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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 19 décembre 2025 26 min

Manon Aubry : « L’Union européenne est en train de disparaître de l’Histoire »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Et c'est l'heure de l'entretien. Aujourd'hui, je reçois Manon Aubry, hors députée de la France Insoumise et coprésidente du groupe La Gauche au Parlement européen. Bonjour Manon Aubry. Bonjour. Beaucoup de sujets européens à traiter aujourd'hui. On va commencer par la guerre en Ukraine, avec l'annonce par les instances européennes d'un prêt de 90 milliards d'euros pour aider l'Ukraine dans sa guerre face à l'agression russe sur les deux prochaines années. Est-ce que la France Insoumise soutient cette nouvelle aide à l'Ukraine ?

0:53
Manon Aubry

Vous savez, on a toujours soutenu toutes les aides à l'Ukraine qui ont été votées au Parlement ces dernières années. On avait émis des doutes quant à certaines contreparties qui avaient été demandées à l'Ukraine en échange de prêts dans le passé, notamment de réformes économiques libérales. Je pense que vu la situation de l'Ukraine en pleine guerre, c'est un petit peu difficile de leur demander un certain nombre de réformes économiques. Pour le reste, aider l'Ukraine, c'est nécessaire, indispensable, mais ce ne sera pas suffisant pour mettre un terme à cette guerre.

Et j'alerte sur le fait que l'Union européenne est en train de disparaître de l'histoire, puisqu'on voit que toutes les initiatives diplomatiques jusqu'à présent pour tenter de trouver une issue à cette guerre et un accord de paix, toutes ces tentatives ont été menées par les États-Unis de Donald Trump. Et tout le monde a compris qu'on ne pouvait pas attendre de Donald Trump qu'il fasse la paix, et en tout cas pas dans des conditions acceptables pour l'Union européenne.

1:50
Présentateur

On va parler de ces négociations de paix, mais d'abord une question sur ce financement de l'Ukraine. Est-ce que la meilleure option, ce n'était pas l'utilisation de l'argent russe, qui est gelé notamment en Belgique ?

2:00
Manon Aubry

– C'est tentant, et je ne vais pas défendre ici l'argent des oligarques russes. Par ailleurs, je suis en faveur d'étendre le seuil à travers lequel les oligarques russes, les avoirs sont saisis, notamment pour baisser le seuil à 10 millions d'euros, ce qui permettra d'ajouter 20 000 oligarques russes dans le scope, comme on dirait en mauvais anglais. Pour le reste, sur le gel, c'est une chose, sur l'utilisation des avoirs, ça pose un certain nombre de difficultés en droit international.

Le Canada avait déjà essayé de saisir les avoirs, vous exposez des répliques de la part de la Russie et de Vladimir Poutine, qui feraient entrer en guerre directe, en confrontation directe, l'Union européenne avec la Russie. D'ailleurs, Emmanuel Macron y était opposé, pour toutes ces raisons, à l'utilisation directe des avoirs russes. Les Belges y étaient opposés.

3:01
Présentateur

Là, on parlait d'un prêt, qui ensuite serait remboursé au final par la Russie.

3:05
Manon Aubry

Vous avez plusieurs manières d'utiliser ces avoirs russes. Vous avez l'utilisation des intérêts des avoirs qui sont placés. Les avoirs, ils sont placés à la banque, et donc ils génèrent des intérêts chaque année. Et ça, c'est déjà utilisé, nous l'avons soutenu à la France insoumise, en aide directe à l'Ukraine. Vous avez l'étape d'après, c'est l'utilisation directe des avoirs, ce qui revient davantage qu'à une confiscation permanente, et donc là, qui est contraire au droit international, et qui a inquiété singulièrement les Belges, puisque c'est eux qui s'exposaient à une réplique directe de la part des Russes, puisque ces avoirs sont saisis en Belgique.

Et là, forcément, ça me pose un certain nombre de difficultés, même si c'est tentant sur le fond, qu'ils le rendent impossible en pratique.

3:51
Présentateur

Sur ces négociations de paix, Emmanuel Macron a dit cette nuit qu'il fallait que les Européens reparlent à Vladimir Poutine. Il a raison ?

3:57
Manon Aubry

Oui, il a raison.

