Mobilisation lycéenne: "On ne peut pas leur laisser cette dette générationnelle" (Ségolène Royal)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 85 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:09OuverteRéponse directe
Peut-être un mot sur ce que vous venez d'entendre.
- 0:20OuverteRéponse directe
Vous l'utilisez régulièrement, le mot peuple.
- 1:43OuverteRéponse directe
De la convergence des luttes, en réalité, elle a déjà lieu ?
- 3:05RelanceRéponse directe
Que répondez-vous à ceux qui vous disent « Eh bien, vous êtes alors partisan d'une France à l'arrêt » ?
- 4:23RelanceRéponse partielle
Sur ce que vient de dire Mme Royal, il y a des points qui ne sont effectivement pas discutables ?
- 5:05FerméeRéponse directe
Sur la réforme des retraites ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:52Invité politiqueFait
« On ne peut pas leur laisser cette dette générationnelle, entre la dette climatique, la dette morale, la dette démocratique, la dette éducative, la dette financière. »
- 1:21Invité politiquePromesse
« Je diminue tout de suite le prix de l'essence. Je baisse tout de suite les taxes sur l'essence. Je remets l'essence à 1,70 €, 1,80 €. »
- 5:27Invité politiqueFait
« On dit qu'il y a 3500 milliards de dettes, ah ben on va renier les retraites, donc sous-entendu, c'est la faute des retraités. »
- 6:44Invité politiqueChiffre
« La retraite moyenne des femmes, c'est 1 100 euros. »
- 7:22Invité politiqueChiffre
« La fraude fiscale, c'est 100 milliards. »
- 7:43Invité politiqueFait
« Ils disent de toute façon, nous, on n'aura pas de retraite. »
- 11:47Invité politiqueChiffre
« Un jeune sur dix a pensé faire une tentative de suicide. »
- 16:38Invité politiqueFait
« Il vaut mieux qu'ils soient sécurisés là qu'incendiés dans la rue. »
- 16:48Invité politiqueFait
« Il y avait eu en effet des brutalités policières sur les gens. »
Temps de parole
- Ségolène Royal61 %
- Présentateur18 %
- ?11 %
- Invité7 %
- Locuteur 23 %
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avec Bruno Jeudy, avec Rocaïa Diallo et avec Victor Hérault. Bonsoir
à vous et merci d'être resté,
cher Victor. On accueille Ségolène Royal. Bonsoir,
Madame Royal.
Merci d'être là. Peut-être un mot sur ce que vous venez d'entendre. Le géographe Christophe Guélui qui dit parfois quand on parle de peuple, d'âme du peuple, c'est un peu mal pris, ça renvoie à d'autres choses. Vous, vous l'utilisez régulièrement, le mot peuple.
Oui, je pense
qu'il a raison. Il est absolument passionnant. Et même si on voulait prolonger le titre de son livre sur la France périphérique, on pourrait se dire finalement que les jeunes ne veulent plus être des périphériques. Or, ils sont périphériques dans cette société, et c'est ce que j'explique dans mon dernier livre d'ailleurs.
C
'est qu'il
y a
une dette générationnelle qui est devenue insupportable. Et leur revendication, c'est finalement de changer le système. Le mot est un peu usé, mais c'est ça au fond. C'est pour ça que je dis qu'il faudrait un pacte générationnel. On ne peut pas leur laisser cette dette générationnelle, entre la dette climatique, la dette morale, la dette démocratique. La dette éducative, la dette financière. Et donc tous les jours, on leur fait peur, et là, ils ont un sentiment profond de déclassement.
Et
il a raison, Christophe Guilly, parce que c'est finalement la prolongation des gilets jaunes. Regardez. Et c'est au moment où le prix de l'essence est très élevé.
Et
une des premières décisions, ça paraît déconnecté de l'éducation. Mais moi, si j'étais aux responsabilités, je diminue tout de suite le prix de l'essence. Je baisse tout de suite les taxes sur l'essence. Je remets l'essence à 1,70 €, 1,80 €. Parce que derrière, il y a la crise du pouvoir d'achat. Et les jeunes, ils subissent la crise du pouvoir d'achat dans leur famille. Donc en plus, ça se dégrade dans le système éducatif, mais ça se dégrade aussi dans leurs conditions de vie.
