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interviewLCP (sur YouTube)· 15 novembre 2024 26 min

L'Assemblée Nationale rejette la partie recettes du budget | Parlement Hebdo - 15/11/2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Générique ... -Bonjour.

Bienvenue dans ce numéro de "Parlement hebdo", l'émission qui revient sur les temps forts de la semaine au Parlement. -Nous vous proposons un débat entre un député et un sénateur. Nous accueillons Benjamin Lucas-Lundy, député écologiste des Yvelines.

En face, Olivier Paccaud, sénateur apparenté Les Républicains de l'Oise. Le budget est à la une pour vous. -Pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, l'Assemblée a voté contre le budget, en tout cas le volet sur les recettes de l'Etat.

Les députés du bloc central et du RN ont rejeté un texte très remanié par la gauche. Un rejet qui a mis fin à l'examen budgétaire à l'Assemblée. La balle est désormais dans le camp des sénateurs qui vont examiner le budget initial proposé par le gouvernement.

La majorité de droite du Sénat propose 4 milliards d'économies supplémentaires et un jour de travail de plus par an pour les Français. -D'abord, ce rejet historique du volet recettes du budget 2025 à l'Assemblée. -Pour : 192.

Contre : 362. L'Assemblée nationale n'a pas adopté. -Mardi, 17h30, dans un hémicycle quasi-plein, les députés rejettent le volet recettes du budget 2025. -L'ensemble du projet de loi est considéré comme rejeté. -Une première sous la Ve République.

Seule la gauche a voté ce budget qu'elle avait largement remanié. - L'Assemblée est devenue une sorte de théâtre d'ombres. Ceux qui ont participé aux majorités et qui ont construit avec nous ce budget ont décidé de le rejeter aujourd'hui.

Tout le travail fait patiemment, de négociations et de discussions depuis trois semaines, est maintenant jeté à la poubelle. -Les quatre partis de la coalition soutenant le gouvernement ont voté contre un texte selon eux dénaturé. Le camp présidentiel dénonce un barbouillis fiscal. -80 % des hausses d'impôts qui étaient prévues aujourd'hui et soumises au vote nécessitaient de sortir de l'Union Européenne, de violer les traités internationaux, ou de mettre à bas notre ordre constitutionnel et juridique. -Opposition aussi du RN qui renvoie dos à dos la gauche et le socle gouvernemental. -C'était initialement un budget de faillite LR-Macron, et c'est devenu un budget de faillite Macron-NFP.

Les cycles changent, mais la catastrophe est la même pour les Français. -Le gouvernement accuse le rejet, mais le ministre des Comptes reste confiant. -J'ai confiance en l'esprit de responsabilité collective du Parlement dans son ensemble, pour trouver un budget à notre pays, pour redresser nos comptes publics, sans matraquer nos concitoyens et nos entreprises par l'impôt. -Et maintenant, le budget 2025 va être examiné au Sénat, où Michel Barnier dispose d'une majorité. -On va revenir sur le détail de ce vote, mais Benjamin Lucas-Lundy, première question.

Le Premier ministre a déclaré dans une interview à Ouest-France qu'il utiliserait probablement le 49.3, car il n'y a pas de majorité qui se dessine. Il n'a pas le choix ? -C'est le constat d'un échec.

Une véritable chienlit au Parlement sur cette discussion budgétaire. C'est la première fois qu'un budget est rejeté en première lecture par l'Assemblée, par les groupes gouvernementaux. On est dans quelque chose d'inédit et d'assez catastrophique pour l'image de notre Parlement, alors que l'antiparlementarisme monte partout dans le monde.

C'est pas rassurant. Monsieur Barnier avait dit vouloir aller dans la discussion. Il semble maintenant y être fermé, mais on verra.

Le processus est encore long. J'ai confiance dans la discussion qui va avoir lieu au Sénat. -Il pourrait y avoir un accord, entre députés de gauche et sénateurs de droite pour un budget commun ? -Nous avons montré, dans le débat budgétaire, qu'on pouvait avoir des majorités pour chercher des recettes.

On est privés de la discussion sur les dépenses, car la règle constitutionnelle fait qu'on ne peut pas discuter des dépenses quand on a rejeté les recettes, mais nous pourrions trouver des majorités pour le service public, préserver les 4000 postes dans l'Education nationale, qui sont indispensables, notamment. -Un 49.3 inévitable, Olivier Paccaud ? -Elisabeth Borne avait usé et abusé du 49.3.