3:59
Présentateur

Alors que Vladimir Poutine continue de bombarder l'Ukraine.

4:01
Manon Aubry

Mais vous savez, dans une guerre, vous faites rarement la paix avec vos amis. Et donc, évidemment, Vladimir Poutine n'est pas l'ami, ni de l'Union européenne, ni de la France. Pour autant, si vous voulez qu'il y ait un accord de paix qui soit négocié, il faut remettre les différents protagonistes autour de la table. Évidemment, ce n'est pas à nous de décider à la place des Ukrainiens quelles sont les conditions acceptables pour faire la paix. Par contre, il revient à l'Union européenne, zone voisine de l'Ukraine, de faciliter ces accords de paix. Et le fait est que c'est uniquement Vladimir Poutine et de l'autre côté, Donald Trump qui l'ont fait jusqu'à présent.

Évidemment, Donald Trump, on a bien compris, tout ce qui l'intéresse, c'est l'accès aux minéraux en Ukraine et absolument pas la sécurité des Européens. Raison pour laquelle l'Union européenne doit prendre des initiatives diplomatiques, quelque chose qu'elle s'est refusée à faire jusqu'à présent.

4:47
Présentateur

À la fois Vladimir Poutine et Donald Trump, on a l'impression qu'ils mettent de côté volontairement les Européens dans la discussion.

4:52
Manon Aubry

Et c'est tout le problème. Et vous avez raison, mais c'est tout le problème. Et c'est pour ça que l'Union européenne ne peut plus être à la remorque des États-Unis de Donald Trump. Et moi, j'ai quand même le sentiment que l'Union européenne est en train de disparaître de l'histoire. Parce que que ce soit sur l'accord de paix qui n'a pas été respecté à Gaza, que ce soit sur la perspective d'un accord de paix en Ukraine, que ce soit en matière commerciale, c'est Donald Trump qui est en train de dicter sa loi aux États-Unis, l'absus à l'Union européenne. Et donc, moi, en tant que Française et en tant qu'Européenne, je ne peux pas accepter que ce soit Donald Trump qui décide à notre place.

5:25
Présentateur

L'un des enjeux de cette négociation de paix, ce sont les garanties de sécurité à l'avenir pour l'Ukraine. Est-ce que l'une des garanties fiables, ce serait l'entrée rapide de l'Ukraine dans l'Union européenne ?

5:35
Manon Aubry

Je pense que la meilleure garantie de paix et de sécurité durable pour l'Ukraine, c'est l'implication des Nations unies. C'est historiquement le cadre légitime pour intervenir en matière de droit international. Et moi, je l'ai toujours dit, je suis favorable à ce qu'il y ait une force de maintien de paix sous l'égide des Nations unies, à laquelle peut contribuer la France, peuvent contribuer les États européens, mais je pense que ce sera la meilleure façon de garantir dans la durée.

6:04
Présentateur

Vous croyez vraiment à l'efficacité des Nations unies pour régler des conflits dans le monde aujourd'hui ?

6:08
Manon Aubry

Je pense que ça reste le cadre qui est le plus légitime. Est-ce qu'il est parfait ? La réponse est non. Mais est-ce que vous avez un autre cadre légitime en matière de droit international aujourd'hui ? Je ne crois pas.

6:19
Présentateur

Et sur l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, est-ce qu'il faut la réaliser très vite ?

6:23
Manon Aubry

Sur l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, je l'ai dit comme sur tous les autres États qui sont candidats, on n'y est pas hostile sur le principe d'avoir de nouveaux États qui adhèrent, mais pas dans les conditions actuelles. Donc en l'État, c'est non. Pourquoi ? Parce que ça reviendra à créer une concurrence déloyale. On parle beaucoup de colère agricole en ce moment. L'Ukraine produit par exemple de la volaille, du poulet, quatre fois moins cher qu'en France et en Europe. Donc évidemment, ça créera de la concurrence déloyale, illégitime pour nos producteurs et nos agriculteurs européens.

Donc on ne peut pas accepter une adhésion de l'Ukraine dans ces conditions qui reviendraient à mettre en danger notre agriculture européenne.

