"Perdre les élections, c’est devenu le meilleur moyen de gouverner le pays", dénonce Manon Aubry
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Et à 8h22, le grand entretien d'Inter ce matin avec Marion Lourd. Nous recevons une eurodéputée, la France Insoumise, réélue il y a quelques semaines à peine dans un paysage politique qui a pourtant complètement changé. Vos questions, vos réactions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour Manon Aubry. Bonjour. Et bienvenue, vous êtes aujourd'hui mobilisé. Mobilisé avec d'autres et à l'initiative des organisations de jeunesse, la France Insoumise appelle à participer à des marches pour destituer Emmanuel Macron. Des marches qui auront lieu partout en France. Qu'attendez-vous de cette mobilisation ?
Elle vient se rajouter aux procédures parlementaires que vous avez engagées pour destituer le président de la République. Il est à vos yeux aujourd'hui illégitime.
Oui, c'est la première fois qu'on a un gouvernement qui ne sera pas issu du résultat des urnes. La première fois qu'on a un gouvernement qui n'a aucune légitimité démocratique. On a quand même réussi au prix d'une incroyable mobilisation pour ces élections législatives qui sont quand même tombées d'un coup. On a réussi à les sortir par la grande porte des élections. Et puis, ils reviennent toujours plus à droite par la toute petite lucarne des tambouilles politiques. Et vraiment, le message envoyé d'un point de vue démocratique, que vous soyez d'accord ou non avec le nouveau Front Populaire, c'est, perdez les élections. Dans notre pays, c'est devenu le meilleur moyen de gouverner ce pays.
Donc, oui, c'est un coup de force sans précédent. Raison pour laquelle nous l'utilisons. Oui, c'est un coup de force. Oui, c'est un coup de force. Quand, et je le dis d'autant plus avec ma casquette de députée européenne, dans n'importe quel autre pays européen, ça aurait fait réagir que le parti, la formation politique qui est arrivée en tête des élections, ne lui soit pas confiée la responsabilité de gouverner.
Oui, vous n'avez pas gagné les élections législatives, vous êtes arrivée en tête.
Vous m'accorderez qu'on les a moins perdues que d'autres. Et que si vous donnez au dernier le pouvoir de gouverner, alors ça sert à quoi d'aller voter ? Je veux dire, je me souviens, on en parlait hors antenne juste avant que j'arrive, le 9 juin dernier, on a tous été choqués par la dissolution. On a été tous remués et puis on s'est mobilisés comme jamais avec un taux de participation qu'on n'a pas eu depuis les années 80, donc avant même que je naisse. Et tout ça s'est traduit par une incroyable, quand même, victoire, vous me l'accorderez, parce qu'il y a eu 27 sondages dans l'entre-deux-tours, aucun ne donnait le nouveau Front Populaire au gagnant. Et nous sommes arrivés en tête.
Et on a été, il y a des millions de Français qui ont été soulagés, parce que pour des millions de Français de battre l'extrême droite, c'était aussi une question de survie du quotidien. On a réussi à le faire et là, honnêtement, on se fait voler l'élection par un président de la République qui, depuis l'Élysée, décide qu'on va prendre les mêmes et on recommence, et encore plus à droite quand on voit en plus les noms qui circulent.
Encore un mot, le nouveau Front Populaire, ça existe encore. Vous avez fait campagne, on s'en souvient, en arborant régulièrement le traque de la NUPES et de l'Union des Gauches. On a vu la NUPES fracasser avant les élections européennes et dans sa foulée. Le nouveau Front Populaire, aujourd'hui, il est déjà brisé. Il existe vraiment ?
Oui, Ali Badou, vous m'accorderez le mérite de la cohérence, parce que c'est vrai, j'ai fait campagne pour les élections européennes avec le programme de la NUPES. J'y tenais parce que je croyais à cette unité de la gauche. On ne va pas refaire l'histoire, mais je pense que d'ailleurs, si nous avions été unis aux élections européennes, sans doute Emmanuel Macron n'aurait pas dissous l'Assemblée Nationale. Et le pari d'Emmanuel Macron au moment de la dissolution, c'était que la gauche se divise. Et la gauche a réussi à s'unir sur un programme clair, sur un programme de rupture. Ensuite, elle a réussi à gagner deuxième pari, remporté par le nouveau Front Populaire, et troisième pari.
