Chômage, inflation : vous n'avez encore rien vu... - C dans l’air - 13.05.2026
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 20 %Défensif 70 %
Questions et réponses
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- 3:37OuverteRéponse directe
Le chômage à 8 %, le plus haut depuis 5 ans. Comment l'expliquer ?
- 4:21RelanceRéponse directe
Le chômage remonte depuis 5 trimestres. Est-ce lié à la crise au Moyen-Orient ?
- 5:04OuverteRéponse directe
Le chômage touche particulièrement les jeunes. Pourquoi ?
- 5:46OuverteRéponse directe
L'inflation à 2,2 % est-elle préoccupante ?
- 6:28OuverteRéponse directe
Pourquoi les entreprises ne repartent-elles pas ?
- 7:12OuverteRéponse directe
Les Français ont-ils épuisé leur épargne ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:42C.RouxChiffre
« Le chômage au plus haut à 8 % depuis 5 ans, l'inflation à 2,2 % et la baisse de 30 % de la consommation de carburant depuis le début du mois. »
- 10:08Premier ministreFait
« L'État n'a ni recette miracle ni cagnotte fiscale. »
- 36:22P.PouyannéFait
« Si le gouvernement décide de taxer les raffineries, la politique de plafonnement, c'est lui qui devra l'appliquer lui-même au français. »
- 38:28M.PlaneFait
« Total réalise très peu de bénéfices, voire pas du tout, sur le sol français. »
Temps de parole
- ?100 %
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Gillette Venus pour le maillot. ... - C.Roux: Bonsoir. Bienvenue dans "C dans l'air". Ce sont des chiffres qui sonnent comme autant d'alertes sur l'économie française: le chômage au plus haut à 8 % depuis 5 ans, l'inflation à 2,2 % et la baisse de 30 % de la consommation de carburant depuis le début du mois. Les acteurs économiques retiennent leur souffle et espèrent encore un déblocage du détroit d'Ormuz, qui permettrait d'éviter une récession, mais le choc est déjà là pour les Français, avec des prix du carburant installés à la hausse et le prix du sans-plomb qui rattrape celui du gazole. Le gouvernement joue la montre, annonce un changement d'échelle dans les aides, sans doute pour le début de la semaine prochaine, mais la facture de la guerre est déjà là: 6 milliards d'euros. Le Premier ministre, qui avait prévu de faire face en puisant dans le surplus fiscal, va devoir sans doute trouver une autre option. Cet après-midi, une autre alerte est venue de l'Agence internationale de l'énergie, qui s'alarme de voir les stocks mondiaux de pétrole s'épuiser à un rythme record. Chômage, inflation: vous n'avez encore rien vu. C'est le titre de cette émission.
Avec nous, P.Dessertine, économiste, professeur à l'université IAE Paris-Panthéon Sorbonne. Votre dernier livre est publié chez Robert Laffont. Avec nous, M.Plane, économiste et directeur adjoint du département analyse et prévisions à l'OFCE. Avec nous ce soir, J.-P.Chapel, éditorialiste économique à France Télévisions. Enfin, S.Villers, économiste et spécialiste des questions de finances, conseillère économique de PwC France. Bonsoir à tous. Merci de participer à ce "C dans l'air" en direct. Notre situation économique est liée à ce qui se passe dans le détroit d'Ormuz. On s'interroge tous pour savoir si ça va durer.
D.Trump était interrogé avant de se rendre pour une visite d'Etat de 3 jours en Chine. Voyez ce qu'il a expliqué. - D.Trump: Je ne pense pas à la situation financière des Américains. Je ne pense à personne. Voilà mon seul objectif. Nous ne pouvons pas laisser l'Iran avoir l'arme nucléaire. C'est tout. - C.Roux: S'il ne pense pas à la situation financière des Etats-Unis et du reste du monde, on a un petit problème. - P.Dessertine: C'est pas Donald mais Pinocchio. Il a le nez qui s'allonge. En Chine, on va lui parler beaucoup de la situation économique. Les Chinois sont très préoccupés. Ils subissent les conséquences. Vous évoquiez le coût en finances publiques, mais le coût économique est beaucoup plus large.
C'est presque le triple en ce moment pour la France. C'est pareil pour l'Asie. Les 6 milliards, c'est uniquement les finances publiques. Quand vous regardez le coût réel pour la France, on est déjà à 15-20 milliards, c'est uniquement les finances publiques. C'est difficile à estimer. Ce qu'on évoque sur le ralentissement économique, c'est très concret. En Chine, la question de l'uranium iranien, c'est un problème, mais la récession mondiale, c'est un vrai gros problème. Ca va être le coeur des discussions entre D.Trump et Xi Jinping. - C.Roux: On va commenter ces premiers chiffres sur la situation française.
Commençons par le chômage. 8 %, le plus haut niveau depuis les 5 dernières années. En même temps, D.Amiel, le ministre des Comptes publics, dit que le taux d'emploi est au plus haut depuis 50 ans. M.Plane, un chômage à plus 8, ça faisait 5 ans qu'on ne l'avait pas vu. - M.Plane: Oui, et surtout, on est vraiment dans l'inversion de la courbe du chômage et dans le mauvais sens. 2015, c'était l'inversion dans l'autre sens, c'est-à-dire la baisse du chômage entamée. On est descendus quasiment à 7. Mais ce n'est pas une erreur.
Statistiquement, ça fait 5 trimestres que le chômage remonte en France. Le chiffre, c'est celui du premier trimestre. Les événements qui ont commencé dans le détroit d'Ormuz, c'était en mars. Ils se sont amplifiés en avril-mai. Mais ce n'est pas dans les statistiques. Les mauvais chiffres qu'on a déjà eus au premier trimestre sur la croissance ou le chômage sont très peu liés à l'impact dans le détroit d'Ormuz. Le plus dur est devant nous, et c'est inquiétant. La France est déjà avec une croissance plate. Le chômage va continuer à augmenter. Il y a un risque de récession qu'on peut pas éviter. - C.Roux: Le risque de chômage touche particulièrement les jeunes. - M.Plane: Ils sont toujours plus exposés à la question du chômage. Ils sont dans des emplois souvent plus précaires,
des contrats courts. Les boîtes, quand il y a de l'incertitude, les 1res choses qu'elles font, c'est de ne pas renouveler les intérims, les CDD où les jeunes sont les plus représentés. - C.Roux: On parle des voyants qui repassent au rouge, le chômage. Mais on peut aussi reparler de l'inflation. - J.-P.Chapel: Plus de 2 % sur les 12 derniers mois, 2,2 précisément. Quand on a connu, dans les années 2022-2023, des taux d'inflation qui dépassaient les 6 %... On se dit que ce n'est pas aussi grave, mais c'est oublier quelque chose: entre-temps, les prix n'ont pas baissé. Ils ont arrêté d'augmenter autant, mais on n'a pas retrouvé le niveau des prix d'avant le covid, d'avant
la crise ukrainienne. Donc cette hausse de 2,2 % s'ajoute aux 6 % qui nous ont traumatisés. - C.Roux: Les voyants qui passent au rouge, on peut aussi parler des défaillances d'entreprises. Je cite la BCE qui dit ceci. - S.Villers: On voit que les défaillances d'entreprise se poursuivent, avec des taux record de mois en mois. Ca explique une augmentation du taux de chômage. Quand les entreprises font faillite, les salariés se retrouvent sans emploi.
