MACRON : UN QUINQUENNAT À MUSELER LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 85 %Défensif 15 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Le 29 juillet, pour Libération, il fait partie du pool de photographes accrédités pour prendre la photo de groupe du nouveau gouvernement Castex. »
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« La sécurité l’en empêche. Et, certains d’entre eux me mettent en fait… plaquent les mains sur mon appareil photo. »
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« “On fait ce qu’on veut à l’Elysée” lui disent-ils. »
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« Gérald Darmanin a présenté tout à l’heure le nouveau schéma national de maintien de l’ordre. »
- 7:00Dominique PradaliéChiffre
« Nous comptons à plus de 200, plus de 200, les journalistes qui n’ont pas pu travailler correctement sur les mouvements sociaux, notamment des gilets jaunes. »
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« “les journalistes sont des justiciables comme les autres”. »
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« Ariane Chemin, la journaliste du monde qui a révélé l’affaire Benalla, est convoquée par la DGSI. »
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« La pire des figures que peut prendre ce journalisme de communication étant celle du journaliste embarqué, du “Journaliste embedded”. »
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Bonjour. Je tourne cette vidéo en slip. Nan mais j’déconne !
Jolie chemise, mais c’est tout. Mais vous ne pouvez pas le savoir. Et vous savez pourquoi ?
Parce que c’est moi qui contrôle le cadre. C’est moi qui décide de ce qui est dans le champ. Vous ne pourrez pas voir ce qui est hors-champ.
C’est frustrant hein ? Le rapport avec ma chronique ? Ben vous allez comprendre.
Parce qu’on va sortir le dossier de ceux qui nous permettent de voir le hors-champ dans les manœuvres du pouvoir : les journalistes. Bonjour Corentin Fohlen. Oui bonjour.
Vous êtes photographe indépendant. Le 29 juillet, pour Libération, il fait partie du pool de photographes accrédités pour prendre la photo de groupe du nouveau gouvernement Castex. Tout est encadré, il ne faut capturer que les officiels en train de poser, depuis un lieu très précis, et en 45 secondes.
Mais Fohlen veut shooter les ministres au moment où ils se décontractent. Ce qui l'intéresse, c'est ce qui se passe autour de la séance photo officielle. La sécurité l’en empêche.
Et, certains d’entre eux me mettent en fait… plaquent les mains sur mon appareil photo. Ils prennent son identité. “On fait ce qu’on veut à l’Elysée” lui disent-ils.
Sortir du cadre officiel, c’est interdit. Le souci c’est qu’il y a de plus en plus une tentative de contrôle extrêmement forte de ce qui est à montrer. Être empêché de travailler, c'est une véritable frustration pour le journaliste.
Alors évidemment ça c'est une anecdote, ici nul secret n'est révélé. Mais c'est un climat qui s'installe. Et c’est dans ce contexte que Gérald Darmanin a présenté tout à l’heure le nouveau schéma national de maintien de l’ordre, en clair les règles et conduites à adopter sur les manifestations Or ce texte ne parle pas seulement des forces de l’ordre et des manifestants, mais contient aussi des dispositions qui concernent les journalistes en manifestation : un système d'accréditation pour accéder à un canal privilégié d'information auprès des forces de l’ordre, des formations pratiques et juridiques sur les techniques de maintien de l’ordre et le comportement à adopter en manif, et un rappel que le journaliste est soumis aux mêmes règles que les manifestants.
Une quarantaine de sociétés de journalistes s’alarme de ces nouvelles règles dans un texte collectif publié hier. Dominique Pradalié, présidente du Syndicat national des journalistes, voit même dans ce nouveau schéma une sorte de confirmation du droit des policiers à empêcher les journalistes de travailler. Nous comptons à plus de 200, plus de 200, les journalistes qui n’ont pas pu travailler correctement sur les mouvements sociaux, notamment des gilets jaunes.
Menacés, injuriés, leur matériel saisi, et cassé, leur matériel de protection confisqué, des gardes à vue, tout ça sans qu’aucune plainte, aucun signalement à l’IGPN n’ait réussi à faire son chemin à ce jour. Évidemment pour Darmanin, tout cela n’est qu’un malentendu. On a un gros malentendu, mais nous allons le résoudre avec les sociétés de journalistes Ce que disent de très nombreux syndicats et sociétés de journalistes, c’est qu’il y aura grosso modo deux types de journalistes : les bons élèves, ceux qui auront suivi des formations prévues pour sensibiliser les journalistes aux techniques de maintien de l'ordre, ceux qui bénéficieront d'informations en temps réel via une liaison avec un officier référent : les journalistes accrédités et titulaires d'une carte de presse, et pour les autres, les mauvais élèves, les "street reporters", ou les "observateurs droit de l'hommistes", le texte réaffirme que s'il y a délit d'attroupement, ils seront considérés comme de simples manifestants.
Et ça c'est une bonne manière de l'empêcher de prendre le hors-champ, de lui demander de dégager dès qu’il se passe quelque chose. Imaginez sur un terrain de guerre, que serait un journalisme qui serait prié de quitter les lieux dès lors qu’a lieu un affrontement, sous peine qu’un des belligérants le prenne pour un participant. "les journalistes doivent comme n'importe quel citoyen obtempérer" ça me rappelle quelque chose ça, “les journalistes sont des justiciables comme les autres” Les journalistes sont des justiciables comme les autres.
Ariane Chemin, la journaliste du monde qui a révélé l’affaire Benalla, est convoquée par la DGSI. C’est pour intimider les journalistes qui enquêtent sur l’Elysée? D’autres journalistes ont déjà été convoqués par la DGSI après avoir enquêté sur l’utilisation d’armes françaises au Yémen.