Emmanuel Macron s'est dit, bon, même s'ils arrivent en tête, ils n'arriveront jamais à se mettre d'accord sur un nom de Premier ministre, on l'a fait avec le nom de Lucie Casté. Quatrième pari remporté, il va bien y avoir quelques arrivistes à gauche qu'on va réussir à débaucher pour aller au gouvernement. Personne ne veut aller dans ce radeau de la méduse qui est déjà en train de couler.
Didier Migaud, ancien socialiste.
Enfin, il n'a pas sa carte au Parti Socialiste, n'a pas soutenu le nouveau Front Populaire. Personne qui s'est inscrit dans la démarche du nouveau Front Populaire ne veut participer à un gouvernement qui sera toujours plus à droite. Pardon, mais regardons un instant les noms qui sont donnés. Bruno Retailleau, pour ne citer que lui, mais je peux en citer d'autres, Laurence Garnier, ont été manifs pour tous, c'est-à-dire qu'ils se sont opposés au mariage homosexuel, ont voté contre la constitutionnalisation de l'IVG. C'est un gouvernement rétrograde, conservateur. Il n'est pas officialisé encore.
Il n'est pas officialisé encore. C'est pour ça que j'ai dit les noms qui circulaient. Les noms qui circulaient. Et justement, le président de la République a appelé hier tous les groupes politiques à aider Michel Barnier à former un gouvernement malgré les difficultés qui semblent exister, notamment avec le modem. Quand même, Manon Aubry, ça fait plus de deux mois depuis les législatives, ça fait plus de deux semaines depuis la nomination du Premier ministre. Est-ce qu'effectivement, il ne faudrait pas aider Michel Barnier, ne serait-ce que vous êtes eurodéputé, pour l'image de notre pays, sa crédibilité ?
Mais vous savez, nous, on a cherché à aider même le président de la République, Emmanuel Macron. On est sympa quand même. Dès le mois de juillet, on lui a dit mais vous avez une solution. Vous avez Lucie Casté, vous la nommez Première Ministre. Il suffit de demander à vos troupes, à l'Assemblée Nationale de ne pas la censurer et elle ne sera pas censurée. Mais on est aujourd'hui. Mais aujourd'hui, c'est la responsabilité du président de la République de faire une alliance parce que ce gouvernement, il sera sous perfusion de l'extrême droite, de nommer un gouvernement... Vous en êtes sûr ? C'est arithmétique, là. Il n'y a pas besoin d'un bac plus 8 en maths.
Pour que ce gouvernement tienne, il faut que le Rassemblement National ne le censure pas. Si le Rassemblement National le censure, il va tomber.
Et vous allez le censurer, vous ?
Oui. Nous avons dit dès le début qu'à partir du moment où la volonté démocratique qui s'est exprimée dans les villes n'est pas respectée, bien sûr que nous allons le censurer. Et je pense, franchement, moi, je ne décolère pas. Il y a plein de gens qui doivent nous écouter et qui disent « Attendez, là, on s'est mobilisés comme jamais. On a voté parfois contre notre volonté parce que notre candidat qu'on préfère s'est retiré au second tour. Et là, il est en train de nous voler l'élection. Et puis, vous avez le modem, là, qui va faire quelques magouilles. Allez, je récupère. Je fais semblant d'être pas content.
Et puis ensuite, je récupère un ministère de plus pour finalement soutenir ce gouvernement. Je vais vous dire, tout ça, ça donne aussi un spectacle pitoyable de la politique. Pitoyable de la politique. Quand vous vendez vos convictions de cette manière-là. Et ce qui m'inquiète, c'est l'impact sur le long terme de la démocratie. Si la démocratie est plus capable d'organiser notre société, d'organiser un fait majoritaire, alors c'est quoi l'alternative ?