Donc quand on pose la question, nous, Ségolène Royal, de la convergence des luttes, en réalité, elle a déjà lieu. Puisque ce sont les enfants des parents qui, pour certains, sont pêcheurs, sont agriculteurs, font face à cette flambée des carburants. Donc cette catégorisation des populations, elle est obsolète, en réalité ?
Tout à fait. Je pense que ce qui se passe là, c'est la continuité des luttes précédentes. Parce que vous avez eu les gilets jaunes, c'était une question du pouvoir d'achat.
Pas
réglé, pas anticipé, surtout. Vous avez les agriculteurs, vous avez les professions de santé, vous avez eu les pompiers, vous avez eu ceux qui avaient peur pour leur retraite. Et donc aujourd'hui, la convergence des luttes, c'est parce qu'à chaque étape, non seulement ça n'a pas été anticipé, moi, ma conviction profonde, c'est qu'il y a déjà tellement de défis à relever dans le monde dans lequel nous sommes, qu'on a l'obligation ardente de faire en sorte que les mouvements sociaux n'aient pas lieu d'être, puisqu'on aurait réglé les problèmes avant, en écoutant, en regardant. La taxe carbone, elle pouvait être retirée.
La question de la révolte des agriculteurs, ça pouvait être réglé en anticipant. La question des retraites, finalement, les projets ont été retirés, donc ça aurait dû être fait tout de suite. Et par conséquent, si vous voulez, l'attention qui doit être portée aux raisons des soulèvements sociaux, elle pourrait apporter des solutions pour que le pays puisse se concentrer sur d'autres problèmes,
et en défie
la question de la réindustrialisation.
Que répondez-vous, Mme Morial, à ceux qui vous disent « Eh bien, vous êtes alors partisan d'une France à l'arrêt ». Si dans ce cas-là, il faut faire attention à tout pour ne pas fâcher telle ou telle catégorie ou telle ou telle population, on ne fait plus rien.
Au contraire,
c'est beaucoup de travail. Ce que j'appelle la France paisible, c'est beaucoup de travail. Ça veut dire qu'il faut écouter, il faut consulter, il faut élaborer des solutions, il faut faire marcher l'intelligence collective, il faut articuler l'État avec les collectivités locales, les corps intermédiaires, pas décider tout seul d'en haut. Et c'est ça qu'on a vu. On a vu des ministres décider tout seul d'en haut à deux d'un confesseur. Mais non, il
y a une
richesse du pays dans les corps intermédiaires qui ont été souvent piétinés, dans les collectivités territoriales qui ont été mises de côté. Et là, c'est typique d'ailleurs sur les lycées. Parce que c'est les régions qui sont responsables matériellement des lycées. Dans la région que je peux toucher, j'avais fait par exemple le budget participatif des lycées. C'est-à
-dire
que les lycéens décidaient de 10% du budget d'investissement en délibérant dans chaque lycée, en votant les... Ah
oui, donc la
démocratie interne est participative. Eh
bien, c'était
formidable. C'était formidable.
Mais pardon, alors si tout cela est cassé, si le ressort des corps intermédiaires, Bruno Jeudier, est cassé, si celui du lien avec les régions est cassé, l'écoute est cassée, ce n
'est
pas simplement parcours sup' ou la vétusté des bâtiments. C'est un système qu'il faut changer.
Sur ce que vient de dire Mme Royal, il y a des points qui ne sont effectivement pas discutables, qui n'ont pas fonctionné. Le fait de vouloir contourner les corps intermédiaires, c'est sans doute une des erreurs majeures d'Emmanuel Macron. Mais sur certains points que vous avancez, j'ai envie de vous dire, si on renonce, ça veut dire qu
'on
ne fera plus rien. Par exemple, sur les retraites, on ne
peut
pas dire qu'Emmanuel Macron, on peut penser ce qu
'on
veut de sa réforme des retraites, on ne
peut
pas dire qu'il ne
l'ait
pas annoncé dans sa campagne présidentielle, il finit par faire voter sa loi, effectivement c'est difficile parce qu'il n'a pas de majorité absolue, et puis à l'arrivée, après la dissolution, il retire son projet. C'est quand même une question majeure. la réforme des retraites ?
