"Nous sommes en train de bâtir le réseau électrique des 50 prochaines années", affirme le directeur général de Nexans
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Questions et réponses
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Comment sortir des énergies fossiles ?
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584 milliards d'euros d'ici 2030. Qu'est-ce que ça signifie précisément ?
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Ça veut dire, Christophe Herguerin, que le réseau électrique actuel, il n'est pas capable de supporter toute la production électrique à venir ?
- 2:03ComplaisanteRéponse directe
Et donc, c'est ce que vous êtes en train de faire. On imagine que vous avez un carnet de commandes qui est plein sur plusieurs années.
- 2:55OuverteRéponse directe
Et ça veut dire que vos clients, ils sont en train de se préparer à cette production électrique très conséquente à venir ?
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Et donc, ça veut dire, Christophe Erguerin, qu'en 2035, par exemple, date à laquelle on ne pourra plus acheter une voiture thermique neuve, on aura un réseau qui sera tout à fait capable d'accueillir cette consommation électrique importante.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« 584 milliards d'euros d'ici 2030 »
- 0:41InvitéFait
« vous aviez eu deux grandes vagues dans le siècle dernier d'électrification du monde »
- 1:39InvitéChiffre
« la consommation électrique au quotidien va augmenter de 20 à 30% »
- 2:14InvitéFait
« on va aller sourcer la puissance électrique de l'Afrique et du Moyen-Orient en puissance solaire qu'on va acheminer par des câbles sous-marins de 1000 km de distance, 3000 m de profondeur »
- 2:25InvitéChiffre
« leur poids, c'est 9000 tonnes. 9000 tonnes, pour vous donner une perspective, c'est le poids de la Tour Eiffel »
- 3:16InvitéFait
« C'est le besoin effectif des 5-10 prochaines années de renouveler ce réseau-là »
- 3:43InvitéFait
« on passe des énergies fossiles au renouvelable »
- 3:49InvitéChiffre
« la consommation électrique qui va croître de 20 à 40% »
- 4:16InvitéFait
« le cuivre est le conducteur de l'électricité »
- 4:43InvitéFait
« la Chine, actuellement, est en train de massivement investir dans l'électrique »
- 5:43InvitéFait
« vos déchets d'aujourd'hui sont votre croissance de demain »
- 6:54InvitéChiffre
« il y avait également 900 milliards pour les fermes éoliennes en mer et les fermes solaires »
- 7:23InvitéFait
« le seul point noir, c'est l'accès aux ressources naturelles parce que l'ambition européenne peut être beaucoup plus importante que l'accessibilité potentielle de l'Europe aux ressources naturelles »
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Bonsoir à toutes et à tous. Comment sortir des énergies fossiles ? Question qui sera au cœur de la COP28 qui s'ouvre demain à Dubaï. Et une des réponses est l'électrification de la mobilité de l'industrie aussi. Et c'est là que vous intervenez. Christopher Guérin, bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes le directeur général de Nexans, équipementier électrique. Vous produisez des câbles électriques pour acheminer, transporter l'électricité. La Commission européenne a chiffré hier les investissements nécessaires pour moderniser le réseau électrique. 584 milliards d'euros d'ici 2030. Qu'est-ce que ça signifie précisément ?
C'est un chiffre vertigineux. En effet, juste pour vous donner un peu de perspective historique, vous aviez eu deux grandes vagues dans le siècle dernier d'électrification du monde. 1890-1910, c'était les premiers réseaux électriques qui sont nés. D'ailleurs, pour la piétissoire, les appartements du premier et deuxième étage étaient les appartements qui avaient accès au gaz et à l'électricité. C'était pour ça que c'était les appartements les plus cossus. La deuxième grande vague, on la connaît, c'est l'après-guerre, 1950-1970. On a bâti la génération électrique qu'on connaît essentiellement portée par le nucléaire en France et énergie fossile ailleurs. Les trangs glorieuses.