Michel Barnier a tenté de ne pas l'utiliser. Il a fait son maximum. Vous avez pu débattre le plus longtemps possible.

Je pense qu'on ne peut que s'en réjouir. Maintenant, même si c'est un peu de la politique-fiction, il est évident qu'après le Sénat, je ne vois pas vraiment, compte tenu de la configuration actuelle de l'Assemblée nationale, j'ai apprécié que mon collègue député utilise l'expression gaulliste "chienlit", je ne vois pas comment on peut faire autrement. C'est pas une volonté de l'utiliser, c'est nécessité fait loi.

Le 49.3 sera donc très probablement utilisé, mais le Sénat aura bien travaillé avec le respect des oppositions, les socialistes défendront des amendements, et je pense que sur certains points, on se rejoindra. -Il y a 49.3 et 49.3.

La question, quand le 49.3 intervient à la fin, ce qui est mieux que la méthode de madame Borne. On voit, si je peux décerner un bon point à M.

Barnier, que l'expérience politique, avoir une histoire, une culture parlementaire, ça aide. Ca ne veut pas dire que je m'y retrouve, mais on voit une différence appréciable de mon point de vue. Mais est-ce qu'on garde des choses à la fin ?

Mme Borne méprisait ce qui s'était passé au Parlement. On jugera M. Barnier, s'il recourt au 49.3, je n'espère pas, mais j'entre dans la fiction, sur si à la fin, il est capable de garder des choses votées, parfois avec le MoDem, qui soutient sa majorité minoritaire, sur les super dividendes...

Va-t-il faire cet effort d'aller vers ce qui a été voté souverainement pour augmenter les recettes, éviter au pays le drame de l'austérité et la casse des services publics ? C'est là-dessus qu'on jugera. -Est-ce que qu'il doit garder des amendements qui ont été votés par la gauche ?

Elle a voté, au total, 35 milliards d'euros d'impôts supplémentaires. Est-ce que le gouvernement Barnier doit faire un geste en reprenant des amendements de gauche ? -On ne peut pas faire tout et n'importe quoi.

Mais je vais vous prendre un exemple précis. A l'Assemblée nationale, il y a eu un vote concernant la mesure que le gouvernement voulait mettre en place sur le prix de l'électricité. Je prends cet exemple très précis.

Pourquoi ? Au Sénat, nous avons commencé... -On en parlera. -En commission et en commission des finances, j'en suis membre, nous avons supprimé, nous aussi, la hausse du prix de l'électricité.

Je suis sûr que ce point précis sera gardé. -Et sur des hausses d'impôts ? C'est une baisse de taxe, là.

Les hausses d'impôts votées par la gauche, le gouvernement devrait en retenir ? -Je pense qu'il y aura certaines hausses, sur des points précis concernant des superprofits de façon temporaire, mais pour être très honnête, ça m'étonnerait que la grande majorité des éléments de ce que monsieur Saint-Martin appelle le matraquage fiscal, ça, je ne pense pas que ça sera retenu. Michel Barnier ne peut pas retenir beaucoup d'amendements du Sénat et quelques-uns qui viendront de la gauche.

Il faut faire des gestes. -Benjamin Lucas, au total, la gauche a fait voter 35 milliards d'impôts supplémentaires, a modifié le budget en ajoutant ces hausses d'impôts, qui finalement n'ont pas été votées. En France, la pression fiscale est très lourde et notre pays n'est pas en bonne santé économique.

C'est raisonnable, autant de hausses d'impôts ? -Il faut rétablir des vérités. On a un débat public tourmenté.

Les Français ont du mal à y voir clair avec tout ce qu'ils entendent, notamment de la propagande gouvernementale, qui parle de matraquage fiscal. L'effort qui est fait sur la fiscalité, les recettes, il est à la hauteur du défi de notre déficit public et de nos services publics. L'austérité serait dramatique pour l'attractivité économique de la France.

Elle entraînerait un ralentissement de son activité économique, donc par un effet, un cycle infernal, elle serait pire encore pour les déficits et la dette. Cet effort de justice fiscale, il est juste. Aujourd'hui, à proportion de ce que vous gagnez, les classes moyennes et populaires payent plus d'impôts, de prélèvements obligatoires que les ultra-riches.

