Claude Guéant "n’a pas digéré ce qui est plus qu’une trahison" de Nicolas Sarkozy, selon son avocat
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Questions et réponses
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- 0:37OuverteRéponse directe
Maître, vous allez continuer de tout balancer ?
- 1:35OuverteRéponse directe
Est-ce que ce matin, Claude Guéant, il a digéré ses mises en cause sur la probité ?
- 2:16OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous attendez aujourd'hui de Nicolas Sarkozy à la barre ?
- 2:22OuverteRéponse directe
Claude Guéant est un honnête homme, vous y croyez vraiment ?
- 2:50OuverteRéponse directe
Alors on explique juste pour nos auditeurs cette attestation.
- 3:25OuverteRéponse directe
Ça veut dire que Nicolas Sarkozy, selon vous, il a menti deux fois ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:48Invité politiqueFait
« Il n'a jamais mis en cause Claude Guéant. »
- 1:10Invité politiqueFait
« Et tout d'un coup, au mois d'avril, en deux audiences, tout d'un coup, il porte atteinte à sa probité, il porte des accusations, des insinuations qu'il a indiquées, même des déclarations qu'il revendiquait contre Claude Guéant. »
- 1:22Invité politiqueFait
« Quand on met en cause son honneur, quand on porte atteinte à la réputation de son nom, à ses enfants, à son épouse, on répond. »
- 2:16PrésentateurPromesse
« Qu'est-ce que vous attendez aujourd'hui de Nicolas Sarkozy à la barre ? »
- 5:14PrésentateurFait
« Mais de la même manière, vous-même, Claude Guéant, ces révélations que vous faites à l'occasion de ce procès en appel, vous ne l'aviez pas dit à l'occasion du procès en première instance. »
- 5:57PrésentateurPromesse
« Est-ce que ce n'est pas une façon pour votre client et pour vous-même de ne pas parler de l'argent liquide qui a circulé et pour lequel d'ailleurs Claude Guéant a été condamné ? De ne pas parler non plus de cette montre de luxe Patek Philippe offerte par Alexandre Djoury, l'intermédiaire à Claude Guéant. En fait, c'est plus facile de mettre en cause Nicolas Sarkozy que de parler de cela, non ? »
- 6:49PrésentateurPromesse
« Il a répondu aux mises en cause de Nicolas Sarkozy. Je voudrais revenir sur une phrase qui est dans cette deuxième attestation qui a été produite en début de semaine. »
- 7:45PrésentateurPromesse
« Et malgré ce que vous dites ce matin, vous ne croyez pas, et Claude Guéant ne croit pas, au financement de la campagne par de l'argent libyen. »
- 7:52PrésentateurPromesse
« C'est-à-dire que c'est une réponse sur les mises en cause sur la probité mais vous balayez d'un revers de main toute association de malfaiteurs qui est ce pourquoi Nicolas Sarkozy a été condamné en première instance. »
- 8:10PrésentateurPromesse
« De son point de vue, à lui. Est-ce que Claude Guéant considère Nicolas Sarkozy comme son ami ? »
Temps de parole
- Invité politique56 %
- Présentateur44 %
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7h49, Benjamin Duhamel, vous recevez l'avocat de Claude Guéant dans le procès en appel de l'affaire libyenne.
Bonjour Philippe Boucher-Zelgozy. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. On va tenter de comprendre ce qui va se jouer aujourd'hui à l'audience du procès en appel dans l'affaire libyenne. Un procès où entre Nicolas Sarkozy et votre client, Claude Guéant, on lave désormais son linge sale. En public, l'ancien président accusé de mensonge par son ancien bras droit, dans ce qui apparaît comme un lâchage en règle après avoir lui-même été mis en cause par Nicolas Sarkozy. Une première question, je voudrais qu'on revienne sur une écoute qui date d'il y a plus de 10 ans entre Claude Guéant et sa fille. Claude Guéant qui disait à sa fille, je ne vais pas balancer.
Ce temps-là, il est révolu. Maître, vous allez continuer de tout balancer ?
