Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Culture (sur YouTube)· 9 décembre 2025 12 min

LA BATAILLE NETFLIX VS PARAMOUNT : qui veut contrôler l’avenir d'Hollywood ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Les matins de France Culture, Guillaume Erner. Enjeux internationaux. Alors que Netflix annonçait le rachat de Warner Bross Discovery pour un montant total de 83 milliards de dollars, le dirigeant de Paramount Skydance vienent surencher de rire en faisant une OPA, une OPA hostile à 108 milliards de dollars.

Plus qu'une bataille économique, c'est également une bataille culturelle entre deux géants du secteur, Netflix et ses 300 millions d'abonnés d'un côté, Paramount et sa proximité avec Donald Trump de l'autre. Bonjour Olivier Alexandre. Bonjour.

Vous êtes sociologue chargé de recherche au CNRS. Alors, il faut tout d'abord rappeler ce qu'est Warner et Paramount. Bah, Warner, c'est un des Big Five, hein, aux États-Unis, un des premiers studios, un des plus iconiques d'une certaine façon.

Il est né en 1903. il a connu toutes les batailles, toutes les transformations économiques pour d'une certaine façon rentrer dans les imaginaires de tous les petits occidentaux euh avec des des séries aujourd'hui extrêmement connues comme le Seigneur des Anneaux, Matrix ou encore tout l'univers des du d'ici et Paramount, c'est ça fait partie aussi he des studios historiques. Alors bon, tous ces ces studios, ils ont connu tout un tas de renaissances à la faveur des évolutions techniques et industrielles de ces dernières années et c'est vrai qu'on a attendu à des phénomènes de conglomérat de plus en plus importants qui qui laisse un peu dubitatif les les les spectateurs, les observateurs.

J'entendais un analyste de du Wall Street Journal hier qui suit le secteur depuis 20 ans que il s'y retrouvait absolument plus. Pourquoi ? euh parce que il y a tout un tas de d'attaques, d'offensives euh pour essayer de reconstituer euh et recomposer le modèle avec euh des acteurs euh qui appartiennent pas historiquement euh à l'industrie euh des médias ou euh ou du cinéma, que que sont euh bah les grandes entreprises technologiques qui arrivent avec euh beaucoup d'argent et puis un agenda à la fois industriel mais aussi politique par alors on on va reparler de l'agenda politique mais vous voulez dire qu'économiquement ces opérations ne sont pas forcément rentables.

Ah bah écoutez là on est à à une offre à 108 milliards pour vous donner un ordre d'idée. L'année dernière aux États-Unis, au Canada, le box office américain, c'était 10 milliards. Donc on est quand même dans un un niveau de de de de surenchère économique qui est qui est très important, qui a un paris sur le long terme he pour ces industriels là, mais qui à court terme a pas vraiment de de sens.

C'est si vous regardez même des très gros deals qui ont eu lieu ces 20 dernières années à à à Hollywood, quand Disney par exemple a racheté Marvel ou a racheter Pixar, c'était des des deals à moins de 10 milliards. Même chose quand Amazon a a racheté MGM, c'est un deal à à 8 milliards. Mais oui, parce que je me demandais justement qu'est-ce qui constituait la la valeur de ces entreprises de de Warner de Paramount.

Donc alors il y a évidemment un catalogue, il y a un savoir-faire j'imagine, il y a peut-être des franchises, donc la possibilité de continuer à faire des seigneurs des anneau à la chaîne. Euh bon avec probablement un épuisement créatif, mais bon ça c'est encore une autre question. Est-ce que c'est ça ?

Est-ce qu'il y a d'autres choses Olivier Alexandre ? Non. Bah tout tous ces euh toutes ces entreprises et tout ce qu'on appelle en anglais des assets se valent pas.

MGM par exemple qui est aussi une grande marque hollywoodienne a un catalogue assez vieillissant. Euh c'est pas du tout le cas de Warner Bross, hein, qui est une entreprise qui se porte très bien en fait, hein, économiquement si on regarde ses fondamentaux, peut-être même d'une certaine façon mieux que Netflix. Mais mais en tout cas à Hollywood et plus généralement à Wall Street, on estime que le la dynamique est pas du côté de ces industries et de ces industriels du cinéma, elle est du côté de la tech et c'est de là d'où viennent Netflix et Paramount Sky avec notamment bah la famille Ison qui est un proche de Donald Trump.

Pourquoi vous doutez de Netflix ? Parce que justement on on entendait dire ces derniers mois qu'il y avait de plus en plus de difficultés. Netflix qui produisait à tour de bras a ralenti la cadence.

