Lucie Castets à Matignon, destitution d'Emmanuel Macron... l'interview intégrale de Marine Tondelier
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
On va parler politique maintenant parce que dans quatre jours, Emmanuel Macron va recevoir les chefs de partis et de groupes parlementaires à l'Elysée. Vous le savez, avec une mission avancée, en tout cas tentée d'avancer pour trouver le nom d'un Premier ministre. Et ça s'annonce très tendre. Oui, avec cette phrase dont on va parler dans quelques instants avec notre invitée Marine Tondelier. Bonjour.
Bonjour. Je veux bien parler des feux de forêt aussi un petit peu. Oui, on pourra en parler si vous voulez. C'est un sujet très environnemental.
Évidemment. Vous êtes secrétaire nationale des écologies, je le rappelle, pour les personnes qui nous regardent. Bonjour également à vous, Mathieu Croissando, éditorialiste politique BFM TV. Cette phrase, je le disais, d'émettre le président plutôt que nous soumettre, phrase qu'on a découvert hier dans la tribune dimanche. Une tribune, justement, des insoumis qui appelle à la destitution d'Emmanuel Macron. On voit ici la une s'il ne nomme pas Lucie Casté. À Matignon, on va rentrer dans le cœur du sujet directement, Marine Tondelier. Il faut appeler à la destitution d'Emmanuel Macron du côté des écologistes.
Est-ce que vous vous associez à cette démarche qui a fait beaucoup parler des insoumis ?
La priorité des écologistes, c'est d'obtenir une cohabitation. Toute notre énergie est dirigée vers le fait que Lucie Casté soit bien nommée première ministre par Emmanuel Macron à l'issue des consultations du 23 août. Et vous voyez bien que c'est quand même ça l'objectif de tout le monde au sein du nouveau Front populaire. Après, le nouveau Front populaire, c'est une coalition. Donc il y a différentes familles politiques qui travaillent ensemble.
Et donc chacun réagit à sa manière, à une situation quand même très paradoxale, très particulière, très perturbante aussi, très inquiétante, qui est celle d'un président de la République qui a seul, en juin dernier, décidé de faire une cohabitation. Une dissolution pour commencer. Mais il devait quand même se douter un peu du résultat. Et donc personne ne lui a demandé de poser cette question aux Français, mais il a posé aux Français une question extrêmement claire. Pouvez-vous ou non d'une cohabitation ? Et les Français ont répondu très clairement. Après, tout l'été, on a attendu, le remaniement n'est jamais venu.
C'est quand même un problème parce qu'il nous a dit, non mais vous n'avez pas bien compris, c'est irrespectueux, impossible, irresponsable de changer de Premier ministre pendant l'été.
On va en parler, Marine Tondelier, mais justement, une fois que vous avez mis les formes pour évidemment votre coalition, je repose ma question.
Je n'ai pas les formes, je vous ai donné la position des écologistes qui est de rechercher une cohabitation.
Oui ou non, appeler à destituer Emmanuel Macron comme le font les Insoumis hier.
Ce n'est pas ni la ligne ni la priorité des écologistes. Est-ce que c'est grave qu'il l'ait fait ? Non. Est-ce que c'est notre position ? Non plus. Est-ce qu'il faut faire tout un plat ? Non plus. Ça veut dire que vous n'avez pas été consulté concrètement avant cette tribune ? Si ça nous avait été annoncé, parce qu'il se trouve que je faisais mon interview de rentrée dans le même journal. Donc Emmanuel Bompard m'avait appelé en disant, je crois que tu fais l'interview ce matin, tu auras peut-être une question là-dessus. Voilà, je t'en informe. C'est des bons procédés entre partenaires. Après, vous savez, on ne va pas toujours être lié entre les choses que vont dire les uns les autres.
Moi, je suis écologiste. Il y a parfois des choses où j'aurai des choses à dire au nom de mon mouvement, qui ne plairont peut-être pas à Fabien Roussel ou à Olivier Faure ou à Manuel Bompard. Et mon devoir d'écologiste sera de les dire quand même. Les insoumis, ils sont insoumis. Donc c'est pour ça qu'il y a des gens qui votent pour eux. C'est aussi pour ça qu'il y a des gens qui ne votent pas pour eux. C'est leur particularité. Et moi, vous savez, je suis une écologiste, donc je suis pour la biodiversité et pour le respect des écosystèmes. Le Nouveau Front Populaire est un écosystème qui est riche de sa diversité.
Et donc, moi, je suis écologiste et je sais pourquoi, mais je ne vais pas passer mon temps à dire que les insoumis devraient être plus écolos, que les socialistes et les communistes devraient aussi être plus comme moi. Voilà, tout le monde a sa place dans le Nouveau Front Populaire.
