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interviewJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 9 juin 2024 12 minAutoproduit

La nouvelle France doit s'engager - Intervention de Jean-Luc Mélenchon

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Mesdames, Messieurs, chers camarades, chers concitoyens, vous tous qui m'écoutez à cet instant, vous avez compris comme moi, après les résultats tels qu'ils sont annoncés et alors même qu'ils sont très incomplets, que la France est entrée dans un nouveau moment politique, au pire moment si j'ose dire, puisque dans toute l'Europe, les forces du nationalisme, du racisme, bref de l'extrême droite, ont marqué des points considérables dans cette élection.

Dès lors, le président de la République, qui vient de subir un revers absolu, puisque la liste aux élections européennes dont il était l'organisateur, le directeur de campagne, le fournisseur d'arguments, le choisisseur de candidats, a subi un terrible revers, un effondrement, puisque voici qu'il ne représente plus que 7% des inscrits, 14% des suffrages exprimés, dans un écart de voix considérable, avec le premier parti de cette élection, qu'est le Rassemblement national. La signification d'un tel événement n'est pas seulement politique, elle est culturelle, philosophique, morale. Ce ne sont pas des partis qui s'affrontent entre eux que vous avez sous les yeux.

C'est en définitive deux visions de la vie en société, peut-être même trois, mais en tout cas, des façons de voir qui sont, au fond, inconciliables. Est inconciliable la vision d'une France dont seraient éliminés ceux qui appartiennent à telle ou telle religion, ou qui ont telle ou telle couleur de peau, ou qui ne correspondent pas aux normes fixées par la bonne société.

Et cette France, la Nouvelle France, qui s'est constituée au cours des deux dernières générations, par le travail, par l'effort, par l'éducation, dont les parents émigraient des autres continents, mais aussi des autres provinces de France, se sont rassemblés dans ces grands ensembles urbains que l'on voit partout sur notre territoire. La Nouvelle France a subi ce soir, sans aucun doute, un très grand revers avec le résultat que vous avez vu. Mais dans cette circonstance, le président de la République, qui représente l'autorité la plus importante du fait des institutions de la Ve République, n'a nullement mis son propre mandat en jeu, ce qui eût été une logique de situation.

Puisqu'il demande au peuple de choisir quelle orientation il veut voir appliquer, il peut envisager que celle que lui a proposée est refusée par tout le monde. Mais ce n'est pas ce qu'il a fait. Il a choisi de dissoudre l'Assemblée, c'est-à-dire de renvoyer chez eux les seuls qui avaient une légitimité jusqu'à cette heure, plus grande que la sienne. Mais il faut bien admettre qu'il a eu raison de dissoudre. Pourquoi ? Parce qu'il n'a plus aucune légitimité pour continuer la politique qui est la sienne. Il n'a plus aucune légitimité pour continuer le système de la maltraitance sociale généralisée à laquelle il se livre.

Au nom de quoi, après avoir infligé deux ans de travail de plus aux salariés de ce pays, sans aucun vote des Assemblées, pourrait-il, de surcroît maintenant à nouveau, décider de réduire les allocations chauvins, etc. Au nom de quoi aurait-il le droit de continuer à une inactivité dans le domaine de la lutte contre le changement climatique, qui lui a valu déjà d'être condamné par la justice à plusieurs reprises ? Et surtout, au nom de quoi aurait-il le droit de nous agranger davantage dans une direction dans laquelle le peuple français, j'en suis certain, ne veut pas aller plus avant, c'est-à-dire la voie de la guerre ?

C'est-à-dire approfondir la présence militaire en Ukraine dans une logique d'agressivité contre la Russie, qui a été reçue comme telle par celle-ci. Exposer davantage les 2 000 militaires français qui sont exposés sur le front de l'Est. Voici pour l'Ukraine et la Russie et la menace de guerre sur notre continent. Mais quelle légitimité avait-il, a-t-il encore, pour abandonner davantage le Liban aux agressions dont il fait l'objet ? Quelle légitimité a-t-il pour continuer à refuser au peuple palestinien les moyens du droit de survivre au moment où il subit un génocide et que la France reste inactive ?