Quel est le problème avec Netflix ? Ah ben, il y a il y a pas de problème mais ils ont ils ont ils ont ils sont sur une dynamique qui qui repose en fait bah sur les sur les abonnés. Il ils sont aujourd'hui à 300 millions d'abonnés dans le monde, ce qui est considérable et qui qui qui rend jaloux en fait n'importe quel industriel de ce secteurl parce que ça représente un tapis en fait, une somme fixe.

Et oui, parce que le pro de l'abonné c'est qu'il paye chaque mois. Exactement. ce qui est pas du tout le cas quand on fait du cinéma, quand on fait de l'entertainment où en fait l'incertitude c'est une donnée absolument inévitable avec laquelle on doit on doit composer.

Et par ailleurs le secteur du cinéma alors il se porte plutôt bien et d'ailleurs on a dit que ça ça allait menacer le cinéma. Moi je suis pas complètement persuadé si on regarde les chiffres depuis 20 ans. C'est c'est pas le cinéma qui a été complètement impacté.

Par contre ce qui a impacté le cinéma c'est le Covid. Il est ressorti très très affaibli de cette phase du Covid. C'est l'industrie qui a été la plus affaiblie des industries culturelles.

Et puis c'est la grande grève de l'année dernière 2023 et on avait pas connu de de de grève de cette importance à Hollywood depuis 1960. Bah en tout cas en France actuellement alors probablement sans lien mais il y a une baisse de fréquentation dans les salles. Il y a quand même un certain nombre de de bonnes raisons d'être inquiet sur l'état du cinéma.

Alors, ce qui ce qui inquiète le cinéma, les observateurs, les gens qui travaillent là-dedans en fait, bon, c'est d'une part que le public du cinéma vieillit plus vite que le cinéma lui-même. C'estàdire que la moyenne d'âge des gens qui vont au cinéma, bah augmente, s'accélère et qu'il y a pas de renouvellement du public. Ce qui fait que quand on est effectivement un industriel, on se dit bah où va ce secteur d'une certaine façon.

La la deuxième chose, c'est que comme il y a il y a de plus en plus de gens avec de plus en plus de moyens qui rentrent dans l'économie, la la fenêtre d'exploitation des films, elle se réduit et ça c'est vraiment un enjeu de négociation qui se passe un peu dans dans tous les pays et qui se passera aussi aux États-Unis. Bon, alors euh maintenant parlons politique. Olivier Alexandre, vous qui êtes sociologue, donc on l'a dit, Paramount contre-attaque.

Mais alors pour éviter donc que Netflix ne rachète Warner, Paramount a donc lancé cette OPA. Davidon qui est PDG paramount est soutenu par le gendre de Trump. Donc ça c'est déjà politique.

Des fonds du golf qui on imagine ne viennent pas de nulle part. Le père milliardaire de Davidon qui lui est très marqué trumpist puisque c'est lui qui est censé pouvoir racheter TikTok et de toute façon Trump a affirmé vouloir peser sur cette bataille. Oui, absolument.

Il a dit qu'il suivrait ça de près. Puis on sait que Donald Trump a l'habitude de prendre son téléphone he et de de rentrer directement dans dans dans les dossiers de sicer. Euh c'est vrai qu'il y a il y a un enjeu politique alors qui est sûrement à à deux niveaux.

Il y a l'enjeu le plus évident qui est que effectivement la droite, l'extrême droite ont fait de la culture un un lieu de bataille depuis le début des années 80. Exactement. Absolument. et que le cinéma en fait partie, peut-être même plus que que les autres parce que c'est une forme d'art qui touche euh bah la jeunesse et et tout particulièrement quand on est Netflix, quand on est Warner et dont quand on vit de de franchises, hein, je l'ai pas dit tout à l'heure, mais Warner c'est une soixantaine de franchises dont les plus connus au monde. et et ça la manière de les présenter bah c'est une forme de socialiser, de transmettre des valeurs politiquement et qui représente un du coup un un vrai agenda et un vrai enjeu à la fois pour les industriels mais aussi pour les dirigeants politiques.

Et de ce point de vue, ce qui ce qu'il faut voir c'est qu'il y a une très grande polarisation entre d'un côté Netflix et Warner. Warner, c'est le studio de cinéma historiquement le plus progressiste dans dans l'histoire d'Hollywood. Dès les dès le début he les 20 premières années de de de Warner, ils ont eu un procès contre le Cucus Clan.

Au moment de la Seconde Guerre mondiale, Warner a été a décidé de de de quitter l'Allemagne, de cesser toute activité. É le studio qui s'est retiré le plus longtemps. Et et et et c'est beaucoup illustré aussi à travers des des films progressistes au cours de son histoire.

