"Le lobby de Uber, avec Macron, ce n'est pas fini", assure François Ruffin, député La France insoumise
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Bonjour François Ruffin, député de la Somme, vous siégez au sein de l'alliance de gauche, la NUP, vous êtes membre du groupe des Insoumis à l'Assemblée Nationale, merci d'avoir accepté l'invitation d'Inter ce matin. Les auditeurs de France Inter vous interrogent sur les sujets de leur choix au 01 45 24 7000 ou via les réseaux sociaux sur franceinter.fr. François Ruffin, commençons par cette enquête publiée ce week-end par le Consortium International de Journalistes, dont France Inter est membre et qui révèle la proximité entre Emmanuel Macron, alors ministre et les dirigeants d'Uber qui souhaitaient à l'époque s'implanter en France.
Les députés de la NUP vont demander ce matin l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire à la présidente de l'Assemblée. Que souhaitez-vous savoir de plus grâce à une éventuelle commission d'enquête ?
Là on a au fond le sommet de l'isberg qui apparaît dans ces Uberfiles. Maintenant il faut s'agir de savoir en profondeur qu'est-ce que ça a eu comme conséquence. Moi je réclame depuis longtemps qu'il y ait un cahier des lobbies, un cahier des visiteurs d'histoire qui soit ouvert à l'entrée de Bercy et à l'entrée de l'Elysée. Je réclame, et M. Macron devrait le faire de lui-même, l'ouverture de qui sont les donateurs de la campagne de M. Macron en 2017. Est-ce qu'on retrouve dedans General Electric ? Est-ce qu'on retrouve dedans Maskinze ? Est-ce qu'on retrouve dedans BlackRock ? Est-ce qu'on retrouve dedans Uber ?
Et enfin, moi je pense qu'il faut maintenant se dire que le lobby de Uber avec Macron, c'est pas fini. C'est au présent que ça continue de se dérouler. J'en veux pour croire, vous savez, la commission européenne, qui n'est pas connue pour ses avancées sociales, en a proposé une. Elle a proposé que tous les travailleurs des plateformes soient considérés par présomption comme étant des salariés de Uber, Deliveroo et compagnie. Le Parlement européen est d'accord. Qui bloque ? Qui bloque pour ne pas avoir cette avancée-là ?
Sachant que la majorité des travailleurs de Uber et compagnie, c'est 590 euros par mois, en moyenne, sans droit au chômage, sans droit à la sécurité sociale, sans droit à la retraite. Et donc il s'agissait de leur faire progresser, leur faire accéder à ça en les considérant comme salariés. Qui bloque en Europe ? M. Macron et sa ministre du Travail de l'époque, Mme Borne. Main dans la main, et on a des témoignages qui montrent que main dans la main, avec les lobbies d'Uber, ils s'opposent à ce progrès possible pour tous les travailleurs de plateformes de France et d'Europe.
Mais vous voulez connaître les conséquences, on les connaît les conséquences. Uber s'est installé en France, il y a eu la fin du monopole des taxis, c'est ça les conséquences ?
Je vous le dis, il faut que l'enquête se déroule aussi au présent. Et quand on voit simplement, quand on voit les dirigeants d'Uber, il faut dire que c'est quasiment de l'ordre de la trahison, ce qui apparaît dans les documents. Je n'en suis pas... Il ne s'en est pas caché Emmanuel Macron de vouloir favoriser l'installation d'Uber en France ? Ne pas vouloir favoriser l'installation d'Uber, le faire dans le dos de son du gouvernement, détricoter une loi, empêcher ses fonctionnaires quasiment de faire des contrôles fiscaux, faire que quand on est à Marseille et qu'il y a une loi qui est prise par le préfet...
La direction de la concurrence a dit qu'il n'y avait pas eu d'intervention.
Oui, oui. Quand on est à Marseille et que le préfet dit, voilà, on va faire une loi sur Uber et qu'on vient la détricoter parce qu'il y a un contact avec Emmanuel Macron, là, il s'agit de se dire que c'est dans le dos du gouvernement qu'on opère ce travail de lobbying en faveur d'Uber. En fait, le mot lobby, vous savez, le mot lobby est un mot trop faible, parce que le mot lobby suppose une pression de l'extérieur. Or, on voit bien qu'il n'y a pas besoin de faire pression sur Emmanuel Macron. Il faut penser que l'État français est arrivé aujourd'hui à une autre étape. Il est colonisé par les intérêts privés de l'intérieur.