Il n'y a pas tellement de perspectives réjouissantes pour les entreprises. En ce début d'année, les entreprises se disaient que l'inflation était derrière elles, que les consommateurs allaient revenir, dépenser davantage parce qu'ils ont mis de côté. Les entreprises s'attendaient à un certain rebond de la consommation, qui est leur chiffre d'affaires. Aujourd'hui, elles voient que cette consommation ne repart pas. C'est difficile de se projeter. Donc le climat des affaires s'effondre, les entreprises arrêtent d'investir et ça se traduit par moins d'embauches et plus de chômage.
- C.Roux: On a passé la phase d'attentisme? - S.Villers: Là, on est dans une réelle situation de crainte. On ne connaît pas encore le comportement que vont avoir les Français face à l'accumulation de crises. En réalité, ce n'est pas la 1re crise. En moins de 6 ans, on est en train de vivre la 3e, crise covid, la guerre en Ukraine et la guerre du Golfe. Comment les Français peuvent se comporter face à autant d'incertitudes et autant d'inquiétude? La 1re phase, ils l'ont mise de côté.
Vont-ils continuer à le faire sachant que l'épargne avait été constituée par l'Etat, qui a apporté des aides? Là, on sait que c'est fini. - C.Roux: On va en parler. Il y a des aides annoncées de la part du gouvernement en début de semaine prochaine. En tout cas, les économistes hésitent face à un tableau d'économie qui passe au rouge. Retour du chômage, défaillance d'entreprises, baisse de la consommation du carburant de 30 %... Les regards sont tournés vers le détroit d'Ormuz.
Pas facile de retrouver la confiance pour les acteurs économiques. - Depuis le début de la guerre en Iran, l'économie française, déjà au ralenti, est mise à l'épreuve. Ce matin, les chiffres ne sont pas bons. - La promesse du plein-emploi s'éloigne encore un peu plus. - La flambée des prix à la pompe est telle que la consommation de carburant est en chute libre. - La croissance est très molle en France. - Pour la 1re fois depuis 5 ans, le chômage est à son plus haut niveau, atteignant 8,1 % au premier trimestre 2026. Le ministre du Travail ne peut que reconnaître un contexte difficile. *-J.-P.Farandou: On s'attendait à ce que le taux de chômage baisse
un peu, dans un contexte difficile. On peut même considérer que l'économie française est assez résiliente quand on voit la hausse des carburants, tout ce qui se passe. Les conséquences économiques sont liées à la guerre en Iran et au blocage du détroit d'Ormuz. - Face à l'envolée des prix à la pompe, les Français changent leurs habitudes. Sur les 10 premiers jours de mai, la consommation de carburant chute de 30 %. C'est 300 millions d'euros en moins pour l'Etat qu'en 2025, annonce le Premier ministre sur X, qui affirme que l'Etat n'a ni recette miracle
ni cagnotte fiscale. ... Au mois d'avril, l'inflation a déjà augmenté de 2,2 %. Le ralentissement économique s'installe et le gouverneur de la Banque de France quitte son poste sur une note morose. - Au fond, l'économie française, si vous me permettez l'expression, c'est un cocktail avec 2 composantes qu'on a un peu de mal à pondérer entre eux. Il y a de la résilience dans l'industrie notamment, mais aussi un ralentissement lié à cette crise au Moyen-Orient et à l'augmentation des prix de l'énergie. Plus le conflit dure, plus il a des effets économiques négatifs. - La guerre dure déjà depuis 2 mois et demi. Le détroit d'Ormuz est toujours fermé. Les autorités économiques s'accordent pour l'instant sur la résilience de l'économie française,
mais pour combien de temps encore? - Si la guerre se prolonge au-delà de plusieurs semaines et que les prix du baril flambent au-delà de 150 dollars le baril et qu'on voit qu'il y a une inflation qui reprend beaucoup, on va se trouver dans une situation analogue au choc pétrolier de 73. Il faudra prendre ça au sérieux, regardez ce qu'on peut faire, se coordonner avec les autres pays européens. - Les annonces de fermeture des boutiques Bouchara, spécialiste dans le linge de maison, et du chausseur Minelli ce matin, laissant plus de 500 000 salariés sans emploi... - On a été très soutenus par les clients qui nous ont pris dans leurs bras. - A moins d'un an de l'élection présidentielle, 91 % des Français se disent pessimistes quant à la situation économique du pays, selon un sondage. 88 % s'inquiètent de l'avenir de l'économie mondiale. - C.Roux: Question. La situation de Minelli a été très bien racontée dans ce reportage. On voit que l'impact est sévère.
- P.Dessertine: Et il y en a d'autres. On est à plus de 70 000 faillites en statistiques glissantes, ce qui est énorme. Dedans, vous avez beaucoup de toutes petites entreprises. On en créait d'autres. Mais là, on parle d'entreprises de taille moyenne. Vous en citez des connues par le grand public. Il y a une reprise très partielle de Bouchara. Minelli a annoncé sa fermeture. ACI Group, un gros groupe lyonnais, ferme aussi. Brandt... On a de grosses structures comme ça. Dans le tissu économique français, ça a toujours été considéré comme sa faiblesse. - C.Roux: Ce n'est pas l'impact de la crise économique en Iran, si? - P.Dessertine: On avait une fragilité de l'économie française qu'on voyait se dessiner de plus en plus. L'augmentation du chômage, M.Plane disait... Ce n'est pas encore la crise d'Ormuz. Mais ça n'améliore pas les choses. Le terme que vous avez utilisé est très bon. La confiance disparaît. Celle de tout le monde, celle du consommateur, donc il ne consomme plus. En France, c'est un gros moteur. Mais il y a aussi les investisseurs, qui ne le sentent pas.
- C.Roux: Et l'Etat, dans tout ça? On évoquait ce chiffre, baisse de la consommation de carburant de 30 % depuis le début du mois de mai. C'est autant de recettes fiscales qui ne rentrent pas dans les caisses de l'Etat. On parlait de cagnotte fiscale pour l'Etat, mais on en est très loin, d'autant que le Premier ministre avait dit qu'on allait utiliser ces recettes fiscales s'il y en a pour les flécher vers les aides aux Français. Là, il va falloir malgré tout aider les plus défavorisés, les gros rouleurs, les entreprises les plus heurtées. Comment va faire le gouvernement? On est dans une espèce de corner? - M.Plane: C'est un dilemme terrible.
