Le départ de Sophie Adenot pour l'ISS "s'annonce bien, tout est ouvert", affirme Sébastien Barde du CNES
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France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, 6h20 sur Inter et Marion, votre invité est sous-directeur Exploration et Vols Habité au Centre National d'Études Spatiales, le CNES. Bonjour Sébastien Bard.
Bonjour Marion.
Vous avez aussi été, entre autres fait d'armes, un chef de projet de la mission de Thomas Pesquet, le précédent astronaute français. Vous êtes donc sans doute l'un des mieux placés pour nous expliquer comment va se passer celle de Sophie Adnaud qui décolle ce matin en direction de la Station Spatiale Internationale. Alors, c'est vrai que ce décollage, il a été plusieurs fois décalé pour des raisons de météo. Est-ce qu'aujourd'hui, on peut dire que c'est le jour J ?
Ça s'annonce bien en tout cas, tout est au vert. Les jours précédents, on avait su quand même deux jours à l'avance que le vol allait être décalé. Donc là, on est à quelques heures du lancement. Bon, sauf grosse surprise météo, mais quand même, on le voit arriver. Oui, il y a toutes les chances que ça parte aujourd'hui à 11h15, heure de chez nous.
Vous, vous travaillez au CNES et vous vous occupez donc des vols habités. Symboliquement, c'est un moment important qu'une astronaute française, qui est aussi une femme, parte dans l'espace aujourd'hui, 30 ans après Claudia Aigneret.
Bien sûr, déjà, un astronaute français en général, c'est quand même un événement. Il n'y a pas tant que ça. Depuis le dernier vol de Claudie en 2000, il n'y a eu que trois astronautes qui sont partis. Donc, c'est quand même un événement rare, déjà, un vol d'astronaute français. Et effectivement, une Française, oui, c'est exceptionnel. J'espère que ça sera une grande inspiration pour les jeunes et les jeunes filles en particulier dont on a besoin, parce qu'on manque d'ingénieurs et c'est dommage de se priver d'une moitié de la population.
Comment ça va se passer, alors ? Sophie Adnaud, elle monte à bord de Crew Dragon, donc la capsule, avec trois autres astronautes. Et puis ensuite ?
Donc, elle va monter à peu près une heure avant le lancement, dans la fusée. Donc, on va les voir sortir.
Vers 10h15, elle monte ?
Voilà, c'est ça, à peu près, vers leur, ou peut-être un peu plus, un peu plus tôt, avec leur belle commune danse blanche, celle-là, de SpaceX, comme on l'a vu souvent. Ils vont prendre la voiture, ils vont arriver à la fusée, monter, avant de monter dans la fusée, enfin, au sommet de la fusée, ils vont signer, la tradition, c'est qu'ils signent leur nom, là, sur un mur. Et puis, ils vont rentrer à la capsule, là, donc une heure, une heure et demie avant. Ils vont attendre, ben, sagement que tout soit prêt. Il y a peu d'interventions astronautes, quand ils sont dans le Crew Dragon. Le Crew Dragon, en plus, par rapport au Soyou, c'est vraiment très, très sobre.
Donc, c'est assez automatique, donc ils attendent là. Puis, le lancement va avoir lieu. Donc, là, c'est quand même le moment un peu le plus critique. C'est vrai que, bon, dans une mission spatiale, il y a deux étapes qui sont un peu dangereuses, on va dire. C'est le lancement et puis le retour sur Terre. Donc, il y a un peu de tension. Et puis, symboliquement, voilà, c'est le départ, c'est le moment où on quitte la Terre et elle va partir à la station. C'est le moment où la mission revêt le caractère spatial, parce qu'en fait, ça fait des mois qu'elle se prépare. Et nous aussi, d'ailleurs, sur les expériences.
Donc, par rapport à la mission, c'est une étape, en réalité, mais c'est quand même une étape très forte. Voilà, on change de monde. Donc, elle va partir. Au bout de dix minutes, déjà, elle va commencer à sentir pour la première fois les effets de la micropesanteur, parce que c'est quelque chose qu'on ne peut pas reproduire au sol. On peut le faire quelques secondes, mais en fait, on ne peut pas l'appréhender de la longue durée. Donc, pour la première fois, elle va sentir ça. Puis, ils vont mettre à peu près 16 heures, entre 16 heures et 36 heures pour arriver vers la station spatiale. Donc, ça va être un peu du camping, parce que le Crew Dragon à quatre, il est un peu petit.
C'est une grande promiscuité. Voilà, donc, ils vont, la Crew Dragon va se mettre d'abord à 7 kilomètres, derrière la station. Puis là, c'est une procédure qui est automatique, en fait. Les astronautes, là aussi, ont peu d'interactions. Donc, il va se rapprocher de 7 kilomètres. Ensuite, 200 mètres. On vérifie que tout est OK. 20 mètres. Et puis, enfin, la capsule va se stocker, va se docker à la station spatiale. Là encore, il faudra attendre une petite heure, parce qu'on va équilibrer les pressions entre la capsule et puis l'intérieur de l'ISS. Et enfin, voilà, le SAS va s'ouvrir. Et puis, Sophie est un de ses partenaires, parce que sur les quatre, il y en a deux qui ont volé.
C'est leur second vol, leur second mission. Et puis, l'astroite américain, c'est comme Sophie, sa première mission. Donc, elle va découvrir, enfin, la station spatiale, qu'elle connaît sûrement par cœur, sur les plans, dans tous les recoins.