Et Emmanuel Macron, quelque part comme banquier d'enfer, entré à l'Elysée, n'est que le symptôme, que le symbole le plus abouti. Mais maintenant, ce sont des tas de fonctionnaires, de très hauts fonctionnaires, qui font des allers-retours entre le privé et le public, entre McKinsey et Bercy, entre BlackRock et le ministère de l'Économie.
Vous parlez de la question des lobbies, François Ruffin. Est-ce qu'il faut encore davantage de transparence pour les élus dans leur agenda ? Ou bien est-ce que vous reconnaissez le droit, pour le député que vous êtes par exemple, d'avoir des rendez-vous qui ne soient pas publics ?
Moi, ce que je vois, c'est que la question des lobbies, elle se concentre sur les députés, dont le pouvoir pourtant est à peu près nul. Je veux dire, on peut poser un amendement, on tricote, on fait de la broderie. Par contre, le cœur du pouvoir, où est-ce qu'il est aujourd'hui ? Qui décide ? Qui décide ? C'est l'Elysée qui décide. Et là, il n'y a pas de cahier des lobbies à l'intérieur. Là, il n'y a pas de surveillance de ce qu'est l'agenda du président de la République.
Il faudrait que l'agenda du président de la République, il soit ouvert à tout un chacun ?
Pourquoi pas ? Mais en tout cas, vous voyez par exemple, comment...
Donc aucune rencontre possible avec des partenaires étrangers sans que tout le monde en ait connaissance ?
Comment est enlevé l'impôt de solidarité sur la fortune ? C'est quand même une injustice majeure. On a été gratté sur les aides au logement des plus modestes dans ce pays pour venir enlever l'impôt de solidarité de fortune pour les plus riches. Comment ? Parce que les grands patrons se sont retrouvés dans les jardins de l'Elysée et ont fait pression sur Emmanuel Macron pour qu'on enlève l'impôt de solidarité de la fortune.
Donc Emmanuel Macron est un homme sans conviction, si je vous comprends bien, François Ruffin.
Il a une conviction qui est très forte. Il agit sous contrainte, 100%. Non, non, il n'est pas sous contrainte, il a été élu par eux, d'abord. Il y a eu une première élection qui s'est déroulée, et la première élection qui s'est déroulée, c'est sur les dirigeants du système qui ont décidé de miser sur le cheval Macron. Il y a eu deux tours en 2017, François Ruffin, ça ne vous a pas échappé. Avant ça, il y a eu un premier tour, et on peut dire que Martin Bouygues, que Xavier Niel, que M. Bolloré, que M. Arnaud, que M. Lagardère, se sont mis ensemble et ont décidé que leur cheval, leur poulain dans cette élection, serait M. Macron. Voilà comment ça s'est passé.
Ça a été déjà très largement documenté. Mais les Français ont accepté... Ensuite, il y a eu la validation par le peuple français, mais en amont de ça. Et donc ça a des conséquences. Les conséquences, c'est que M. Macron rend des comptes...
Les grands patrons choisissent le président de la République, c'est ce que vous nous dites, François Ruffin.
Il y a eu une présélection de qui sera le candidat pour maintenir le système en place. Et ça a été M. Macron, avec des conséquences. On est dans le... C'est un complot que vous nous décrivez là. Quand M. Arnaud, qui est la première fortune de France, dînait à l'époque, toutes les semaines, avec M. Macron, ce n'est pas un complot, c'est factuel. Ça a été documenté par des livres. Quand il y a des services qui, sur le Alstom, ont été rendus à M. Martin Bouygues avec la vente à General Electric, c'est factuel, avec une suspicion d'impact de corruption. C'est factuel tout ça. Donc ça a des conséquences pour ensuite. Quelles sont les conséquences ?