Les trangs glorieuses et les réseaux électriques. Nous rentrons maintenant dans une troisième vague, une troisième révolution électrique où il faut remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables et également remplacer une grande partie des réseaux électriques européens et américains qui ont plus de 40 à 50 ans d'âge et qui arrivent en fin de vie.
Mais ça veut dire, Christophe Herguerin, que le réseau électrique actuel, il n'est pas capable de supporter toute la production électrique à venir et on sait qu'elle sera très importante.
En fait, tout à fait, la consommation électrique au quotidien va augmenter de 20 à 30%. Vous voyez, les véhicules électriques ont besoin d'électricité, le chauffage électrique est en train de monter et on sait également que plus on va électrifier notre quotidien, plus on ira dans le sens de la décarbonation de la planète. Donc oui, on a besoin de plus d'électricité. Mais si on a besoin de plus d'électricité, il faut augmenter la bande passante également de nos réseaux électriques. C'est exactement ce qui s'est passé avec le télécom.
Et donc, c'est ce que vous êtes en train de faire. On imagine que vous avez un carnet de commandes qui est plein sur plusieurs années.
C'est impressionnant parce que sur la partie génération, bien sûr, on a la connexion des fermes maoliennes en mer. Mais aussi, on va aller sourcer la puissance électrique de l'Afrique et du Moyen-Orient en puissance solaire qu'on va acheminer par des câbles sous-marins de 1000 km de distance, 3000 m de profondeur. Et leur poids, c'est 9000 tonnes. 9000 tonnes, pour vous donner une perspective, c'est le poids de la Tour Eiffel. Voilà, on les achemine pour relier l'Afrique à l'Europe. C'est une sorte d'alternative au pipeline de gaz de la Russie pour créer cet Internet de l'énergie, si on peut l'appeler.
Et le deuxième élément, c'est renouveler l'ensemble des réseaux électriques comme on a renouvelé. Renouveler ? Voilà, exactement. Il faut le renouveler totalement ? Exactement. C'est nos grands clients, RTE, Enedis, Eon, Enel, à travers l'Europe qui sont en train de renouveler les réseaux. On les approvisionne en câbles pour cela.
Et ça veut dire que vos clients, ils sont en train de se préparer à cette production électrique très conséquente à venir ? Vous êtes en train de nous rassurer, vous êtes en train de nous dire qu'ils ont anticipé ce renouvellement total du réseau électrique ?
Ah oui, oui, oui, ça avance très bien. Si l'Europe, je reviens sur votre point d'accroche, les 584 milliards d'investissements de la Commission européenne vont tout à fait dans ce sens-là. C'est le besoin effectif des 5-10 prochaines années de renouveler ce réseau-là. On est en train de bâtir le réseau électrique des 50 prochaines années, donc il faut un investissement assez colossal.
Et donc, ça veut dire, Christophe Erguerin, qu'en 2035, par exemple, date à laquelle on ne pourra plus acheter une voiture thermique neuve, on aura un réseau qui sera tout à fait capable d'accueillir cette consommation électrique importante.
Voilà, c'est la clé.
Parfois, vous le pensez-vous ?
C'est obligatoire, parce qu'on n'a pas tellement le choix, parce qu'on passe des énergies fossiles au renouvelable.
On a le choix de ne pas être prêt.
On a le choix de ne pas être prêt, en effet, mais on passe du fossile au renouvelable et puis on a la consommation électrique qui va croître de 20 à 40%. Donc, on est obligé d'augmenter cette bande passante immédiatement.
Alors, vos réseaux, votre matière première, c'est le cuivre. Comment est-ce que vous arrivez à vous approvisionner ? On imagine que l'Europe n'est pas la seule aujourd'hui qui est en train de renouveler son réseau électrique.
Tout à fait. Alors, pourquoi le cuivre ? Pourquoi le cuivre ? Parce que le cuivre est le conducteur de l'électricité. Vous avez l'or, le cuivre et l'aluminium. On n'a pas encore pensé à mettre de l'or dans les câbles, c'est un peu cher. Mais sur le cuivre, en effet, c'est le meilleur conducteur d'électricité au monde. Et la problématique potentielle qui va arriver dans les prochaines années, c'est que toutes les nations se réveillent en même temps. À la fois pour le basculement de fossiles renouvelables, le renouvellement de leur réseau et puis le passage électrique. Comme la Chine, actuellement, est en train de massivement investir dans l'électrique.