En réalité, Claude Guéant s'est déjà expliqué sur cette écoute. Je ne dirais pas qu'il balance, je dirais qu'il aujourd'hui répond aux mises en cause qui ont été faites par Nicolas Sarkozy, qui sont des premières dans l'histoire de ce procès, parce que je rappelle quand même que Nicolas Sarkozy est mis en examen depuis 2018, que pendant toute l'instruction qui a duré donc une dizaine d'années, il n'a jamais mis en cause Claude Guéant, qu'il y a un an devant le tribunal en première instance, il ne mettait pas en cause Claude Guéant.
Et tout d'un coup, au mois d'avril, en deux audiences, tout d'un coup, il porte atteinte à sa probité, il porte des accusations, des insinuations qu'il a indiquées, même des déclarations qu'il revendiquait contre Claude Guéant. Et évidemment, c'est là où Claude Guéant a réagi, parce que quand on met en cause son honneur, quand on porte atteinte à la réputation de son nom, à ses enfants, à son épouse, on répond.
On va revenir dans le détail notamment des deux attestations qui sont produites par votre client Claude Guéant, mais d'un point de vue plus personnel. Est-ce que ce matin, Claude Guéant, il a digéré ses mises en cause sur la probité ? Il faut rappeler la proximité entre les deux hommes. On parle de Nicolas Sarkozy et de son bras droit, celui qui a été son plus fidèle collaborateur pendant plus de dix ans.
Il a été effectivement son plus fidèle collaborateur et je peux vous dire qu'il n'a pas digéré. Et je me demande même s'il digérera jusqu'à la fin de sa vie, ce qui est véritablement plus qu'une trahison, qui est, je l'ai dit sur d'autres médias, un véritable coup de poing dans l'estomac, quelque chose que Claude Guéant n'apprécie pas, ne digère pas. Et j'allais dire, il est encore toujours extrêmement choqué de ses déclarations de Nicolas Sarkozy à son endroit.
Claude Guéant qui est malade, qui n'assiste pas au procès. Qu'est-ce que vous attendez aujourd'hui de Nicolas Sarkozy à la barre ? Qu'il revienne sur ses propos, qu'il dise non en fait je me suis trompé, Claude Guéant est un honnête homme, vous y croyez vraiment ?
Alors écoutez, le président de la Cour d'appel a indiqué aujourd'hui, a demandé que Nicolas Sarkozy revienne à la barre. C'était de toute façon prévu puisque c'est la fin de l'audience sur la personnalité avant les plaidoiries. Et il a indiqué, le président de la Cour d'appel a indiqué, qu'il lirait les deux attestations de Claude Guéant, la première du 14 avril, la seconde du 26 avril, de manière à confronter Nicolas Sarkozy. Puisque je rappelle que Nicolas Sarkozy, sur la première attestation, a opposé, je cite, un démenti formel.
Alors on explique juste pour nos auditeurs cette attestation. Le point central, il concerne ce dîner en 2007 qui se tient à Tripoli, où Claude Guéant explique que devant Muammar Kadhafi, Nicolas Sarkozy aurait dit à Claude Guéant, il va falloir, il regarde ce que tu peux faire sur...
Claude Voyessla, exactement.
Voilà, Claude Voyessla sur Abdallah Senussi, qui est terroriste en chef, responsable de l'attentat du décédit du TA. Nicolas Sarkozy répond, c'est totalement faux. Et dans la deuxième attestation que vous produisez, que vous avez produite il y a quelques jours, Claude Guéant dit, je m'insurge contre ce démenti. Ça veut dire que Nicolas Sarkozy, selon vous, il a menti deux fois ?
Écoutez, les termes sont clairs. Il y a une première attestation, vous l'avez très justement rappelé, où il y a une instruction de Nicolas Sarkozy, qui fait venir au dîner où se trouve Kadhafi, il fait appeler Claude Guéant, pour que Kadhafi répète devant lui sa préoccupation sur la levée du mandat d'arrêt de Senussi. Et Nicolas Sarkozy, en tant que président, donne une instruction claire à Claude Guéant. Claude voyait cela. Claude Guéant dit, de toute façon, il n'y avait rien à faire, parce que la seule solution, c'était que Senussi se présente devant la justice, donc il n'y avait rien à faire, c'était l'état du droit.
