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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 14 décembre 2024 9 min

François Bayrou : le bon choix ? - Frédéric Valletoux est l'invité des 4V du 14 décembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Frédéric Valletoux

Bienvenue dans les cas de V, Frédéric Valtoux. Le nouveau Premier ministre s'appelle donc François Bayrou. Est-ce que c'était le meilleur choix ?

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Présentateur

Écoutez, le Président a pris le temps, ça on l'a vu, pour choisir celui sans doute dont il estimait qu'il avait les meilleures qualités pour, d'ailleurs, reprendre le mot qu'a employé François Bayrou hier, réconcilier, apaiser et stabiliser le fonctionnement des institutions, apaiser le débat politique, stabiliser le fonctionnement des institutions pour donner de la légitimité à ce qui va se faire au niveau du gouvernement et permettre effectivement un travail législatif pour répondre aux urgences de la France et aussi stabiliser les politiques publiques. Ces premiers mots vous ont convaincus ?

C'est les premiers mots, vous savez, on ne juge pas un Premier ministre sur ses premiers mots sur le perron, c'est surtout les premiers actes et la manière dont il va vouloir, avec méthode, en tout cas on le souhaite, construire cette feuille de route législative et son équipe gouvernementale qui vont se donner la tonalité de ce que sont les prochains mois. C'était des premiers mots de Premier ministre. Il a rappelé Henri IV, alors quand on a été maire comme moi d'une ville historique, Fontainebleau, on est sensible aussi aux liens avec l'histoire.

1:04
Frédéric Valletoux

Qu'est-ce que vous attendez, vous, chez Rison, le parti d'Edouard Philippe ? Vous allez faire partie des forces politiques qui vont être consultées par le Premier ministre dans les jours à venir. Quelles sont, alors ce n'est peut-être pas des lignes rouges, mais quelles sont vos exigences politiques ?

1:16
Présentateur

Les exigences, je ne sais pas, parce que depuis le début, nous, on ne met pas d'exigences justement pour appeler tout le monde à se réunir autour d'une table et puis discuter. Je pense que l'exigence première, ce serait une exigence de méthode, c'est-à-dire effectivement qu'on ne se précipite pas dans la composition de choix d'une équipe gouvernementale, mais qu'on fasse précéder ça par un vrai travail sur finalement quelle sera la feuille de route. Quels sont les sujets que dans les prochains mois, François Bayrou, avec son équipe gouvernementale, va vouloir prendre à bras le corps.

La manière dont il veut répondre aux urgences de la France, on parle de la crise agricole, on parle du sujet de l'accès aux soins, enfin il y a plusieurs sujets sur lesquels...

1:52
Frédéric Valletoux

Il faut définir un pacte de gouvernement avant de définir une équipe.

1:54
Présentateur

Oui, mais on ne l'a pas fait en 2022. L'horizon, Edouard Philippe l'avait plaidé dès la fin des législatives juin 2022, en disant à Elisabeth Borne qu'on n'y arrivera pas à faire des majorités au cas par cas et texte par texte. On a bien vu que cette méthode-là ne nous emmenait pas très loin. On ne l'a pas fait avec Gabriel Attal, on ne l'a pas fait avec Michel Barnier. Donc il serait temps que cette fois-ci, on prenne le temps de définir une feuille de route et puis ensuite chacun se positionne. Le Parti Socialiste se positionnera, les Républicains se positionneront, l'ensemble des forces politiques qui veulent participer ou soutenir se positionneront.

Mais en tous les cas, sur une feuille de route claire, ce sera même plus clair pour les Français. Il y aura des ministres d'horizon dans ce gouvernement ? Écoutez, si jamais effectivement la feuille de route convient, pourquoi pas ? Pourquoi François Bayrou serait davantage en mesure de trouver une coalition plus stable que Michel Barnier ? Pourquoi il serait ? Peut-être d'abord parce qu'il faut regarder ce qui s'est passé depuis 2022 et tirer les leçons de quelques erreurs et de méthodes qui ont pu être faites. Et notamment cette attention portée à construire cette feuille de route. Et puis ensuite parce que peut-être il porte ça aussi en lui depuis toujours.