Les conséquences, c'est la réunion, par exemple, du Dolder. Vous ne connaissez peut-être pas le Dolder, mais le Dolder, c'est le club des principaux labos pharmaceutiques du monde qui viennent à l'Elysée tenir leur congrès et qui obtiennent de l'Elysée directement un grand nombre de faveurs, Sanofi et compagnie. Les conséquences, elles sont là aujourd'hui. Quand en 5 ans de Macron, on a un triplement des 5 premières fortunes françaises, les 5 premières fortunes françaises ont vu leur patrimoine tripler en 5 ans. Est-ce que les Français ont vu leur salaire tripler en 5 ans ? Est-ce qu'ils ont vu leur retraite tripler en 5 ans ?
Moi, j'aimerais une indexation des salaires et des retraites des Français sur les grandes fortunes françaises.
On va venir au pouvoir d'achat dans une minute, François Ruffin. D'abord, un mot de cette motion de censure qui avait été déposée hier par l'Alliance de gauche. La NUP qui a été rejetée. Elle a recueilli 146 voix. 6 députés socialistes ne l'ont pas votée. Là encore, quel était le sens de cette démarche ? Est-ce que tout n'avait pas déjà été dit la semaine dernière après le discours de politique générale d'Elisabeth Borne ?
Je vais vous dire pourquoi, moi, j'ai voté cette motion de censure. Pourquoi je pense qu'il faut aujourd'hui bloquer le pouvoir d'Elisabeth Borne et de M. Macron ? Simplement parce que, quel était le verbe clé de son discours la semaine dernière ? C'était « continuer ». Elle a utilisé 26 fois le mot « continuer ». Il faut continuer sur l'école, alors qu'on ferme une école par jour, que le lycée, personne n'y comprend rien, que Parcoursup, ça galère pour les étudiants. Mais il faut continuer dans cette direction. Il faut continuer sur l'hôpital. L'hôpital qui est maintenant plus qu'au bord de la crise de nerfs, qui va sans doute craquer cet été.
Il faut continuer sur les jeunes, dont le taux de pauvreté est 4 fois plus élevé que chez les adultes. Il faut continuer sur les retraites. Il faut continuer sur le ferroviaire. Il faut continuer sur l'agriculture. Il faut continuer sur la modernisation de l'État. Et là, il faut entendre la case de l'État. Et enfin, il faut continuer sur le pouvoir d'achat. Mathilde Panot, la présidente de votre groupe, l'avait dit la semaine dernière. Non, mais est-ce que maintenant, quand on a... C'est pas comme si on avait un nouveau gouvernement, qu'on connaissait pas M. Macron, là, depuis 10 ans. Ça fait 10 ans qu'il est là, qu'il est là pour murmurer à l'oreille droite de M.
Hollande avec succès sur le pacte de compétitivité, sur le crédit impôt compétitivité emploi, qui ensuite, il était ministre de l'économie, et dans une certaine continuité, qu'il était président de la République pendant 5 ans. Donc, on connaît ça. Mme Borne, on la connaît aussi. La privatisation des autoroutes, les cadeaux à Vinci et compagnie, Mme Borne était donnant. Non, la réforme de la réassurance chômage, qui la pénalise, qui pénalise les travailleurs de la deuxième ligne, qui pénalise les gens qui sont assistantes maternelles, qui sont ouvriers de l'industrie agroalimentaire et qui alternent de l'intérim et des temps de travail, ce sont eux qui sont pénalisés par ça.
Alors, le pouvoir... C'est pas comme si on avait un nouveau... J'explique. C'est pas comme si on avait un nouveau gouvernement qui avait une ligne qu'il allait falloir entrevoir à l'avenir, un plan d'action qui était novateur. Non, il s'agit de continuer, continuer, continuer, continuer. Est-ce que les Français veulent que ça continue comme ça agit pendant 5 ans ? Je pense qu'ils ne le veulent pas. Moi, en tout cas, je n'ai pas été élu pour que ça continue comme ça pendant 5 ans. Donc, chaque fois qu'il y aura la possibilité d'essayer de bloquer cette orientation-là, nous y serons.
Y compris sur le projet de loi Pouvoir d'achat, la discussion a débuté hier soir en commission à l'Assemblée. 20 milliards d'euros de mesures selon le gouvernement, le chèque alimentaire remis sur les carburants, bouclier tarifaire sur l'énergie, la suppression de la redevance audiovisuelle. Y a-t-il une possibilité, François Ruffin, que vous votiez ce texte ou partie de ce texte ?