7:06
Présentateur

Justement, on va parler de la colère agricole et notamment contre l'accord de libre-échange avec le Mercosur, la Commission européenne qui a annoncé hier un report de trois semaines au mois de janvier de la signature de cet accord de libre-échange. C'était ce que demandait le président français Emmanuel Macron. C'est une victoire pour la France ?

7:23
Manon Aubry

C'est une énorme opération d'enfumage. Et je vous le dis parce que je suis profondément en colère et que je crois qu'on ne peut pas tomber dans ce piège grossier qui est en train d'être tendu. Je sais que c'est bientôt Noël et on a tous envie de croire aux belles fables et aux beaux contes de Noël. Sauf qu'en décembre comme en janvier, cet accord ne va pas bouger d'une seule virgule. Je peux vous le dire parce que je suis la seule française qui participe aux négociations au Parlement européen sur cet accord de libre-échange avec le Mercosur. Et tout est déjà finalisé. Le contenu de l'accord, mais aussi le contenu des clauses de sauvegarde.

Pour aller dans le détail de ces clauses de sauvegarde, il faudra une variation des prix de 8% et une variation des volumes de 8% à la seule initiative de la Commission européenne. Prouver une causalité avec l'accord de libre-échange avec le Mercosur. Bref, je vous le dis d'emblée, elles n'ont aucune chance d'être activées. Et quand bien même elles seraient activées, elles ne prévoient pas une suspension des importations en provenance du Brésil et d'Argentine.

8:28
Présentateur

– Du coup, vous les avez votées ces mesures de protection de l'agriculture mardi au Parlement européen ?

8:31
Manon Aubry

– Ces mesures de sauvegarde, moi j'ai voté contre et d'ailleurs j'ai été le seul groupe à voter contre parce que nous ne sommes précisément pas dupes de cette opération d'enfumage. Voter ces clauses de sauvegarde, ça revenait à donner quitus derrière pour cet accord de libre-échange. Et je préside aussi au Parlement européen, le seul groupe qui n'a jamais donné aucune voix à aucun accord de libre-échange. Et en janvier, ce sera exactement la même chose. Mais je veux vous dire, s'ils reculent, s'ils font semblant de reculer, c'est bien parce qu'ils sont fébriles, qu'ils ont peur de cette mobilisation agricole.

Et donc, si nous avons arraché le report, nous pouvons arracher, si la mobilisation agricole continue, l'annulation pure et simple de cet accord. Il n'y a pas d'autre solution que cette annulation pure et simple.

9:15
Présentateur

– Mais si on trouve des mesures réelles de protection pour les agriculteurs, cet accord de libre-échange, il peut être bénéfique à notre économie, aux exportations, à l'industrie, notamment dans la guerre commerciale qu'on connaît actuellement entre les États-Unis et la Chine.

9:27
Manon Aubry

– Non, parce que cet accord de libre-échange, c'est l'importation de centaines de milliers de tonnes de bœuf, de volaille, de soja, de maïs, qui, de fait, poseront une concurrence déloyale avec l'agriculture européenne, sans compter le danger sanitaire que cela représente. Vous avez un tiers des pesticides qui sont autorisés au Brésil et qui sont interdits dans l'Union européenne. Et l'objectif même de cet accord de libre-échange, c'est écrit noir sur blanc, je veux bien envoyer une paire de lunettes à Emmanuel Macron s'il n'a pas bien lu l'accord, parce qu'il est écrit noir sur blanc qu'il y aura une baisse des contrôles.

C'est l'objectif même d'un accord de libre-échange de reposer sur le système de contrôle du Brésil et d'Argentine. Et j'ai visité le port de Santos, qui est le plus grand port d'Amérique latine qui se situe au Brésil. Vous avez 34 inspecteurs pour 20 000 camions par jour qui pensent sérieusement qu'on ne va pas faire venir des denrées agricoles qui vont nous empoisonner.

10:27
Présentateur

Il y a la question des contrôles qui est aussi très importante dans ce débat. Vous espérez aussi que la Cour de justice de l'Union européenne s'empare du dossier ? Ça pourrait retarder de plusieurs années cet accord ?