Non, il faut dire Madame Royal.
Moi je crois que si, parce que vous êtes dans un monde où la démographie ne permet plus aujourd'hui de financer un système de retraite généreux, sauf à le financer à crédit.
Oui, mais vous voyez, vous êtes déjà là sur l'obsession de la question,
c
'est d'ailleurs la faute des retraités,
si on est au bord de la faillite. Les retraités vieillissent, c'est normal qu'ils vieillissent, moi je vieillis, donc c'est normal. Mais c'est ça que les gens
entendent. On dit qu'il y a 3500 milliards de dettes, ah ben on va renier les retraites, donc sous-entendu, c'est la faute des retraités.
Non, c'est une question démographique, c'est la faute du système des retraités. Non, mais les
retraités, c'est ce qu'ils entendent. Et quand dans le même temps, Emmanuel Macron veut renier les retraites, mais a supprimé l'impôt de solidarité sur la fortune, ça ne passe pas.
Et
quand dans le même temps, il y a 60 milliards de dividendes vers des actionnaires, ça ne passe pas. Les Français sont intelligents et se disent, mais pourquoi on nous fait peur à nous sur nos retraites, sur le pouvoir d'achat, sur la non-baisse
des taxes sur l'essence ? Pourquoi la France
serait le seul pays à échapper à forcément de repousser un petit peu l'âge de dépêche
? La
dette
pour
la
jeunesse, c'est
ça. Alors que tous les pays le font.
Est-ce que c'est une bête pour la jeunesse ? C'est la dette pour la jeunesse. Vous
retombez dans le discours culpabilisant pour les retraités. Non. Car la question, elle est globale. Ce que vous dites peut être vrai pour certains qui peuvent travailler plus longtemps. En revanche, la question du taux de chômage des seniors est le plus élevé en France. Donc vous allez mettre, si vous prolongez la durée du travail, vous allez mettre des gens au chômage. Donc commençons par...
Vous allez
augmenter le nombre de gens qui ont travaillé parce que la part de
Français
qui
travaillent, elle a augmenté.
Il
y a un
problème global
structurant de dépenses
publiques.
Et
une fois de plus, tous les discours culpabilisants sur les retraités sont devenus insupportables, je vous le dis. C'est devenu insupportable. La retraite moyenne des femmes, c'est 1 100 euros. Donc ça suffit. Donc
il n
'y aura
plus de retraite
par répartition. Mais non, ce n'est pas du tout. Pardonnez-moi, Mme Royal, vous
parlez très justement de la dette qui incombera à ma génération et à la génération de mes enfants, voire de mes petits-enfants. Or, le système de retraite,
non
pas les retraités.
Ça y est, les retraités, c'est encore
la faute des retraités.
Non, non, non, je ne dis pas
je crois les retraités qui nous regardent suffisamment intelligents pour savoir ce que je dis. C'est-à
-dire
que
ce
n'est pas de la faute des retraités, c'est la faute du système de retraite par répartition. Ce
n'est pas la même chose. 3
500 milliards, ce n
'est
pas les retraités. Vous avez 100 milliards. C'est combien le déficit du système
de retraite ? Pardonnez-moi,
c'est plus de 50 milliards pour
la retraite. C'est 50
milliards.
Alors,
écoutez-moi bien, monsieur. La fraude fiscale,
c
'est 100 milliards.
Non, mais je veux bien. Ça coûte
422 milliards
par an. La fraude fiscale, c'est 100
milliards. Donc je dis que tout pouvoir qui va continuer à faire peur aux retraités, car quand vous faites peur aux retraités, je vais vous dire une chose, vous faites peur à leurs enfants et à leurs petits
-enfants. Non, leurs petits-enfants ont peur de payer la dette qu'on paye pour aujourd'hui payer les retraites. Non, monsieur, écoutez les jeunes dans
les manifestations, qu
'est
-ce qu'ils disent ? Ils disent de toute façon, nous, on n'aura pas de retraite. C'est ça qu'ils disent. Puisque tous les jours, on entend que
c
'est la faute des retraités, c'est la faute des retraités. Comme à l'instant. Qu'est-ce qu'ils se disent les jeunes ? Ils se disent, nous, on n'aura pas de retraite. Alors, qu'est-ce que ça a comme conséquence ? Ça a comme conséquence que les jeunes renoncent à avoir des enfants. Beau résultat ! Parce qu'ils se disent, mais finalement, on va être à la charge de nos enfants.