Donc, il y a une congestion qui se fait sur le cuivre qui peut générer un risque de pénurie dans les deux, trois prochaines années.
Et aussi un risque de prix beaucoup plus élevé.
Je pense que, bien sûr, le sujet du prix sera un sujet, mais le sujet de l'accessibilité physique est plus important. Et c'est pour ça que l'alternative que nous préconisons, c'est le recyclage. Donc, nous sommes actuellement assis, comme on va démanteler des vieux réseaux, nous sommes assis sur des mines urbaines, quelque part. Et l'alternative à un manque de cuivre primaire, c'est de recycler du cuivre qui a déjà été utilisé dans des câbles précédents, il y a 30, 40 ans.
Mais vous avez l'air de dire que c'est un enjeu à venir. Ce n'est pas un enjeu actuel ? Ça ne fait pas partie des préoccupations que vous avez, vous, en tant que patron de Nexans, aujourd'hui ?
En termes d'approvisionnement ? D'approvisionnement, on essaye de sécuriser, mais comme on sait que la consommation va aller beaucoup plus vite.
On essaye de sécuriser, c'est-à-dire que vous faites des stocks ?
Non, on ne peut pas stocker. Nous, on ne peut pas stocker parce que ce serait de la spéculation. Mais on sécurise nos approvisionnements de cuivre primaire, mais on engage déjà nos clients à penser au recyclage. Le message qu'on leur fait passer, c'est que vos déchets d'aujourd'hui sont votre croissance de demain. Donc, utilisons les déchets parce que les déchets sont vraiment une ressource importante pour la croissance.
Et ce que vous dites, c'est que le cuivre ne va pas coûter... Peut-être qu'il y aura... Il coûtera plus cher. Alors voilà, il coûtera plus cher. Ça veut dire que votre réseau électrique, il va coûter plus cher aussi. Ça veut dire qu'au final, le prix d'électricité aussi, forcément, s'il coûte plus cher à acheminer, il coûtera plus cher également à distribuer.
On va beaucoup utiliser le cuivre pour les véhicules électriques. Essentiellement, qui ont besoin de deux fois plus de cuivre qu'un véhicule thermique. Par contre, les réseaux futurs sont plutôt à baser l'aluminium. Et l'aluminium est moins cher que le cuivre en approvisionnement et nous permet de tirer des capes sur des très très grandes longueurs. Donc, non, ce n'est pas aussi simple que ça. Il y a quand même des alternatives à bas coût qui existent pour le développement des réseaux.
Et donc, ça veut dire que l'électricité ne coûtera pas plus cher parce que plus cher à acheminer.
C'est ce qu'on pense. Après, il y a un coût à la transition énergétique, mais il faut se repositionner dans le temps. On est en train de vraiment bâtir l'avenir de nos réseaux électriques, de la génération à la transmission pour les 40, 50 prochaines années.
Avec quel financement ?
Vous le voyez, le financement européen est significatif. Parce que là, on parle de 584 milliards pour les réseaux électriques, mais il y avait également 900 milliards pour les fermes éoliennes en mer et les fermes solaires. Donc, c'est assez impressionnant.
Et donc, vous dites que l'argent est là, qu'il est disponible et qu'il est prêt à être mis dans des réseaux électriques pour que l'électricité soit importante et qu'elle soit à un prix raisonnable.
Oui, je suis très optimiste parce que les financements sont là. La planification stratégique en Europe commence vraiment à s'organiser. Tous les plans des clients sont assez clairs. Le seul point noir, c'est l'accès aux ressources naturelles parce que l'ambition européenne peut être beaucoup plus importante que l'accessibilité potentielle de l'Europe aux ressources naturelles. Et c'est tout l'enjeu.
Merci beaucoup, Christopher Guérin, directeur général de Nexens, invité éco de France Info ce soir. Merci.