Donc ça donne l’impression que dès qu’une enquête dérange le gouvernement, on envoie la police. Pas du tout. Je suis très profondément attachée à la liberté d’informer.
Mais les journalistes sont des justiciables comme les autres. Plus généralement, ces événements, ces décisions s’ajoutent à une longue liste de menaces ou d’attaques contre la liberté de la presse, allant de l’anecdotique au très préoccupant : Différents accrochages et marques de mépris par des représentants du pouvoir. Ce qui vous avez fait est grave, non professionnel et mesquin.
La volonté de “trier” les journalistes lors de déplacements présidentiels. On pourra aussi ajouter le fiasco du site DESINFOX de l’Elysée. Il y a aussi les intimidations judiciaires et policières.
Ou bien encore la loi relative à la protection du secret des affaires qui entrave le travail d’enquête journalistique. Si on relie entre eux ces différents faits, il se dessine certes pas une dictature, mais une attaque contre le journalisme compris comme antithèse de la communication. Face au cadre bien propret qui nous est présenté par la com’ officielle, la fonction démocratique du journaliste est normalement d'aller chercher le hors-champ qui permet de prendre toute la mesure de l’événement Sans ce filtre qui protège les citoyens des tentatives de manipulation on finira par n’avoir que les clichés de la photographe officielle de Macron, Soazig de la Moissonnière, postés directement sur les réseaux sociaux, ou bien les pseudo-fuites orchestrées par Mimi Marchand.
La pire des figures que peut prendre ce journalisme de communication étant celle du journaliste embarqué, du “Journaliste embedded” Hello everyone, how is your morale ? Tu filmes là où le commissaire a dit de filmer On a l’impression que tout est fait pour que l’espace de liberté laissé au journaliste reste dans les limites de ce que le pouvoir veut bien tolérer. Dominique Pradalié a recours à la métaphore de la laisse.
Un ministre de l’Intérieur après l’autre, un Premier ministre après l’autre s’efforcent de toutes les manières d’habituer les citoyens à ce que les journalistes dont la mission est de les informer soient tenus en laisse. Là il y a une ambiguïté dans l’usage de cette métaphore animalière. Pour nous autres, francophones, le journaliste-chien de garde c’est celui qui protège les intérêts des pouvoirs politique et économique contre les oppositions politiques et la critique citoyenne.
On a tous en tête le bouquin de Serge Halimi, ou le documetntaire de Balbastre et Kergoat. C’est le journalisme de connivence, de complaisance, de flagornerie. Vous avez vraiment voyagé dans la malle ?
Or dans le monde anglo-saxon, le chien de garde, le watchdog, désigne au contraire le journalisme de contre-pouvoir, lanceur d’alerte, celui qui enquête et sort des scandales. L’expression insiste alors sur la vertu de vigilance de celui qui monte la garde pendant que les autres citoyens peuvent vaquer à leurs occupations, car ils savent qu'ils peuvent faire confiance aux journalistes qui seront leurs yeux et leurs oreilles. C’est par exemple dans ce deuxième sens qu'il faut comprendre l’expression lorsque la Cour européenne des droits de l’homme rappelle en 2015 que « Les médias jouent un rôle crucial en matière d’information du public sur la manière dont les autorités gèrent les manifestations publiques et maintiennent l’ordre.
En pareilles circonstances, le rôle de ''chien de garde'' assumé par les médias revêt une importance particulière en ce que leur présence garantit que les autorités pourront être amenées à répondre du comportement dont elles font preuve à l’égard des manifestants et du public en général (…). En conséquence, toute tentative d’éloigner des journalistes des lieux d’une manifestation doit être soumise à un contrôle strict. » Car la liberté d’information c’est pas seulement le droit, pour le journaliste, de produire de l’information sur les sujets qu’il a choisis, c’est aussi le droit pour le citoyen de recevoir de l’information de qualité.
Reconnaissons-le, nous critiquons beaucoup la presse mainstream (à juste titre) pour ses connivences, ses lâchetés, ses complicités. Les gilets jaunes que je vois régulièrement ici même ils parlent pas comme vous. Parce que vous vous êtes un faux gilet jaune je vais vous dire.
Mais notre agacement ou notre écoeurement ne doivent pas non plus nous aveugler lorsqu’il s’agit de défendre le principe même du droit d’informer lorsqu’il est menacé. La difficulté étant qu’au sein même d’un même média, peuvent très bien cohabiter chien de garde au sens français, et watchdog au sens anglo-saxon. L’autre point qui peut affecter notre vigilance citoyenne, c’est que ces politiques qui rognent les libertés publiques procèdent par petits pas, et surtout commencent toujours par de petits tests sur des groupes sociaux ou dans des lieux considérés comme marginaux par la plus grande partie de l’opinion publique.
Dans un précédent On Sort Les Dossiers on avait déjà mis au jour cette stratégie, à propos des violences policières et de l’utilisation de certains types d’armement dans les quartiers populaires. C’est peut être une manière de comprendre pourquoi les grands journalistes sont si peu prompts à réagir quand leurs collègues street reporters subissent interdiction de paraître, saisie de matériel ou garde à vue : "au fond on s’en fout un peu, jamais ça ne nous touchera". Et là on voit l’intérêt qu’il y a à avoir des médias véritablement indépendants, comme Le Média.
Il faut lâcher les watchdogs, et mettre les chiens de garde à la niche. Débrouillez-vous pour retrouver un emploi. Quand au hors-champ dans On Sort Les Dossiers, ça bizarrement vous oubliez pas.
Ben écoutez, on verra ça… dans deux semaines.