10:37
Manon Aubry

C'est possible ? C'est une des prochaines étapes. Nous avons déposé au Parlement européen, j'ai initié une coalition de 145 députés issus de 5 groupes politiques différents. Donc vous voyez que la bataille est très large au Parlement européen. Une résolution demandant l'avis de la Cour de justice de l'Union européenne. Cette résolution sera votée au mois de janvier. Si elle est adoptée, il y a de bonnes chances qu'elle soit adoptée. Alors ce sera ce qu'on appelle suspensif. Ça suspendra l'application et la procédure d'adoption de cet accord.

Et la Cour de justice devra rendre son avis sur la compatibilité de cet accord avec le Mercosur, avec un certain nombre de principes européens et notamment le principe de précaution et pourra juger cet accord illégal. La Cour devra statuer aussi sur le contournement des parlements nationaux. Je suis ici sur Public Sénat. Comment se fait-il que pour la première fois, cet accord de libre-échange sera adopté sans la validation du Sénat et de l'Assemblée nationale comme c'est normalement la règle ? Et je termine par dire qu'à l'Assemblée nationale, il y a eu un vote, pas plus d'un mois, à l'unanimité contre cet accord de libre-échange à l'initiative de la France insulise.

Donc la moindre des choses, c'est que ce vote soit respecté.

11:45
Présentateur

Parlons de cette colère agricole notamment en France qui est cristallisée également par l'épidémie de dermatose nodulaire et la stratégie sanitaire actuelle avec beaucoup de blocages, beaucoup d'actions des agriculteurs. Et ce vendredi matin, on apprend que des agriculteurs sont mobilisés devant la maison d'Emmanuel Macron et de Brigitte Macron au Touquet. Est-ce que vous soutenez ce type d'action contre le domicile du chef de l'État ?

12:09
Manon Aubry

Écoutez, je ne crois pas qu'il y ait de violence au domicile du chef de l'État. Ce que je comprends d'abord et avant tout, c'est une colère immense, immense de l'impréparation totale. Je veux dire, dès le mois de juillet, ma collègue Mathilde Panneau, présidente de groupe à l'Assemblée nationale, a envoyé un courrier au ministère de l'Agriculture. Certes, ça change beaucoup de ministres de l'Agriculture en ce moment, pour prévenir de cette maladie, des impacts, de la nécessité de se préparer et notamment d'avoir les doses de vaccins nécessaires. Parce que c'est ça l'enjeu.

La raison pour laquelle, aujourd'hui, on est incapable de faire face à cette maladie, c'est parce que nous n'avons pas les doses de vaccins et ils procèdent à un abattage systématique, non discriminé, d'où sur un troupeau de 87 vaches. Il y a une seule vache qui était malade. On a abattu tout le troupeau de manière indiscriminée. Alors que l'Agence de santé européenne et vétérinaire, ils sont très clairs, ils disent que si on a un abattage ciblé et des vaccins, nous n'avons pas besoin de procéder à l'abattage systématique, comme c'est le cas en France.

Donc, oui, la politique qui a été menée, en plus de la perte de souveraineté sur la production des vaccins, puisque, je le rappelle, ces vaccins sont produits en Afrique du Sud, aujourd'hui, nous payons cette impréparation. Et donc, la colère des agriculteurs est tout à fait légitime.

13:28
Présentateur

Donc, Emmanuel Macron a une responsabilité dans la situation et que des agriculteurs soient devant son domicile au tout casse, c'est justifié ?

13:34
Manon Aubry

Bien sûr qu'Emmanuel Macron a une responsabilité. Je veux dire, il est président de la République et la colère des agriculteurs, elle n'est pas nouvelle. La dermatose nodulaire vient s'ajouter à la goutte d'eau de l'accord de libre-échange avec le Mercosur, qui vient s'ajouter à l'abandon des agriculteurs ces 20 dernières années, à qui on a rajouté une concurrence déloyale qui vient des quatre coins du monde entier. Et sur l'accord de libre-échange avec le Mercosur, comme sur la gestion de la dermatose, vous pouvez faire un enrombage glacé d'un gâteau si à l'intérieur, il n'est pas comestible et il vous empoisonne. Le résultat sera absolument le même.

Donc, personne n'est dupe, à la fois sur la gestion de la politique commerciale et sur la gestion de la politique sanitaire. Et donc, oui, le président de la République a une responsabilité là-dedans.