Tout
devient cher. Il y
a
une crise du pouvoir d'achat. L'école se désagrège. Donc, il y a eu un effondrement sous Macron du nombre de naissances. Et ça, personne ne s'en occupe. Eh bien, moi, je pense que quand un pays n'a plus confiance en son avenir, au point
de
voir s'effondrer la natalité, alors que c'était un modèle français exceptionnel où l'on avait à la fois le
plus grand nombre d'enfants et le taux d'activité féminin. Il y avait une
politique nataliste. Et une politique familiale. Familiale. Et dont j'ai à un moment eu la charge. Je regardais tous les six mois ou même tous les mois, je regardais le tableau de bord des naissances. Et je voyais, et quand ça baissait dans une région, je voyais que c'était concomitant souvent à des crises industrielles, à des fermetures d'usines, à de la paupérisation. Et donc, on cherchait des paras. Là, plus personne ne s'en occupe. Mais commençons par...
Donc, vous dites,
arrêtons la politique des boucs émissaires. Alors, voyons les choses dans l'autre sens. Franchement. Comment on parle à une partie de la jeunesse ? Et est-ce qu'il est vrai, en tous les cas, c'est ce qu
'on
voit sur le terrain, qu'elle est aujourd'hui... Alors, je n'aime pas le mot instrumentalisé, mais est-ce qu'elle écoute davantage, est-ce que ça lui sonne doux à l'oreille ce que dit un Jean-Luc Mélenchon plutôt que ce que dit Mme Royale ou d'autres aujourd'hui ? Comment vous expliquez, Mme Royale, que certains élus ont davantage aujourd'hui de prise sur une partie de la jeunesse
? Parce
que je pense que les jeunes veulent changer le système.
Donc, c'est des pulsions révolutionnaires
? Et franchement, il faut changer le système. Mais c'est... C
'est-à-dire
? Et c'est pour ça qu'il
y a
une radicalisation de la vie politique. Parce qu'au milieu, c'est le boule-gui-boule-ga, oui, alors c'est la faute des retraités. Mais non, il faut changer le système. C'est plus acceptable de leur laisser ce monde dans lequel on est et regarder tout ce qui s'est effondré sur la protection de l'environnement. Là, je vois l'Europe qui réautorise les pesticides et tout ça. Il y a un effondrement par rapport à ce qu'on avait décidé à la COP21. Tout d'un coup, on redécouvre l'électricité, les voitures électriques, les
énergies renouvelables. On va en parler. Mais
vous dites qu'il y
a
une recherche de radicalité aujourd'hui.
Il y a un besoin de changement
de système,
c
'est-à-dire de reprendre confiance dans l'avenir. Dans quel monde vous allez nous laisser ? On leur laisse des guerres, on leur laisse le déficit, on leur laisse la crise financière,
on
leur laisse la crise du pouvoir d'achat,
on
leur laisse la crise écologique, on leur laisse la crise morale,
on
leur laisse la crise démocratique.
Les institutions ne fonctionnent
plus. Depuis le début, quelle est l'issue politique ? Parce qu'on a entendu des professeurs dépêchés, des plateformes ouvertes, un temps de démocratie interne et des solutions fin octobre. À vous entendre, ça ne va rien résoudre sinon aggraver le problème. Mais
que cherche le gouvernement
? Vous voyez bien que ce n
'est
pas au niveau. Mais que cherche le gouvernement
? Ce qui est
déjà triste, c'est que ça n'ait pas été entendu avant. Ça faisait 2-3 ans que ça se dégradait dans les lycées.
Vous l'aviez vraiment
anticipé ?
Parce
que pas
grand monde ne l'avait vu venir
en réalité.
Comment ?