On va y venir maintenant au bris de nombreuses questions d'auditeurs. On va filer au standard dans une seconde. Mais un mot quand même à propos du spectacle aussi que donne la gauche et ce nouveau front populaire. Lorsque vous entendez l'ancien président de la République et député de Corrèze, François Hollande, dire qu'à gauche, la radicalité a montré ses limites. Quand on voit le spectacle de la division, voir des mots extrêmement durs échangés entre François Ruffin et ceux qui soutiennent Jean-Luc Mélenchon. C'était encore le cas à la fête de l'humanité. Bon, c'est difficile de dire aujourd'hui. On incarne le leadership et une ligne claire en politique.
Alors, plusieurs choses. D'abord, sur la radicalité, je pense que quand François Hollande a été au pouvoir, ça a fait beaucoup de mal à la gauche et on en pèse aujourd'hui encore les conséquences. On a réussi à reconstruire la gauche sur un programme clair de rupture et qui suscite un espoir. quand on est capable de dire qu'on va vraiment abroger la réforme des retraites, augmenter le SMIC à 1600 euros nets, investir dans l'éducation, la santé, qui deviennent des variables d'injustement d'un gouvernement qui a cramé la caisse, notamment Bruno Le Maire, ce sont des choses extrêmement claires.
La reconnaissance de l'État de Palestine.
Mais ça fait partie aussi des fondamentaux de la gauche. Et donc, moi, vous savez, je suis très attachée à l'unité du nouveau Front populaire, comme j'étais attachée à l'unité de la NUPES. Et il va falloir continuer à défendre cette unité coûte que coûte.
Mais c'est une fiction, cette unité.
Mais non, ce n'est pas une fiction.
Elle ne l'existe pas.
Mais il y a un programme commun, un candidat commun pour être Premier ministre. Pardon, mais elle existe bien davantage.
Vous avez vraiment regardé les images que nous avons tous eues de la fête de l'humanité entre François Ruffin ?
Il y a des débats qui vivent à gauche, et c'est normal. Mais nous avons fait campagne sur un programme commun. Et ce programme commun, je ne crois pas qu'il soit fondamentalement remis en cause par qui que ce soit. Ensuite, il y a des débats stratégiques qui naissent à gauche, et c'est normal. Et moi, y compris eux, j'ai des réserves sur les uns ou sur les autres, mais vous ne me prendrez pas à défaut sur celles et ceux qui tentent à chaque occasion de diviser la gauche. C'est le rêve d'Emmanuel Macron. Vous vous débrouillez très bien tout seul. La division et la résignation. C'est le double rêve de Macron. Je ne suis pas prête à lui donner sur un plateau doré.
On file au standard. Bonjour Elodie, et merci de participer au grand entretien à terre.
Oui, bonjour. Merci à vous. Merci de prendre ma question. Bonjour Manon Oubry. Bonjour. Voilà, je suis de gauche. Je vote à gauche depuis que j'ai l'âge de voter, donc depuis plus de 25 ans. Et que répondez-vous aux gens comme moi, et on est des millions, qui sont de gauche, qui votent à gauche, qui ont fait la campagne des législatives pour le NFP, qui ont voté NFP, mais qui disent, Mélenchon, on n'en peut plus. C'est tout sauf Mélenchon. Moi, pendant la campagne, les gens me demandaient la couleur de ma candidate et ils ne voulaient pas de Mélenchon. Ils ne voulaient pas de sa tête sur les tracts. Ils n'en peuvent plus. Et c'était des gens de gauche. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
Merci Elodie pour votre question. Réponse Manon Oubry.
Bonjour Marion. Élodie. Élodie, pardon. Excusez-moi. Marion, elle est là. Pardon. Je vais vous poser des questions aussi. Bonjour Elodie. Je crois qu'il y a une campagne qui a été faite pour essayer de stigmatiser. Un jour, Jean-Luc Mélenchon, je n'ai pas de doute que dans une semaine, dans deux semaines, dans un mois, dans trois mois, ce sera un tel ou un tel et ça pourra être moi, Manon Oubry, parce que la phrase que j'aurais dite ce matin à la matinale de France Inter vous reviendra.
En attendant, répondez à Elodie.