Nous avons créé des taxes, des impôts supplémentaires, augmenté certains, mais réduit bien d'autres. -Ce n'était pas passé. -Notamment sur les classes moyennes et populaires, pour aider le logement social, la transition écologique et nos collectivités territoriales, on est ici au Sénat, nos collectivités sont le 1er rempart des Français face aux crises, le 1er instrument de leur sécurité, leurs services publics, leur solidarité essentielle.

Nous avons fait ce travail de justice fiscale et de justice sociale qui me paraît indispensable compte tenu de l'accumulation, ces dernières années, des richesses et ressources par la minorité de privilégiés. Le patrimoine des plus riches a été multiplié par 6, a contrario de celui des classes moyennes et populaires. -Olivier Paccaud a parlé de la gauche.

Je voudrais parler du socle commun, les députés macronistes et Les Républicains, qui sont censés soutenir le gouvernement de Michel Barnier, mais qui ont souvent voté contre ce que proposait le gouvernement dans ce budget. Y a-t-il un manque de cohésion de ces députés du socle commun vis-à-vis du gouvernement ? -Alors, il faut reprendre la genèse du budget.

La genèse du budget, c'est la formation d'un gouvernement très tardif. Je crois qu'il a été nommé le 5 septembre, Michel Barnier, et puis, il a composé son gouvernement. Pour être très clair, ce n'est pas le gouvernement qui a fait le budget.

C'est Bercy, ceux ce que certains appellent "les petits hommes gris de Bercy". Les ministres ont hérité d'un budget qui ne leur convient pas forcément, et les parlementaires du socle commun ont vu arriver un budget qui ne leur convenait pas. Et donc, ce budget, il est encore, entre guillemets, en discussion, mais en construction.

En tant que rapporteur spécial du budget de l'Education nationale - et Benjamin Lucas y est sensible - j'ai vu à plusieurs reprises madame le ministre, ainsi que le ministre chargé de la Réussite scolaire, Alexandre Portier, le conseiller auprès de M. Barnier pour les affaires scolaires, pour essayer de trouver la meilleure solution. Donc, que le socle commun n'ait pas fait preuve toujours de cohérence, c'est une évidence, mais c'est lié à cette genèse. -C'est un euphémisme, cher collègue. -C'est la première fois qu'on a cette situation et, hélas, c'était la seule solution. -Et ce socle commun, il a quand même réussi à vous faire barrage, notamment sur les hausses d'impôts. -Car le RN lui a fait du bouche-à-bouche.

M. Barnier n'est là que parce que Mme Le Pen a refusé de le censurer et qu'elle a permis à M. Macron de procéder à ce coup de force visant à nier les résultats.

Il n'y a pas de socle commun. Il y a un disloque commun. Il y a un cartel, même pas une coalition, car cela implique une cohérence.

Un cartel s'est constitué pour que le NFP ne gouverne pas. Certes, il peut y avoir des alliances en défensive : nous avons fait un barrage républicain pour éviter que l'extrême droite ne l'emporte, même si je trouve cela différent. Ce cartel, il n'a aucune forme de cohérence.

Aujourd'hui, on voit la politique avec un petit "p". Quand M. Wauquiez court au 20h annoncer une chose que le ministre des Comptes publics ignorait, qui n'a pas été discuté, quand vous avez une démission des parlementaires macronistes, qui ne viennent pas siéger en séance pendant des jours et des nuits alors qu'on parle du budget du gouvernement qu'ils soutiennent, tout ça discrédite la politique et nourrit l'antiparlementarisme.

Il n'y a pas de socle commun, pas de cohérence. Tout ça fait du mal à la politique. -30 secondes avant de passer au budget au Sénat : M.

Wauquiez qui fait les annonces à la place du gouvernement sur les retraites, il y a quelque chose qui cloche ? -C'était un coup politique, médiatique, mais pas un coup de force. Je ne veux pas défendre Laurent Wauquiez mais le budget, il est voté par qui ?

Il est voté par le Parlement. Que des parlementaires puissent mettre en avant leur poids pour avoir fait évoluer certaines choses, ce n'est pas choquant. -C'est cohérent. -C'est sans doute maladroit, très politique, mais que le Parlement soit au centre du jeu, ce n'est pas une mauvaise chose, mais avec l'archipel de l'Assemblée, c'est compliqué. -Sur les retraites, c'est surtout de l'enfumage. -Rapidement. -M.