Mathieu, ça veut dire concrètement que si cette proposition d'institution du président de la République voyait le jour, vous ne la voteriez pas en tant qu'écologiste ?
Je ne suis pas parlementaire et je suis très scrupuleuse de la place des uns et des autres. Et donc, j'ai toujours laissé le groupe parlementaire écologiste s'exprimer sur ce qu'il ferait ou pas. Par contre, vous avez bien perçu qu'il n'y avait pas eu, en dehors de la France insoumise, beaucoup de soutien à cette démarche. Mais il y a plusieurs questions qui se posent.
Elle n'est pas contre-productive, cette démarche ?
Non, mais il y a le moment où ça sort, c'est-à-dire ce week-end, alors que moi, je trouve que le super symbole de la semaine qui vient, c'est la photo de famille du Nouveau Front Populaire réunie. Parce qu'en fait, c'est quand même ça qui compte. Le vendredi 23, on en parle. C'est que nous sommes la coalition, même avec cet épisode du week-end, la plus large et la plus solide possible et existante.
Précisément, ce n'est pas contre-productif, un moment où vous êtes rassemblés, où vous cherchez une forme de compromis, puisqu'il faut élargir la majorité.
Si votre question est, est-ce qu'on s'en serait bien passé ? Oui, je m'en serais bien passé. Mais comme je vous dis, je suis respectueuse des expressions des uns et des autres. Ils ont le droit d'être insoumis et de faire des propositions insoumises, même si elles ne me conviennent pas.
C'est un coup de com' plus qu'un coup réaliste, on en parlera.
Mais c'est de la politique, c'est la rentrée politique, chacun va prendre ses initiatives.
C'est quand même pas très réaliste, quand on regarde la composition de l'Assemblée nationale.
Vous seriez quand même un peu embêtée au quotidien.
Vous le savez très bien que cette procédure de destitution a 0,0001% d'arrivée à la fin.
Vous savez très bien aussi pourquoi les politiques sont amenées à faire des coups de com' comme vous les appelez. C'est parce que médiatiquement, on ne suit aussi la politique que quand elle est sur des coups de com'. C'est pour ça que je vous disais en introduction, j'aurais préféré parler des feux de forêt et de toutes leurs implications climatiques, parce que le climat favorise les feux de forêt et les feux de forêt dérèglent encore plus le climat. Je trouve ça intéressant de parler du fond, mais vous voyez bien qu'on n'en vit sur les plateaux que pour parler des coups de com' de la France insoumise. Donc je le regrette aussi.
C'est une activité importante, c'est ce qui va se passer vendredi.
C'est un coup de com' qui a une signification politique quand même. Fabien Roussel, les communistes disent au fond, Jean-Luc Mélenchon est déjà en train de jouer la présidentielle alors qu'il faudrait commencer par gouverner. Est-ce que vous êtes sûre que les insoumis veulent gouverner ?
Celles et ceux avec qui j'ai travaillé dans le cadre du nouveau front populaire, quand on a fait cet accord, parce que moi encore une fois, je ne suis pas parlementaire, les réunions de travail que j'ai faites avec la France insoumise, c'était pour créer le nouveau front populaire, pour faire cet accord programmatique, pour faire l'accord électoral, puis pour faire campagne et gagner ce que nous avons fait aussi, et contre tous les pronostics. Tout le monde à chaque État nous a dit que ça ne marchera jamais.
Il faut reconnaître que plusieurs fois, vous nous aviez sous-estimés. Vous êtes venus, on vous a dit on attend, on attend, on attend, et ce nom est arrivé finalement.
Et je vous disais, je suis sereine.
Donc celles et ceux, les insoumis avec qui vous avez travaillé, oui, c'est ça la réponse, votre réponse, ils veulent gouverner.
Oui, mais...
Mais Jean-Luc Mélenchon, il n'en était pas, Jean-Luc Mélenchon...
C'est pas avec lui que je travaille. Mais Jean-Luc Mélenchon, c'est Jean-Luc Mélenchon, vous voyez, on ne va pas non plus tout le temps tout ramener à lui, cette tribune d'ailleurs n'est pas signée que par lui. Moi, ce que je veux vous dire, c'est qu'au sein du nouveau front populaire, il y a quatre chefs de partis qui travaillent ensemble en confiance depuis le début, avec sérieux. C'est pour ça aussi que quand je viens sur un plateau, je ne viens pas vous donner ce que j'ai envie de leur dire dans une réunion entre nous. Il y a ce qu'on vient raconter sur les plateaux, puis il y a le travail aussi qui se passe dans l'ombre.