Mais moi, j'ai conscience que quand on défend un programme du rupture, oui, on ne rassemble pas toute la société, mais je pense qu'on peut rassembler le plus largement possible et que Jean-Luc Mélenchon a contribué à politiser une partie de la société dans les quartiers populaires, dans la jeunesse, qu'il ne votait pas et que la force du nouveau Front Populaire, c'est aussi sa diversité des visages mais son unité du message politique et ce message politique, il a pu être construit aussi grâce à Jean-Luc Mélenchon. Il faut rendre à César ce qu'il y a à César. Je veux dire, pareil, quand on désoe un petit peu en Europe, vous prenez des pays comme l'Italie où la gauche a été mais laminée.
On va y venir à l'Europe. Beaucoup nous envient sur cette capacité qu'il y a eu la gauche à tenir debout. On le doit beaucoup à Jean-Luc Mélenchon. Mais vous savez, Jean-Luc Mélenchon, c'est autour de lui, c'est un collectif, c'est un programme et c'est ça qu'on défend. Et si je comprends, Élodie, que vous y adhérez à ce programme, eh bien, défendez ce programme contre tous les anathèmes, y compris qui pourront être faits de vie.
Justement, à propos de Jean-Luc Mélenchon, Manon Aubry, il a expliqué le 7 septembre dernier dans une manifestation à une manifestante, il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers. Tout le reste, vous êtes d'accord ? Ça veut dire que LFI ou le NFP, avec les ouvriers, avec les personnes âgées, avec les habitants des centres-villes, vous perdez votre temps, vous abandonnez une partie de l'électorat ? Alors,
cette phrase a été sortie de son contexte, mais je n'ai pas de problème à y répondre. D'abord, vous dites, il faut sortir les ouvriers. Non, je crois qu'il y a des ouvriers qui habitent aussi dans les quartiers populaires. Et ceux des centres-villes ? Il y a aussi des quartiers populaires dans les centres-villes. Ou de la ruralité. C'est le cas à Paris. Vous voyez que la fragmentation de l'espace n'est pas aussi simple que ça. Mais il y a une réalité politique et arithmétique. C'est qu'aujourd'hui, dans la jeunesse et dans les quartiers populaires, le taux de participation est beaucoup plus faible que dans le reste de la France.
Prenez aux élections européennes, c'est un jeune sur trois seulement qui a voté alors que c'est une personne sur deux dans le pays. Et donc, oui, on a une responsabilité.
Entre les lignes, c'est une accusation
de communautarisme, en quelque sorte. Non, vous savez, et c'est justement le débat qui est né entre François Ruffin et Jean-Luc Mélenchon parce que François Ruffin disait que lui, il avait fait des tracts en fonction des quartiers, ce que nous, nous avons toujours refusé de faire à la France Insoumise et je pense que personnellement, c'est une erreur. En revanche, s'adresser à la jeunesse et aux quartiers populaires pour dire que, clairement, si on ne s'occupe pas de la politique, alors la politique va s'occuper de toi et que, oui, bien sûr, tous les gens sont dégoûtés mais que, vous savez, quand tous les dégoûtés s'en vont de la politique, il ne reste plus que les dégoûtants.
Donc, oui, on a une responsabilité massive de réimpliquer des millions de gens dans la politique et c'est ce qu'on a fait aux élections européennes. Ma liste est arrivée en tête chez les 18-25 ans mais les 18-25 ans ont moins voté que le reste de la population française et donc, je le dis à tous les jeunes qui nous écoutent, oui, ne vous privez pas de la politique et je suis fière que la France Insoumise ait réimpliqué des millions de gens dans ces quartiers, dans la jeunesse mais vous avez raison, ce n'est pas les seuls leviers pour gagner les élections.
On va retourner au standard mais ce que dit François Ruffin c'est que vous ne parlez qu'à la moitié de la France et quant aux électeurs du NFP, beaucoup ont voté pour faire barrage à l'extrême droite et non pas pour un programme. C'est difficile de le nier. Bonjour Marc.
Ah oui, bonjour. Merci de prendre ma question. Vous avez une question
pour Manon Aubry.
