Courir un marathon deviendrait-il aussi une affaire idéologique ?
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
6h57 sur France Culture et c'est l'heure de votre humeur du jour, Guillaume. Et ce matin, qui aurait imaginé qu'un jour, courir un marathon deviendrait aussi une affaire idéologique ? Voilà, c'est fait. C'est maintenant dans le marathon que Vincent Bolloré entre via Avas Event, associé à l'organisation du marathon et du semi-marathon de Paris, comme le raconte le monde. Alors, je vais le dire clairement, je n'ai aucune intention de dire que je suis hostile à l'arrivée de Vincent Bolloré dans le marathon de Paris, parce qu'ensuite, on ne sait jamais, Bolloré pourrait considérer que je n'ai plus le droit de courir.
Peut-être qu'un jour, il faudra une autorisation du groupe Avas pour aller faire son footing sur le quai. Mais pour autant, on peut se demander qu'est-ce qui va changer ? Est-ce qu'on va désormais courir à droite ? Courir très à droite ? Est-ce qu'il y aura une voie préférentielle pour les kilomètres identitaires ? Un ravitaillement civilisationnel au 32e kilomètre, vous savez, quand on a le mur du marathon, des meneurs d'allure réactionnaires ou au contraire gauchistes, une pénalité de temps pour usage du mot intersectionnalité pendant l'épreuve, je ne sais pas encore. En tout cas, on pourra bientôt faire peut-être du fractionné conservateur.
Il faut dire qu'avant même l'arrivée de Bolloré, le marathon n'était pas vraiment à gauche. Vu le prix des dossards, la course à pied ressemblait de plus en plus à un produit de luxe. Et du coup, je ne comprends pas pourquoi on n'a pas confié le marathon à LVMH. Avec les tarifs pratiqués jusqu'ici, on aurait pu directement courir le SMI en Meucassin-Vuiton et franchir la ligne d'arrivée avec un carré Hermès autour du cou. Voilà donc en partie un marathon Bollorisé, ça raconte quelque chose de notre temps. Quelques groupes deviennent peu à peu l'écosystème général de la vie quotidienne, les médias, le cinéma, l'édition, les spectacles, les événements sportifs.
Et bientôt, peut-être que Bolloré entrera dans la restauration, les vêtements, les animaux de compagnie. On aura enfin la possibilité de vivre une vie entièrement Bolloré. Et moi, je ne m'y oppose pas, je le redis, Alexandra, parce que je veux pouvoir continuer à courir. Un homme fort. Et je me demande finalement si le mieux, ce n'est pas de se dire immédiatement favorable à cet univers-là. Vous savez, c'est un peu comme dans les films de zombies. Je me suis toujours demandé s'il ne valait pas mieux être le premier à se faire mordre. Ensuite, au moins, tout devient simple. Les Matins de France Culture