On voit que c'est lié à notre situation budgétaire. On a beaucoup aidé, aussi. On était certainement le pays européen qui a fait le plus lors de la crise énergétique, avec la guerre en Ukraine, avec le bouclier tarifaire. Là, le problème, c'est que le gouvernement joue la montre pour le moment. On espère qu'il y aura une issue au conflit. Les US ont un problème avec l'inflation. Le pouvoir d'achat... Il espère que les choses vont se régler sur le plan géopolitique et qu'il n'aura pas à intervenir. Mais il n'a tiré quasiment aucune cartouche budgétaire par rapport aux autres pays.
L'Espagne a mis 5 milliards. On est passés du pays qui a le plus aidé au moment de la guerre en Ukraine au pays qui aide le moins. Pour revenir à Minelli, on voit qu'aujourd'hui, on n'a plus d'amortisseurs, de pare-feu au choc. L'Etat était un amortisseur. Les entreprises, les ménages sont en première ligne. On le voit avec les prix à la pompe, les baisses de marge, les ménages qui ne consomment plus. La question, c'est jusqu'à quand le gouvernement va pouvoir tenir
dans ces conditions, sachant que les statistiques qui arrivent ne sont vraiment pas bonnes? - C.Roux: Lesquelles? Toutes celles dont on a parlé? - M.Plane: La croissance a été plus faible que prévu au premier trimestre, les défaillances d'entreprises sont à un niveau très élevé... On a un objectif de déficit à 5 % du PIB. Si vous alignez tout ça, la situation est inquiétante. Une fois de plus, vous avez des scénarios noirs sur la table, sur les questions énergétiques, qui ne sont pas ceux qui ont été établis par la plupart des prévisionnistes. Ce sont des scénarios où on pense qu'il va y avoir un choc mais temporaire. Si le choc est durable, la question de comment la France va pouvoir intervenir va se poser. - C.Roux: Si le baril est au-delà de 150 dollars?
- M.Plane: Les scénarios sur la table, la plupart, c'est qu'on a un choc, qu'on trouve une solution au conflit et que les prix du baril rebaissent. Dans le scénario de l'escalade, le prix du baril reste au-delà de 150 pendant plusieurs années. - J.-P.Chapel: Voire 250. Ce n'est pas exclu. - M.Plane: Là, c'est un choc pétrolier massif et l'économie française va plonger de façon violente. Quelles sont les manières d'intervention des Etats, sachant que les caisses sont plutôt assez vides? - C.Roux: On fera ce qu'on a toujours fait quand on a une crise qui vient de l'extérieur.
On dira à Bruxelles, à nos créanciers, que cette crise, il faut l'absorber, qu'on est dans la zone euro, qu'on ne peut pas laisser la France aller au tapis et qu'on va différer les efforts. - M.Plane: Oui, ou on va accepter un choc assez sévère. L'arbitrage sera difficile. La seule bonne nouvelle là-dedans, c'est que les Etats-Unis sont aussi embourbés dans une question économique, et il y a des questions électorales. Il y a un intérêt économique mondial à une sortie du conflit. - C.Roux: C'est intéressant. Au fond, il n'y a plus d'amortisseur. - J.-P.Chapel: On a vécu de nombreuses années avec le "quoi qu'il en coûte", qui garantissait que quel que soit le choc, l'Etat était là
pour compenser, que ce soit le chômage partiel, l'énergie qui coûte plus cher, des aides en veux-tu en voilà... Ca s'est compté par dizaines de milliards d'euros. Aujourd'hui, les aides spécifiques dont parle le gouvernement... D'ailleurs, sans les dépenser vraiment. Les aides aux gros rouleurs, il n'y a pas un centime qui a été donné. Ce sera le mois prochain. On parle de quelque chose autour de 300 millions, voire 500 millions d'euros. Ce n'est pas le même niveau... Effectivement, le Premier ministre disait que s'il y avait des surplus, on pourrait payer ça, mais ça n'a
rien à voir avec ce qui a été fait précédemment. On parlait de la hausse des prix, 2,2 %. Mais une hausse des prix sans compensation, c'est du pouvoir d'achat en moins. Jusqu'à présent, la France a maintenu en quelque sorte le pouvoir d'achat des salariés, grâce notamment à toutes ces mesures, mais de manière poussive. Là, le risque, c'est que ce pouvoir d'achat soit réellement atteint. - C.Roux: Quand vous disiez qu'il y avait des scénarios envisagés à 250 dollars le baril, ça donne quoi, à la pompe? - J.-P.Chapel: Les spécialistes pourront dire que c'est vraiment un autre monde.
- C.Roux: C'est le litre à 4 euros? - J.-P.Chapel: Par exemple. Ce qui va se passer, c'est qu'il va être rare et qu'il n'y en aura pas pour tout le monde. On a dit qu'il n'y avait pas de pénurie pour l'instant, mais... 20 % du pétrole est bloqué. On a réussi, en utilisant les stocks et en contournant le détroit d'Ormuz, à réduire ce manque à 10 %. Mais on puise dans les stocks. Si, en juin, ce n'est pas terminé, on bascule dans autre chose. Ces 10 % vont cruellement manquer.
- C.Roux: Il y a une échéance connue, partagée par les experts que vous êtes? Depuis le début de la crise, on dit "si ça dure quelques semaines, ce sera compliqué". De jour en jour, on est à près de 75 jours de guerre... Jusqu'à quand? - J.-P.Chapel: Juin. - S.Villers: C'est ce qu'on dit. Après, on voit les effets. La machine à effet toxique est lancée. On le voit à travers le chômage et l'inflation. L'inflation, on en est qu'au début. Elle est stimulée par la hausse des prix de l'énergie. Mais après, les entreprises vont payer leur énergie plus cher, leurs coûts de production vont être répercutés. - C.Roux: Ils ont commencé à le faire?
- S.Villers: Ils commencent à le faire. Même si les marges de négociation ne sont pas celles de 2023, car, à l'époque, l'inflation était à zéro depuis des décennies... Les entreprises s'étaient dit qu'elles pouvaient faire passer des hausses de prix. Mais quand les coûts de production augmentent, il faut que l'entreprise répercute cette hausse pour qu'elle soit viable. On en est qu'au début, de l'inflation. Il n'y a pas d'étonnement à avoir. Après, on sait aussi qu'en France, on a fait énormément de packages
pour soutenir les ménages et les entreprises. On a réussi à avoir une croissance atone. On n'est pas rentrés en récession. On était avec une croissance aux alentours de 1 %. On ne peut pas dire que la dépense publique est efficace. - C.Roux: Ca a peut-être évité le pire. Ca a peut-être évité la récession. - S.Villers: On est dans une situation financière des comptes publics dévastatrice. On a 115 % de dette publique. On est le seul pays de la zone euro à avoir un déficit de 5 %, les autres ont réussi à faire 3 % voire moins.