Pas grand monde ne l'avait vu. Moi j'ai
écrit même tout un livre là-dessus. Mais bien sûr, qui rejoint d'ailleurs ce que dit Christophe Guy, lui, c'est ça. Les jeunes ne veulent plus être périphériques. C'est une bataille culturelle aussi. Vous la prenez à votre compte ? C'est une bataille culturelle. C'est une bataille de civilisation même. C'est le déclin, la dégradation. Il se dit, il y a même une nostalgie sur la France d'avant, même chez les jeunes. C'est ça qui est étonnant.
Ils
se disent, mais avant, est-ce que c'était mieux ? Oui, c'était mieux. Est-ce
que ça peut être mieux ? C'est la première fois que vous entendez parler de cela. Ça
peut redevenir mieux, mais à condition qu'on leur transmette un pays en bon état et où ils peuvent, à leur tour, modeler cet avenir à leur main et avec leur imagination et leur créativité. Vous savez, cette génération, on l'appelle aussi la génération dépossédée. Je dis ça dans mon livre. C'est une génération dépossédée et c'est une génération anxieuse. Mais quand même, à la sortie du Covid, ils n'ont pas été pris en charge. Un jeune sur dix a pensé faire une tentative de suicide. Et on voit la santé mentale qui est dans un état catastrophique. Mais il n'y
a
plus rien dans les lycées.
Il n'y a même pas un qui parlait. C'est une question
un peu terre-à-terre. Quel est l'intérêt d'un gouvernement de laisser pourrir un tel mouvement au risque de violence, au risque même d'un drame
? Mais
comme tous les mouvements précédents, pourquoi est-ce qu'il a laissé se dégrader tous les mouvements précédents ? Parce qu'un gouvernement faible a besoin de la violence pour serrer la vis.
Quand
je vois le Premier ministre, il est intelligent, le Premier ministre, c'est un homme de terrain. Il faut commencer
à dire ça.
Quand je vois le Premier ministre cet après-midi, qu'il dit « Attention, ça va être violent. » Ouh là là
!
C'est la prédiction réalisable, ça. Si vous êtes devant une manière « Ouh là là, ça va être violent. » Ça excite tout le monde. Premièrement, ça fait peur aux fonctionnaires de police qui disent « Ah bon, ça va être violent. » Donc il faut aussi qu'à un autre tour, on soit prêt à faire de la violence. Donc il y
a
une dégradation des choses. Et moi, ce n
'est
pas ça qu'il faut dire.
Donc le
moteur de la violence, c'est le gouvernement
? En anticipant la violence, c'est typique de toutes les manifestations, de l'analyse sociologique, de la gestion des crises, un dirigeant qui dit « Ça va être violent. » Il suscite la violence. Parce que ça fait peur. La première chose qu'il devrait dire,
il l'a dit un peu… Il ne s'agit pas du tout des
éléments d'extérieur qui viennent perturber les fins de manifestations, comme ça a été le cas il
y
a 48 heures.
Mais
il y a deux choses. C'est que d'abord, quand il y a des mouvements sociaux où il se passe des choses formidables, parce qu
'il
s'est passé des choses formidables, et où le relais,
c
'est uniquement ce qui flambe, ce qui frappe, etc. Il y
a
une dégradation de l'existence et de
l
'identité même d'un mouvement social qui, dans certains endroits, s'est très bien passé. Moi, je suis allé discuter avec des lycéens devant leur lycée. Et on le dit
souvent. On le dit dans certaines
villes en province.
Mais
malheureusement, à
Paris, dans la capitale des fins de cortège, casseurs émeutiers des secteurs,
on l'a
quand
même
agressé des profs
et des proviseurs. Dans
tout mouvement social, si ça pourrit
un
mouvement social qui n'est pas réglé, il y a en effet des casseurs qui viennent se greffer sur ce mouvement. C'est pour ça qu'il faut que les mouvements sociaux soient réglés intelligemment avant. Car si un pouvoir faible, il attend que ça se dégrade pour disqualifier le mouvement. Et en disqualifiant le mouvement, c'est lui aussi qui est responsable de la disqualification des fonctionnaires de police.