Oui, c'est ça. En fait, elle l'a déjà étudiée, quand même.
Ah oui, elle a bossé tout ça. Elle s'est réparée presque tous les aimants de la station. Mais enfin, voilà, pour la première fois, elle va découvrir, en fait, son nouvelle maison, son nouvel appartement, pour les neuf mois qui arrivent. Et puis, elle va découvrir aussi les trois autres membres d'équipage qui, eux, sont montés en Soyouz, donc le véhicule russe. Et qui sont là depuis quelques mois. Et qui vont, donc ça, ça forme l'expédition, ils vont être sept. Ça forme l'expédition en 74. Et les trois qui sont montés en Soyouz il y a quelques mois, eux, vont descendre fin juillet, je crois, pour être remplacés par trois autres. Et ça va devenir l'expédition 75.
Donc, elle va commencer sa mission avec pas les mêmes astronautes que ceux qui vont être à la fin de sa mission.
Alors, vous disiez, elle va découvrir ses collègues ou ses colocataires, je ne sais pas comment on peut dire, parce que c'est à la fois un bureau et un appartement.
Exactement.
Et elle va commencer ses journées. Alors, c'est des vraies journées de travail, 7h, 19h pendant cinq jours. Et elle va commencer à faire des expériences scientifiques dès mardi. Ça veut dire qu'elle arrive grosso modo demain soir et elle démarre le travail mardi.
Alors, peut-être même lundi, je ne sais plus trop. En tout cas, dès mardi, elle travaille avec nous au CNES. Donc, on a des expériences qu'on suit directement depuis Toulouse. Et donc, dès mardi, on a une première session avec elle.
Et c'est quel genre d'expérience, alors ?
Alors, les expériences en général, il y a deux grandes catégories d'expériences que font les astronautes dans l'ISS. Déjà, juste pour préciser, l'ISS, c'est un laboratoire unique au monde. C'est le seul endroit où on peut étudier des choses en absence de pesanteur. La pesanteur, on l'a partout sur Terre. Et on peut jouer sur la température, la pression, plein de paramètres en physique. Mais la pesanteur, on ne peut pas l'enlever. On peut en rajouter. Vous mettez une centrifugeuse, ce qu'on appelle léger, on va augmenter son effet. Mais le réduire, ce n'est pas possible, sauf sur un avion zéro G qui opérait un nouvel espace, une filiale du CNES.
On peut y arriver sur des périodes très très courtes, 22 secondes. Mais sinon, on ne peut pas.
Et donc, ça permet de faire des expériences particulières.
Oui, alors, il y a deux grandes familles. La physiologie, on étudie le corps humain. Voir comment, en fait, essayer de mieux comprendre comment le corps humain fonctionne. Parce que la gravité, en fait, c'est la contrainte principale. Par exemple, qui a façonné la vie sur Terre. Notre cœur, il est en haut de notre corps parce qu'il faut pomper un peu plus pour amener le sang au cerveau que pour les chambres. Donc, il y a plein de choses comme ça qui sont façonnées par la gravité. Enlever ce paramètre, on va avoir de nouveaux équilibres et mieux comprendre comment ça fonctionne.
Et pour la science des matériaux aussi, il y a des choses qu'on n'arrive pas à observer au sol parce qu'à cause de la gravité, ce n'est pas possible. Et donc, en absence de gravité, on observe un peu mieux ces phénomènes physiques. Donc, c'est ça, les grandes familles. Une journée d'astronaute, c'est à peu près les deux tiers de son temps, elle va faire ce type d'expérience. Alors, on va en faire plein. On dit qu'elle va en faire 200 dans les neuf mois de sa mission. Voilà. Donc, elle va faire beaucoup d'expériences. Du sport aussi. Voilà. Donc, les deux tiers, c'est ça. C'est des expériences.
Et le tiers qui reste, c'est à la fois de la maintenance de la station parce que cette maison-là, elle est grande. Et puis, en plus, elle est soumise à un environnement hostile, le spatial. Il y a des grosses différentes températures, les micrométéorites, etc. Donc, c'est quelque chose qu'il faut entretenir. C'est la maison de campagne qui peut entretenir beaucoup. Donc, ça leur prend du temps. Et en plus, aussi, leur corps, dans la maintenance, en quelque sorte, il faut aussi entretenir leur corps. Ils vont perdre en masse osseuse, ils vont perdre en masse musculaire parce qu'ils ne sont pas sollicités, en fait. Puisqu'ils ne sont pas portés.
Donc, naturellement, les muscles vont s'étrophier. Alors, ce n'est pas très grave pour rester dans la station parce qu'on n'a pas besoin, en fait. Le problème, c'est qu'à un moment, quand même, il faut revenir à la maison. Il faut revenir sur Terre. Et donc, là, le retour est très rapide en quelques heures. Il faut se préparer aussi. Et du coup, la gravité arrive de suite. Et donc, là, s'ils ne veulent pas être malades, il faut qu'ils entraînent leur corps. Donc, ils font du sport, différents types de sport pour maintenir leur densité musculaire.
On va suivre tout ça. Merci beaucoup pour toutes vos explications, Sébastien Bard, sous-directeur d'exploration et vols habités au Centre National des Etudes Spatiales. Merci de nous avoir tout raconté, tout expliqué sur France Inter ce matin.