Wauquiez nous annonce une sous-revalorisation en 2 temps, et les retraités... -On en parlera. -Je suis patient. -C'est à présent le Sénat qui est au centre du jeu budgétaire.

Les sénateurs ont examiné la version initiale du budget proposé par le gouvernement Barnier, et la majorité de droite sénatoriale souhaite la modifier. -C'est un projet de budget dans sa version initiale dont s'est emparé le Sénat. Rejeté par les députés de l'Assemblée après un examen chaotique, les sénateurs entendent imposer leur marque. -La priorité : nous devons faire davantage d'efforts pour réduire la dépense publique et les dépenses de l'Etat.

Je crois qu'on peut, aujourd'hui, considérer que ce budget est enfin celui qui marque la fin du "quoi qu'il en coûte". -Dans son projet de budget pour 2025, l'exécutif vise 60 milliards d'euros d'économies pour ramener le déficit à 5 % du PIB. Bien que le rapporteur général du budget, Jean-François Husson, soutienne le projet du gouvernement, il compte imprimer sa vision. -Je pense, personnellement, qu'on peut faire mieux avec moins d'argent.

Pour certains, c'est une formule une peu éculée. Je pense que c'est un objectif que nous devons poursuivre. -Parmi les amendements adoptés, la majorité sénatoriale veut économiser 150 millions d'euros sur l'apprentissage.

Elle entend aussi insérer dans le projet de loi de finances des dispositifs contre les abus et la fraude. Objectif : réduire les hausses d'impôts grâce à des économies supplémentaires. -Nous avons adopté plusieurs amendements.

Nous sommes aujourd'hui à plus de 4 milliards d'économies. -Sur les dépenses de l'Etat, le Sénat promet la suppression du service national universel, la réduction du budget de la formation des enseignants, et une baisse des fonds pour l'aide médicale d'Etat. Ces mesures pourront, selon la majorité sénatoriale, compenser la suppression de la hausse de la taxe sur l'électricité, adoptée à l'unanimité en commission. -Il ne serait pas juste de profiter de la baisse à venir des prix de l'électricité pour augmenter subrepticement les impôts pour les Français. -La Chambre des territoires cherche enfin à cajoler les collectivités locales, ciblées dans le budget proposé par le gouvernement.

La gauche, elle, minoritaire au Sénat, fourbit ses armes pour l'examen en séance publique dès le 25 novembre. -Olivier Paccaud, la droite sénatoriale souhaite 4 milliards d'euros d'économies sur l'AME, le service national universel, et le budget formation des enseignants. Trop de réductions de dépenses, ce n'est pas très bon pour préserver les services publics. -Alors, tout à l'heure, je crois que Benjamin Lucas a utilisé le mot "austérité".

Le Sénat ne souhaite pas un budget d'austérité mais un budget de rigueur. Je parle de la commission des finances à majorité LR. Nous savons très bien que l'austérité aurait des effets récessifs sur la croissance.

Le meilleur exemple, ce sont les collectivités. Lorsqu'on a appris que, dans le budget, on voulait ponctionner 5 milliards sur les collectivités, nous nous sommes dit : "C'est une grosse erreur et nous allons tout faire "pour, des 5 milliards, arriver à 2 milliards." -"Tout faire", c'est-à-dire "tout pour empêcher ces réductions ?" -Prenons un exemple précis.

En commission des finances, mercredi matin, nous avons supprimé l'amendement qui concerne le reparamétrage du fonds de compensation de la TVA. C'est quelque chose auquel les départements, notamment, sont très attachés. Ca permet de donner de l'activité dans les collectivités. -Les départements touchaient une fraction de TVA ? -Non, ce fonds, le FCTVA, c'est pour rerécupérer la TVA qu'ils versent dans un premier temps, les 20 %.

Là, concrètement, c'est de l'ordre de 800 millions d'euros. Ce n'est pas tellement important, mais par rapport aux 5 milliards, c'est déjà une marche sur laquelle on permet de faire des économies. -Vous dites : "rigueur, mais pas d'austérité". -L'austérité aurait un effet récessif. -Benjamin Lucas-Lundy, c'est ce qu'a dit le rapporteur, peut-on faire "mieux avec moins de moyens" ? -Oh, c'est un vieux slogan. -Rationaliser la machine administrative française ? -C'est un vieux slogan.