Responsable
des
casseurs, des émeutiers, des destructeurs. de police, ils ont peur aussi. Alors, il y a des réactions
en effet qui ne sont pas maîtrisées. Mais si le pouvoir leur disait attention, la manifestation, le droit de manifester s'est inscrit dans la Constitution, ce n
'est
pas parce qu'il y a un manifestant que c'est un ennemi. On a eu ça avec le préfet Lallemand. Vous manifestez, vous êtes l'ennemi,
on n'est pas du même monde. Non, la manifestation,
c'est un droit.
Attendez,
c
'est un
ennemi aujourd'hui.
Ah,
beaucoup.
Pas les forces de l'ordre.
Si, beaucoup.
Mais l'ennemi, vous ne croyez pas que c'est les casseurs
qui les voient comme une bande rivale parfois ?
Non.
Les
policiers
?
Non.
Il
y a des jeunes qui ont
été t'amassés uniquement
parce
qu'ils
étaient devant les lycées. Et les instructions n'étaient pas bonnes. On aurait dû leur dire, il y a les jeunes devant les lycées, ils ont le droit de manifester, vous les protégez si ça se passe bien. Et c'est tout. Mais
ce n'est plus
le préfet allemand, Mme Royal. Vous faites un procès
à ses successeurs, M. Nunez et M. Fort. Oui, mais la violence, elle est quand même toujours dérangeante. Cela a évolué.
Les premières manifestations sous M. Nunez étaient correctement réglées. Vous avez vu, il n'y
avait
pas eu de débordement. Et là, quand il a dit « j'ai donné des autorisations pour utiliser toutes les armes de guerre, etc. » C'est quoi ? Mais regardez la presse internationale qui disait toute la presse internationale. Mais regardez à quoi ressemble la France. Mais
justement, j'ai une question à ce sujet. Je
sens qu'il y
a
beaucoup d'empathie dans votre discours pour la jeunesse. C'est vraiment un discours qui, effectivement, tente de promouvoir le fait que le gouvernement les protège et protège leur expression. Et en même temps, je sens une évolution dans votre discours parce que j
'ai
le souvenir qu'en 2018, à la fin de l'année 2018, des jeunes d'un lycée de Mante-la-Jolie s'étaient solidarisés des gilets jaunes et s'étaient mobilisés pour demander pour protester contre Parcoursup, déjà, et pour protester contre la réforme du baccalauréat. Et à Mante-la-Jolie, 150 jeunes avaient été alignés devant leur lycée à genoux, mains derrière la nuque ou menottées à l'arrière. Et à
l'époque, vous aviez soutenu la
police et vous avez dit « ça ne leur fera pas de mal
». Vous aviez un discours qui
était… Oui, mais du coup, je me demande si vous regrettez et si vous n'avez pas le sentiment d'avoir encouragé ce qui a été considéré comme des violences policières.
Il
y a deux choses dans cet événement. C'est qu'à ce moment-là,
il
y
a
eu des feux qui sont partis dans des grandes baines à ordures. Je ne
sais
pas si vous vous souvenez de ça. Avec des gens qui ont failli être brûlés vifs dans la rue. Et à ce moment-là, c'est pour ça que les lycéens ont été remis à l'intérieur du lycée et sécurisés. Et par rapport aux risques qu'ils prenaient d'être finalement incendiés dans la rue, j'avais dit « il vaut mieux qu'ils soient sécurisés là qu'incendiés dans la rue ». Première chose. Et deuxièmement, ce que je ne savais pas, ce que j'ai su après, quand il y
a
eu les enquêtes, c'est qu'il y avait eu en effet des brutalités policières sur les gens.
Mais
au
moment où je parle… Vous étiez aujourd'hui. Permettez-moi de vous ramener aujourd'hui. Au moment
où j'ai parlé, je ne savais pas qu'il y
avait
des brutalités policières.
Mais
madame, vous êtes aussi pour l'autorité, pour le retour de
l'ordre. Pour la juste
autorité. La juste autorité. Et l'ordre juste. Et l'ordre juste. Mais là, vous appelez, évidemment, je ne
vous
pose même pas la question, un retour à l'ordre public. Est-ce que c'est une priorité ?