Quand j'ai interrogé Nicolas Sarkozy sur cette attestation le 14 avril, il a opposé, je cite, son démenti le plus formel.
Et il dit, c'est invraisemblable d'imaginer que dans un dîner, il y a des journalistes qui ont pu dire ce genre de phrase.
Vous avez tout à fait raison, il y a un détail qui est apporté, parce que Nicolas Sarkozy dit, on ne peut pas dire ça devant un dîner, devant la délégation, devant Bernard Kouchner, Ramayad, etc. Et Claude Guéant, dans son attestation de dimanche, apporte des précisions extrêmement importantes, puisqu'il donne la configuration des lieux du dîner, où en substance, vous avez Kadhafi et Sarkozy qui sont sans vis-à-vis. Et donc, ils sont dans une situation où ils peuvent tout à fait se parler discrètement, puisque les autres invités sont dans des tables perpendiculaires.
Mais on peut se souvenir aussi bien, près de 20 ans après ?
Je pense que Claude Guéant, la seule fois où il a dîné à Tripoli, c'était le 25 juillet 2007. Il y a des choses qui peuvent marquer quand même dans une vie, surtout quand on est secrétaire général fraîchement élu, et il se souvient de ça. C'était déjà en vie, Claude Guéant. J'ai un autre élément que j'ai versé d'ailleurs au soutien de cet élément, c'est que le même jour, le 25 juillet 2007, l'après-midi, Nicolas Sarkozy est en face sous la tente de Kadhafi, et on voit dans un reportage, Claude Guéant qui enjambe le canapé devant la traductrice officielle pour dire un mot à l'oreille de Nicolas Sarkozy.
C'est dire que Claude Guéant pouvait parler à tout moment à l'oreille du président de la République sans que ça choque le président.
Vous évoquiez, maître, le fait que Nicolas Sarkozy n'avait effectivement, notamment lors du procès en première instance, pas mis en cause de cette manière-là la probité de Claude Guéant, mais de la même manière, vous-même, Claude Guéant, ces révélations que vous faites à l'occasion de ce procès en appel, vous ne l'aviez pas dit à l'occasion du procès en première instance. Là, ça donne peut-être l'impression qu'il y a de votre part une sorte de volonté, je ne sais pas, de vengeance suite aux propos de Nicolas Sarkozy. Pourquoi ne pas avoir dit tout cela dès le début de la procédure ?
Vous avez tout à fait raison, il n'y a pas une volonté de vengeance. Dans la procédure, de manière constante, Claude Guéant a toujours dit « J'ai suivi les instructions, les consignes et j'ai appliqué les directives du président Nicolas Sarkozy. » Il a apporté cette précision en appel, mais je dirais que ce n'est pas une évolution, ce n'est pas une mensonge, c'est une précision qu'il a apporté sur des instructions qui ont été données. Il a toujours revendiqué qu'il n'avait fait que suivre les instructions du président sur la préoccupation des Libyens de s'occuper du mandat d'arrêt de Sénoussi.
Est-ce que ce n'est pas une façon pour votre client et pour vous-même de ne pas parler de l'argent liquide qui a circulé et pour lequel d'ailleurs Claude Guéant a été condamné ? De ne pas parler non plus de cette montre de luxe Patek Philippe offerte par Alexandre Djoury, l'intermédiaire à Claude Guéant. En fait, c'est plus facile de mettre en cause Nicolas Sarkozy que de parler de cela, non ?
Alors, la montre, vous l'avez évoquée, il n'a pas été condamné pour ça, je le rappelle.
Non, mais on peut s'étonner que quelqu'un qui est secrétaire général de l'Elysée
puisse toucher un cadeau d'un intermédiaire pas tout à fait recommandable. Aussi étonnant que ça puisse sembler, il n'a pas été condamné pour ça parce qu'il n'y avait évidemment aucune contrepartie par rapport à cette montre. Sur les espèces, il s'en est expliqué depuis le début du dossier en 2013. Sur une partie, il a été condamné à un moment par la justice. Sur l'immense partie, il n'a même pas été poursuivi puisque ça relevait son traitement en tant que fonctionnaire du ministre de l'Intérieur. Ce n'est pas une manière de se dérober. On est sur deux sujets distincts. Ce procès, il aborde de nombreux sujets.