La question est en forme d'expression. Les chiffres sont têtus. Il faut 289 députés pour avoir une majorité. Si M. Barnier est au pouvoir, il lui manquera 76 députés. Si le NFP est aux affaires, il lui manquera également à peu près 90 députés. Bref, on n'en sort pas. Ça fait trois mois qu'on est comme ça à s'envoyer des anathèmes à droite et à gauche. Les Français en ont assez. Ils souhaitent simplement une chose, c'est qu'on mette les ambitions personnelles au vestiaire, qu'elles soient de droite ou de gauche, jusqu'à M. Mélenchon soi-même, et qu'on fasse un gouvernement d'union nationale. Nous avons 3 200 milliards de dettes. On a trois ans pour relever le bateau.
Retroussons les manches et mettons les ambitions personnelles au vestiaire, s'il vous plaît.
Alors, voilà. Merci pour votre intervention, Marc. Commentaire ou réaction, Manon Aubry ?
Bonjour, Marc. S'agissant des ambitions personnelles, je crois qu'on a fait la démonstration qu'on ne les mettait pas au premier plan, puisque nous avons proposé non seulement un gouvernement de Lucie Casté comme Premier ministre, mais nous avons dit si la participation de ministres insoumis est une difficulté, alors nous sommes prêts à soutenir ce gouvernement sans y participer directement. C'est bien la démonstration que notre ambition, c'était davantage que le pays puisse être gouverné sur la base du programme du nouveau Front populaire qui est arrivé en tête, sans forcément qu'il y ait une participation d'insoumis.
Et ensuite, nous avons dit sur la méthode que notre objectif n'était pas de brutaliser l'Assemblée nationale comme l'a fait d'ailleurs Emmanuel Macron ces dernières années, mais bien de construire des majorités. Donc, Lucie Casté, sa méthode de travail, ça aurait été d'aller voir chaque président de groupe à l'Assemblée nationale, elle leur avait déjà écrit d'ailleurs, pour dire concrètement sur le rétablissement de l'impôt de solidarité
sur la fortune... Mais cette histoire, elle n'a pas eu lieu et elle n'aura pas lieu. Mais elle n'a pas eu lieu parce que... Et en l'occurrence, elle n'est pas élue. Elle n'a pas eu lieu parce qu'il y a un homme... Non, mais il y a un homme
qui a décidé que le résultat des élections ne compte pas et ne compte plus. J'ai conscience qu'on n'a pas la majorité absolue. Mais si vous ne partez pas... Voilà. Si vous ne partez pas du bloc politique le plus large qui existe à l'Assemblée nationale, c'est-à-dire le nouveau Front populaire, et que vous partez d'un bloc plus restreint qui vous oblige d'ailleurs à faire une alliance avec le Rassemblement national. C'est une dinguerie quand même. Au second tour, on s'est mobilisés pour faire un Front républicain. Se retrouvent au gouvernement ceux qui ont refusé de participer à ce Front républicain. Ce n'est plus un Front républicain. C'est un affront pour la démocratie de ce point de vue.
Sur le fond, Manon Aubry, votre chef Jean-Luc Mélenchon se félicite sur son bloc de l'objectif de justice fiscale du nouveau Premier ministre Michel Barnier. Il a même écrit « Jour de joie ». Il parle d'une bonne idée. Parce qu'il veut taxer les plus riches en dépit de vos réserves et même de votre opposition, on l'a compris, à Michel Barnier. Est-ce que LFI serait prêt à voter une telle mesure de taxation des plus riches ?
Écoutez, si Michel Barnier arrive devant l'Assemblée nationale et propose le rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune, davantage de progressivité de l'impôt, évidemment qu'on le votera. Ça montre que nous, on est des gens progressistes mais ne soyez pas dupes. Michel Barnier, il a fait campagne pour la primaire des Républicains en voulant baisser absolument les impôts et notamment les impôts des plus riches. Et Gabriel Attal et Bruno Le Maire ont laissé quelques post-it avant de partir en disant « Arrow sur les chômeurs, Arrow sur les malades, on va couper dans les arrêts maladiques comme si vous étiez responsable des arrêts de votre maladie quand vous vous arrêtez ».