Ce
n
'est pas un retour à l'ordre public. Parce que c'est quel ordre public ? Ça dépend si c'est l'ordre public et par les matraques. Non. Non, c
'est-à-dire les blocus
sont interdits généralement, mais le droit de manifester évidemment doit être sanctuarisé.
Mais là où il y
a
une nuance, c'est sur le blocus. C'est-à-dire, il fallait laisser. Parce que les lycées, pendant quelques jours, les jeunes, ils se réunissent devant leur lycée. Il vaut mieux les jeunes réunir devant leur lycée. Donc on a donné les instructions qui ont été données à la police où ils sont arrivés, l'armée comme des soldats, comme si on était en guerre civile.
C'est pas ce qu'on leur a
dit.
Mais il y a des tirs de
mortier,
madame Royal. Mais c'est après. Il y a quand même des choses. Mais
non,
non,
non. Dès le début. Dès le début. Les premiers proviseurs, les premiers enseignants,
c'était ça la surprise d'ailleurs.
C'était jamais arrivé. Ce n'est
pas vrai.
Non,
parce que la
mauvaise instruction...
Ça se passe plutôt mieux. Non, j'ai regardé. Ça se passe
plutôt mieux maintenant parce que c'est vrai que devant les lycées,
là, il y a encore
des lycées. Parce
que les instructions ont changé. Il y en a plus que
218 aujourd'hui et hier. Ça se passe plutôt mieux. Mais les premiers jours du mouvement étaient très violents. Il y avait des attaques
aux mortiers.
Ce
n'est pas
vrai.
Ce n'est pas vrai. Ça a été violent devant certains lycées parce que les instructions absurdes... Laissez-moi finir. Pas partout.
Ça, je suis d'accord. Qui ont été
données, je les ai regardées. Mais c'est la finie. Je connais des policiers à l'intérieur des cadres de la police aussi avec qui je parle. Et ça a été « Vous ne laissez pas faire les blocus. Vous dégagez devant les lycées. » Voilà ce qui a été donné comme instruction. C'est pour ça que les policiers sont arrivés harnachés avec les armes. On leur a dit « Vous dégagez devant les lycées. » C'est une absurdité. Donc
c'est un ordre politique. Il fallait laisser les lycées pendant
deux, trois jours commencer les discussions avec
les lycéens, organiser
des assemblées générales dans les lycées.
Vous voyez, et maintenant... C'est les ordres
politiques que vous...
Les ordres politiques.
Ce n
'est
pas les ordres.
C
'est les fonctionnaires de la police. De certaines façons,
elles
sont victimes de ces ordres. Elles sont les boucs émissaires
de l'impuissance politique. Elles sont même
victimes. On les expose au danger en leur donnant des ordres comme
cela. Il y a quelques
instants, Linda Kebab, la policière, elle dit « On est des sortes de chasse-neige. »
C
'est-à
-dire
qu
'on
est obligé de tout prendre. Tout prendre parce que le politique, en fait, il s'appuie sur nous. On s'appuie sur nous à cause du mal-être dans la société. On s'appuie sur nous à cause des incivilités, à cause des violences urbaines, à cause du narcotrafic. Il dit « On n'en peut plus. »
Qu'est-ce que vous leur
dites ? Vous savez ce que je leur dis ? Je leur dis « Si vous n'aviez pas les mouvements sociaux à réprimer et à encadrer, vous pourriez vous consacrer à plein temps, en effet, à la lutte contre la délinquance, à la lutte contre gère si mal le pays qu'il y
a
des émeutes sociales tous les ans, ça retombe sur qui ? Ça retombe sur les fonctionnaires
de police. » Madame Royal, deux questions. Je vais vous faire découvrir un sondage à l'instant. Il est tout frais, tout chaud, comme on dit. C'est un sondage. Les échos, je ne sais pas si ça vous fait plaisir, mais le candidat Raphaël Glucksmann connaît une véritable dynamique, on va dire, puisque regardez, il est à égalité avec Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que c'est une bonne nouvelle
?
Je pense que c'est logique. puisque tous les désignés dans les primaires ont connu une poussée. Ça, c'est logique.