François Bayrou, on le connaît, et depuis toujours, et bien avant même l'arrivée d'Emmanuel Macron, il théorisait cette idée que les deux rives à l'époque, il appelait ça comme ça, la rive droite et la rive gauche du champ politique, pouvaient peut-être mieux travailler ensemble. Et que ce que Emmanuel Macron a ensuite appelé le dépassement, lui appelait à ce que les hommes et les femmes de bonne volonté, qui dans un spectre républicain, qui partagent les mêmes valeurs républicaines, puissent travailler mieux ensemble.

3:26
Frédéric Valletoux

— La nomination de François Bayrou ne change rien au fait que le premier groupe politique en tant que parti, ça reste le Rassemblement national, qui va vouloir rester en position d'arbitre. Comment François Bayrou peut-il faire pour ne pas se retrouver dans la même situation que Michel Barnier, où le jour où Marine Le Pen décidera de baisser le pouce, il sera censuré ?

3:44
Présentateur

— Le jour où Marine Le Pen a décidé de mêler ses voix avec le nouveau Front populaire, et notamment LFI, sur un texte qui, effectivement, stigmatisait les positions du Rassemblement national. Donc le jour où Marine Le Pen a décidé de s'asseoir sur ses convictions et sur...

3:56
Frédéric Valletoux

— Elle avait déjà voté des motions... — Oui, qui étaient les siennes, qui étaient les siennes.

3:59
Présentateur

— Y compris des motions de gauche. — Oui, qui étaient des motions de gauche, mais qui étaient surtout des motions qui ne venaient pas l'insulter. Mais enfin bon, bref, c'est surtout ça. Donc c'était un coup tactique de Marine Le Pen. Je crois que la force que va devoir essayer de trouver François Bayrou, c'est la capacité à solidifier cet arc central, et peut-être à travailler avec les socialistes pour que les socialistes passent non pas d'une opposition qui les conduit à voter la censure, mais un pacte soit de non-censure, soit de soutien sans participation.

Enfin, il y a dans l'accompagnement du travail gouvernemental et législatif des prochains mois différentes nuances dans lesquelles les socialistes peuvent effectivement s'insérer. — Il faut que les socialistes participent au gouvernement. Pour vous, c'est souhaitable ? — Mais ça dépendra de la feuille de route. Ça dépendra des discussions qui vont avoir lieu à partir d'aujourd'hui et de la manière dont effectivement François Bayrou envisage les choses. Mais sincèrement, et c'est pour ça que je reviens à ce que je disais tout à l'heure, que chez Horizon, on n'arrive pas avec des lignes rouges et des sacs de sable que l'on commence à poser dans les discussions pour se protéger.

Mais on vient en disant qu'il faut que ça fonctionne. Il faut répondre aux urgences de la France. Et il faut surtout faire fonctionner l'État. Et c'est ça qui est important, et stabiliser nos institutions, le travail législatif.

5:04
Frédéric Valletoux

— Est-ce que François Bayrou, ça parle aux Français ? Ça fait très longtemps qu'il est engagé dans la vie politique. Emmanuel Macron, il avait promis d'incarner le renouveau. On verra ce que disait le premier sondage. C'est pas forcément le cas avec ce nouveau premier ministre.

5:14
Présentateur

— Écoutez, il faut aussi tenir compte de la situation politique. François Bayrou, c'est un homme expérimenté. Il est élu local depuis longtemps, maire depuis 10 ans. Il faut faire confiance aux capacités aussi des maires pour fédérer et trouver des majorités. C'est ça dont on a besoin aujourd'hui. Donc il a sur le papier les qualités. Et après, effectivement, entre l'aspiration au renouveau de 2017 et la gestion de la situation politique de 2024, il s'est passé des choses. Il faut en tenir compte.