14:28
Présentateur

Un mot sur le budget, Emmanuel Aubry, car c'est aujourd'hui une journée cruciale pour l'éventuelle adoption du budget au Parlement en France, avec une commission mixte paritaire négociation entre sept députés et sept sénateurs pour trouver une version commune de ce projet de loi de finances. Est-ce que l'intérêt du pays aujourd'hui, c'est d'avoir un accord en tout cas sur ce budget avec des mesures de compromis entre la gauche et le bloc central pour donner un budget à la fin au pays ?

14:52
Manon Aubry

L'intérêt du pays commande qu'on ne mette pas les Françaises et les Français à contribution de manière injuste, avec un gel du barème de l'impôt sur le revenu, avec une cotisation supplémentaire sur les mutuelles d'un milliard d'euros, avec une baisse des remboursements pour les affections de longue durée, notamment pour les diabétiques. Je peux vous faire une liste assez longue des horreurs dans le budget, comme c'était le cas dans le budget de la sécurité sociale.

Et donc, nous, nous restons profondément opposés à un budget qui est injuste, qui refuse d'aller chercher l'argent là où il est, du côté des plus riches, avec une véritable taxe Zuckman sur les milliardaires, avec un rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune. Et malheureusement, le gouvernement minoritaire dans le pays, minoritaire à l'Assemblée nationale, a fait un choix tout autre, celui de faire des petites taxes du quotidien. Vous savez, une taxe sur les timbres fiscaux, une taxe sur les vapoteuses, plutôt que de mettre à contribution celles et ceux qui ont plus dans ce pays. Donc, en toute logique, je ne vois pas comment ce budget ne sera pas rejeté.

Il y aura, en toute vraisemblance, une loi spéciale la semaine prochaine.

16:03
Présentateur

Une loi spéciale, ça a aussi un coût pour le pays. On parle de 10 milliards d'euros. Ça refaire le débat. Qui permettra au budget. Au final, c'est le contribuable qui paye.

16:10
Manon Aubry

Non, le contribuable va payer si ce budget est adopté. Parce que la vérité, c'est que ce budget prévoit des dizaines de milliards d'économies sur le dos des Françaises et des Français qui nous regardent. Ce sont toutes ces petites taxes au quotidien. Je veux dire, les auto-entrepreneurs, j'indiquais les vapoteuses, le gel d'impôt sur le revenu, le gel des retraites. Tout est mis à contribution, faute de pouvoir mettre à contribution les plus riches et les grandes entreprises dans notre pays. Donc, c'est ce budget qui est profondément injuste. Et si le gouvernement veut conclure ce budget, nous avons fait des propositions.

Et d'ailleurs, l'an dernier, lors de l'exercice budgétaire, en première lecture, nous avions voté en faveur du budget parce qu'il avait été transformé d'une manière beaucoup plus redistributrice. Le gouvernement sait ce qu'il lui reste à faire s'il veut que ce budget soit adopté. Nous avons fait des propositions. Malheureusement, il le refuse. Il s'entête parce qu'il ne veut pas mettre à contribution, manifestement, ses amis les plus riches.

17:09
Présentateur

On reste à l'Assemblée nationale, Manon Aubry, puisque cette semaine, une commission d'enquête parlementaire voulue notamment par Laurent Wauquiez sur les liens entre les partis politiques et les réseaux islamistes. Eh bien, la conclusion de cette commission d'enquête parlementaire, c'est que la France Insoumise cultive des proximités avec des individus propageant l'idéologie islamiste. Est-ce que vous niez toute proximité avec ce type d'individus ?

17:32
Manon Aubry

C'est dommage de faire une commission d'enquête et de ne pas écouter ceux qui viennent témoigner à cette commission d'enquête. Il y avait, notamment dans le cadre de cette commission d'enquête, je vous invite à aller regarder le préfet de la préfecture de police et des services de renseignement parisien qui disait que l'ultra-gauche était totalement absente lors des émeutes et des violences urbaines. On ne la voit pas non plus quand il est question d'islamisme radical. En revanche, une certaine frange de l'ultra-droite négationniste se rapproche par antisémisme pur de certains islamistes. Vous voyez, cette commission d'enquête, elle a fait largement pchit.