Il ne faut pas considérer que la solution, c'est de dire: "Les autres réussissent à faire de la dépense publique pour soutenir les ménages..." On a déjà testé et ça ne fonctionne pas. Ca évite le pire, ça amortit, mais pour autant... - C.Roux: La question, c'est la pression politique. Pour l'instant, les Français ont compris que cette crise vient de l'extérieur et que c'est un choc qui nous est imposé. Mais jusqu'à quel moment le gouvernement arrive à contenir une forme de colère ou des secteurs d'activité trop impactés et susceptibles d'aller au tapis? Les taxis, les pêcheurs, les agriculteurs... - P.Dessertine: On est encore avec de la politique à l'ancienne dans une période presque normale.
Ce vers quoi on s'achemine... Tout le monde, le FMI, l'OFCE avaient fait 3 scénarios. Le pas trop mauvais, le mauvais et l'épouvantable. Maintenant, on sait que le pas trop mauvais est derrière nous. On se disait que ça allait durer quelques jours, qu'il y aurait des conséquences. Il y a eu des destructions du point de vue de la production pétrolière. Il faudra des mois pour remettre la machine en route. Il y aura des conséquences et on va les lisser. Maintenant, on est derrière. On est dans le scénario du milieu. On aura des conséquences beaucoup plus longues. En France, le problème, c'est qu'on a un budget épouvantable. On a une politique complètement bloquée. Un budget à 5 %... Notre budget, c'est n'importe quoi.
On n'a aucune décision. Là, la classe politique est en train de regarder qui va aller aux présidentielles. - C.Roux: Ca, c'est normal, P.Dessertine. - P.Dessertine: Non! Les présidentielles, c'est en mai 2027. - C.Roux: Il n'y a pas de majorité pour voter un budget. - P.Dessertine: En ce moment, on se demande comment on va faire une loi spéciale pour tenir jusqu'à... On est tombés sur la tête. Ce n'est pas qu'on comprend mais qu'on ne peut pas tenir. On a une pauvreté à 13,2 %. On a presque 10 millions de personnes pauvres. Les familles monoparentales...
Vous avez 34 % de gens pauvres. A la fin du mois, vous n'avez plus rien dans votre compte en banque. Vous commencez à voir des gens qui commencent à rogner sur les soins pour leurs enfants. - C.Roux: Le gouvernement dit qu'il n'a pas de marges de manoeuvre. - P.Dessertine: Vous n'avez pas le choix. Quand vous avez des gens qui commencent à dire: "Je ne soigne plus mes enfants", vous devez faire quelque chose. Il va falloir prendre les choses en main. On n'a pas le choix. Il faut dégager des marges pour aider les populations les plus pauvres. - C.Roux: Avant la présidentielle? - P.Dessertine: Oui. On ne peut pas dire:
"On est dans un scénario noir, mais il y a les élections." Il y a quoi, comme programmes, pour mai 2027, prévus du point de vue économique? Nada! - C.Roux: On est à un an. C'est normal. - P.Dessertine: Non! - C.Roux: Question. - M.Plane: Non. Chaque point supplémentaire de revalorisation des retraites, c'est plus de 3 milliards. Le coût budgétaire, c'est un peu plus de 3 milliards. Le supplément d'inflation qu'on a sur 2026 va devoir être revalorisé. Si vous indexez les retraites, les retraites seront plus indexées en 2027. - C.Roux: Ce sont les entreprises qui payent.
- M.Plane: Les salariés aussi. La prévision sur le pouvoir d'achat est la plus mauvaise depuis 2013. L'énergie est assez inégalitaire. C'est essentiellement les produits pétroliers qui augmentent. Ce n'est pas du tout la même chose. Quand vous avez un ménage urbain qui n'a pas de voiture ou quand vous êtes dans le périurbain, la facture énergétique n'est pas du tout la même. Dans les agglomérations, vous pouvez ne pas prendre votre voiture, ce qui est difficile quand vous habitez dans une zone rurale. Il y a un sentiment qui va être terrible pendant les présidentielles.
La question du pouvoir d'achat va être renforcée. Tout ça est inflammable. - C.Roux: Est-ce qu'il y a des secteurs que vous surveillez en particulier, les uns et les autres? Il y a un arrêt de la construction en France. Est-ce que ce sont des indicateurs qui annoncent le pire? On n'est pas là pour jouer les oiseaux de mauvais augure, mais... Ce sont des signaux que vous ajoutez à la liste des voyants qui passent au rouge? - P.Dessertine: Bien sûr.
On était déjà en crise. On voit que non seulement ça ne s'arrange pas, mais les défaillances sont très fortes dans ce secteur, alors qu'on pensait aller sur une relance. On retrouve un problème majeur du point de vue structurel: le problème du logement... Ce sont les personnes les plus fragiles qui sont touchées. Mais on peut aussi évoquer l'agriculture. C'est un secteur capital. On n'a pas encore la répercussion sur les prix de l'alimentaire. Ca commence, et ça va venir de façon de plus en plus forte. Après, on pourra évoquer un secteur très important pour l'économie française: le tourisme. Il se prépare à un été très compliqué. Le tourisme étranger, mais aussi le tourisme français. Quand on parle de baisse de pouvoir d'achat,
ça veut dire que les gens, avant de ne pas se soigner, ils ne vont pas en vacances. - C.Roux: On l'a vu avec la baisse de consommation de carburant. - J.-P.Chapel: Je suis d'accord avec ce qui vient d'être dit. L'agriculture, c'est la prochaine crise. On a parlé du pétrole, mais il y a aussi les engrais, massivement produits dans cette région, et qui manquent. Pour les récoltes de cette année, les prévisions les plus pessimistes, sur beaucoup de marchés agricoles... Qui dit récoltes très mauvaises cette année, dit des prix
très élevés dans les mois qui suivent. - C.Roux: Il y a d'autres secteurs? - S.Villers: Les transports. Ils ont été très impactés depuis la guerre en Ukraine. Par rapport à ces nouveaux enjeux, il faut apporter certainement une réponse à très court terme pour les entreprises les plus fragilisées. Il va falloir en tirer des enseignements et voir à plus long terme, c'est-à-dire arrêter notre dépendance envers les énergies fossiles. Il faudra combien de crises énergétiques
pour qu'on finisse par se dire qu'il faut trouver d'autres solutions, que celle des hydrocarbures pour pouvoir assurer nos transports? - C.Roux: Est-ce qu'on s'en sort plus mal que les autres? On met de côté la situation des finances publiques. On a compris qu'on n'a pas de marge budgétaire pour aider ceux qui en ont le plus besoin. Et par rapport à ce choc qui est déjà là, est-ce que la France s'en sort plus mal par rapport aux autres pays de la zone euro? Est-ce qu'il pourrait y avoir une réponse européenne à tout ça? - M.Plane: Le 1er trimestre, c'est à un mois du choc Ormuz. La croissance zéro, c'est l'un des plus mauvais chiffres de la zone euro.