Vous savez, ça fait 5 ans que je suis là aussi, moi, et en 5 ans, jamais je ne me suis opposé à tout, tout, tout. Quand il était possible de gratter 25 euros par mois pour les auxiliaires de vie sociale, je les ai pris, j'ai considéré que ce n'était pas assez, que c'était insuffisant, mais je les ai pris, parce que je savais que ça représentait un demi-cadie, et il ne faut pas cracher là-dessus. Donc, vous pourriez, par moment, faire partie d'une majorité ? Non, non, s'il y a des trucs à gratter là-dedans. Maintenant, vous dire le désaccord avec l'orientation de ce projet.
Non, mais si vous dites, moi, je peux voter par moment des textes ?
Ça veut dire que vous êtes capable de compromis ? Non, je suis capable de compromis. C'est en face qu'ils ne sont pas capables de compromis. Quand pendant 5 ans, nous avons proposé la déconjugualisation de l'allocation adulte à handicapé, parce qu'on se considérait que ce n'était pas juste, que les personnes handicapées qui étaient mariées, ça fesse une pénalité pour l'ensemble du ménage, qu'elles vivent au crochet de leurs conjoints, que ce n'était pas juste.
Quand les républicains l'ont dit, quand les communistes l'ont dit, quand les insoumis l'ont dit, pendant 5 ans, Mme Borne et ses amis nous ont répondu « Non, ce n'est pas le problème, c'est trop technique, on ne va pas y arriver », ainsi de suite. Aujourd'hui, ils découvrent que c'est une injustice. Ils disent que c'est une indignité, une indignité qu'ils ont portée pendant 5 ans. Quand ils vont venir porter la déconjugalisation dans l'hémicycle, et j'espère que ça va se faire très vite, on va poser des amendements en 60 dès la loi pouvoir d'achat. Évidemment que je voterai. Je ne suis pas un robot qui appuie automatiquement sur la touche contre.
En revanche, je vous dis, la logique de ce projet de loi pouvoir d'achat, nous y sommes opposés. Pourquoi ? Parce que c'est une opération pièce jaune qui continue. J'ai relevé là, comment fonctionne M. Macron depuis 5 ans ? Il fonctionne avec des primes permanentes. C'est là, sur la dernière séquence, c'est le chèque énergie, la remise carburant, l'indemnité à l'inflation et l'aide alimentaire d'urgence. Est-ce qu'on veut des aumônes ? Est-ce qu'on veut des opérations pièce jaune avec 18 centimes le litre ? Ou est-ce qu'on veut qu'il y ait un peu de justice dans ce pays ? Voilà la question qui se pose.
Donc il ne faut pas de chèque alimentaire, il ne faut pas de bouclier tarifaire ?
Non, ce qu'il faut d'abord, c'est que les Français qui travaillent puissent vivre de leur travail. Voilà là, il faut aujourd'hui défendre la valeur du travail. C'est la clé. Donc il faut que les salaires... Que le travail paye mieux. Oui, il faut que le travail paye. Il faut que les gens qui travaillent puissent vivre de leur travail. Vous voyez à quel niveau de demande révolutionnaire on est arrivé. Simplement, on demande à ce que les gens qui travaillent puissent vivre de leur travail. Ce n'est pas toujours un discours qu'on a entendu à gauche ces derniers temps, François-Réphine. Qui n'est pas des miettes pour les uns. Et là, ce qu'il va y avoir, c'est la distribution de miettes.
Et du gavage pour les autres. Je vous le répète, 300 milliards d'euros pour les milliardaires français en un an de crise Covid. D'ailleurs, le président Macron lui-même a parlé des profiteurs de guerre quand il était à l'étranger. Mais maintenant qu'il est rentré à la maison, où sont les profiteurs de guerre ? Vous avez là le litre de gasoil qui est à plus de 2 euros. Total, c'est 5 milliards d'euros de bénéfices dans les 3 premiers mois de l'année. Monsieur Pouyanné, le PDG total, s'est augmenté de 52%. Et on ne va même pas aller chercher.