Laurent Wauquiez voulait dégommer la France insoumise. Je crois qu'il s'est fait largement dégommer. Jean-Luc Mélenchon a eu l'occasion de s'exprimer longuement. D'ailleurs, je note qu'il voulait convoquer Jean-Luc Mélenchon. Il est venu, je crois, une heure et demie d'audition. Il ne le tient pas du tout compte. Il ne cite pas, d'ailleurs, des extraits de son audition. Par contre, lui, abondamment cité, bon, tout ça est ridicule. Je crois que cette commission d'enquête a démontré dès le début qu'elle n'était absolument pas crédible et le résultat n'est pas surprenant.

18:41
Présentateur

Et au-delà de la France insoumise, est-ce qu'aujourd'hui, dans notre pays, il y a, selon vous, un danger d'antrisme islamiste ?

18:47
Manon Aubry

Alors, en réalité, si on veut voir les liens entre certaines mouvances politiques et l'islamisme radical, on peut penser l'implication du Rassemblement national national dans certains attentats terroristes. Par exemple, celui qui a armé à Mehdi Koulibaly le terroriste de l'hyper-cachère, on se souvient tous de cet attentat-là, celui qui l'a armé était membre du service d'ordre du Rassemblement national. Je peux vous prendre cet exemple parmi d'autres exemples.

Il y a des liens, comme l'indiquait d'ailleurs le directeur des renseignements de la préfecture de police, qui indiquait précisément que par antisémitisme pur, le Rassemblement national et l'extrême droite peuvent avoir des liens avec des islamistes. Ça a été attesté par un certain nombre d'attentats terroristes, malheureusement. Et si la commission d'enquête était intense ou un peu sérieuse, elle aurait tiré toutes les conclusions des éléments qui ont été avancés dans cette même commission d'enquête.

19:54
Présentateur

Donc, selon vous, c'est le Rassemblement national qui est lié à l'antisémitisme et donc à l'islamisme.

19:59
Manon Aubry

Alors, à l'antisémitisme, l'histoire du Rassemblement national parle par lui-même. Ils sont les héritiers des Waffen SS dont je ne fais pas dresser le portrait ici et qui s'est construit sur un antisémitisme. On parle du Rassemblement national

20:12
Présentateur

aujourd'hui.

20:13
Manon Aubry

Le Rassemblement national a une histoire. Et puis, je peux vous parler du Rassemblement national d'aujourd'hui. Je vous rappelle que parmi leurs candidats aux élections législatives, il y avait une candidate qui portait une casquette avec des enseignes, des enseignes des Waffen SS. Et on parle de 2024. Je ne vous parle pas de 1960. Donc oui, le Rassemblement national se construit aujourd'hui encore sur un antisémitisme qui peut les amener à rejoindre par certains égards la mouvance de l'islamisme radical. Oui.

20:44
Présentateur

On finit par les élections municipales avec, là encore, une information cette semaine. L'union de la gauche apparaît entre les socialistes, les écologistes et les communistes dès le premier tour. Du coup, on se pose la question à quoi sert une candidature de la France insoumise et de Sofia Chiquero à Paris si ce n'est pour affaiblir cette liste d'union de la gauche ?

21:04
Manon Aubry

Scoop, à votre antenne, des adjoints au maire se mettent d'accord entre eux pour mener une campagne commune. Vous l'avez bien compris qu'il n'y a pas, là, de grosses surprises. Ils gouvernaient déjà la ville ensemble. Ils proposent de gouverner ensemble la ville à l'avenir.

Bon, ils ont évidemment absolument le droit de le faire, mais pour le reste, je pense qu'il est légitime d'avoir une candidature insoumise pour porter un certain nombre de propositions radicales dans le débat, d'avoir des cantines bio et gratuites, d'avoir une priorité donnée aux familles monoparentales dans l'accès aux services de la ville, d'avoir des services de santé municipaux parce qu'on a tous expérimenté, y compris à Paris, la difficulté pour avoir rendez-vous chez certains spécialistes.

Je pense que ces propositions méritent d'exister dans le débat et qu'elles méritent d'être proposées par la candidature de Sophia Shikiru pour mettre comme l'une des priorités principales, notamment aussi, la question du logement. Bref, le débat pour les élections municipales va vivre et je pense que c'est important qu'il puisse y avoir une candidature insoumise et ce, d'autant plus qu'ils ont indiqué très clairement qu'au premier comme au second tour, ils ne souhaitaient pas d'alliance avec la France insoumise.