Mais jusqu'à présent, la France a été plutôt résiliente. On a été même surpris, suite au bazar politique de la dissolution, car on aurait pu s'attendre à quelque chose de plus mauvais. On a cramé nos dernières cartouches. Le pouvoir d'achat est impacté. Les ménages n'ont pas envie d'aller tirer dans leur épargne. On ne voit pas trop les leviers de croissance. Là où ce sera difficile, c'est qu'au 2e trimestre, on va mettre beaucoup moins d'amortisseurs économiques par rapport à d'autres pays. - C.Roux: On n'a pas d'autre choix que de voir arriver la vague? Est-ce qu'on navigue à vue en attendant de voir
ce qui se passe à Ormuz? - J.-P.Chapel: Il faut investir dans les énergies renouvelables, dans la voiture électrique. Il faut accélérer la transformation. Déjà, mécaniquement. C'est la meilleure pub pour la voiture électrique, cette crise. - C.Roux: C'est le choix qu'a fait le gouvernement, d'accompagner cette transition. - J.-P.Chapel: Dans toute crise, il y a des opportunités. Le secteur de la transition écologique sera l'une des opportunités. - C.Roux: Est-ce qu'il peut y avoir une réponse européenne face à l'explosion des coûts de l'énergie? On a déjà connu cette configuration au moment de la crise en Ukraine.
On est soumis à cette crise, une crise extérieure. Peut-il y avoir une réponse de la zone euro, quelque chose de concerté? - S.Villers: Tous les pays européens subissent exactement le même choc. On dépend de nos importations en hydrocarbures. On voit bien qu'à l'échelle de la France, les résultats ne pourront pas être satisfaisants, déjà parce qu'on n'a pas assez de moyens pour investir. Au moment de la crise covid, il y a eu cet élan au niveau de l'Europe, où on a mis
un fonds en place de 750 milliards pour financer la transition écologique notamment. Mais les travers des pays européens, c'est que quand le prix du baril redescend, on oublie nos objectifs. On était lancés, on avait dit qu'on ne voulait plus dépendre des autres, on avait tiré les leçons de dépendre des pays tiers, notamment la Chine... Mais on voit qu'on avance très lentement, qu'il y a des résistances et que tous les pays européens n'avancent pas dans le même sens. L'Allemagne veut avoir comme moteur ses exportations ciblées hors UE. Elle nous freine dans notre ambition de marcher
tous à l'unisson. - C.Roux: Dans un contexte de hausse des prix des carburants, vous avez évoqué la proposition portée par la France insoumise, qui fait débat. Le parti de J.-L.Mélenchon défend la nationalisation de TotalEnergies. Le groupe a affiché des bénéfices record avec la crise au Moyen-Orient et propose dans ses stations un plafonnement des prix. - Déjà 2 mois et demi de guerre au Moyen-Orient et, en France, des prix à la pompe qui restent encore très élevés.
Pendant ce temps, à gauche, une nouvelle proposition émerge. - M.Bompard: Au vu des bénéfices gigantesques que réalise Total depuis plusieurs années, quasiment 5100 milliards d'euros versés aux actionnaires sur ces 10 dernières années, on pourrait se demander si on ne peut pas faire mieux. Il faut reprendre la main. - F.Roussel: Il faut reprendre la main. L'entreprise doit accompagner la France, nos entreprises et les ménages français et non pas se faire du beurre sur le pétrole et sur la guerre. - Total, ciblé pour ses superprofits et stimulée par la guerre au Moyen-Orient. Près de 5 milliards d'euros de bénéfices au premier trimestre, soit 51 % de plus par rapport à l'an dernier. - Quand certains se privent, d'autres engrangent, prospèrent tranquillement. Le mouvement des "gilets jaunes" est né dans une station-service.
Aujourd'hui, notre pays est au bord d'une nouvelle explosion sociale. Ne reproduisez pas les mêmes erreurs face à une crise qui percute de plein fouet des millions de ménages. - Réponse du Premier ministre, qui tente de jouer les équilibristes. - S.Lecornu: Je n'aime pas beaucoup dans le débat public le Total bashing. C'est une entreprise française qui emploie des Français. Elle marque aussi une part des intérêts stratégiques du pays. Pour autant, il y a eu un débat qu'il faut objectiver. S'il y a des résultats exceptionnels, ça pose la question d'une redistribution qui pourrait être, à dues proportions ou pas, exceptionnelle. C'est un débat politique assez noble.
- Quelques jours plus tard, S.Lecornu défend la multinationale et derrière lui, d'autres membres du gouvernement font bloc. - Le Total bashing est désagréable. C'est une grande entreprise française. - Total paye des impôts en France. C'est faux de dire l'inverse. - Mais P.Pouyanné se prépare et brandit une menace si une taxe sur les profits exceptionnels est instaurée. - P.Pouyanné: Si le gouvernement décide de taxer les raffineries, la politique de plafonnement, c'est lui qui devra l'appliquer lui-même au français. - La multinationale privée a bénéficié à ses débuts d'un soutien public.
1924, la Compagnie française des pétroles est lancée sous l'impulsion de l'Etat. 7 ans plus tard, il entre à hauteur d'un tiers du capital de la société. La compagnie devient l'un des géants mondiaux du secteur grâce à la découverte de gisements en Afrique notamment, comme dans le Sahara. - Dans un territoire 9 fois comme la France, c'est une surface représentant 1,5 fois celle de notre pays qui est prospectée. Le sous-sol a révélé l'existence de réserves dépassant
plusieurs milliards de tonnes. - En 1993, le gouvernement Balladur revend la plupart des actions de l'Etat. - Il s'agit avec Total de faire rentrer quelque 10 milliards de francs dans les caisses de l'Etat. - Aujourd'hui, la direction met en avant un chiffre: 19 milliards d'euros de taxes et d'impôts payés dans le monde l'an dernier en soutien à l'activité économique en France. - TotalEnergies est l'entreprise française la plus taxée au monde. Notre taux d'imposition de l'an dernier, c'est 40 %. TotalEnergies fait travailler 16 000 entreprises françaises.