Netflix, si on regarde Netflix, c'est dirigeants, ils ont soutenu historiquement au cours des 20 dernières années, y compris très très récemment les candidats et les candidates démocrates. Et quand on regarde les les votes ou les ou les intentions de donation chez Netflix, on est à entre 90 et 95 % pour le camp démocrate. À l'inverse, de l'autre côté, Paramount avec la famille, bah on est à l'autre bout du spectre politique avec des soutiens à Donald Trump.

Et puis il y a la question de CNN. Il y a la question de CNN. Alors ça c'est une question directement politique parce que dans Warner il y a CN.

Oui. Oui. Bah des chaînes en fait hein.

C'estàdire que la manière dont les les chaînes les TV networks ont géré l'information est devenu un enjeu politique en soi aux États-Unis implicitement mais ça ça l'a toujours été explicitement aussi. On a vu Elon Mosque a notamment beaucoup attaqué cette question là. Effectivement, il faut le dire aujourd'hui ces studios de cinéma sont pas juste des studios de cinéma.

C'est un ensemble de conglomérats qui couvre tout un tas d'activités médiatiques dont dont celles des chaînes de télévision, les chaînes du câble aussi euh et qui se retrouve dans des situations elles extrêmement difficiles en fait parce que elles voient leur leur leur cœur d'activité ou leur ressources premières qui est la publicité s'amoindrir année après année et elle voit aussi se multiplier les attaques politiques et ce qui bah bien sûr augmente et assère les les les ambitions de ces nouveaux industriels. Oui. Donc effectivement, il y a plusieurs dimensions politiques que vous venez de résumer Olivier Alexandre.

Est-ce que ça fait complètement quitter le terrain de de l'économie ? Parce que bon, on imagine que ces marques, ces franchises, bref, tout ça constitue effectivement des actifs importants et valorisables. Il y a un mouvement de concentration dans le secteur et ce mouvement de concentration semble-t-il, il n'est pas encore achevé.

Ah, il est pas achevé. Non, il est on est en en pleine bataille hein là actuellement, ce qui explique aussi la la surenchère des chiffres, des surenchères que les actionnaires aiment pas trop parce qu'ils ont souvent une mémoire assez traumatique de ce ce type de deal, hein. Notamment à Wall Street, on se souvient très très bien de du deal Time Warner qui est considéré comme la la pire fusion de l'histoire tout court.

La pire et qui s'était qui s'était close à autour de 85 milliards hein déjà. Donc là, on est à peu près dans C'est dire qu'en fait l'idée c'était de reposer de faire reposer ces deal sur des synergies qui n'ont jamais existé et qui ont jamais fonctionné et qui ont coûté beaucoup trop cher en fait. Et ça les actionnaires aiment pas parce que ça ça les impacte directement.

Euh après là ce qu'il faut voir c'est qu'on est vraiment dans un moment de recomposition très fort. politique, c'est évident, mais aussi industriel et notamment à travers la question de l'intelligence artificielle puisque là, il nous a pas échappé que ça soit Netflix ou Paramoun Sky sont des gens qui viennent de la tech qui ont un agenda tech et en l'occurrence leur objectif c'est aussi de gagner en productivité, d'augmenter en productivité en utilisant à plein les outils d'intelligence artificielle ce qui pose bien évidemment des questions pour les travailleurs et les travailleuses d'Hollywood y compris les plus grands acteurs et actrices. Bon, alors ce sont eux qui sont vent debout contre cette fusion.

Euh alors ils sont vant debout mais ils sortent en fait de 2 3 ans euh où ils ont été vent debout. Euh ils sont ils sont épuisés pour certains. Le le le principal syndical qui qui a qui a fédéré euh les oppositions en 2023 euh rassemble 160000 personnes.

Donc c'est c'est c'est pas petit hein comme industrie. Et leur leur revendication était double, c'était bah d'avoir euh des royalties d'une certaine façon avec des passages en streaming parce qu'ils ont ils ont acquis au cours de l'histoire des des royalties quand il y a des rediffusions à la télévision et ils voulaient la même chose en en streaming. Et puis l'autre question c'est le développement de l'intelligence artificielle.

Merci beaucoup Olivier Alexandre. Je rappelle que vous êtes sociologue chargé de recherche océanr dans quelques instants, on va évoquer la loi de 1905 sur la laïcité. Et qu'est-ce qu'il reste de cette loi ?

Comment a-t-elle modifié la France ? Nous serons en compagnie de l'historien Patrick Veille, chercheur émérite au CNRS et professeur à l'université de Chicago.

LA BATAILLE NETFLIX VS PARAMOUNT : qui veut contrôler l’avenir d'Hollywood ? — Jean-Pierre Bataille · Pourquijevote