Ce
n
'est
pas de son fait, en fait.
C'est mécanique. Non, non, mais... Je vais me chercher
la petite phrase. Pas
du tout, j'essaie de comprendre. C'est mécanique. Ce que
je veux dire, c
'est que,
vu la situation dans laquelle est le pays, je pense qu'il est urgent que les candidats à la présidentielle dessinent un autre avenir et en particulier pour les jeunes. Voilà.
Vous avez confiance
en lui pour un
temps de ce contour
?
Je
ne veux pas personnaliser...
Il porte vos couleurs. Le
principe d'élection présidentielle
est quand même...
Oui, mais je veux dire, par rapport à ce qui se passe, moi, ce qui m'intéresse, c'est me positionner sur les sujets de fond, vous voyez ? Et effectivement, même si les gens arrivent plus à se positionner droite-gauche par rapport aux crises qu'ils subissent parce que finalement, ils se disent...
Mais
à la fois...
Ils n'avaient
pas envie de parler de lui.
Non, mais ce n
'est
pas ça.
C
'est que je... C'est important si c
'est
lui qui porte vos
couleurs. Est-ce qu'il est compatible avec cette jeunesse ? Mais je le dirais de
tout responsable politique, la question, c'est l'entraînement,
c
'est un mouvement... Est-ce que oui ou non ? Il y a le déclenchement d'un mouvement ?
Est-ce
qu'il va y avoir une alliance de la gauche et au-delà des humanistes ? Est-ce qu'il va y avoir une capacité de réveiller une espérance ? C'est ça, une élection présidentielle ?
Et ça, vous sentez que ça part dans le bon sens ou pas ?
Mais c'est trop tôt pour le dire. Bien. Il faut attendre. Il va y avoir, je pense, un événement d'investiture. Il va y avoir un projet. Il va y avoir un rassemblement d'autres mouvements politiques. C'est trop tôt pour le
dire.
Vous permettez qu'on garde un trait d'humour parce que peut-être une
proposition
pour les stages et pour les stagiaires dont il veut augmenter la rémunération.
Et
à la fin, il dit ceci. Il dit qui mieux qu'un stagiaire, justement, pour faire des propositions à ceux qui veulent effectuer des stages
? Non,
ça ne vous décoche pas un petit sourire
?
Si, mais ça ne reçoit pas beaucoup. Je
ne
suis pas mauvaise en communication, alors.
C'est ce que je l'utilise.
Non, mais je veux dire, par rapport à la gravité de la situation,
c
'est évident.
D'ailleurs, par rapport à la gravité, Madame
Réal, vous comprenez qu'il
y a
autant de candidats. Hier, nous avions à votre place une nouvelle candidate, Natacha Polony. Vous lui dites bienvenue, bonne chance
?
Non.
Bonne
chance. Il y
a
déjà assez de candidats. Il y a trop de
candidats
compte tenu de
la gravité de la situation. Non, mais je
pense que la politique, c'est une expérience au long cours.
Je
vous remercie en tous les cas pour cet entretien, Madame Réal. Merci beaucoup. Merci à Victor Hérault, Roccaïa Diallo et Bruno Jeudi. Dans quelques instants, à suivre dans votre émission, c'est une magistrate qui n'a pas sa langue dans sa poche. Elle dit tout haut ce que beaucoup, Madame Réal, n'osent pas penser tout bas. Béatrice Brugère, elle est secrétaire générale du syndicat Unité Magistrat. Alors, quelle réponse pénale apporter malgré tout à ceux qui ont été interpellés ? Et très souvent, ce sont des profils très très jeunes et souvent sans casier judiciaire. Alors, quelle réponse pénale ? Que vont faire les magistrats quand les policiers attendent une véritable réponse ?
On
en parle dans quelques instants. Je
peux rajouter
justement une petite chose peut-être pour les jeunes qui nous écoutent,
c
'est de leur dire manifester dans le calme
parce
que la force d'une manifestation, vous voyez, c'est aussi le calme, il se dégage une force et en plus, on ne pourra pas vous discréditer. La force tranquille alors ? La force tranquille. A tout de suite. Sous-titrage
Société Radio-Canada
Ségolène Royal