J'ai calculé, vous savez, j'ai calculé que si jamais on distribuait à tous les Français qui travaillent, qui prennent leur voiture pour aller au travail, ces 5 milliards d'euros sur les 3 premiers mois, ça fait un chèque de 100 euros par mois par chaque automobiliste. La question, ce n'est pas la distribution des miettes, c'est comment cet immense gâteau, on le partage.
Le travail doit payer, dites-vous, François Ruffin. La CPME, donc les petites et moyennes entreprises, propose la généralisation de la défiscalisation des heures supplémentaires pour toutes les entreprises, en plafonnant les charges des entreprises. Aujourd'hui, c'est 5 000 euros maximum par an qu'un salarié peut toucher. Bruno Le Maire ne ferme pas la porte. Est-ce que ça permettrait de mieux rémunérer ceux qui travaillent, défiscaliser les heures supplémentaires ?
Aujourd'hui, ce qu'il faut, c'est que l'heure de travail soit mieux payée. Qu'est-ce qui s'est passé ? En 1982, on a décidé de désindexer les salaires sur l'inflation. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'inflation a continué à augmenter, on n'a pas fait suivre les salaires. Voilà le point nodal qui fait que depuis 40 ans, les salaires stagnent, tandis que les dividendes ont, eux, très largement augmenté. Donc maintenant, il faut raccrocher les deux. Il ne peut pas y avoir... Jamais le taux de marge des entreprises n'a été aussi important dans ce pays. Allez-y, faites un fact-checking. Je demande la VAR si vous n'êtes pas d'accord avec moi.
Jamais le taux de marge des entreprises n'a été aussi important dans ce pays. Donc la question est, cette marge-là, ce gras, qu'est-ce qu'on en fait ? Est-ce que ça doit rester au profit ? Est-ce que ça doit être distribué aux actionnaires ? Ou ça doit aller aux travailleurs qui font ça ? Vous savez, il y a eu un rapport qui a été remis à Mme Bande quand elle était ministre du Travail. Un rapport sur les travailleurs de la deuxième ligne. Il y avait 17 métiers d'identifiés. Il y avait les agents d'entretien qui doivent passer pour nettoyer ici à France Inter le matin. Il y avait les auxiliaires de vie sociale. Il y avait les assistantes maternelles. Il y avait les caristes.
Il y avait les ouvriers de l'industrie agroalimentaire. Les travailleurs du bâtiment. Il était montré dans ce rapport que la plupart travaillaient sous le SMIC ou au ras du SMIC. Et qu'en général, ils étaient 30% moins payés que les autres métiers alors qu'on les considérait comme indispensables. Quelle a été la réaction de Mme Borne ? La réaction de Mme Borne a été de dire, nous faisons le pari avec confiance que le dialogue social aboutira à quelque chose d'intéressant. Eh bien, le dialogue social, il n'aboutit à rien d'intéressant. Deux ans plus tard, on en est au même point que ces travailleurs qu'on considère comme indispensables et essentiels, ils sont toujours sous-payés.
Donc je dis, n'attendons pas du dialogue social. Tant mieux s'il se noue, tant mieux s'il avance. Mais on voit que dans 70% des branches, les salaires de base sont en dessous du SMIC. Mais en revanche, il y a la loi. Il y a la loi. Vous savez, j'entends M. le maire qui dit, ça serait bien que les patrons augmentent les salaires. Mais non, il y a la loi qui doit dire, voilà, aujourd'hui, nous réindexons les salaires sur l'inflation. Nous faisons que...
Et ça ne fera pas exploser l'inflation comme le craignent les dirigeants d'entreprises, notamment la CGPME que je citais à l'instant.
Écoutez, quand il y a une hyperinflation des très hauts salaires, comme M. Pouyanné, l'an dernier, les patrons du CAC 40 ont vu leur salaire doubler, plus 100%. Cette inflation-là, manifestement, elle n'inquiète pas Bruno Le Maire, elle n'inquiète pas les grands patrons. Donc moi, je veux dire que, en réciproque, je ne demande pas, vous voyez, comme je suis modéré. Je ne demande pas une indexation des salaires du chariste, qui le mériterait pourtant, de l'auxiliaire de vie sur celui des grands patrons du CAC 40 et que ça double. Je demande simplement que quand il y a une inflation de 5%, ces gens-là qui font tourner le pays, c'est M.