5:41
Frédéric Valletoux

— On voit que visiblement, en tout cas, c'est le récit qui nous en a été fait par les proches des deux hommes. François Bayrou a presque tordu le bras au président de la République pour obtenir cette nomination à Matignon, qui a eu des hésitations. Ça augure pas d'une relation idyllique quand même entre Matignon et l'Élysée, non ?

5:57
Présentateur

— Oui. Je ne sais pas. Ça montre peut-être une qualité, mais qui sera peut-être utile de François Bayrou. C'est un homme tenace. Et quand il a une idée en tête, il l'a pas ailleurs. Et il se bat jusqu'au bout pour essayer de faire valoir ses arguments et ses positions. Voilà. Je constate ça. Je retiens ça de la journée d'hier. Et la ténacité, en ce moment, c'est peut-être une valeur... C'est une vertu dont on a besoin pour le gouvernement de la France. — Ça montre une faiblesse, en revanche, du président de la République ou en tout cas d'un président qui est politiquement affaibli aujourd'hui ? — Non. Je dirais pas ça. Je dirais pas ça.

Je pense que le président de la République, sincèrement, avait différentes options et que jusqu'au bout, il a, j'imagine, cherché quel était celui qui serait le plus à même à réunir un large spectre et donner de la stabilité à l'Assemblée nationale. Il faut arriver à ça. C'est vraiment le seul enjeu. Et on a bien vu dans ces derniers mois que ni le bloc de gauche autour de lui ni le Rassemblement national ne sont en capacité d'agréger autour d'eux de quoi faire une majorité. Il n'y a que le bloc central qui peut le faire. Et maintenant, la mission, elle est dans les mains de François Bayreau.

6:55
Frédéric Valletoux

— Quelle place pour Édouard Philippe ? Vous appartenez au Parti Horizon. Il s'est déclaré candidat à la prochaine élection présidentielle. Il y a de bonnes relations avec François Bayreau ? Ou François Bayreau peut devenir un concurrent pour la prochaine élection présidentielle ?

7:07
Présentateur

— Il y a de bonnes relations. Et Édouard Philippe, il continue à tracer sa route, sa route qu'il a expliquée aux Français. Cette candidature en 2027 qui prépare, c'était la volonté, sa volonté. Lorsqu'il a créé Horizon il y a maintenant un peu plus de deux ans, s'il continue à sillonner la France pour se nourrir aussi des aspirations des Français. Et cette détermination-là, nul ne l'arrêtera là-dessus sur ce chemin. Et tant mieux. Et nous, autour de lui, on construit ça. C'est vrai que le grand rendez-vous politique pour tous les Français et pour toutes les forces politiques, ça va rester maintenant 2027. Et d'ici là, il faut que les institutions tournent.

C'est la mission de François Bayreau. Et puis en 2027, il va falloir proposer des projets qui soient clairs. Et c'est le travail auquel procède Édouard Philippe. — Politiquement, qu'est-ce qui différencie Édouard Philippe de François Bayreau ? C'est la même chose ? — Peut-être déjà une affaire de génération, de manière de voir la politique, un engagement qui est différent. François Bayreau a toujours été à rechercher, à tisser les ponts entre la gauche et la droite. Édouard Philippe est un homme qui vient clairement de la droite, même s'il voit bien qu'aujourd'hui, eh bien il faut construire, il faut rassembler largement. Mais sur le fond, ils ont les mêmes valeurs républicaines.

Ils sont attachés aux mêmes volontés de faire fonctionner la démocratie de manière beaucoup plus ouverte, de renouveler aussi certaines pratiques. Donc de ce point de vue-là, c'est des hommes qui sont un peu bâtis du même bois.

8:29
Frédéric Valletoux

— Merci beaucoup, Frédéric Valtoux. C'est à vous, Maya et Damien.