Vous savez, on dit souvent qu'Emmanuel Macron est le maître de ses horloges, et bien nous, nous sommes maîtres des nôtres, et on vous réserve encore beaucoup de belles surprises pour les jours à venir.
Mais Marine Tournelier, vous ne trouvez pas que c'est un petit peu problématique en termes de timing ? Vous nous dites, cette semaine, ce que j'aimerais qu'on retienne du front populaire, c'est la photo de famille. Là, on a l'impression que les insoumis font un peu de bande à part.
Ce que je pense, c'est que vous avez envie de voir le mal tout le temps, partout. Et moi, c'est la rentrée politique, donc j'ai envie d'être très positive.
Écoutez, j'ai envie de vous dire, nous, on a lu la tribune dans la tribune du dimanche, et on vous invite pour en parler.
Laissez-moi répondre. C'est la rentrée, j'ai envie d'être positive. Vous voyez, par exemple, la semaine dernière, Lucie Casté, avec tous les présidents de groupes parlementaires de tous nos fronts populaires, a adressé un courrier à tous les parlementaires députés, sénateurs. À l'exception du RN. C'est normal. C'est assumé parfaitement et c'est légitime. Vous avez eu des réponses ? Ce que je veux vous dire, c'est que nous sommes dans une démarche d'ouverture, de tendre la main, de prise de hauteur, et que nous le faisons ensemble. C'est ce qui montre que nous sommes une coalition qui est cohérente et solide.
Le même jour, le lendemain, je crois, Stéphane Séjourné et Gabriel Attal font un courrier au nom de Renaissance. Puis Horizon fait un courrier au nom d'Horizon. Pendant ce temps-là, le Modem, le troisième composant de cette ex-majorité parlementaire, Marc Fénaud, président de groupe parlementaire Modem, lui dit « Non, non, non, il n'y aurait pas fallu faire de courrier ». Ce que je veux vous dire, c'est qu'on garde nos spécificités et les insoumis peuvent faire des choses insoumises.
D'ailleurs, ils sont insoumis, c'est ce qui les caractérise, que nous, on peut faire des choses écolos, des choses socialistes, des choses communistes, mais qu'on est en mesure aussi de faire des choses ensemble, parce que l'essentiel nous rassemble et que c'est ça qui compte. Ce que je vous dis, c'est que vous pouvez me citer tous les problèmes que vous voulez, me dire par exemple, parce que je sens que c'est la prochaine question, qu'on n'a pas de majorité absolue et donc comment on va faire, c'est impossible, etc. Ok, mais ce que je veux vous dire, c'est qu'on est dans un moment politique qui est extrêmement perturbé, extrêmement déstabilisant. Une majorité absolue, il n'y en a pas.
Alors vous pouvez me dire « Vous ne l'avez pas, certes, mais les autres non plus et encore moins ». Et donc ce que je veux vous dire ce matin, c'est qu'on peut décider de voir toujours le négatif, ce qui ne va pas, et en fait, il n'y a pas grand-chose qui va. Donc ça va être très déprimant. Ou alors on se concentre sur ce qui va, sur ce qu'on peut faire, sur le chemin d'espoir, sur le chemin de crête là qui existe et que le nouveau Front populaire emprunte depuis le départ et emprunte avec succès contre l'ensemble des bookmakers.
C'est là-dessus que je choisis de me concentrer et de mettre l'intégralité de mon énergie, c'est même mon devoir politique, parce que sinon ce qui va se passer, c'est que de jour en jour, je vais venir sur les plateaux télé commenter le feuilleton politique. Je vais commenter la crise institutionnelle comme si c'était une série télé et que je venais chaque jour commenter le nouvel épisode que tout le monde attend avec suspense.
C'est extrêmement important de me faire ce qui se passe en ce moment.
C'est important et d'ailleurs je suis venue le faire et je vais continuer à le faire avec le sourire. Mais quand on ne fait que ça, on oublie qu'à la fin, quand on fait de la politique, ce n'est pas parce qu'on apprécie le suspense, ce n'est pas parce qu'on est fouté à l'adrénaline de qu'est-ce que va être la prochaine crise, qu'est-ce que je viens pour répondre et quels vêtements je vais mettre pour y aller. Ce qui compte à la fin, c'est la vie des gens. C'est pour ça qu'on fait de la politique. Et à ne faire que commenter les crises des polémiques des uns et des autres.
Sur le fond, vous avez eu des réponses ?
On oublie que l'on veut changer le quotidien des Français, on veut améliorer leur quotidien et permettre leur lendemain, parce que je reviens à mes feux de forêt et à la crise climatique, c'est bien ça qui est en jeu, le quotidien des Français et leur avenir. Est-ce qu'ils auront un avenir ou pas dans ce monde de crise environnementale et crise sociale ?