C'est aussi ça, la contribution de TotalEnergies à la France. - Total paye aujourd'hui 177 milliards d'euros. Pour en devenir l'actionnaire majoritaire, l'Etat devrait donc débourser a minima 89 milliards d'euros. - C.Roux: Il y a un enjeu de souveraineté dans cette période. C'est un des arguments développés par LFI. - M.Plane: L'enjeu de souveraineté existe. Tant mieux si Total est français. C'est l'un des plus gros groupes pétroliers au monde, derrière les Américains. La question est moins sur la question stratégique
que sur la question de savoir comment on redistribue les profits, les superprofits ou la rente pétrolière. Total joue le jeu en bloquant ses prix. En voulant taxer les superprofits, il faut pas oublier que Total réalise très peu de bénéfices, voire pas du tout, sur le sol français. - C.Roux: Même si on taxait les superprofits, il n'y aurait pas de manne financière qui arriverait de la part de Total. - M.Plane: Il y a des accords avec les pays étrangers sur la fiscalité. Vous payez vos impôts là où vous réalisez vos profits. En France, les profits doivent être très faibles, voire pas du tout. La surtaxe sur les profits rapporterait rien ou peut-être un tout petit peu, mais moins que ce que rapporte le blocage des prix à la pompe. Je peux comprendre que les téléspectateurs
soient choqués par les superprofits de Total, qui reviennent aux actionnaires, mais la question est plutôt sur la fiscalité des dividendes versés. Dans d'autres pays, l'Etat a des participations importantes. En Norvège, c'est deux tiers du groupe norvégien. En Italie, le 1er groupe pétrolier, c'est un tiers de l'Etat. - C.Roux: Ca permettrait d'avoir la main sur les prix? - M.Plane: Je ne crois pas. C'est juste que vous pourriez récupérer une partie de cette rente. Les superprofits, c'est une rente. Les prix de l'énergie augmentent et vous récupérez ces prix élevés. Ca pourrait mettre un peu de beurre dans les épinards pour l'Etat. La question, c'est de savoir comment on finance ça. Devenir actionnaire majoritaire alors qu'on a privatisé, c'est très compliqué.
Pas sûr que ce soit une bonne idée. - C.Roux: Question. - J.-P.Chapel: Effectivement, c'est une bonne question. Je vois pas où on trouverait les 89 milliards d'euros pour prendre la majorité du capital. Il y a eu une participation de l'Etat à Total, mais ça a toujours été une entreprise privée. On a eu une entreprise publique, Elf Aquitaine, qui a ensuite été privatisée et rachetée par Total. C'est qu'elle ne devait pas être beaucoup mieux gérée que Total. Il n'y a aucune garantie que le TotalEnergies nationalisé soit mieux géré.
Le pétrole, c'est un marché mondial. Les prix qui nous font souffrir sont tradés de manière internationale. C'est pas à Paris qu'on a la main. - P.Dessertine: A l'époque, la compagnie française nationalisée, Elf, on pensait qu'elle allait prendre la tête quand on a rassemblé les deux. C'était à l'époque de L.Le Floch-Prigent. C'est Total qui a absorbé Elf. Elf ne s'en sortait pas, notamment à cause des scandales. Il y a eu la question des avions renifleurs. Ca ne changerait pas les prix en France, aujourd'hui. La logique de l'entreprise, et des entreprises européennes, c'est de dire qu'on doit aller vers le retrait des énergies fossiles. C'est ça, l'idée. L'idée de Total, de BP ou de Shell, à la différence des grandes entreprises américaines, qui sont toujours "drill, drill, drill"...
En Europe, on est beaucoup plus avec une partie d'exploitation et l'autre partie où on fait du commerce. On fait de la répartition. On achète et on revend des stocks. On essaie de tirer du profit là-dessus pour investir. La vraie question qui peut se poser sur la stratégie de Total, c'est les stratégies d'investissement et les stratégies, plus que les dividendes. Il faut rémunérer les actionnaires... Il y a des stratégies sur les rachats d'actions. L'Etat français serait très embêté s'il devait dire: "On fait beaucoup de trading. On va aller voir la Namibie pour ouvrir de nouveaux puits là-bas..." - C.Roux: Ce que fait TotalEnergies, en l'occurrence.
- P.Dessertine: Vous avez l'exemple de l'Inde. C'est un cas intéressant. Les grandes compagnies pétrolières sont majoritairement publiques là-bas. Elles permettent de gérer la problématique pétrolière. En ce moment, elles ont de vrais problèmes d'investissement. Ils ne sont pas du tout dans une logique de transition. Ils sont plutôt dans une utilisation à fond du fossile. - C.Roux: C'est un géant français. P.Pouyanné avait évoqué un transfert de la cotation principale de Paris vers New York. C'est aussi une menace pour la France. - S.Villers: Oui. Le travers de la France, c'est de critiquer ses fleurons alors qu'au contraire,
il faudrait plutôt se dire qu'au moins, on a su faire ça. Je ne pense pas que si on nationalise Total, ça nous donne plus de pétrole et plus de... - C.Roux: Plus de recettes fiscales. - S.Villers: Les recettes se font au moment de la production de pétrole, qui n'est pas sur le sol français. On n'a pas de pétrole! Je comprends qu'on nationalise les entreprises, comme la Norvège, qui ruisselle d'or noir... On comprend que l'Etat norvégien décide de profiter de cette rente, puisque ça lui revient. C'est sur son sol.
Nous, en France... Il y a aussi la Russie, l'Algérie, l'Arabie saoudite, qui ont des entreprises nationales pour l'exploitation de ce pétrole. Pour profiter de son rôle en tant qu'intermédiaire et ajuster son offre, notamment pour ajuster les prix... Comment voulez-vous qu'une entreprise, même nationalisée française, puisse jouer sur les prix si elle n'a pas la main sur la production? Mettre 70 à 90 milliards dans les énergies fossiles, sachant qu'il vaudrait peut-être mieux les mettre
dans l'énergie de demain, notamment le nucléaire... Dans les années 70, on a réussi à basculer notre production électrique vers le nucléaire. On s'en sort beaucoup mieux que les autres pays européens. - C.Roux: Question. - M.Plane: Ca revient vite, ce genre de questions. Il y avait aussi la taxe Zucman. On ne prend pas des mesures fiscales comme ça, au coup par coup. Ca pose plein de problèmes. La vraie question va être le débat budgétaire, qui va arriver très vite. On s'est engagés à réduire le déficit régulièrement. Il y a un surcoût budgétaire, la crise économique.
Est-ce qu'il y aura un compromis pour trouver des solutions pour réduire les déficits? Pas évident. On a la tentation de dire qu'on va taxer les très riches ou les multinationales... - C.Roux: A Bercy, c'est pas des magiciens. Il va falloir trouver une solution. On ne voit pas tellement comment ils vont pouvoir amortir le choc qui s'annonce. - M.Plane: Et surtout, il n'y a pas de consensus autour des solutions à trouver. Sur l'échiquier politique, c'est très différent. - C.Roux: J'ai demandé à P.Moscovici s'il pouvait y avoir une attaque sur la dette française. En Grande-Bretagne, envolée du coût de la dette.