Il a répondu aux mises en cause de Nicolas Sarkozy. Je voudrais revenir sur une phrase qui est dans cette deuxième attestation qui a été produite en début de semaine. Une phrase un peu acrimonieuse, je dois dire. Claude Guéant qui écrit « Je dois dire que malgré ses facultés de mémoire exceptionnelles, ouvrez la parenthèse, il se dit volontiers hypermnésique, Nicolas Sarkozy se trompe. » Et il parle notamment en cela de la chronologie de leur rencontre, notamment le moment où Nicolas Sarkozy lui propose d'être son directeur de campagne.
Et là, on sent la blessure, la meurtrissure sur des éléments qui pourtant ne sont pas centraux, ne sont même totalement anecdotiques au vu des mises en cause.
Vous avez raison, mais l'intérêt des deux attestations de Claude Guéant, c'est y compris à travers des choses qui peuvent sembler anecdotiques, le fait que Nicolas Sarkozy dit « J'ai jamais vu sa femme, je ne me souviens pas de l'avoir rencontré avant 2002. » Claude Guéant montre qu'en fait Nicolas Sarkozy n'a pas dit la vérité sur ces éléments. Et quand on ne dit pas la vérité sur des éléments qui peuvent sembler d'anecdotes, ça interroge aussi sur des éléments plus sensibles comme les instructions données le 25 juillet 2007.
On est bien d'accord et on précise que pour autant, et malgré ce que vous dites ce matin, vous ne croyez pas, et Claude Guéant ne croit pas, au financement de la campagne par de l'argent libyen. C'est-à-dire que c'est une réponse sur les mises en cause sur la probité, mais vous balayez d'un revers de main toute association de malfaiteurs, qui est ce pourquoi Nicolas Sarkozy a été condamné en première instance.
En tout cas, du point de vue de Claude Guéant, il l'a toujours dit et il maintient cette position, il n'a jamais eu, lui, connaissance du moindre centime d'argent libyen, ni connaissance d'une promesse ou d'une contrepartie qui aurait été faite aux Libyens.
De son point de vue, à lui. Est-ce que Claude Guéant considère Nicolas Sarkozy comme son ami ?
Je pense qu'aujourd'hui, ce serait très difficile de considérer qu'il soit ami, à supposer qu'il est considéré. Il a toujours dit qu'il servait la République à travers lui, le ministre, puis le président de la République. Mais honnêtement, je ne pense pas qu'il ait revendiqué une amitié avec Nicolas Sarkozy.
Comment va votre client ce matin ? Maître, on le dit, il est malade, suffisamment malade pour que des experts aient jugé qu'il n'était pas en capacité de se rendre à l'audience. Il la suit quand même attentivement. Est-ce que vous vous échangez régulièrement avec lui ? Comment va Claude Guéant ?
Alors, écoutez, il ne va pas bien. Il ne va pas bien. Ça a été médicalement constaté par plusieurs médecins, par un expert judiciaire désigné par la Cour d'appel de Paris. Et donc là, là-dessus, malheureusement, ça explique qu'il y a une situation qui l'empêche aujourd'hui de comparaitre aux audiences. Mais je dirais que les dernières déclarations de Nicolas Sarkozy n'améliorent pas son état de santé parce que, j'allais dire, il y a plus qu'un coup au moral qui a été porté par les déclarations de Nicolas Sarkozy.
Il y a carrément un effet sur la santé de Claude Guéant.
Évidemment, évidemment. C'est quelque chose qu'il n'a pas digéré. Je pense qu'il aura beaucoup de mal à le digérer, à supposer que ça puisse arriver un jour.
Merci beaucoup, Philippe Boucher-Zelgozy, d'être venu ce matin au micro de France Inter avant donc l'ouverture de cette journée cruciale à l'audience. Et à tout à l'heure, Benjamin Duhamel. On se retrouve pour le grand entretien.