Est-ce qu'il y a eu des réponses au courrier de Lucie Casté ou il n'y a pas eu de réponse ?
Moi, je ne suis pas parlementaire, je n'étais pas signatrice de ce courrier. Vous êtes au courant. Vous remarquerez que dans le courrier, nous proposions, une fois que Lucie Casté était nommée, de faire des rendez-vous avec les différents présidents de vos parlementaires.
S'il n'y a eu aucune réponse, ce n'est pas un très bon présage quand même.
Le courrier appelait un travail en commun après la nomination de Lucie Casté. C'était ça le plan. Et je trouve que cette méthode est intéressante, premièrement parce qu'elle se fait en transparence. C'est-à-dire que nous, on ne fait pas des négociations couloirs. Alors, si on se voyait maintenant, qu'est-ce que ça voudrait dire ? Qu'on se met à 8 dans un sous-sol et qu'on dit « tiens, je te donne cette mesure, je te prends celle-là, celle-là on laisse tomber », tout ça dans le secret d'une pièce sans fenêtre et sans caméra. Moi, je pense que le lieu où tout ça doit se passer, ça s'appelle l'Assemblée nationale. Pourquoi ?
Parce qu'ils sont élus, qu'ils ont la légitimité du peuple, parce que ça va se faire de manière transparente, avec des règles de débat, et que chacun va assumer ce qu'il dit et ce qu'il pense. C'est l'endroit parfait pour le faire. Donc j'attends avec impatience la reprise des travaux parlementaires.
Pour vendredi, justement, ce moment important qu'on va suivre aussi, journée cruciale, parce que vous allez donc rencontrer Emmanuel Macron. À quoi elle va ressembler cette première rencontre entre le chef de l'État et Lucie Casté ?
Ça ne peut que bien se passer.
C'est-à-dire ?
Je pense qu'Emmanuel Macron, si vraiment il n'avait pas envie de l'avoir, il n'aurait pas invité. Ce qui s'est passé, c'est qu'il a fait contacter les différents chefs de partis politiques, et que nous, nous vous ferons populaires. Premièrement, nous avons fait la demande d'être reçus ensemble, ce qui a été accepté, et deuxièmement, d'être reçus avec Lucie Casté, ce qui a été accepté également.
Donc ce n'est pas lui qui l'a invité ?
Oui, mais il a accepté de le faire. Il aurait très bien pu dire, vous êtes très sympathique, mais ça n'est pas le protocole.
Oui, son entourage explique, à la vue de la situation, en termes d'ouverture.
Je vous ai dit que j'avais décidé d'être positive, et je choisis d'y voir un signal positif. L'autre signal positif aussi, c'est l'ordre protocolaire dans lequel nous allons être reçus. C'est-à-dire que nous sommes reçus en premier. Parce que numériquement majoritaire. Voilà, ce qui est un aveu de la part d'Emmanuel Macron, qu'on a beau ne pas avoir la majorité absolue, je le regrette, c'est comme ça, et encore une fois, personne ne l'a, et nous va bien falloir faire avec. Mais il reconnaît que nous sommes la coalition en tête la plus solide, et la plus nombreuse numériquement à l'Assemblée nationale.
Un dernier mot, juste, Marine Tondeveillier, parce que c'était l'actualité qui a marqué la journée d'hier. Le décès d'Alain Delon, vous n'avez pas spécialement réagi, pourquoi ?
Non, parce que je ne suis pas une grande fan de cinéma, et donc je n'avais pas grand-chose d'intelligent à dire sur son œuvre cinématographique. Il n'incarne rien pour vous, Alain Delon ? Si j'avais dû avoir un commentaire politique, vous voyez bien qu'on n'était quand même pas vraiment sur la même position. Une chose nous rassemblait, l'amour des animaux, et notamment son amour du loup. C'est rare que les gens se passionnent pour cet animal. Et des chiens, des gens en général. Oui, mais les loups, c'est plus rare que les chiens.
Mais Marine Tondeveillier, juste, au-delà de ça, certes, vous dites politiquement, on ne partage rien. Ce n'est pas que de la politique, Alain Delon ?
Non, c'est du cinéma aussi, et je vous ai dit que je n'étais pas une grande fan. Après, je salue l'artiste, je vois bien l'émoi que ça provoque dans la population, mais c'est une question de génération aussi, sûrement. Il y a des gens qui ont grandi avec lui, avec ses films, qui se sont peut-être identifiés à lui en pour ou en contre. En tout cas, c'est toujours des moments un peu uniques dans la vie d'un pays. Et donc, je pense que pendant quelques jours, ça va être aussi au centre de l'actualité.
Merci beaucoup, Marine Tondeveillier, d'avoir été avec nous ce matin.
Marine Tondelier