Je ne suis pas hostile aux économies, mais je regarde où elles sont proposées. 4000 postes en moins dans l'Education nationale, ça va pénaliser les classes moyennes et populaires. Ca va faire que notre école qui, malgré l'engagement fort des équipes éducatives, reste et demeure une école inégalitaire, soumise à des changements incessants de ministres et des réformes consécutives : il n'y a aucune visibilité pour le personnel.

Cette école va être encore affaiblie. Quant aux collectivités, ce sont le service public du quotidien. Il y a du bon dans l'ancienneté de M.

Barnier. Vous savez, moi, je respecte et j'ai une forme de sympathie pour les convictions, qu'elles soient de droite de gauche. La vie politique se structure autour de ça depuis deux siècles.

Je suis content d'avoir un Premier ministre qui s'assume, venant d'une idéologie au sens noble. Il y a du bon dans l'idée de venir de loin, mais il y a du mauvais, dans ce budget. Il n'est pas tourné vers l'avenir.

On doit investir dans nos services publics, dans la transition écologique, parce qu'on voit, au regard de la course engagée avec le changement climatique...

Ne pas avancer vite, c'est reculer. Pour adapter notre société au réchauffement climatique, on a besoin d'investir pour l'école, pour la sécurité des Français, pour nos protections du quotidien : sociales, environnementales, etc. Là, on a un budget qui est très frileux, sur ces sujets.

Je considère que c'est encore et toujours un budget d'austérité, au regard des saignées proposées dans un certain nombre de domaines. Je termine par ça : si on veut être audacieux, il faut voir les sources de financement. On ne peut pas réduire à l'os la puissance publique.

Il faut faire contribuer les ultra-riches de notre pays, dont le patrimoine et les dividendes ont augmenté ces dernières années. Ca s'est fait ailleurs. Ca s'est déjà fait, et comme ça, la République tiendra debout...

L'effritement de la société se joue. -Sur l'école, le gouvernement souhaite 4000 suppressions de postes. La majorité de droite du Sénat va laisser passer cette mesure ? -Il a beaucoup de verve, Benjamin, mais il faut rétablir une petite vérité.

Le budget de l'école - je suis rapporteur spécial de la mission enseignement scolaire - eh bien, il augmente. Il augmente de peu, de 0,2 %, mais il augmente. -Moins que l'inflation, donc il recule. -Il augmente, alors que le nombre d'élèves baisse dramatiquement, et je suis le premier à en être contrarié.

On a une chute qui a pris naissance depuis des années, mais on a de moins en moins d'élèves. Et donc, pourquoi doit-on faire des efforts ? On est dans une situation économique avec une charge de la dette de 50 milliards d'euros.

Ce serait bien de les mettre ailleurs que dans le remboursement. Pour revenir sur vos 4000 postes, j'aimerais bien qu'il n'y ait pas 4000 suppressions. Hier, j'étais à Matignon pour discuter de ça.

Je dis pas que je vais gagner. Simplement, il y a une écoute. Je pense qu'au lieu de 4000 suppressions, si on pouvait en avoir que 2000, ce serait bien.

L'an prochain, il y a 100 000 élèves en moins. -Que vous a dit Matignon sur ces suppressions ? -Matignon n'a pas encore arbitré.

La ministre elle-même ne souhaite pas en avoir 4000. -Anne Genetet. -Oui.

A l'origine, ça devait être 4800. Ils sont descendus à 4000. Objectivement, je leur propose, pour être très clair, de passer à 2000 suppressions et de les financer... -Au sein de la droite du Sénat, ça pourrait être voté, votre amendement ? -C'est pas aussi simple que ça, soyons très francs, mais il faut proposer des solutions.

Très concrètement, je finance ce maintien de postes par 100 millions d'euros qu'on prendrait sur le Pacte enseignant, qui passerait à 800 millions d'euros. Comme il n'a pas donné satisfaction, on pourrait trouver l'argent là-dessus. -Le Sénat s'oppose à une hausse de la taxe sur l'électricité au-delà du niveau d'avant-crise.

C'est peut-être une mesure où vous pourriez être d'accord ? -Bien sûr. Dès qu'on peut construire des ponts pour préserver le pouvoir d'achat des Français...

Le passage à la caisse du supermarché devient un calvaire. Des gens, en recevant une facture, décident de ne plus se chauffer. Des enfants vivent dans des conditions de précarité énergétique considérables.