Donc, vous voyez bien qu'aujourd'hui, cet objectif de justice fiscale n'existe pas dans les mots et dans les actes de ce gouvernement alors que c'est aussi majoritaire dans l'opinion. 67% des gens veulent rétablissement de l'ISF et nous, on continuera à le proposer à l'Assemblée nationale. Ce sera un moment de vérité si ce gouvernement l'accepte ou non mais malheureusement, j'ai ma petite idée là-dessus au vu de ce qu'ils ont fait ces dernières années.
Tout autre sujet, Manon Aubry, c'est une figure héroïque qui est apparue à travers les écrans et qu'on a tous en tête, celle de Gisèle Pellicot et vous avez particulièrement suivi le procès qui s'est ouvert, le procès de Mazan, le procès de 49 hommes accusés de l'avoir violée alors qu'elle était droguée par son mari. Vous avez publié il y a quelques jours un billet de blog sur ce procès et vous écriviez que cette affaire n'a rien d'un fait divers, c'est le miroir grossissant de la culture du viol dans notre société. C'était une question dont vous étiez emparée au Parlement européen au cours de la dernière législature.
Qu'est-ce que vous inspire justement ce qui se déroule au tribunal dans le procès Mazan ?
D'abord, j'ai été, je pense, comme des millions de personnes dans le pays, très touchées par ce procès. Comme je disais, qui est un peu le miroir de la société, les 50 hommes qui sont accusés sont infirmiers, pompiers, journalistes, conseillers municipaux, c'est à l'image de la société. Et on voit à quel point c'est répandu. Et surtout, dans la défense qui est utilisée par certains des accusés, il y a certaines choses frappantes. D'abord, un accusé qui a dit le mari était d'accord et puisque le mari était là, forcément, Gisèle Pellicot était consentante. Et puis, certains arguments qui ont été utilisés aussi par des avocats en disant qu'il n'y avait pas d'intention de commettre un viol.
Ce qui veut dire, quelque part, qu'ils inventent une nouvelle notion de viol involontaire et qui pose la question du consentement sur laquelle j'ai beaucoup travaillé parce qu'aujourd'hui, la définition du viol en France et en Europe ne comprend pas cette notion de consentement explicite.
Mais ce sont les arguments des avocats.
Et c'est la démonstration de la nécessité, à mon sens, de faire évoluer la loi pour inclure cette notion de consentement. On l'avait réussi à le faire adopter au niveau européen mais malheureusement, Emmanuel Macron s'y était opposé. Et puis, je crois que ce procès qui, franchement, qui nous retourne les tripes, il fera date dans l'histoire. Peut-être comme le procès de Bobigny qui avait précédé la légalisation du droit à l'avortement. J'espère qu'il précèdera un changement culturel massif pour former, pour acculturer des millions de gens et de jeunes garçons en particulier à cette notion de consentement. Changer notre relation au corps de l'autre et en particulier au corps des femmes.
Et j'espère que cette transformation en profondeur
de la société sera suivie des faits. Juste, Manon, bris un mot parce que vous êtes euro-députée. Quel regard vous portez sur celui qui est désormais notre commissaire français à Bruxelles l'ex-ministre des affaires étrangères Stéphane Séjourné qui a remplacé Thierry Breton ?
Je crois que c'est le clone d'Emmanuel Macron qui a été envoyé à Bruxelles pour s'assurer qu'Emmanuel Macron garde le contrôle dans une commission qui n'a jamais été aussi à droite. C'est peut-être un parallèle avec le gouvernement français. Pour la première fois, il y aura un vice-président exécutif d'extrême droite, Raphaël Effito, l'italien, et qui en dit long sur les orientations politiques de cette commission européenne qui n'a d'ailleurs pas du tout mis dans ses objectifs la question du droit des femmes qu'on évoquait à l'instant ou a disparu le commissaire à l'emploi et aux affaires sociales.
Donc, de quoi être très inquiet sur les orientations politiques de cette commission qu'on va combattre dans les prochaines semaines.
Merci Manon Aubry d'avoir été l'invité d'Inter ce matin. Bonne journée. Merci. Suivre la revue de presse.
Manon Aubry