Les investisseurs redoutent un nouveau moment L.Truss. Il y a une instabilité politique, avec le départ annoncé du Premier ministre K.Starmer. C'est des voyants qui passent au rouge? - P.Dessertine: Le risque qu'on a, c'est un risque après une crise financière. Un des vecteurs est sur la dette publique. La monnaie des Anglais est autonome, donc très vulnérable. Quand il y a une instabilité politique, ils ont des augmentations de taux. Nous, on a une dette euros, mais... On surveille au jour le jour. Aujourd'hui, on est au-dessus de 3,8. - C.Roux: A l'époque, on empruntait à taux négatifs. - P.Dessertine: C'était il y a pas si longtemps. On a les écarts avec les autres dettes souveraines qui sont en train d'augmenter, sauf celui avec la dette allemande, qui a très légèrement diminué. Le coût de la dette est de plus en plus élevé. C'est le 1er budget cette année. C'est pas le remboursement. C'est le paiement des intérêts. - C.Roux: Devant l'Education nationale. - P.Dessertine: Il faut trouver à peu près 150 milliards. Tout ce qu'on évoquait sur la fiscalité...
Vous n'êtes absolument pas dans ces montants. Vous allez griller des cartouches et vous retrouver avec encore pire l'année d'après, un trou qui ne va pas cesser de s'accroître. Il y a des mesures structurelles. Il faut un réveil du politique. Il n'y a pas le choix. - C.Roux: Dans le contexte de crise en Iran, les organisations financières redoutent les mouvements de panique sur les marchés. Un sujet est surveillé aux Etats-Unis: la situation des crédits privés, considérée comme une menace majeure.
- On va parler de dette privée, dont certains pensent que ce sera peut-être le signe noir sur les marchés. - Vous avez des indicateurs de plus en plus alarmants. - Vous en avez entendu parler sans trop savoir de quoi il s'agit. "C dans l'air" vous explique le crédit privé, souvent décrit comme une bombe à retardement pour notre système financier. Pour comprendre le crédit privé, il faut d'abord remonter à la crise financière de 2008. - Dans l'actualité, la tempête sur les marchés financiers. La célèbre banque d'affaires américaine
Lehman Brothers se déclare en faillite, victime de la crise des subprimes. - A l'époque, le monde entier découvre les failles du secteur bancaire. Les régulateurs mondiaux décident de serrer la vis. Les prêts que peuvent faire les banques aux entreprises sont beaucoup plus encadrés. Les entreprises se tournent alors vers le crédit privé. Elles empruntent alors à des fonds d'investissement, qui font fructifier l'argent d'investisseurs avec de belles promesses de rendement. Mais les investisseurs ne savent pas grand-chose de leurs placements. - Lorsqu'on investit dans du crédit privé, on considère que c'est un investissement qui n'est pas liquide. On n'a pas la valeur immédiate de son investissement
à l'instant T. On ne peut pas revendre son investissement à tout moment. L'investisseur n'a jamais accès directement à l'entreprise. Le fonds fait la mise en relation. Le fonds donne les informations à l'investisseur. - Revenons aux entreprises qui empruntent de l'argent aux fonds d'investissement. Beaucoup de ces entreprises sont dans l'IA. Les fonds d'investissement leur prêtent facilement car ils croient en la révolution numérique. Sauf que l'IA est un secteur plus fragile qu'il n'y paraît. - Toutes les entreprises d'IA évoluent dans le même domaine, ce qui veut dire qu'en cas de difficultés, il est difficile d'isoler un acteur sans que l'ensemble du secteur ne soit affecté. Il y a aussi la rapidité d'évolution du secteur.
Prenons le cas de l'informatique quantique, un domaine qui progresse à un rythme soutenu. Imaginons que ces entreprises spécialisées dans le quantique soient capables de fournir une puissance de calcul supérieure à celle apportée par les entreprises de l'IA. Ces dernières pourraient alors devenir obsolètes rapidement. - Les fonds d'investissement sont-ils donc allés un peu trop vite en misant sur l'IA? Certains en font déjà les frais. - Blue Owl connaît une demande d'augmentation de rachat...
- Ils sont sous pression. - Il y a un phénomène de panique irrationnelle, comme dans chaque crise. Vous avez eu des investisseurs qui ont souhaité récupérer leur argent. Il faut que le fonds soit en mesure de le fournir. L'argent n'est pas disponible immédiatement. Il est investi. Ca a mis en difficulté le fonds. - On pourrait se dire que tout ça se passe loin de chez nous, mais une crise du crédit privé pourrait avoir des conséquences en Europe. Un paramètre est scruté par les économistes: le fait que des acteurs traditionnels se tournent eux aussi, pour une partie de leurs activités, vers des crédits privés. - L'effet domino peut s'étendre du crédit privé au crédit en général. Si le crédit privé est en difficulté, les entreprises qui en dépendent et qui auront besoin
de nouveaux apports de crédit commenceront à faire faillite. A ce moment-là, la défiance touchera également le marché des actions. - Doit-on craindre un phénomène de contagion qui pourrait nous plonger dans une crise financière comme en 2008? Ces derniers temps, les établissements de crédit privé se démènent pour rassurer les investisseurs et éviter l'effet boule de neige qui pourrait transformer un problème isolé en une crise généralisée. - C.Roux: Merci. C'est vrai que le scénario de cette émission est un peu anxiogène. On termine par le scénario catastrophe: la contagion et la crise financière.
- P.Dessertine: La crise financière nous ramène à la dette publique et à Total. Au lieu de faire simplement "drill, drill, drill", tout ce que Total fait en trading, ça consomme de la liquidité. Tout le monde a peur d'une crise du cash. Le crédit privé a beaucoup investi... Total vaut 178 milliards, à peu près. OpenAI, en 4 ans, ChatGPT, 850 milliards de valeur. Beaucoup de personnes... On aura peut-être une Française à la tête. OpenAI a fait la plus grosse levée de fonds privés jamais réalisée, 122 milliards. Mais le problème des 2000 milliards de dette privée, c'est qu'ils sont beaucoup investis dans des logiciels. Le problème, c'est que l'IA est en train de montrer que les logiciels ont de gros problèmes. C'est en particulier Anthropic... Anthropic a sorti une IA, Mythos,
qui commence à éprouver le cyber-risque. Le cyber-risque peut entraîner des problèmes. Les téléspectateurs se demandent si ça les concerne. Oui. Le cyber-risque va avoir un effet sur nos dépenses publiques. - C.Roux: Et quel est le lien avec Ormuz? - S.Villers: Pour simplifier, la problématique centrale, c'est les perspectives de hausses futures des taux d'intérêt. C'est pas tant que les investisseurs des fonds de dette privée ont fait des mauvais investissements. C'est possible,
mais il y a quand même des vraies analystes qui étudient les boîtes auxquelles ils prêtent de l'argent. Dans un contexte où les taux d'intérêt Restent stables, ils pourrait réemprunter pour poursuivre leurs recherches. Mais avec des taux d'intérêts qui deviennent de plus en plus élevés, on ne prête plus. Ils ne trouvent plus d'argent frais pour nourrir leurs recherches. - C.Roux: On est face aux nouveaux subprimes? - M.Plane: Ce qui est intéressant aussi... On vit sur un volcan de dettes. C'est la grande nouveauté. On a une question sur les dettes publiques et leur refinancement, mais on a aussi des questions de dettes privées. Ces investissements colossaux dans l'IA sont soutenus par un endettement très élevé. Donc il y a du risque en face. On ne connaît pas encore le business model
et la rentabilité. Ca peut se retourner assez vite. On parle d'une bulle dans l'IA ou pas... Ca peut arriver. Avec le retour de l'inflation, la montée des taux, ça peut être assez... - C.Roux: Tout ça viendra des Etats-Unis. - M.Plane: C'est là où il y a le plus de placements. - C.Roux: Revenons à vos questions. Question. - P.Dessertine: Non, c'est pas normal. On est bien dans le basculement. La classe moyenne fragile bascule dans la pauvreté. C'est ça que ça veut dire. La pauvreté, c'est le fait que vous n'avez plus d'argent et que vous commencez à rogner sur les dépenses de santé.