Macron qui disait, notre pays repose tout entier aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. Eh bien, c'est toujours vrai. Ils sont toujours reconnus et rémunérés aussi mal.
Je voudrais que vous me répondiez sur la question de la généralisation, de la défiscalisation des heures supplémentaires. Pour vous, c'est non ?
C'est non. Ce n'est pas cette piste-là qui sera... Ce n'est pas en faisant travailler plus des gens. Pourquoi ?
Là, le travail paye avec cette mesure.
Je vous propose que le travail paye simplement en faisant suivre les salaires sur l'inflation, en revalorisant, passant le SMIC à 1500 euros, parce que personne dans ce pays, pas vous, pas un ministre, pas un député, ne levera son bras pour dire, je suis d'accord pour travailler à 1200 euros. Mais même à 1500 euros, ils n'iraient pas le faire. Ils n'arriveraient pas à vivre avec 1500 euros par mois. Donc aujourd'hui, les gens qui font tourner le pays, le minimum, c'est qu'ils touchent 1500 euros. Le minimum, c'est quand il y a de l'inflation, ça ne soit pas rogné. Et par ailleurs, vous savez, il y a des gens qui passent à la tribune et qui se revendiquent de la valeur travail.
Ceux qui se revendiquent de la valeur travail, qui la célèbrent le plus, sont ceux qui, aujourd'hui, l'écrasent le plus. J'avais, par exemple, moi, j'ai procédé à mes auditions, comme je sais que les Français qui souffrent sur le pouvoir d'achat ne vont pas être auditionnés par l'Assemblée nationale, j'ai procédé à mes propres auditions. J'avais un travailleur qui travaille dans l'industrie agroalimentaire, qui fabrique de la poudre pour les brioches, vous voyez, qui est chef d'équipe, qui travaille la nuit, qui est à 1700 euros. Sa femme travaille, ils ne s'en sortent pas. Résultat, il fait chauffeur Uber, en plus, quand il sort à 2h du matin.
C'est-à-dire qu'il cumule des boulots comme ça pour simplement pouvoir vivre. Eh bien, il doit y avoir, pour les salariés de ce pays, un droit au repos. Le droit au repos, il est lié au droit au travail. Moi, je suis pour que tout le monde travaille, et pour que tout le monde ait un droit au repos, et que ça ne soit pas en arrivant grignoté sur le repos. Mais vous voyez, ce monsieur dont je vous parle, non seulement il travaille, sa femme travaille, et il prend du Uber en plus, mais en plus, il ne partira pas en vacances cet été. Il n'est pas parti en vacances depuis 2019.
Il sait qu'il ne pourra pas partir en vacances, alors que son père, qui dans sa famille n'avait qu'un seul revenu, et pourtant, il partait en vacances. Donc ça dit quelque chose d'un sentiment de déclassement, de la valeur du travail, quand il y a deux revenus dans le ménage, et on n'arrive pas à partir en vacances, fusse en camping même, et que le père, les parents, offraient ça à leurs enfants, il y a une génération.
Des questions pour vous, François Ruffin, au 01 45 24 7000. Jean-Yves nous appelle de Bretagne, et précisément d'Ile-et-Vilaine, je crois. Bonjour Jean-Yves.
Oui, bonjour. Écoutez, je vais bien écouter votre auditeur, votre Jean-François Ruffin. François. Pas un mot, François Ruffin. Pas un mot, pas un mot sur le problème de la ressource en eau. Le problème majeur à avoir en ce moment, c'est le problème de la sécheresse, de l'exerce en fin de fond. On a moins de débits dans les rivières, moins de réserves hydroélectriques. On ne peut pas faire bien fonctionner les centrales nucléaires. On ne peut pas faire... L'agriculture est à la ramasse. Donc quand vous avez une maison, vous n'avez pas l'eau et l'assainissement, c'est problématique. Là, le problème de l'eau, en ce moment, c'est le problème majeur à étudier en ce moment.
Toute l'économie, l'agriculture, l'énergie, tout est là, on est dans un problème majeur. Majeur. Ça a été mis sous le tapis pendant toutes les élections. Pendant le Conseil citoyen, rien, rien. Et là, je vous entends, M. Ruffin, pas un mot sur l'eau potable. Merci à vous, Jean-Yves. Et c'est un problème majeur à étudier en ce moment.