Quand on peut protéger leur pouvoir d'achat, on me trouvera du côté de celles et ceux qui le proposent. La question énergétique est liée à la lutte contre les passoires thermiques, à l'investissement dans la transition écologique. Il faut avoir une vision globale de ces sujets.

On sera d'accord pour empêcher une hausse des tarifs de l'électricité et du gaz, qui va pénaliser durement les Français, dont les plus modestes, mais il faut pousser les investissements pour adapter notre société au défi énergétique. -Il nous reste 2-3 minutes. Parlons des pensions de retraite.

Après les annonces de Laurent Wauquiez, le gouvernement va revaloriser les pensions de retraite dès janvier, mais à hauteur de la moitié de l'inflation, au lieu du niveau complet en juillet. Au final, une majorité de retraités vont être perdants du dispositif. Que leur dites-vous ? "Il faut faire un effort ?" -C'est ce qu'a dit le gouvernement.

Moi, je comprends tout à fait que... les retraités soient pas heureux de faire des efforts fiscaux, après avoir fait des efforts dans leur travail toute leur vie.

Maintenant, objectivement, il faut trouver des moyens de faire des économies : soit en baissant la dépense publique, soit en augmentant la fiscalité. Tout le monde doit y contribuer, mais très honnêtement, je fais partie de ceux qui pensent qu'on ne peut pas exonérer totalement les retraités, mais il faut qu'ils prennent un petit peu leur part. -Benjamin Lucas, les retraités doivent prendre leur part ? -Vous avez démontré que les retraités vont y perdre.

Je parlais tout à l'heure des tabous sur le patrimoine, l'accumulation et l'explosion du patrimoine des ultra-riches. Il faut d'abord regarder du côté de ceux qui sont l'infime minorité qui accumule les richesses et accapare les ressources naturelles, avant d'aller embêter nos aînés qui, par ailleurs, se sont paupérisés ces dernières années. -Rapidement, une réponse courte à cette question : faut-il faire travailler une journée de plus gratuitement pour financer la solidarité ?

Rapidement. -Je suis pas pour la suppression d'un jour férié, mais pour travailler un peu plus. Ca peut être une seconde journée de solidarité ou un allongement à la carte, oui. -Non, on va pas faire reposer sur les travailleurs l'effort nécessaire.

Aujourd'hui, l'inégalité entre capital et travail a explosé. La rémunération du capital a augmenté. On doit regarder là, le financement de nos services publics et la réduction du déficit, et pas en pénalisant encore plus les travailleurs. -Peut-être que les Français accepteraient plus ça, pour redresser les comptes. -Les Français sont prêts à la justice fiscale, au retour de l'ISF.

Taxons comme le propose le MoDem, qui n'est pas réputé pour être un groupuscule gauchisant. Taxons mieux les superdividendes, par exemple, allons regarder dans les superprofits, dans ce qui génère aujourd'hui de l'argent qui n'est pas utile à celles et ceux qui le récupèrent et qui n'en ont pas besoin pour vivre. Aidons ceux qui n'ont que leur force de travail pour vivre.

C'est la priorité. -Olivier Paccaud, le gouvernement avait dit qu'on toucherait pas aux travailleurs. Finalement, avec la mesure proposée par les sénateurs, ça va être le cas. -Un peu, mais 3250 milliards de dettes.

N'oublions jamais ça. Ce sont nos enfants et nos petits-enfants qui paieront les pots cassés. -C'est la fin de ce débat.

Merci d'y avoir participé. Olivier Paccaud ? -Benjamin, il va prendre un grade supplémentaire.

Bien sûr. Lui, il travaille pour notre avenir. Il va avoir un petit garçon.

Au Sénat, on a du coeur. Je t'ai amené pour le petit - qui sera gâté, je sais - un nounours qui vient du Sénat. -Merci beaucoup. -Je connais bien la maman. -Un cadeau du Sénat à l'Assemblée. -La générosité sénatoriale. -Ce sera le mot de la fin.

Merci à tous les deux d'avoir été sur ce plateau. -Merci d'avoir suivi cette émission. On se retrouve la semaine prochaine.

SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA

L'Assemblée Nationale rejette la partie recettes du budget | Parlement Hebdo - 15/11/2024 — Benjamin Lucas · Pourquijevote