C'est l'élément primordial. Les vacances, les loisirs ou la manière pour les jeunes, pour les enfants, notamment dans les familles monoparentales, d'être occupé le mercredi, et puis la santé. - C.Roux: Question. - M.Plane: D'abord, on n'a pas encore la récession. Les chiffres du chômage augmentent avant la récession. Ils augmentent depuis fin 2024. L'économie française a détruit 100 000 emplois en net en un peu plus d'un an. Post-covid, on a créé autour de 1,5 million net d'emplois. On est face à un retournement du marché du travail
qui va se poursuivre. Perspective de croissance faible, coûts de production qui augmentent, incertitude, mesures fiscales plutôt à la hausse qu'à la baisse... Les entreprises risquent d'utiliser l'emploi comme une variable d'ajustement. - P.Dessertine: Il y a aussi l'effet démographique. - C.Roux: Question. - J.-P.Chapel: J'évoquais l'agriculture, et donc l'alimentation. Aujourd'hui, qu'est-ce qui pousse les prix vers le haut? L'énergie, bien sûr. Plus 14 % sur un an. C'est aussi les produits frais alimentaires,
qui sont aussi à près de 2 %. On n'est qu'au début d'une possible crise agroalimentaire au niveau mondial à cause de ces manques d'engrais qui viennent de la même région que le pétrole. - C.Roux: Vous avez bien fait de rappeler que les prix ne sont pas revenus à la normale. Cette crise inflationniste intervient après celle de la crise en Ukraine. Remarque. - S.Villers: On le voit bien à travers les chiffres de la consommation. Depuis la guerre en Ukraine, les ménages qui avaient les moyens ont préféré mettre de côté plutôt que dépenser davantage. Les enseignes sont les premières à souffrir
de ce manque de dépenses. - C.Roux: Question. - M.Plane: Bonne question. J'ai 2 heures? - C.Roux: 40 secondes. - M.Plane: C'est la combinaison de la stagnation d'activité et de l'inflation générale. C'est un processus. C'est pas plus grave, mais ça dure. Il y a une autonomie de l'inflation qui s'entretient. Quand les prix augmentent, les salaires augmentent. Vous avez une boucle prix-salaires. Vous avez des marges qui se réduisent, des coûts de production qui augmentent et pas plus d'activité.
C'est ce qui s'est passé en 73 après le 1er choc pétrolier. Ca a duré à peu près 10 ans. C'est le moment de la bascule des Trente Glorieuses. On a eu une croissance très forte et on a vu un ralentissement assez marqué. Ca n'arrivera pas pour plein de raisons. Les banques centrales sont indépendantes... On va avoir un choc plutôt récessif. La hausse des prix du pétrole est récessive pour l'économie française. - P.Dessertine: En Europe, vous avez déjà le débat à la BCE. On a les faucons contre les colombes. Les faucons disent qu'il faut augmenter les taux tout de suite, quitte a avoir une récession. Les colombes, qui sont très endettés,
comme les Français, disent qu'il ne faut pas augmenter les taux, que ça va être une catastrophe pour tout le monde. - C.Roux: On suivra ce que fait la Banque centrale américaine... - P.Dessertine: Qui a le même débat et les mêmes deux camps. - C.Roux: La Banque centrale sera peut-être moins indépendante qu'elle ne l'était. Question. - S.Villers: La moitié de notre dette est détenue par des étrangers. Donc l'autre moitié est détenue par des Français. En réalité, il n'y a pas véritablement de menace, sauf si on fait des choix politiques contestés par ceux qui détiennent notre dette, ceux qui vivent à l'étranger et qui considèrent que la France prend une trajectoire non soutenable.
C'est l'histoire de la Grande-Bretagne. Dans ces cas-là, ils vendent la dette française. Le risque pourrait venir de là. - C.Roux: Ca sera un enjeu de la prochaine présidentielle. Question. - M.Plane: Au 1er trimestre, le 0 % de croissance, c'était pas bon. Les chiffres ne sont pas excellents... En 2025, l'économie française a mieux résisté. J'ai l'impression que cette résilience est en train de s'effacer. Tout ce que les entreprises avaient continué à investir... La consommation des ménages n'était pas bonne mais elle ne s'était pas effondrée. Là, on ne voit pas les moteurs de croissance pour 2026. Les politiques publiques n'ont pas de marges de manoeuvre.
Les ménages sont très inquiets. Donc fatalement, on peut se dire qu'Ormuz ne va pas aider à nos affaires. - C.Roux: Question. - P.Dessertine: Nous, nos enfants, nos petits-enfants. C'est ce que nous avons devant nous. Il faut arrêter la politique de la cigale, ce qu'ont fait nos voisins. Les Grecs... - C.Roux: Ca a été sévère pour eux. - P.Dessertine: Mais nous, ça n'a jamais été sévère. - J.-P.Chapel: Pour l'instant, on ne rembourse pas cette dette. On paye juste les intérêts.
- C.Roux: Question. - M.Plane: Je pense qu'ils ont identifié qu'il y avait un problème budgétaire et que la question de la dette était devenue importante. Ce choc n'a rien à voir avec les politiques françaises. C'est pas un choix politique. C'est un conflit géopolitique avec un choix américain de D.Trump dont on paye les conséquences. - C.Roux: Question. J'ai l'impression que c'est un peu le résumé de cette émission. - P.Dessertine: Si on reste pareil... On va voir. - S.Villers: Rien n'est encore... - C.Roux: Merci. Vous ne nous avez pas tellement donné d'espoir. Fin de cette émission. On retrouve A.Casse.
- A.Casse: Bonsoir. Dans un instant, le choc des titans. D.Trump est arrivé en Chine pour rencontrer Xi Jinping. Va-t-il lui donner la porte de sortie qu'il cherche dans la guerre en Iran? L'incroyable traque d'un pédocriminel par un youtubeur, qui a mené à son arrestation... Il pensait discuter avec une adolescente. Il s'agissait d'une IA. - C.Roux: Bonne émission.
Jean-Pierre Farandou