Pour cette interpellation, François Ruffin vous répond.
Alors je voudrais dire à Jean-Yves que déjà, dans ma campagne législative, moi j'ai longuement parlé de l'eau, et j'en ai même fait des vidéos, parce que quand on se retrouve en Picardie, avoir trois mois sans eau en Picardie, ça signifie qu'il y a quand même un gros, gros, gros souci. Et donc c'est évident. Maintenant, la question... Qu'est-ce qu'on fait là, à court terme ? Il y a une question centrale sur tout ça. C'est est-ce qu'on croit que le marché va résoudre tout, ou bien on croit qu'il faut réguler le marché, qu'il faut encadrer le marché, voir que ce bien public-là, il faut le faire sortir du marché.
Que ce n'est pas seulement ceux qui ont les moyens de payer plus, qui achètent toute l'eau, mais qu'on se demande comment on répartit l'eau, quels sont les besoins. D'abord, il y a une transformation de l'agriculture qui est absolument nécessaire pour consommer moins d'eau, et il y a des transformations ailleurs. Mais quels sont les secteurs qui sont les plus prioritaires et sur lesquels on se dit, ben voilà, la ressource en eau doit être préservée. Et ça, ça réclame, en effet, que je suis d'accord avec Jean-Yves, un débat, une discussion commune qui fait qu'en tout cas, cette ressource-là, moi, quand il pleut, je dis à mes enfants qui se plaignent, la pluie, c'est la vie.
Parce que si on n'a pas ça, on crève. Il faut que tout le monde soit amené à considérer que quand on a un litre d'eau, on a quelque chose, un bien absolument précieux et qui est à préserver. Mais qu'on ne laisse pas le marché, ce n'est pas au marché de répartir ça. Le marché ne marche plus.
Donc c'est à l'état d'autorité de dire vous, vous aurez tant d'eau et vous, vous aurez...
Ce n'est pas à l'état d'autorité. C'est une discussion, ça doit faire l'objet d'une discussion commune. Et en effet, je pense qu'il doit y avoir une régulation du marché. On ne doit pas laisser ceux qui ont les moyens d'acheter acheter plus et... voilà.
Question de Catherine, qui nous appelle du département des Hauts-de-Seine. Bonjour Catherine.
Oui, bonjour. Je voudrais dire d'abord que je ne suis pas du tout opposée à M. Ruffin. Donc, je voudrais simplement lui faire remarquer que quand il dit les entreprises, ça ne veut rien dire les entreprises. 97,2% des entreprises en France sont des TPE de moins de 19 salariés. Donc quand il parle des entreprises qui font du gras, ça ne veut strictement rien dire. Qu'on taxe les entreprises du CAC 40 et je le demande autant que lui. Mais en revanche, qu'on passe le FIG à 1 500 euros pour des TPE qui, elles, ne font pas de gras, qu'ils même survivent pour la plupart, je ne vois pas comment il peut appliquer ce genre de mesures à des gens qui sont déjà à l'os.
Donc, j'aimerais qu'ils ne disent plus les entreprises, mais qu'ils disent les entreprises du CAC 40 ou les multinationales, ou qu'ils disent les très grandes entreprises, mais qu'ils qualifient. Parce que 97,2% des entreprises, ce qui est quand même énorme en termes de nombre, même si ça ne représente que 20% des salariés, ça ne peut pas être mis dans le même panier que les entreprises du CAC 40. Et j'aimerais qu'ils précisent ça parce que quand j'entends ça, moi, ça me fait dresser les cheveux sur la tête. Et je suis auto-entrepreneur, je ne travaille qu'avec des TPE. Et les TPE avec qui je travaille n'ont absolument pas les moyens de faire plus.
Merci à vous, Catherine.
Elle le regrette. Pour cette question,
François Ruffin vous répond. D'abord, j'entends pleinement ce que vous dites, madame. Quand on dit le mot patron, par exemple, c'est comme quand on dit le mot poisson. Dans les poissons, il y a les requins et les sardines. Et il en est de même pour les patrons ou il en est de même pour les entreprises. Et il s'agit d'opérer un gros distinguo entre les deux. Maintenant, vous le dites vous-même, les 97% d'entreprises dont vous parlez, elles ne représentent que 20% des salariés. Donc, il y a quand même un enjeu qui se déroule ailleurs. Et donc, aujourd'hui, qu'est-ce qu'il faut ? Il faut absolument que les petits payent petits et que les gros payent gros.