Ce qui est une honte, c'est à nous, maintenant, de rappeler que quoi qu'il arrive, et quel qu'en soit le résultat, il n'existe à notre disposition aucun autre moyen sérieux et immédiat de tout changer que d'utiliser les bulletins de vote. Et puisqu'il y a une élection de réaffirmer très haut et très fort que quand on est insoumis et insoumise, on ne craint pas le peuple. C'est le contraire. On a confiance en lui. Évidemment, je ne peux manquer de souligner la responsabilité désastreuse de tous ceux qui nous ont refusé la possibilité d'entrer dans cette bataille unie en sorte que nous ayons pu disputer au Rassemblement national. La tête du résultat. Ceci a eu lieu, mesdames et messieurs.

Ceci s'est passé sous vos yeux, mesdames et messieurs. Et par conséquent, je suis dans l'obligation de vous redire qu'aucun danger ne justifie qu'on renonce à essayer de le surmonter. Je veux dire que les élections ne sont pas seulement des compétitions, ce sont des objectifs d'une nature qui dépasse les individus et les partis. Quelle France voulons-nous ? C'est cela la question qui est posée. La nouvelle France doit se dresser. Et si elle ne le fait pas, alors elle aura le sort qu'elle mérite. Car les peuples ont les dirigeants qu'ils méritent. Dès lors qu'ils ont la possibilité de les choisir et qu'ils les choisissent n'importe comment.

Nous avons gagné le premier tour de l'élection législative de 2022. Nous pouvons le gagner de nouveau. Capables de comprendre que la France n'attend pas des embrouilles, des parlottes, des bavardages, des systèmes de combinaison et des alliances qu'ont trahi à la première occasion, comme nous venons de le voir.

Notre peuple tout entier, et toi la jeunesse du pays, qui bien sûr cette fois-ci a déjà fait un effort, en entrant dans la lutte, en allant poser tes bulletins de vote, et comme vous le verrez tout à l'heure, quand on aura les résultats complets, vous autres, le peuple des villes, des banlieues, vous autres, le peuple de ceux qui dépendent absolument de leur travail, des réseaux du collectif pour vivre et survivre, il vous faut maintenant vous emparer du problème qui vous est posé. Appropriez-vous la France, faites-en votre patrie. Je redis quelle est notre vision de la nation et du peuple. Le peuple n'existe que quand il réalise son unité pour agir.

Et cette unité pour agir n'est possible que dans la défense des intérêts qui le constituent comme tels, des choses simples que nous demandons à l'existence. Non pas les grands projets fumeux, le droit de se nourrir correctement, d'être soigné quand on est malade, d'avoir ses enfants éduqués, d'être logé décemment, de pouvoir vivre une vie décente, c'est-à-dire une vie dans laquelle la culture est possible pour tout le monde et la joie de vivre à la portée de chacun. Voilà, mesdames et messieurs, comment le peuple peut réaliser son unité, c'est en partant des revendications qui le rassemblent. L'unité sur ses revendications et son programme constitue le peuple.

Et lorsque le peuple s'empare de son propre avenir ensemble, alors il constitue la nation. Le peuple, la nation et le programme sont trois éléments indissolubles. C'est pourquoi nous allons marcher fièrement, une fois de plus, en disant ce qui compte pour nous. La première des choses, c'est que nous n'acceptons pas l'institutionnalisation progressive, infernale qui s'est effectuée, notamment depuis les sept derniers mois. Du racisme comme un ordre ordinaire des choses, une manière de combattre un racisme, l'antisémitisme, qui en réalité est apparu maintes fois, comme une manière d'en promouvoir un autre. Le racisme islamophobe, anti-arabe, anti-je ne sais quoi, qui pourrit la vie de ce pays.

L'unité du peuple français se constitue d'abord dans le refus du racisme et deuxièmement, dans la lutte contre toutes les discriminations sociales, de genre, et ainsi de suite. Et enfin, par la prise en compte jusqu'au bout de l'intérêt général humain, nous ne pouvons pas faire continuellement comme si la planète n'avait pas d'ores et déjà petit feu. Voici tout ce que vous savez déjà. Dans quelques heures, vous verrez après qu'on ait dépouillé les votes des grandes villes, vous verrez quelle force nous sommes capables de rassembler. Et cette force, elle ne m'appartient pas, elle n'appartient à aucun d'entre nous, à aucune d'entre nous.

Elle appartient à la patrie commune que constituent les êtres humains quand ils font peuple sur leur intérêt général. Vive la France, vive la République !

12:09
Locuteur

bienvenue. Bienvenue. Merci, je vous remercie.