qui déroulaient. On n'a pas regardé à côté. On s'est dit, et d'ailleurs, aujourd'hui, ils sont en train de se séparer de tout ce qui n'est pas critique. Ils disent, nous, maintenant, c'est l'IA, la 6G, les réseaux optiques. Ça va être ça, ce qui aurait peut-être dû être fait depuis longtemps. Donc là, garder un seul profil de client, les opérateurs, comme tu l'as dit, il y avait des histoires avec la 3G, mais d'autres, ils n'ont pas vu venir et ils auraient peut-être dû déjà aller un peu plus à des entreprises.

Et puis, le syndrome HP Intel, c'était ça, c'est de dire, attendez, pour l'instant, ça rapporte, on a l'action, ce maintien, à l'époque. Jusqu'ici, tout va bien. Et on ne cherche pas d'autres stratégies, on ne cherche pas d'autres marchés, on se dit, on est bien sur ces marchés-là. Et voilà ce qui se passe quand on n'ose pas prendre certains risques à une époque. Et puis surtout, on reviendra, ce serait une histoire à raconter, tu l'as dit un peu, la gabgie Alcatel-Lucent, le rachat. Faire une émission là-dessus ? Oui.

27:38
Présentateur

Que les 200 mois. Oui, oui. Moi, je regarderai aussi. Non, mais c'est intéressant, mais dire quand même que Nokia est l'inventeur de Snake, vous vous rendez compte ? Où va le monde, mes amis ? C'était le lien avec le jeu vidéo. J'ai dû jouer à Snake.

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