22:22
Présentateur

Mais finalement, dans la stratégie globale de la France insoumise aux municipales, est-ce que le but, ce n'est pas tout simplement de diviser la gauche et d'affaiblir les socialistes qui dirigent certaines villes ?

22:32
Manon Aubry

Nous l'avons dit très clairement, si nous arrivons en tête aux élections municipales au premier tour, dans toutes les villes où nous arrivons en tête, il y en aura un certain nombre, nous proposerons une fusion de second tour et une alliance de second tour pour l'emporter, notamment contre la droite et l'extrême droite.

22:47
Présentateur

Avec des socialistes ?

22:49
Manon Aubry

Si nous arrivons en tête, bien sûr que nous le ferons. Et j'observe que le parti socialiste n'a pas la même clarté. Donc j'en tire la conclusion simple et évidente. Ceux aujourd'hui qui proposent l'unité la plus large pour les élections municipales et si vous voulez la garantie au second tour d'alliance de la gauche, vous avez intérêt à porter la candidature insoumise au premier tour puisque ce sera la meilleure garantie d'avoir une union au second tour et surtout d'avoir des propositions radicales qui changent la vie des gens parce qu'au-delà de la politique et des alliances politiques, la question c'est pourquoi faire ?

23:23
Présentateur

C'est la fin de cet entretien. Merci beaucoup Manon Aubry d'avoir été notre invité politique aujourd'hui. Tenez, on reste à Paris et on va parler de culture avec un reportage pour vous faire découvrir un spectacle à l'approche des fêtes de fin d'année à la dernière création du metteur en scène québécois Robert Lepage, un mélange impressionnant de cirque et de catch un spectacle qui est à retrouver pour la première fois en France jusqu'au 31 décembre sous le grand chapiteau de la Villette à Paris. Notre journaliste Gaëlle Fonseca a pu assister à la première. Une entrée fracassante de deux lutteurs et la cloche de ring retentit.

On pourrait croire à un match de catch classique gare aux habitués. Le cirque entre aussi voire surtout en scène dans cette disposition théâtrale à l'italienne. Les catcheurs, l'arbitre, les commentateurs ou même l'homme de ménage ils combattent tous autant qu'ils sont contorsionnistes funambules ou jongleurs. Alors, en sortie de salle, les surprises sont nombreux.

24:25
Invité

Il y avait plein de choses diversifiées donc c'était super cool. Et du coup, on ne s'ennuyait pas parce que ça changeait tout le temps. J'ai beaucoup aimé, bien aimé la variété et mention spéciale au Diabolo et au fil souple qui était assez fabuleux. On a déjà rencontré des spectacles de Robert Lepage. C'est un univers complètement différent mais c'est très drôle.

24:43
Présentateur

Il a bien aimé

24:43
Invité

s'amuser après ça.

24:45
Présentateur

S'amuser mais aussi beaucoup travailler sur cette mise en scène québécoise millimétrée. Cette oeuvre transforme des matchs d'habituellement 20 minutes en des scénettes de 6 où les artistes basculent d'un personnage à l'autre et forcent les acrobates à ne pas retomber sur leurs pattes.

24:59
Invité

Même si les choses ont l'air improvisées ou ils ont l'air de se battre, évidemment, tout ça, c'est placé pour que personne ne se fasse mal. On arrive à trouver des excuses, des façons de faire, d'introduire le cirque. Comme moi, le Diabolo est une arme qui me permet de tricher.

25:13
Présentateur

Outre la vingtaine de personnages stéréotypés, la retransmission sur écran géant et les effets spéciaux, pour endiabler le public, le spectacle commença avant même de monter en tribune.

25:23
Invité

Au moment de la participation du public, ils étaient avec nous, ils voulaient un vainqueur, ils voulaient vraiment qu'on se batte, ils étaient hyper contents aussitôt qu'il y avait une chute, ils étaient très demandants et c'était vraiment excitant pour nous. La lutte, ça marche vraiment avec le public. Donc le public peut, contrairement au théâtre habituel, il peut se lever debout, il peut crier, il peut chahuter, il peut applaudir pour son préféré.

25:44
Présentateur

En espérant que votre préféré ne soit pas celui qui sera KO. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.