Or, on a sur l'effet de l'impôt l'inverse qui se produit maintenant. C'est-à-dire que les petits payent plus gros aujourd'hui que les grosses entreprises, que Amazon, que Uber, que McKinsey et compagnie. Donc, il faut absolument qu'il y ait un rétablissement d'une justice fiscale. C'est vrai au niveau des individus, qu'il faut que ce soit les individus les plus riches qui payent plus. Et c'est vrai également au niveau des entreprises. Et regardez, là, ce qui est en train de se produire, par exemple, il a annoncé 8 milliards de baisse des impôts productifs par Madame Borne. Mais en vérité, quand on regarde à qui ça va profiter très très massivement, ça va profiter aux firmes.
Le crédit un peu compétitivité d'emploi, il a avant tout profité aux firmes.
Mais sur vos propositions, François Ruffin, vous l'entendez Catherine, elle dit le SMIC à 1500 euros, pas possible ?
Je l'entends pleinement. Maintenant, on ne peut pas avoir... Et vous discutez évidemment avec les entreprises de votre circonscription ? Oui, bien sûr. Mais on ne peut pas avoir un SMIC pour les petites entreprises et un SMIC pour les grosses entreprises. On est une seule et même nation et les travailleurs de tout le pays doivent pouvoir avancer au même rythme, quelle que soit l'entreprise dans laquelle il se trouve.
Donc il y a la nécessité qui est une péréquation, ça veut dire qu'aujourd'hui, très clairement, quand le taux de marge, je le répète, vous irez vérifier, mais le taux de marge n'a jamais été aussi important pour les entreprises en général, mais à l'intérieur de ça, avec une très grosse disproportion, avec les très grosses entreprises qui aujourd'hui... Regardez. D'où la difficulté des mesures générales. Non, non, non, non. Au contraire. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut qu'il y ait une meilleure répartition à l'intérieur. Les entreprises du CAC 40, et là je précise bien que ce sont les entreprises de CAC 40, elles ont fait 160 milliards de profits cette année.
C'est plus 60% que par rapport au précédent record. Une seconde. Une seconde parce que c'est gros comme une vache au milieu du couloir et c'est ce qu'on ne veut pas voir ça. Je redis, plus 60% par rapport au précédent record de 2007. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en sport, quand on bat son record normalement, on le bat soit en hauteur de 1 cm, on le bat à la course à pied de 1 cm de seconde. Là, les entreprises de CAC 40 font plus 60% par rapport au précédent record et ça ne fait même pas l'objet d'un débat. Il n'y a pas de discussion là-dessus. Je le redis, total 5 milliards d'euros de bénéfices sur les 3 premiers mois de l'année. Il n'y a pas de débat.
Les profiteurs de guerre, pas de débat. J'entends ce que dit Madame, mais maintenant il y a la nécessité que les gros payent gros dans ce pays.
Il nous reste 30 secondes François Ruffin, je vous transmets la question de Philippe qui nous appelle de Dordogne. Est-ce que l'opposition systématique et la critique automatique ne favorisent pas le départ de certains de la politique ? Ne faudrait-il pas être un peu plus dans le compromis ?
Le compromis, je l'ai dit, moi je n'ai cessé de faire des compromis. Maintenant, si Madame Borne a un compromis à proposer sur l'indexation des salaires sur l'inflation, ça paraît comme une mesure de bon sens. Quand l'inflation augmente de 5%, les salaires augmentent de 5% pour ne pas qu'il y ait de perte de pouvoir d'achat pour les salariés. Si jamais Madame Borne vient et me dit on est d'accord mais jusqu'à des salaires de 2000 euros ou jusqu'au revenu médian qui est aujourd'hui 1700 euros ou jusqu'au salaire moyen qui est de 2300 euros, compromis tous les jours.
Merci à vous François Ruffin, député insoumis de la Somme, invité de France Inter ce matin. Excellente journée.
France Inter
François Ruffin